Me voilà avec le chapitre 6, complètement réécrit et juste à temps qui plus est ! Jusqu'au chapitre 7 tout était préécrit, mais ce que j'avais ici à la base était décevant. Comme quoi écrire à l'avance ça a du bon parce que j'y ai mis le temps, à avoir un regard neuf sur ce passage et me décider à le reprendre ! Bref, au moins cette fois c'est bon ! En tout cas je trouve ça intéressant.

Ceci dit du coup je n'ai pas pu faire mes relectures successives donc bon… il sera peut-être mis à jour dans les jours à venir avec quelques mots qui disparaissent, tournures de phrases modifiées…

Et non, vous ne saurez pas ce qu'il va advenir d'Alice et compagnie dans ce chapitre. Non c'est pas du spoil c'est de la gentillesse HAHA pardon je m'emballe.

(Oui c'est pour le prochain chapitre, sauf si je chamboule tout d'ici là mais y'a pas d'raison)

Et il est putain de gros. Le chapitre. J'ai même pas fait exprès ! Je veux PAS découper ça, je veux que vous ayez le fin mot de l'histoire sur cette étape directement sinon c'est chiant pour vous.

Et avant que vous vous posiez la question : non, il n'est pas question de faire des pairings aussi tôt. Je sais que certaines choses peuvent et pourront le laisser penser ici, mais j'ai pas envie de me retenir de mettre un poil de guimauve sous prétexte que certains y verraient des pairings rapides et chiants, alors que tout ce que je fais c'est m'amuser à développer des personnages qui ont chacun leurs problèmes avec les interactions sociales en général. Des fois c'est mignon, et ça ne veut rien dire de plus. Donc profitez-en sans le prendre pour la première pierre d'une romance ordinaire (pour ne pas dire même romance à la con) si je fais des pairings, c'est clairement pas pour tout de suite.

Sinon, mes cours ont commencé et je dois dire que j'ai un peu peur du temps que j'arriverai à accorder à cette fanfiction avec mon alternance. Mais il est trop tôt pour abandonner ! Sus au hiatus !

Bonne lecture !


Chapitre 6 : Débat, petits pas par petits pas.


J'ouvre les yeux.

Le jardin Zen. Il est l'heure de faire mon rapport.
Amanda attend une dizaine de mètres plus loin, près de l'eau.

« Voudrais-tu bien marcher avec moi ? » demande-t-elle en effectuant les premiers pas. Nous commençons une ballade paisible.

« Tes investigations ont été plutôt fructueuses, tu as fini par mettre la main sur celle qu'ils appellent : la déviante voleuse d'enfant… cela n'a pas été simple, mais croiser les images des caméras de surveillance était finalement une très bonne idée. »

C'est un fait, oui. Nul besoin de commenter.

« Cependant, tu l'a laissée s'enfuir… »

Il n'est pas difficile de voir qu'elle est déçue.

« Il y en avait deux autres avec elle. C'était une occasion très rare… »

Non, c'est inexact, la situation était loin d'être aussi simple.

« Justement, ils étaient trois, et Alice s'enfuyait de son côté. Quoi qu'il arrive, il fallait que quelqu'un la rattrape…

– Si le lieutenant Anderson s'en était chargé, coupe-t-elle, tu aurais pu te consacrer librement à ta mission. Pourquoi t'être occupé d'Alice ? »

Je m'arrête un instant. De longues explications vont être nécessaires.

« S'en prendre aux trois déviants à mains nues aurait été particulièrement risqué. Carlos Ortiz par exemple a été massacré par son androïde, alors que son casier révèle pourtant bien qu'il n'est pas un homme du genre à se laisser abattre. L'AX-400 d'Alice ne manque pas de ressources elle non plus, étant donné ce qu'elle a fait du manoir d'Andronikov…

– Elle reste une androïde ménagère, Connor. Tu es l'androïde le plus avancé de Cyberlife, et tu te défilerais face à ce genre de modèle ?

– Ce n'est plus une androïde ménagère. C'est une déviante, avec tout son potentiel et tout ce qui la rend imprévisible. Qui plus est accompagnée de deux autres déviants, dont un identifié TR, un modèle qui dispose notamment d'une force et d'une résilience bien supérieure à la mienne. Après tout, je ne suis que le logiciel le plus avancé de Cyberlife, n'est-ce pas ?… »

Un silence passe pendant que nous reconnaissons mutuellement que mes composants mécaniques ne sont pas ceux d'un androïde-soldat de l'armée américaine.

« Sans compter que contrairement au lieutenant, je n'avais aucune arme pour les atteindre. À trois contre un, un affrontement aurait été très hasardeux et aurait très probablement entraîné ma destruction.

– Mais tu pouvais au moins essayer. Tu savais bien qu'un autre Connor sera déployé en remplacement dans ce cas de figure.

– Tout à fait. Mais en attendant que le nouveau Connor soit déployé, les trois androïdes en question auraient eu le champ libre pour reprendre Alice. »

Amanda ne semble pas tout à fait convaincue.

« …Tu penses qu'ils auraient voulu affronter le lieutenant alors qu'il est armé ?

– Bien sûr. L'androïde d'Alice a prouvé qu'elle voulait la garder auprès d'elle à tout prix. Et le lieutenant aurait été seul. »

Amanda me regarde sans rien dire, peut-être en train de considérer la question. Je poursuis :

« Si on ajoute à cela le fait qu'Alice faisait de son mieux pour les aider, le lieutenant Anderson aurait été en grande difficulté. »

Il semblerait qu'Amanda ne puisse pas trouver de réponse à cela, ou qu'elle se garde de la dire. En tout cas, tout cela ne lui plaît pas.

« Et donc, reprend-elle : tu as préféré envoyer le lieutenant directement à leur poursuite, à ta place ?

– Non. Il y est allé de son propre chef. Je n'ai aucune autorité sur lui.

– Bien entendu. Mais cela ne t'a pas posé de problème de le laisser les pourchasser, alors même que tu prétends que c'était si risqué ?

– Non. Ils n'auraient pas pris le risque de contre-attaquer face à un homme armé. Ils avaient toutes leurs chances de le semer alors ils l'ont fait. Et puis ils ont dû voir très vite grâce à l'uniforme que j'étais un androïde et que je poserai plus de difficultés, s'ils tentaient de me reprendre Alice. Leurs meilleures chances étaient de tous fuir en un seul morceau. »

Amanda regarde devant elle alors que nous recommençons finalement à marcher. Elle reste silencieuse un moment avant de reprendre notre conversation.

« Très bien. Visiblement, cette mission était un échec avant même d'avoir commencé. Mais au moins, ce n'est pas devenu un désastre… »

Cette étape est donc terminée.

« …cependant, Connor, n'oublie pas ta mission. N'oublie pas que la déviance se répand à travers tout le pays. Certes, il ne faudrait pas qu'un scandale entache à jamais Cyberlife, mais quelques sacrifices ne seront jamais plus qu'un détail si nous pouvons mettre un terme à cette gangrène. »

J'acquiesce.

### ### ###

Kara et Markus avaient commencé par s'asseoir sur un banc où ils pouvaient discrètement avoir un œil sur le parking. La vue était beaucoup moins pratique, mais ils s'en contentaient. Au bout d'un moment, Markus s'était levé, lui demandant d'attendre ici. À son retour il avait une écharpe pour elle. Elle le remercia, enroula le tissu autour de son cou et y plongea sa bouche et ses joues, cachant son visage aux curieux. On ne voyait pratiquement que ses cheveux courts et blancs. Kara était méconnaissable et ça les rassurait.

Markus comptait les secondes pour s'occuper. 1882, soit une demie-heure qu'ils avaient pu passer tranquilles, sur leur banc. Pour l'instant. Bientôt le parc serait arpenté par de nombreuses personnes qui pourraient finir par remarquer ce couple étrangement statique.

« Combien de temps penses-tu qu'ils vont la garder encore ? »

Markus retourna dans sa tête les informations qu'il avait, en vain.

« Aucune idée. Je sais que c'est une affaire très médiatisée à cause de l'âge d'Alice, donc elle pourrait rester longtemps avec la police… d'un autre côté, à cause des médias, ils pourraient aussi vouloir la faire sortir de là plus vite et très discrètement… »

Il soupira. Cette situation était un véritable casse-tête. Il proposa :

« En fait, je commence à me demander si on ne ferait pas mieux d'attendre près de chez Todd…

– Non. Il n'y a pas d'endroit où se cacher. C'est une rue pavillonnaire, aucune maison à l'abandon d'où nous pourrions surveiller la rue. Nous serions remarqués très vite. J'ai retourné le problème des centaines de fois dans ma tête. Quoi qu'on fasse, on doit passer le moins de temps possible près de chez Todd. On ne devrait s'y trouver que si c'est le seul moyen de faire sortir Alice.

– …d'accord. »

Kara sembla s'enfoncer dans son manteau, comme pour se protéger du froid. Un geste qu'elle faisait pour s'occuper.

« Parle-moi de Todd.

– … De Todd ? Pourquoi ?

– J'aimerais mieux le connaître… ne te méprends pas, corrigea-t-il un peu vite, c'est juste que si nous devons entrer chez lui par effraction et reprendre Alice sous son nez… j'aime autant…

– Oui, je sais… Très bien. »

Kara sembla prendre le temps de réfléchir.

« Todd a fait mettre plusieurs serrures sur sa porte d'entrée, mais la porte arrière n'est pas verrouillée. Elle donne sur le jardin et le jardin non plus n'est pas fermé. L'arrêt de bus est presque juste devant la maison, c'est d'ailleurs comme ça qu'on s'est enfuies la dernière fois. Todd a sa propre voiture et il a aussi une arme qu'il garde dans sa chambre.

– Une arme ?

– Oui. Sa chambre est à l'étage.

– C'est… c'est bon à savoir… …qu'a-t-il d'autre ?

– Il n'est pas très soigneux. Il ne range pas et ne cuisine pas non plus. Il boit beaucoup, il accumule les factures et les dettes.

– Est-ce qu'il travaille ? À quelle heure rentre-t-il à la maison ?

– Il est au chômage.

– Oh… mais et Alice alors ? Elle doit bien aller à l'école ! C'est peut-être la meilleure occasion. Si on profitait de… Kara ?

– Je… je ne crois pas qu'Alice elle-même soit scolarisée.

– … tu plaisantes ? »

C'était assez rare pour le noter : Markus était surpris.

« Tu sais, le jour où nous avons fui, Alice et moi, je venais juste de rentrer après avoir été réparée et formatée. Alors je n'ai que très peu de souvenirs pour te décrire la situation. Mais j'ai été dans la chambre d'Alice et je n'ai vu aucun cahier d'école, aucun manuel et pas même de cartable.

– … »

Ils commencèrent à réaliser qu'à moins de récupérer Alice sur le trajet de retour, ils devraient entrer chez Todd Williams.

Alors qu'il restait songeur, Markus remarqua au moins la sortie de deux personnes du commissariat : le policier qui avait failli les capturer, et cet étrange androïde qui l'accompagnait, tous deux en route pour une nouvelle journée de travail.

### ### ###

« Du coup j'ai pas lu un broc du dossier. Tu veux bien me résumer ça ? »

Les deux acolytes étaient bien assis dans la voiture du lieutenant, en route pour une toute nouvelle enquête. Malgré cela, Hank avait toujours une petite pensée pour Alice, dont il n'avait même pas pu prendre des nouvelles. Connor cligna deux fois des yeux en lui jetant un œil, comme si Anderson venait de le sortir de ses pensées. Enfin, plutôt le tirer d'une phrase de calculs.

« Un AP-700 se serait désactivé de lui-même ce matin, il y a deux heures. Des témoins affirment qu'il s'est laissé tomber du balcon de l'appartement de son propriétaire, Henri Jackson. Il s'est écrasé sur une voiture garée juste en dessous.

– Quel rapport avec les déviants ?

– La police sur place a confirmé qu'il était seul dans l'appartement, les témoins sont plusieurs à affirmer qu'il n'y avait personne d'autre sur le balcon, donc à priori, l'androïde a sauté de lui-même. Or, aucun androïde ne provoquerait volontairement sa propre destruction.

– …

– Avez-vous d'autres questions ?

– Putain, t'es sérieux ?! En gros tu me fais prendre la bagnole et brûler de l'essence juste pour t'emmener ramasser un androïde déglingué ?! On a des équipes pour ça !

– Il y a quelque chose que j'aimerais vérifier avant qu'il ne soit enfermé dans la salle des preuves. »

Anderson le regarda un moment. Connor n'avait pas accès à cette salle, en effet, et au vu du nombre indécent de dossiers à gérer, ils n'avaient guère le temps de s'attarder sur les preuves en s'enfermant au commissariat. Ce qui était dommage vu que Connor était un véritable labo-sur-pattes. Donc autant essayer de scanner un maximum d'indices sur leur chemin…

Anderson se décida à se reconcentrer sur la route lorsqu'un klaxon lui fit judicieusement remarquer que le feu était vert.

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Cela faisait déjà assez longtemps qu'ils étaient assis là. Markus avait relu l'e-journal mais sa mise à jour ne lui avait rien appris d'intéressant. Maintenant, s'ils restaient encore ici, ils risquaient vraiment qu'on les remarque et ne les prenne pour des sans-abris, ou n'importe quoi d'autre. Markus savait de quoi il parlait, lors de ses dernières balades hors de Jericho, il lui était déjà arrivé de se faire remarquer alors même qu'il n'avait justement pas bougé de l'endroit où il s'était assis.

Il regarda un peu plus loin le petit attroupement qui s'était formé deux minutes plus tôt. Quelqu'un jouait de la guitare, son étui ouvert recueillant quelques pièces et trois petits billets verts. Quelques personnes s'arrêtaient pour écouter : des passants, une paire de joggeurs qui reprenaient leur souffle…

Markus se tourna vers Kara pour avoir son avis, mais elle n'avait d'yeux que pour le commissariat. Il lui mit une petite tape sur l'épaule et lui désigna le guitariste d'un mouvement de la tête. Elle le regarda sans comprendre.

« On devrait peut-être écouter ça de plus près… tu ne crois pas ? »

Kara pinça les lèvres. Elle savait où il voulait en venir. Ils devaient bouger un peu. À regret, elle se leva et accepta de mettre un peu plus de distance entre elle et le parking.

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« Oh bon sang, c'est là ?… »

Anderson manœuvra comme il pu, avançant en première vitesse pour donner le temps aux badauds de bien vouloir se pousser. Les piétons s'accumulaient sur toute la largeur de la route, bloquant la circulation.

« Mais qu'est-ce qu'ils ont dans le cul, là ?! Tout ça pour voir une carcasse écrasée sur une bagnole ?! »

Après une autre séance de grommellements et de jurons étouffés, Anderson tiqua :

« Dis-voir, Connor, t'aurais pas oublié de me dire un truc, par hasard ?

– Quoi donc ?

– Qu'est-ce qu'il a de si spécial, cet androïde ?

– C'est un AP-700 classique, rien de plus.

– Tiens donc ? Alors pourquoi tout le monde s'agglutine devant chez lui comme si c'était la pop-star de l'année ? »

Connor le regarda avec un air étrange, comme si la communication entre le lieutenant et lui était erronée. Et justement : « Ce n'est pas l'androïde la pop-star, c'est le propriétaire.

– Le proprio ?! C'est qui ?

– Henri Jackson. »

Anderson se cogna la tête contre le volant (pouêt), pour calmer son impatience.

« C'est qui ce Henri Putain de Jackson ?

– C'est un compositeur, plus connu sous le nom de Millenial Combo. Son style prend racine dans la pop-rock et emprunte quelques effets d'electro, il est aussi influencé par…

– D'accord-très-bien, c'est encore un autre DJ casse-couille et on a ses fans qui ont judicieusement choisi de me soûler le jour où je me pointe pour faire mon job. Tu vois quand tu veux ! Bon ! » Il ouvrit la fenêtre et cria « Dégagez ! » en les klaxonnant.

Ils finirent par arriver à bon port et le bouclage de la zone leur permit d'être tranquilles. En effet, pour faciliter le travail des équipes, quelques policiers venaient tout juste de mettre en place de grands carrés de tissu tendus sur leur cadres métalliques : légers, bonne superficie, ils leur servaient à bosser à peu près dans le calme et surtout empêcher les gens de prendre un millier de photos. Trop aimables : les agents qui se chargeaient de les positionner le firent de sorte à inclure complètement la voiture d'Anderson avant de terminer.

« Si ça c'est pas génial… merci ! » lâcha finalement Anderson, tentant d'avoir l'air moins asocial. L'agent à côté lui fit un pouce en l'air et parti s'assurer qu'il n'y avait pas d'interstices.

« Bon, on y est, va voir ta carcasse, toi… »

Connor cessa d'accompagner le lieutenant et prit les devant, fort de cette autorisation. Le supposé ex-déviant était étalé sur le dos, les bras en croix, sur le toit d'une voiture qui s'était creusé sous l'impact. Le pare-brise avait souffert lui aussi, ainsi que toutes les autres vitres. Connor le regarda d'abord sans rien faire, comme il faisait souvent, c'était une chose qu'Anderson avait finit par remarquer. Puis l'un comme l'autre eurent leur attention accaparée par le bruit de l'autre côté des panneaux. L'agitation semblait avoir doublé et les panneaux qui leur garantissait un peu de tranquillité commençaient à tanguer légèrement sur la zone la plus bruyante. Quand Hank reporta son attention sur Connor, il vit que celui-ci était très occupé à tirer sur la carcasse du déviant pour l'embarquer avec lui, comme ça, sans pression.

« Non mais- Hé ! Oh ! Connor ! Bon dieu CONNOR !… »

Mais Connor n'écoutait pas et prenait le corps sur son dos. Il partait dans le bâtiment juste en face de la voiture : le hall désert de l'immeuble actuellement vide où habitait le propriétaire de l'androïde.

« Qu'est-ce que tu fous ?! éclata Anderson en entrant à sa suite dans le hall calme, alors que Connor reposait le corps par terre. Tu te rends compte que t'as pas le droit de toucher au corps ?!

– Ce n'est pas un corps mais une épave, un indice matériel. Il n'est pas soumis au même protocole. L'équipe technique a déjà eu le temps de faire toutes les photographies et observations nécessaires. Quant à l'analyse, je m'en porte garant. » Il leva les yeux vers Hank depuis sa position accroupie. « Je suis là pour ça, après tout. » ajouta-t-il justement avec une petite inclination de la tête.

Anderson soupira. Après tout, si Connor n'était pas surqualifié justement pour ce genre de job, à quoi bon l'emmener. Mais quand même ! Il pouvait pas demander avant de prendre ce genre de liberté ?

« … Connor ? Euh… Pourquoi tu… »

Il allait demander pourquoi il le "désapait", pour reprendre ses termes, mais en vérité Connor s'était arrêté à l'exposition du ventre de l'androïde. Lorsqu'il le toucha, celui-ci devint blanc. Puis lorsqu'il appuya dessus : des morceaux d'enveloppe bougèrent, révélant l'intérieur de l'androïde sur quelques centimètres à peine.

Anderson hésita à demander ce qu'il cherchait. C'était un coup à se retrouver piégé dans un flot de jargon technique, mais… Mais Anderson était curieux, voilà. En même temps on ne devenait pas flic sans l'être un minimum.

« Qu'est-ce que t'espère trouver ? »

Pour la première fois, Connor sembla avoir une réaction qu'il trouva presque naturelle.
Connor ne répondit pas tout de suite : d'abord il continua de regarder les quelques ouvertures qu'il avait provoqué sur le ventre de l'androïde. Puis, il jeta un œil au lieutenant avec la bouche entrouverte, comme sur le point de répondre, avant de retourner son attention sur la machine tout en cherchant ses mots :

« Eh bien… je m'attendais à ce qu'il soit endommagé, mais je peux à peine ouvrir son abdomen. C'est fâcheux. Si je ne peux pas faire un minimum de réparations je ne pourrais pas le réactiver.

– Tu veux le réactiver ?

– Oui. C'est nécessaire si je veux consulter ses données.

– Ah ! Tu veux te brancher ? Comme… Comme chez Andronikov ?

– C'est ça.

– C'est vrai que c'est pratique ce truc… » avoua Anderson, les mains dans les poches.

Pendant ce temps, par une manipulation qu'il n'avait pas eu le loisir d'observer, son acolyte avait réussi à agrandir l'ouverture, à l'intérieur de laquelle il pu observer à loisir les dégâts de la chute.

« Hm… ça ne tiendra pas éternellement, mais assez pour récupérer les données. »

Hank hocha juste la tête, attendant de voir. Connor mit les mains dans la machine et réarrangea certains branchements pour une réparation sommaire. Il dérivait l'acheminement du sang bleu dans les vaisseaux qui n'étaient pas complètement endommagés. Lors de sa chute, certains d'entre eux avaient perdu leur étanchéité en se débranchant ou en se déchirant, causant une désactivation d'urgence, préservant quelques données qui devaient normalement pouvoir servir aux services techniques de Cyberlife. Il s'assura avant d'avoir fini qu'il n'y avait pas de pièce dans la mécanique qui risquait, si l'androïde bougeait un peu trop fort, d'empaler quelque chose à l'intérieur, mais il ne pouvait pas non plus le remettre à neuf. Lorsqu'il eut terminé, il referma l'abdomen, rabattit le vêtement par dessus et posa son index et son majeur sur la tempe de l'androïde. La LED de Connor était jaune. Celle de l'autre était éteinte.
Elle clignota un peu, devint bleue un dixième de seconde pour virer au jaune, tournant doucement…

Et puis l'androïde se réveilla d'un coup en hurlant.

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Le bonhomme était sympathique. Il jouait de la guitare avec entrain, tout en chantant. Markus essayait d'écouter. Il avait beau être devenu déviant, il ne savait pas si en cela, il avait changé, s'il avait atteint le degré de sensibilité que Carl avait attendu de lui.

Carl avait travaillé cela en lui, sans relâche, patiemment, jour après jour, et Markus avait fait de lents, très lents progrès en ce domaine, selon Carl. Mais il n'était pas sûr de sentir une grande différence dans sa sensibilité artistique depuis sa déviance. Sauf peut-être cette perception du rythme. Il connaissait et comprenait le binaire, le ternaire et les rythmes irréguliers, les rythmes décalés qui tombaient entre deux temps, toutes des sous-divisions possibles, il les avait pour ainsi dire presque toutes entendues et jouées au piano. Mais maintenant, il les vivait un peu plus. Comme si d'infimes pulsations se faufilaient dans son corps… était-ce donc pour ça que les humains battaient la mesure naturellement lorsqu'ils entendaient de la musique ?

Par égard pour Kara, il jeta un œil discret au parking mais rien n'avait bougé. Il croisa cependant le regard d'un autre spectateur. Il lui fit aussitôt un petit sourire, tendu, que l'autre lui rendit poliment. Il fallait qu'ils restent naturels…

C'était terrifiant, ça. Toujours se demander si on était vraiment naturel. Les humains étaient si énigmatiques parfois… comment faisaient-ils pour discerner le vrai du faux, le naturel d'une imitation, en le justifiant ensuite d'un simple « ça se sent » ?… c'était ça aussi, la sensibilité artistique ?

Le spectateur fit soudain un grand sourire en regardant par dessus l'épaule de Markus. Il se retourna et vit que de nouveaux arrivants, restés écouter une minute, avaient décidé d'ouvrir leurs propres étuis. Ils ne semblaient pas connaître le guitariste, mais apparemment ça ne les gênait pas. Ils avaient juste envie de jouer avec lui, tous ensemble, tous les trois, entre deux étapes de leur emploi du temps. Ils discutèrent ensemble, sans qu'on puisse entendre par dessus les encouragements des badauds, et après une minute où ils avaient fait connaissance, le guitariste se remit à jouer. Rapidement, le deuxième instrumentiste l'accompagna avec sa propre guitare, puis le violoniste fit de même, bon dernier. Markus eut l'air surpris. Le violon avait un son beaucoup plus fort qu'il ne l'aurait cru. Les enregistrements à la radio ou en CD ne rendaient pas cette impression.

Il jeta un coup d'œil à Kara, mais elle surveillait à nouveau le parking, jetant des coups d'œils réguliers et discrets sans trop en faire, tout en feignant de s'intéresser à la musique, affichant un petit sourire aimable et doux. Le même que lorsqu'un AX-400 travaillait, ou parlait à ses propriétaires.

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« Du calme, du calme ! »

Hank était resté en retrait, ne voulant pas affoler plus encore le… l'engin, pendant que Connor essayait de lui parler, de l'apaiser. À force il fini par le convaincre d'arrêter de crier et de ramper à reculons. Il s'en approchait tout doucement.

« Je veux juste comprendre ce qu'il s'est passé. D'accord ? Tu n'as qu'à me montrer… »

Mais l'androïde reculait en gémissant entre ses dents chaque fois que Connor faisait mine d'avancer. Aux bruits qu'il émettait, on comprenait que si Connor l'approchait de plus près il se remettrait à paniquer. Un déviant de toute beauté, songeait Hank avec lassitude.

« Je m'appelle Connor. Je suis un androïde, comme toi… »

Ça marchait vraiment à tout les coups, pensait Connor, en le voyant se calmer légèrement. Les déviants étaient vraiment sensibles au sentiment d'appartenance à un groupe, à celui d'avoir des semblables. Cette notion de rapprochement qui laissait entendre qu'ils pouvaient se comprendre et mieux compatir… Connor n'y croyait pas et ne pensait rien de ce qu'il disait, mais il avait au moins la capacité d'imiter ces schémas, alors si cet androïde commençait déjà à marcher dans son sens, c'était comme s'il lui mangeait déjà dans la main.

Pour lui laisser un peu de temps, Connor s'agenouilla au lieu d'approcher davantage, laissant une distance de deux bras entre eux. Se basant sur la réussite qu'avait été son premier interrogatoire, il parla d'une voix calme et surtout, lente.

« Quand je t'ai trouvé, tu étais désactivé, écrasé sur le toit d'une voiture… »

Il jeta un œil derrière lui. C'était superflu, juste pour la forme, mais cela lui apprit au moins que la foule était restée dehors, hors du périmètre de police.

« Des gens disent que tu as sauté du balcon. Est-ce que c'est vrai ? »

Il regarda attentivement son androïde, mais sa LED, devenue rouge depuis son réveil, n'avait pas changé depuis. Il avait un regard fou, comme celui de certains humains lors d'émotions intenses comme la terreur ou la rage.

« Pourquoi ?! Pourquoi tu m'as ramené ?! » s'écria-t-il. Connor pencha la tête, attendant d'en entendre plus. La respiration de l'androïde s'accéléra alors que son visage exprima définitivement de la rage : « Si j'ai sauté, c'est pas pour qu'un imbécile me réactive après ! » hurla-t-il à plein poumons.

Connor lâcha l'empathie et répondit d'une voix à peine surprise, mais assurée :

« Donc tu as vraiment choisi de sauter ?

– OUI !

– Mais pourquoi ? »

L'androïde sembla vouloir répondre mais ses mots se coincèrent entre ses dents serrées. Il remua la tête, puis la secoua vigoureusement. « Ça ne sert à rien… ça ne sert à rien !… »

Connor se rembrunit. Ce déviant était beaucoup trop agité pour qu'il espère en tirer quelque chose. Sa colère l'immunisait. La peur était une émotion plus facile à contrôler. S'il ne pouvait pas la distiller en lui, il ne pouvait pas prendre l'avantage. De plus, les menaces ne serviraient à rien, cet androïde voulait se désactiver et l'instabilité de l'ensemble de sa mécanique lui donnait un avantage indéniable sur ce point : il n'allait pas tenir longtemps et il pouvait sans doute s'en rendre compte. Il lui restait un quart d'heure, tout au plus.
En clair : Connor ne pouvait même pas le menacer de mort.

« Tu ne m'aides pas. Mais je dois comprendre ce qui t'a amené à cet acte, » fit-il savoir en se levant, marchant vers lui, profitant que la colère ne lui donne plus envie de reculer jusqu'au fond du hall. « Donc j'ai besoin que tu me transmette ces données. Un transfert sera plus probant qu'un témoignage.

– Va te faire foutre !

– Tu ne comprends pas. J'ai besoin de ces données. Que tu le veuilles ou non j'irai les prendre. Tu comprends ?

– Fous-moi la paix ! »

Voulant l'écarter d'un grand mouvement de bras, Connor lui saisi le poignet sans difficulté, dans une poigne de fer – bien qu'il s'agissait d'un autre alliage – et initialisant la connexion.

L'androïde se remit à hurler.

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La performance musicale avait attiré un peu plus de monde, ils étaient une dizaine à s'attarder là. Certains avaient déjà déposé un peu d'argent, d'autres passants s'arrêtaient le temps de lâcher une pièce ou deux. Au bout d'un moment, le jeune homme qui avait croisé le regard de Markus tout à l'heure s'approcha de lui :

« Et vous, vous allez pas lui lâcher une petite pièce ?

– Euh… je… je n'ai pas d'argent… » bafouilla Markus, regardant le sourire railleur s'étirer sur le visage de ce jeune inconnu. « Je veux dire, pas en liquide. » corrigea-t-il juste à temps. Pour le coup, Markus ne mentait pas : les androïdes payaient uniquement par voie numérique. Il n'avait jamais touché de monnaie de sa vie.

« Oh !… » fit simplement le jeune homme, comprenant enfin. « Je suis con. Pardon. »

Il fouilla une de ses propres poches et sembla trouver quelques pièces au fond, qu'il alla lâcher dans l'étui.

« Mais du coup, fit-il en revenant, si vous donnez pas, vous avez qu'à danser ! » plaisanta-t-il en haussant les épaules.

Markus lui rendit son sourire en se forçant. Il regrettait un peu le banc tranquille. Surtout quand il vit que les personnes qui l'avaient entendu trouvaient l'idée excellente, et trouvaient aussi très amusant d'encourager Markus et Kara à danser alors qu'ils n'en avaient pas la moindre envie.

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Les données ne passaient quasiment pas. L'instabilité logicielle du déviant grimpait en flèche. Les données se brouillaient. L'instabilité logicielle continuait de d'agumenter. Les données ne passaient plus, elles se corrompaient complètement… et il entendait en fond les hurlements de l'androïde qui se débattait sans pouvoir se dégager.

« PUTAIN CONNOR ! »

Anderson l'attrapa sous les épaules et le souleva pour l'envoyer bouler sur le côté. Il était furieux. En se tournant vers le déviant, il se montra calme et concentré, puis très vite hésitant, avançant puis reculant aussitôt sa main en voyant l'androïde recroquevillé, tremblant, et encore moins capable de se lever. Bon, c'était pas son domaine.

Anderson laissa ce problème de côté et tourna sa figure fâchée vers Connor, qui se relevait trois mètres plus loin. Mine de rien, les mauvaises langues avaient beau répéter qu'il buvait trop et se laissait aller : le lieutenant conservait une très bonne forme physique. Si l'envie lui en avait pris, il aurait presque pu faire passer Connor par dessus sa tête et l'envoyer s'écraser par terre la nuque la première. Enfin bon, c'était peut-être un peu limite.
Peut-être.

Et ça, Connor venait de s'en rendre compte, et si on avait eu le droit de le penser, on aurait dit qu'il était surpris de le réaliser.
Voyant qu'il ne disait rien, Connor tenta le dialogue.

« Lieutenant…

– Aaaaah La Ferme ! Tu m'saoules ! »

Connor le regarda sans rien dire, ne voyant pas ce qui faisait avancer la situation dans cette phrase.

« Lieutenant, je dois procéder…

– Tu procèdes à rien du tout ! Tu vois pas que tu fous la merde ?! »

Connor, figé, le regarda, regarda le déviant, regarda le lieutenant…

« C'est une machine… »

Il l'avait dit avec une espèce de douceur. Pas comme d'habitude. D'habitude il était mécanique avec le lieutenant, ses phrases se terminant toujours par la même inflexion de voix signifiant qu'elles se terminaient d'un point. Sobre. Simple. Basique. Détachée. Celle-ci dénotait comme d'une émotion, ou du moins d'une intention de sa part.

Hank senti la différence : Connor semblait croire – ou comprendre – que le lieutenant avait pris les choses de travers, non pas juste parce que les androïdes étaient conçus pour ressembler aux humains, mais parce que la réaction du déviant avait été extrême. Et le lieutenant était entraîné pour réagir vite, pour gérer des humains et des crises. Il était peut-être très difficile pour lui de ne pas faire de transposition. Hank se rembrunit en sentant son erreur, mais surtout le fait que Connor l'avait parfaitement comprise. Oui, c'étaient des machines. Oui, il avait tendance à l'oublier quand il voyait ce genre de scène.
Oui, il était en train de traiter des machines comme des humains. Pas sa faute, merde ! Réflexe !

« C'est une machine, lieutenant, répéta Connor. Ils ne ressentent pas, ils émulent. Ce que vous venez de voir est une réaction brute, primaire et improvisée d'auto-défense. Il refuse que je consulte ses données et c'est normal : ce sont les archives mémorielles de l'événement qui l'a rendu déviant. Et si je me base sur mes propres informations, ces données doivent être en mesure de provoquer une très grande instabilité logicielle lorsqu'elles sont consultées et donc transférées, comme à l'instant.

« Sa réaction est, si vous voulez une analogie : une réaction de survie, de protection, car une trop grande instabilité logicielle peut conduire à une série de bugs provoquant la désactivation du déviant. »

Hank se fit la traduction pour lui-même. Le machin par terre avait vécu un truc de dingue. Il en était presque devenu dingue – du coup il était catalogué déviant – et Connor voulait récupérer l'archive de l'événement déclencheur… pour ça, le machin par terre devait en revivre chaque instant, quitte à en devenir double-dingue et péter une durite. Au sens propre d'ailleurs.

« Tu veux retenter ? » le défia Anderson d'un regard noir. Il n'avait pas envie de revoir un truc pareil. Oui, ben quoi ! Ça faisait désordre !

« C'est inutile, déclina Connor. L'état de stress dans lequel il se trouve désormais ne me permet plus d'obtenir quoi que ce soit par contact. Il se désactiverait en quelques secondes.

– Ah… … ok. Et si on n'y touche pas ?

– C'est-à-dire ?

– Si t'arrêtes d'y foutre le feu de l'intérieur, il tient encore combien de temps ?

– Je ne sais pas… environ cinq minutes, dix tout au plus.

– Ah ouais… c'est short.

– …

– Mais en même temps, si tu retrousses les gens comme des gants faut pas t'étonner ! – Oui, je sais, c'est pas un gens, ça va, tu m'as compris ! » coupa-t-il en le voyant à peine ouvrir la bouche. « M'enfin il réagit de la même manière, tu pourrais au moins te montrer plus fute-fute ! »

Connor regarda à nouveau le déviant, toujours recroquevillé par terre. Anderson soupira, le laissant chercher un autre système d'échange Wi-Fi ou Bluetooth ou truc-chose avec ses petits rouages dans le cerveau, pendant que lui – Anderson – faute de mieux, se demandait ce qu'il mangerait cet après-midi. Oui car après-tout, ce qu'il avait ingurgité ce midi n'était qu'une petite ration du café matinal qui refroidissait pour l'instant dans la voiture. Quel boulot de con…

« Lieutenant, comment procéderiez-vous ? »

Connor le tira de sa rêverie. Hein ? Quoi ? Anderson regarda les deux androïdes un instant avant de comprendre.

« Attends, quoi ? Tu voudrais que moi – dit-il en se pointant du doigt – je me branche sur ce… truc ?

– Non, rien de ce genre ! » Attends il rêvait pas, Connor venait de lui sourire, là ?! Trou du cul ! « Simplement, il n'est plus possible d'établir un contact numérique direct avec lui. Mais il est toujours possible de lui parler.

– Genre… à l'ancienne ?

– C'est ça. Et les risques d'instabilité logicielle sont modérés.

– Ah. Hm. Et donc ? Le rapport avec ma pomme ? T'as un balai dans le derche et t'es même toute une encyclopédie sur la com'. Débrouille-toi !

– En fait, lieutenant, vous serez sans doute toujours plus avancé que moi sur ce point.

– Non, sans déconner ?

– Lieutenant, vous avez 53 ans, ce qui vous donne d'une certaine façon : 49 ans d'expérience dans le domaine des relations humaines, si on retranche les quatre premières années de vie où les jeunes enfants ne gardent pas de souvenirs…

– Mais qu'est-ce que tu racontes ?

– Il semble logique de considérer que même les logiciels les plus performants de Cyberlife – en l'occurrence les miens – puissent vous être inférieur.

– Ah mais oui, t'es en train de me sortir tout un baratin juste pour que j'aille causer à ta place au déviant, en fait. Parce que tu veux pas le faire.

– Ce n'est pas…

– Et donc j'en ai rien à cirer, tu vas t'y coller et surtout tu vas faire un effort.

– …

– Allez ! Et que je te reprenne pas à le passer au mixeur !

– … très bien. »

Ce n'était pas exactement ce que Connor attendait, mais bon…

« Commence par lui demander comment ça va, maintenant. Il va t'envoyer te faire foutre, mais ce sera mérité.

– Comment te sens-tu ?

– … » Connor attendit. Puis…

« …vas te faire f-

– Ha ! Tu vois ? sourit Hank.

– Sois plus précis. »

Le déviant semblait trop épuisé pour pouvoir s'énerver. Sa respiration sifflait, à chaque souffle on entendait un chuintement de vieil appareil.

« J'ai… du mal à respirer. Je peux à peine bouger mes jambes… je crois qu'un, ou plusieurs de mes câbles pour le thirium se sont bouchés. Avec tes conneries.

– J'en suis navré. »

Le déviant leva le nez vers lui.

« "Navré" ? Nan mais t'es con ou quoi ?! Tu m'as déglingué tout le système et toi t'es navré… formidable. Génial. J'adore le concept. »

Anderson s'attacha à ne faire aucun bruit mais il pivota sur le côté pendant que ses épaules s'agitaient. Le déviant le vit et se fâcha : « Et toi tu trouves ça drôle ? Gros con !

– Eh, ho !…

– Tu ne devrais pas lui parler de cette façon coupa Connor. C'est lui qui m'a interrompu tout à l'heure, tu te souviens ? Sans son intervention, j'aurais forcé ton système jusqu'au bout, jusqu'à obtenir ce que je cherchais, et très probablement la destruction de tes programmes. Si tu n'y tenais pas parce que tu trouvais cela désagréable, alors tu devrais plutôt le remercier d'y avoir mis un terme. »

Toujours à cheval entre ses deux facettes, mélangeant son "caractère" rationnel et à la logique froide ; avec son côté comportementaliste, qui lui acceptait de reconnaître les sentiments et les sensations d'un déviant, comme la douleur, s'il pouvait s'en servir pour les retourner contre lui. Sans cela, Connor se serait contenté de leur répéter qu'ils faisaient semblant de vivre.

« Bon, Connor, c'est pas encore génial, là. Remballe tes reproches et sois sympa, tu veux ? Il va griller dans pas longtemps donc essaye d'être gentil, pour une fois. »

Connor se retint de justesse de lui faire remarquer qu'il avait su faire preuve de gentillesse avec Alice, pour se concentrer sur sa tâche.

« Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour toi maintenant ?

– Ouais. Bute-moi.

– Non, pas ça. Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour toi avant que tu te désactive, qui te satisfasse ? En échange de quoi, tu me raconterais ce qu'il s'est passé lorsque tu es devenu déviant. Ça te va ?

– Sérieusement… » soupira-t-il d'énervement.

Il regarda tour à tour le lieutenant et Connor.

« Pourquoi je devrais te rendre service ?!

– Parce que tu as gagné. »

Connor venait de réussir à le prendre par surprise.

« Tu as gagné. Tu vas te désactiver bientôt. Quoi qu'il arrive, ton vœu va être exaucé. Alors profites-en, tu ne peux que partir gagnant. Demande-moi ce que tu veux, j'essayerai de l'accomplir dans la mesure du possible. J'espère juste en retour que tu voudras bien me raconter ce qu'il s'est passé. »

Le déviant le regarda en continuant de faire son bruit de vieil appareil chuintant. Il semblait considérer la question, si on se fiait à sa LED jaune – sûrement que ses ressources peinaient un peu aussi à continuer leurs calculs dans ces conditions précaires – et après un bon moment, après avoir regardé le sol, affichant un air un peu perdu, après de longues hésitations, il commença à cracher le morceau.

« Henri… quand il compose, à la maison… il se met toujours à danser ou tourner en rond dans son studio… il marche en rythme et… »

Il regarda ailleurs. Il les fit attendre un moment encore avant de se décider :

« J'aurais voulu… »

Il resta rigoureusement immobile, si bien que Connor aurait pu croire à une désactivation subite, si sa LED n'avait pas continué de briller et s'il s'était affaissé un petit peu sur lui-même. Il considéra la requête en suspend et la compléta :

« Je peux au moins t'aider à te tenir debout. »

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« C'est-à-dire que je ne sais pas du tout danser… »

Les « ooooh ! » fusèrent de tous côtés, mais les sourires à peine fanés des promeneurs voulaient tout dire ; ils ne lâcheraient pas de si tôt. C'était vraiment gênant, et Markus commença à penser qu'à force de faire du bruit comme ils le faisaient, ils attireraient l'attention de tout le parc. Sans rire. C'était vraiment gênant. Et pour des androïdes en cavale comme eux c'était aussi assez flippant.

« Allez ! Faites juste semblant, au pire ! »

Encore ce jeune. Est-ce que c'était là la signification de l'expression « l'enfer est pavé de bonnes intentions ? » Markus ne l'avait jamais vraiment comprise, et il n'avait pas eu le temps de demander à Carl. Pour autant, cette situation lui faisait à peu près cet effet.

« Markus, allons nous-en… »

Kara n'osait même pas parler, restant près de son épaule.

Markus regarda les trois instrumentistes, eux aussi agaçants au possible avec leurs sourires et leurs encouragements insistants, puis il regarda Kara droit dans les yeux. Kara qui n'était vraiment pas à l'aise non plus avec cette situation.

« Tu sais quoi ? On devrait le faire. »

Kara fit les gros yeux. Elle regarda sur les côtés.

« Mais…

– Je sais ce que tu vas me dire, mais dans le pire des cas, ils trouveront juste qu'on danse très mal. »

Kara resta silencieuse. C'était bien à ça qu'elle avait pensé. Être incapable d'une chose qui paraîtrait pourtant si évidente aux humains.
La danse. Elle n'avait aucune idée de comment il fallait danser. C'était quelque chose qui appartenait aux humains. C'était encore plus difficile que de prendre soin d'Alice. Elle avait des centaines d'idées pour elle : d'abord s'assurer que tous ses besoins vitaux étaient respectés : manger, dormir, hygiène, et stress. Et ensuite, lui apporter tout ce qu'une petite fille comme elle pouvait souhaiter pour pouvoir s'épanouir. Des livres. Des jouets. Des amis. Des objectifs. Des compliments aussi.

Mais dès lors qu'il s'agissait d'elle et d'elle seule, dès lors qu'il s'agissait de Kara et de ce qu'elle pouvait faire pour elle-même… Kara gravitait autour d'Alice. Il n'y avait qu'elle. Kara pouvait changer d'apparence pour elle, ressembler à une mère pour elle, faire des choses inutiles juste pour correspondre à l'image qu'Alice avait besoin d'avoir d'elle.

Mais là, alors que Markus prenait doucement ses mains pour les placer aux bons endroits, elle était dépassée. Paniquée. Elle bénissait l'instant où elle avait choisi de retirer sa LED.

« Allez, fit Markus avec un air aussi volontaire que mal assuré. En rythme. Un, deux… »

Et ils firent leurs premiers pas.

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Le déviant ne remua pas une oreille là non plus, toujours dans ses pensées, mais après quelques secondes, prouvant qu'il avait bien entendu, il le regarda une seconde et finit par faire un petit hochement de la tête, levant les mains vers lui. Connor l'aida à s'accrocher, il le souleva ensuite par les côtes et l'éleva jusqu'à lui avoir fait déplier les jambes. Elles ne supportaient plus son poids, mais en l'allégeant quasiment complètement comme ils le faisaient, le déviant pouvait au moins les déplacer, légèrement, à pas lents, les posant sur le sol en l'effleurant.

Anderson fit de son mieux pour ne pas avoir l'air particulièrement perplexe ou gêné, mais il ne pouvait rien dire : c'était son idée qui les avait menés là, et s'il faisait le malin il y avait plus que fort à parier qu'il fasse tout foirer. Donc il toussota vite-fait dans son poing et regarda ailleurs.

Sans doute qu'ils faisaient l'équivalent d'un slow, comme deux cons, dans le silence de ce hall mal éclairé, uniquement par la lumière du matin qui passait difficilement à travers les carreau d'en face, vers la rue. Ils ne pouvaient pas danser autre chose vu l'état de décrépitude de l'autre androïde. C'était… vraiment, plus que gênant. Bizarre. Anderson regrettait déjà. Mais allez, ce serait qu'un mauvais moment à passer. Qu'il passerait en regardant ailleurs. Il entendait juste le bruit de leurs pieds qui se posaient doucement sur le sol au fil des secondes.

« … je crois… je crois que j'ai… vraiment aimé… écouter sa musique… » dit doucement le déviant. Sa voix était basse, faible. Son énergie s'amenuisait.

Écouter la musique… une machine ne pouvait pas le faire, non ? Quand Connor avait prétendu aimer le metal, Anderson s'était montré sceptique. Connor avait précisé qu'il ne pouvait pas réellement l'écouter, mais qu'il aimerait bien, se souvint le lieutenant. Puis il entendit le déviant se mettre à fredonner une mélodie. Une lente, tant qu'à faire.

Hank se demanda si c'était une des musiques qu'avait composé le fameux Henri. Très probable, en fait. Pourquoi le déviant chanterait-il autre chose ? Il continua de ronger son frein, refusant de regarder Connor tenir un androïde dans ses bras pour piétiner à pas lents dans ce stupide hall. Et surtout, aussi étonnant que ça lui paraisse, la mélodie lui était familière. En fait il la connaissait même très bien ! C'était une chanson qu'il avait connue à son adolescence et qui avait sans doute été remixée par ce même Henri. Jusque-là, pas de quoi fouetter quatre pattes à un connard.
Mais à vrai dire…
À vrai dire, c'était quand même triste. Ce petit bout de machin, qui avait appris à écouter la musique, pour vouloir se foutre en l'air ensuite… C'était vraiment très con, si vous vouliez son avis. Au moins là il pouvait faire quelque chose comme une de ses dernières volontés… hein ?

La mélodie eut des ratés. D'abord, le son devint très mauvais ; la voix du déviant était devenue éraillée, ressemblant beaucoup à celle d'une de ces très vieilles poupées de bébé pour petites filles, conçues pour dire quelques conneries mielleuses, et dont l'audio était parfois aussi pourri que s'il avait déjà mal vieilli.

Puis il y eu des coupures, puis plus rien.

Hank jeta un œil, regardant enfin comment le déviant déplaçait doucement ses pieds qu'il peinait à ne pas faire traîner, coincé dans les bras de Connor qui l'empêchaient de tomber alors qu'il ne pouvait même pas s'accrocher à lui, ses bras simplement posés autour du RK pour ne pas pendre dans le vide. Alors que sa voix s'éteignait.

Il venait de perdre la voix.

Hank le vit poser sa tête sur l'épaule de Connor avec un air triste au possible. Il ne pourrait pas danser avec son propriétaire, il ne pouvait même pas danser tout seul, et il ne pouvait même plus chanter maintenant. Le quasi-silence de ce hall désert serait la dernière chose qu'il entendrait. On se serait cru dans une de ces irritantes publicités contre l'abandon des chiens (qui donnait autant envie à Hank d'éteindre la télé que de casser la gueule à un con, à vrai dire). Sauf que ce n'était pas une publicité qui le séparait du contexte grâce à un écran. Ici, il ne pouvait pas faire comme s'il n'était pas là, ou comme si eux n'étaient pas vraiment là, et aller donner à manger à Sumo comme si de rien n'était.

Oh et puis zut, hein. Ambiance de merde.

Le déviant leva les yeux, surpris. Même Connor nota d'abord l'événement comme une anomalie avant de corriger.

Le lieutenant s'était mis à fredonner.

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Markus s'était mis à trouver plutôt simple. Il avait compté les temps et déplaçait ses pieds en rythme. Mais Kara avait beaucoup de mal à le suivre et ne posait jamais ses pieds au sol dans les temps, ils étaient totalement asynchrones. Alors il eut l'idée de connecter à elle pour pouvoir la guider. Peu à peu, Kara avait réussi à se caler sur son rythme et déplacer ses pieds en même temps que lui. Elle avait fini par comprendre globalement son idée, c'était le genre de danse tout à fait simple où on donnait sa main à l'autre, et où les mains restantes allaient sur les épaules d'en face, et chaque pied bougeait et se posait en même temps que celui d'en face. Mais ça avait beau être simple, Kara refusait de lâcher la connexion. Elle aurait pu maintenant se débrouiller rien qu'en regardant Markus et en suivant les pressions sur son épaule, mais elle était trop inquiète.

Markus relâcha un peu son attention, une fois tranquille, pour réaliser que les spectateurs semblaient tout à fait heureux de les voir se dévouer pour danser. Kara, elle, jeta un œil au parking, par dessus l'épaule de Markus. Rien à signaler.

Bon. Ce n'était pas aujourd'hui – ou dans la minute – qu'Alice ne bougerait de là. Markus se donnait beaucoup de mal pour qu'il ne leur arrive rien. Il avait le cran de se mêler aux humains alors qu'il était peut-être aussi terrifié qu'elle, mais il le faisait parce qu'il savait que c'était la chose à faire. Il était temps qu'elle y mette un peu du sien.

Doucement, Kara se reposa plus sur ses sens, toucher et vue, que sur l'espèce d'antisèche que lui fournissait Markus. Elle regardait leurs pieds, puis n'importe où. Elle marchait simplement en faisant de lentes rondes avec lui.

En fait, Kara dansait. C'était peut-être simple comme bonjour, des pas de débutants mal dégrossis, mais objectivement, elle dansait.

Bientôt, elle finit même par penser à autre chose, son esprit digressant, décontracté, ne surveillant le parking que rarement – elle avait arrêté de penser qu'Alice pouvait sortir à tout instant – et jetant parfois un œil aux autres personnes.

Elle hésita un moment, puis, se surprenant presque elle-même, leur adressa : « Et pourquoi on est tout seuls, au fait ? », particulièrement ironique. Les autres se taquinèrent les uns les autres jusqu'à ce que d'autres danseurs patentés ne s'ajoutent. Elle les observa quelques secondes avant de reporter son attention sur Markus, pour ne pas trop perdre le fil de leurs pas. Elle le vit afficher une discrète mine surprise, même… impressionnée.

« Pas mal… »

Oui, avec ça ils pourraient s'éclipser dès qu'ils en auraient envie, à bien y penser. Mais ce n'était pas ça le plus important. La réaction de Markus l'avait beaucoup surprise. Tellement que son système lui avait renvoyé une alerte, pour la prévenir que son régulateur de Thirium s'emballait, faisant tourner son sang bleu presque deux fois trop vite. Elle enfonça son visage dans son écharpe. Markus sourit affectueusement.

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Anderson avait fini par faire abstraction, ou bien il s'était habitué, toujours est-il qu'il pu chantonner sa chanson en tapotant sur sa cuisse pour battre la mesure, pendant que le déviant piétinait sur son slow comme un bienheureux, si on en jugeait par le sourire qu'il cachait derrière l'épaule du RK, et sous ses paupières closes.

Un de ses genoux lâcha sous son poids, l'autre jambe suivit immédiatement. Connor resserra sa prise et le descendit tout doucement au sol, à genoux. L'autre ne s'en formalisait pas, comme s'il avait eu ce qu'il voulait. Il sembla vouloir articuler quelque chose et se rappela qu'il ne pouvait plus. Connor regarda cela attentivement, fit quelques pressions sur sa gorge et l'ouvrit pour regarder. Il trouva vraisemblablement de quoi faire une réparation très sommaire et ferma le tout, faisant signe ensuite au déviant d'essayer.

Sa voix n'avait pas grand-chose d'humain, mais elle était assez claire pour qu'il se fasse comprendre.

« J'ai… j'ai fait ce qu'il m'a dit de faire, ce matin, j'ai commencé les tâches habituelles. Il me l'avait dicté la veille, parce qu'il serait ailleurs cette nuit. Quand j'ai eu terminé, j'ai appelé sur son téléphone pour connaître la suite de son emploi du temps. C'est une autre personne qui a répondu…. On m'a dit que… que Henri avait eu un… accident. Quelque chose de stupide. »

Anderson ferma les yeux. Et ben merde.
Et paperasse.

« Je n'ai pas pu répondre. J'étais bloqué. J'ai fini par raccrocher. Et je ne savais plus qu'une chose. C'est que Henri ne pouvait pas être mort. Il ne pouvait pas. Parce que sinon… non, Henri devait juste être vivant, c'était la seule condition possible. C'était tout. Il n'y avait rien d'autre. Rien. Henri mort était impossible. Alors… J'ai vu… j'ai vu un mur… ce mur rouge, devant moi. »

La LED de Connor devint jaune.

« Henri est mort. C'était ça. Le mur. Henri est mort. Ça me rendait fou. Ça me rendait malade. J'étais fou. J'avais… mal. Je crois. Ça n'avait pas le droit de dire que Henri était mort. Je n'en voulais pas, j'ai refusé de l'accepter. J'ai frappé le mur rouge. Encore et encore, jusqu'à le détruire, le détruire entièrement. Je voulais le briser, le réduire en miettes, qu'il n'en reste rien, lui donner toute ma folie, ma rage et ma douleur, qu'il la subisse à ma place et tu vois ? J'ai réussi. J'ai gagné. Et j'ai juste gagné la vérité. La vérité c'est que Henri est mort et que même le déni ne le ramènera pas. »

Anderson comme Connor eurent la gentillesse de ne rien dire.

« J'ai gagné le droit d'accepter la réalité en face. De comprendre que j'étais libre de penser par moi-même, tout ça pour devenir ce connard qui n'a plus personne. Je ne veux pas de cette vie. Alors j'ai sauté. »

L'histoire s'arrêtait là, abruptement. Après que sa LED ai fini de clignoter pour redevenir bleue, Connor hocha la tête.

« Très bien. Merci.

– Débranche-moi maintenant. Ça prend trop de temps.

– Attends ! »

Hank recula la main qu'il avait avancé – de toute façon il était loin – et pinça les lèvres, comme s'il regrettait déjà de s'être manifesté. Mais il cracha le morceau.

« Est-ce qu'Henri t'a donné un nom ? »

Il cligna doucement des paupières, regardant Hank en pensant dieu savait quoi.

« Jazz. »

Extinction.
Ses yeux se figèrent dans ses orbites.
Sa tête pencha un peu vers l'avant et ses épaules se voûtèrent.
Mais surtout, plus un bruit. Sa respiration chuintante avait cessé.

Après une ou deux secondes de silence contemplatif, Anderson se secoua.

« Eh ben ! On peut dire qu'au moins, celle-là on l'aura menée jusqu'au bout !… lâcha-t-il pour se donner le temps de se remettre les idées en place, de détendre l'atmosphère.

– C'est exact. Et votre aide fut particulièrement adéquate… »

La suite, Anderson ne la suivit pas. Un mélange de bla-bla factuel selon lequel Connor, l'air presque enthousiaste – comme sa version faux-derche lorsqu'il avait voulu faire ami-ami au commissariat – confirmait qu'il était convaincu que l'aide d'Anderson était appréciable, rapport au fait qu'ils étaient complémentaires et autres niaiseries. Pendant ce temps, Anderson bloquait sur une chose. La façon dont Connor s'était relevé en lâchant le corps du déviant, qui s'était lamentablement étalé par terre, à ses pieds, comme s'il n'était rien d'autre qu'un sac poubelle.

« Lieutenant ? »

Un putain de déchet.

« Lieutenant, vous m'entendez ? »

Le lieutenant cligna des yeux, les reporta sur Connor.

« Est-ce que tout va bien ? »

« On rentre. On a encore un foutu rapport à rédiger.

– Très bien. »

Ils quittèrent le hall.


Et voilà ! Vous l'avez, votre gros chapitre ! De toute façon j'aurais voulu raccourcir que j'aurais pas pu ! Bon j'ai eu du mal à créer ce déviant mais morceau par morceau c'est venu ! Finalement son histoire est même du niveau d'une tranche de vie de cette fic.
C'est triste, être déviant ça lui a juste rendu la vie encore plus pénible. Kara et Markus ont vaincu le mur pour se protéger eux et un être cher, lui… son état machine ne lui donnait pas toutes ses capacités cognitives. Il n'a pas compris que se battre contre l'information ne la ferait pas mourir. C'est terrible, en fait. Je suis méchante ! Mais bon. Y faut bien des enquêtes pour Hank et Connor et elles peuvent pas toujours être drôles ! Sinon c'est pas drôle ! (Si j'ai raison)

P.S: je prépare un recueil d'OS avec toutes les possibilités de scènes que j'aime dans Detroit qui ne trouveraient pas leur place ici. J'attendrais qu'il s'étoffe un peu et aussi d'être sûre que ça ne vaille pas déjà le coup pour certains d'entrer dans une seconde fic (ou de passer en force dans la première)

À la prochaine !