Hahaaa… salut les gens ! Vous allez enfin savoir ce qu'il va se passer ! Markus a déjà rencontré Kara et Luther, mais ils ont aussi Connor sur les talons ! Les choses se précipitent, on dirait ! Est-ce que Connor va les rattraper ? Mieux, est-ce qu'il va les capturer ? Quelqu'un va-t-il se faire exploser les dents ?! Vous saurez le fin mot de l'histoire ici !
ATTENTION MISE A JOUR ! Je vais devoir corriger tous les chapitres précédents et à cause de cette "petiteboulette" je vais devoir vous expliquer la chose au lieu que vous puissiez la découvrir par vous-même. J'ai pensé – trop tardivement c'est certain – à une particularité grammaticale. Le Connor que je vais vous livrer n'a pas l'intention de se personnifier, puisqu'il assume d'être une machine. Il est là pour aider les humains, pas leur faire perdre les pédales. C'est-à-dire que bon, profiter de son joli minois et ses capacités sociales pour taper sur l'empathie d'un humain, c'est déloyal ! Voilà comment il a calculé les choses. Il ne se voit pas comme une entité consciente, juste un gros algorithme avec un léger angle-mort sur lui-même, mais pourvu de plein d'algorithmes pour gérer et atteindre ses objectifs. C'est pour ça que je veux réduire au maximum (parfois c'est très dur donc y'en aura) l'usage du "je" par Connor, y compris et même surtout en POV Connor.
Mais ceux qui m'ont bien analysée savent ce qu'il va se passer. Des "Je" finiront par popper. Progressivement. Je vais essayer de faire ça de façon propre – challenge, challenge ! – mais en attendant je devais vous en avertir, que vous soyez pas surpris par le changement et aussi que vous puissiez guetter sa grammaire à l'avenir. Ah, par contre quand il est en mode négociateur ou enquêteur (bref, pas avec Hank) il a pas de scrupules donc ça va !
OH BON SANG ! C'est le premier chapitre que je dois nommer entièrement par moi-même ! (emoji yeux-cœurs) (au fait viendra tôt ou tard le jour où je me permettrai de faire des titres de chapitres à la con, je serais saucée)
P.S : dites-moi si vous voulez des résumés avant chaque chapitre !
Chapitre 4 : La capture, dialogue de sourds
Bon sang. Résumons, se dit Markus. Il venait de tomber sur trois déviants complètement par hasard, au détour d'une de ses promenades. C'était fichu pour sa pause méditation. « Que fuyez-vous ?
– La police est après nous ! résuma la femme. Ils sont deux, ils sont sur nos traces ! On doit les semer avant qu'ils nous rattrapent… »
Markus regarda l'enfant un moment avant de se focaliser sur eux et la situation. Il affichait un air calme, mais derrière ce masque le jeune homme s'agrippait à sa concentration. Après tout, sa dernière expérience avec la police n'avait pas été particulièrement brillante.
« Suivez-moi. »
Heureusement pour eux, Markus connaissait bien les lieux à force de promenades et d'errances. Il leur accéléra considérablement les choses. La jeune femme jetait néanmoins nerveusement des coups d'œil en arrière.
« Je ne les entends plus…
– On doit les avoir semés ! » répondit l'autre avec un sourire encourageant.
Markus leva une main pour les intimer au silence alors qu'ils s'immobilisaient, dans ce qui fut jadis un bâtiment d'une seule pièce, donnant sur les quais, fenêtres et porte béantes. Il tourna subitement la tête sur le côté, lorsqu'un bruit l'alerta.
«Par ici ! Plus vite ! »
Ils obéirent sans discuter.
« Ils nous prennent à revers, l'un deux nous attend pour nous couper la route…
– Ils sont ici ! »
Markus lança instantanément un scanner, profitant de la rapidité de l'analyse pour gagner du temps. Il devait comprendre. Comment avait fait le policier sur leurs talons pour les rattraper aussi vite ? Et surtout, comment avait-il fait pour les repérer en premier ?
Carl le lui avait expliqué, à demi-mot certes, mais Markus n'était pas un androïde comme les autres. Il était un modèle unique. Ancien, mais bien plus versatile que tous ses homologues sur le marché. Selon les circonstances, ses capacités pouvaient se développer bien au-delà de ce que les lois en vigueur permettaient. Carl avait donc tout fait pour le guider, pour l'amener à penser, à questionner, réfléchir, là où un autre aurait pu faire de lui une machine de guerre.
Du fait de son mystérieux pedigree, Markus s'était attendu à identifier leur poursuivant avant que celui-ci n'en soit capable. Il avait vraisemblablement péché par orgueil.
Son scanner lui permit de localiser celui qui venait de les rattraper, et qui bientôt les repérerait. Profitant de la phase d'analyse où le temps était distendu, il se focalisa sur l'individu en question et il comprit enfin. Ce n'était pas un policier.
Un androïde.
Markus changea de tactique.
« Continuez, je vais le retarder ! »
Il les laissa prendre de l'avance, avisant ce qu'il pouvait utiliser dans la pièce. Son scanner lui proposa notamment de voir avec les gros sacs de plâtre abandonnés. Il prit l'un d'eux en toute hâte, revint vers le trou d'une porte qu'il avait traversé et, sans se mettre lui-même dans l'axe, il jeta le sac de toutes ses forces. Quarante kilos en plein dans le mile, jugea-t-il au bruit de l'impact et à l'exclamation de surprise qu'il entendit.
Les androïdes n'étaient pas codés pour avoir ce genre de réaction superflues, à moins d'être assignés à des rôles les poussant à être les plus humanoïdes possible, ce qui n'était pas le cas d'un androïde policier. Donc Markus pouvait raisonnablement penser avoir jeté le sac assez fort pour compresser les poumons (oui, les bio-poumons) de leur chasseur, provoquant ce son involontaire. Alors qu'il repartait dans le même temps pour rattraper les fuyards, Markus entendit aussi le bruit de chute de l'androïde. Il ne l'avait vraiment pas loupé… mais est-ce que ce serait suffisant ? Au moins il ne l'avait pas vu, il ne pourrait pas dresser son signalement.
Markus voulait vraiment aider. Mais il avait peur aussi, peur qu'on apprenne qu'il était encore vivant. Il préférait que la police l'ignore encore.
Quand Markus rattrapa les trois fugitifs, ce fut l'autre agent qui leur posa problème. Un humain, sur les quais déserts et dégagés, l'arme sortie, qui ne les voyait pas mais qui devinait leur présence au bruit et longeait les murs des bâtiments qu'ils traversaient.
Markus continua de guider sa propre équipe mais la stratégie des deux agents tenait la route. L'androïde les talonnait, les empêchant de quitter les vieilles structures et traverser les ruelles où il les rattraperait en un clin d'œil, et l'humain les empêchait justement de sortir courir sur les quais déserts où il pourrait les tirer comme des lapins. S'ils se cachaient, l'androïde policier repérerait immanquablement leurs traces. Ils n'étaient en sécurité nulle part. Markus commençait à être à court d'idées…
Il ne pouvait pas blesser le policier dehors, ce n'était pas dans sa nature et de toute façon ça ne les aiderait pas beaucoup. Quant à l'androïde, il les rattraperait tôt ou tard, que Markus s'entête dans les bâtiments désaffectés, ou qu'il préfère semer l'humain en partant dans les ruelles, où ce foutu androïde-policier-athlète les rejoindrait encore plus vite. Et Markus craignait de ne pas faire le poids face à lui.
De ce qu'il savait, un androïde policier ne participait pas aux traques. Il n'effectuait aucune opération active, se positionnant en soutien. Pourtant celui-ci les prenait en chasse et il était carrément bon à ce petit jeu. Il n'était pas normal… S'il était conçu pour faire face à un humain, Markus n'était pas sûr de faire le poids.
Ils furent coincés entre trois bâtiments, des options précaires et les deux agents sur le point de les trouver. Ils ne pouvaient pas reculer, ils pouvaient continuer de fuir et se faire rattraper, ou rejoindre les quais et rencontrer directement l'humain, ou s'éloigner des quais et s'enfoncer dans les ruelles où l'androïde les rattraperait de toute façon. Continuer de fuir par les docks en espérant un revirement de situation ? Prendre la direction des ruelles et attendre de n'avoir plus que l'androïde à combattre ? Ou aller se confronter à l'humain, avant de s'en prendre à l'androïde ?
Ou se rendre ?…
Se rendre ?…
Markus n'avait plus la moindre idée de la bonne décision à prendre. La dernière fois qu'il s'était retrouvé dans une telle situation, il s'était réveillé brutalement dans la fosse. Il ne parvint pas à trancher.
Mais quelqu'un le fit.
« Non !… »
Trop tard. Luther retint Kara, réalisant qu'ils ne pouvaient déjà plus rattraper Alice.
La petite s'était mise à courir, empruntant seule une autre voie, une autre idée, sa solution, rejoignant les quais déserts. Markus regarda Luther, leurs LED jaunes clignotant nerveusement, avant que Luther n'emmène Kara de force avec eux dans les ruelles.
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Soudain, Hank les discerna. Trois silhouettes adultes, une dizaine de mètres plus loin, et la gamine qui courait. Les trois autres partirent subitement dans l'autre sens. Il voyait aussi Connor en face, soumis au même dilemme que lui. L'addition se fit très vite dans les nerfs entraînés de Hank. Voyant que Connor s'était stoppé un instant pour prendre une décision, il cria simplement : « Connor ! » d'un ton autoritaire.
Cependant, il pouvait jurer que Connor avait amorcé son mouvement de course avant qu'il ne l'ai appelé.
Connor était un partenaire conçu sur-mesure pour traquer les déviants. Seulement il bossait maintenant pour le département de police, pas pour Cyberlife. Voilà ce que Hank en pensait. Et par chance il semblait justement que Connor ait trouvé, dans sa logique mathématique, que rattraper la gamine était plus important que capturer les déviants.
C'est pour cela que Hank se lança à leur poursuite. Il commençait à connaître Connor. Il savait que l'androïde ne louperai pas une gamine de neuf ans.
Il cravacha comme il ne l'avait plus fait depuis longtemps pour rattraper les trois autres, mais rapidement, ceux qui n'étaient que des silhouettes ne furent plus que des ombres, puis de simples mouvements du coin d'un décor de béton, puis une poussière qui volait encore, et rien.
Hank s'arrêta, posa les mains sur les genoux, haletant.
« Fait chier… »
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Connor se lança à la poursuite d'Alice.
La petite était prioritaire. Lorsque les androïdes avaient été commercialisés, une des premières règles de leur programme tenait à placer la vie des humains au dessus de tout. Mais cette notion était plus une connaissance qu'une loi intrinsèque à Connor. En effet, Connor n'était pas une aide ménagère mais l'équivalent d'un flic qui se devait d'être prêt à faire des sacrifices, prendre rapidement des décisions difficiles sans tomber sous le coup d'un bug système. Il était admis qu'il ne devait lever la main sur un être humain qu'en dernier recours, mais il avait bien sûr droit à beaucoup plus de marge de manœuvre que n'importe quelle autre machine.
Et oui, oui, Cyberlife voulait vraiment la peau des déviants. Elle voulait analyser, comprendre et démanteler ce phénomène. Mais Connor était là, telle une interface regardant scrupuleusement toutes ces informations. Il était l'interface entre Cyberlife et la situation concrète. Le pont entre le but général et le cas particulier. Il devait prendre les décisions que Cyberlife n'avait pas le temps de calculer. Et selon lui, il était aussi l'image de Cyberlife, d'une certaine façon. L'image d'une entreprise qui se voulait parfaite, irréprochable. Une entreprise qui ne se permettait pas le moindre scandale. Alors aujourd'hui, Alice passait avant la mission.
Et de toute façon, on ne lui demandait pas d'arrêter tous les déviants qui lui passaient sous le nez. On lui demandait d'enquêter sur leur déviance. Ce n'était pas exactement la même chose.
C'est ainsi qu'il rattrapa Alice et referma précautionneusement ses bras sur la rapide petite gamine, qui couina et se débattit autant que possible.
« Tout va bien, Alice, tout va bien ! Ne t'en fais pas, je ne vais pas te faire de mal. Tout va bien. N'aies pas peur. »
Connor jeta un œil derrière lui avec une "pensée" pour le lieutenant. Celui-ci ne l'avait pas suivi, il était donc parti à la poursuite des déviants… Était-ce pour cela qu'il avait crié son nom tout à l'heure ? Avait-il voulu dire à Connor qu'il fallait d'abord rattraper les déviants ? Peut-être avait-il voulu que ce soit Connor qui se charge d'eux, pendant que lui rattraperait l'enfant ? Après tout, le lieutenant l'aurait assurément rattrapée. Connor commença à envisager d'avoir mal interprété ses priorités et celles du lieutenant.
Il appela lui-même les renforts, de la même manière qu'il avait envoyé un SMS au lieutenant, c'est-à-dire sans les mains et sans parler non plus. Il envoya ensuite un SMS à Hank pour le prévenir qu'Alice était en sécurité les renforts étaient en route. Connor n'était pas exactement autorisé à prendre ce genre de décisions – convoquer lui-même les forces de police – mais maintenant que son partenaire était hors de vue, il semblait approprié de s'en soucier. Après tout rien ne garantissait que les déviants s'étaient totalement enfuis. Peut-être avaient-ils profité de la diversion séparant les deux partenaires pour tendre une embuscade à leur poursuivant. Dans ce cas, Connor ne pouvait rien faire, il devait protéger l'enfant.
Par ailleurs Alice ne se débattait plus dans ses bras, réalisant sans doute que Connor ne lâcherait pas prise si facilement.
« Ne t'en fais pas, je suis là pour te protéger. Je fais partie de la police. Les renforts vont vite arriver et pendant ce temps je ne laisserai personne te faire de mal. D'accord, Alice ? »
Alice ne dit pas un mot.
« Je sais que tu ne dois pas être rassurée, mais je suis sûr que le lieutenant ne va pas tarder. C'est un monsieur qui a l'air un peu ronchon, mais tu verras, il est très gentil, au fond… »
Connor eu un sourire un peu gêné, le même que lorsqu'il avait essayé de sympathiser avec un Anderson mutique, mais heureusement Alice ne le vit pas. Comme Anderson ce jour-là. D'ailleurs, à bien y penser ils étaient très similaires. La petite n'aimait pas les androïdes et ne voulait même pas le regarder, ni lui parler. Donc… ils étaient faits pour s'entendre… non ?
Connor se redressa, portant Alice dans ses bras sans la brusquer, la soulevant de terre et se rapprochant légèrement de l'endroit où le lieutenant et les déviants avaient disparu. Il serait vraiment regrettable que le lieutenant ai eu un problème là-bas… Connor ne pouvait vraiment pas l'aider, dans cette situation…
Mais alors qu'il se faisait ces réflexions, le lieutenant et son long manteau battant sous la brise refirent leur apparition, émergeant de l'ombre en un seul morceau. Connor cru déceler de la peur chez Alice, mais il fit abstraction de cette donnée.
« Lieutenant, vous n'êtes pas blessé ? » héla-t-il.
Hank leva juste une main pour signaler que non, rattrapant Connor et Alice. « Et elle ? Elle n'a rien ?
– Non. Mais elle est effrayée. Vous devriez la prendre.
– Ouais… attends, hein, quoi ? »
Connor lui tendait déjà Alice, il fut forcé de la prendre malgré le malaise évident qu'on lisait sur son visage. Connor s'expliqua dans le même temps : « Étant un androïde, ma présence dois la mettre mal-à-l'aise. Avec vous elle se sentira sans doute mieux.
– Euh… »
La sirène pas si lointaine d'une voiture de police les fit se taire, évaluant mentalement la distance entre eux et les renforts.
« Plutôt rapides… Bon. Ben… euh… ça va, Alice ? » demanda distraitement le lieutenant, avec un mélange touchant d'entrain et d'embarras.
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Markus regarda à travers l'ouverture dans leur abri, un squat abandonné, haut et loin des quais, mais qui lui permettait d'au moins deviner la situation. La course-poursuite lui avait permis d'éloigner les agents le plus possible de Jericho, ainsi même si les renforts quadrillaient le secteur ils ne tomberaient pas sur le refuge, ni sur eux trois.
Il se tourna vers l'intérieur de la pièce. Luther faisait lentement les cent pas, peiné. Kara était assise dos au mur, la tête entre les mains.
Markus avait pu prendre le temps de demander leurs noms, Luther lui avait répondu et il était à peu près certain que Kara l'avait entendu se présenter. La formalité était faite. Et maintenant ?…
Markus se tourna vers Luther : « Qui était cette petite ?
– Alice. Kara avait promis de prendre soin d'elle.
– Comment se sont-elles connues ?
– Je ne sais pas… j'étais juste là quand… »
Luther semblait avoir du mal à parler.
« Raconte-moi… »
Luther hésita, puis décida de tendre sa main, blanche. Markus la prit avec douceur et laissa Luther lui partager ses souvenirs.
Markus connu ainsi Zlatko et les nombreux androïdes passés entre ses mains. Pleins d'espoirs, puis vidés de leur substance et vendus, comme les esclaves qu'ils étaient redevenus. Quant aux autres, ceux que Zlatko gardait…
Markus ne laissa pas échapper un seul tic. Mais finalement un frisson, battant des paupières, troublé.
Il vit Kara arriver chez Zlatko, Alice recroquevillée sous son aile. Il la vit tomber dans le même piège que tous les autres. Mais il la vit aussi s'en sortir. Il vit tout, jusqu'au moment où Luther eut le déclic. Le moment où Luther vit la petite Alice refuser de laisser Kara derrière.
Voir une humaine protéger la vie d'une machine.
Ç'avait été comme un électrochoc. Quelque chose d'impossible, quelque chose qui n'était pas supposé arriver. Qui était arrivé tout de même.
Et Zlatko, qui allait réduire leurs derniers espoirs en fumée.
Luther avait alors réalisé qu'il pouvait changer cela. Et il l'avait fait. Il s'était libéré et les avait sauvées toutes les deux.
Puis il s'était souvenu de la seule chose qui importait encore dans leur situation : cet espoir que représentait Jericho. Le seul qu'ils avaient encore. Un espoir qu'elles avaient accepté de tenter.
Ensuite, les traces laissées par leur départ incendiaire avaient mené les deux agents sur leurs talons, et à la dernière seconde, Alice, réalisant qu'ils allaient tous mourir pour la sauver, avait choisi de se sacrifier. Enfin, sacrifier… pas dans le sens où un tel mot le laissait penser.
Alice hypothéquait sa liberté contre leurs vies. Elle avait misé sur les priorités qu'auraient les policiers et s'était jetée comme appât. Elle avait détourné l'attention du plus dangereux des deux agents, les sauvant tous les trois.
C'était sans doute elle que les policiers cherchaient, plus que Kara elle-même.
Luther s'était attendu à ce que Kara le haïsse pour l'avoir retenue, pour l'avoir emmenée en arrière alors qu'Alice s'enfuyait, mais Kara ne leur adressait aucune parole, aucune pensée. Elle était désespérée, mais pas idiote. Elle avait compris le geste d'Alice.
Seulement Kara savait mieux que quiconque ce que cela signifiait pour cette enfant.
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Les renforts avaient envahi les quais, comme la lumière orangée de l'après-midi. Les effectifs quadrillaient le large secteur qu'ils avaient bouclé, ignorant que les déviants avaient évacué la zone depuis longtemps.
Hank avait gardé Alice avec lui un bon moment, mais la gamine n'avait pas dit un mot. Hank avait rapidement abandonné l'idée de la faire parler. Il en voulait pas mal à Connor aussi, d'être un tel crétin. Qu'est-ce qui lui avait pris de lui refiler la petite ? Comment la gamine pouvait-elle se sentir plus à l'aise avec un grincheux comme lui qu'avec n'importe qui d'autre ? Le mieux qu'avait pu faire Hank fut de prêter son manteau à Alice pour s'assurer qu'elle ne prenne pas froid. Elle l'avait accepté sans rien dire et toujours sans croiser son regard. Il l'avait ensuite laissée de côté, sous surveillance, pour voir avec les autres agents ce que donnait l'étude des traces laissées par les fuyards.
Pendant ce temps, Connor avait lui-même suivi ces pistes sans succès et ne pensait pas que la police fusse capable de faire mieux, aussi il finit par retourner voir Alice. Après tout il n'avait plus aucune piste, ne restait qu'elle. Mais lui tirer des informations ne serait pas simple.
Il rejoignit la petite, qui demeurait assise par terre étant donné qu'elle refusait apparemment de rester sur la banquette arrière d'une voiture de police. Elle demeurait surveillée par deux stoïques androïdes de la police au cas où elle voudrait s'éclipser. Il s'accroupit face à elle.
« Alice ?… »
Pas de réponse, ni un regard. Elle fixait le sol et triturait de temps à autre la fermeture éclair du manteau de Hank.
« Je m'appelle Connor. Je suis un androïde. Je suis là pour t'aider. »
Pas un battement de cil. La rassurer, et plutôt que d'exiger des informations, lui proposer de parler.
« Ne t'en fais pas, tu seras bientôt rentrée chez toi… »
Connor s'interrompit un instant, décelant une réaction de repli chez Alice. Visiblement, plus il lui parlait, plus il la mettait mal-à-l'aise… Connor avait très peu de marge de manœuvre.
« Dis-moi, Alice, s'il y a quelque chose dont tu veux parler, je suis là, d'accord ?… » Il attendit un peu au cas où avant de poursuivre, mais elle regardait toujours par terre. « Est-ce que tu te sens bien ? Tu n'as ni froid, ni faim ?… » demanda-t-il pour ne pas parler des déviants tout de suite. « Est-ce que tu as mal quelque part ? »
Alice ne leva pas les yeux et ne dit toujours rien, ni même en langage non-verbal, mais elle devint plus immobile, cessant de triturer la veste avec ses doigts. Connor y vit la possibilité qu'Alice fut au moins attentive à ses questions. Il demanda doucement :
« Est-ce que les déviants, t'ont fait du mal ?… »
Connor analysa scrupuleusement la réaction d'Alice, guettant un repli, une réaction de défense.
Rien.
Tiens ? Rien, vraiment ? Connor, attentif et curieux, ne manqua pas cependant la micro-expression d'Alice, une expression infime, très fugace – typique des micro-expressions, oui, en effet – qui, selon les algorithmes de Connor, semblait correspondre à… de la colère.
Connor ne s'était pas attendu à cette réaction de la part d'une petite fille qui s'était faite enlever. Pourtant, l'évocation des déviants l'avait mise en colère. Visiblement, Alice avait un caractère plus endurci que ce qu'elle pouvait laisser penser, vu son âge. Ceci dit, lorsqu'il l'avait attrapée et jusqu'à maintenant, elle semblait montrer tous les signes de réserve d'une enfant inquiète, intimidée.
« Tu veux en parler ?… »
Alice, qui s'était à peu près immobilisée, continua de regarder obstinément sur le côté. Connor finit par l'accepter. Alice ne parlerait pas à un androïde. Il lui fallait un humain. Et Connor tenait compte du temps qui passait. Si Alice avait un seul indice qui pouvait lui permettre de se remettre sur la piste des déviants, il le lui fallait maintenant.
Il se releva et reçu la suggestion d'un de ses algorithmes de recherche. Faire pression sur Alice ?
Connor la balaya sans même un tic, sans secouer la tête. Faire pression sur un enfant, et puis quoi encore. Si Cyberlife voulait conserver sa réputation, elle n'avait pas intérêt à ordonner à son androïde le plus avancé de provoquer un scandale pareil. Non. Connor avait une autre idée en tête.
« Lieutenant ? »
Anderson termina sa conversation et se tourna vers lui. « Quoi ?
– Vous venez ? »
Anderson suivit le mouvement de tête de Connor, se penchant un peu et vit Alice, plus loin, derrière, toujours assise par terre avec le grand manteau sur ses épaules. Il eut l'air légèrement agacé, comprenant aussitôt où Connor voulait en venir. Il le regarda un instant avant de se mettre en marche.
« T'as essayé de lui parler ?
– Oui, sans succès. Alice ne se confiera qu'à un humain.
– Tiens donc ? Et t'as tout de suite pensé à moi ?
– Naturellement. » fit Connor, aussi franc que d'habitude. Hank roula des yeux. Il s'arrêta aussi, pour lui parler avant de rejoindre Alice.
« Tu sais, elle m'a pas aligné un seul mot depuis que tu me l'as passée. Judith à la limite aurait peut-être pu en tirer quelque chose, mais c'est pas la question. Il faut que la gosse retrouve son père, elle ira mieux après. Avec un peu de chance il nous laissera retourner les voir et poser quelques questions. »
Connor ne dit rien mais il ne semblait pas tout à fait convaincu. Pourtant, songea Hank, il ne lui voyait aucune expression. Il lui semblait juste deviner l'intention de son robot de partenaire. Les machines n'étaient pas censées être plus ou moins prévisibles, de toute façon ?
« Tu veux vraiment la pousser à parler ? »
Connor hocha la tête. « Dans la mesure du possible, bien sûr.
– Bien sûr, répéta ironiquement Hank. Bien sûr… bon. Reste là. »
Connor resta en retrait et vit Anderson s'asseoir par terre, précautionneusement, face à Alice, mais ne pu entendre ce qu'il disait ni lire sur ses lèvres. Alice ne répondant rien, il ne pu rien deviner leur conversation.
« Bon… excuse-moi de t'embêter, s'excusa Hank en s'asseillant péniblement. Ça va ? T'as pas froid ? » fit-il en vérifiant distraitement son manteau, l'ajustant sur les épaules d'Alice. « Bien, bien. Excuse si ça sent le chien, j'en ai un à la maison. Il aime bien ce manteau. » il regarda du côté des quais. « T'aimes les chiens ?… J'aime bien le mien…. Il s'appelle Sumo. »
Hank cru déceler un tic chez la gamine. Elle aimait bien les chiens.
« Lui aussi, il dit qu'il aime bien les chiens, qu'il dit, » raconta distraitement Hank. « Heh, lui et son manche à balai… » Il fit une moue, se ressaisissant : « Je devrais pas dire ça en fait. Enfin bon… ton papa a été prévenu. Il va venir te chercher. Tu pourras rentrer à la maison. D'accord ? Faut pas t'inquiéter, on t'embêtera pas bien longtemps. »
Il guettait ses réactions et trouva que pour le peu de réactions qu'il avait cru voir chez elle, Alice semblait s'être figée à la mention de son père. Hank se sentait agacé à l'idée de partir sans avoir rien tenté mais il était convaincu qu'elle ne lui parlerait pas, quoi qu'il arrive.
Et puis… il avait une petite idée qui lui trottait en tête. Pas juste un plan, mais une idée. Une donnée. Et ça faisait un moment qu'elle attendait de sortir, cette donnée.
« Attends-moi une seconde, d'accord ? » dit-il pour la forme, se relevant tant bien que mal et rejoignant Connor. « Dis-moi, Connor, si on parlait de nos petites théories ? »
Connor lui fit une petite tête que Hank trouva résolument idiote ; une simple expression qui, selon Cyberlife, devait pouvoir signifier qu'il était attentif. Hank s'en contenta :
« Qu'est-ce qui te fait dire qu'Alice préfère parler à des humains plutôt qu'à des machines ? »
Connor répondit après un cours temps de latence. À vrai dire, l'idée de devoir expliquer cette théorie à Hank ne lui avait pas traversé l'esprit. Est-ce qu'ils n'étaient pas supposés être implicitement d'accord sur les bases de cette enquête ?
« Eh bien, tout d'abord elle a été enlevée par une androïde qui a blessé son père. De plus cet androïde l'a emmenée jusqu'au domicile de Zlatko Andronikov, ce qui, de toute évidence, n'a pas été une bonne expérience. Puis un deuxième, et même un troisième androïde se sont joints à elles, rendant l'évasion d'Alice d'autant plus difficile. Ajoutez à cela qu'on ne sait toujours pas si elle a pu manger à sa faim, ou dormir dans de bonnes conditions, ce qui est peu probable…
– Aaah… fit mine de comprendre Hank en hochant la tête.
– Alice est clairement remontée contre les androïdes.
– Clairement ? insista Hank.
– Oui. Elle l'a montré quand je les lui ai mentionné. Elle manifestait de la colère.
– De la colère ? répéta-t-il, à moitié surpris, à moitié en train de surjouer.
– Oui ! confirma Connor, qui ne comprenait pas pourquoi le lieutenant ne semblait pas le prendre au sérieux.
– Dis-moi, Connor, qu'est-ce que tu lui as vraiment dit, à ce moment-là ? »
Connor cligna des yeux et remonta la conversation dans sa mémoire.
« Je lui ai demandé si les déviants lui avaient fait du mal.
– Aaaah… fit à nouveau Hank, se moquant doucement de Connor qui le voyait très bien.
– Et donc ? Quelle est votre opinion ?
– Et c'était la première fois que tu lui parlais des androïdes ?
– Oui, il était préférable de commencer en douceur. Ce n'est qu'à partir de là qu'elle a réellement manifesté une émotion.
– Et tu crois que c'est le fait de parler des androïdes qui lui a posé problème ? »
Hank regarda Connor avec insistance et un petit sourire amusé. Hank était un gars un peu trop sérieux pour plaisanter au sujet d'une affaire pareille. Et il semblait toujours voir Connor comme une sorte de boîte parlante agaçante. La seule chose qui semblait l'amuser, ici, c'était de jouer avec Connor.
Connor était programmé pour être patient, certes, mais pas pour perdre son temps.
« Où voulez-vous en venir, lieutenant ? » demanda-t-il d'un ton plus ferme.
Hank ne manifesta rien, absolument rien de plus, son léger sourire toujours présent, mais intérieurement, oh, oui, il était satisfait.
« Eh bien j'en pense, mon petit Connor, que Cyberlife est peut-être douée pour concevoir des machines, mais pour mener des enquêtes, on repassera… »
Hank regarda la gamine, toujours évasif, alors qu'elle-même continuait d'ignorer tout le monde. La LED bleue de Connor clignota un moment.
« Lieutenant ? Est-ce que vous avez remarqué quelque chose ?
– … Réfléchis deux secondes, Connor. Tu pars du principe que la gamine a été enlevée.
– Oui ?
– Eh bien, imagines que ça n'ait pas été le cas ? »
Connor le regarda sans comprendre, avant de ne plus le regarder, demeurant silencieux. Sa petite LED bleue clignotait très doucement. Ce n'était pas la révélation du siècle mais Connor prenait ça très au sérieux. Très calmement aussi. Hank, quelque peu satisfait, évita de parler trop fort :
« Tu vois, Connor, ce que j'en pense depuis longtemps c'est que la petite et l'androïde ont fui ensemble, que c'est pour ça qu'Alice n'a pas trouvé de moyen de s'échapper, c'est parce qu'elle n'a même pas essayé… ensuite ça a tourné au vinaigre avec Zlatko, puis on est arrivé, et on leur a collé au train. Si bien que la petite a préféré se sacrifier pour qu'on l'attrape et pour détourner notre attention, pendant que ses amis déviants prenaient la fuite et se feraient pas démonter pièce par pièce chez Cyberlife… »
Connor s'était doucement mis à regarder Alice, sa LED continuant de clignoter à intervalles réguliers, espacés. Hank regarda Alice et marmonna à Connor : « Tu comprends pourquoi elle a fait la gueule, quand tu lui a demandé si ses amis androïdes lui avaient fait du mal ? Tu l'as vexée, andouille… Et c'est pour ça que je me dis, entre nous, que celui qui a le plus de chances de lui tirer quelque chose, c'est peut-être toi en fait… à condition que tu foires pas tout. »
Hank regarda Connor réfléchir avec un amusement non-feint, mais auquel Connor ne semblait pas prêter attention. Hank lui mit une tape dans le dos pour le faire avancer et Connor, surpris, obtempéra tout de même.
Il s'assit très lentement devant Alice, elle-même occupée à montrer qu'elle n'écoutait pas, en voulant à tout prix rester immobile et concentrée sur un point imaginaire.
Connor ne parla pas tout de suite, cependant. Il semblait encore en train d'assimiler les informations que Hank lui avait données et peut-être cherchait-il encore une approche. Hank ne vit pas non plus le visage de Connor mais il vit la petite Alice, inquiète, finir par craquer et jeter un coup d'œil à l'androïde, curieuse. Hank n'en ratait pas une miette.
« Il semblerait… »
Hank tendit l'oreille. Leurs allées et venues avaient fait qu'il était juste à bonne distance pour pouvoir entendre, sans avoir l'air d'épier. Connor reprit :
« … il semblerait… que je me sois fourvoyé. »
Le visage d'Alice marqua une interrogation, un immense pas en avant par rapport à son air fermé de tout à l'heure. Hank décela un mouvement chez Connor : l'androïde semblait s'être enfin tourné vers Alice car celle-ci s'était aussitôt détournée pour ne pas avoir l'air de lui prêter attention.
« Selon le lieutenant… mon partenaire… il semblerait que tu n'en veuilles pas aux déviants qui étaient avec toi. »
Alice ne dit rien.
« N'est-ce pas ? »
Alice se ferma doucement et Connor décela de la peur.
Hank avait raison. Ses réactions précédentes et actuelles correspondaient à sa théorie.
« N'aies pas peur, Alice… j'ai juste besoin de savoir, tu comprends ? »
Alice était hésitante.
« Je comprends que tu veuilles les protéger, si c'est ce qu'ils ont fait pour toi. Je comprends que tu puisses préférer parler à un androïde, si ce sont eux qui t'ont prouvé qu'ils méritaient ta confiance. Je veux juste comprendre ce qu'il s'est passé. Il n'y a que comme ça que je pourrais t'aider. D'accord Alice ?… »
Alice semblait vraiment tergiverser. Elle ne savait pas quoi faire et aucun argument ne pouvait vraiment finir de basculer la situation, la petite devait choisir par elle-même. Et Hank commençait à croire que la balance pourrait vraiment pencher en leur faveur.
« Je veux juste t'aider… »
Les traits de la petite s'adoucissaient.
Oui. Il y avait moyen de nouer un lien de confiance avec Alice…
Mais il fallu que l'autre se ramène.
« Non mais sérieusement ?! Encore toi ?! »
Alice tourna vivement la tête pour voir Gavin fusillant Connor du regard.
« Qu'est-ce qui va pas chez toi ? On t'a pas dit de rester à ta place ? Depuis quand t'as le droit d'approcher des gosses ?! Dégage !
– Doucement, Reed, là c'est toi qui la terrorise… » tempéra Hank en se retenant de monter au créneau, tandis qu'Alice semblait en effet très effrayée.
« Et toi, tu vas arrêter d'être de son côté ? C'est une machine ! Cette gamine a passé presque deux jours coincée avec des androïdes détraqués ! Tu crois pas qu'elle a eu son compte ?!
– Arrête de gueuler, tu veux ?! s'énerva Hank à son tour.
– Inspecteur, vous la mettez vraiment mal-à-l'aise… ajouta Connor avec diplomatie.
– Toi, espèce de machine de merde, cria-t-il, tu vas te la ferm… »
Toute agitation cessa alors qu'Alice atteignait ses limites. Et ce qu'elle fit en conséquence en surpris plus d'un : elle se déplaça pour s'installer sur les genoux de Connor et se blotti contre lui, entre ses bras qu'il avait naturellement écartés, absolument surpris par ce revirement de situation.
La LED de Connor, devenue jaune, clignotait sans discontinuer, alors qu'il se décidait progressivement à refermer ses bras autour du corps de la petite, qui s'y apaisa peu à peu.
Hank eu un rire discret et dédaigneux, qui permit de faire partir Gavin et sa mauvaise humeur beaucoup plus loin. Alors qu'il le voyait s'en aller, il repéra la LED jaune de Connor, ainsi que ses mains dans le dos de la petite, en train d'y imprimer des mouvements circulaires qui se voulaient réconfortants. Et il ne put s'empêcher de sourire tendrement en voyant l'air rassuré de la gamine, coincée entre ses bras.
Eh ben. Allez. Il fallait l'avouer.
Connor n'était pas complètement inutile, pensa-t-il sincèrement, pour la première fois depuis le début de leur collaboration.
Avec un temps de retard, il remarqua le regard d'Alice sur lui. Il aurait dû s'écarter plus tôt ! Improvisant sur le tas, il se dandina légèrement, mal-à-l'aise : « Euh, ouais, faut excuser mon collègue, il est… il est un peu con. » lâcha-t-il, faute de mieux.
Sa franchise arracha l'esquisse d'un sourire en coin à Alice, qui ne le cachait pas nécessairement. Mais Connor lui répondit, le prenant de court : « Oh, il ne faut pas dire ça. L'inspecteur a juste un fort tempérament et un avis très tranché sur certaines questions éthiques.
– Hein ? Non-non-non Connor, toi en plus, t'as pas le droit de le défendre.
– Pourquoi moi en particulier ?
– Ah oui, c'est vrai, t'as pas d'honneur, toi, tu t'en fiches qu'il te marche dessus… De toute façon, à peu près pour n'importe quel contexte, Reed est un abruti, point barre.
– C'est un peu réducteur…
– Fais-moi confiance.
– Lieutenant, il est tout de même inspect…
– Mais tu vas arrêter de me contredire ?! »
Alice gloussa dans les bras de Connor, interrompant les deux policiers. Hank ne put s'empêcher d'être encore plus satisfait. Au fond de lui, Connor enregistrait tout cela soigneusement…
Mais bon, il était temps de partir. Et Hank n'avait plus le cœur à travailler pour faire parler la petite.
« Allez, on rentre. Il faut qu'on la ramène au commissariat. Tu viens, Connor ? »
Connor hocha la tête, sa LED bleue attestant qu'il était enfin revenu à son état normal. Alice l'avait complètement pris de court. Si la théorie de Hank l'avait obligé à revoir l'entièreté de ses prévisions, la réaction d'Alice avait été beaucoup plus loin. Son logiciel avait dû gérer énormément de modifications paramètres pour finir par l'appréhender correctement. Une fois classée, l'information était moins grande qu'il n'y paraissait : Alice avait été troublée par l'arrivée de Gavin et était allée chercher du réconfort là où elle avait pu en trouver, tout simplement, mais de toutes les réactions qu'aurait pu avoir la petite pour se protéger, Connor n'avait pas du tout mis celle-ci en priorité. En réalité, prendre sa direction aurait dû être le dernier choix de la gamine, et pourtant elle avait à peine attendu pour se décider.
Certaines données résistaient aussi à son algorithme de tri : il gardait le souvenir de son poids, de la chaleur de sa peau et du toucher de ses cheveux, des données à l'utilité particulièrement discutable, certes, mais tout à fait inédites dans leur capture, au point qu'il réalisa qu'il était tout simplement trop tôt pour lui de décider de les effacer définitivement, alors il les enregistra, au cas où.
Un jour peut-être pourrait-il réellement évaluer leur pertinence, et décider d'où les stocker, voire de les effacer. En attendant, elles resteraient de côté.
Il la portait dans ses bras en se dirigeant vers la voiture du lieutenant. Mais alors qu'ils en prenaient la direction, il perçu le chuchotement d'Alice, qui ne dû pas s'apercevoir d'avoir dit cela trop fort :
« Pourquoi tu es si méchant ?… »
Connor s'empêcha de trop ralentir sa marche, mais demeura… "perplexe", à l'entente de cette information. Alice était clairement détendue contre lui, pourtant le son de sa voix semblait affirmer qu'elle ressentait une grande tristesse. Cette fois, ni ses théories ni celles de Hank ne lui étaient d'une grande aide pour l'interpréter. Son programme batailla dur, mais dans le vide.
Et son logiciel n'aimait pas les questions en suspend.
Pourtant, il n'était pas si loin de pouvoir comprendre l'énigme.
Si seulement cet androïde policier voulait bien comprendre que Kara était innocente. Que Luther était gentil. Que cet autre monsieur les avait juste aidés à fuir. Que personne, aucun des trois n'avait fait de mal à personne. Ils avaient juste voulu la sauver. Et lui, le policier, il voulait les faire arrêter, les faire enfermer, et les faire détruire. Pourtant, il avait l'air gentil…
Pourquoi fallait-il qu'il soit un méchant ?…
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Voilàààà ! C'est trop parfait pour que je coupe ailleurs donc tant pis c'est encore un chapitre d'une dizaine de pages alors que j'aimerais en faire 15 (franchement un chapitre par semaine vous survivez ?)
Voilà le premier élément que je voulais intégrer par rapport à Alice, ce "pouvoir" en quelque sorte, de jouer sur son humanité pour protéger des androïdes. Selon le contexte, ça peut être encore plus spectaculaire, mais on verra si je le réutilise – ne jamais trop recycler un truc, c'est pas bien ! Bref, on verra bien si je peux donner d'autres occasions à Alice de briller (et à Kara aussi, faut pas l'oublier)
Du coup, Connor n'a pas rencontré Markus ! Eh non ! C'est trop tôt les gens ! Pas trop déçus ? Par contre il a rencontré Alice et elle lui a même fait un câlin, si ça c'est pas mignon ! Mais maintenant, d'autres questions sont en suspend n'est-ce pas ? Que va devenir Alice ? Que vont faire Markus, Kara et Luther après son départ ?… Je vous laisse à vos suppositions !
