Coucou à tous !

Je vous présente mon deuxième OS, toujours sans prise de tête, un peu de bonheur en bouteille, qu'on peut lire en attendant de passer chez le dentiste, ou dans le bus.

Il ne mange pas de pain, mais j'aime bien lire ce genre de choses, alors je me suis dis que je ne devais pas être la seule ! Et puis, j'ai bien aimé l'écrire.

Bonne lecture à tous ;)


Disclaimer: Tout appartient à JKR. Jill est à moi, Devon aussi, et Janine et Herbert aussi, mes chéris.


Résumé:

J'ai jamais dit que j'avais de la patience. Ni du tact. Je sais juste bien faire mon boulot, et mon boulot c'est d'emmerder les gens avec mes questions.

Que ça soit Dubois et sa tronche ennuyée ne change rien.

Malgré son dos, joli dos, magnifique dos.

Les gens de Bulle de Sorcellerie peuvent bien dire ce qu'ils veulent sur lui et moi.

De mon côté, j'assure un max.

Foutue fierté de Salem


Questionne-moi si tu peux !

- M. Dubois, qui était la jeune femme qui vous accompagnait durant la dernière Coupe ?

- M. Dubois, Sorcière Hebdo adorerait en apprendre plus sur la personne qui partage votre vie !

- Et Mlle Spinnet, M. Dubois, la voyez-vous toujours ?

Inutiles, bruyantes et à la limite de l'indécence, voilà comment je considérais les questions posées par les journalistes – ou pseudo-journaliste, à ce niveau-là je me demandais bien comment ils avaient pu obtenir leur licence de presse – et mon maître de stage se bidonnait à mes côtés en avisant mon air outré.

Devant nous, les sept joueurs du Club de Flaquemare et leur entraineur affichent un air blasé, répondant avec lassitude à certaines questions, et sans surprise à aucune concernant la vie privée de leur gardien.
Je me penche vers Devon, dernier petit lien qui me raccroche à mon stage, avant d'être officiellement reconnue journaliste à part entière, et lui chuchote :

- C'est toujours comme ça ?

Ses cheveux gris tressautent sur son front quand il glousse et me répond d'un air amusé :

- Non, non, juste quand il s'agit de Dubois.

- Mais… pourquoi ?

Il me lance un regard intrigué puis une lueur qui me semble être de compréhension s'allume et il me répond, s'arrêtant un instant pour écouter une question posée par un confrère – qu'il doit considérer sans intérêt puisqu'il se détourne pour me faire face.

- J'oublie souvent que tu viens de Salem, petite. Plusieurs réponses à ta question. Premièrement, Dubois est un excellent gardien. J'ai quarante ans de journalisme sportif derrière moi, et je t'assure que j'ai rarement vu un aussi bon gardien. Deuxièmement, et je tiens ça purement de ma femme, il est très beau garçon.

Je considère un instant le gardien des Flaquemare, qui, je le pressens, s'il le pouvait, aurait sa tête posée à même la table, et le reluque sans gêne. Des cheveux bruns, des yeux noisette, un nez droit, il aurait pu être tout ce qu'il y a de plus banal. Mais un je-ne-sais-quoi m'empêche de détourner le regard. Son aura, une force, quelque chose attire tous les regards dans sa direction et je comprends pourquoi une grande majorité des questions lui sont destinées. Les yeux plissés je le dévisage, manquant presque d'entendre le dernier point de l'explication de Devon :

- Et troisièmement, il a joué avec Harry Potter à Poudlard, a été membre de l'Ordre du Phénix, et s'est battu à la bataille de Poudlard.

Des informations qui, trois ans auparavant, m'auraient paru sans importance, mais depuis mon arrivée au Royaume-Uni j'avais eu le temps de me renseigner sur les derniers événements en date – et sans surprise une guerre contre un mage noir notoire avait été la principale joyeuseté des dernières années – et je comprenais maintenant pourquoi Dubois était si connu. Membre de l'Ordre du Phénix, rien que ça.

- D'accord, mais de là à s'intéresser avec qui il sort, par Morgane…

- Tu sais, Sorcière Hebdo est le-

- -deuxième magazine le plus acheté dans tout le Royaume-Uni après la Gazette du Sorcier, je sais, j'ai eu Keith Marshall en cours, il a-do-rait ce torch-… mmh, journal.

Devon glousse encore. Il est toujours très joyeux mais aujourd'hui encore plus, et je me demande si c'est parce que mon stage finit le soir même, et qu'il ne sera plus enfin obligé de se trainer une apprentie journaliste de vingt-deux ans dans les pattes. J'espère que non, sinon mon égo en prend un coup.

Me remémorant que je suis censée assurer la publication de l'interview de Dubois dans le Vif d'Or, le magazine pour qui je travaille – ou du moins pour qui j'écris gratuitement des articles en échange d'un apprentissage plus ou moins laborieux – je me reconcentre sur les questions posées par les personnes dans la salle. Voyant que le niveau est très bas – par Merlin qui veut savoir quel est le nom du chat de Dubois ? – je décide de tenter une question qui me brûle les lèvres depuis le match de ce matin. J'ai revisionné certaines actions sur les Multiplettes que j'avais emmené avec moi, au cas-ou.

Je lève le bras, mais je me fonds dans la masse de doigts qui pointent dans l'espoir d'être désignés par l'entraineur, un certain Roy Hommer, très sympathique du moment qu'on ne le regarde pas dans les yeux. Ce dernier ne paraît pas me voir et je soupire, me résignant à ne pas avoir de réponse à ma question.

Mon maître de stage avise mon doigt tendu et d'un geste du menton me questionne :

- T'as une bonne question en réserve, petite ?

J'hoche la tête, sûre de moi. Il hausse les épaules, un petit sourire sur le visage :

- Ok, je compte sur toi. Dernière fois, après ça sera à toi de gérer pour arriver à te faire remarquer.

Je souffle par le nez, à la fois mortifiée et vexée. Devon lève le bras et immédiatement les yeux de Roy Hommer se braquent sur le bras de mon mentor. L'avantage d'être premier enquêteur sportif du Vif d'Or, c'est que les gens te connaissent. L'entraineur des Flaquemare lui donne la parole d'un coup de tête et Devon tourne la tête légèrement dans ma direction pour me faire signe que, ok, go c'est ton tour petite, ne me fais pas honte.

Je me lève, mon calepin entre les mains. Certains posent des questions assis, mais je ne peux pas me le permettre, on ne me verrait strictement pas. Traduction, je suis petite, et l'homme au crane dégarni devant moi me fait de l'ombre – littéralement.

Je pose mes yeux directement vers l'objet de mes questions, qui, surement bien trop lassé, ne me regarde même pas, et je demande en prenant bien soin de me présenter – il faut bien commencer à s'annoncer dans le milieu :

- Jill O'Connor, du Vif d'Or. M. Dubois, une question par rapport à une de vos actions de ce matin.

Ah, j'ai l'impression d'avoir vaguement attiré son attention, puisqu'il relève la tête vers moi, un éclair attentif dans ses yeux marrons. Je continue sur ma lancée, imperturbable et l'interroge :

- Lorsque Winskler vous fonçait, mmh, pardon, volait vers vous durant les cinq dernières minutes, vous avez préféré tenter la Chandelle de Gordmer, plutôt que de vous en tenir à un simple Toit de Hooler, et ce malgré l'intention de Winskler de marquer dans le cercle ouest. Pourquoi ? C'est prendre un risque inutile.

Un sourire amusé prend place sur les lèvres du Dubois, mais il disparait très rapidement, et je me demande si je ne l'ai pas rêvé. Beaucoup de journalistes autour de moi ont décidé d'arrêter de m'écouter à partir du mot Chandelle, sachant pertinemment qu'ils n'y connaissaient rien en Quidditch. A se demander combien d'entre eux sont ici pour obtenir des questions sur le sport, et pas sur la couleur du slip de Dubois.

- Je ne savais pas que Winskler allait marquer dans le cercle ouest.

L'attention est immédiatement reportée vers Dubois. C'est la première fois qu'il prend la parole depuis le début de la conférence – qui a démarré il y a plus de trente-huit minutes, mes fesses commencent à se faire entendre – alors forcément tout le monde est pendu à ses lèvres, et tant pis si ce n'est pas pour répondre à la précieuse question sur le nom de sa petite copine.

Je fronce les sourcils, et réplique, bien trop intriguée pour me souvenir que je n'ai le droit qu'à une question. Roy Hommer ne paraît pas embêté, il me semble même qu'il attend que je réponde. Ce que je fais sans attendre :

- Pourtant il avait amorcé un départ à 45 degrés ouest, et, euh, pardonnez-moi, mais à ce jour personne n'a réussi à marquer autre part qu'au cercle ouest en effectuant cette technique.

Dubois hausse un sourcil, et je mettrais ma main au chaudron qu'il s'amuse bien :

- Il aurait pu feinter. Les vrilles de Beans et Jon permettent de récupérer un 45 degrès.

- Winskler ne feinte jamais les 45 degrès, je réponds du tac-au-tac.

Je connais mon sujet, et je sais que Dubois aussi, alors je voudrais avoir une réponse qui me satisfait. Auquel cas, je risque de prolonger un moment la conférence et monopoliser la parole. Ce qui ne plairait pas à Janine et Herbert, « enquêteurs potins » pour le Bulle de Sorcellerie, torchon national connu pour ses articles – peut-on vraiment appeler ça des articles – people. Heureusement Dubois répond aussi rapidement que moi, rappelant toute l'attention sur sa belle physionomie :

- Grimson ne feinte pas non plus ses 60 degrés et pourtant c'est ce qui est arrivé en début de match. J'avais très peu envie de répéter mon erreur.

Il marque un point et je note rapidement quelques mots sur mon carnet – Dubois a fait de la prévention sur Winskler – et j'hoche la tête, me préparant à le remercier pour sa réponse qui me satisfait, mais il me devance et rajoute d'un ton amusé :

- Et je sais pertinemment que la Chandelle de Gordmer fait beaucoup plus d'effet au public qu'un simple Toit de Hooler.

Je secoue la tête amusée, et affiche un rictus compréhensif tandis que nos regards se croisent une dernière fois. Il parait intrigué puis ses yeux se détournent tandis que Roy Hommer interroge une autre personne.

Devon baisse les yeux vers moi tandis que je me rassieds et note furieusement les infos nécessaires à la rédaction de mon article.

- Jolie question, petite.

- Merci, je réponds, sachant très bien que Devon ne parle pas pour rien dire et qu'il vient à la pêche aux renseignements.

Cela ne tarde pas. Se baissant un peu plus à ma hauteur, il chuchote d'un air confidentiel :

- Autant tout le monde sait que Grimson ne feinte – généralement – pas ses degrés, autant personne ne le savait pour Winskler. Comment toi, le sais-tu, petite ?

J'hausse les épaules et répond sur le ton de la conversation, le nez toujours fourré dans mon calepin :

- Winskler a joué à Salem. Je suis rentrée en première année lorsqu'il était en sixième et j'ai eu le loisir de l'observer pendant les six années qui ont suivi, jusqu'à sa douzième année, et fin de sa formation.

- Je vois…J'oublie toujours que le cursus à Salem dure douze ans.

Je lève mon stylo en l'air, amusée, et rajoute :

- Et commence lorsqu'on atteint nos six ans. Relativement tôt par rapport à vos formations… anglaises.

- Nos formations sont excellentes !

J'hausse les épaules, peu concernée. Est-ce mon égo et mon amour pour l'Amérique qui me pousse à répliquer, je ne sais pas. Enfin, si, je sais. C'est mon égo et mon amour pour l'Amérique, clairement.

- Vous sortez de vos écoles en ayant à peine le niveau d'un huitième année de Salem, excuse-moi de rire.

J'en viens à me demander si j'aurais cette lettre de recommandation de la part de mon maitre de stage en avisant son expression renfrognée. Puis il hausse les épaules et se remet à glousser, de plus belle – par Morgane, qu'a-t-il aujourd'hui ?

- Foutue fierté de Salem. Je me demande encore pourquoi j'ai accepté de te prendre en stage, et pas le jeune diplômé de Poudlard qui aurait été parfait à mes côtés.

- Pour t'amener le café, peut-être. Moi, de mon côté, je connais parfaitement mon sujet.

- Qui est ?

Je réponds avec un petit sourire, et les yeux brillants – qu'on ne me fasse pas commencer sur ma passion, je suis intarissable :

- Le Quidditch, et les techniques de jeu, bien évidemment.

Devon semble se satisfaire de cette réponse puisqu'il note quelque chose dans son carnet de maitre de stage avant de le refermer pour de bon. Ah, peut-être que cette lettre de recommandation sera écrite, finalement.


- Mlle… O'connor, c'est cela ?

Je fais volte-face sur le chemin de Traverse, une cuillère dans la bouche et un pot de glace entamé entre les mains. Il est à peine sept heure du matin, j'ai fait le pilier de bar devant le magasin de Florent Fortârome, le faisant râler en m'apercevant aussi tôt devant son échoppe – pour la forme, puisque cela fait plus de deux ans que je fais cela au moins une fois par semaine, et que je dois être une de ses meilleures clientes.

Tout cela pour dire qu'il est bien trop tôt pour qu'on m'interpelle, et mes cheveux blonds coiffés en pétards dans une queue de cheval en attestent.

Devant moi se tient ni plus ni moins l'entraîneur des Flaquemare, Roy Hommer, ses yeux perçants me détruisant – oui oui, détruisant – sur place.

Il est tôt, je suis mal fringuée, j'ai une cuillère dans la bouche, et l'un de mes idoles sur terre se tient devant moi. J'ai du énerver une divinité ou deux dans une vie antérieure.

Pour toute réponse j'acquiesce, mettant du temps à comprendre que la politesse voudrait me voir enlever cette fichue cuillère de ma bouche. Ce que je fais avec un peu de retard.

- Oui, oui, bonjour.

Il me sourit brièvement, d'un sourire qui ne monte pas jusqu'aux yeux. La personne qui partage sa vie doit côtoyer un sacré boute-en-train. Hommer ne prend pas la peine de se présenter – et après tout pourquoi le ferait-il, il sait parfaitement que je dois tout savoir de lui, même sa pointure de chaussure, oui, du 43 – et attaque directement la discussion :

- Vous connaissez Winskler.

Ce n'est pas une question, je le sais. J'hoche la tête, attendant de voir où tout cela va nous mener. Il continue d'un air tranquille :

- Intimement ?

A ce stade, je dois empêcher mes yeux de sortir de mes orbites, et il doit se rendre compte que sa question est quelque peu déplacée, puisqu'il ajoute, une moue navrée sur le visage :

- Je voulais dire en vrai. Le connaissez-vous en vrai ? Ou avez-vous juste étudié ses vols ?

- Les deux, mon capitaine.

Il ne semble pas saisir la blague. Tant pis.

- Comment cela se fait-il ?

- Américaine.

Il me regarde comme s'il avait affaire à une demeurée, alors je me sens de devoir préciser :

- Je suis Américaine, on était à Salem ensemble, j'ai joué avec lui. Longtemps.

Il hoche la tête et un éclair d'intérêt apparaît dans ses yeux. Je sens venir long comme un balais ce qu'il va me demander.

- Est-ce que cela vous dire d'aller prendre un café, afin de discuter de… Quidditch ?

Je prends un air semi outré, il n'est pas question pour moi de divulguer tout ce que je sais sur mon ancien camarade de jeu ! Il semble comprendre mes réticences, c'est pourquoi il répond, l'air de rien :

- En contrepartie, je vous propose l'accès prioritaire à chaque conférence des Flaquemare pendant l'entièreté de la prochaine saison.

Mon cerveau fait tilt. Je souris d'un air mielleux :

- Vous préférez aller discuter de tout cela à La Tasse de Valériane ou au Botruc Faché ?

Qui a dit qu'il était important d'être solidaire envers ses anciens coéquipiers de Quidditch ? Certainement pas moi.


Ma mère est dans la salle, un mouchoir sous le nez, les yeux humides, le nez humide, la bouche tremblante, et il n'en faudrait pas beaucoup pour qu'elle se mette à sangloter devant toute l'assemblée qui se tient devant moi. Mon père lui tapote la main d'un air compatissant, mais lève les yeux au ciel de temps à autre en me lançant un regard fatigué.

D'accord, ce n'est pas tous les jours que sa seule fille reçoit son diplôme officiel de journalisme et sa carte de presse. Ainsi que les félicitations du Vif d'Or et le lauréat de sa promotion. D'accord. J'ai peut-être un peu assuré ces quatre dernières années. Mais de là à pleurer devant mon maître de stage et mon chef de rédaction ? Non merci.

Mes deux frères – qui ont fait le voyage rien que pour moi comme ils ont pris le temps de me le répéter soixante-trois fois en une heure – ont quant à eux des sourires éclatants, à la limite du ridicule, et semblent parfaitement à l'aise à côté de leur mère larmoyante.

Je finis par recevoir tous mes papiers, diplômes, et autres combustibles pour le feu – je blague maman – et descends de l'estrade, vite remplacée par Dean, un autre élève de ma promotion.

Ma mère me réceptionne dans une étreinte de fer, tout en sanglotant – ah ça y'est – contre mon épaule. Je suis petite, mais ma mère l'est encore plus, vive la génétique.

- Je suis si – si – si fière de toi mon boursouf, si fière. Avec ton père – Gerald vient ici – on est si fiers.

Mon père s'approche, et tente une tapotage maladroit de l'épaule, que je prends avec toute l'important qu'il se doit, puisqu'il n'est pas l'exemple même du père tactile.

- Je, oui, comme dis ta mère, est tout ce que je reçois de sa part. Je lâche un grand sourire. J'ai réussi mon diplôme, et mes parents sont fiers de moi. Que demander de plus ?

Peut-être la large enveloppe que tient Devon, mon ancien maitre de stage, entre les mains. Léonard Yui, mon ancien chef de rédaction le suit de près, ses yeux papillonnants de partout, comme s'il cherchait le meilleur scoop à se mettre sous la main.

- Tiens, petite. Félicitations pour ton diplôme, tu le mérites largement.

Il a dit ça d'une voix bougonne mais je sais qu'il est fier comme un paon, et il a de quoi l'être. Il m'a sacrément aidé durant toute cette année d'apprentissage.

- Avec Léonard on a consulté le grand boss, et, bref, voilà ce qu'on te propose.

Je considère maintenant l'enveloppe en papier beige d'un air émerveillé. Je la prends en essayant de cacher le tremblement de mes mains – ce qui est un gros échec, considérant l'air hilare de mes frères devant mon émotion – et ma mère éclate en gros sanglot en comprenant ce que je tiens entre mes doigts. J'ouvre fébrilement l'enveloppe et tient devant moi mon premier contrat de travail magique.

Mes yeux volètent rapidement toutes les formalités pour aller me poser sur le durée du contrat.

Le « Indéterminé » scintillant d'une lueur doré me fait ouvrir la bouche en grand, puis la refermer, puis la réouvrir.

- Que… ?

- T'es douée en ce que tu fais petite. On s'est dit qu'il valait mieux que tu sois avec nous qu'au Balais furieux.

Balais furieux, ou le journal concurrent du Vif d'Or. Aucun risque que j'aille y travailler, de toute façon, mon ex y tient la rubrique courses de dragon et… bref, très peu pour moi.

- Y'a marqué indéterminé, Devon, tu t'es encore gouré sur ton rapport.

J'aime le taquiner, parce que c'est si facile. Il grogne, pour la forme et déclare :

- Fais pas la maligne, tu sais ce que tu vaux. Les premières années tu vas apprendre, et après tu prendras ma relève un jour, je suis pas immortel, je rêve de ma retraite à Avalon.

Je ne réponds rien, un peu émue par tant de confiance. Décrocher un contrat continu dans un magazine sportif aussi renommé que le Vif d'Or n'est pas chose facile. Encore moins en sortant de l'école.

Voyant mon émotion, Devon se charge de me remettre les pieds sur terre :

- Ne pense pas que tu assisteras à chaque conférence de clubs, figure-toi qu'il y a beaucoup de dossiers à trier dans les archives.

L'air de rien je me cure un ongle et entre mes dents, je déclare :

- En tout cas j'ai une place vip au premier rang pour toutes celles de Flaquemare pour la prochaine saison. Tu sais, au cas où ou voulez des articles.

L'air ébahi de Devon me convainc sur mon choix d'avoir donné toutes ces infos sur Winskler. Oui, qu'il est satisfaisant de moucher son supérieur.

Ah, qu'il est bon de rentrer dans le métier en ayant l'entraineur des Flaquemare dans ses petits papiers.


- Dépêche-toi d'y aller, ils ont avancé leur conférence après la chute de Burial. Si tu ne pars pas maintenant on aura la rubrique vide demain matin. Me lance Devon, un matin.

J'attache à la va-vite mes cheveux, un crayon entre les dents et mon calepin entre les jambes. J'attrape in-extremis ma baguette avant de me ruer au dehors du bâtiment pour pouvoir transplaner au lieu de conférence du club de Flaquemare.

Lorsque j'arrive sur les lieux, il n'y a plus personne dehors et je jure. M'approchant de l'accueil, je me présente et cherche ma carte de presse pour la montrer au gardien. Je ferme les yeux lentement en me rendant compte que je l'ai oubliée aux bureaux. Il est trop tard pour y retourner, puisque l'accès à la conférence ferme avant même l'arrivée des joueurs dans la pièce. Je me maudis sur place et essaie tant bien que mal d'expliquer ma situation au gardien.

Gardien qui doit avoir du sang de dragon dans les veines puisqu'il refuse catégoriquement de me laisser entrer sans preuve de mon appartenance au milieu du journalisme. Merde, est-ce que les dizaines de tâches d'encre sur mes doigts ne le prouvent pas ?

J'entends des pas derrière moi et je vois arriver la vedette des Flaquemare, M. Olivier Dubois en personne, non loin de là. Des lunettes de soleil sur les yeux il semble se diriger vers un point précis, à savoir l'entrée privée. Comprenant qu'il s'agit de là mon ultime espoir, je me précipite vers lui en l'appelant :

- M. Dubois !

Il tourne la tête dans ma direction et s'arrête brusquement, me considérant. Je ne vois pas ses yeux, et je suis quasiment sûre qu'il a complètement oublié la petite furie blonde qui l'avait interrogé sur ses techniques de vol il y a maintenant cinq mois de cela.

- O'Connor, c'est ça ?

Je me fige sur place, comme foudroyée. Ok, non, peut-être qu'il se souvient de moi finalement.

- Oui, je – hm, excusez-moi mais le dragon qui vous sert de gardien d'accueil ne veut pas me faire entrer sous prétexte que j'ai possiblement oublié ma carte de presse. Est-ce que vous ne voudriez pas lui toucher trois mots ? Que je puisse rentrer, et, ouais, vous savez, relever le niveau des question qu'il y aura dans la salle.

Je crois – non j'en suis sûre – qu'il se retient de rire devant moi. Il relève ses lunettes de soleil sur sa tête, et je suis bien plus à l'aise pour lui parler lorsque je vois ses yeux.

- Dragon ?

Je penche la tête, essayant de comprendre de quoi il veut me parler, avant que mes neurones finissent par se connecter, enfin :

- Ah oui, votre gardien, il est intransigeant.

Dubois laisse échapper un sourire en coin, amusé et regarde brièvement l'homme derrière le comptoir d'accueil avant de rabaisser ses yeux vers moi :

- Peter n'est pas méchant. Il a juste trop l'habitude de voir des fans en furie essayer de s'introduire dans les conférences.

Il me considère rapidement de haut en bas, et soit, je peux considérer que le fameux Peter m'ait pris pour une fan. Juste un moment.

Dubois sourit de nouveau en coin puis me fait un signe de tête :

- Venez, je vous fais rentrer. Sauf si vous êtes là en tant que fan en furie.

Je lève les yeux au ciel et il ricane. Ok, bon point pour lui, il sait que je n'ai rien d'une fan en furie. Finalement, il n'a que des bons points : il est un excellent gardien et il sait faire de drôles de blagues.

Pénétrant à sa suite dans l'entrée des joueurs, il me guide à travers un labyrinthe de couloirs avant de me faire arrêter devant une porte qui doit donner sur la salle de conférence. Il me fait signe de la tête en direction de la porte et je m'apprête à l'ouvrir quand il me lance :

- N'hésitez pas à poser vos questions lorsque les questions sur ma couleur préférée ou la projection de mon patronus se font entendre.

Je ricane presque grassement, m'arrêtant vite en me rendant compte que je ris de son malheur, mais il ne semble pas le prendre mal. Au contraire, il renifle amusé. Puis brusquement la porte derrière moi s'ouvre et un assistant rentre dans le couloir.

La salle de conférence est déjà bondée, et des dizaines de regards se braquent sur moi lorsque la porte s'ouvre, révélant Dubois et ma douce personne en pleine discussion.

Dubois a un rictus las, et se détourne rapidement de moi, tandis que je rentre dans la pièce, m'asseyant à ma place attitrée, réservée par Roy Hommer.

Bon, peut-être que je commence à me faire un peu trop remarquer, sachant que je démarre dans ce métier.

Quelques dizaines de minutes plus tard, je me rends compte qu'il est vraiment nécessaire que je sois là. Puisque, comme l'a judicieusement demandé Dubois, j'interromps les dizaines de questions sur la vie privée de Dubois pour lui demander des précisions sur la nouvelle figure de réception qu'il nous a présenté durant le match du matin.

En sortant de la salle, le nez dans mon calepin dans lequel je note toutes les infos pour mon super article du lendemain, je me fais arrêter par Janine et Herbet, les commères de la Bulle de Sorcellerie, qui est l'équivalent de Sorcière Hebdo, mais en pire, et c'est dire.

Les deux compères me sourient d'un air mielleux et je vois une plume à papote qui volette derrière eux. Par Merlin, l'usage de ces trucs n'est toujours pas interdit au Royaume-Uni ?

- Jill O'Connor, c'est bien ça ?

Je leur renvoie un regard torve. Quelle que soit leur intention à mon égard, elle ne doit pas être bien bonne. Je m'efforce de garder mon calme. Puis la bombe tombe :

- Depuis quand couchez-vous avec Olivier Dubois ?

Je m'étouffe, oui, littéralement, avec ma propre salive. Je dois mettre bien une minute avant de réussir à me calmer, devant le regard entendu de Janine et Herbert – comme si ma réaction confirmait tout ce qu'ils soupçonnaient.

- Que – je vous demande pardon ? Je m'exclame, les yeux écarquillés.

- Oh, ne faites-pas l'innocente, nous savons additionner 2 et 2. Vous semblez bien connaître Dubois, et vous obtenez une place vip alors que vous n'avez même pas quatre mois d'expérience dans les jambes.

Ok, alors peut-être que cet accord avec Hommer n'était pas la meilleure des idées finalement.

- Je ne sais pas comment, par Morgane, cette idée a bien pu traverser cet esprit, mais, non¸ je ne couche pas avec Dubois. Je lui ai parlé pour la première fois aujourd'hui, j'avais oublié ma carte et –

Je m'arrête, voyant la plume à papote écrire frénétiquement derrière eux et leur sourire exécrable. Ok ma petite Jill, je crois que tu es en train de leur donner de quoi vivre pour les deux prochaines années, alors arrête-toi là.

- Attention à ce que vous écrivez. Est tout ce que je finis par dire avant de m'éclipser en dehors de la pièce.


Les regards inquisiteurs du réceptionniste ne sont pas des meilleurs augures, surtout à huit heure du matin, une demi-heure après la réception des magazines people. Et le réceptionniste est un adepte de ce genres de torchons.

Mes soupçons se confirment lorsque mon supérieur, Devon, m'interpelle de derrière l'édition de la Gazette du jour, un air très peu concerné sur le visage :

- Dis Jill, ma petite, pourquoi est-ce que tu fais les gros titres de la Bulle de Sorcellerie ?

Est-ce que mes yeux sont sortis de leurs orbites ? Oui, je crois bien que oui.

Je m'approche à grands pas de la pile de journaux en tout genre qu'on reçoit tous les matins – soit proche de tes concurrents pour ne pas louper les meilleures infos – et m'empare de cette infâmie qu'est la Bulle de Sorcellerie.

« LA MYSTERIEUSE AMANTE D'OLIVIER DUBOIS PLUS SI MYSTERIEUSE : LES IDYLLES D'UNE JOURNALISTE »

Ils ont même réussi à se procurer ma photo, les salopards. J'en connais qui vont se foutre de moi.


- Et là, et , non mais tiens toi bien Seamus, parce que t'es pas prêt, figure-toi que Jill a essayé de les menacer !

Je grogne devant l'air hilare de Dean Thomas, ancien camarade de promotion de mon école de journalisme, et celui de Seamus Finnigan, son petit-ami. On est tous les trois assis au Botruc Faché, sur le Chemin de Traverse, en train de boire un whisky pur-feu bien mérité – du moins pour moi.

- Mais qu'est-ce qu'il t'a pris, réussit à articuler Seamus entre deux sanglots de rire, tu sais très bien que leur parler c'est entrer dans leur jeu. Alors, les menacer, c'est leur offrir le gros lot.

Je laisse tomber ma tête entre mes bras et grogne dans ma barbe pour la forme. Dean me tapote l'épaule tandis que Seamus recommande un whisky pur-feu à mon intention.

- Maintenant tout le monde va croire que je n'ai pas mérité ma place et que je suis une journaliste de bas-étage.

Dean lève les yeux au ciel, et rétorque :

- Ils n'auront qu'à aller dans le recueil des diplômés de l'école de l'année passée, et ils verront que tu étais lauréate, ça les calmera. Allez, ne t'inquiète pas. On connait Olivier, ça doit le faire rire.

- Et moi, est-ce qu'on me demande mon avis sur la question ? Parce que, vraiment, je ne ris pas, sur ce coup-là.

- Tu n'es pas la première à être associée à Olivier. A en croire les journaux, il aurait trois nouvelles copines chaque jour.

- Mais je me fiche d'Olivier, ce qui m'inquiète c'est mon boulot !

Dean hausse les épaules et boit une gorgée de son whisky :

- T'es engagée au Vif d'Or, ils s'en foutent de ta vie privée, tant que tu ramènes des bons articles. Et ils t'ont donné un contrat complet, t'es calée pour des années Jill, ne monte pas sur tes grands hippogriffes.

Je lève ma tête, un peu d'espoir redonné par Dean. Dean, gentil Dean. Un brave gars rencontré à l'école, qui vient de Poudlard. On est vite devenus amis et depuis trois ans que je le connais je peux dire qu'il s'agit d'un de mes amis les plus proches. J'ai connu Seamus grâce à Dean et on s'est rapidement entendus comme larrons de foire. Dean est plus calme, Seamus plus explosif, spontané, et je me retrouve un peu en lui.

Je finis par ranger mes idées noires dans un côté de ma tête, bien décidée à passer une bonne soirée avec mes amis, et au diable la Bulle de Sorcellerie.

Ma décision tient la route, jusqu'à que deux filles viennent me voir, un air de dédain sur le visage, me déclarant, sans que je ne les connaisse ni d'Eve ni d'Adam :

- Olivier ne s'encombrera pas de toi très longtemps, tu sais, il est voué à de grandes choses, lui.

Et sur ces mots elles s'éloignent, me laissant comme deux ronds de flan. Seamus explose de rire, littéralement. Des flammèches apparaissent dans ses cheveux et Dean entreprend de les éteindre d'un geste qui semble avoir été répété des milliers de fois.


- Jill, petite, tu pourras relire ton article, il cloche.

Je relève ma tête dans l'instant, interloquée. Devon se tient devant moi et il me tend le papier que je lui avais soumis une heure auparavant. Il est à peine dix-sept heures, et j'ai réussi à le boucler assez tôt, étant donné qu'il porte sur le deuxième match de la saison des Flaquemare, et que j'ai pu assister à leur conférence.

Je me saisis du papier et le relie brièvement avant de relever la tête vers mon mentor, les sourcils froncés. Il semble comprendre que je ne le suis pas alors il m'explique, pointant du doigt le passage en question :

- Tu ne parles à aucun moment de la tactique de vol des Poursuiveurs, ni de l'entrainement qu'Hommer a donné à Dubois sur ses arrêts en feinte.

Je me relis, et une boule prend place dans ma gorge. Je sens la chaleur monter à ma tête et je bredouille :

- Désolée je – j'avais, je pensais –

Devon me coupe directement et me sourit :

- Eh, pas de stress petite, les erreurs ça arrive à tout le monde, et il serait temps qu'au bout de six mois ici tu en fasses enfin une. Je commençais à croire que tu étais un elfe de maison.

Il regarde sa montre et se gratte la tête. Puis il lève la tête vers moi et m'explique :

- Bon écoute, va au club, et demande à parler à Frish de ma part. Je l'ai sorti d'une galère l'autre fois, alors il répondra à tes questions sur sa tactique de vol.

J'hoche la tête, rassemblant mes affaires en vitesse, attrapant mon sac et mon article à en devenir avant de me ruer hors du bureau, sous le sourire un peu trop amusé à mon goût de mon mentor.

Dix minutes plus tard je suis devant l'arène de Flaquemare, Peter – le gardien dragon de l'accueil – étant parti chercher Frish, l'un des poursuiveurs de l'équipe. Apparemment le nom de Devon Yard ouvre de nombreuses portes. Peut-être que moi aussi, dans trente ans, j'aurai un nom avec autant de poids dans le milieu sportif.

Un rouquin frisé débarque devant moi, un peu essoufflé et me jauge du regard, avant de rigoler et de me faire passer dans l'arène. Je ne sais pas pourquoi il rigole, mais je suis quasiment sûre de ne pas apprécier ça.

Abrités des regards extérieurs, il me tend la main en se présentant :

- Aiden Frish. Tu dois être Jill O'Connor.

J'ouvre la bouche, me demandant si tous les joueurs de Flaquemare retiennent les noms de l'ensemble des journalistes qui viennent à leurs conférences. Il détruit rapidement mon hypothèse en expliquant devant mon air étonné :

- Ton nom est assez connu dans l'équipe, maintenant. T'as refilé de sacré infos sur Winskler à Roy qui nous ont été vachement utiles contre les Frelons au match dernier. Et puis t'es apparemment le secret jalousement gardé d'Olivier.

Je rougis puis blanchis en même temps. Je ne sais même pas si c'est humainement possible, mais je le fais.

- T'en fais pas, va. Dans deux ou trois ans ton nom sera retombé dans l'oubli.

Je ne sais pas comment je dois prendre la chose, mais je ne suis pas sûre de le prendre bien.

- C'est Devon qui t'envoie, c'est ça ? J'ai eu son mot qui me disais que t'avais quelques questions.

Je reprends mes esprits et me mets à l'interroger, essayant par-dessus-tout d'oublier la scène qui vient de se dérouler. Rapidement mon professionnalisme reprend le dessus et j'obtiens une super conversation avec Frish d'une demi-heure, avant de nous faire interrompre grossièrement.

- Oy, Frish tu ramènes ton balais ou quoi ?

Je me tourne pour dévisager bêtement Olivier Dubois qui vient de rentrer dans la pièce où l'on se trouvait.

Olivier Dubois torse-nu devrait posséder son propre autel. Ou une place au Louvres, un truc du style. Parce que, merde, qu'est-ce qu'il est bien foutu.

Je me reprends vite et le salue d'un ton sérieux, essayant d'oublier ses quarante-trois abdos, et ouais le fait que la moitié de la population anglais pense qu'on copule joyeusement tous les trois soirs.

- M. Dubois.

Sa réponse est tout autant professionnelle :

- Mlle O'Connor.

Frish éclate de rire derrière moi et s'exclame :

- Comment démentir en deux mots les propos de Bulle de Sorcellerie !

Je ne sais pas pourquoi, vraiment pas, parce que ce n'est pas dans mon habitude, mais je regarde Dubois… et je m'excuse :

- Désolée pour ça.

Il renifle et balance sa petite serviette sur ses épaules – belles, très belles épaules – avant de les hausser :

- Aucun souci, c'est du déjà-vu.

Notre échange s'arrête là, et Frish nous dévisage en train… eh bien de nous dévisager. Il finit par siffler longuement puis déclare :

- Bon, Jill, je crois qu'on en a fini. Olivier tu tombes bien, la dame a quelques questions à te poser sur tes arrêts en feinte. On se retrouve sur l'arène. Au plaisir, Jill.

Le bouclé s'en va, me laissant seule avec Dubois, ce qui n'est, soyons honnête, pas la meilleure décision qu'il aie pu prendre cette année.

Je me râcle la gorge, absolument, mais absolument pas, à l'aise. Voyant que Dubois se dirige vers l'une des tables et s'y assied, j'en déduis qu'il est d'accord pour répondre à mes questions.

- Alors hum, au niveau du piqué de Greenfiel, mh, vous –

Il m'interrompt et propose :

- Tutoies-moi, je n'aime pas les formalités.

J'acquiesce, bien qu'au fond de moi passer au tutoiement me semble bêtement donner un peu plus de valeur aux absurdités de la Bulle de Sorcellerie.

- Ok, mh, du coup, ton piqué est travaillé en flèche et non pas en spirale, est-ce que cela veut dire que tu favorises la vélocité à la précision ?

Et d'un seul coup, la conversation prend un autre tournant, un tournant beaucoup plus plaisant. Je suis à l'aise, parce que je parle de ma passion avec quelqu'un qui s'y connait, qui y joue au niveau professionnel. J'en oublie les bizarreries sur notre soi-disant relation, et tout autre sujet qui viendrait briser cette fragile complicité que Dubois et moi partageons.

J'en oublie même de regarder l'heure, et c'est seulement lorsque l'entraineur des Flaquemare, Hommer, débarque dans la salle, que je me rends compte que j'ai un peu trop abusé du temps du gardien. L'entraineur nous dévisage l'un après l'autre, et un éclair de compréhension s'allume dans son regard.

- Frish m'a dit que tu ne viendrais pas faire des balles ce soir, je comprends maintenant pourquoi. Je ferme, les jeunes.

Je cligne des yeux et jette tout d'un coup un coup d'œil à ma montre. Il est vingt heures passées. J'ai passé deux putains d'heures et demie à parler avec Dubois. Il semble autant étonné que moi. Hommer sort de la salle. Je m'apprête à faire de même, un peu frustrée de devoir interrompre la conversation qu'on avait, mais Dubois m'interpelle.

Je me retourne vers lui. Il a passé un tee-shirt sorti de je ne sais-où – et il aurait pas pu l'enfiler avant, non mais, est-ce qu'il se rend pas compte à quel point c'est dur de lui poser des questions alors qu'on a deux pecs devant les yeux ? – et se tient debout. Il passe une main dans ses cheveux coupés un peu courts et demande, pas très sûr de lui :

- Hm, est-ce que ça te dirait de, hm, continuer à parler de tout ça, devant un plat ?

Je dois avoir l'air d'un poisson rouge parce qu'Olivier laisse échapper un petit rire – je rêve ou il sonnait stressé ? – et je bredouille :

- Je – oui, carrément.

Puis je me tape le front du plat de la main et je grogne :

- Mon article, je dois le modifier pour le donner à la mise en page avant vingt-trois heures.

Il hausse les épaules et répond :

- C'est pas grave.

Je ne sais pas pourquoi, mais je me sens un peu déçue devant le manque de réaction d'Olivier face à mon annonce. Et non, je ne me pencherai pas plus sur ce que je ressens. Mais avant que mon cerveau parte dans des conclusions les plus fumeuses les unes que les autres, Olivier précise devant mon air – qui malgré tout mon stoïcisme doit apparaitre déçu :

- Non, je veux dire hm, si ça te gêne pas je viens avec toi, tu modifies ton article, et on va manger quelque part.

Proposition alléchante. Proposition adoptée.

Je lui souris et acquiesce. Il me dépasse et s'engouffre dans un couloir avant de se retourner vers moi et me lancer :

- Donne-moi cinq minutes – il se jauge du regard – hm non, sept, et je te retrouve dehors.

Sept minutes précises plus tard il se tient devant moi, les cheveux encore un peu humide – et non, évitons de l'imaginer à poil sous la douche, oui bonne idée Jill – et je lui tends mon bras pour le faire transplaner. Il s'en saisit et on se retrouve devant les bureaux du Vif d'Or.

Tout en parcourant les couloirs du bureau, je me rends compte qu'il serait très très malvenu de croiser un de mes collègues, alors que je suis en compagnie d'Olivier Dubois, auquel cas je suis sûre d'être charriée pendant les sept prochaines années de ma vie.

Devon est heureusement le seul encore présent dans les bureaux et il dévisage un instant Olivier qui entre à mes côtés, avant d'hocher la tête, comme si cela confirmait quelque chose que lui-seul savait.

- Bonsoir Dubois.

- Yard.

- Je comprends maintenant pourquoi Jill tardait à revenir.

Je grogne dans ma barbe, ne perdant pas de temps pour modifier mon article :

- Qu'est-ce qu'ils ont à tous dire ça.

Olivier renifle amusé. Il est bien le seul, je déteste qu'on rigole de moi à mes dépends.

Dix minutes plus tard, alors que Devon présente à Olivier certains articles du numéro du lendemain en avant-première, je lève ma plume, satisfaite et tend mon article à Devon.

Olivier, pas gêné pour un sou, lit par-dessus l'épaule de mon mentor – Devon est très grand, mais Olivier l'est encore plus, ce qui est plutôt requis lorsqu'on est gardien de Quidditch professionnel. Je ne sais pas pourquoi, mais je me sens un peu anxieuse à l'idée d'avoir Olivier Dubois qui lit mon article. Généralement, lorsque Devon les relit, je n'ai aucun souci avec ça. Mais là... Merlin seul sait.

- C'est très bon. J'envoie ça en mise en page, vous pouvez y aller. A demain, petite.

Je souris à Devon, soulagée et j'attrape mes affaires :

- A demain Devon, passe une bonne soirée.

Je fais semblant de ne pas voir le clin d'œil qu'il me lance, l'air de dire « bonne soirée à toi aussi ». Non, non, je ne suis pas payée pour recevoir les blagues tendancieuses de mon supérieur.

En bas des bureaux, Dubois regarde sa montre. Il est à peine vingt et une heure, mais c'est vendredi et la plupart des restaurants doivent être bondés. Et puis, très peu pour moi de me retrouver scrutée de long en large par des dizaines d'yeux affamés qui s'empresseront de confirmer les rumeurs de Bulle de Sorcellerie.

- Je connais un resto, on y sera tranquille, si ça te va.

J'acquiesce, soulagée. Etant une célébrité, il doit avoir ses adresses. J'agrippe son bras qu'il me tend, et nous atterrissons dans ce qui me semble être l'une des extrémités du Chemin de Traverse. D'un geste il me guide vers l'une des devantures, aux jolies tentures rouges. Sans s'embêter de rentrer par la porte principale, il s'engouffre par une porte sur laquelle est marquée en gros et rouge « privé ». Je ne vois pas de « sauf Olivier Dubois » marqué en dessous, mais j'imagine qu'il sait ce qu'il fait.

On arrive dans les cuisines, dans lesquelles s'affairent plusieurs personnes. Une jolie jeune femme aux longs cheveux noirs et une tunique typiquement indienne, se précipite vers nous lorsqu'elle avise Olivier et s'exclame :

- Olivier, ça fait un petit moment !

- Salut Padma, désolé de débarquer sans prévenir, est-ce qu'il te reste une table pour deux au calme ?

La jeune femme se penche pour me dévisager, puisque je suis à moitié caché derrière la grande silhouette de Dubois. Son visage s'éclaire et elle s'exclame :

- Jill O'Connor ?

Par Merlin, je suis maudite, toute la foutue population de Grande-Bretagne me connait à cause de ce maudit torchon.

- Eh bien, Olivier, pour une fois que la Bulle de Sorcellerie tape juste !

Olivier lève les yeux au ciel et grimace :

- Une table, Padma ?

La jeune femme glousse et me renvoie un grand sourire :

- J'ai ce qu'il vous faut.

Moi, je n'écoute plus. J'en suis encore au moment où Olivier n'a pas démenti les propos de Padma. Ouais, je suis facilement distraite, hein. Mais Padma a tort.

Nous sommes ici pour parler Quidditch, et seulement Quidditch. La Bulle de Sorcellerie peut bien aller mettre sa théorie là où je pense.


Et d'accord, peut-être que j'ai minimisé la chose, et que, d'un fil à l'autre, on est passés du Quidditch à autre chose.

Genre, par exemple, la bouche d'Olivier sur la mienne, et moi à moitié à poil dans son lit.

Des choses comme ça.

Mais que la Bulle de Sorcellerie aille mettre sa théorie là où je pense quand même, ok ?

C'est une question de principe.

Foutue fierté de Salem.


- Tu sais, mh, je préfère le signaler, mais, je n'ai pas couché avec toi pour avoir accès à plus d'informations sur Flaquemare.

La main qui caressait mon dos s'arrête, et je sens plus que j'entends Olivier se marrer dans mon dos. L'abruti. Je bouge un peu dans le lit, et Olivier reprend ses caresses sur mon dos nu. Je suis à la limite de ronronner.

Il murmure, ses lèvres caressant mon cou :

- C'est con, c'était une bonne technique pourtant.

Je renifle, amusée et secoue la tête – autant que possible, puisque je suis allongée dans un lit – tout en déclarant :

- J'avais déjà un accès vip grâce à mes superbes connaissances. Ça… c'est que du bonus.

- Mh.

Note à moi-même, Olivier Dubois est très éloquent de bon matin. Je sens ses lèvres de nouveau dans mon cou et je frissonne sous la sensation. Non, mais c'est surtout parce qu'on est en décembre, d'accord, il fait froid.

- Moi c'était juste pour donner raison à Bulle de Sorcellerie.

Je pousse un son indigné, et le voilà qu'il se marre de nouveau dans mon dos.

- Les pauvres, voilà plus de cinq ans qu'ils essaient de trouver ma promise. Autant leur faciliter la tâche.

Je me retourne vers lui en m'étirant et marmonne :

- En fait c'est pratique, Bulle de Sorcellerie te sélectionne des candidates et t'as plus qu'à aller les voir.

Le sourire de Dubois est limite éclatant tandis qu'il ricane d'un air entendu :

- Bien évidemment, d'ailleurs je me suis précipité lorsqu'une rumeur a circulé entre moi et la libraire du Chemin de Traverse.

J'ouvre des yeux effarés :

- La vieille chouette ? Celle qui parait aussi vieille que le monde ?

Olivier me regarde avec un air solennel et répond :

- Celle-là même. Torride.

Je m'esclaffe et demande entre deux hoquets :

- Mais tu rigoles, ils ont quand même pas pu inventer cette rumeur là quand même ?

Olivier laisse échapper un rictus blasé et soupire :

- Oh si, crois-moi.

Puis, sans que je m'y attende, je me retrouve écrasée par le poids d'un corps. Et pas n'importe quel corps, non, celui d'un putain de gardien de Quidditch professionnel d'environ 1m90. Spoiler alert : c'est lourd.

Et toute conversation me semble futile.


En fin de compte j'ai passé tout le week-end chez Olivier.

Je suis partie le lundi matin bien tôt, sans qu'aucune promesse ne soit faite, ce qui m'arrangeait bien.


- Petite, les Flaquemare continuent leur saison à l'étranger.

Je lève la tête du dossier que je relisais – et franchement, soixante pages sur le nouvel étrier de dragon de courses, très peu ma tasse de thé – et j'hoche la tête, déjà au courant.

- J'ai mis Bosner sur le sujet. Il va les suivre. Je t'aurais bien mis mais il est plus ancien et avait fait la demande.

J'acquiesce, ne sachant pas vraiment si je suis déçue ou non. Ne plus pouvoir suivre cette équipe que j'ai beaucoup épié ces 10 derniers mois me rend un peu triste. Mais je suis soulagée de ne pas avoir à suivre Dubois partout où il jouera. Cela me semblerait étrange, surtout qu'on ne s'est pas revus depuis la fois où j'ai passé le week-end chez lui, plus de deux mois auparavant.

- C'est bon Devon, je comprends.

Il me lance un regard indiscret de nouveau avant d'acquiescer et de retourner dans ses dossiers. Mes pensées ne sont absolument plus focalisées sur le dossier technique que je lisais – des étriers je vous dis – mais sur un certain gardien de Quidditch. Je me tapote la lèvre en me demandant s'il était malvenu d'essayer de le recontacter pour… passer une douce soirée.

Je ne faisais pas vraiment dans les coups d'un soir, mais lorsque cela était le cas, jamais au grand jamais je ne recontactais le monsieur. Une fois c'était bien, deux fois c'était trop.

Alors pourquoi est-ce que je me demande comment trouver un moyen de contacter Dubois ?

- Dis Devon, je reprends ce qui le fait lever les yeux vers moi, est-ce que tu aurais le code de transfert de Dubois, à tout hasard ?

Le regard perçant qu'il me renvoie ne me plait pas, et je sais que je vais me faire cuisiner sur place.

- Je pensais que tu l'avais, me répond-il d'un ton innocent.

Je secoue la tête, feignant de ne pas comprendre son sous-entendu. Il glousse un peu puis fouille dans un de ses tiroirs avant de me tendre un bout de papier. Le code de transfert de Dubois. Une jolie invention qui permet de transmettre des courts messages d'une personne à l'autre, qu'importe l'endroit tant que le receveur a enregistré le lieu dans lequel il se trouve, sur son registre de transfert.

- C'est évidemment pour lui poser des questions techniques ? Me demande mon mentor, un sourcil narquois joliment relevé.

- Evidemment, je renifle, me saisissant du bout de papier avant de le dupliquer et de ranger la copie dans mon manteau.

Devon n'avait pas demandé quelles étaient les techniques dont j'allais lui parler, et je ne trouvais pas pertinent de lui préciser.


Ouais alors peut-être que je m'étais un peu emballée, et que j'avais décidé sans réfléchir d'envoyer un mot à Dubois. Et je me retrouvais maintenant comme un Botruc sans arbre, assise à la table de ma cuisine, un verre d'eau – d'eau, par Merlin – à la main, attendant une hypothétique réponse de la part de ce foutu gardien. Aux dernières nouvelles les transferts étaient immédiats et cela devait faire bien deux heures qu'il avait reçu mon mot. Pour autant, aucune réponse, zéro, none, nada, niet. J'étais seule, un bel abruti venait de me mettre un vent sans pour autant être en face de moi, et je buvais de l'eau.

Je ne sais quelle neurone prend le dessus mais je finis par me lever, nettoyer à la va-vite mon verre, et je vais prendre une douche. Message reçu, Dubois, tu ne veux plus avoir affaire à moi. Je passe à autre chose.


La saison de Quidditch venait de prendre fin. Les tournois internationaux aussi, et, bien que n'ayant pas été mise sur le sujet, j'avais suivi les victoires des Flaquemare de loin. Ils avaient fini septième, ce qui était un score honnête, si l'on considérait les 38 équipes qui avaient concouru pour devenir champion du monde de l'année.

Au niveau du championnat national, ils avaient évidemment – désolée, mais quelle équipe leur arrive à la cheville ? – été premiers et j'avais gracieusement été invitée par Roy Hommer pour assister à leur dernière conférence, qu'ils avaient tenus dans leurs locaux, après être revenus de plus de quatre mois de voyages à l'étranger pour finir le championnat international.

Apparemment Bosner n'était pas très intéressant, et il avait plus que mal tenu le sujet. Devon m'avait même soufflé que Yui songeait à le virer. C'était compréhensible étant donné que plus de 50% de nos lecteurs étaient abonnés au Vif d'Or pour suivre les aventures des clubs de Quidditch anglais, et particulièrement les Flaquemare qui étaient la fierté nationale. J'avais lu les articles de Bosner sur le sujet. Pitoyables, et je ne disais pas ça parce qu'il m'avait piqué le boulot sous le nez. Non, voyons, quelle idée.

Devon aimait bien me répéter que j'avais une « foutue fierté de Salem ». J'optais plutôt pour un juste retour de karma.

Tout cela pour dire que c'était moi, et moi seule, qui me tenait dans la salle de conférence des Flaquemare pour leur ultime interview de la saison. Et pas Bosner qui devait ranger sans aucun doute les quantités énormes de dossiers d'archives – déjà rangés par les stagiaires plus d'une dizaine de fois ces derniers mois, mais Yui avait estimé que c'était une urgence absolue de les ranger de nouveau, et Bosner était là pour faire le job, comme cela était pratique.

Les questions venaient de commencer et je baillais déjà à m'en décrocher la mâchoire. Il était grand temps de redresser le niveau. J'avais quelques questions bien ficelées à leur présenter, et ô quel grand hasard, aucune d'entre elles n'étaient adressées à Dubois. Le monde est bien fait, tout de même.

Hommer voit ma main qui se lève et immédiatement me donne la parole. Plus personne ne s'offusque parmi mes confrères journalistes qu'on m'autorise à parler aussi vite. Ils ont appris, depuis maintenant un an que j'ai débuté mon boulot officiellement, que mes questions sont aussi précises que vicieuses, et je rends service à beaucoup – du moins ceux qui viennent pour obtenir de réelles infos sur le Quidditch.

- Jill O'Connor, du Vif d'Or. M. Frish, est-ce que votre pourcentage de succès vous satisfait cette année, étant donné qu'il est plus bas que l'année dernière ?

Frish, ce gentil Frish, retient un reniflement amusé, et se râcle la gorge avant de me répondre :

- Oui, je suis satisfait parce que celui de mes coéquipiers et de l'équipe est plus important. Ca signifie que nous avons beaucoup plus travaillé sur la collaboration et les liens d'équipe que le jeu personnel.

J'acquiesce et note la réponse, tandis qu'il ajoute sur le ton de la conversation :

- Ou alors on joue mieux quand je touche moins la balle.

La salle part dans une vague de rire et j'esquisse un sourire en secouant la tête, toujours en train d'écrire.

Je laisse la place à Manfred, un de mes confrères de Qualité Sorcière, un journal très carré, qui traite toujours des sujets de manière très propre et très professionnelle. J'ai eu l'occasion de m'entretenir avec lui de nombreuses fois, et bien qu'il appartienne à un journal concurrent, je le respecte beaucoup.

Au bout d'un moment je reviens à la charge, et Hommer me redonne la parole de nouveau, aussi rapidement. Le schéma s'enchaine et à la fin de l'heure j'ai posé toutes les questions que je voulais. Mon carnet est plein de notes, et j'ai regardé exactement 0 fois la tête de Dubois.

Foutue fierté de Salem.


- Hey, O'Connor.

Je fais semblant de ne pas avoir entendu. Je suis en train de boucler mon sac, un crayon dans la bouche et mes cheveux blonds me tombant de partout. Alors, non, merci bien j'ai très peu envie de me tourner vers celui qui m'a fichu un sacré vent plus de quatre mois auparavant.

Je comprends tout de même qu'il va être compliqué pour moi de prétendre que je n'ai pas conscience de ce putain de corps massif à côté de moi. Alors je lève la tête et lui sert mon plus beau sourire factice.

- Bonjour Dubois.

Il passe une main derrière sa tête et gratte un instant ses cheveux, comme s'il hésitait sur sa manière d'agir. Je vais pas lui faciliter la tâche, non mais oh, mon égo quoi.

- Il était moins compétent, ton collègue, celui un peu dégarni.

- Bosner ? Je demande, pas sûre de vouloir savoir où il veut en venir.

- Ouais, Bosner. Pas très intéressantes ses questions. Tu sais, l'équipe aime bien assister aux conférences depuis que tu nous mets au défi de répondre à des questions complexes.

- Ah.

Je ne sais pas quoi faire de cette information, et je décide qu'il est temps de prendre congé. J'ai un article à boucler, et beaucoup de choses à faire ce soir, beaucoup beaucoup plus importantes que de continuer à parler à Dubois. Genre, hm, ranger mes épices par ordre alphabétique. Ouais, ultra urgent.

Il me retient par le bras, et je louche sur sa main, alors il le lâche aussi vite :

- Attend. Euh, ça te dirait d'aller boire un coup ?

Je le regarde comme s'il avait la dragoncelle – et croyez-moi c'est une vraie saloperie cette maladie – et il se frotte de nouveau l'arrière de la tête, mal-à-l'aise.

- Je suis désolée, c'est très tentant, mais non.

Ouais, je fais pas dans la dentelle. Mais j'ai horreur des profiteurs.

Il fronce les sourcils, et son regard s'assombrit. Il jette un coup d'œil en direction des quelques journalistes qui restent encore ci et là et il repère Janine et Herbet, non loin, qui semblent être passionnés par les nouveaux rideaux des fenêtres de la salle. On vous voit bandes de fouines.

- Je peux te parler, s'il-te-plait ? Un endroit plus privé. Y'a des règles de politesse qui se perdent, ici.

Il zieute les deux commères et je jure que s'il avait des baguettes à la place des yeux, c'est deux Kedavra qui auraient touché les journalistes de Bulle de Sorcellerie.

J'ai très envie de refuser, rien que pour voir l'air con qui s'afficherait sur sa tête. Manque de pot, j'ai encore plus envie de savoir ce qu'il a à me dire alors j'acquiesce et je le suis dans les salles privées du Club.

Refermant la porte derrière moi, Dubois va se poser contre une table et croise ses bras sur son torse – magnifique torse, l'ais-je déjà précisé ? – et me lance, le regard dur :

- Ecoute, peut-être que c'est dans tes habitudes de ne pas renvoyer deux fois avec le même gars, mais je comprends pas pourquoi tu es aussi froide. Je ne te propose qu'un verre, par Merlin.

Je reste silencieuse un moment. Hein ? Est-ce qu'il se fout de ma tronche ? Il n'a jamais répondu à mon transfert il y a presque 5 mois, et il ose me faire la morale maintenant ? Si à Salem on apprend la fierté, alors à Poudlard on apprend définitivement le culot !

- Tu rigoles ?

Il parait perdu et secoue la tête, les sourcils froncés, alors je continue :

- C'est moi qui devrais t'en vouloir. Aux dernières nouvelles c'est toi qui n'as jamais répondu à mon transfert.

Ok, il fronce les sourcils de nouveau et me regarde d'un air interrogateur :

- Quel transfert ?

Je lève les yeux au ciel. Qu'est-ce qu'il a à faire son malin ?

- Celui que je t'ai envoyé i peu près quatre mois, juste avant que tu partes en saison internationale.

Il secoue la tête et s'avance légèrement vers moi. Eh, tout doux mon beau, reste loin de moi et mes hormones, s'il-te-plait.

- Je n'ai jamais reçu de transfert, Jill.

Je fronce les sourcils à mon tour.

- Devon m'avait passé ton code, je t'en ai envoyé un.

Merde, est-ce que Devon m'avait passé le mauvais code. Pire, est-ce qu'il s'était foutu de ma gueule ? Oh, supérieur ou pas, si c'était le cas, j'allais le réduire à l'état de soupe en poudre.

- Ouais, Yard a bien mon code, mais je t'assure que je n'ai jamais rien reçu.

Je reste muette. Bah, alors, qu'est-ce qu'il s'est passé ? Les transferts sont infaillibles, ce n'est pas comme des hiboux qui peuvent se perdre. Ca arrive directement dans le lieu de réception que tu as déclaré. Pas possible de se perdre. Genre, jamais.

- Attends, quand est-ce que tu m'as envoyé ce transfert ?

J'hausse les épaules :

- La veille de ton départ je crois.

Il grince des dents, longtemps. Oula, très longtemps. Ok, il sait clairement quelque chose que je ne sais pas, et il ne paraît pas très ravi de la chose.

- Quelle garce.

- Hey ! Je m'offusque, pas très encline à me faire insulter.

Il me lance un regard qui passe de noir à amusé et me répond :

- Non, attends, pas toi !

Il passe une main derrière sa tête et s'avance encore un peu vers moi. Il y a peut-être à peine cinquante centimètres entre nous, mais je ne recule pas.

Oui, Devon, je sais, foutue fierté de Salem.

- Je… ce soir-là, mon ex est passée. Spinnet, tu sais, elle avait fait les gros titres y'a deux ans. Elle voulait me récupérer, mais je m'en fiche de cette nana. Elle connait mon lieu de réception, et je mettrais ma main au chaudron qu'elle a piqué le transfert.

J'ouvre la bouche légèrement. Je ne peux pas y croire. Une ex jalouse, sérieusement ?

- Pas folle ton excuse, je réponds, encore méfiante.

Il secoue la tête et déclare un peu plus vivement :

- Jill, je ne mens pas. Purée, j'ai passé deux mois à me demander s'il fallait que je te recontacte, mais comme c'était silence radio de ton côté j'ai décidé de te laisser tranquille.

Il se racle la gorge rapidement, et il – je rêve ou il se met à rougir légèrement ?

- Hm, je pensais que tu serais celle mise sur le sujet de nos tournois inter, mais on a eu ton boute-en-train de collègue – l'ironie dans sa phase sonne fort, par Merlin Bosner n'a pas une once d'humour dans son corps – . Je pensais, hm, tu vois, que j'aurais l'occasion de te reparler durant les 4 mois de tournois, mais comme ce n'était pas toi… Et tu vois avec les matchs et tout j'ai décidé de reporter ça à mon retour au Royaume-Uni.

Il est trop mignon. Jill, il t'a fait mariner pendant 6 mois. Oui mais il est trop mignon. Jill, ne t'embarque pas là-dedans.

Généralement c'est le démon sur mon épaule qui l'emporte sur l'ange. Cette fois-ci ne déroge pas à la règle.

- Un verre, Dubois, et c'est tout.

Son sourire éclatant en réponse à ma phrase me fait flancher. Qu'est-ce que j'ai dit déjà, un seul verre ?


Je suis faible. Moi, Jill Eva O'Connor, diplômée de Salem en sciences sociales catégorie sportive de haut niveau, lauréate de l'école de Journalisme Magique de Londres, deuxième enquêtrice au Vif d'Or, je suis faible.

J'ai échoué, et je me retrouve maintenant de nouveau dans le lit de Dubois. Comprenez-moi, son lit est vraiment confortable. Et ça n'a rien à voir avec le mec qui vient avec. Rien du tout.

Foutue fierté de Salem.

Il est allongé de tout son poids sur moi, et je trifouille avec patience dans ses cheveux, qui ont bien poussé durant les 5 derniers moi. Je crois qu'il en faudrait peu pour qu'il se mette à grogner, sous mes caresses.

- Ton plongeon pour contrer le lancer de Richter, c'était débile, tu sais.

Il rigole contre mon cou, et je frissonne sous la sensation.

- Peut-être, mais c'était efficace.

- Ils n'auraient pas gagné de toute façon. Et ils ont fini 15ème aux championnats.

- C'est pas une raison pour le laisser marquer dans mes cercles.

- C'était débile quand même.

Il se relève sur un coude pour me faire face et il braque ses yeux dans les miens, un sourire narquois sur les lèvres :

- Tu t'es inquiétée pour moi , O'Connor ?

Je lève les yeux au ciel et lui assène une petite tape sur le nez :

- Rêve Dubois. C'était y'a trois mois et à l'époque je te rappelle que je pensais que tu avais gracieusement ignoré mon transfert. Je pense que j'espérais plutôt que tu tombes de ton balais.

Il fait un rictus choqué et je glousse devant son air. J'opte pour la technique de paix, et l'embrasse fougueusement. La technique semble marcher puisque je ne l'entends plus protester.


Lundi matin, 6h30. Le réveil sonne et je me réveille en sursaut, me cognant contre une clavicule dure. Merde.

- Putain, Dubois, debout.

Il grogne sous moi et je me relève, cherchant du regard un vague tee-shirt pour couvrir ma nudité.

- Alleeeeez, je travaille dans 1 heure.

Il ne semble pas entendre mes protestations, alors je me lève et enfile un tee-shirt.

- Je me lève si tu restes à poil. Est la première phrase que le gardien des Flaquemare m'envoie.

Ne pas glousser, ne pas glousser.

- Rêve.

Je me penche vers lui et l'embrasse rapidement en chuchotant :

- Allez, debout Olivier.

Il grogne mais je sais qu'il s'exécutera. Je rentre dans ma cuisine et mets de l'eau à chauffer et des tartines à griller.

Tandis que je mâchouille vaguement un bout de pomme, complètement ravagée par la fatigue, Olivier débarque de ma chambre, vêtu d'un vague caleçon et les yeux dans le vague.

Note à moi-même : arrêter d'agir comme des animaux en chaleur, et se coucher tôt.

- Thé dans la théière.

- Gnh.

J'adore Olivier de bon matin. Vraiment, un délice, aussi éloquent que Cicéron.

- Je bouge dans quarante minutes. T'as intérêt à te dépêcher si tu veux te doucher.

A ces mots une lueur d'intérêt apparaît dans ses yeux et je recule doucement pour finir par m'adosser contre le plan de travail, un doigt pointé devant mon visage :

- Non, non… Pas cette fois Dubois, tu me mettras pas en retard.

Il s'approche de moi et pose ses mains contre le plan de travail derrière moi, m'encadrant de ses bras – je n'ai plus besoin de vous présenter les bras de Dubois, non ? – avant de se pencher et de murmurer :

- Je demande à voir.


Je suis faible.

Ouais, vraiment faible.


Devon se bidonne de rire lorsqu'il me voit arriver pour la troisième fois en retard cette semaine.

- Je ne poserais pas de questions, parce que je suis ton supérieur et que je n'ai pas à connaître ta vie privée.

Je le remercie du regard, reconnaissante, mais tout cela disparaît lorsqu'il continue :

- Mais étant ton supérieur, et devant le fait que tu arrives souvent en retard ces temps-ci, je vais te demander de me donner la raison de ces retards.

Mais que quelqu'un me vienne en aide, par Merlin, je suis entourée d'hommes retords.

Je grogne dans ma barbe, et Devon pose une main en coupe autour de son oreille :

- Je suis pas sûr de bien avoir compris, tu m'excuseras, je me fais vieux.

Je lui tire la langue, comme une gamine, et je réponds d'une traite :

- C'est pas ma faute mais celle de Dubois.

Il acquiesce, un sourire satisfait sur les lèvres et me lance :

- Je savais que ça collait bien entre vous. Quand tu m'as demandé son code de transfert, je me suis dis que je participais à quelque chose de bien.

Je lève les yeux au ciel et rétorque :

- Le code de transfert c'était il y a plus d'un an, Devon, remets-t 'en.

Il hausse les épaules l'air de dire « j'ai raison quand même » et il sort de la pièce en sifflotant. Je grogne de plus belle et me mets à faire des recherches sur le prochain dossier que je vais sortir, à savoir l'excellent Comète Brillant, le dernier des balais à la pointe qui vient de sortir.


- Jill O'Connor, du Vif d'Or. Monsieur Hommer, comment voyez-vous cette nouvelle saison ? Les tournois internationaux maintenant derrière vous, et ne revenant que dans trois ans, comment pensez-vous aborder les tournois nationaux ?

Roy Hommer me répond calmement, et je prends notes sur notes. Mes confrères hochent la tête autour de moi, et écrivent presque aussi compulsivement que moi sur leur carnet. De rien, les gars.

Les questions reprennent, et j'écoute d'une oreille attentive les informations qui pourraient m'intéresser. Puis Janine de Bulle de Sorcellerie lève la main et lorsque Roy Hommer lui donne la parole, je sais au plus profond de moi que quelque chose va arriver. Ça ne loupe pas.

- Janine Furie, de Bulle de Sorcellerie. M. Dubois, voyez-vous toujours Mlle Jill O'Connor, du Vif d'Or ?

Un silence s'abat sur la pièce tandis que des dizaines d'yeux se tournent dans un bel ensemble vers moi.

- Ne pas flancher, Jill. Afficher un air neutre.

Ce que je fais à la perfection. Je continue à prendre quelques notes avant de jeter un coup d'œil à tous ceux qui me regardent et je lève un sourcil interrogateur, qui veut dire, et j'espère qu'ils le comprennent, « eh bien quoi, je ne m'appelle pas M. Dubois, aux dernières nouvelles ».

Alors toutes les têtes se tournent vers le gardien des Flaquemare qui me regarde d'un air étrange un instant avant de soupirer et déclarer :

- Je ne suis pas ici pour parler de ma vie privée. Ce genre de question n'est pas accepté ici.

Janine et Herbet laissent échapper d'énormes sourires carnassiers tandis qu'ils écrivent furieusement sur leur carnet. Ils ont de quoi, Dubois vient d'implicitement reconnaître qu'il me fréquentait.

Et là, sur ma petite chaise en plastique qui fait mal aux fesses, je ne sais pas ce que je ressens face à cette affirmation.


Quelques heures plus tard, j'ouvre la porte de mon appartement et fais face à un Dubois aux traits tirés. Je m'efface pour le laisser rentrer et il se laisse tomber sur le canapé dans le salon. Appuyant sa tête contre le mur il soupire longuement, les yeux fermés.

Je me dirige vers la cuisine pour lui servir un verre d'eau, toujours muette, et il s'en saisit d'un air reconnaissant.

Je m'accroupis en face de lui, le regardant d'un air interrogateur tandis qu'il boit le verre d'une traite. Soupirant de nouveau, il pose le verre au sol et me regarde un moment d'un air étrange, que je n'arrive pas à identifier. Je lève un sourcil sceptique dans sa direction et il laisse échapper un petit sourire en coin, qui disparaît bien vite. Voyant qu'il ne se décide pas à parler, je me laisse tomber sur le sol pour m'y asseoir en tailleur et déclare :

- Ecoute, si c'est à propos de la question de la nana de Bulle de Sorcellerie –

- J'étais près à leur dire oui. Me coupe-t-il.

Je reste interdite un moment, le regardant comme s'il m'avait dit qu'il avait inventé le Polynectar.

- Que – Je commence, mais il me coupe de nouveau, et je n'aime pas cette habitude.

- Je n'ai jamais voulu m'afficher avec quelqu'un, auparavant. Lorsque j'étais avec mes ex, je n'ai jamais dévoilé leur nom. Et si jamais leur identité sortait c'était elles qui avaient parlé.

Il s'arrête, et je le laisse continuer. Je me souvenais vaguement d'une interview de Spinnet, l'ex de Dubois, il y a quelques années, et qui avait dévoilé être fiancée à Dubois. Cela avait été apparemment un gros mensonge et Olivier l'avait largué quelques jours plus tard.

- Mais toi c'est différent. Je –

Il s'arrête, se frotte l'arrière de la tête, comme à chaque fois qu'il est gêné, et le geste m'attendrit. Il se penche vers moi, et je lève la tête dans sa direction, le regardant d'un air interrogateur. Il ferme les yeux un instant, soupire de nouveau puis m'embrasse avant de se reculer.

- Jill, ça fait un petit moment qu'on se voit, maintenant. Et, par Merlin, je suis vraiment pas doué avec ça.

Je m'empêche de glousser parce que j'adore voir Dubois galérer à m'avouer ce qu'il ressent pour moi. J'ai passé l'après-midi à réfléchir ce que je ressentais vis-à-vis de lui, et maintenant que mes idées sont claires, je peux rigoler de l'air angoissé d'Olivier.

- J'ai envie qu'on soit ensemble. Je veux dire, vraiment, exclusivement.

J'hausse un sourcil narquois et rétorque :

- Je sais pas pour toi, mais ces dix derniers mois, je n'ai couché qu'avec toi.

Il ouvre des grands yeux effarés et réplique très rapidement :

- Non, mais moi aussi, ce n'est pas ça que je veux dire, je –

Puis il s'interrompt et me regarde avec des yeux soupçonneux :

- Tu me fais marcher, c'est ça ?

Je laisse tomber mon masque neutre et éclate de rire en hochant la tête. Il se renfrogne et se recule dans le canapé, un air boudeur sur le visage :

- Je suis sérieux, et tu tournes ça en dérision.

Je vois qu'il est un peu déçu, alors je me lève et m'assoit sur lui, entourant son cou de mes bras tandis que je l'embrasse pour m'excuser. Puis je le regarde et chuchote :

- L'exclusivité ça me va.


J'allume la bougie sur le gâteau que je viens d'allumer pile au moment où Olivier toque à la porte. Je vais lui ouvrir et il s'engouffre dans le hall, tandis que je crie au meurtre :

- TES BOTTES PLEINES DE BOUE DUBOIS !

Il baisse le regarde sur ses chaussures et glousse un « oups » qui ne semble pas du tout honnête avant de lancer un recurvite qui nettoie toute la pagaille qu'il a fichu.

Il s'avance vers moi et décide de m'empêcher de respirer pendant quelques minutes avant que je me détache de lui pour le traîner dans la cuisine. En avisant le gâteau il hausse un sourcil et je lance, d'un air enjoué :

- Joyeux un an de sexe !

Il me regarde un instant, un air vide sur le visage avant de se prendre le haut du nez entre les doigts :

- Jill… est-ce que tu viens vraiment de faire un gâteau pour fêter la première fois où on a couché ensemble ?

J'hoche la tête, absolument ravie à l'idée de manger le bon gâteau aux fraises que j'ai réalisé, et il se met à glousser derrière moi, avant de m'enlacer par derrière et de déposer un baiser sur mon crâne :

- Tu es absolument exceptionnelle.

J'hoche la tête et répond :

- Je sais.

Foutue fierté de Salem.

Il secoue la tête et va s'adosser contre un des plans de travail de la cuisine. Je découpe le gâteau et lui tend une part qu'il renifle avec intérêt.

- Savoure-le. Le prochain que je ferais ça sera pour nos un an de relation. Et il nous reste dix mois pour y arriver. C'est pas pour tout de suite.

Il secoue la tête, amusé. Mais je vois ses yeux, et je sais ce qu'ils me disent. Ces dix mois vont passer vite.


- Jill O'Connor, du Vif d'Or. M. Frish, comment appréhendez-vous les prochains matchs, maintenant que votre coéquipière poursuiveuse Mlle Wadcock est remplacée par Mlle Vear, durant sa grossesse ?

Frish me sourit, amusé. Nous avions eu cette conversation la veille au soir, dans mon appartement, lorsque je l'avais invité pour venir manger avec Olivier et moi. Mais je me voyais mal écrire un article sur des informations acquises dans le privé. Donc je posais la question. Et Frish le savait. Alors, il répondait.

Il était impossible pour Olivier et moi de ne pas parler de Quidditch à la maison. D'autant plus qu'il avait officiellement déménagé chez moi plus de trois moi auparavant, alors les conversations Quidditch fusaient aussi vite qu'un vif d'or. Mais je ne voulais pas être privilégiée par rapport à mes collègues journalistes, donc je continuais à poser des questions dont j'avais, quelques fois – souvent – la réponse.

Appelez ça de l'altruisme, j'appelais ça de la bonne conscience.

Je vois du coin de l'œil Herbert, de Bulle de Sorcellerie qui lève son bras, et Hommer, l'entraîneur des Flaquemare, soupire mais lui donne la parole.

Il faudrait vraiment interdire l'accès aux conférences aux journalistes people.

- Herbert Cocky, de Bulle de Sorcellerie. M. Dubois, nous vous avons vu assez proche avec Mlle Spinnet, la semaine dernière sur le Chemin de Traverse. Est-ce que cela veut dire que vous ne fréquentez plus Jill O'Connor ?

Ma tête est neutre. Très neutre. Trop neutre. Olivier me lance un discret regard et je le vois déglutir lorsqu'il avise mon visage.

- Oh oui, mon coco, je crois que j'ai besoin d'une explication, sur ce coup-là.

- Tu as dîné avec elle ? Je m'exclame, et je suis quasi sûre que ma voix n'a jamais atteint une note aussi haute.

Il a le mérite de paraître contrit et tend les mains devant lui dans une vaine tentative de m'apaiser.

La conférence vient de se finir et nous sommes dans l'une des salles privées du club de Flaquemare. Je n'avais pas envie d'attendre d'être à la maison pour régler ce petit problème. Non, parce que s'il s'avérait que Dubois avait merdé, alors il ne risquait pas de dormir dans le même lit que moi ce soir. Ni le même appartement. J'irais bien jusqu'à dire ni la même ville, mais j'attendais de voir l'ampleur de sa connerie.

- Oui mais ce n'est pas ce que tu crois Jill…

Je laisse échapper un rire sans joie :

- T'as dix secondes pour te justifier Dubois, et je me casse.

Il ouvre la bouche et la referme, embêté. Je fronce le nez et chuchote :

- T'es vraiment qu'un con.

Puis je me recule et sort de la pièce. Je fais à peine dix pas avant de me cogner contre Frish qui me regarde avec un air contrit. Je lui souris pauvrement :

- Je crois que ton canapé sera occupé ce soir, à plus Frish.


Je ruminais toute la soirée. Non pire, je me retenais de pleurer toute la soirée. Olivier m'avait trompé, c'était sûr. Avec son ex, cette Spinnet qui avait déjà failli ruiner notre histoire avant même qu'elle commence. Cela faisait plus de deux ans qu'on était ensemble, trois que notre relation étrange avait commencé, et je ne comprenais pas comment il avait pu me faire ça.

On toque à la porte. Si c'est lui, qu'il aille voir à Azkaban si j'y suis.

- Jill, s'il-te-plait, ouvre la porte.

- Va-t'en Dubois, je n'ai pas envie de te parler.

- Je vais t'expliquer.

J'ouvre la porte en grand et un pauvre tableau doit s'offrir devant lui. Je suis dans un vieux tee-shirt, mes cheveux en pétard, et mes yeux rouges à force de les avoir frottés pour les empêcher de pleurer.

Il fait un mouvement dans ma direction, comme s'il voulait me prendre dans ses bras, et je secoue la tête, ne voulant pas qu'il m'approche. Ne voulant même pas qu'il entre dans notre appartement.

- Parle.

Il prend une profonde inspiration, puis déballe tout.

Après cela, il a fallu qu'il me retienne pour aller empêcher de réduire Alicia Spinnet à l'état de cube de poule.


Dean et Seamus me regardent, le premier avec un air outré sur le visage et l'autre paraissant complètement perdu, et je m'empêche de glousser.

- Je peux pas croire qu'Alicia ait fait ça.

Je fusille Dean du regard, qui lève les mains dans un geste apaisant et il se justifie :

- Me regarde pas comme ça Jill. Je connais Alicia de Poudlard. Je la connaissais pas vraiment, je suis juste étonné. Je pensais que c'était une nana sympa.

Je marmonne dans ma barbe :

- Assez sympa pour faire du chantage à mon mec. Heureusement il a réussi à gérer ça comme un pro. Mis à part ce diner en tête-à-tête.

Seamus secoue la tête et demande :

- Je comprends pas. Ok, elle a vu Olivier dans une bijouterie, mais à quel moment cette information se vend chère ?

Je le regarde un moment, un air neutre sur le visage, puis je me tourne vers Dean :

- Ton mec est con, tu le sais ?

Il acquiesce, fataliste et répond :

- Crois-moi, je le sais.

- Hey, je suis là avec vous ! S'exclame Seamus, peu content de se voir insulter par son copain et son amie.

- Olivier cherchait une bague pour me demander en mariage, idiot.

Je regarde avec amusement l'information atteindre le cerveau de Seamus et celui-ci ouvre les yeux en grand, tapant des mains avec excitation :

- Mais c'est génial !

J'hoche la tête, un sourire un peu rêveur sur les lèvres, puis je reprends mes esprits :

- Oui, enfin bon, Olivier boude depuis une semaine parce qu'il a pas pu faire sa proposition comme il voulait.

- Pourquoi ? Me demande Seamus, et Dean secoue la tête, affligé.

- Parce qu'il a bien dû me donner la raison pour laquelle il a mangé avec son ex, sinon j'allais lui refaire sa tête.


7 jours plus tôt

- J'ai mangé avec Alicia parce qu'elle m'a vu choisir une bague de mariage chez Greeder & Diamonds et a menacé de tout dévoiler sur toi et moi à la presse. Elle avait des photos de nous… va savoir.

Je secoue la tête et déclare :

- De toute façon la presse sait déjà qu'on sort ensemble.

Dubois renifle et lance :

- Non, Bulle de Sorcellerie l'avance, personne n'a de preuves. Et euh… c'est tout ce que tu retiens de ce que je viens de dire ?

Je reste figée un moment, l'information montant lentement au cerveau avant d'ouvrir de grands yeux et m'exclamer :

- Elle t'a vu choisir quoi ?


- Mais du coup, il t'a demandé? Demande Dean, d'un air gourmant.

J'hoche la tête, amusée :

- C'était pas dans les règles de l'art, mais notre relation n'a jamais été dans les règles de l'art de toute façon.


7 jours plus tôt

- Une bague de mariage.

- Une bague pour se marier.

- C'est un peu le principe d'une bague de mariage.

- Pour se marier avec moi.

- J'ai pas d'autres filles sous la main en ce moment.

- Avec moi.

- Oui, Jill, avec toi.

- Mais pourquoi ?

- Parce que je t'aime.

- Ah bon ?

- Jill, je te le dis tous les deux matins.


Dean et Seamus se bidonnent devant moi tandis que je leur raconte la conversation très étrange qui avait eu lieu entre Olivier et moi.

- En gros, t'étais sous le choc. Se marre Dean, et j'acquiesce en soupirant.

- Complètement.

Seamus demande à un serveur de nous ramener un nouveau whisky pur-feu et je prends une gorgée avec reconnaissance de la boisson.

- Et du coup ? Me demande avidement Dean.

J'aime laisser trainer, vous savez, entretenir le suspense. Alors je bois un coup de whisky, je mange une olive avec lenteur, et je laisse promener mon regard sur le bar dans lequel on se trouve. Puis je me retourne vers mes deux amis qui me regardent comme s'ils voulaient m'enfoncer leur baguette là où je pense.

- Et du coup j'ai dit oui.


7 jours plus tôt

- Mais quand tu dis oui, est-ce que tu dis oui, oui, ou genre, oui, non.

- Oui veut dire oui dans mon langage, Olivier.

- Mais peut-être que t'es pas sûre. Tu t'es peut-être cognée contre le frigo, comme la dernière fois. Oh, c'est ça, j'en suis sûr, tu t'es cognée non ?

- Je vais bien, Olivier, et je suis sûre. Toi par contre, j'ai l'impression que tu l'es un peu moins.

- Tu déconnes ?

Il prend un moment pour me démontrer à quel point j'ai tort, et qu'il a réfléchi à la question.


Enième conférence de presse des Flaquemare. Je lève la main. Dubois me lance un regard rapide, concis. Un sourcil levé, l'air de dire « si t'es pas sûre, on fait pas ». Mais je suis sûre.

Hommer me donne la parole.

Je me racle la gorge, je cherche du regard Janine et Herbert pas très loin de l'estrade. La première me renvoie un regard intrigué en me voyant la regarder. Je lui souris doucement. Après tout c'est un peu grâce à eux qu'on en est là aujourd'hui.

- Oui, bonjour, Jill Dubois, du Vif d'Or –

Personne n'écoute le reste de ma question, parce que ma voix est couverte par les dizaines de journalistes qui se ruent vers moi afin de m'interroger sur, je pense deviner sans peine, mon mariage avec Olivier. Janine évente un Herbert évanoui sous l'émotion avec une feuille tandis qu'elle sanglote un « c'est grâce à moi, à MOI » sans fin.

Oui, bon, elle va se calmer, c'est quand même moi qui ai fait le premier pas. Non mais oh.

Oui, Devon, je sais, foutue fierté de Salem.


Merci d'avoir lu !

J'espère que ça vous aura distrait pendant quelques minutes.

N'hésitez pas à laisser un petit mot, ça me fait toujours très plaisir !

Bisous bisous,

Sorcièrement vôtre,

Mylush