Et voilà, un nouveau chapitre… je me demande si je vais tenter (et du coup maintenir) des chapitres plus longs. Un par semaine c'est d'une lenteur… à part ça j'aime bien publier la toute veille du dimanche.

J'ai pas avancé dans l'écriture mais j'ai de l'avance, et j'ai avancé dans la préparation du scénario – si seulement on pouvait mieux partager les photos sur ffnet je vous montrerai bien mon système de construction, il est épique !

Oh, et du coup j'ai déjà dû faire ma première correction d'ancien chapitre, suite à une boulette, vu que j'ai prévu un truc cool pour la suite. Je vous rassure, c'est une correction si microscopique que je suis sûre que personne ne l'a verrai en relisant. Mais c'était important pour moi de la corriger.

Oh et puis il va falloir que je nomme mes chapitres, moi. Ça va être un mélange des titres des chapitres d'origine, avec des titres très simples pour mes parties inventées. Je verrais plus tard pour les deux premiers.

BREF ! Enjoyez-vous ! Le scénario part enfin un peu en cacahuète !


Chapitre 3 : Zlatko, une nouvelle piste, pourchassés.


« Je t'avais prévenue, les rêves finissent toujours mal… Tu aurais dû m'écouter. »

Kara et Alice étaient paralysées. Kara se détestait. Comment avait-elle pu être si naïve et emmener Alice vivre ce cauchemar ? Et pour mourir ici, dans cet endroit sinistre ? Il faisait noir, la pluie était glacée, les flammes brûlaient et c'étaient les dernières choses qu'elles emporteraient avec elles avant de disparaître.

Zlatko chargea son fusil et visa, alors que Luther, à ses côtés, se déplaçait. Il se mit d'ailleurs juste en face du canon.

« Qu'est-ce que tu fais ? Dégage de là. »

Zlatko ne la voyait pas. La LED devenue rouge sur sa tempe. Elle vira finalement au jaune alors qu'il répondait très calmement :

« Non… pas cette fois.

– J'ai dit dégage de là ou je te tire dessus… »

Il ne fallu qu'un simple geste à Luther pour prendre l'arme, alors que Zlatko finissait tout juste sa phrase. D'un seul et simple mouvement, sans avoir l'air de forcer, Luther le tenait maintenant en joue.

« Comment oses-tu ?… » grogna Zlatko d'une voix sourde, à l'androïde impassible à la LED jaune. « Comment oses-tu ?! insista-t-il, furieux. Je t'ai créé ! Tu… »

D'un coup sec, Luther le frappa au visage avec la crosse de l'arme. Un coup violent qui l'envoya à terre. Zlatko ne se releva pas, étendu au sol, dans la boue. Luther se retourna lentement vers Kara et Alice, encore trop effrayées pour bouger. Il lâcha l'arme par terre.

« Je ne voulais pas vous faire de mal. Il m'a programmé pour lui obéir… »

Les deux étaient encore trop effrayées pour prononcer le moindre mot. Il baissa les yeux, pensif.

« Quand j'ai vu la petite risquer sa vie pour te protéger, c'était comme… ouvrir les yeux pour la première fois. Enfin, je pouvais voir… »

Kara tenait toujours Alice contre elle, silencieuse. Oui, Alice l'avait protégée, comme elle avait pu. Alice n'avait que Kara… lorsqu'elle avait vu Luther attraper Kara, Alice avait frappé le dos de Luther de toutes ses forces avec le premier objet qu'elle avait pu trouver. Et lorsque Kara lui avait dit de fuir, pensant qu'elle occuperait les deux autres, Alice avait refusé de partir sans elle. Elles ne pouvaient vivre l'une sans l'autre.

« Je sais que vous n'avez aucune raison de me faire confiance après ce que j'ai fait… Mais je connais peut-être quelqu'un qui vous aidera. »

Kara ne cilla même pas.

« Je peux vous emmener là-bas. Je peux te protéger… toi, et la petite… »

Kara hésitait. Sous les traits calmes et la voix lente de Luther, elle entrevoyait quelque chose. Un sentiment. Une émotion. De la peur.
Luther aussi avait peur d'être seul. Lui aussi avait besoin d'aide. Même s'il voulait les protéger, la vérité c'est qu'il alignait chaque mot avec peine parce qu'il était glacé à l'idée qu'elles le laissent, qu'elles ne gardent de lui que l'image d'un colosse au service d'un monstre.

Mait Luther était un homme comme les autres.

Kara chassa péniblement ses propres peurs et indécisions, papillonnant des yeux sous l'effet de l'angoisse qu'elle refoulait enfin et trouva la force de répondre :

« D'accord. Je te fais confiance. »

Luther hocha doucement la tête. Kara câlina Alice, qui fit de même, toutes deux ignorant pour un temps la pluie glacée. « J'ai eu si peur de te perdre. »

### ### ###

« Eh ben, quelle merde… »

Hank contempla avec fatigue la maison fumante.

« Et puis c'est quoi cette manie de toujours avoir une affaire au beau milieu de la nuit ? » râla-t-il.

Connor sortit à son tour de la voiture, mais il arborait quant à lui son insupportable "petit sourire de glandu", se retenant de faire remarquer que l'enquête sur l'AX-400 s'était elle au moins déroulée en pleine journée. Il fallait aussi avouer que la veille Hank avait dû travailler en pleine nuit aussi sur l'affaire Ortiz.

« Alors, qu'est-ce qu'on a ?

– Zlatko Andronikov, toujours en vie, juste un peu commotionné. commença Chris Miller. Sa maison a failli entièrement brûler. Il ne veut pas dire grand-chose pour le moment mais on soupçonne l'implication de déviants. Ce mec en gardait des tas en sous-sol.

– Quoi ? »

Connor aussi semblait vivement intrigué.

« Oui, enfin, pas des déviants, mais des androïdes… genre, il s'amuse avec, on dirait. Il les démonte, il les remonte… plus ou moins… on se demandait si l'un d'entre eux n'en aurait pas eu marre et décidé de tout fait cramer. Vous savez, pour repartir sur de bonnes bases… » sourit timidement l'officier.

Hank ferma les yeux un moment. Sincèrement, cette vie de con le fatiguait.

« À priori le feu a démarré au premier étage, depuis la cheminée, expliqua ensuite le pompier. Ça aurait pu être un accident mais je pense que c'était volontaire. Quelqu'un aurait utilisé une bûche dans la cheminée pour lancer les premières flammes sur le rideau.

– D'accord, merci…. Vous en tirez une tête ! remarqua Hank.

– C'est rien, vous verrez bien.

– Les machines ?

– Ouais. C'est… moche.

– J'adore les détraqués… lâcha Hank avec ironie, arrachant un sourire au pompier.

– Lieutenant ? fit Connor.

– Quoi ? grogna-t-il.

– Un ours.

– Hein ? »

Connor pointa la direction avec son doigt : un coin reculé du jardin. Très sombre d'ailleurs, Hank n'y voyait absolument rien.

« Qu'est-ce que tu racontes, Connor ? » s'impatienta-t-il. Connor vint alors jusqu'à lui, se plaça à ses côtés et pointa à nouveau du doigt, de sorte que le lieutenant puisse suivre la direction plus précisément. Hank lui accorda le bénéfice du doute, plissant les paupières, tentant de comprendre pourquoi Connor parlait d'un ours dans ces circonstances.

« Si vous faites attention, vous pouvez voir deux points blancs au fond, à côté de l'arbre. Ce sont ses yeux qui reflètent la lumière.

– Oh putain.

– Voilà.

– C'est un ours, ça ?!

– Précisément. »

Et donc les premières minutes de l'enquête se passèrent à trouver le moyen de neutraliser un "bordel de putain d'ours polaire", qui s'avéra en fait être un androïde de zoo, illégalement récupéré par le fameux Zlatko. Après un mouvement de panique chez les policiers et les pompiers (beaucoup de cris et de bras agités en l'air), l'acte héroïque de l'un des pompiers qui repoussa "l'animal" avec la pression du jet de la lance à incendie, finalement : le tir groupé du lieutenant – qui lui valu une ovation – provoqua l'arrêt de fonctionnement de l'ours (et donc le fit cesser de galoper en rugissant) et la situation put revenir au calme.

« Que fait-on, maintenant ? demanda Connor, qui ne s'était pas laissé impressionner deux secondes.

– Alors, pas "on", JE vais interroger le propriétaire. Si tu veux, tu peux fouiller la maison.

– Je vais rester entendre sa déposition. »

Hank lâcha un soupir. Il aurait préféré qu'il parte faire joujou dans la maison à moitié calcinée…

Hank interrogea Zlatko Andronikov sur l'ours-androïde (l'oursoïde) en premier lieu, lui expliquant anecdotiquement qu'en détenir un et trifouiller dessus était parfaitement illégal, puis lui demandant s'il avait brûlé lui-même sa maison. Andronikov affirma que c'était le vent qui avait poussé le rideau dans la cheminée, cependant le pompier n'avait pas parlé de fenêtre ouverte.

« Et les androïdes ?

– Quels androïdes ? »

Hank pointa les carcasses dans l'autre coin du jardin d'un geste large. Selon les officiers et les pompiers, les machines s'étaient péniblement évadées de boxes au sous-sol lorsque l'incendie avait suffisamment fragilisé les structures pour leur permettre de s'échapper. À cause de la chaleur, aucune des carcasses ne semblait avoir pu ramper plus loin que le jardin. Andronikov devait les avoir beaucoup "modifiées" avant que les flammes ne finissent de les mettre dans cet état.

Zlatko secoua la tête.

« Les androïdes sont des machines comme les autres. On peut en faire ce qu'on veut, que je sache ! C'est uniquement sur la garantie que ça joue… »

Hank fit la moue. Zlatko n'avait pas tort.

« C'est vrai, c'est légal. Enfin, tant qu'ils sont tous à vous… et que vous n'en profitez pas pour en revendre quelques-uns au black, hein ?

– Quoi ? »

Hank l'ignora, remarquant Connor qui s'éloignait d'eux et allait voir les carcasses. De toute façon, Andronikov n'allait pas lui apprendre grand-chose, il connaissait assez ce genre de magouilles. D'autres experts se chargeraient de déterminer quel genre de trafic menait ce type ou si c'était juste un mécanicien un peu barge qui bricolait pour son petit plaisir personnel.

Curieux, il suivit l'androïde et vit à son tour que la plupart des machines étalées au sol n'étaient pour la plupart… comment dire ? Il ne restait rien à en tirer. Certaines machines remuaient faiblement comme si une commande était bloquée, répétant le même léger mouvement sur un ou deux membres, globalement pour ramper, mais restant sur place et creusant le sol d'un ou deux sillons.

« Leur programme est corrompu. Ce mécanicien avait déjà dû altérer leur intégrité logicielle en les travaillant, et avec les détériorations physiques… »

Connor ne termina pas sa phrase, laissant comprendre le lieutenant par les images. En effet, l'image était beaucoup plus parlante que des explications techniques. Le corps des machines étant lié à leur programme, l'incendie avait probablement fait fondre des composants, ouvert des tuyaux plein de sang bleu… Hank avait vaguement compris que le liquide bleu servait plus ou moins dans le transfert des informations. Pas étonnant qu'à un tel stade de dégradations, les machines n'étaient plus en état de fonctionner, même si une partie de leurs circuits continuait d'envoyer quelques impulsions hasardeuses, d'où ces quelques mouvements erratiques.

Connor s'accroupit devant une carcasse immobile, l'air pensif. Enfin… il donnait cette impression, songea Hank, mais ça devait faire partie de son programme, de se donner l'air d'un enquêteur. Hank ravala une grimace d'énervement tandis que Connor, lui, retournait le buste pour le mettre sur le dos. Et contre toute attente, le visage rattaché à ce buste ouvrit les yeux peu après.

« Il est encore… en marche ? pointa-t-il du doigt, haussant les sourcils.

– C'est le seul dont l'intégrité logicielle n'est pas encore complètement corrompue.

– Tu veux l'interroger ?

– Il ne pourra pas répondre. Il est trop endommagé…

– Ah. Mais c'est une machine, non ? Y'a pas moyen de… de prendre son disque dur et de le mettre dans un ordi, ou… non ?

– Les logiciels utilisés sur les androïdes sont particulièrement… délicats, lieutenant. Mais c'est pour ça que je suis là. » fit-il avec un sourire amical, lui montrant sa main dénuée de peau. Une main blanche avec de fines démarcations. Il tendit la main et saisi celle de l'androïde. Calcinée, montée à l'envers… Hank vit pourtant un changement lorsque Connor la toucha, comme si cette main devait perdre elle aussi sa peau pour entrer en contact avec le RK.

Le lieutenant attendit quelques secondes, regardant le visage de Connor changer, comme s'il voyait quelque chose qui l'interpellait. Mais bien sûr. Comme si une machine pouvait ressentir de la surprise. Encore une fois, Hank ne pu s'empêcher de se demander de quel droit Cyberlife s'amusait à donner aux androïdes de telles expressions, puisqu'ils ne ressentaient rien. Pourquoi se donner tout ce mal ?…

Connor n'était qu'une putain de marionnette, bordel. Et ces psychopathes qui assumaient pourtant qu'il ne s'agissait que d'un jouet, s'étaient amusés à lui donner l'air le plus sociable possible, ce qui par ailleurs lui donnait l'air d'un parfait faux-cul.

Connor lâcha la main de l'androïde avec un air grave, que Hank se préparait à accueillir froidement…

« Il a vu l'AX-400 qui a enlevé l'enfant ! »

Ou presque.

« Quoi ?! Elle est venue ici ?

– Elle… elle est passée au sous sol, devant les boxes qui contenaient les androïdes "revisités" par Andronikov. Il l'a emmenée jusqu'à son atelier, le deuxième atelier, apparemment c'est là qu'il reformate les androïdes qu'il récupère pour les revendre. Et il n'en serait pas à son coup d'essai… il aurait croisé beaucoup de déviants à qui il aurait proposé son aide pour les reformater en bas.

– Et c'est ce qu'il a fait avec elle ?

– Il semblerait. Cet androïde les a vus remonter du sous-sol : Zlatko, son androïde personnel et la petite Alice.

– Merde…

– L'AX-400 est remontée peu après…

– Elle avait l'air comment ?

– Je ne peux pas vous dire, les déviants sont souvent difficile à…

– Ok, ok, bref ! Et ensuite ?

– Elle est remontée, c'est tout. Ensuite cet androïde a vu l'incendie se propager et il a fini par s'enfuir pour s'échouer ici… peut-être aurons-nous plus d'indices là-haut.

– Tu crois qu'elle est encore là ? Comme avec celui d'Ortiz ?

– Non, pas après l'incendie. Elle a sûrement voulu se mettre en sécurité, dans un endroit désert. »

Ils repartirent du côté de l'entrée principale, ignorant Zlatko et grimpant les escaliers, Hank se couvrant la bouche pour ne pas s'étouffer sous l'odeur âcre et les particules fines. La maison était grandement noircie, pas de manière égale mais assez pour rassurer Hank sur les endroits où il pouvait poser les pieds. Et puis Connor était devant, alors au pire, ce serait lui qui traverserait le plancher.

Hank se retint de rire à cette idée avant que Connor, arrivé au pallier, ne se retourne vers lui : « Surtout restez dans mes pas. Je peux voir où les structures sont fragilisées. »

Non mais il n'avait pas besoin d'une baby-sitter ! Merde !

Connor scannait patiemment les pièces, sans succès. Il en apprenait un peu plus sur Andronikov, mais apparemment pas sur le passage de l'AX-400.

Ils arrivèrent jusqu'à une salle de bain où Hank lâcha un grognement : encore un corps dans une baignoire. Pas un humain, ceci dit. Connor l'approcha et l'observa.

« Il est cassé ?

– Oui, assez… Son biocomposant… J'imagine que peut-être… »

Connor récupéra un objet par terre et l'inséra dans la poitrine de l'androïde. Celui-ci se réveilla en quelques secondes à peine, regarda Connor et lui répéta des phrases en boucle telles que « Qui es-tu ? Tu ne devrais pas être là. Le maître ne t'a pas envoyé ici ? Le maître sait que tu es là ? Tu ne dois pas désobéir au maître » sur un ton parfaitement agaçant qui fit lever les yeux au ciel à Hank. Avant de l'entendre se taire. Connor lui tenait la main, toutes deux blanches.

Il sondait encore sa mémoire, comme l'autre ? En vrai, c'était bien pratique, ça…

« Il l'a vue… dit-il en lâchant sa main. Deux fois. Elle est entrée par cette porte, depuis le couloir. Il l'a interpellée comme pour nous. Elle l'a laissé et est ressortie assez vite, peut-être qu'elle ne voulait pas qu'on les entende… Puis elle est revenue ici mais par cette porte, depuis la salle adjacente. Avec Alice. »

Hank hocha la tête.

« Cette fois elle n'a pas voulu prendre de risque d'être repérée. Il n'y a plus de données, j'imagine que c'est là qu'elle l'a désactivé. »

Hank fit une moue appréciatrice. « Du coup ? Tu en conclus quoi ? »

Connor se redressa et, laissant glisser un silence qui passait pour un temps de réflexion, sa LED bleue clignotant une fois ou deux, il récita :

« Cet AX-400 est venue ici en espérant avoir de l'aide, au lieu de cela elle s'est faite formater au sous-sol pendant qu'Alice était emmenée ailleurs, à l'étage. Mais notre déviante a fini par retrouver Alice, repasser par cette pièce et désactiver cet androïde pour ne pas être repérée, puis… »

Connor quitta la pièce et traversa les suivantes sans passer par le couloir : « Elle a très probablement libéré l'ours-robot, pour tenter d'avoir une diversion. Elle a sans doute aussi déclenché l'incendie, en espérant profiter du chaos pour s'enfuir. Il est difficile ensuite de différencier les traces de lutte des dégâts causés par l'incendie…

– Eh ben, pas mal, la déviante, reconnu Hank. Donc tu penses qu'elle a réussi à annuler le fait qu'il l'aie formatée ? Elle aurait en quelque sorte… recouvré la mémoire ?

– …Je ne pense pas. Ça n'est pas censé être possible. Vous pouvez récupérer certaines données d'un support formaté si vous utilisez un appareil et un logiciel adapté, mais un androïde, opérer cela sur lui-même ?… Il est plus plausible de penser que le formatage a échoué.

– C'est pas toi qui disait qu'un déviant était imprévisible ? »

Hank l'observa réfléchir et ne put s'empêcher d'être satisfait quand Connor lui accorda une légère moue approbatrice.

« Ceci dit, ce serait une grande première… commenta le RK.

– Et tu n'as pas idée de la piste qu'elle a pu prendre ?

– Pas pour l'instant… Et tout ça ne nous dit pas non plus où est passé Luther !

– Luther ?… C'est qui, ça, Luther ? »

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Markus remonta sur le pont du Jericho. Il observait le paysage urbain avec son air fermé. Markus était égal à lui-même sur ce point, il exprimait très peu ses émotions. Il avait finalement atteint Jericho, le monde où les androïdes étaient libres… Le lieu où ils s'enfermaient pour mourir à petit feu, dans l'ombre et le silence.

Lui qui avait vécu dans l'aura stimulante, intellectuelle, artistique, philosophe de Carl, désormais il étouffait dans l'épave du bateau, sombre et pesante. Alors il retournait de temps en temps sur le pont, parfois même arpentait les rues de la ville…

Il s'aventura au dehors, sur les quais. L'extérieur était déprimant mais il pouvait au moins marcher seul, pour réfléchir. Réfléchir pour lui-même… le monde était si différent depuis qu'il ne pouvait plus veiller sur Carl. D'ordinaire il avait toujours quelque chose à faire. Son emploi du temps était bien tracé. Il avait toujours une tâche, l'une après l'autre, et de temps à autre Carl le plongeait dans une joute intellectuelle à laquelle il tentait d'y comprendre certaines règles.

Désormais, il n'avait plus rien de tout ça. Jericho était un point de chute où il pouvait déambuler sans risquer d'être appréhendé par la police, Detroit était une ville où il errait sans but, North, Simon et Josh étaient devenus des compagnons d'infortune, attendant dans l'ombre que leurs biocomposants tombent en panne les uns après les autres, aux côtés d'autres androïdes parfois très endommagés.

Markus n'avait, pour ainsi dire, aucun but.

Cette nouvelle vie, si on pouvait l'appeler ainsi, était un véritable cul-de-sac. Pour la première fois il ressentait cette sensation de ne pas être à sa place. Il n'avait rien contre la petite population de Jericho, mais Jericho elle-même ne lui suffisait pas.
Il voulait plus.

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« Alors, Hank ? Y paraît que t'as achevé une espèce en voie d'extinction ? »

Hank regarda sa collègue, Judith Moore, d'un air dubitatif. Connor, déjà à son propre bureau depuis longtemps, reconnu la femme qui avait été en pause café avec Gavin la veille. Devant l'air insistant de Judith, Hank secoua la tête, plissant les yeux : « De quoi tu parles ?

– Allez, fais pas semblant ! T'as tiré sur un ours blanc, y paraît !

– "Y paraît" ! Et tu sors ça d'où ?

– Mon copain me l'a raconté. C'est géant, Hank ! »

Hank s'assit sur sa chaise sans grand enthousiasme. « Je savais pas que ton copain était dans la police…

– Non, il est chez les pompiers !

– Ah.

– Tu pourras mettre ça sur ton CV ! C'est la grande classe ! »

Hank semblait un brin agacé par ce taquinage. L'officier Moore était une jeune femme dynamique, aux yeux en amande, souvent de bonne humeur et tout à fait à sa place au Département, aussi Hank n'avait rien contre elle, bien au contraire, mais le lieutenant ne pouvait pas tout simplement se montrer guilleret avec elle comme s'il était un papillon. Aussi, il décida de dévier le sujet :

« Si tu veux féliciter quelqu'un, remercie Connor. C'est lui qui l'a repéré en premier.

– Ah bon ?

– Il a des yeux de lynx. Et il savait où il fallait tirer.

– Tout le mérite vous revient, lieutenant, répondit Connor. Vous visez remarquablement bien !

– Ne me lèche pas les bottes… marmonna-t-il lentement alors qu'il était concentré sur son clavier.

– Oh, alors ça y est, vous faites équipe maintenant ? sourit Judith.

– Dans tes rêves…

– Je suis sûre qu'au fond tu l'aimes bien ! » insista-t-elle.

Hank la regarda par dessus des lunettes imaginaires, sarcastique, avant de se remettre à travailler, Connor répondant à Judith :

« Je suis convaincu que nous formerons un binôme très efficace. Par ailleurs, je fais de mon mieux pour m'adapter au lieutenant. Les choses iraient sans doute mieux s'il faisait quelques concessions de son côté… » insinua-t-il. Ce à quoi Hank lui répondit avec un doigt d'honneur, sans même lever la tête. Judith pouffa, amusée.

« Je vous jure que vous faites la paire… »

Connor était subitement focalisé sur son écran. Il dit simplement :

« Lieutenant…

– Hm ? »

Connor fit une manipulation au clavier et la fenêtre vidéo sur son écran se retrouva affichée sur celui du lieutenant, qui questionna :

« Qu'est-ce que c'est ?

– L'enregistrement vidéo d'une caméra de surveillance.

– Attends, c'est… c'est elle ? Et la gamine !

– Et le troisième est l'androïde d'Andronikov.

– L'armoire à glace ? C'est Luther ?!

– Précisément. Ils sont passés par ici il y a moins d'une demi-heure. »

Hank fit une moue entre le sourire et le dépit : « Eh ben, qu'est-ce qu'on attend ? Attends-moi dans la voiture, je vais prévenir Fowler.

– Très bien. »

Alors qu'il passait devant Judith, celle-ci interpella discrètement Connor.

« Dis, t'as une minute, non ?

– Une, pas plus, pourquoi ?

– Tu pourrais me filer un coup de main ? J'ai cet enregistrement vidéo mais cette caméra ne prenait pas le son. » Connor se déplaça pour être de son côté du bureau. « J'aurais besoin de savoir ce qu'ils disent mais l'image est pourrie, nos logiciels ne captent rien sur leurs visages et j'ai pas appris à lire sur les lèvres moi non plus…

– Donne-moi ça – Pourquoi ? – Donne-le moi, connard – Mais de quoi ? – Je sais que tu l'as pris chez moi, rends-le moi ou je t'arrache la gueule – Ok, c'est bon, tiens… »

Connor fit une pause, alors qu'à l'écran, un homme rendait une arme à un autre, et qu'ils attendaient ensuite, comme s'ils n'avaient plus grand-chose à se dire.

« Sinon, poursuivit Connor sans lâcher l'écran des yeux : tu viens ce soir ? – Au barbeuc' ? – Ouais – Grave – t'amènes les bières ? – D'accord – T'amènes ta sœur ? – T'es con ! »

Ils sortirent du champ de la caméra après une accolade. Connor se tourna vers Moore avec un sourire "adorable" : « Cela vous a-t-il été utile ?

– … euh… c'était… rapide !… »

Il se redressa, ajusta négligemment sa cravate : « Technologie Cyberlife. Vous n'avez besoin de rien d'autre ?

– Non… en fait si, tu voudrais bien nous refiler le logiciel de reconnaissance faciale ? plaisanta-t-elle.

– En vrai, commenta l'officier Chris Miller, qui s'avérait être là depuis un moment : on devrait vraiment avoir ce genre de logiciels… »

Et en effet, leur propre matériel était parfois loin de suffire. Connor leur offrit un sourire d'excuse : « Même si la police obtenait gain de cause et que Cyberlife vous cédait leurs technologies gratuitement, il vous faudrait encore le matériel pour les faire tourner, et leurs programmes sont très gourmands…

– Dommage… dit Miller distraitement.

– Fait chier, râla Judith. Enfin, merci. Vas-y, dit-elle à Connor qui en profita pour sortir. Bah, au pire j'essayerai de taxer Connor à Hank dès que j'en aurais l'occasion, sourit-elle.

– T'es pas sérieuse… marmonna Miller.

– Oh que si. Ils nous imposent leur androïde, je vais pas me gêner pour me servir. En plus, il est marrant. »

Miller leva les yeux au ciel.

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« Tu es sûr d'où nous allons, Luther ?

– Oui, je suis sûr que c'est la bonne piste. Fais-moi confiance. »

Kara, Alice et Luther s'étaient lancés dans un étrange jeu de piste. Lorsqu'il était encore sous la coupe de Zlatko, un androïde avait donné à Luther une sorte de clé pour atteindre un endroit spécial où les androïdes étaient censés être en sécurité. Un endroit nommé Jericho. À l'époque, Luther avait reçu l'information sans pouvoir s'en servir. Il était temps pour eux d'en faire usage.

Le premier indice était une image à laquelle était liée des coordonnées : un tag artistique dans une gare ferroviaire. De là, Luther avait trouvé un sigle en forme de dièse. Lorsqu'il l'avait analysé : ce sigle, comportant des micro informations invisibles à l'œil humain, lui avait révélé une nouvelle image mais sans coordonnées. Il avait invité Kara à l'imiter et ensemble, ils avaient cherché le graphe suivant dans la ville et commencé un long jeu de piste.

Mais très vite, les graphes les avaient emmenés dans des endroits de plus en plus difficiles d'accès, qui posaient d'autant plus de problèmes avec Alice à transporter.

« Ça va aller, Alice, sourit Kara à la petite. On y est presque. Tu vas pouvoir te reposer. »

Alice eût un sourire timide : « T'en fais pas pour moi, Kara, je vais bien ! »

Kara sourit et lui caressa le visage, puis elles reprirent leur route, suivant Luther qui semblait avoir trouvé un autre chemin. Mais ils n'étaient pas au bout de leurs peines.

« Chut… »

Alice et Luther se turent, tendant l'oreille comme Kara.

Silence, un peu de vent. Luther se tourna vers elle et utilisa un canal de communication pour ne pas avoir à parler : « Qu'est-ce qu'il y a ?

J'ai cru entendre des voix… »

Alice restait silencieuse, inquiète, attendant leur permission pour faire un bruit ou un mouvement.

« …sont sûrement passés par ici, il y a des empreintes de pas, fit une voix.

– Super, et en quoi des empreintes de pas prouvent quelque chose ? Ça a beau être désert, il y a toujours des jeunes, des squatters qui passent…

– Il y a de la cendre dans les traces et des empreintes de la taille d'un enfant.

– Bon dieu de merde… »

Kara regarda Luther avec panique. Deux policiers étaient sur leurs traces ! « Qu'est-ce qu'on fait, Luther ?!

– Ne paniquez pas. Restez calmes, bougez lentement, mais surtout, silencieusement… » chuchota-t-il pour les deux.

Kara prit Alice dans ses bras et ils commencèrent leur fuite.

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« Et au fait, t'as eu du nouveau avec… euh… Ralph ? se souvint Hank, observant Connor gravir quelques débris pour regarder tout autour de lui. T'as fouillé sa mémoire ?

– Non. J'ai reçu l'interdiction de sonder la mémoire de Ralph. Les ingénieurs qui m'ont conçu pensent qu'à un tel niveau de dégradation logicielle, Ralph pourrait corrompre en partie mon système si je me connectais à lui.

– Ah bon…

– Je persiste à croire que les pare-feux de Cyberlife suffiraient à me protéger, mais ce sont les ordres.

– Et tu ne désobéis pas à un ordre direct, dit machinalement Hank en marchant sur des gravats pour trouver lui aussi l'inspiration.

– En effet. Du moins, il me semble plus sage de respecter les consignes de prudence des programmeurs… Je crois qu'ils ont fait demi-tour.

– Pourquoi ?

– Ils devaient avoir un objectif en tête, mais vu d'ici ils ne semblaient pas pouvoir transporter Alice plus loin. Regardez autour de vous… »

En effet, il n'y avait rien qu'on ne pouvait faire faire à une gamine sans la blesser, songea Hank. Tout était branlant, ou brisé, par ici.

« Venez, je crois savoir où ils sont passés.

– Tu crois ou t'es sûr, Connor ?

– Là ! Les traces reprennent ici ! »

Hank se mit au trot avec lui.

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« Ils nous rattrapent, Kara, il va falloir aller plus vite. Passe-moi la petite… »

Elle lui tendit doucement Alice qui se laissa faire, craintive.

« Qu'est-ce qu'il va arriver, Kara ?

– Rien, Alice. Il ne va rien nous arriver. »

Alice n'était pas plus rassurée par le sourire pourtant chaleureux de Kara.

« Ils vont vous emmener ? »

Luther regarda Kara.

« Ils vont… ils vont vous désactiver ? »

Kara regarda Luther. Elle se retourna ensuite vers Alice : « Personne ne va nous désactiver, mon ange. Ne t'en fais pas. »

Ils poussèrent Alice à se réfugier dans les bras de Luther, cherchant un chemin discret pour s'éloigner des deux agents.

« Là, fit Luther, désignant une grande flaque. Si on nettoie les semelles de nos chaussures, ils ne devraient plus pouvoir nous suivre.

– Mais on va laisser de l'eau derrière nous !…

– Jusqu'à ce qu'elles sèchent. Il faut juste tenir jusque-là. »

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« Par ici, lieutenant !

– 'Tain, si tu pouvais faire au moins semblant de m'attendre !

– Je pense qu'on peut les rattraper, ils ne sont peut-être pas loin.

– Peut-être ? Eh ben peut-être qu'il n'y a pas besoin de courir, non plus ! J'ai pas envie de me péter la nuque…

– Je ne peux pas dater les traces avec précision, mais les probabilités sont assez fortes. »

Hank tint le rythme, songeant au bien de la gamine avant tout.

« Lieutenant !

– Quoi encore !

– Là, l'eau.

– Et alors ? fit-il en arrivant essoufflé.

– Ils ont nettoyé leurs chaussures. Regardez, les traces reprennent ici.

– Ils ont marché dans l'eau, et alors, qu'est-ce que ça ça change ? S'ils voulaient sortir de ce côté ils étaient bien obligés de se mouiller !

– Non, ils auraient très bien pu partir de l'autre côté… Je pense qu'ils nous ont entendus. Regardez. Les traces de pas sont de plus en plus espacées, et on ne voit plus que l'avant des empreintes.

– Putain, ils courent ces cons, manifesta Hank, suivant le pas de Connor :

– Ils sont assez près pour nous entendre !

– Arrête de me semer, abruti ! »

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Kara et Luther couraient aussi vite que possible, la première regardant de temps à autre derrière eux pour voir leurs traces et guetter les policiers. Luther, lui, veillait sur Alice et cherchait leur chemin. Il n'était plus question de chercher Jericho. D'ailleurs avoir accès aux quais maintenant ne les arrangeait pas des masses, il valait mieux passer par des endroits étroits et moins lumineux. Luther bifurqua deux ou trois fois entre des murs de béton et soudain, s'arrêta si net que Kara rebondit presque sur lui.

« Qu'est-ce qu'il… »

Kara ne finit pas sa phrase, bien entendu. Elle regardait ce qui avait stoppé Luther, réfléchissant à toute vitesse. C'était ça, la panique ? Ça n'aidait pas forcément.

Devant eux se tenait un homme, étrangement calme, les fixant avec intensité.

« Vous… »

L'homme se tut, regardant Luther plus attentivement. Notamment sa tempe.

« Vous êtes… déviants ? »

Luther et Kara reculèrent instinctivement d'un pas, prêts à faire machine arrière et fuir. L'homme leva les mains en signe de paix : « Attendez ! Vous n'avez rien à craindre… »

Il retira la peau sur ses mains et révéla le polymère blanc en dessous, apaisant partiellement leurs craintes. Il leur parla d'une voix calme et rassurante :

« Je suis un androïde, moi aussi, et je ne vous veux aucun mal… »

Il vit leurs jambes se détendre. Ils ne pensaient plus à détaller. Ils lui faisaient confiance, du moins pour l'instant. Très bien… il se détendit à son tour et termina :

« Je m'appelle Markus. Et je viens de Jericho. »

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Voilà ! C'est tout pour l'instant ! J'espère que ce revirement de scénario vous a plu !

Pour moi, l'action, ça se passe à Detroit et avec Jericho, c'est pour ça que j'ai ramené Luther, Alice et Kara là-bas. Si je veux donner une chance à ceux-là d'avoir leur part d'action, d'implication, et d'être plus que cette… "famille" (désolée) qui fuit… Je veux dire, désolée, mais combien d'entre nous attendaient avec impatience la confrontation Markus-Connor et SURTOUT la déviance de Connor ?
Pendant ce temps-là Kara trimballait Alice partout comme si elle était en cristal – Alors qu'Alice avait un certain potentiel sur lequel je reviendrai et que j'ai l'intention d'exploiter en version humaine – avec un pauvre Luther qui m'a jamais vraiment donné l'impression de savoir où se placer, sauf en garde du corps. Il est très effacé. Désolée pour celleux qui aiment l'aspect famille mais j'arrive pas à voir Luther autrement que comme un allié, que Kara "aime bien" et qu'Alice aime beaucoup parce qu'elle a besoin d'une figure maternelle et paternelle à la limite.

Et je trouve ça profondément ennuyeux tel quel. On va voir si j'arrive à mieux (même si honnêtement j'ai peur que ça ne vole pas beaucoup plus haut)

Hâte de vous retrouver ! Si j'arrive à préciser suffisament le scénario pour savoir tout ce qu'il s'y passe, j'essayerai d'accélérer le rythme d'écriture et celui des publications, promis ! En attendant, j'ai hâte de vos nouvelles !