Yoo !

Un écrit pour maon modo, Sea-Rune dont c'est l'anniversaire aujourd'hui même. JOYEUX ANNIVERSAIRE !

Je t'avoue que je m'en veux un peu pour le cadeau de l'année dernière, c'était vraiment pas sympa xD

Même si je le répète, je suis loin d'avoir écrit plus sur Zelos que toi u.u !

Bon euh, cet OS est LONG XD

Il l'aurait probablement été encore plus si je n'avais pas été pressée de le finir kzerbzekjr

Bref, j'espère que ça plaira^^

Disclaimer : l'univers de Saint Seiya appartient à Masami Kurumada

Enjoy ;)


Un jour, nos regards se sont croisés. Je marchais le long de cette allée qui descendait jusqu'à ma librairie préférée avec le petit café de style traditionnel juste à côté, lui venait de se stationner en moto quelques pas plus loin après un dérapage rapide qui fit crisser ses pneus bruyamment.

Ses mèches blondes furent alors mises à découvert en ôtant son casque. Leur éclat brillant encore plus intensément sous les rayons vifs du soleil.

Lentement, comme dans ces films qu'il m'arrivait de regarder avec mes amis un vendredi soir pour se détendre, il s'était tourné vers moi. Ses orbes d'un jaune si pur, si ensorcelant qui me parurent comme de l'or précieux fixés dans les miens, ayant comme trouvé un point d'ancrage qu'il n'était pas résolu à lâcher.

Un jour, il m'a regardé et le monde a cessé de tourner.

-x-X-x-

Enfers, XXème siècle

Les vêtements en lambeaux, le corps en sueurs et le souffle erratique, Kanon des gémeaux tentait désespérément de tenir sur ses deux jambes, s'accrochant aux dernières bribes d'énergie et de cosmos qui lui restaient. Son heure était arrivée. Qu'espérait-il encore pouvoir faire sans d'armure pour le protéger ?

Mais il ne s'en ira pas sans avoir tout donné jusqu'aux dernières secondes, ça non !

Déterminé, une lueur féroce animant son regard à la couleur océan, il dévisagea son opposant qui n'en menait pas large de son côté non plus. La guerre les avait épuisés, ennemis comme alliés.

Ce n'était peut-être pas plus mal ce qu'il s'apprêtait à faire. Un dernier acte chevaleresque, un geste d'adieu. Pour mettre fin à tout.

Avec une lenteur calculée il se déplaça jusqu'à lui, se positionnant à la vitesse de la lumière dans son dos.

Il les avait vues. Ces billes dorées le suivre du regard, curieuses de ce qu'il allait entreprendre d'une part, méfiantes d'autre part. Mais elles étaient résolues et de ce fait, il ne fit pas un geste pour l'arrêter.

Un sourire douloureux étira les traits de l'ex dragon des mers devant ce constat. Le juge avait compris aussi. Parfait, ça ne lui rendait la tâche que plus aisée.

Brusquement alors, il l'empoigna par les épaules, prêt à partir pour un voyage sans retour.

Et tandis que leurs deux cosmos s'élevèrent, s'affrontèrent puis se mêlèrent, que leurs peaux collées l'une à l'autre profitaient de ce toucher exquis, mais malheureusement temporaire dont ils n'auraient jamais pu espérer, Kanon la ressentit de nouveau. Cette douleur, vibrante, aiguë, qui lui brûla le dos et traversa son corps tout entier.

Ses membres avaient commencé à s'alourdir, des tâches noires se formaient petit à petit dans son champs de vision. Il se sentait partir.

Malgré son engourdissement progressif et la douleur lancinante qui avait fini par lui arracher une grimace, une dernière pensée se forma au fond de son esprit.

A notre prochaine rencontre.

-x-X-x-

Enfers, XXIVème siècle

Installé derrière son bureau, des documents en mains et une tasse de thé posée à côté, Rhadamanthe lisait tranquillement le rapport de ses subordonnés sur les récentes arrivées de défunts.

Ses yeux parcoururent les lignes rapidement, c'était souvent la même chose en même temps. Rien de bien nouveau. Il devrait pouvoir finir d'ici une demi heure, estima-t-il en fixant la pendule murale. Pouvoir oui, à la condition qu'aucun imprévu ne s'annonçait bien sûr. Et le juge de la Whyverne pouvait toujours compter sur ses deux chers camarades pour débarquer au bon moment.

Il ferma les yeux d'anticipation, entendant déjà les bruits de pas bien connus résonner du couloir.

C'était donc sans surprise qu'il accueillit les éclats de voix et le vacarme produit par le premier arrivant qui avait sans délicatesse ouvert la porte en trombe.

Il pouvait d'ores et déjà enterrer son tea time de 15h pour seulement la troisième fois de la semaine. Ironiquement, il n'était que mercredi… Drôle de coïncidence ? Simplement un manque de bol cette semaine ? Non, la vérité était que ses casse pieds de frères étaient, eh bien, casse pieds.

« Rhada ! »

Avec un soupir à en fendre l'âme, le blond rangea ses dossiers, ça sera pour une prochaine fois.

« Oui Eaque.

- Y a Minos qui veut prendre cookie pour monter à la surface ! »

"Cookie" était le nom charmant que le garuda avait trouvé pour la moto appartenant à l'anglais qui l'avait obtenue après de durs labeurs parmi les humains. Une expérience qu'il ne renouvellera plus jamais de sa vie, foi de whyverne.

« Et donc ?

- Mais c'était mon tour ! se plaignit-il. »

C'était quand il se retrouvait devant ce genre de scène enfantine qu'il se disait que les guerres, c'était pas plus mal quand même.

Car oui, les dieux avaient fini par être raisonnables et avaient signé un traité de paix. Voilà maintenant deux siècles que le monde n'avait plus connu de menaces existentielles et de bains de sangs inutiles. Deux siècles depuis leur dernier affrontement contre Athéna, mais quatre depuis celui qui comptait réellement aux yeux du blond.

Parfois, il lui arrivait de se perdre dans ses souvenirs, les yeux dans les vagues. L'image d'un certain chevalier aux cheveux bleu marine envahissant son esprit. A chaque fois qu'il repensait à lui, diverses émotions faisaient surface. A commencer par la douleur indescriptible qui lui brûlait le dos, un souvenir de leurs vies d'antan. Un rappel qu'un jour, ils s'étaient réellement connus, qu'un jour il l'avait rencontré lui et que tout ça n'était pas simplement le fruit de son imagination.

Puisque l'autre n'était plus, les picotements s'étaient petit à petit atténués, mais ça ne les empêchaient pas de soudainement revenir à la charge quand bon leur semblaient.

Il avait fini par arrêter de compter les années qui filaient depuis qu'ils s'étaient vu pour la dernière fois.

Mais il se souviendrait toujours de ce jour fatidique. De la frénésie de leurs cœurs au bord du gouffre, de la résonance de leurs âmes ne souhaitant plus que faire un.

Mais ils avaient résisté, ils avaient tenus tête à ce lien qui les attirait l'un vers l'autre tel un aimant. Tout ça au nom de leurs idéaux et de leur devoir qui devait passer avant tout. Ils avaient ignoré les larmes invisibles, mais non pas moi présentes, ayant coulé à chaque coup qu'ils se portaient, à chaque goutte de sang qui perlait.

Des âmes-sœurs qu'on les appelait.

Les cieux leur avaient fait don du plus grand présent qui soit, mais aussi le plus trompeur et empoisonné. Ils étaient liés depuis la naissance par la volonté du destin, mais étant nés dans des camps adverses, ils n'avaient d'autre échappatoire que la mort.

Rhadamanthe n'avait même pas pu se réjouir de leur temps passé ensemble dans l'au-delà. Car malgré le statut de chevalier de sa moitié, il restait humain et lui spectre. Ils avaient beaux avoir partagé le même terrain de bataille et avoir servi tous les deux des dieux, au final...ils étaient différents. Ils n'appartenaient pas au même monde.

Alors qu'il se faisait appeler pour se réincarner, lui devait en tant qu'être humain en plus de guerrier au service de leur ennemie jurée encore passer par de nombreuses étapes avant d'être libéré.

Comme tous ses autres compagnons, son âme fut recueilli aux enfers et partit immédiatement en direction du Cocyte. Une fois qu'il fut jugé qu'il s'était repenti de tous péchés, il recevait accès aux jardins Elysées et attendait en ces lieux son cycle de réincarnation pour retourner sur terre.

Ils étaient voués à rester éloignés loin de l'autre. Il leur avait été donner une chance lors d'une de leurs vies, mais les circonstances à cette époque ne les permettaient pas d'être ensemble.

A ce jour, Rhadamanthe ne pouvait pas l'oublier, la marque de leur animal totem engravée dans sa peau étant un rappel constant chaque jour que ses paupières lourdes se levaient sur une dure réalité qui ne comprenait pas son existence.

Donc non, impossible d'oublier, et d'une part, il ne le voulait pas non plus. Ce souvenir, bien que douloureux à présent, il le chérissait du plus profond de son cœur.

Ce fier dragon qui se dressait le long de sa colonne vertébrale, ses traits finissant leur parcours à son bassin où se dessinait la queue de la bête exceptionnelle.

Autrefois brillant d'une couleur vive, il n'était plus que gris terne.

Parfois, il lui arrivait de passer de longues minutes à l'admirer dans un miroir, de retracer ses contours du bout des doigts.

A ces moments, il perdait tellement pied avec la réalité qu'il lui en fallait beaucoup pour se reconnecter. A vrai dire, il y a de cela quatre siècles, Rhadamanthe n'était plus le même. Il lui manquait quelque chose, son cœur, son âme était incomplet. Et personne ne pouvait y faire quelque chose, personne si ce n'était lui. Lui qui n'était plus.

Perdu dans les méandres de ses pensées comme ça lui arrivait bien trop souvent, ce fut - pour ne pas changer - la voix d'un de ses frères qui le rappela à lui.

« Rhad ? Rhadamanthe ? WHYVERNE RHADAMANTHYS WILLIAM ! s'épouma son cadet. »

Lentement, le blond se tourna vers lui.

« Pas la peine de crier Eaque, ni de faire appel à ce nom.

- Excuse-moi si tu semblais encore perdu dans ton monde. Et c'est toi qui l'a choisi ce nom je te signale. »

Il était vrai que au cours du XXIIIème siècle, juste après le traité de paix au XXIIème, Hadès avait contraint ses troupes à prendre du repos et les avaient donc tous renvoyés sur terre pour une durée variant de 40 ans à celle d'une vie humaine pour ceux qui le désiraient. Cette expérience leur avait donné l'occasion de souffler un peu, de s'éloigner de leur devoir et des souvenirs de guerres. De se moderniser aussi, d'être à jour comme l'avait cité leur seigneur. Car oui, il pensait avant tout au bien-être de ses troupes, mais si ces derniers pouvaient revenir avec le savoir nécessaire à améliorer le confort des enfers, c'était un plus non négligeable.

Ce fut également lors de ces années passées sur terre que le juge obtint sa belle moto dont il n'avait eu le cœur de se détacher une fois revenu en enfers. Elle en avait charmé tant d'autres par la suite. La preuve étant les querelles enfantines qui n'en finissaient jamais de ses deux collègues à son sujet.

Alors que ses pouvoirs avaient été scellés et qu'il vivait comme tout être humain ordinaire, ses souvenirs étaient restés intact. Un souhait qui avait été exprimé par l'entièreté de l'armée de spectres. Prendre l'air et prendre du temps pour vivre normalement, d'accord. Mais ils ne voulaient pas oublier qui ils servaient, ils ne désiraient pas jeter aux oubliettes leurs braves combats au nom du dieu à qui ils avaient juré fidélité.

Son aîné de nouveau parti dans ses songes, la moue d'Eaque se transforma en une expression plus tendre et triste.

« Tu sais, rien ne t'empêche de remonter de temps en temps. Il s'est réincarné depuis un moment déjà.

- On en a déjà parlé Eaque.

- Pas suffisamment à mon goût ! Il te manque Rhad' ! Ça te coûterait quoi d'aller voir, juste une fois.

- Rien ne dit que je le croiserai, le monde est vaste…

- Et alors ? »

Le ton employé par son jeune frère indiquait qu'il n'était pas prêt de lâcher l'affaire de sitôt, ce qui fit aussitôt naître un soupir aux bords des lèvres de la whyverne.

« C'est un humain ordinaire à présent, raisonna-t-il. Je doute sérieusement qu'il éprouve encore la moindre envie d'être affilié à son ancienne vie… »

-x-X-x-

Grèce, XXIVème siècle

Une jeune femme, une paire de lunettes sur le nez, les lèvres peintes d'un joli rose bonbon et une chevelure blonde ondulée releva ses yeux émeraudes de son écran pour les poser sur la personne devant.

« Vous êtes Kanon Gemini ?

- Oui.

- Bien, vous êtes attendu. Les vestiaires sont au deuxième étage, première porte à gauche, lui dit-elle avec un sourire.

- Merci ! »

Excité, ledit Kanon prit la carte membre qui lui fut tendue et se dirigea vers l'ascenseur. Sur le chemin, il pouvait d'ores et déjà humer le chlore et s'abreuver de ce nouvel environnement qui lui plaisait déjà.

Il avait toujours eu une adoration pour la vie et la biologie marine. Ce job qu'il avait pu décrocher dans un aquarium était donc une opportunité exceptionnelle qu'il n'avait pu laisser passer.

Glissant la carte électronique dans les lecteurs posés aux entrées des salles réservées au staff, il s'avança jusqu'aux vestiaires en suivant les directives qui lui avaient été données.

A l'intérieur, après une bonne minute de recherche il trouva enfin son casier personnel et entreprit de se changer.

Il trouva le t-shirt de l'établissement avec le logo imprimé dessus et s'apprêta à l'enfiler quand une personne s'annonça sans crier gare.

« Tu es le nouveau ? questionna-t-il du tac au tac, le dos reposé contre l'encadrement de la porte. »

Kanon se retint tout juste de sursauter et de laisser échapper un petit cri de surprise peu viril.

« Peut-être bien. Et tu es… ?

- Isaak, je suis chargé de te faire le tour par ici, expliqua-t-il.

- Eh bien enchanté Isaak, même si j'aurais apprécié ne pas frôler la crise cardiaque dès mon premier jour.

- Navré, lui répondit-il, ses yeux brillant néanmoins d'une lueur amusée, vraisemblablement nullement désolé. »

Il avait été curieux de voir à quoi ressemblait la nouvelle recrue. Leur équipe était composée de personnes qui y étaient depuis des années, rares étaient les embauches étant donné qu'ils aimaient restés entre eux et leur patron préférait garder une main d'oeuvre petite, mais fiable. C'était pourquoi l'arrivée d'un nouveau membre était pour le moins surprenant.

C'était donc ainsi qu'Isaak s'était dévoué en tant que guide, la curiosité ayant été trop forte pour y résister.

Scrutant l'homme qui lui présentait à présent son dos afin de terminer ce qu'il était en train de faire avant qu'il ne l'interrompt, c'est à dire ; se changer, ses yeux tombèrent sur les traits d'encre parsemant le bout de peau encore visible.

« Joli tatouage, fit-il remarquer. »

Ne s'attendant pas à cela, Kanon fut pris de court pendant un instant avant de reprendre contenance et d'immédiatement tirer son vêtement vers le bas, comme pour dissimuler le dessin encore plus qu'il l'était déjà.

« Euh ouais merci. »

Son interlocuteur n'eut aucun mal à comprendre que la question avait, d'une manière ou d'une autre, gêné l'autre.

« Désolé si c'était trop personnel, dit-il un peu coupable. La dernière chose qu'il souhaitait était de créer un malaise entre eux alors qu'ils venaient à peine de faire connaissance.

- Non non, enfin c'est un peu délicat comme sujet mais t'inquiète, le rassura de suite le plus âgé. »

Le malentendu plus ou moins dissipé, les deux sortirent ensemble, s'engageant dans une conversation tout d'abord assez formelle. Plus concrètement, ils se limitaient à se poser mutuellement des questions simples. Ainsi, Kanon apprit que l'autre travaillait au "Seven Seas" depuis environs deux ans, qu'il avait deux frères, un de plus âgé et un autre de seulement un an son cadet. La fratrie n'était pas initialement originaire d'ici, mais était venu s'installer en Grèce pour le boulot.

Au fur et à mesure que leur petite ballade au sein du domaine avançait, ils devinrent graduellement plus à l'aise entre eux.

Le grec réalisa rapidement qu'il appréciait plutôt bien sa présence et qu'il lui était aisé de converser avec lui. Ça pourrait paraître bizarre, mais il pouvait sentir un air familier émaner de l'autre, comme s'ils se connaissaient déjà.

« Et là, c'est ma zone "The Arctic Ocean", je suis en charge des pingouins, des ours polaires, des phoques entre autres. »

De ce que son nouveau collègue aux cheveux verts lui avait déjà expliqué, le grec pouvait déjà affirmer absolument adorer cet endroit. Il était vraiment fan de ce concept de diviser l'aquarium en différentes parties qui représentaient les sept mers.

Mais cela le fit également tiquer en y songeant.

« Attends, on a tous une zone attribuée ?

- C'est ça.

- Mais… Vous n'êtes que sept ?

- Avec toi oui, répondit-il nonchalamment. »

Kanon en ouvrit grand les yeux. Sept ? C'était incroyablement...peu.

Voyant l'incrédulité se peindre sur son visage, Isaak se hâta de préciser :

« Notre boss est quelqu'un de simple qui préfère ne pas trop avoir d'employés. Mais ne t'inquiète pas on se débrouille et on est loin d'être seuls. Y aura toujours des gens patrouillant par-ci et par-là, c'est juste que nous avons une zone sous notre responsabilité, tu peux voir ça comme une position plus élevée.

- Mais je viens d'arriver ? »

Clairement, Kanon ne comprenait pas. S'il avait suivi tout ce que le plus jeune disait, n'était-il pas étrange qu'il soit directement promu à ce rang, lui qui n'était qu'un novice fraîchement arrivé ?

Pour en ajouter à son scepticisme, son vis-à-vis lui adressa un petit sourire, une expression sur le visage exprimant ostensiblement "Je savais que tu poserais cette question".

« En effet bien vu. Dis-toi que notre patron a dû voir quelque chose en toi car il n'accepte pas n'importe qui ainsi, déclara mystérieusement le vert. »

Ah mais dans quoi s'était-il embarqué finalement ? Il l'avait su à la seconde que ce Lilian Solo était louche lors de leur première rencontre en face à face pour l'entretien d'embauche. Il y avait quelque chose dans sa manière de l'observer, de l'analyser avec son petit sourire en coin.

Quel endroit étrange tout de même…

-x-X-x-

Sur terre, XXIVème siècle

A contre cœur, Rhadamanthe avait finalement cédé aux supplications de son cadet et s'était rendu sur terre dans l'intention de récupérer sa précieuse cookie, Minos avait fait assez joujou avec elle comme ça.

Il ne fut point difficile pour lui de retrouver son frère, le bougre ne semblait pas avoir pensé à masquer son cosmos. Ça lui rendait la tâche plus facile, il n'allait pas s'en plaindre.

« Minos ! Ça suffit maintenant.

- Oh Rhada, quelle surprise, feignit aussitôt l'innocence le juge du premier tribunal.

- Arrête et rend moi ça, tu t'es assez amusé comme ça. »

Juste au moment où il s'apprêtait à les téléporter ensemble - le coin où ils se trouvaient était bien heureusement assez éloigné et caché de possibles regards curieux - il sentit une force inconnu résonner avec lui et la marque dans son dos vibrer.

Cela ne dura qu'un court instant, le temps d'un clin d'œil. Mais ça avait été assez, assez pour le statufier sur place et le faire se précipiter sur sa moto dans un état second.

« Tout va bien ?

- Je- Rentre avant moi, je pense que je vais encore faire un tour, lui dit le blond qui avait l'air distrait.

- Qu'est-ce qui te prends tout d'un coup ? »

Mais la question du blanc resta sans réponse, l'anglais ne perdit pas de temps et démarra le moteur au quart de tour.

Il n'avait aucune idée de ce qu'il était en train de faire, ni vers où il était en train de se diriger. Il y avait juste cette sensation qu'il ne pouvait ignorer, son intuition qui le guidait, ses sens qui lui criaient qu'au bout de cette rue, il y trouvera une chose d'importance considérable.

Il n'était pas stupide, il n'y avait qu'une seule chose, non, une seule personne qui parvenait à lui faire perdre les moyens à ce point. A le rendre frénétique, à faire battre son coeur à un tel rythme qu'il n'était pas inimaginable qu'il ne sorte de sa cage thoracique, à faire parcourir cette chaleur même jusqu'à dans son dos. Faire pulser le sang jusqu'à à y faire revivre la bête qui y sommeillait depuis trop longtemps.

Le dragon qui avait pris une couleur grise et monotone depuis qu'ils s'étaient entre-tués dans un lointain passé le démangeait à présent, comme dans l'intention de lui faire passer un message.

Un message dont il avait parfaitement compris le sens.

Il était là.

À quelque centaines mètres. Cette distance qu'il s'apprêtait à franchir.

Et d'un coup, la discussion qu'il avait eu avec Eaque partit se terrer loin, très loin dans le fond de sa tête.

Il s'était toujours dit que ce n'était pas grave. Que l'ancien chevalier vivait désormais sa vie et qu'il n'avait aucun droit de venir s'immiscer dedans.

Mais maintenant qu'il était si proche, qu'il n'était qu'à un pas de le voir de nouveau après plus de quatre siècle. Son cerveau ne pensait plus de façon rationnelle, il ne voulait plus que revoir les traits de son visage qui lui avaient été privé pendant une éternité.

Arrivant dans une allée plus animée, il ralentit et freina en dérapage juste devant ce qui semblait être une librairie.

Il descendit alors de son engin et retira son casque et puis… ce fut là qu'il le vit. Que leurs deux regards se croisèrent parmi la foule et que tout le reste s'effaça à l'instant.

Rhadamanthe eu alors une pensée une peu folle, mais… Il n'avait pas changé, lui, son ancien adversaire, celui qui avait autrefois porté autant la scale du dragon des mers que l'armure des gémeaux, qui avait brillé de son existence et qui s'était éteint avec lui lors d'un combat à mort.

Il voulut s'approcher, lui adresser la parole, mais s'en trouva incapable. Et de manière aussi simple que ça, le temps d'une respiration, leur bulle éclata et l'humain reprit ses esprits.

Il poursuivit alors sa route, jetant cet événement dans le panier de ces situation où l'on croyait avoir reconnu quelqu'un, mais qu'il s'agissait que d'une erreur.

Il était loin de penser que l'image de ce motard blond lui restera en tête jusqu'à chez lui et qu'elle continuera de le tourmenter encore longtemps.

-x-X-x-

Enfers, XXIVème siècle

Les jours passèrent, puis les semaines. Sans le savoir, deux mois s'étaient écoulés depuis cette -si l'on pouvait la décrire ainsi- retrouvaille.

Rentré en enfers, il s'était fait bombarder de questions par ses deux frères.

Il avait réussi à tenir le coup un mois avant de cracher le morceau. Il pouvait considérer ça comme une victoire personnelle. Il n'était pas réellement aisé d'échapper aux interrogatoires de ses camarades juges, en particulier de la part du garuda qui était du genre tenace.

Evidemment, une fois qu'ils apprirent la nouvelle, n'importe quel prétexte était bon pour le convaincre de monter à la surface, chose à laquelle Rhadamanthe était encore assez réticent.

« Pour la centième fois, laissez-moi tranquille.

- Mais Rhad' !

- C'est une chance inespérée enfin !

- Je ne veux rien savoir.

- S'il te plait, lui dit Minos d'une voix suppliante, chose qu'il faisait rarement, ce qui provoqua aussi une lueur incertaine dans les prunelles dorées pourtant toujours si décidées. »

Franchement, la prochaine fois, il pensera à barricader de la tête au pied Caïna pour ainsi prévenir les éruptions aléatoires de ses frères chez son chez lui.

« Ecoutez, la whyverne prit une grande inspiration, ça ne sert à rien, il… il n'est plus qu'un humain qui ne conserve aucun souvenir de sa vie passée, il ne m'a pas reconnu et ne le pourra jamais.

- Rhad-

- Non ! le coupa-t-il, c'est ainsi. On s'est certes regardés ce jour-là, mais rien de plus. Le contact visuel s'est brisé et il a poursuivi sa route, comme si je n'étais qu'un étranger… Ce qui n'est pas loin de la vérité. Le pire…, un sourire douloureux lui étira ses lèvres, le pire c'est que sa marque n'a même pas réagi, si celle-ci est du moins encore présente. »

Il ne l'avouera pas à haute voix, mais ça avait fait mal. De se sentir si proche, mais si loin en même temps. Qu'alors qu'il mourrait d'envie de franchir les mètres qui les séparaient, qu'il se sentait submergé par tant d'émotions différentes et que sa marque faisait vibrer son corps entier, l'autre ne lui avait accordé qu'un seul regard avant de retourner vaquer à son occupation initiale.

Il s'y était attendu pourtant, par Hadès, c'était même ce qu'il avait souhaité, que sa moitié n'ait pas à souffrir de leur passé, qu'il puisse recommencer une vie plus paisible et équilibrée. C'était pour ça qu'il ne voulait pas aller sur Terre. Il était convaincu que leur chance était passée et qu'ils n'avaient plus rien à faire l'un avec l'autre.

Enfin, c'était ce qu'il se tuait à se répéter, peut-être pour s'en convaincre lui-même au fond. Car la vérité était que Rhadamanthe avait tout simplement peur. Oui, le grand, fier et puissant juge de la whyverne avait peur de faire de nouveau face à celui à qui il était lié depuis la naissance. Il craignait justement ce moment. Se retrouver figé dans le temps alors que la personne à laquelle il n'avait jamais arrêter de penser durant ces 400 longues années ne le regardait plus qu'avec un regard indifférent. Sentir son cœur battre la chamade à leur proximité, mais être incapable de faire un pas en avant, d'avancer vers quelqu'un pour qui il n'était absolument plus personne.

Il avait craint ce jour et quand il était finalement arrivé, il s'était senti complètement désemparé et confus. Mais ça l'avait aussi résolu plus que jamais. Il n'avait aucune raison de se mêler de sa vie désormais.

Sur cette dernière pensée, il releva les yeux sur les deux autres juges qui n'avaient bougé de leur place depuis tout à l'heure. Ils le fixèrent avec un mélange de préoccupation et de culpabilité.

« On est désolés Rhad', on ne pensait pas-, commença Minos avant d'être coupé dans sa lancée par son cadet.

- Une fois, encore une fois et promis je te laisserai en paix, lâcha Eaque de manière un peu désespérée. On a une missive pour le seigneur Poséidon de la part du seigneur Hadès, accompagne-nous. Il n'est même pas dit que tu le croiseras, juste… encore une fois, donne-toi encore une chance Rhad' s'il te plait. »

Devant les visages pleins d'espoir de ses frères, le blond ne pouvait que s'avouer vaincu. Il savait que leurs intentions étaient bonnes, il était juste fatigué et ne voulait pas qu'ils perdent leur temps avec quelqu'un chose qu'il jugeait déjà perdu d'avance.

L'anglais était du genre à être sûr de lui et à ne pas, ô grand jamais, considérer l'échec comme une possibilité. Toutefois, quand il en venait à des sujets qui sortaient de sa zone d'expertise, entre-autre ; le combat, la guerre, le jugement d'âme ou encore réussir à gérer pendant des siècles ses frères infernaux sans les tuer, il n'était pas mieux qu'un nouveau né découvrant à peine le monde ou une personne arrivée à la fin de son ère qui n'en n'avait plus rien à faire de rien.

C'était pourquoi sa vision de l'amour et de cette histoire d'âmes-sœurs était, si on devait y coller une description, pessimiste. Il n'essayait pas vraiment, un acte assez lâche, il le savait pertinemment. Mais c'était ainsi. Son cerveau ne semblait pas capable de générer des alternatives positives.

-x-X-x-

Grèce, XXIVème siècle

Ce fut quand ils se retrouvèrent dans un aquarium que Rhadamanthe se fit la note mentale de plus jamais, au grand jamais écouter Eaque. Il aurait dû se douter qu'il y avait anguille sous roche, c'était toujours le cas avec le juge du garuda. Il savait user avec efficacité et intelligence ses petits atouts qu'il gardait secrètement dans sa poche. Sa carte la plus connue et celle qu'il ressortait le plus souvent était celle du petit frère avec ses yeux larmoyants.

Comment résister face à ça ? C'était simple, on ne résistait pas.

La whyverne ne pouvait s'en vouloir qu'à lui-même en fin de compte, la paix l'avait sans aucun doute ramolli.

Mais le fait restait qu'il avait été sans scrupules été abandonné par les deux autres juges et qu'il était paumé au milieu d'une galerie pleins d'expositions d'animaux enfermés derrière des vitres épaisses.

Pourquoi était-il là encore ? Ah oui, parce qu'ils devaient apporter un message au seigneur Poséidon, si c'était du moins la vérité. Ce que le blond doutait sérieusement.

Il avait évidemment deviné que le lieu n'était pas anodin. Le récent hôte du dieu des sept mers devait être le cadet actuel de la famille Solo, comme à son habitude. Et ce petit devait probablement tenir le bâtiment.

Mais ça n'expliquait par pourquoi on l'avait lâché ainsi dans un endroit qui lui était inconnu. A quoi bon le traîner avec si c'était pour ne pas rester ensemble au final ?

Ah mais ils ne perdaient rien pour attendre ces saligauds, ils vont l'entendre si jamais il arrivait à leur mettre la main dessus.

Mais pour l'instant il lui fallait se repérer dans ce labyrinthe bleu.

Il marcha quelques mètres, suivant les couloirs sur son chemin à l'aveugle. Après cet endroit ne devait pas être gigantesque, si l'on devait comparer tout lieu sur terre aux sanctuaires divins, il était clair que tout devenait petit en comparaison, il finira donc bien par tomber sur ses camarades spectres.

Il marqua un temps d'arrêt en arrivant à une entrée matérialisée par une sorte d'arc colorée et animée par de petites caricatures d'animaux marins entourant à leur tour la grande inscription "The North-Atlantic Ocean". Il arqua un côté de son sourcil en le voyant. C'était intéressant, était-ce là un moyen pour la divinité régnant sur les septs mers de justement honorer ces dernières ainsi que son sanctuaire et ses anciens guerriers ?

Par curiosité, il fit quelques pas en avant et tomba directement sur la vue d'une énorme baleine, elle devait bien faire dix mètres en estimant à l'oeil nu.

« C'est une baleine à bosse, informa une personne dans son dos. Il s'agit d'une espèce de cétacé à fanons. Elles sont énormes n'est-ce pas ? Celui-ci est un mâle, une femelle peut atteindre une taille jusqu'à 16 mètres. »

L'anglais se retourna alors pour se figer aussitôt de choc.

Devant lui se tenait celui à qui allait toutes ses pensées, celui dont il s'était promis de rester le plus éloigné possible.

Kanon était là, en chair et en os, souriant dans sa direction et Rhadamanthe crut que sa mâchoire allait décrocher au sol tellement il était dans un état de choc.

-x-X-x-

« Tu sais que ce n'était pas ce qu'on pourrait qualifier de sympa ce que nous avons ou plutôt ce que tu m'as forcé à faire. Il va nous trucider.

- Aux grands maux, les grands remèdes comme on dit.

- Eaque…

- Quoi, fit celui-ci avec un ton teinté de ce qui ressemblait à une once d'agacement en faisant volte-face. »

Les deux se promenaient depuis un moment en marche rapide dans le domaine de visite et il se trouvait que Minos en avait marre de suivre l'autre à l'aveugle. Venait à ça se rajouter le brun qui s'amusait à jouer la sourde oreille, ce qui était lentement mais sûrement en train d'excéder son aîné.

« Ce n'était pas correcte Eaque, tenta-t-il de raisonner. On peut pas le forcer et contrôler sa vie à sa place. Tu dois respecter sa décision, même si ça te déplaît.

- Je le fais pour lui… »

Eaque avait fait ses recherches de son côté et avait ainsi appris que l'aquarium "Seven Seas" tenu par le réceptacle du frère de leur dieu avait un staff pour le moins particulier qui se composait curieusement de personnes correspondant parfaitement aux anciens généraux des mers. La possibilité que celui du dragon des mers soit inclus était donc plutôt grande et y voyant une chance en or, il n'avait pu que sauter dessus. Cette mission était alors, il l'avouait, un chouia une petite invention de sa part qu'il avait utilisé comme excuse.

Le fait que la divinité tente de retrouver ses anciens fidèles et de les réunir n'était pas surprenant en soit. Après tout, le seigneur Poséidon avait fait le souhait solennel de ne plus prendre part à aucun des possibles futurs conflits suite à la Guerre Sainte du XXème siècle. Trouvant alors inutile de former les généraux estimant que les simples marinas peuplant le sanctuaire marin étaient suffisant, cela devait faire un bon bout de temps qu'il n'avait eu l'occasion d'avoir la compagnie de ses chers guerriers d'élite. Ils devaient probablement lui manquer.

« Je le sais, crois-moi je le sais. Mais… n'as-tu pas vu son état l'autre fois, à ce stade-là, on ne fait qu'en rajouter une couche. Imagine si ça se déroule mal, si Kanon finit par le rejeter sans ambages ?

- Il ne le fera pas, le contredit immédiatement Eaque. C'est impossible, ils sont âmes-sœurs, ils sont liés Minos. C'est impossible. »

Il fit alors une halte dans sa course, manquant de se faire heurter par le blanc qui fut prit de court par son arrêt soudain.

« Il a de la chance tu sais, dit-il enfin après un moment de silence. Je l'envie à vrai dire. D'accord c'était pas le top pendant la guerre, mais savoir qu'on a une âme-sœur, ça doit être génial… »

Le népalais avait désormais le regard porté au loin, un petit sourire sans joie ornant ses fines lèvres.

Il était vrai qu'avec son comportement de tous les jours, il était facile de penser de ses petites manigances comme un moyen pour lui de se divertir. Alors certes, c'était souvent le cas. Les enfers pouvaient être si calmes et ennuyeux par moments, il fallait bien qu'il fasse passer le temps comme il le pouvait.

Mais c'était une autre histoire pour ce qui concernait son frère.

Pendant la guerre qui avait suivi celle où ils avaient connu la génération de Seiya de pégase, en l'an 2168, il ne leur avait pas réellement été donné l'occasion de penser à autre chose que la victoire et les stratégies. On pouvait dire que ça les gardait occupés. Ils n'avaient guère le temps de penser à des futilités comme l'amour puisqu'ils étaient amenés à mourir de toutes façons.

Mais une fois la paix établie à la fin de ce même siècle, il avait pu assister à un semblant de début de déprime de son aîné. Et le voir être de plus en plus démoralisé sans pouvoir rien y faire l'avait énormément frustré et contrarié. Il voulait les aider car à ses yeux, c'était une chance inespérée que de pouvoir appeler quelqu'un sa seconde moitié. Evidemment, si aujourd'hui s'avérera un échec, il se tiendra à sa promesse de ne plus rien tenter. Il s'en voudrait si jamais il en venait à blesser indirectement encore plus l'anglais.

« Le fait d'être lié à quelqu'un à la naissance, savoir que cette personne comptera à tes yeux et sera importante autant que tu le seras aux siens, se savoir aimé et compris en toute circonstance car c'est de ça qu'il s'agit, une symbiose totale de deux âmes qui sont destinées à faire un. »

Le changement d'humeur du brun fut si soudain et si radicale que Minos ne sut pas tout de suite quoi dire, ni que faire. Mais une chose était sûre, il n'aimait pas du tout la mine défaite et triste qu'abordait le garuda sur son visage. Il était censé sourire, apporter de la joie dans leur trio, contrebalancer la froideur et le sérieux de Rhadamanthe et de lui-même.

« Eaque… »

Il était difficile de faire le tri dans sa tête. Il avait prononcé son nom avant même d'avoir réfléchi. Qu'allait-il dire à présent ? Il se sentait comme un idiot.

Lui comme la whyverne savaient que l'abandon qu'il avait subi sur son île natale par sa propre mère l'avait marqué et que de temps à autres, il lui arrivait d'y repenser. A la solitude qui fut sa seule compagnie lors de sa vie terrestre, jusqu'à ce qu'il trouve le courage de demander à leur père Zeus de peupler Egine.

Le norvégien pouvait donc comprendre d'où venaient les dernières remarques de son jeune frère. Pour lui qui n'avait jamais connu l'amour d'une mère ou même le simple contact humain pour avoir vécu parmi les Myrmidons, la marque d'âme-sœur devait représenter pour lui la preuve ultime qu'il y avait quelqu'un qui l'attendait, qui était prêt à l'aimer sans jamais lui tourner le dos.

Mais il était aussi trop aveugle et stupide pour remarquer les gens qui lui tournaient déjà autour.

Eaque n'avait aucune idée d'à quel point il était incroyable et que ses charmes étaient ravageurs. Et honnêtement, ça rendait le blanc fou. Il lui arrivait, des moments comme ça, où il avait juste envie de lui hurler à la figure tous les compliments du monde. Il voulait même dire tellement plus. Mais c'était une ligne qu'il n'osait encore franchir, une limite qu'il s'était imposée.

De peur autrefois de les déconcentrer pendant les temps de guerres, de peur de ruiner la relation qu'ils avaient bâti tous les trois durant de longues années, de peur de brusquer le népalais aussi, de peur de beaucoup de choses qu'il ne pourrait citer au fond.

« Je-

- Puis-je vous aider ? »

Et ainsi, la magie du moment se brisa de la manière la plus brusque qui soit.

-x-X-x-

Kanon faisait simplement une ronde, jetant des coups par-ci et par-là pour vérifier si son aide n'était pas requise quelque part quand son regard tomba sur une personne qui lui était des plus familières. Il l'avait reconnu à la seconde tellement son image ne l'avait quitté l'esprit depuis la dernière fois pour une raison qui lui était obscure.

Il était définitivement intrigué par sa personne, ce pourquoi, n'ayant de toutes manières rien de mieux à faire, il s'approcha. Il le trouva en train de regarder les baleines et y vit le prétexte parfait pour engager la conversion.

« C'est une baleine à bosse. Il s'agit d'une espèce de cétacé à fanons. Elles sont énormes n'est-ce pas ? Celui-ci est un mâle, une femelle peut atteindre une taille jusqu'à 16 mètres. »

Il vit lentement l'autre se retourner et il en perdit un instant contenance. Dieu, que ses yeux étaient magnifiques, il n'arrivait tout simplement pas à s'en décrocher.

Kanon se considérait lui-même comme quelqu'un de plutôt pas mal physiquement. Il était pleinement conscient de ses charmes et aimait en faire usage de temps à autres.

Toutefois, il y avait ce petit quelque chose chez cet homme qui lui coupait le souffle.

Que ce soit ses cheveux blonds cadrant parfaitement son visage aux traits virils, sa posture droite et imposante, le torse bombé vers l'avant. Ou encore son regard, perçant, comme s'il était capable de le sonder entièrement sans efforts. Et le grec devait se l'avouer, ça lui faisait de l'effet.

Ils se connaissaient à peine, pour ne pas dire pas du tout. Et pourtant, il y avait ce il-ne-savait-quoi dans l'air qui le poussait vers lui, qui l'attirait inexorablement.

« Leur nom vient de leur nageoire dorsale qui ressemble à une bosse, poursuivit-il dans une tentative de chasser son trouble. Elles vous intéressent ? »

Encore trop pris au dépourvu, son vis-à-vis lui répondit par un simple hochement de tête, ce qui fit élargir le sourire sur les lèvres du bleuté.

« C'est votre première fois dans un aquarium ?

- On peut dire ça, parvint-il finalement à dire. »

En toute honnêteté Rhadamanthe n'en avait aucune fichtre d'idée. Il supposait qu'il devait bien en avoir visité au moins un pendant leur long séjour sur terre il y a de cela un bon siècle, mais impossible pour lui de s'en souvenir et le confirmer avec exactitude.

Suite à cela, le grec continua sur sa lancée et ajouta quelques infos sur l'animal qu'il était en train d'observer avant qu'il n'arrive. Il était vraiment plaisant de le voir si passionné par une chose, ses yeux pétillaient et le juge pouvait affirmer n'avoir encore jamais vu de chose plus belle de sa longue vie.

Il aimerait pouvoir le voir ainsi toujours. Souriant, épanoui, libre. Sans cette tristesse voilée derrière ses prunelles d'azur et la culpabilité de ses péchés lui pesant sévèrement sur les épaules.

Il écouta alors sa voix parler et parler sans jamais s'en lasser. Elle lui avait manqué, sa voix, si timbrée et grave.

Soudain, une personne dont il n'avait aucun doute sur son identité fit son apparition, se dirigeant vers eux à un rythme de pas modéré, un petit sourire au coin. Il était de taille moyenne, avait des yeux de couleur bleu-verdoyant comme tous les autres de sa lignée et une chevelure d'un bleu soyeux lui arrivant juste au dessus des épaules.

Ses prunelles brillaient d'une lueur étrange, quelque peu fluorescent que le grec reconnut aussitôt pour l'avoir aussi remarqué lors de leur première rencontre.

« Rhadamanthe, quelle surprise de te voir ici. Est-ce mon frère qui t'envoie ? »

Quelque peu perdu, Kanon posa de façon alternée son regard sur l'un puis sur l'autre, répétant ce manège un bon nombre de fois avant de demander :

« Vous vous connaissez ? »

Et à partir de là, tout se passa très vite. Son patron s'approcha dès lors et se comporta de nouveau de manière étrange. Puis deux inconnus suivirent en accourant en compagnie de Io, un de ses collègues.

Entouré par tout ce monde, il avait une impression de déjà vu encore plus amplifiée.

Brutalement, un vertige lui pris et d'innombrables flash envahirent son esprit.

Il vit un décor de vallées rocheuses, des flammes, des hommes vêtus d'une protection reflétant une lumière sombre, il vit… du sang, des larmes et de nouveau du sang.

Les images apparaissaient par centaines à la seconde qu'il ne savait plus où donner la tête.

Les vagues d'information devinrent trop et le monde commença alors à tanguer jusqu'à ce que tout ne devienne noir.

-x-X-x-

Enfers, XXIVème siècle

Depuis sa fenêtre, Rhadamanthe observait la vue qui lui était offerte depuis là, les pensées ailleurs.

Il repensa aux derniers événements, à Kanon qui avait brusquement perdu conscience, aux visages visiblement choqués de ses frères, de celui imperturbable de la divinité et de sa propre inquiétude ainsi que son euphorie en réalisant que pendant l'espace de ces quelques instants, il avait senti leurs marques rentrer en résonance l'une avec l'autre.

Ça l'avait à l'immédiat soulagé. Tout espoir n'était pas perdu.

Il se souvint alors à quel point il avait été surpris de voir le marina en ces lieux. Il était persuadé que l'autre s'était complètement détaché de son passé, il ne s'attendait donc à absolument rien en allant rendre visite au seigneur Poséidon.

Comme quoi, la vie pouvait encore lui réserver bien des tours. Son attention se porta ensuite sur le bout de papier qu'il tenait fermement dans sa main, sa tête en proie à la confusion et l'hésitation la plus totale.

-x-X-x-

Grèce, XXIVème siècle

Kanon…

Un homme s'avança, un drôle de casque vissé sur la tête laissant à peine entrevoir son visage. Ses courtes mèches désordonnées étaient rabattues vers l'arrière sous le poids de la pièce métallique.

Le sol sur lequel il marchait n'était que pierres et gravats d'où eruptait de façon inopinée et aléatoire des jets de flammes de couleur invraisemblables tous les x temps.

Une autre personne lui arriva alors à sa hauteur. A l'inverse du premier, la protection qu'il portait était d'un or scintillant, contrastant avec le décor de la scène.

Ils se parlaient, et aucun moyen de savoir de quoi il en s'agissait. Puis, celui vêtu d'or fit un large et souple bond en arrière et à la seconde qui suivit, son armure vola en éclats, flottant un moment dans l'air avant de se diriger à toute vitesse vers une destination inconnue.

La scène changea alors soudainement.

Le ciel formait la surface de l'eau, et partout, que cela soit haut dessus ou en dessous, à droite ou à gauche, il n'y avait que ça. Cette couleur bleue qui dominait l'endroit en entier.

Il y avait ces jeunes garçons, à peine adultes, qui riaient ensemble, insouciants malgré leurs auras intimidants et le trident que l'un tenait dans sa main.

Et puis, il avait cet homme d'un statut visiblement considérable. Dans ses yeux de cristal se reflétaient un mélange de rancune, mais aussi de curiosité et d'amusement. Son regard était porté au loin, il ne semblait pas s'adresser à ces personnes l'entourant, non, il l'était pour quelqu'un d'invisible, un fantôme présent dans l'air comme s'il avait détecté sa présence par-delà un autre monde.

Un simple et seul nom lui échappa alors :

« Kanon. »

Kanon se réveilla en sursaut, la sonnerie assourdissante de son réveil procurant son vacarme quotidien en fond. Mais à la place de tendre la main vers l'objet dérangeant pour l'éteindre, le grec avait les pensées occupées pas ces visages flous de son rêve.

Qui étaient-ils ? Pourquoi avait-il l'étrange impression que ce n'était pas la première fois qu'il les voyait ? D'où se connaissaient-ils ?

Depuis son petit malaise à l'aquarium, ses nuits étaient remplies de rêves remontrant des images, des scènes de vie qui ne lui appartenaient pas.

Toutefois, ils étaient familiers.

Une semaine était passée et il n'avait plus revu ces trois hommes depuis, toute trace d'eux ayant disparu.

Une semaine, et chaque jour, un autre rêve vint lui tenir compagnie pendant la nuit.

Et à chaque fois, les formes se faisaient plus précises, les passages se faisaient plus longs, plus détaillés.

Ce n'était pas la première fois qu'il lui arrivait de faire ce genre de rêve. Etant petit, il pense avoir expérimenté cela déjà deux ou trois fois. Mais jamais ça ne s'était enchaîné à la suite ainsi.

Il aurait pu les ignorer. Après tout, ce n'étaient là que des rêves sans importance. Mais pour une raison qu'il ignorait, il en n'était capable. D'une manière ou d'une autre, il y était attaché, émotionnellement.

Sachant qu'il le verra pas le bout du tunnel de sitôt, il se pencha enfin en avant pour arrêter le réveil qui avait continuer de retentir fortement et de se lever en dégageant les draps d'un mouvement de bras.

Dans sa précipitation et sa préoccupation, il manqua de voir que dans son dos, le fervent dragon avait brillé d'un vif violet avant d'aussitôt retourner à son gris habituel.

-x-X-x-

« Café ? l'accueillit son frère dans la cuisine.

- S'il te plait, lui répondit-il en refrénant un bâillement. »

Les pieds traînants au sol, l'esprit pas totalement émergé du monde des songes Kanon tira une chaise vers lui la retourna pour s'y asseoir face contre le dos de celle-ci.

« Tu as encore fait ces rêves, lui fait remarquer calmement Saga en déposant une tasse fumante devant lui. Je t'ai entendu marmonner dans ton sommeil.

- Tu peux pas continuer de me materner et me surveiller en plein milieu de la nuit comme si on avait trois ans Saga et n'essaie même pas de me faire croire que tu allais au p'tit coin, je t'en collerai une.

- D'accord je ne le dirai pas, répliqua son aîné avec un petit sourire. Mais donc j'ai raison ?

- Ouais, grommela le plus jeune. Ils sont de plus en plus fréquents et je n'en comprends pas toujours le sens. Mais c'était bizarre Saga, j'avais l'impression de m'être vu moi-même cette fois, sauf que… je ne sais pas comment l'expliquer… ce n'était pas moi ? Mais en même temps si ? »

L'autre vint s'installer à son tour, apportant lui aussi le breuvage brûlant aux lèvres tout en ne manqua pas un seul mot du récit de son frère.

Il était commun pour lui d'avoir parfois des images qui défilent, appartenant à une autre vie. Avec les années, ces accidents s'étaient espacés, mais curieusement, depuis que son jumeau était revenu l'autre jour, ou même, depuis qu'il travaillait chez cet aquarium, ces rêves revenaient à la charge.

Il ne savait pas ce que c'était pour ne l'avoir jamais expérimenté au même niveau que Kanon. Certes, Saga devait bien avoir eu quelques flashs dans son enfance, mais ces derniers avaient vite disparu et il n'en gardait que peu, pour ne pas dire pas du tout, de souvenirs.

Il était sur le point de remettre un sujet fâcheux sur le tapis. Peut-être...peut-être qu'il serait bénéfique de requérir l'aide d'un spécialiste. Mais un téléphone vibra soudainement, coupant de ce fait son train de pensées.

Son cadet empoigna alors son portable, alluma l'écran pour voir qui avait bien pu lui envoyer un message.

Son visage se contracta en une expression confuse, les sourcils froncés, comme s'il essayait décrypter ce qu'il avait sous les yeux.

Le plus âgé n'eut pas le temps de passer sa tête par dessus son épaule que l'écran devint de nouveau noir et que son frère se leva de sa position.

« Bon je ne vais pas tarder, à ce soir Saga.

- Ah euh oui, à ce soir. »

Kanon était en train de lacer ses chaussures à l'entrée quand il cria :

« Et ne viens plus espionner ma chambre pendant la nuit !

- Je suis ton grand frère, je fais ce que je veux !

- De quelques secondes seulement bordel, ça compte pas. En plus qui sait, peut-être que les médecins se sont trompés à notre naissance tu ne peux pas le savoir ! Peut-être même que je suis censé être le vrai Saga.

- Ferme-là avant que que tes conneries ne deviennent contagieuses !

- Je t'aime aussi Saga~ chantonna-t-il en fermant la porte derrière lui. »

Une fois son jumeau parti, le sourire qu'il abordait s'effaça.

Il n'était même pas sûr de savoir si Kanon l'avait remarqué, mais ce dernier n'était pas dans son état normal dernièrement et ça l'inquiétait, énormément.

Bien sûr il était au courant pour la marque d'âme-sœur qu'il portait dans son dos. Il devait même avouer l'avoir parfois maudite. Ça aurait été une bénédiction pour n'importe qui. Excepté que celle de son frère était grise, signifiant son inactivité et l'absence d'amour.

Il y avait à ce phénomène qu'une seule réponse : l'autre moitié n'était plus.

Venir au monde et vivre en gardant constamment dans l'arrière fond de sa tête qu'on ne trouvera jamais la personne à qui on était destiné pour la simple et bonne raison que celle-ci était décédée avant même qu'une rencontre ne puisse avoir lieu.

Kanon n'avait pas de chance…

-x-X-x-

La porte en bois grinça à son entrée, il tapa quelques fois des pieds sur la paillasson et puis scanna l'intérieur de ce petit café où on lui avait donné rendez-vous sans plus de détails.

Il repéra sans mal la personne recherchée au bout d'une petite minute et se dirigea vers elle.

« Vous savez que c'est hyper louche et limite creepy de demander à quelqu'un de se voir alors que l'on ne se connait pas ? Comment vous avez obtenu mon numéro d'abord ? questionna-t-il directement de but-en-blanc en prenant place, il n'était pas particulièrement connu pour son tact en même temps.

- Pourquoi être venu alors ?

- …Bien renvoyé. »

Kanon n'avait aucune idée dans quoi il s'était embarqué depuis qu'il avait reçu ce message pour le moins étrange. Il y avait pensé pendant toute la journée au boulot avant de finalement succomber à sa curiosité qui, il se le répétait souvent, le perdra un jour.

Maintenant il se retrouvait dans un café, face à ce même homme intriguant qu'il avait vu à l'aquarium l'autre jour.

Leurs regards se perdirent un instant de nouveau l'un dans l'autre. Ils se fixèrement ainsi un long moment. Si long et intensément que le grec crut voir l'image d'un autre apparaître, celle d'une paire de yeux jaunes sévères et déterminés, celle d'une chimère qui ne vivait que dans ses rêves, se superposant sur le visage de celui se tenant à un mètre de lui.

Mais elle se dissipa rapidement et il secoua vivement la tête de droite à gauche pour s'en débarrasser. Tout ça n'était que le fruit de son imagination. Il n'avait pas assez dormi, oui c'était ça. Un manque de sommeil qui le faisait délirer.

« Je peux vous tutoyer ? »

Un bref hochement de tête fut sa réponse.

« Super, alors pourquoi m'avoir contacté ? Et je me répète, mais où as-tu pu avoir mon numéro ? Tu es bien mignon, mais je ne veux pas de stalker. »

Rhadamanthe, car c'était bien lui, ravala avec sa peine sa salive. Il avait enfin trouvé le courage d'entrer la série de chiffres écrit sur ce papier et d'envoyer un message par la même occasion. Et maintenant quoi ? Il n'avait aucune raison précise, il voulait juste le voir. Il n'était pas du genre bavard en plus de ça alors il se trouva un peu dans une situation de détresse en ce moment.

« Ehm, ton patron me l'a donné. »

Ce qui n'était pas la vérité. Mais pas un mensonge non plus.

Comment expliquer aussi qu'Eaque et Minos avaient fouillé dans les dossiers privés des employés dans une tentative de récolter des informations et que l'hôte du dieu des mer les avait possiblement pris en flagrant délit ? Donc, techniquement, vu que la divinité était au courant et qu'elle n'avait pas tenté de les en empêcher, on pouvait considérer ça comme son approbation ?

De toutes façons, ce qui était fait était fait.

« Mon patron ? s'étonna le bleuté. Ah oui, c'est vrai que vous vous connaissez. Si ce n'est pas indiscret, quelle est ta relation par rapport à lui ? »

Kanon était curieux. Lilian Solo était un homme qui regorgeait de mystères à ses yeux, s'il pouvait gratter quelques infos croustillantes à son sujet, il ne manquerait l'occasion pour rien au monde.

« C'est mon oncle. »

Encore une fois, avait-il totalement tort ?

Les yeux de son vis-à-vis s'ouvrirent en grand a cette révélation.

« Vraiment ? J'ignorais qu'il avait un neveu, enfin ce ne sont pas vraiment mes affaires.

- Et… pour la première question, je vais être honnête, je n'ai pas de raison particulière, je tenais simplement à te revoir. »

Il y eu un moment de blanc et le blond se mit immédiatement à prendre peur. Peut-être qu'il aurait dû le formuler autrement. Bravo les premières impressions.

Mais à son plus grand étonnement, son interlocuteur se mit à rire bruyamment.

« Tu es du genre direct toi ! J'aime ça ! On n'a pas pu se présenter convenablement l'autre fois à cause de ehm le petit incident, désolé à ce propos. Kanon Gemini, fit-il en lui tendant la main. »

La whyverne sentit son cœur rater un battement. Il se sentait un peu ridicule, on aurait dit une jeune lycéenne devant son crush. Mais il ne pouvait s'en empêcher. Tout lui paraissait si irréel, encore il y a un mois, il se morfondait sur le fait que l'autre ne le regarderait jamais dans les yeux et les voilà maintenant.

Lentement, il approcha sa main de celle tendue.

« Rhadamanthe William Whyverne.

- Un nom peu commun, mais après, je suis mal placé pour faire la remarque. »

Et ensuite, les deux se sourirent.

Ce jour-là fut le commencement d'une nouvelle histoire, celui d'une nouvelle amitié qui serait bien capable d'évoluer vers des frontières encores floues et inexplorées.

A partir de là débuta une série de d'autres rencontres qui les rapprochèrent à chaque fois de plus en plus.

-x-X-x-

En remettant les pieds à l'aquarium, cette fois-ci entièrement seul, Rhadamanthe se sentit quelque peu perdu.

Va à l'accueil et demande juste de me voir, il devrait y avoir une fille blonde, Thétis, elle est sympa t'inquiète !

Voilà les seules directives qu'il avait reçu de son ami. Le juge n'allait pas mentir, le mot avait un goût amer, mais il pouvait s'en accommoder. Du moins, pour l'instant.

N'ayant d'autres choix, il fit comme il lui avait été demandé, et il lui fut gentiment indiqué la direction à prendre.

Quelques minutes plus tard il se retrouva devant une porte et quand il y découvrit derrière une combinaison de plongée certainement à son attention, il se demandait s'il n'allait pas regretter d'être venu rendre visite au bleuté.

-x-X-x-

Le corps enfoui jusqu'à mi-torse dans l'eau, Kanon s'amusait avec les dauphins dans un large bassin quand une porte glissa, divergeant leur attention sur le nouvel arrivant.

A sa vue, les yeux du grec s'illuminèrent.

« Rhad' ! Tu es là ! Viens et rejoins moi. »

Le blond lança un œil méfiant à l'eau avant de le reporter sur le grec.

« Je préfère pas.

- Comment ça, ils sont gentils je t'assure.

- Non mais vraiment, je ne pense pas que ce soit une bonne idée. »

Le blond continua de résister, mais si il perdait déjà face à la moue d'Eaque, il était impossible de sortir vainqueur de ce combat. Après cinq bonnes minutes, il abandonna et rejoignit l'autre.

Immédiatement, le bleuté vint à ses côtés et lui prit la main, l'entraînant avec lui plus profondément dans le bassin.

Alors qu'une main était occupée à caresser un des dauphins qui sifflait de contentement, l'autre guidait doucement le juge.

« Regarde, pour les approcher, évite de faire des mouvements trop brusques ou trop de bruits, ça va les effrayer. A la place, adopte leur style de nage, les deux bras le long du corps, finit-il son explication en lui montrant comment faire. »

Hésitant, Rhadamanthe l'imita, sursautant et se tendant dès que l'animal s'approchait trop. Ou même au moindre mouvement qui provoquait des éclaboussures. Ce qui ne passa pas inaperçu auprès de son ami qui ne put masquer un petit sourire amusé.

« Tu as peur ?

- Ne dis pas n'importe quoi.

- Il n'y a pas de honte tu sais, lui dit-il en s'approchant davantage, ne se rendant pas compte que leur proximité soudaine avait le don de perturber le pauvre spectre. »

Il avait envie de fuir le contact brûlant en quatrième de vitesse, mais paradoxalement aussi de s'y fondre dedans et de ne plus le quitter. Tout ça était en train de le tuer.

Mais quand il levait les yeux sur ce sourire si éclatant, plus rien n'avait plus d'importance.

« Ils ne sont pas méchants, ils sont même très câlins une fois qu'ils se sentent à l'aise et hors danger. Essaie de les amuser, de les divertir en suivant leur mouvement. Tourne sur toi même, ils vont suivre. » Lui dit-il, sa voix grave lui arrachant un frisson en étant si proche. »

L'humain lui faisait de l'effet et ça devenait problématique...

-x-X-x-

Enfers, XXIVème siècle

Minos et Eaque avaient tout de suite remarqué les changements chez leur cher frère. Il se faisait moins grincheux, plus souriant - enfin pas en apparence, mais ils le devinaient à son langage corporel - et cerise sur le gâteau, il s'absentait étrangement souvent.

Nullement besoin d'être un génie pour rassembler tous ces faits et trouver la réponse à l'équation.

Ils étaient heureux pour lui évidemment, mais ils ne pouvaient s'empêcher d'être vexés et déçus quelque part de ne pas être mis à jour régulièrement. Ils voulaient savoir ce qui se déroulaient aussi zut !

« On peut pas le laisser nous cacher des choses, faut faire quelque chose. »

Eaque, une cuillère touillant distraitement dans sa tasse de thé venait de s'exprimer.

« Merci, adressa-t-il avec un sourire ravi à une servante qui venait de lui apporter du sucre, satisfait d'avoir sa dose de sucre. Il manqua, bien évidemment, le regard noir de Minos, installé face à lui à l'autre bout de la table circulaire. »

La pauvre fille, qui elle n'était pas aveugle, prit ses jambes à son cou sans demander son reste une fois son service finie. Aussitôt disparue, la tension des épaules du griffon se relâcha avec. Magique, n'est-ce pas ?

« Et que veux-tu qu'on fasse ? On ne va pas commencer à le suivre en douce dans l'espoir de le surprendre dans des situations compromettantes. »

Le norvégien ne s'attendait pas particulièrement à quelque chose en réaction, mais le silence qui suivit lui suffit amplement. Eh bien, on ne pouvait pas vraiment dire qu'il était étonné.

Exaspéré ? Désespéré ? Peut-être. Surpris ? Pas le moins du monde.

-x-X-x-

Grèce, XXIVème siècle

Alors qu'il terminait de boutonner sa chemise, Kanon repensa à son dernier rêve - encore un - et de sa récente découverte. Enfin, il s'agissait plutôt d'une confirmation puisqu'il avait déjà des doutes. Mais il en était certain à présent. Rhadamanthe avec qui il s'était rapidement lié d'amitié est le même que cette personne blonde vêtue d'une armure obscure qu'il avait de nombreuses fois aperçue pendant son sommeil.

Les ressemblances étaient si évidentes, si flagrantes que ça en avait été troublant. Au début, il avait refusé de l'accepter. Ca lui avait paru trop… improbable, irréel. Ca l'était toujours, mais il devait bien voir la réalité en face, aussi surréelle puisse-t-elle être.

Après tout, il y avait toujours eu cet air familier avec le blond, un petit quelque chose qu'il ressentait tout au fond de lui, dans son corps entier sans jamais pouvoir l'expliquer.

Il avait de suite ressenti le besoin de l'approcher, de le connaître, de passer du temps avec lui.

Il l'avait charmé, il n'y avait pas d'autres mots pour le décrire. Tout se faisait naturellement en sa présence, comme si une force intérieure le dictait.

Il restait pourtant qu'une nouvelle et fraîche connaissance, mais il se sentait si vivant depuis qu'il avait fait irruption dans sa vie, il se sentait complet.

Parfois, il lui arrivait d'avoir une pensée pour ce dragon gris dans son dos. Le symbole de son âme-soeur. Morte. C'était une chose qu'il avait accepté depuis longtemps et à laquelle il ne pensait plus réellement, mais avec tout ce qui se passait en ce moment c'était presque inévitable.

Surtout que la marque avait commencé à réagir lors de ses rêves, comme si tous les précédents phénomènes n'étaient pas suffisant.

Rêves dont il ne comprenait toujours pas le sens d'ailleurs. Il avait pour sûr compris désormais que certains personnages qu'il y voyait étaient des représentations de personnes qu'il connaissait dans la vie réelle. Mais c'était un peu près tout. Il n'avait toujours aucune idée sur la raison de ces visions, ni pourquoi des gens qu'il connaissait y figuraient, mais tout de même différents de ceux de son quotidien.

Ils semblaient être dans un autre univers, un qui n'avait rien à voir avec celui dont il avait l'habitude. Il y voyait des choses étranges des fois, comme des jeux de lumières, des combats qui se jouaient avec une force non-matérielle. Rien de bien logique ni sensé en soit.

Mais il voulait savoir, il cherchait désespérément à comprendre. Car il le savait, qu'il y avait une vérité cachée qu'il ignorait encore, qu'il lui manquait une, si ce n'étaient plusieurs, pièces au puzzle.

Il espérait d'une part que son nouvel ami puisse lui apporter une quelconque réponse, mais ce dernier se faisait discret. Mais après, Kanon devait admettre qu'une fois en sa compagnie, tout s'effaçait, toutes ses questions, tous ses troubles, il souhait simplement profiter du moment. Il se sentait toujours étrange en sa présence, le coeur tambourinant, les mots qui se coinçaient parfois dans la gorge, le besoin impératif d'avoir un contact corporel.

Il allait le retrouver ce soir d'ailleurs, ils sortaient en boîte et le blond venait le chercher, cela malgré les désapprobation de son frère qu'il pouvait encore entendre râler depuis le séjour.

« Bordel Saga, je suis adulte, il ne va rien m'arriver !

- Prudence quand même ! Et tu pars avec qui déjà ?

- Un ami c'est tout.

- C'est ce que tu me répètes depuis des semaines et je n'ai jamais vu l'ombre de cet ami.

- Parce que tu n'as jamais rien demandé !

- … Tu te fous de mo- »

Juste à ce moment propice, le bruit d'une moto se fit entendre.

« C'est bête hein, mais je dois y aller, bonne soirée Saga !

- Att-

- Laisse le un peu souffler, intervint une voix douce dans son dos.

- Tu trouves que je le couvres trop ? lui demanda Saga d'une petite voix tout en se laissant bercer dans l'étau chaleureux qui lui était offert par les bras de l'autre.

- Disons que je comprends ta position, mais qu'il ne faut pas l'étouffer.

- ..Je le sais, soupira-t-il. Mais je ne peux m'en empêcher.

- Ton frère t'aime Saga et il tolère, mais tu dois aussi accepter le fait qu'il grandisse et devienne sa propre personne.

- Tu as sûrement raison. Merci Aiolos, lui murmura-t-il avant de s'emparer de ses lèvres. »

-x-X-x-

Rhadamanthe les déposa juste devant l'entrée et alors que son passager descendit en premier, il pouvait encore l'entendre ricaner sous son casque, ce qui lui fit lever les yeux au ciel d'exaspération.

« Tu as fini de te marrer ?

- Phaha- C'est juste que… Je- Tu, tu as baptisé ta moto Cookie, c'est, c'est d'un ridicule hahaha.

- C'est mon frère pour la centième fois, grommela-t-il. »

Quand le grec eut enfin la décence d'arrêter de pouffer dans son coin, ils purent entrer.

A l'interieur, après quelques minutes de laborieuses recherches, Kanon repéra un groupe de jeune hommes qu'il allait de suite rejoindre en embarquant avec lui la whyverne.

« Kanon ! l'accueillit l'un avec un grand sourire, ses boucles bleues volant sous la brusque rotation de sa tête pour voir arriver son ami.

- Salut Milo, Camus n'est pas là ?

- Il n'aime pas ce genre de soirée, se contenta de dire son vis-à-vis avec un petit sourire.

- Faudra bien qu'un jour tu le fasses sortir de sa tanière, on ne l'a toujours pas vu ton chéri !

- Un jour mec, rit simplement le plus jeune. »

Suite à ça, le grec présenta le juge à ses amis et inversement et la soirée commença.

A un certain moment, Rhadamanthe percuta quelqu'un par mégarde et voulut s'excuser quand la personne le devança en premier.

« Excusez-moi. »

Le blond tiqua immédiatement à la voix. Bizarre, on aurait dit…

« Rhad' tu viens ? l'interpella Kanon au loin. »

L'anglais eu tout juste le temps de croiser les orbes améthystes et de remarquer sa chevelure d'un blond châtain avant que l'inconnu ne disparaisse totalement de son champ de vision.

-x-X-x-

Un peu plus loin, ledit inconnu accoura vers une autre personne, blonde également qui se tourna vers lui avec un air réprobateur.

« C'était ça ton plan de génie ? Tu as failli te faire prendre.

- C'est pas ma faute, il m'a bousculé aussi !

- Il ne fallait pas lui parler !

- Excuse moi d'être quelqu'un de poli. »

L'autre lâcha un soupir d'exaspération avant de retirer la perruque blonde miel, car oui ça en était bien une.

« Je ne sais pas pourquoi je continue de te suivre sérieusement.

- Parce que tu m'aimes Minos ! lui lâcha le plus grand, un sourire jusqu'aux oreilles, ne réalisant pas l'effet que ses mots eut sur l'autre juge.

- Euh ouais, toussota-t-il. Je propose qu'on les enlève, ils servent à rien et ça me gratte, c'était pour représenter qui encore ? lui demanda-t-il pour vite changer de sujet.

- Barbie et Ken enfin !

- ... Ca me dit toujours rien.

- Tu n'as aucune culture.

- Comment toi tu connais ça plutôt ?

- … Je me suis coltiné tous les films lors du siècle dernier sur terre, la gamine qui me servait de petite soeur y était accro. »

Le blanc débattit intérieurement s'il devait tapoter l'épaule de son frère de compassion ou se foutre sans retenu de son malheur.

-x-X-x-

Quelques heures s'étaient écoulées et la soirée battait son plein. Les deux juges avaient définitivement abandonnés leurs babioles et avaient quelque peu oublié le but de leur mission ultra top secrète.

Eaque se déchaînait sur la piste de danse alors que son frère d'arme était resté en arrière, préférant ne pas se mêler à la foule.

Ses billes dorées suivaient les mouvements de son comparse au loin. Hypnotisé par sa gestuelle et sa grâce naturelle.

« Tu ne vas pas le rejoindre ? lui demanda une voix inconnue. Tu le bouffes du regard depuis je ne sais combien de temps. »

Le griffon s'empourpra aussitôt.

« J-je ne vois pas de quoi vous parlez. »

A l'emploiement du vouvoiement, l'étranger le fixa un moment comme s'il venait d'une autre planète avant de laisser échapper un petit rire.

« Pas besoin de tant de formalités.

- Je suis ainsi.

- Très bien monsieur le coincé. Pourquoi ne vas-tu pas rejoindre ton ami, tu sembles en mourir d'envie.

Outré à l'extrême par tant d'impolitesse envers sa personne venant d'un simple humain, Minos voulut rétorquer quelque chose mais s'abstint au moment où il vit à qui il avait affaire. Un homme à la beauté exceptionnelle, les traits bien dessinés, un corps bien proportionné et un visage d'ange.

Le norvégien le reconnut entre mille pour sa ressemblance avec un de ses anciens et plus valeureux adversaires.

Le chevalier des Poissons du XXème siècle. Il ne le connaissait pas réellement, pour l'avoir ni combattu, ni vu tout court durant la guerre de cette époque. Mais il savait avec certitude qui il était.

« Pourquoi me dire cela ?

- Parce que tu me semblais seul, et que ça ne sert à rien d'attendre dans l'espoir que les choses se fassent à ta place… lui confia-t-il, le regard porté au loin, ou plutôt, sur deux personnes plus précisément. »

-x-X-x-

Reculés dans un coin, éloignés de la foule, Rhadamanthe tentait de garder sous contrôle son âme-sœur.

« Stop tu es bourré Kanon, rentrons.

- Naaaaan, se débattit le grec en gesticulant dans tous les sens. »

Le blond le laissa faire dans l'espoir qu'il finisse par se fatiguer. Ce qui fut bien heureusement pour lui le cas. Il parvint tant bien que mal à le sortir dehors, il espérait juste qu'il ne s'endorme pas avant qu'il ne puisse le déposer chez lui en le voyant déjà commencer à somnoler.

Leurs deux corps étaient intimement pressés l'un contre l'autre, ce qui fit naître une bouffée de chaleur entre eux et causa l'air tout autour de se compresser.

La whyverne avait du mal à coordonner ses pensées à cette proximité et rester calme face au bleuté qui se collait pratiquement à lui.

Arrivé devant sa moto, il se retrouva avec un autre problème sur les bras : Kanon refusait de le lâcher.

« Kanon.

- Non.

- ...Kanon…

- Noon, répéta-t-il avec véhémence. »

Mais à force de s'agiter incessamment, il finit par trébucher et glisser. Il se serait ratatiner face contre terre de la façon la plus classe qui soit si l'anglais n'avait pas eu le réflexe de l'attraper à temps.

Avec la force employée pour le tirer vers lui, ils se heurtèrent violemment l'un contre l'autre, leurs têtes évitant de s'entrechoquer in extremis.

Cette fois, ce furent leurs visages qui se retrouvèrent à quelques centimètres, ce qui empira la situation comparé à tout à l'heure. Rhadamanthe sentit ses joues chauffer sur le champ malgré lui et déglutit difficilement.

Il crut sentir son cœur s'arrêter quand l'autre ne se recula pas, mais à la place s'avança encore plus, son regard océan intensément plongé dans le sien. Il lui paraissait tout d'un coup avoir regagné un peu de lucidité vu le sérieux avec lequel il le fixait, le sondait tout entier, le mettant à nu devant lui qui était et sera à jamais seul et unique témoin.

Puis ses yeux vitreux descendirent lentement, prenant le temps de s'attarder sur chaque détail de son visage, chaque trait, chaque courbe, chaque imperfection.

Pendant ce temps, Rhadamanthe resta immobile, craignant quelque part ce que son vis-à-vis pourrait faire, ne souhaitant d'autre part que réduire lui-même définitivement cette courte distance qui séparait leurs lèvres.

Et comme si cette dernière demande avait été entendue, le grec se pencha avec une lenteur maupiteuse vers lui, comblant cet espace petit à petit, jusqu'à ce que ses lèvres ne s'emparent avec gourmandise de ses jumelles, les entraînant dans un ballet passionné.

Mais alors qu'ils s'embrassèrent à en perdre haleine, exploraient la taverne buccale de l'autre pour la première fois, Kanon se sentit brusquement envahit par une vague immense de différents sentiments étrangers.

Une migraine lui prit, il sentit ses oreilles bourdonner et sa tête tourner alors qu'il entendait des dizaines, des vingtaines, des trentaines de voix parler et se mêler entre elles à en créer une bruyante et insupportable cacophonie.

Celles qu'il put distinguer furent celles de son frère, celle de Milo, celle d'une femme nommée Athéna ou encore celle de l'homme avec qui il était actuellement en train d'échanger un baiser fiévreux.

Son gémissement de douleur s'étouffa dans ledit baiser alors qu'il se retira violemment, complètement sobre désormais. Il avait la respiration erratique, les yeux agrandis de choc et les sourcils qui se fronçaient sous cette déferlante de souvenirs et d'émotions.

Lentement, de façon hésitante et appréhensive, il leva le regard, croisant celui doré de son ami.

Et là, il ne sut ce qui se passa exactement. Tout se déroula au ralenti.

Il cligna des yeux et subitement, il avait en face celui qu'il ne voyait qu'en rêve, il le regardait droit dans les yeux, lui disait des choses dont il n'arrivait à trouver le sens.

La seconde d'après, il se vit lui, derrière ce même homme, aussi dangereux qu'envoûtant. Il criait, criait son nom pour une raison qui lui échappait et ensuite il les vit s'envoler à une vitesses fulgurante pour disparaître progressivement en poussières.

Il voyait et revoyait des scènes, à chaque fois de ce même univers, qui comprenait à chaque fois les mêmes personnes, les mêmes paroles… le même regard doré qui lui faisait perdre la raison.

Kanon

Il sentit ses jambes trembler et faiblir.

A-Athéna… Tu veux tuer Athéna qui vient de renaître dans ce sanctuaire ?

Idiot, tu es devenu fou ? Nous sommes les Chevaliers protecteurs d'Athéna !

Sa tête lui faisait mal. Que ça cesse.

Athéna t'a peut-être pardonné, mais crois-tu que les Chevaliers d'Or vont te faire confiance ?

Je te ferai partir par la force ! Subis l'attaque écarlate !

Ses joues s'humidifièrent. Sa poitrine se contracta. Il tomba à genoux, les mains empoignant sa tête et agrippant avec force ses cheveux.

Tu crois vraiment pouvoir m'affronter de la même façon sans ton armure ?!

Espèce d'idiot !

Son cœur s'emballa.

A notre prochaine rencontre...

Son dragon reprit vie. Son corps lui brûla. Et puis, tout s'éteignit.

-x-X-x-

Eaque se déchaînait sur la piste de danse en solitaire, son corps suivant élégamment le rythme des basses puissantes. De temps à autres, il s'amusait à lancer des regards et clins d'œil aguicheurs qui lui furent poliment retournés.

Quand soudain, une personne l'approcha. Le garuda n'eut même pas le temps de se retourner pour observer le mystérieux inconnu convenablement ou encore de lui offrir un grand sourire que ce dernier fut entièrement caché derrière une stature plus élancée, mais assez grande pour masquer la vue de ce pauvre jeune homme dont le visage restera à jamais inconnu.

« Minos ? »

Il pencha sa tête sur le côté, ne comprenant pas l'intervention de son frère. Il jeta alors un coup d'œil en arrière, mais les deux personnes qu'il cherchait n'étaient plus nulle part en vue.

« Minos ? Où sont-ils ? »

Penaud suite à cette soudaine question, l'interpellé recula d'un pas.

Evidemment. A quoi s'attendait-il ? Il y en avait que pour la vie de couple de leur camarade, de leur bonheur à lui et son âme-sœur. Rien d'autre.

Qu'avait-il pensé en s'approchant du centre de la piste de danse ?

« Partis, répondit-il avec plus d'amertume qu'il n'aurait voulu laisser paraître.

- Quoi ? s'écria le brun. Et tu les as laissés partir ?

- Et puis quoi Eaque ? Rhadamanthe est un grand garçon, il va trouver son chemin tout seul.

- ...Tu vas bien Minos ? »

Le népalais ne comprenait pas. Jamais son aîné ne s'était comporté de la sorte, pas avec lui du moins. Il semblait particulièrement de mauvaise humeur, mais pourquoi ?

« Ecoute, si tu veux pas en parler ça me va aussi. Je vais voir où ils sont allés. »

Si le griffon voulait faire le grincheux, qu'il le fasse mais hors de sa vue. Il avait bien le droit d'être agacé, mais pas de le déverser sur lui juste parce que ça l'arrangeait. Ça, Eaque ne pouvait le tolérer.

Sa propre bonne humeur désormais également affectée, il quitta cette amasée de personnes se bousculant sans distinction et prit le pas de la sortie.

Enfin, c'était ce qui était prévu. Mais le blanc avait visiblement d'autres plans en tête.

« Laisse moi passer Minos.

- Non.

- Je peux savoir ce qu'est ton problème exactement, s'impatienta-t-il.

- Et toi, c'est quoi ton problème avec cette obsession que tu as développé pour Rhad' et son humain ?!

- Ce...n'est pas une obsession, et tu sais pourquoi.

- Oui, mais ça n'explique rien. Ca va t'apporter quoi au juste ? Tu vas jouer les entremetteurs cachés jusqu'à ce qu'ils se casent, les féliciter et puis retourner à ta déprime ? C'est ça que tu veux, que tu cherches ? »

Minos était à bout. Son demi-frère ne voyait-il donc rien ? Était-il aveugle ?

« Je ne te permets pas de me juger sur ce que je fais de ma vie, aux dernières nouvelles il s'agit encore de la mienne, lâcha Eaque, le regard dur.

- Tu perds ton temps ! Alors quoi, tu vas passer ta vie ainsi. A t'appitoyer ?

- Minos…, grinça entre ses dents le népalais en signe d'avertissement.

- Tu n'as pas d'âme-soeur, et alors ? poursuivit-il sans se démonter. Qu'est-ce que ça change ? En quoi est-ce une assurance à vie ? Arrête de te faire du mal en regardant ce que les autres ont et que toi tu manques, regardes autour de toi plutôt. Regarde moi Eaque ! Regarde moi. »

Sa voix s'était brisée vers la fin, il n'avait pu le prévenir. Il avait craqué. Ce n'était pas son intention, mais tout s'était emmagasiné et d'une manière ou d'une autre, c'était sorti.

Essoufflé, il n'osa croiser le regard violet de son collègue, soudainement honteux en réalisant le poids de ses mots.

Mais il était aussi soulagé quelque part, d'avoir lâché tout ce qu'il avait sur le coeur.

« Je t'aime Eaque, admit-il , la tête basse. Pas encore prêt à être confronté à un regard de jugement, de choc, de dégoût même. »

Mais ce dernier n'avait pensé rien de tout ça. Il s'était simplement retrouvé statufié, les yeux grands comme des soucoupes. Il se s'était absolument pas attendu à ce genre d'aveu et eut bien du mal à trouver les mots pour y répondre.

Ressentait-il quelque chose pour le blanc ? A vrai dire, il n'y avait jamais vraiment accordé une pensée.

« J-je suis désolé Minos. »

Il n'avait trouvé mieux que de s'excuser, mais regretta sa décision à la seconde qu'il vit un sourire triste étirer les lèvres de son aîné.

« Ce n'est pas grave, je-

- Mais, le coup -t-il le brun sans lui laisser le temps de continuer sur sa lancée. Mais ça ne veut pas dire que je ne partage pas tes sentiments. Laisse-moi juste un peu de temps ok ? J'ai besoin de réfléchir. Seul. »

-x-X-x-

Rhadamanthe était tétanisé. Un moment, il embrassait langoureusement son âme-soeur, chose qu'il avait attendu pour une éternité. La seconde d'après, ce dernier s'effondrait au sol en criant.

« Kanon ! »

Que se passait-il ? Pourquoi le grec se tortillait de douleur ainsi ?

« N-non… Non, pardon...Saga… Athéna… » l'entendit-il murmurer de façon incohérente.

Et ce fut là qu'il réalisa. Kanon était en train de se souvenir de son passé.

Juste à ce moment-là, il sentit la marque dans son dos lui lancer brutalement à lui en arracher un râle de douleur.

Il semblerait qu'un déclic ait été enclenché ce soir-là. L'ancien chevalier devait probablement voir défiler devant ses yeux sa vie précédente. Rhadamanthe ne pensait pas cela possible et ne savait que faire pour le soulager alors qu'il semblait être en proie à des maux de têtes atroces.

Il pouvait ressentir son calvaire à travers leur lien, la férocité de sa lutte intérieure entre la partie qui cherchait par tous les moyens de retrouver ces souvenirs enfouis et celle qui les rejetait formellement.

Les spasmes finirent par se calmer au bout de quelques minutes et le bleuté perdit connaissance.

Tout comme la dernière fois à l'aquarium. Ce qui lui fait penser que tout cela n'était pas anodin.

Kanon des Gémeaux était toujours présent, tapis dans l'ombre de ce nouveau Kanon des temps modernes. Le blond ne savait exactement quoi en penser, s'il devait s'en réjouir ou s'en attrister. Évidemment, la perspective qu'il se souvienne de tout était une véritable joie en soit. Mais il savait également que la vie de sa moitié n'avait jamais été facile, qu'il avait énormément souffert et que parfois l'ignorance valait mieux que l'affliction du savoir.

Délicatement, comme s'il s'agissait de la chose la plus précieuse et fragile au monde, la whyverne souleva celui qui faisait battre son coeur et entreprit de le porter jusqu'à son véhicule.

Le trajet jusqu'à la maison du plus petit se déroula en tout quiétude, le blond avait eu le bon réflexe de ne consommer que des boissons non-alcoolisées durant la soirée afin de garantir un retour en toute sécurité.

Vingt minutes plus tard, le bleuté dans les bras, il sonna à la porte de sa maison. Sans surprise, il fit face à sa copie parfaite, un homme lui ressemblant trait pour trait. Un homme dangereux à deux visages autrefois décrit tel un dieu surpuissant. Saga des Gémeaux.

Ce dernier l'observa tout d'abord d'un oeil scrutateur. Il était tard en même temps donc sa méfiance était toute légitime. Les muscles de son visage se détendirent toutefois au moment où il vit qui il tenait dans ses bras.

« Rentre, invita-t-il alors. »

Si Rhadamanthe restait un peu perplexe par cette demande alors que l'ancien chevalier aurait très bien pu prendre son frère, le remercier et fermer la porte en toute bonne forme, il n'en dit rien et le suivit simplement à l'intérieur.

Saga lui indiqua dans un premier temps la chambre où il pouvait déposer son fardeau vivant. Par la suite, sans qu'il ne comprenne ce qui se passe, il était assis à une table en bois, deux tasses de thé déposées sur celle-ci par les soins du grec qui vint s'installer à son tour à l'opposé.

« Merci de l'avoir ramené, souffla-t-il après avoir pris une gorgée de la boisson. Kanon peut-être inconscient par moment et se laisser aller sans réfléchir. Tu dois t'en douter, mais je suis son grand-frère, Saga.

- Rhadamanthe, se présenta-t-il en retour. Et il n'y a aucun problème, lui répondit-il calmement en apportant à son tour la tasse fumante à ses lèvres. »

Il y avait quelque chose dans le comportement de son interlocuteur qui le dérangeait. Il avait eu raison d'avoir été dubitatif à l'entrée.

Il y avait sans le moindre doute un motif bien précis derrière. Et vu son regard, il n'allait pas tarder de le découvrir.

Avec une lenteur calculée, Saga déposa sa tasse la petite soucoupe en porcelaine.

« Tu es son âme-sœur. N'est-ce pas ? »

Le blond fut quelque prit de court par cette question qui n'en était pas réellement une.

« Ne sois pas aussi surpris, rit-il légèrement face à sa réaction. J'ai juste fait ma petite supposition, pas à tort à ce que je vois. »

Comme il ne trouva rien à dire, le juge resta silencieux, attendant méticuleusement la suite. Il ne s'était pas attendu à ce que l'ancien gémeaux soit si direct, mais ce n'était peut-être pas plus mal.

« J'avais mes doutes au début. J'ai beaucoup entendu parler de toi tu sais ? Sans jamais pouvoir y coller un visage ou un nom. Mais maintenant que je te vois, j'ai ce sentiment de certitude que je ne peux ignorer. Peut-être que Kanon l'a réalisé aussi sans vraiment le savoir. »

Il prit un instant une pause dans son récit, comme hésitant de poursuivre.

« Peut-être qu'il refusait d'y croire dans un coin de sa tête pour la même raison que moi… Les marques d'âmes-sœurs sont si rares de nos jours, et lui en avait une, quel miracle n'est-il pas ? Mais alors qu'on était parti consulter un médecin, on en était ressorti avec une terrible nouvelle. J'imagine que tu le sais toi aussi, mais la couleur de sa marque…elle est grise. Il nous avait été dit que son âme-sœur n'était plus de ce monde, entre autres, qu'elle était morte. »

Saga ignorait pourquoi il était en train de déballer tout ça à un parfait inconnu. Il se serait même possiblement trompé sur toute la ligne et ne faisait que raconter ce qui devait sembler comme du charabia à son invité. Mais d'une manière ou d'une autre, il en était aussi certain, certain comme il ne l'avait jamais été.

Son cadet ne l'avait peut-être jamais réalisé, mais il lui arrivait dans son enfance de murmurer le nom de cet homme blond inconsciemment dans son sommeil. Il n'avait jamais fait la moindre remarque à ce sujet, mais il n'avait jamais oublié pour autant. Ce pourquoi quand ce mystérieux ami dont son frère n'avait pas arrêté de lui rabâcher les oreilles avec s'était présenté comme tel, il n'avait été qu'à moitié surpris.

« Ça a été un coup dur pour lui, confia-t-il, lançant rapidement un coup d'oeil à l'autre pour voir s'il avait encore son entière attention. Une fois cela confirmé, il poursuivit : Il a eu du mal à l'accepter et faire son deuil. Bien sûr, il n'avait pas tout compris à l'époque, mais il devait le sentir quelque part et ça l'avait fait beaucoup de peine. Petit à petit, il s'en est remis, je pense même qu'il avait commencé à oublier. Il n'espérait plus rien en fait, et vivait sa vie comme il l'entendait. Il disait qu'il n'avait pas besoin d'âme-soeur pour être heureux, que ce n'était pas indispensable et que ça n'allait certainement pas tracer sa vie à sa place. »

A ces révélations, le spectre en vint enfin à comprendre pourquoi leur lien, qui même par delà la mort était resté intact et avait préservé sa puissance d'antan, avait pour une raison inconnue lentement mais sûrement commencer à se détériorer il y a quelques années, s'affaiblissant à vue d'oeil.

C'était parce que Kanon était en train de rejeter tout ce qui était lié à la marque qu'il portait dans le dos à la surface. Il avait tout fait pour oublier et s'en détacher.

Le juge était désormais le regard ailleurs, les pensées préoccupées par ce qui lui avait été dévoilé par l'aîné de son âme-soeur.

Ce dernier, quant à lui, gardait un air nostalgique sur le visage. Tout ça avait ravivé des souvenirs en lui. Il se rappelait encore parfaitement de leur détresse à ses parents et lui, d'être incapable de consoler un enfant ayant déjà perdu la personne qui aurait dû être la plus importante à ses yeux sans jamais l'avoir connue.

Ça lui avait fait du bien de pouvoir en parler, de pouvoir faire confiance à quelqu'un d'autre que sa propre famille pour prendre soin de son frère.

Son jumeau était tout pour lui, il ne lui souhaitait que le meilleur. Et quand il regardait cet homme, quand il observait tous ses faits et gestes, ses réactions, il savait. Il savait qu'il pouvait lui confier son petit frère sans souci.

« C'est étrange… Quand je te regarde, je me dis que ce médecin ne devait pas avoir totalement tort. Tu ne fais pas parti de ce monde, lâcha-t-il pensivement.

- C-comment ? reprit brusquement pieds avev la réalité la whyverne.

- Il se fait tard, annonça Saga en voyant l'horloge digitale du salon afficher trois heures. Et si tu restais ici pour la nuit ? »

-x-X-x-

Le lendemain, Kanon se réveilla plus perdu que jamais suite à cette nuit qui fut riche en informations concernant tous ces phénomènes incompréhensibles et farfelus.

Il lui avait semblé regarder un film retraçant la vie entière d'une personne

Sauf qu'il s'agissait de la sienne et au point où il en était, il ne savait plus où donner la tête, ni ce qu'il pouvait croire avec conviction.

Venant à cela s'ajouter deux surprises au réveil. La première étant son dragon qui avait perdu toutes ses couleurs ternes pour ne plus que flamboyer d'un élégant violet.

Il l'avait aperçu dans le reflet du miroir alors qu'il sortait de la douche et avait bien failli se prendre le carrelage du sol dans la face tellement il avait été choqué.

Il avait ensuite passé un bon quart d'heure dans sa salle de bain à l'admirer sous tous les angles. C'était si insensé, si inattendu…

Mais après réflexion, il comprit. Tout était lié après tout et tous ces rêves qu'il faisait devaient sans le moindre doute avoir joué leur rôle dedans.

La deuxième chose, était la présence de cette personne qui, il l'avait réalisé lors de leur baiser hier, était son âme-soeur dans la cuisine avec son frère.

Sous l'influence de l'alcool, il ne gardait pas de souvenirs très précis de la veille. Mais s'il y avait bien une chose dont il se souvenait à la perfection, c'était ça.

Comment il s'était penché vers lui, comment ils s'était passionnément embrassés une fois leurs lèvres scellées. La chaleur qui avait envahi son corps entier, ce sentiment électrifiant de bien-être qui avait pris possession de lui durant ces quelques secondes qui précédaient le réveil brutale d'un lui antérieur.

« Je vais vous laisser, se fit entendre la voix de Saga qui quitta discrètement la pièce. »

Mais c'était à peine si les deux remarquèrent son départ tellement leur attention était portée l'un sur l'autre.

« On doit parler. »

Ce fut tout ce qui sortit des lèvres de la whyverne, ce à quoi le grec se contenta d'acquiescer en lui indiquant de le suivre jusqu'au balcon.

« Rhad'..., commença incertain Kanon. Tu m'en as caché des choses, n'est-ce pas ? Qui es-tu vraiment ? Sois sincère s'il te plaît, fit sa voix presque suppliante. »

Le blond s'était accoudé sur la rambarde, le vent balayant doucement ses cheveux vers l'arrière alors qu'il observait le panorama offert depuis leur position tout en assimilant les questions de l'autre.

« Tu fais des rêves, je me trompe ? Et si tu me les décrivait d'abord ? »

Hésitant, le bleuté fit comme il lui avait été demandé. Il lui expliqua, lui raconta ce qu'il voyait, ce qu'il entendait, ce qui l'avait marqué et pendant ce temps le juge suivait attentivement son récit, sans jamais l'interrompre.

« Je ne comprends pas, cet endroit me paraît toujours sinistre, mais je ne sais pas, d'une manière ou d'une autre, elle m'apporte du réconfort ? Je ne sais même pas où ça se situe, ni quel genre d'endroit c'est, mais au fond je sais que je le connais. Je ne comprends pas Rhad', je ne sais même plus qui je suis à la fin de la journée ! Qui suis-je ? Dis-le moi, Rhad', qui suis-je ?! »

Il y avait tant de détresse dans les paroles de l'humain, tant de confusion que ça en fendait le cœur du spectre. Il était lui-même désemparé et ne put trouver en lui force de faire quoique ce soit si n'était de le prendre dans ses bras, de le serrer fort contre lui en signe de réconfort.

« Peu importe ce que tu découvriras, peu importe ce que ces rêves ont pu te murmurer, n'oublie pas que tu avant tout juste toi, juste Kanon et que je t'aime ainsi. Ces souvenirs, tu n'étais pas censé les retrouver, mais maintenant que c'est fait, ça ne change rien, c'est une vie qui appartient à une autre époque. » Lui souffla-t-il gentiment en effectuant des mouvements circulaire dans son dos.

Il se mit ensuite, toujours sur un ton doux et calme, à lui conter leur rencontre il y a 400 ans, la situation de ces temps-là avec les Guerres Saintes, leur position dans cette histoire. Il lui révéla tout, absolument tout car il n'y avait plus aucun intérêt à lui cacher des choses.

Il avait tout d'abord pensé à omettre les sujets qui fâchent, comme sa trahison ou encore sa relation loin d'être parfaite avec son frère.

Kanon ne resta pas indifférent à toutes ces histoires qui complétaient enfin les trous dans sa tête.

Il en versa même des larmes d'émotion à un moment. S'il avait encore du mal à y croire au début, tout doutes se dissipa suite à ça.

Tout ce qui lui était confessé semblait si vrai, si sincère.

A la fin, une heure était passée comme si de rien n'était et les deux étaient toujours sur ce même balcon, rien n'ayant changé excepté peut-être pour les yeux encore brillants du grec et l'étreinte resserrée du blond autour du premier.

Ils restèrent encore quelques minutes ainsi, sans piper mot, le temps pour l'humain de digérer ces informations.

« Alors…, tu viens des enfers et tu es un des juges ?

- Oui.

- Je vois. Ca explique ces drôles d'armures… Et j'ai été général des mers, mais aussi chevalier autrefois et j'ai été réincarné ? »

Rhadamanthe hocha posément de la tête.

« D'accord… Et maintenant ? On fait quoi ?

- A toi de me le dire.

- C'est facile ça de me refiler la responsabilité de décider, se plaint-il en lui asséna un petit coup au niveau des côtes, qui bien évidemment, ne fit aucunement broncher le plus grand. Mais je ne sais pas honnêtement, autant je suis certain de t'aimer et vouloir être avec toi, je… je ne pense pas que je peux tout quitter pour te suivre non plus. J'ai ma famille, mes amis sur terre, lui dit-il d'une petite voix, la poitrine douloureuse en énonçant ces mots. »

Le juge s'y était préparé, il s'y attendait. Quoi de plus normal aussi ? Il se l'était répété plusieurs fois en plus de cela. Ils n'appartenaient pas au même monde. Mais ça ne l'empêchait pas de ressentir ce petit pincement au coeur.

« Je comprends, parvint-il tout de même à sortir avec un sourire qu'il espérait convainquant. Ce n'était pas mon attention de t'arracher à ta vie actuelle non plus. »

Un silence lourd de sens s'installa. Aucun des deux hommes n'osa le briser pendant un long moment.

« Alors… Est-ce un au revoir ? »

Rhadamanthe tourna lentement sa tête en sa direction, vers un visage qui réflétait une multitude d'émotions ; tristesse, angoisse, mélancolie...

« Est-ce ce que tu souhaites ? lui demanda-t-il gentiment. »

Le grec sembla déconcerté par la question.

« Tu sais que quelle que soit ta décision, je m'y plierai. »

Les yeux du bleuté s'embuèrent immédiatement. Non, ce n'était pas ce qu'il voulait ! Mais que pouvaient-ils faire ? Son âme-sœur était un être des enfers bordel ! Quelqu'un qui n'appartenait pas à la terre des vivants. Il n'avait aucun futur ensemble, absolument aucun.

Il sentait son cœur être écrasé par un poids invisible rien qu'en y pensant.

C'était injuste. Après toutes ces années, il en venait enfin à savoir qu'il avait bel et bien une âme-sœur et quand il finit par découvrir son identité, tout s'effondrait aussitôt.

« Que veux-tu qu'on fasse d'autre ? répliqua-t-il en riant sans joie. Tu as un devoir en enfers aussi, tu ne peux t'absenter trop longtemps.

- Et si je te disais que je pouvais ? rétorqua-t-il promptement avec défi.

- Pardon ? »

Kanon ne comprenait pas, que voulait-il dire ?

« T-tu plaisantes ? Et...Hadès alors ? »

Même si il avait fini par accepter cette vérité et qu'il avait retrouvé une très grande partie des souvenirs du passé, il devait encore s'habituer à ces termes mythologiques.

« Tu me fais confiance ? chuchota le blond en lui empoignant les mains dans les siennes. »

L'ancien guerrier ne savait ce dont il s'agissait exactement, mais il y avait cette étincelle dans les yeux dorés qui lui coupait littéralement le souffle, qui lui prodiguait un sentiment de sûreté, de réconfort, de … confiance totale.

« Oui. Toujours. »

Satisfait par sa réponse, le juge s'abaissa vers ses lèvres pour les capturer diligemment.

L'autre ferma ses yeux instinctivement pour ainsi encore mieux profiter du moment.

Tout comme la veille, il ressentit cette explosion au fond de lui, cette chaleur éminente qui n'en n'avait jamais fini de se propager dans son corps entier. Quand il ouvrit alors les yeux après quelques secondes, il tomba sur ce visage qui faisait bondir son coeur hors de sa poitrine, qui lui faisait à l'instant oublier tout le reste.

Qu'il avait été bête d'ignorer tous les signes, de nier les faits qui se posaient ostensiblement devant son nez. Depuis le début, il n'y avait eu que lui, ça n'avait toujours été lui. L'attraction qu'il ressentait, ces drôles de sensations dans son bas-ventre, cette envie de passer du temps avec quelqu'un comme ça ne lui était jamais arrivé avec qui que ce soit, même ses plus proches amis.

Dans ce déni dans lequel il avait commencé à sombrer depuis qu'il s'était résigné à porter cette marque grise jusqu'à dans sa tombe, il avait failli à remarquer la renaissance de cette dernière.

Entre deux baisers, il attrapa le t-shirt de son amant, soufflant une demande que sa moitié comprit instantanément :

« Je peux la voir ? »

Doucement, ils s'écartèrent et le plus grand se retourna, lui présentant son dos.

Comme hypnotisé, le grec ne le toucha que du bout des doigts au début, avant de petit à petit soulever le vêtement gênant. Et au fure et à mesure qu'un bout de peau était mis à nu, la marque était également révélée jusqu'à mettre entièrement à découverte un majestueux dragon d'un bleu royal.

Captivé, Kanon apporta sa main vers celui-ci, mais à son toucher, ils se sentirent tous les deux subitement électrifiés, submergés par les sentiments de leur aimé dans leur propre système.

Un concentré d'affection, de tendresse, de joie, d'une once de tristesse aussi, mais surtout d'amour, pratiquement que d'amour.

C'était une sensation autant étrange qu'agréable, ils avaient l'impression de fusionner coeur et âme, d'avoir atteint un stade d'intimité qui n'égalait rien au monde.

Ce jour-là, ils partirent s'enfermer dans la chambre la plus proche pour y continuer ce qu'ils avaient initié. Ils se decouvrirent pour la première fois après des centaines d'années. Ils se firent l'amour avec la flamme ardente que portait le nom de leur amour sans frontières. Ils se donnèrent l'un à l'autre sans retenu, comme s'il n'y avait pas de lendemain.

Ce qui n'était pas tant que ça éloigné de la vérité. Ce jour-là, ils s'aimèrent comme jamais auparavant avec chacun de pensées bien différente en tête.

Pour l'un, c'était un message d'adieu avant qu'ils ne séparent leur chemin. Sans s'avouer qu'au fond, il espérait encore. Il espérait avec la force du désespoir depuis qu'il lui avait été demandé de faire confiance aveuglément.

Pour l'autre, c'était remplir une part de sa promesse à l'avance, laisser une trace afin de ne pas être oublié le temps de revenir.

-x-X-x-

Enfers, XXIVème siècle

Dix jours plus tard…

Eaque avait prit le temps de faire le tri de son côté, de réfléchir sur sa relation avec le griffon. Et en dehors de leur boulot de juge, ils ne s'était plus parlés depuis ce jour-là. Minos voulait sûrement de cette manière respecter son souhait d'avoir un peu de temps et de distance. Le garuda lui en était reconnaissait, même si maintenant qu'il avait enfin l'espace qu'il avait demandé, il y avait un sentiment de solitude qui venait le déranger.

Comment ne l'avait-il pas réalisé plus tôt ? Toutes ses journées, presque chaque moment du jour, il les passait avec le norvégien. Dès qu'il avait une nouvelle à annoncer, une peine à partager, c'était vers lui qu'il se tournait en premier.

Il l'avait toujours considéré comme son plus fidèle confident, son meilleur ami, son compagnon de fortune… Mais y avait-il plus qu'il y paraissait ?

Il n'avait jamais réellement fait attention à tout ça. En vrai, il s'était en quelque sorte renfermé de tous ces sentiments superflus comme l'amour. Bon d'accord, il flirtait beaucoup, mais c'était sans arrière pensée quelconque, il voulait juste s'amuser.

La déclaration du blanc l'avait donc complètement pris de court. Mais alors qu'il pensait se servir de ces jours qu'il s'était consacré pour mettre les choses au clair dans sa tête, ça ne fut qu'avoir l'effet inverse.

Au plus il pensait à ses sentiments vis-à-vis de son aîné, à leur relation déjà fusionnelle, il se retrouvait à chaque fois avec une question de plus.

Pourquoi tout devait être si compliqué ? Était-ce lui qui se prenait la tête pour pas grand chose au final ? Non, ce n'était pas une broutille, on parlait de son frère, de lui, il ne pouvait pas se permettre de risquer ce qu'ils avaient déjà.

Mais en même temps qu'obtiendrait-il dans la vie s'il n'avait pas le cran d'au moins essayer ? Ça ne lui ressemblait pas d'abandonner sans même avoir tenté quoique ce soit.

Cependant, il ne s'agissait là pas d'une preuve de force, d'une expérience quelconque, mais de son cher camarade. Et le blesser, même indirectement, n'était même pas une possibilité à envisager. Il ne savait que faire en toute franchise et c'était en train de le rendre fou.

« Eaque ? »

Il eut un faible soubresaut à l'entente de cette voix qui, il se l'admettait, lui avait manquée lors de ces derniers jours.

Sans comprendre, Minos se tenait devant lui, son regard inquisiteur plongé dans le sien. Ce ne fut que quand il paya attention aux alentours qu'il se rendit compte qu'il avait raté son palais et que ses pas l'avaient inconsciemment mené jusqu'à la troisième sphère ; Tolomea, la résidence du Griffon.

Eaque inspira un grand coup, il n'avait plus le choix, c'était maintenant ou jamais.

« On peut se parler ? »

Étonné, le Griffon l'était, mais fidèle a lui-même, il n'en laissa paraître que très peu et l'invita alors à entrer.

« C'est en rapport avec la dernière fois ? questionna-t-il directement.

- Je- oui.

- Tu sais que tu n'as nullement besoin de te sentir contraint à quoique ce soit juste parce que c'est moi Eaque.

- Q-quoi ? Non ! se défendit illico presto le plus jeune. Je me sens pas obligé ou toute autre connerie dans le genre, tu sais que ce n'est pas moi ça. J'ai réfléchi et…

- Et ? »

Minos n'allait pas se mentir, si en apparence il était composé, il pissait dans son froc intérieurement. Il avait peur de ce que son homologue pourrait lui dire.

Il pouvait très bien lui demander de sortir de sa vie définitivement, de ne plus jamais avoir quoique ce soit affaire avec lui. Ou il pouvait le rejeter gentiment et continuer de le regarder avec ce visage qui transpirait la pitié. Que ça soit l'un ou l'autre, le griffon n'était pas sûr de savoir vers lequel allait sa préférence.

« J'aimerais qu'on se donne une chance.

- Quoi ? »

Tout mouvement se figea, le norvégien crut avoir mal entendu.

« Tu veux… tu veux vraiment ? Parce que je te jure s'il s'agit de pitié..

- Non ! Justement, non ! Je pense... que ça peut marcher, si tu es prêt à tenter bien sûr. Je n'ai pas envie d'avoir l'air de… de prendre avantage de tes sentiments, brédouilla-t-il maladroitement. »

Le népalais n'avait jamais été particulièrement doué avec les mots et il craignait sérieusement de dire une bourde qui allait tout gâcher.

Pendant ce temps, Minos, toujours un peu stupéfait, laissa un sourire tendre fleurir sur ses lèvres.

Il avait toujours aimé ce côté caché de son confrère, celui attentionné et soucieux qui surgissait seulement en présence de certaines personnes.

Il le trouvait attendrissant, à s'inquiéter avant tout de sa réaction, de ce que lui en penserait.

Il avait toujours été comme ça, négligeant envers ses propres sentiments mais dés qu'il s'agissait d'un autre, un être qu'il chérissait, il devenait précautionneux, respectueux, attentif et compréhensif.

C'était une qualité comme un défaut. Minos voulait juste que son cadet se prenne plus en considération.

« Idiot, souffla-t-il doucement en lui caressant la joue de la paume de sa main. Pas besoin de tout ces discours, ça n'a jamais été nécessaire, pas avec moi. »

C'était vrai après tout, ils avaient toujours été sur la même longueur d'onde, s'étaient toujours compris sans devoir impérativement s'exprimer au préalable.

Aussi ironique cela pouvait sonner, il était souvent pensé d'eux comme des âmes-sœurs également.

« Bien que je dois avouer que te voir perdre tes mots ainsi était un spectacle amusant que je ne suis pas prêt d'oublier de sitôt, ne put-il s'empêcher de taquiner. »

Minos étouffa un rire à la mine outrée de l'autre.

« Tais-toi et embrasse-moi, commanda-t-il d'un ton qui n'accepterait aucun refus. »

Mais alors que le griffon accéda avec un plaisir non dissimulé à sa requête, ils furent grossièrement interrompus par un spectre au pas de la porte qui avala avec peine sa salive.

« Eh bien, qu'y a-t-il, fut le premier à demander le norvégien.

- Ehm, se racla la gorge l'homme. Le seigneur Hadès demande à vous voir.»

Et il avait fallu que ça tombe à ce moment. Les deux juges se retinrent de soupirer bruyamment. Mais que pouvaient-ils faire ? Leur vénéré dieu réclamait leur présence, choses devenue peu fréquente depuis que la paix a été instaurée et que la divinité s'était trouvée une passion pour les voyages autour du globe. Une bien curieuse découverte pour lui qui avait planifié de détruire cette terre entière.

-x-X-x-

Grèce, XXIVème siècle

Les jours avaient été longs, terriblement longs et éreintants. Mais Kanon avait gardé espoir, il s'y était accroché malgré le temps qui s'écoulait, malgré la disparition du blond du jour au lendemain qui avait laissé un vide dans son coeur.

« A demain Kanon ! Rentre bien ! cria un de ses collègues en quittant les vestiaires.

- A demain Krishna. »

Soupirant, ce ne fut qu'après cinq bonnes minutes d'observation intense du sol comme s'il s'agissait de la huitième merveille du monde qu'il se leva en direction de la porte.

Une fois sorti, il tomba sur la secrétaire sur le point de remballer également en compagnie d'un homme aux courts cheveux lilas.

« Ah Kanon, y a quelqu'un qui t'attend dehors.

- Quelqu'un ? Ça m'étonnerait, Saga termine plus tard aujourd'hui.

- Je n'ai jamais dit que c'était ton frère, déclara-t-elle énigmatiquement. »

Quoi ? Clairement autre que son frère, personne ne viendrait le voir ici. La jeune blonde devait avoir confondu avec quelqu'un d'autre.

Il balaya alors cette idée et haussa nonchalamment les épaules avant de se diriger vers les portes automatiques.

Dehors, il inspira une grosse bouffée d'air, appréciant les doux rayons de soleil sur sa peau. Il s'apprêta à s'arrêter à l'arrêt de bus positionné dans la rue opposée quand son regard perçu la présence de trois hommes à une dizaines de mètres.

Comme mû par son instinct, il bifurqua sur le côté, s'approchant d'eux avec méfiance. Quand il fut enfin assez près pour distinguer leurs visages, il réalisa que ses doutes étaient fondés.

N'osant encore y croire pleinement, il chercha à s'en assurer, la voix tremblante :

« Rhadamanthe ?

- En chair et en os ! s'exclama le brun à côté. »

Kanon s'attarda alors sur ces deux personnes qui accompagnaient l'anglais. Maintenant qu'il s'y était fait à ces souvenirs, il n'eut aucun mal à les reconnaître, des images de leur combat refaisant surface dans sa mémoire.

« Eaque et Minos, c'est ça ?

- Je vois que tu te souviens, vint la remarque bienveillante du blanc. On demande une revanche par ailleurs.

- Il n'est plus chevalier Minos, le reprit sévèrement le plus grand des trois.

- T'es vraiment pas marrant Rhad', se lamenta le garuda avant de s'adresser une nouvelle fois à l'humain. Hé, si jamais tu t'ennuies, tu sais qui trouver !

- Eaque ! s'écrièrent ses aînés.

- Pardon pardon. »

Le grec crut halluciner. Ce n'était pas du tout le souvenir qu'il gardait des trois fameux juges des enfers. Il se doutait bien qu'en dehors du champ de bataille, un guerrier n'était pas le même. Mais tout de même... ça avait de quoi en boucher un coin !

Cependant, tout ça était bien beau, mais ça n'expliquait en rien la raison de leur venue. A moins qu'il ne s'agissait justement seulement de ça, une visite. Un moment qu'ils s'accordaient pour venir le voir avant de repartir pour les enfers, là où se trouvaient leur véritable place.

Si c'était ça, la solution qu'avait trouvé son amant, il n'était pas sûr d'y adhérer. De constants allés-retours, dormir la nuit dans la chaleur apaisante des bras de son compagnon sans la certitude de se réveiller avec. Ce n'était pas pour lui, une telle relation finira par les fatiguer tous les deux ou pourrait même les détruire à petit feu.

À ça, il préférait encore qu'ils coupent définitivement les ponts, quitte à blesser son seul amour et lui-même.

Mais avant qu'il ne puisse en placer une, la whyverne prit parole, le devançant de justesse.

« Je suis revenu, comme promis, lui-dit, le regard plein d'amour et de tendresse que l'humain s'en voulut de suite en prononçant les prochains mots avec une amertume qu'il n'avait su proprement masquer.

- Oui, mais pour combien de temps… »

Sa remarque lança soudainement un froid qu'il ne réalisa que trop tard.

« Je pense qu'il y a méprise, intervint prudemment le népalais, son ton frivole disparu. Rhad' va rester sur terre, le seigneur Hadès lui a accordé cette faveur, il restera aussi longtemps que ta vie terrestre le permettra. Son immortalité lui a été retirée jusqu'à arrivera ce jour. »

Kanon resta sans voix suite à ce que le brun venait de lui dire. Lentement, il pivota sa tête, reportant à nouveau toute son attention sur l'homme blond, qui même là, en présence de ses deux frères tout aussi charismatiques arrivait à se démarquer des autres. Il brillera toujours à ses yeux, c'était un fait.

Il chercha ensuite dans ses orbes dorées dans lesquelles il aimait tant se perdre la confirmation aux dires du plus jeune et quand il obtint, il sentit sa gorge aussitôt se nouer sous l'émotion. Et sans qu'il ne puisse se contrôler, il se propulsa sans cérémonie vers l'avant, se jetant dans les bras tant aimés en lui volant, tant qu'il y était, un baiser fougueux auquel son compagnon répondit allègrement.

Ils ne s'arrêtèrent qu'en entendant le bruit caractéristique d'un appareil photo.

« Continuez donc, faites pas attention à moi, se fit entendre la voix enjouée d'Eaque derrière l'objectif. Aaah rapproche-toi un peu Rhad', ne sois pas si prude, que penserait le seigneur Hadès en voyant ces jolis clichés. »

Minos pouffa légèrement dans son coin tandis que Kanon empêcha du mieux qu'il le pouvait son amant à commettre un meurtre. Pendant ce temps, égal à lui-même, le garuda continuait de les bombarder de son flash aveuglant.

« Parfait, on a de quoi décorer les murs des enfers tout entier. On pourra même en envoyer à la déesse Athéna tiens. Bon bah c'est pas tout, mais on va y aller je pense, dorlotez-vous bien les tourtereaux !

- Attendez ! Vous ne restez pas ici ?

- Disons qu'on préfère rester auprès de Sa Majesté Hadès, mais on se reverra, promit le griffon avec un petit sourire.

- Ouais, après tout, on doit encore te faire le grand discours de grand frères. Tout comme ton frère d'ailleurs, on le fera en même temps, comme ça personne ne s'ennuie !

- Il n'y a que Minos qui est plus âgé que moi Eaque, lui rappela le blond.

- Des détails triviaux tout ça ! »

L'heure étant venue pour les deux juges de prendre congé, le garuda pensa directement se téléporter avant d'être in extremis retenu par le poignet par son homologue.

« Pas ici Eaque.

- Ah oui. Rhaaaaaad', se tourna-t-il vers lui, les yeux suppliants. On peut prendre cookie ?

- Et vous allez me la rendre comment ? demanda honnêtement la whyverne, un côté de son sourcil levé.

- Heu, on la garde ?

- Va te trouver des chiottes où te téléporter, Eaque. »

Le brun afficha une mine abattue qui n'eut absolument aucune effet sur l'anglais, mais ce n'était pas le cas pour le griffon qui vint au plus vite à ses côtés pour le cajoler amoureusement et l'emmener plus loin avec lui.

Une fois ses deux frères hors de portée de vue, Rhadamanthe se permit un grand et long soupir.

« Ils sont fatigants.

- Je les trouve plutôt marrants, rien à voir avec ce mec qui a essayé de me briser la nuque fut un temps et où celui qui m'a propulsé dans l'air pour me refaire tomber au sol à des kilomètres d'altitude, fit Kanon sur le ton de la plaisanterie tout en tendant sa main vers celle de sa jumelle pour les entremêler étroitement. »

Ensemble, plus heureux que jamais, ils s'en allèrent, glués l'un contre l'autre comme ils le seront pour les prochaines dizaines d'années, leurs dragons dans leur dos rugissant de contentement d'être enfin complets et réunis.

-x-X-x-

Epilogue

Enfers, XXVème siècle

Kanon et Rhadamanthe avaient vécu leur vie pleinement, avec ses hauts et ses bas, ses tristesses et ses joies. A présent, il était temps pour eux de revenir aux sources.

Inclinés respectueusement devant celui qui régnait sur le monde souterrain, un genou à terre, une main posée sur ce dernier tandis que celle libre était liée à leur compagnon de vie.

Pas loin, Eaque et Minos retinrent avec peine leurs sourires. Ils étaient heureux de les retrouver, même s'ils n'avaient jamais coupé le contact entre eux durant ces années, pouvoir les côtoyer chaque jour sans problème était complètement différent.

« Rhadamanthe, Kanon, bienvenue de nouveau en enfers, accueillit chaleureusement la divinité. »

Le grec fut le premier à lever le regard avec une lueur folâtre au fond de ses prunelles.

« Seigneur Hadès, j'ai toujours voulu savoir à quoi vous ressembliez.

- Pour pouvoir me tuer ? les lèvres du dieu se retroussèrent en un petite rictus, celles de l'humain suivant rapidement le pas. Il l'aimait déjà.

- Dans un lointain passé peut-être bien…, lui dit-il tout sourire. »

L'ébène ne s'en offusqua pas le moins du monde et leur accorda d'un mouvement affirmatif de la tête leur bénédiction officielle.

Les autres juges ne restèrent pas plus longtemps sur le côté et bondirent presque de leur place pour accourir vers eux, désireux de ratrapper le temps perdu avec leur frère et l'être qui lui était destiné.

FIN


Je suis vraiment désolée, je t'ai vendu du Rhadanon, mais y a quand même sacrément pas mal de Miaque dedans, je t'assure que c'était pas prévu XD

Je suis loin d'être une spécialiste des eaux et du milieu aquatique, j'ai pêché mes infos sur wikipedia et le site "ripleybelives" xD

La raison pour les couleurs des marques est toute bête. Je voulais qu'elles soient une "représentation" pour ainsi dire de leur moitié. Ou plutôt, comment eux les perçois de leur point de vue

- Violet - majestueux, magie, secret, mystère

Depuis le début, Kanon voit Rhada comme quelqu'un de mystérieux, qui regorge de secrets et qui le captive entièrement. Tout ce dont il rêve et va lier à Rhada, il va le voir comme des phénomènes étranges, magiques.

- Bleu - loyauté, fiabilité, l'eau, rêve, honnêteté

Quand à Rhadamanthe, l'image qu'il a de Kanon est celle de quelqu'un de loyal, de fiable car même par amour, il refuse de quitter ses proches et tout ce qui le rattachait sur terre. L'eau et les rêves, je pense que c'est clair. Sinon, il y a l'honnêteté aussi, Kanon est quelqu'un d'assez direct qui n'utilise pas souvent des filtres, il dit ce qu'il pense.

Voilà j'espère que ça vous aura plu, si ce n'est pas le cas, je suis ouverte à toute critique constructive ^o^

Encore de gros bisous à lae best modo ! Passe une fabuleuse journée !