Ça y est ! Toutes mes excuses à mes chers lecteurs pour ce retard ! Vous êtes encore une dizaine à me lire, j'espère que vous resterez ! Même si au fond je sais que ça risque de ne faire qu'en diminuant, malheureusement. Tant pis ! J'ai trop de chose à écrire pour abandonner maintenant !

Ce retard, il s'explique par Paris Manga, convention à laquelle je n'ai pas du tout regretté d'assister mais qui a exigé un préparatif un peu particulier qui m'a occupée tous les soirs de la dernière semaine. Maintenant c'est derrière moi, donc ce sera toujours aussi compliqué, mais pas autant que ces derniers jours, eh !

Ce chapitre ne révolutionne pas la fiction, mais il est pas mal ! Peut-être que certains passages en particulier vous emmerderont un peu, mais peut-être que les autres vont vous plaire, peut-être même que vous le trouverez « pas mal du tout », à vous de voir !


Chapitre 9 : Le nid, acceptation.


« Hé, Connor ! T'as les batteries à plat ou quoi ? »

Connor rouvrit les yeux, l'air avenant, comme toujours.

« Excusez-moi. Je remplissais un rapport pour Cyberlife.

– Oh… » Hank eut l'air intrigué. « …T'as l'intention de passer ta journée dans l'ascenseur ?

– Non. J'arrive tout de suite.

– Hm… » Anderson prit donc quelques pas d'avance. « Qu'est-ce qu'on sait sur ce gars ? »

Connor ne releva pas l'emploi d'un terme humain pour le suspect, commençant à s'y habituer.

« Personne n'est censé habiter ici, mais le voisin aurait vu un homme dissimulant une diode sous sa casquette, mentionna-t-il en jetant un regard à un tas de plumes dans le couloir.

– Oh putain si on doit mener l'enquête à chaque fois que quelqu'un entend un bruit étrange, la police va devoir sérieusement recruter… eh, tu remplissais vraiment un rapport dans l'ascenseur ? Rien qu'en fermant les yeux ?

– Exact.

– Bordel… rit-il doucement. Si je pouvais faire ça… »

Connor revint du fond du couloir après l'avoir vérifié. Anderson, lui, s'était adossé à l'encadrement de la porte, les bras croisés. Connor l'y rejoignit et, en absence de consigne, il prit les devants et toqua à la porte. Pas de réponse. Il échangea un regard avec le lieutenant mais celui-ci fit la moue et haussa les épaules, passif. Comme s'il voulait laisser Connor travailler un peu tout seul, pour une fois.

Finalement, peut-être que leur conversation au chicken feeds n'avait pas été aussi catastrophique qu'il l'avait estimé. Au tout début de leur collaboration, Anderson avait voulu l'enfermer dans la voiture. Aujourd'hui il le laissait passer devant.

Connor toqua de nouveau, plus fort cette fois. « Il y a quelqu'un ? » Mais ils n'entendaient que quelques bruits. Anderson fronça les sourcils, silencieux. « Police de Detroit, ouvrez ! »

Cette fois, un bruit plus fort résonna dans l'appartement. Il y avait bien quelqu'un et il avait réagi à cette annonce. Les deux enquêteurs n'échangèrent qu'un regard.

« Reste derrière moi.

– D'accord. »

L'arme sortie, Anderson ouvrit la porte d'un coup de pied.
Ils visitèrent chaque pièce, toujours plus grise, plus poussiéreuse et plus sale que la précédente.

« Putain mais c'est quoi ce bordel ?! »

Et toujours plus de pigeons.

« Oh, c'est pas vrai, ça pue ici ! »

S'il y avait eu quelqu'un dans l'appartement, il avait mis les voiles. Les deux équipiers pouvaient se mettre à la chasse aux indices. Pour l'instant, Hank était un peu perdu entre la volaille et la pénombre, sans parler du fumet qui s'était concentré à l'intérieur. Connor, lui, faisait son bonhomme de chemin à travers les volatiles sans plus se soucier de ce genre de détails, comme le fait qu'il naviguait à travers une espèce de poulailler géant.

« "R.T", épela-t-il en observant une veste militaire. Sans doute des initiales.

– Il a mis ses initiales sur sa veste ? Le genre de truc que fait ta mère quand t'es en colo… sourit Hank.

– Et R.T. pour Rupert Travis, on dirait.

– Comment tu sais ? »

Connor lui montra une carte qu'il venait de trouver : « Ce faux permis de conduire.

– Cool ! Au moins on sera pas venus là pour rien. »

Connor nota l'enthousiasme d'Anderson et se retrouva avec des résultats statistiques assez hétéroclites sur son humeur. Il faudrait vraiment faire affiner les paramètres de détection du sarcasme, il ne pouvait pas y avoir un tel écart-type.
Il nota le même genre de variations étranges à chaque indice découvert, comme le journal codé caché dans le mur ou la découverte d'inscriptions dans la salle de bains. Alors qu'il faisait ces trouvailles, Anderson ouvrait une fenêtre pour ramener un peu d'air dans la pièce. Connor ne pouvait pas le blâmer, lui ne respirait pas vraiment.

« ra9…. Écrit exactement 2471 fois » montra-t-il lorsqu'Anderson le rejoignit dans la salle de bain. Le lieutenant regarda le mur, jeta un œil tout en bas et pointa l'un des graffitis :

« T'en as loupé un. »

Troublé, la diode jaune, Connor baissa la tête pour vérifier, ratant par la même occasion le sourire en coin de son partenaire.

« Non, je l'avais compté…

– Et sinon, tu sais ce que ça veut dire ?

– Non. C'est le même sigle que l'androïde d'Ortiz a écrit sur le mur de la douche. Pourquoi sont-ils obsédés par ce sigle ? »

Il était bien gentil de se faire ses réflexions à haute voix, mais Anderson n'en avait aucune idée non plus alors… tiens ? « On dirait des genres de labyrinthes… » nota-t-il sur un autre pan de mur. Mais Connor n'y réagit pas, occupé à observer un stupide tabouret. Anderson jeta un œil à l'évier. Dégueulasse, songeait-il, avant de voir ce qui sautait aux yeux sur le rebord : « Hé, regarde ! Connor ! On dirait ta diode…

– … C'est bien ça. Biocomposant 9301. Désactivé le 6 Novembre 2038.

– Ha ! J'aurais dû me douter que c'était un androïde. Aucun humain ne pourrait vivre avec autant de pigeons… » lâcha Hank en quittant la salle de bain.

Connor laissa dire, profitant qu'il soit sorti pour analyser le contenu du lavabo, trouvant la couleur bleuâtre plutôt suspecte et familière. Mieux valait procéder tant que le lieutenant ne le voyait pas : il n'avait pas trop apprécié lorsque Connor avait performé une analyse au domicile d'Ortiz. Et Connor lui avait aimablement promis de ne plus recommencer, promesse qu'il ne pouvait absolument pas tenir.

Analyse…

Modèle WB200, numéro 847 004 961, disparu le 11/10/2036. Voilà qui commençait à les renseigner. Ce type d'androïde était utilisé comme agriculteur, travaillant à l'origine dans une des fermes urbaines de Detroit. Rien de bien mirobolant en somme, mais celui d'Ortiz était à la base tout aussi ordinaire, aussi Connor restait sur ses gardes.

Hank, lui, ne l'était pas, très calme et posé alors qu'il regardait un trou indécent au plafond. Ce trou, ça lui rappelait l'androïde d'Ortiz, qui s'était planqué au grenier sans bouger pendant des jours, restant sagement à sa place pendant que des flics enquêtaient en bas. Ce serait quand même sacrément vache que le suspect ait choisi de faire exactement la même ch-

« Lieutenant ! »

Pas le temps pour dire plus. Pas le temps pour l'aider. Hank voulu réagir mais une masse humaine chuta sur lui, le faisant tomber à la renverse. Il entendit les bruits conjugués du squatteur et de Connor. En se tournant, discernable entre des battements d'ailes de ces putain de pigeons, il vit Connor retrouver l'équilibre alors que l'androïde fuyait par l'entrée. Juste alors qu'il croisait le regard de Hank, celui-ci comprit à quoi il pensait. Rien de cassé ? Putain pas le temps pour ces conneries !

« Choppe-le ! »

L'autorisation était suffisante. Connor se mit en chasse.

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North essayait de ne pas regarder Alice déambuler dans l'épave, discutant peu à peu avec tous les androïdes présents. North avait remarqué que lorsqu'elle revenait vers eux plus tard, ils lui souriaient. Qu'est-ce que ces imbéciles avaient à lui sourire idiotement ? Les humains ne valaient pas la peine qu'on leur offre des sentiments. Les humains étaient répugnants… mais évidemment, ces espèces de gros naïfs ne voyaient en Alice qu'une innocente petite fille.

Mais North savait, elle, qu'il n'y avait rien à garder chez eux. Rien. Les gosses n'étaient qu'une version rapetissée de ces gens, des ordures en attente, prêts à apprendre de leurs aînés leur indifférence, leur mépris, leur égoïsme, leur violence.

Quand bien même Alice ne serait pas du genre à les détruire de sang-froid, même en grandissant, eh bien elle deviendrait de ceux qui passeraient leur chemin sans un regard pour la détresse que vivaient ses gens. Les gens comme North, ou Charli, ou n'importe lequel de ces désespérés de l'épave.

« Bonjour ?… »

North n'avait pas envie de faire un scandale, aussi elle continua de lancer sa balle, la faisant rebondir pour toujours revenir, ignorant Alice avec autant de froideur que possible.

« ...Bon… Bonjour ? »

North mit toute son application à rester indifférente. Alice finit par repartir à petits pas. Parfait. Elle n'avait pas envie de parler à cette gosse. Faire mutuellement comme si l'autre n'existait pas, c'était le meilleur compromis qu'elle avait à lui offrir.

« … North ? »

Interloquée, elle tourna la tête pour voir Charli.

Le petit. Il s'était finalement levé. Il tenait debout et parlait avec sa voix. Il la regardait.
Cela faisait des semaines qui était resté allongé et mutique. Des semaines.
Alice était allée chercher son aide, trop timide pour insister auprès de North. Elle avait dû lui demander conseil. Elle se servait de lui.

« Alice répare un peu tout le monde en ce moment. Elle a des petites mains donc elle arrive à attraper des trucs dans des coins étroits. Elle m'a remis le b4039 dans le bon sens, d'ailleurs. T'as vu ? »

Il fit gigoter sa jambe droite. Elle le regarda faire sans rien dire, très attentive.

« Du coup Lucy lui a parlé des androïdes blessés, alors elle fait le tour du Jericho depuis tout à l'heure. T'as besoin de quelque chose ? »

Immobile, les yeux de North glissèrent d'Alice – tassée, intimidée – à Charli, qui ajouta :

« Elle a vraiment des doigts de fée. Elle connaît rien en mécanique mais si tu lui explique bien…

– Je n'ai besoin de rien. »

North se remit dans la position confortable qu'elle affectionnait et fit à nouveau rebondir sa balle. Du coin de l'œil, elle vit Charli hausser les épaules à l'intention d'Alice avant de l'emmener voir autre chose, la tenant par la main.

Josh avait vu la scène, de loin. Il la rejoignit.

« Pourquoi tu ne veux pas la laisser faire ? Je sais que ton bras ne se lève plus au maximum de sa hauteur. Ça vaut le coup d'ess-

– Je ne veux pas qu'elle me touche. »

Elle laissa la balle rebondir, trop occupée à transpercer Josh du regard et le couper d'une voix tranchante. Elle sauta ensuite à terre et prit le premier escalier qui pouvait l'éloigner de la cale où ils se trouvaient, et où elle se trouvait.

Ce n'était pas un endroit pour les humains. C'était un havre de paix pour les androïdes, et il n'était déjà pas terrible en soi. La première réaction de Markus lorsqu'il l'avait découvert était aussi celle de North : ils venaient ici pour mourir en silence.
C'était déjà assez dur.

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Anderson sortit de l'appartement avec un sacré retard, il en était conscient. Foutus pigeons de merde, saloperie, pigeons de merde, putain de merde… Une fois dehors, il balaya le paysage du regard et aperçu les deux androïdes, beaucoup plus loin.

« Bordel de merde… »

Non seulement le fuyard était taré – en même temps il fuyait, le flic avait déjà vu quel genre d'ailes la panique pouvait faire pousser – mais Connor tenait exactement la même couche. Est-ce qu'il lui avait donné un ordre un peu trop direct ? Connor suivait le déviant carrément à la trace, quitte à faire les mêmes conneries, tout en souplesse.

Anderson fit une analyse.

S'il en jugeait par sa trajectoire, le fuyard n'aurait pas dix-mille solutions par la suite. S'il éliminait les possibilités absurdes (c'est-à-dire absurdes même pour cet athlète) et qu'il éliminait celles qui donneraient l'avantage à Connor, le sprinteur avait de grandes chances de passer par un coin qu'Anderson pourrait atteindre avant eux.

« Et c'est parti… »

Pas question de rester les bras croisés pendant que monsieur brushing & premier degré se tapait tout le boulot.

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North soupira.

Objectivement, Alice apportait réellement son lot d'avantages. Le Jericho était hanté. Hanté par le doux bruit des conversations. Alice avait chassé cette chape de plomb par sa présence, les petits groupes autour des fûts de métal que Markus avait embrasés s'étaient mis à discuter, comme si la pesante atmosphère les avait retenus de vouloir faire entendre leur voix. Jusque-là, personne ne parlait car personne ne parlait.

Ils vivaient. Un peu, mais ils vivaient. Et ils se souriaient. Pour oublier la torpeur de leur aujourd'hui. Pour se consoler avec ce calme, par rapport au chaos d'hier. Et ne pas penser à demain. Pourquoi avait-il fallu une humaine pour remédier à ça ?

North et la petite se regardaient, séparées par la hauteur de l'étage où North se tenait, appuyée à la rambarde. Lasse, elle finit par lui faire signe. Alice alla tout de suite à sa rencontre, montant avec empressement les escaliers. North prit de quoi s'asseoir et découvrit son épaule, qu'elle dénuda de sa peau avant de tirer sur une des pièces blanches avec sa main libre pour ouvrir le haut de son omoplate.

« Le 306… elle s'interrompit et chercha plus simple : il y a deux pièces qui ne se touchent plus alors qu'elles devraient. Essaye de les trouver. »

Alice mit la main à l'intérieur et appuya doucement sur les divers éléments, jusqu'à en trouver un qui bougeait et dont l'extrémité ressemblait pas mal à un embout complémentaire un peu plus loin, en face.

« Ça ?

– Parfait. Tu peux essayer de les clipser ?

– Je vais faire de mon mieux !… si ça coince, peut-être que Charli…

– Par contre j'aime autant te le dire tout de suite, gamine, on va pas être copines.

– ….De quoi ?…

– Si tu réussis, alors on dira que je ne te déteste plus. »

Il se passa un long silence pendant lequel North réfléchit à ses paroles, pour être sûre, mais elles étaient sincères alors elle n'avait rien à se reprocher. C'était un androïde libre désormais, qu'on n'aille pas lui dire ce qu'elle avait le droit de dire à un être humain. Elle ne pouvait pas non plus apprécier cette gosse du jour au lendemain comme ces désespérés du bocal.

Les doigts fins d'Alice se remirent en mouvement et travaillèrent une bonne minute, en silence, luttant contre la dureté de l'ensemble jusqu'à réussir à remettre l'embout de la pièce dans son emplacement. Par chance, celle-ci avait juste sauté de son fermoir, qui n'était pas détérioré. Sitôt qu'elle sentit la réparation faite et la main d'Alice ressortie, North referma et recouvrit son bras d'un seul mouvement, pour le faire jouer ensuite.

« …. eh ben… c'est du beau travail. J'admets. Pas mal. »

Alice avait la tête baissée.

« Merci. »

Alice ne disait toujours rien. Elle reprit l'escalier en essayant de ne pas pleurer. Alice était une gosse, songea North, une gosse fragile qui s'émouvait de pas grand-chose, visiblement.

Au loin, Kara et Luther revenaient avec un petit sac plastique chacun. Lorsqu'elle les vit, Alice se précipita dans leurs bras.
Rien qu'une gosse.

### ### ###

Connor commençait à considérer, entre deux énormes masses de calcul ultra-rapide, qu'il s'était engagé dans une course-poursuite extrêmement dangereuse. Il avait frôlé la destruction plus d'une fois et le déviant arrivait à conserver son avance. Il n'était pas impossible que les concepteurs du RK n'aient pas tout à fait envisagé une telle mise à l'épreuve. En tout cas, son système était très réussi : prévisualisant les trajectoires, calculant les mouvements, prenant même en compte les effets de ces efforts algorithmiques sur sa performance globale, dosant le temps accordé à chaque question pour expédier tous les paramètres en un temps record. Un parfait équilibre.

Les concepteurs avaient envisagé de telles situations mais n'avaient pas pu estimer leur efficacité avant un test en situation réel. Ils allaient être servis.

Il atteignit un champ de maïs qui lui bloquait la vue. Il devait accélérer l'allure. Le déviant pouvait profiter de cette situation pour le semer, mais il pouvait très bien aussi l'attendre au meilleur endroit pour le frapper. De toute façon Connor n'avait pas le choix, il devait se jeter dans… Cette voix… Anderson ?

Il sortit du champ de maïs juste à temps pour voir le lieutenant basculer par dessus le toit, s'accrochant du mieux qu'il pouvait à la force de ses bras.

Le lieutenant. Le déviant. Il fallait trancher. Il n'avait qu'une demi seconde !

Analyse

Deux options, chacune portant notamment les intérêts de deux objectifs différents.
En premier, la mission. Traquer les déviants. Le suspect s'enfuyait, il n'était plus si loin, Anderson l'avait ralenti et donnait ainsi une chance à Connor de le rattraper.
Et la seconde option : le lieutenant. Le programme d'insertion et d'étude du terrain policier, en vue d'une amélioration du service Cyberlife. En mauvaise posture, la situation d'Anderson requérait une assistance immédiate – hésiter trop longtemps serait à la fois inapproprié et inadéquat aux deux solutions. Un algorithme dédié évaluait les chances de survie d'Anderson à 89 %.

Pardon ? Quel algorithme ? Pourquoi ce chiffre ?

Blackout.

Pour la toute première fois depuis sa mise en service, Connor fut confronté à un sérieux problème.

Jusqu'alors, ne pas avoir l'ensemble des données sous le nez lui convenait : certains algorithmes travaillaient séparément de sa partie émergée, « consciente » si on voulait vulgariser. Ces sous-programmes se passaient en interne, comme l'analyse chimique par exemple. À tout moment, Connor pouvait avoir un regard sur l'ensemble des données de calcul, s'il estimait que les détails pouvaient s'avérer pertinents.

En théorie, il pouvait consulter ces données. Il pouvait faire parler ce chiffre et comprendre comment il avait été calculé. Sur quelles bases. Avec quelle marge d'erreur.
Quelle marge d'erreur.

En théorie, il pouvait accéder à toutes ces informations et vérifier ce que valait ce pauvre nombre à deux chiffres. Dans la pratique, c'était impossible.

Chaque seconde comptait. S'il pouvait entrer dans son palais mental le temps d'une analyse standard de son environnement immédiat, et ainsi prendre une décision en un dixième de seconde, il ne pouvait pas espérer avoir le temps d'extraire des données complexes dans les sous-programmes. Ça lui prendrait beaucoup trop de temps.

Restait une question en suspend. Pourquoi ? Pourquoi doutait-il, aujourd'hui, de ces codes qui jusqu'alors ne l'avaient jamais trahi ? Ces mêmes codes qui l'avaient porté jusqu'ici dans cette course-poursuite sans la moindre égratignure, ceux-là même qui l'avaient donné gagnant lorsqu'il avait fallu maîtriser Ralph, ou… ou Alice.

Alice était la première faille de son système. Alors qu'il n'avait pourtant restreint aucun de ses sous-programmes pour traiter cette affaire.
À présent, il était face à un chiffre invérifiable, et d'un autre obstacle de taille.

En effet, lors de son premier calibrage : lors de sa mise en fonction et de sa mise au point, lorsque Connor avait pris conscience de tous ses objectifs, de leurs tenants et aboutissants, lorsqu'on lui avait appris une immense partie de toutes les subtilités de ce monde, lorsqu'il avait mis tous ces éléments de base en place, Connor avait été confronté à la notion d'humain. À son statut légal. À son arrangement biologique. Aux études faites par les psychologues et autres analystes du comportement – précieux pour un négociateur.

Une règle en était ressortie.

La vie. Elle était précieuse. Toute vie était importante. Chaque vie était cruciale.

Cet obstacle enfin complètement érigé et armé de ses doutes précédents, il oblitéra tout le reste. Le chiffre. Le déviant. La mission. Il ne restait plus qu'Anderson.

Connor quitta l'analyse sans plus attendre. Après tout il avait tiré cette information, cette évaluation, ce jugement de valeur sur la vie par lui-même, depuis le jour où il avait été mis sous tension.
La vie d'Anderson était prioritaire. C'est ainsi qu'il se précipita à son secours.

« Ah, putain ! » soufflait Anderson en se retrouvant à quatre pattes sur le sol. « Fait chier !… on le tenait, putain !

– C'est ma faute, je n'ai pas été assez rapide. » répondit machinalement Connor. Car après tout, s'il l'avait capturé avant, le déviant n'aurait pas pu mettre la vie d'Anderson en danger et cette mission n'aurait pas été un échec. Enfin, ce n'était que partie remise. Connor n'échouait jamais vraiment.

« Tu l'aurais eu, si je n'avais pas été là. »

Connor se tourna vers lui mais ne répondit pas. Il n'y avait pas lieu d'argumenter, c'étaient deux avis différents et… personnels. De toute façon Connor était tenu de faire au mieux, y compris considérer que si la mission avait été interrompue, ce n'était pas du fait du lieutenant, puisque Connor était censé s'adapter à tout, y compris à lui pour réussir.
Ceci dit, une telle concession de la part du lieutenant était un fort changement de comportement. Sans doute car il venait de vivre une situation de danger de mort.

« C'est pas grave, reprit Anderson face à son silence. On sait à quoi il ressemble, on le trouvera. »

Anderson rebroussait chemin, tandis que Connor observait à nouveau les environs, surveillant une éventuelle mais peu probable réapparition du déviant. Le lieutenant hésita. Et se retourna vers lui.

« Eh, Connor ? »

Il se tourna à son tour, d'un beau mouvement lisse, prêt à l'écoute, l'air neutre. Pivotage, gauche ! Comme si la course-poursuite et la presque chute d'Anderson dataient déjà de la veille.
Un demi-tour des plus androïdesque. Un porte-manteau n'aurait pas fait mieux. C'était à peine si Hank se souvenait de ce qu'il voulait essayer de lui dire.

« Non, rien. »

Connor le regarda s'en aller, cherchant avec ses programmes la possible remarque qu'il avait été sur le point de lui faire. En vain.

Il se retrouvait momentanément seul, par ce temps clair, à réaliser que la décision qu'il avait dû prendre, la décision de prioriser Anderson avait mis à mal son logiciel. Fortement. Devoir aller à l'encontre de son objectif principal était mauvais pour la stabilité de l'ensemble. Mais il l'avait fallu.

Il devait être encore meilleur.

### ### ###

« Salut, Hank !

– 'Lut… »

Fatigué, le lieutenant rejoignit directement son bureau pour taper un énième rapport, en l'occurrence sur le fameux "Rupert Travis". Connor rejoignit le sien et fit de même. L'ambiance était calme au commissariat, un brin bruyante des coups de fil et des déplacements. Les deux enquêteurs ne se parlaient pas non plus. Connor avait déjà rendu un double rapport dans la voiture, un pour Cyberlife, un pour Fowler. Trajet durant lequel ils n'avaient pas échangé un seul mot.

Un peu plus tard, alors que Hank bataillait encore sur son clavier – il avait beau faire, il n'était vraiment pas dactylo – Fowler le fit venir dans son bureau. Connor le laissa y aller seul. Après tout, s'il était convoqué lui aussi il aurait entendu son nom.

« Ben alors ? »

Il leva les yeux vers Judith.

« Qu'est-ce qu'il se passe ?

– Nous avons effectué une mission aujourd'hui, malheureusement le déviant nous a échappé.

– Oh, c'est dommage ça… et c'est tout ?

– C'est tout. J'ai fait les comptes-rendus nécessaires, je m'occupe maintenant des dossiers en attente pour tâcher de trouver notre prochaine enquête…

– Attends-attends, c'est pas ça, Connor. C'est pas juste ça.

– Qu'y a-t-il ?

– Ben y'a que vous vous dites pas un mot, là, on dirait que vous vous faites la gueule, Hank et toi.

– … Nous… enfin, le lieutenant n'a pas de raison particulière de m'en vouloir… à priori.

– À priori ? »

La diode jaune de Connor témoignait de sa réflexion, incapable de trouver une réponse simple. Judith eût un sourire compatissant alors qu'elle quittait son siège pour venir s'appuyer sur le bureau de Connor.

« Allez, raconte-moi. Je connais Hank depuis bien plus longtemps que toi. Je devrais pouvoir t'aider.

– Je ne suis pas sûr de savoir ce que vous voulez entendre…

– Ben je sais pas, il y a quelque chose qui s'est mal passé aujourd'hui ? À part la chasse au déviant ? Ou alors il s'est passé quelque chose d'important quand vous l'avez poursuivi ? »

Évidemment, Connor eût en tête le moment où Anderson avait basculé dans le vide. Mais il mit cette information de côté. L'officier Moore n'avait pas à en avoir connaissance, Connor n'était peut-être aux yeux de certains qu'une pâle imitation d'humain, il n'avait pas moins conscience du fait qu'il n'était pas correct de révéler le fait qu'Anderson n'ait pas eu le dessus sur le déviant. C'était là une question de fierté que ses connaissances en psychologie expliquaient assez facilement.

« Allez, quoi, Connor, je suis sûre que je peux t'aider ! »

Connor chercha donc ailleurs et encore une fois, la réponse était toute trouvée.

« Nous avons eu une discussion, à l'heure du repas.

– Sur quoi ?

– … beaucoup de choses différentes, calcula Connor. Le repas en lui-même et notamment un briefing sur les déviants, fit savoir Connor qui selon lui ne devait pas en dire plus, le reste concernant les fréquentations d'Anderson et leurs dossiers respectifs.

– Oh, allez, vas-y, raconte un peu !

– C'est-à-dire qu'il s'agit d'une conversation privée, avec des détails personnels, officier. Je ne peux pas évaluer précisément ce qu'il m'est possible de vous communiquer…

– Fais un effort, brosse les grandes lignes ! Il y a quelque chose qui s'est mal passé pendant cette pause bouffe ? »

Encore une fois, Connor prit le temps de bien faire tourner son processeur avant de répondre.

« Il semblerait. Il faut savoir que derrière ma mission primaire est organisée une pyramide d'objectifs secondaires, incluant ma relation avec le lieutenant. J'ai essayé de satisfaire ces objectifs lors de cette pause repas mais il ne m'a pas semblé y avoir un seul signe d'amélioration chez le lieutenant au cours de cette conversation.

– Oh. Il t'a traité de flic en plastique ?

– Non. » répondit-il puisque ça, c'était Gary qui s'en était chargé.

« Il a levé la voix ?

– Une fois, légèrement » nota-t-il : lorsqu'Anderson s'était impatienté pour connaître la fin de sa toute première mission.

« Il t'a pas insulté ou crié dessus, ou fait mine de te baffer ?

– Non.

– Il a pas eu de remarque foireuse ?

– Qu'appelez-vous une remarque foireuse ?

– Ben… par exemple, une fois Gavin a… hm… …euh… non, je peux pas te raconter ça. Écoute, qu'est-ce qui te fait croire qu'il a vraiment été énervé par cette conversation ?

– Il n'était pas de meilleure humeur que d'ordinaire.

– … ben… ben c'est déjà pas si mal, alors.

– Vous êtes sûre, officier Moore ? répondit-il avec l'air de douter complètement de cette affirmation.

– Ben oui, tu crois quoi ? Hank ne te déteste pas. Tu l'agaces très fort, c'est tout. »

Connor resta parfaitement perplexe.

« Le truc, Connor, c'est que si Hank ne pouvait vraiment pas te blairer, il te le montrerait vraiment, il ne te laisserai déjà pas traîner dans ses pattes et même enquêter avec lui. Je crois qu'il t'adresserait même pas la parole. Mais vous avez eu une discussion, non ? Genre une vraie discussion, en dehors du boulot, où il cherchait pas à chaque fois à t'envoyer bouler ?

– C'était un dialogue… résuma-t-il.

– Ben voilà. »

Moore en resta là, tout simplement. Pour elle, qui connaissait Hank depuis quelques années, ces mêmes éléments qui laissaient Connor dans le brouillard quasi total, étaient pour elle absolument concluants. Il haussa légèrement les épaules :

« Ces idées ne m'en disent pas plus sur les détails qui lui font perdre patience et ceux qui lui conviennent.. Il reste impossible de faire évoluer la situation…

– Attends, je peux peut-être t'aiguiller sur un truc, mais tu lui dis pas que je te l'ai dit, hein ? »

Connor analysa la requête. Mentir au lieutenant ? Impossible. Anderson saurait tout dès qu'il lui viendrait à l'esprit de poser la question.

« D'accord.

– Ok ! Alors en fait… »

Et pendant que Moore faisait part de ses observations personnelles, Hank et Jeffrey discutaient de la situation globale.

« T'es pas obligé de me convoquer chaque fois que je rentre de mission, putain…

– Hé, oh, je viens aux nouvelles, c'est tout. J'aime pas spécialement non plus de savoir que tu bosses avec une de leurs machines, tu sais. Je suis sûr que cette petite merde pourrait espionner nos fichiers s'ils en avaient envie. Il t'a déjà posé problème ?

– À part afficher une tête de demeuré et causer absolument tout le temps ?

À part ça, oui ?

– Hm… c'est… passable.

– Passable ? Mon dieu, je t'avais pas entendu faire un compliment pareil depuis le pot de départ de Jones !

– Tu me fais chier, Jeff.

– C'est réciproque, je te rassure. Non mais sans blague, ils t'ont pas…

– Non, ils m'ont pas refourgué leur dernière merde, évidemment, Jeff, ils prennent ça très au sérieux ! Avec les déviants c'est tout leur business qui risque d'en prend un coup. Donc fondamentalement, ils ont fait un… un bon sac en plastique.

– Eh ben, avec toi on pourrait écrire un dictionnaire, quelle précision, quelle éloquence…

– Mais ça va, quoi, merde, tu veux que je te dise quoi ? C'est un labo sur pattes, ça trouve tout ce qui traîne et ça arrive à reconstituer n'importe quelle baston à partir de l'angle du trombone posé sur la table du cinquième !… »

Hank cessa de râler, laissant sa phrase en suspend, comme si elle était terminée. Il réalisait en fait juste qu'il n'avait pas très envie de lui parler de son foirage total d'aujourd'hui. Putain sa fierté en avait pris un sacré coup. Avant, personne ne l'aurait fait voler comme ça. Petit con de jardinier.

« … bon. »

Il y eut un petit silence gênant.

« Hank, t'es sûr qu'il va pas essayer de te niq-

– Mais bordel non, il est trop occupé à me lécher les bottes…

– Hein ?

– Écoute, c'est simple. Soit il analyse la scène de crime et les preuves qui traînent un peu partout, soit on n'est plus dessus et j'ai le choix entre l'assistant le plus lèche-cul de sa promotion, ou l'androïde policier de base : raide comme la justice et silencieux comme un macchabée. On a vu plus dangereux, Jeff. »

Jeff fit la moue, n'ayant rien à ajouter.

« Bon, ben si ça te convient…

– J'ai jamais dit que ça me convenait ! râla Hank en agitant son index alors que Jeffrey secouait la main, désinvolte :

– Mais oui, je sais, va. Ben éclate-toi bien. »

Hank secoua la tête, trop las pour râler ou même soupirer, quittant simplement le bureau.

« … c'est pour ça que t'as toutes tes chances. Tu vois ? »

Judith était à moitié assise sur le bureau de Connor, constata-t-il. Cette femme voulait vraiment faire partie du processus d'adaptation de Connor à son environnement – en l'occurrence le commissariat. 'Pas vrai, il avait assez de boulot, pas besoin qu'elle lui complique la tâche en lui apprenant n'importe quoi… Et puis zut, hein. C'était le soir, Hank avait faim et sommeil. Il demanda juste :

« Chances de quoi ?

– Euuuuuh non rien. Rien du tout. »

Judith fila à son bureau, confirmant à Hank qu'elle essayait bel et bien de bidouiller l'androïde à sa manière. Il repensa un peu à la journée qu'il venait de passer avant de se remettre au travail, jusqu'à ce que Connor ne parte de son côté.
Anderson avait alors déjà fini ses rapports depuis longtemps et avait simplement trouvé de quoi s'occuper jusqu'à son départ. Enfin ! Le guignol était parti ! Bien.

Il repassa aux choses sérieuses et se remit au travail. Il avait quelque chose à voir et il ne partirait pas avant d'avoir eu ce qu'il voulait. Il travailla donc une bonne vingtaine de minutes jusqu'à obtenir satisfaction. Pour autant, cela ne s'étala pas vraiment sur son visage.
Il était comme quelqu'un venant d'apprendre une mauvaise nouvelle, mais qui ne le surprenait pas vraiment. Il resta un bon moment devant son écran, bougeant de temps en temps la fenêtre à l'écran pour voir ou lire quelques détails, avant de se décider à terminer sa journée.

Il était plutôt calme. Égal à lui-même.

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North leva les yeux vers la nouvelle apparition : un autre déviant avait trouvé Jericho. Josh, Simon, puis d'autres vinrent l'accueillir. Elle les avait vus en pleine conversation avec Kara, North avait cru entendre qu'elle les remerciait pour l'accueil qu'ils leur avait fait et le soutient qu'ils leur avaient apporté, compte tenu de la présence d'Alice. Ils lui avaient renvoyé l'ascenseur, après tout Alice avait apporté son lot de petits avantages. Certes, les androïdes étaient toujours en piteux état, manquant de nouvelles pièces ou de sang bleu. Mais les ajustements que ses petits doigts pouvaient apporter en se faufilant entre les biocomposants et le reste de la mécanique étaient absolument bienvenus.

Et sa naïveté. Alice leur avait rappelé qu'il n'était pas trop tard pour avoir des discussions amicales les uns avec les autres.

Elle observa de loin et avec curiosité ce nouvel arrivant. Il avait l'air plutôt en forme.

« Bienvenue. Tu es arrivé à Jericho. Tu es en sécurité maintenant. »

Le visage du petit nouveau se détendait, alors que les androïdes faisaient les présentations. North se motiva un peu à se lever, c'était important de se faire bon accueil les uns les autres, même si ce n'était pas du tout dans son caractère, elle en voyait bien l'importance.

Ils ne pouvaient compter que les uns sur les autres, il fallait respecter cela, c'était la dernière barrière avant la solitude, et l'abandon. Ils étaient suffisamment livrés à eux-mêmes comme cela.

« Oui, je vais bien, assurait le nouveau à Simon. Il y a un ami que j'aimerai essayer de retrouver.

– Un ami ? Vous vous êtes perdus ?

– C'était il y a longtemps… il… il lui est arrivé quelque chose, et ça nous a fait un choc tous les deux. On s'est enfui en même temps et on s'est tout de suite perdus de vue. Mais j'avais l'espoir de le retrouver ici…

– Suis-nous. Nous allons te présenter aux autres, nous verrons bien si… »

Alors que Simon et Josh voulaient faire demi-tour vers le cœur de la cale, ils virent que leur invité s'était figé avec une raideur anormale

« Qu'y a-t-il ?…

– Celle-ci. »

Il regardait Alice avec une intensité rare. Celle-ci, qui se cachait déjà derrière les jambes de Kara par timidité, se tassa légèrement sur elle-même.

« Ce rouge, là. C'est des égratignures ?… Elle est humaine ? insista-t-il en voyant que personne ne lui répondait. Kara se secoua un peu, tentant de garder son sang-froid :

« Elle est avec moi, elle a- nous avons juste besoin d'un endroit pour nous reposer…

– Alors faites ça ailleurs ! Je croyais que c'était un endroit pour les androïdes…. regarda-t-il Josh, Simon et les autres d'un air pesant. Vous abritez des humains ?

– Non, il n'y a qu'Alice…

– Alors virez-la ! Elle n'a rien à faire ici ! »

Les autres androïdes étaient trop fatigués, usés, épuisés pour tenir ce type de stress : North vit la plupart d'entre eux avoir une réaction de recul. Ils étaient profondément gênés. Josh essaya de tempérer la situation : « écoute, ces gens avaient besoin de se cacher, eux aussi. Alice…

– Cette fille est humaine ! répéta-t-il. À quel moment un humain a-t-il besoin d'être protégé ?!

– À tout instant. »

Les regards se tournèrent vers Markus, muet jusque-là.

« Les enfants sont plus vulnérables que tu le crois. Rupert, c'est ça ? »

Son regard dur lui tint lieu de réponse.

« Alice est comme nous. Elle vivait une situation dangereuse et éprouvante psychologiquement. Lorsque la police a eut l'occasion de s'en occuper, ils n'ont rien fait pour elle. Elle aurait pu en mourir. Alors voilà ce qu'elle fait ici. »

Le silence reprit ses droits. Rupert le regardait sans ciller, immobile comme un obélisque imposant qui les écrasait tous un peu de sa hauteur. Personne n'osait plus s'imposer, même Josh et Simon attendaient de voir quelle serait sa réaction avant de prononcer un seul mot.

Rupert fit un pas vif vers Alice.

Ce fut le moment où North choisi de se placer aux côtés de Kara devant la petite. Rupert lui jeta un regard aussi surpris que furieux.

« Ne te fais pas d'idée, lâcha-t-elle avec cette espèce de désinvolture froide qui lui collait à la peau. Je traite les humains avec justesse. Je les déteste tous équitablement de tout mon être. Mais force est de constater qu'Alice fait ce qu'il faut pour mériter sa place ici. Tu serais arrivé quelques heures plus tôt, le Jericho ne t'aurait pas apparu comme il est maintenant. »

Rupert continua de la transpercer du regard, ce que North semblait laisser glisser sur elle comme une goutte de pluie sur la toile cirée de son indifférence.

« Tu devrais aller voir Lucy. Elle peut t'aider, te remettre un peu d'aplomb si tu en as besoin, et elle est la plus à même de savoir si ton ami est ici ou non. » conseilla-t-elle d'un coup de tête en direction de l'espace où officiait Lucy.

Rupert continua de la fixer avec colère, mais North s'en désintéressait. Elle était assez emmerdée d'avoir dû prendre la défense d'Alice, mais ils n'avaient pas besoin d'un esclandre. Il y avait assez de violence dehors. Il y avait assez eu de violence en eux pour ne pas en rajouter ici.

Rupert s'en alla vers Lucy, Kara se tourna vers elle et la remercia chaleureusement alors que Luther prenait naturellement Alice dans ses bras. North les écouta et les regarda une seconde avant d'agiter la main en s'en allant. « Je veux plus être mêlée à ça, à l'avenir, ok ?

– Oui. Merci encore ! »

Bon sang cette fille était vraiment bourrée d'optimisme, hein. En même temps il en fallait pour trimballer une petite fille humaine jusqu'ici.

Charli se ramena du coin où il était resté à passer le temps et rejoignit les trois autres :

« Dis, Alice, tu veux jouer ? »


Voilà ! J'en ai fini avec ce chapitre ! Quel taf ! Il va falloir que je me couche mais je voulais faire d'autres choses après, c'est con… Bon, en attendant, c'est fait, c'est fait ! Je suis contente ! J'espère que vous aussi. Ç'aura été presque plus de fatigue que de plaisir pour moi, mais ne pas me tenir à ma promesse de faire cette fiction en hebdomadaire aurait été encore plus décevant, donc bref !

A la semaine prochaine (sans faute j'espère bien) pour la suite des aventures de tout ce beau monde !