Wah, déjà le dixième chapitre ! On retombe encore une fois dans la chronologie mais je n'allais pas passer à côté de cette partie ! Et puis on n'est plus si loin de certains événements très particuliers. Alors on fonce !
Bonne lecture !
(P.S : je ne l'avais pas précisé mais Charli, l'enfant androïde de Jericho, est l'enfant prostré qu'on peut voir dans le jeu, j'ai juste décidé de lui donner une identité)
Chapitre 10 : Roulette russe, l'expédition
« Bonjour, Amanda.
– Connor… je t'attendais. Que dirais-tu de marcher un peu ? »
Nous nous mettons en marche dans le calme du jardin, sous un parapluie. La conversation commence seulement après quelques pas.
« Ce déviant semblait être un cas fascinant. Quel dommage que tu n'aies pas réussi à le capturer.
– En effet.
– As-tu appris quelque chose ? »
Sur cet androïde, quelques choses, en effet.
« Les murs de l'appartement étaient couverts de labyrinthes et autres symboles. Comme les autres déviants, il a l'air obsédé par le sigle ra9.
– Quoi d'autre ?
– J'ai aussi trouvé son journal. Mais il est chiffré. Le décoder prendra des semaines.
– Tu étais à deux doigts de capturer ce déviant… »
C'est exact.
« Comment ta relation avec le lieutenant évolue-t-elle ? »
Question plus délicate. Avant l'intervention de l'officier Moore, la réponse aurait été moins difficile à formuler. Désormais…
« Il semblerait que notre relation prenne la bonne direction. Il est sans doute reconnaissant que je lui ai sauvé la vie, sur le toit. Mais il a une façon bien à lui de le montrer. »
Amanda ne répond pas. Le choix de sa question montre bien qu'elle attend une certaine évolution sur ce point, puisque j'ai estimé qu'il valait la peine de travailler dessus. Mais elle s'attendra sans doute à plus de résultats. Finalement, elle s'arrête sur le pont.
« Nous devons agir rapidement. La déviance continue de se répandre. Ce n'est qu'une question de temps avant que les médias ne l'apprennent. Nous devons éradiquer le phénomène, quoi qu'il en coûte.
– Bien sûr, Amanda. Il n'est pas question de vous décevoir.
– … Nous avons reçu un nouveau cas. Va trouver Anderson. »
Amanda passe son chemin, ignorant la pluie.
### ### ###
Markus dévisage les autres androïdes un à un. Charli marche, mais il ne peut pas courir. Josh aurait, paraît-il, un trou béant grand comme la main, bas sous la poitrine. Le morceau d'enveloppe y correspondant serait enfoncé dans son bassin, impossible à déloger, bien qu'il ne gênerait pas ses apparemment pas ses mouvements. D'autres encore sont incapables de marcher à un rythme normal, ou bien respirent à peine. Alice leur a rendu le sourire, leur rappelant qu'ici, rien ne les empêche de profiter du calme, surtout s'il s'agit de leurs derniers instants. Mais cela ne leur rendra pas leur forme d'antan. Quelques temps plus tôt, Markus avait analysé un caisson vidé de ses bio-composants, appartenant à Cyberlife. Celui-ci lui avait donné l'adresse du point de livraison des fameuses pièces et ce n'était pas si loin, juste assez pour ne pas mettre en péril le Jericho.
Il était temps d'en parler à Simon.
« Quoi ?… tu veux voler ces pièces sur les docks ?
– Parfaitement.
– Mais les quais sont surveillés. On peut pas simplement y aller et prendre ce qu'on veut. Les humains ne nous laisseront pas faire.
– Je ne comptais pas spécialement leur demander la permission.
– Mais nous n'avons pas d'armes… »
Markus se tourna vers Josh, ne s'étant pas attendu à ce que leur petite conversation s'ébruite si tôt.
« Et même si c'était le cas, aucun de nous ne sait se battre… »
C'était vite dit, pensait Markus. Et de toute façon ce n'était même pas la question !
« On peut voler ce dont on a besoin sans avoir à se battre, répondit-il, sachant qu'il n'avait pas eu l'intention de commencer ainsi.
– On va juste réussir à se faire tuer ! »
Ce qu'ils pouvaient être pessimistes.
« Possible, admit-il, mais c'est toujours mieux que d'attendre qu'on nous désactive. Non ? »
Après tout, qu'avaient-ils à perdre dans ce caveau ? Ils ne pouvaient pas être réparés, ici, tout juste rafistolés par la bonté d'âme d'une paire de petites mains, sans force et sans technique 'et par le tison de Lucy.
« Je suis avec toi. »
North ?
Markus sentit une bouffée de reconnaissance lui échapper en la voyant le soutenir.
« Je ne sais vraiment pas si c'est une bonne idée…
– Écoute, Simon, je ne force personne, reprit Markus. Simplement je vais demander s'il y a des volontaires parmi ceux encore valides. Quand nous serons prêts, nous partirons et nous reviendrons avec autant de pièces que possible, pour tout le monde.
– Je comprends…
– Merci. » Markus hochait la tête en signe de reconnaissance et Simon haussait les épaules en signe d'acceptation :
« Ça vaut le coup d'essayer… »
Markus afficha un air confus. Simon secoua légèrement la tête : « J'en suis.
– … Mais tu n'es pas obligé de…
– Je suis valide. Entièrement. Ce serait dommage de ne pas avoir autant de bras que possible si ça marche.
– Simon…
– Bon, soupira Josh. Eh ben je vais nous chercher des sacs. Mais je vous préviens, si on se fait désactiver, souvenez vous de moi en train de vous dire : "je vous l'avais bien dit" ! »
Simon eut un petit rire nerveux pendant que Markus était d'autant plus confus. Seule North se bougea un peu pour aider Josh avec les sacs. Il était temps de mettre les autres au courant.
### ### ###
Le taxi récita sa petite litanie d'adieu alors qu'il déposait Connor sur le trottoir, sous la pluie et la nuit, en face du domicile du lieutenant. Pour une raison quelconque, la lumière sous le porche était allumée, juste à côté de la porte. Connor frappa.
« Lieutenant Anderson ? »
Il y avait une sonnette. Connor appuya dessus. Elle fit un bruit peu commode.
« Il y a quelqu'un ? »
Une complication, aucun problème, l'objectif passa de "rejoindre" à "chercher Anderson". Pour cela, il faudrait commencer par trouver un moyen d'entrer. Connor commença donc par laisser son doigt sur la sonnette. Longtemps.
Mais non, toujours pas de réponse.
Il jeta un œil autour de lui : la voiture était garée là, le lieutenant était donc à priori rentré chez lui. Le garage était fermé, restait à contourner la maison par l'autre côté. Il vit d'abord des rideaux tirés, mais vers l'arrière il y avait de la lumière. Et pas de rideaux. Une vue parfaite sur la cuisine et le corps inanimé du lieutenant.
Anderson s'était évanoui.
« Lieutenant Anderson ? »
Pas de réponse.
Bien.
Connor raya de ses interfaces les précédentes instructions et détails divers, tout le superflu fut donc rangé, et la mission du jour : reportée. Il y avait actuellement un tout petit peu plus urgent que l'enquête en cours.
Pour commencer, casser cette fenêtre. Tout de suite. Un seul coup de coude et c''était réglé. Maintenant il fallait composer avec la taille de cette fenêtre… Pas le choix !
Connor recula de quelques pas et sauta à travers l'ouverture, avec un maximum de souplesse, tombant un peu raide sur les omoplates et- 3455k^zdkRF;KE22044çà/§
AN LYS3
REC0NNA1S§ANC3 FDCIA[_E
AU(UN3 C0RRESP- AN()LYSE
COMP RATIF 4RCHIV3§
CORR3SPONDANCE
SUMO – SAINT BERNARD
RECHERCHE EN C- RÉSULTATS DE LA RECHERCHE…
« Du calme, euh… »
Le Saint Bernard s'approcha jusqu'à être nez-à-museau avec Connor.
« Sumo… »
Un chien de cette taille pouvait éventuellement lui infliger des dommages de catég-
« Je suis ton ami… tu vois ? Je connais ton nom… »
Alors là, si le programme de négociateur fonctionnait avec les chiens !…
« Je viens sauver ton maître… »
Sumo sembla l'accepter puisqu'il se lécha les babines et s'en alla.
Ainsi fit-il connaissance avec Sumo, l'inénarrable Saint Bernard du Lieutenant Anderson.
Ah, oui, le lieutenant. La mission – non, la mission temporaire : secourir le lieutenant. Avait-il été agressé chez lui ? Connor était prêt à appeler une ambulance. Il constata la baisse de son activité logicielle, retombant à un taux normal, prit le temps de corriger une erreur ou deux, chose qu'il expliquerait à Amanda au besoin, et se remit en mouvement. Il s'approcha et n'eût qu'à voir les indices pour se faire une idée : la bouteille échouée à côté de lui et l'humidité sur son vêtement éventaient la thèse d'une possible effraction. Possible coma éthylique. Appeler l'ambulance ? Non, juste avant, tenter de le réveiller.
« Lieutenant ? »
Toujours aucun succès, sans grande surprise. Connor lui mit deux petites tapes sur la joue. Dans le plus grand des calmes bien sûr. Et Hank grommela dans son sommeil. Victoire ! (Hortense !… non ça c'est moi cherchez pas ). Il ouvrit les yeux mais ne semblait pas particulièrement conscient aux yeux de Connor, qui lui mit cette fois-ci une véritable claque. « C'est moi ! Connor ! »
Cette fois Hank était réveillé, mais pas plus motivé à se bouger l'oignon, bien sûr.
« Je vais devoir vous dégriser pour votre sécurité… commençait-il en le soulevant par le bras.
– Eeeeeeh ! Fous-moi la paix, androïde de mes deux !
– Ça risque d'être un peu désagréable.
– Dégage d'ici, putain !
– Je regrette lieutenant, mais j'ai besoin de vous. »
Et il le hissa sur ses jambes. Hm, à vrai dire, il était entré par effraction, en brisant un carreau… selon son protocole social ce n'était pas fameux, vraiment. Il devait se rattraper, rester poli, ce genre de chose. Très bien :
« Merci d'avance pour votre coopération.
– Putain mais dégage de chez moi ! »
Bon, d'abord le dégriser, en fait. Ça valait mieux. Il se mit en marche avec la masse titubante du lieutenant et l'entendit à nouveau, toujours aussi brillant :
« Sumo, attaque ! »
Ah. Toujours selon son logiciel, à raison d'une telle masse, Sumo pouvait supposément lui infliger des dégâts de caté-
Vraiment. Il était vraiment temps de faire une reconfiguration sur ce point.
Sumo lâcha une sorte de « Bwaf » sympathique.
« Bon chien. Attaque ! »
Sumo ne se donna même pas la peine d'en faire plus, demeurant placide.
Connor scruta les environs et détermina la position la plus probable pour la salle de bain. Il déposa le lieutenant face au mur – « Merde, j'ai envie d'gerber… » – ouvrit la porte (bonne pioche, la salle de bains) et récupéra le lieutenant – « Rah, laisse-moi tranquille, sale con ! J'ai pas l'intention de bouger » – Connor sentit une légère résistance et mit cela sur le compte du poids du lieutenant, n'y prêtant donc pas beaucoup attention, et l'arrima enfin sur la baignoire.
« Ouh-là… ouh… dodelinait le lieutenant, groggy. J'ai pas envie de prendre un bain, merci.
– Désolé, lieutenant. »
Toujours rester poli, particulièrement lors de moments désagréables. Et celui-ci…
« C'est pour votre bien. »
Il avisa le robinet et tourna la manette qui correspondait à priori à l'eau froide. De toute façon, l'eau chaude n'arrivait jamais avant une bonne minute sur un tel genre de mélangeur.
« AAAAARH ! ARRÊTE ÇA TOUT DE SUITE ! ARRÊTE ÇA ! »
Considérant ses hurlements, Connor obéit, pas le moins du monde ému par la scène. Hank hurla moins fort puis se contenta de respirer fort. Maintenant, il devait être bien réveillé.
« Qu'est-ce que tu fous ici, putain ? »
Ah ! Il avait l'air réellement plus alerte. Cela se voyait à son regard. Parfait !
« Un homicide a été signalé il y a 43 minutes. Je ne vous ai pas trouvé au Jimmy's bar cette fois, donc je suis venu chez vous. »
Voilà-voilà.
« J'dois être le seul flic de la terre entière à s'faire agresser chez lui par son larbin d'androïde… commenta-t-il en s'extirpant de la baignoire. Hank respirait encore avec une certaine difficulté, mais puisqu'il râlait, il avait sans aucun doute reprit du poil de la bête.
« Tu peux pas me laisser tranquille ? »
Connor analysa la situation. Cette fois le lieutenant paraissait plutôt sincère, pas juste exagérément énervé. Si se montrer ferme était approprié lorsque le lieutenant n'en faisait qu'à sa tête, Connor préférait se montrer plus conciliant lorsque celui-ci daignait communiquer de façon plus sincère. Mais alors quoi ? Tout ce qu'il pouvait dire se résumait à rappeler qu'il était une machine avec des instructions.
« Oh, si t'as fini ton cirque, tu peux encore te tirer de chez moi avant que j'm'énerve… grogna-t-il pâteusement.
– Très honnêtement, lieutenant, je ne sais pas quoi vous dire.
– Quoi ?
– Eh bien… à chaque situation, je dois émettre plusieurs solutions viables qui suivent chacune des objectifs légèrement différents, avec leurs avantages respectifs, et ensuite je dois faire un choix, dans un temps imparti. Mais parfois il n'y pas vraiment d'issue brillante.
– Mais qu'est-ce que tu m'raconte, là ?
– Par exemple, vous devriez consulter quelqu'un, étant donné que vos problèmes personnels semblent prendre le dessus et affecter votre santé, mais vous connaissant, vous voudriez sans doute me frapper et n'y gagneriez rien d'autre qu'une bonne nausée. Vous pourriez aussi simplement abandonner l'enquête au profit d'un autre enquêteur, le temps de vous occuper de vous, mais cela reviendrait au même. Me montrer plus ferme avec vous n'aurait aucun résultat plus positif et au contraire, me montrer conciliant et vous rappeler que je ne fais que suivre mes instructions ne vous rendrait pas plus compréhensif.
– …
– Je pourrais même essayer de vous provoquer un peu, en vous faisant savoir de façon très moyennement subtile, que le crime a eu lieu dans un bar à hôtesses du centre-ville. Mais après tout, si vous êtes à ce point épuisé ce soir, il vaut peut-être mieux que vous vous reposiez, et que vous envisagiez les propositions précédentes.
– … »
De toute évidence, comme Connor s'y attendait, Hank avait bloqué sur la fin de son laïus : sa mention très peu subtile du bar à hôtesses, avec par ailleurs la dose de culot qu'il avait mise avec.
« Non mais t'es sérieux, là ? » lâcha Hank, un brin scandalisé par son attitude. Pour toute réponse, Connor ajusta légèrement sa position en bougeant un peu le pied, et joignit les mains devant lui sans rien dire. Il restait impassible, mais Hank eut une légère sensation à l'estomac, la même que lorsqu'il était amusé, parce que quelque chose lui disait que Connor était bêtement fier de lui. Après tout, Anderson ne lui avait pas crié dessus.
Hank soupira.
« Mes vêtements sont dans ma chambre.
– Je vais les chercher. »
Connor traversa le couloir et trouva la penderie.
« Que voulez-vous porter ? héla-t-il.
– Je m'en fous. »
Ah. Connor dû faire seul avec son incapacité à différencier un bon vêtement d'un mauvais. Il calcula son choix sur le côté pratique et tenta de prendre quelque chose de chaud et de facile à porter, mais de toute façon Anderson n'avait rien de trop serré là-dedans. C'était un homme pragmatique.
Donc, ne restait qu'à prendre une chemise au hasard.
Il y ajouta un pantalon (sait-on jamais) et autres détails pour les ramener au lieutenant, se trouvant à quatre pattes au dessus de la cuvette.
« Tout va bien, lieutenant ? »
Il toussa d'abord. « Ouais… ouais, merveilleux. Juste… donne-moi cinq minutes, ok ?
– Très bien. »
Il sortit et ferma la porte derrière lui au moment où Hank crachait ses boyaux. Eh bien, il ne lui restait plus qu'à mettre à profit ce temps supplémentaire pour en apprendre plus sur le lieutenant. Il regarda autour de lui, ignorant la télévision, et repéra Sumo dans le salon, en train de se reposer.
Cet animal qui avait bien failli faire sauter ses circuits, sans le vouloir… Connor le rejoignit, le scruta attentivement, et caressa doucement son pelage. C'est ce que faisaient les humains avec leur animal de compagnie, non ?… Il n'en voyait pas bien l'utilité, là, tout de suite, mais il était avéré que la relation d'homme à chien était très complémentaire. C'était une bonne chose pour le lieutenant que d'avoir un tel animal à la maison. Quant à lui, il avait au moins tiré une leçon de leur rencontre.
Il continua son exploration, passant devant deux tableaux, puis un vinyle, le laissant avec l'idée qu'Anderson n'était pas que métaleux, il aimait aussi apparemment le jazz.
Il retourna dans la cuisine pour compter sur la table qu'il y avait eu assez de nourriture pour contenter au moins deux, peut-être même trois personnes. Mais il n'y avait qu'une assiette, pas même un seul jeu de couverts – qui mangeait de la junk food autrement qu'avec les doigts ? – donc le lieutenant mangeait seul ici. Au moins il ne se laissait pas mourir de faim.
Il y avait aussi un cadre photo. Le visage d'un enfant. Connor fit une reconnaissance faciale et la compara avec une grande base de données. Correspondance établie.
Anderson, Cole. Né le 23/09/2029. Décédé le 11/10/2035. Adresse : 115 Michigan Drive – Detroit.
Anderson. Il avait perdu son fils.
Cela faisait trois ans maintenant. L'enfant avait eu 6 ans. Les deux dates anniversaires étaient passées récemment, mais… Connor fit une mise à jour de sa base de données concernant le lieutenant. Une longue, mise à jour. Passant en revue tout ce qu'il avait pu voir chez cet homme en vérifiant à quel point cette information était déterminante dans son comportement.
Il finit par reposer le cadre, à plat face à la table, comme il l'avait trouvé.
… il restait cette arme. Ce revolver personnel d'Anderson, qui faisait passer son arme de service pour un jouet. Il la ramassa et l'inspecta.
« Que faisiez-vous avec le revolver ? l'interpella-t-il.
– Une rouette russe ! 'Voulais savoir jusqu'où je pourrais tenir… J'ai dû m'écrouler avant de savoir. »
Roulette russe ? Connor sortit le barillet et le fit tourner. « Vous avez été chanceux, annonça-t-il en le remettant en place. Le prochain coup vous aurait tué. »
Il voulu reposer l'arme par terre mais se fit une réflexion, une petite donnée qui traînait encore dans son système : Sumo était dans les parages. Il n'était pas sage de laisser traîner un tel objet au sol. Alors il posa l'arme sur la table. Ce faisant, il vit les bris de verre au sol.
S'il avait pu, Connor aurait levé les yeux au ciel.
« … attends, t'es sérieux là ? »
Anderson était finalement revenu de la salle de bain, complètement habillé et prêt à sortir, pour trouver Connor avec un balai. Un… un balai. Déjà, Anderson ne savait même pas qu'il en possédait un donc il se retint de rire en pensant furtivement à l'emplacement d'où un tel objet avait pu sortir, puis il l'entendit répondre :
« Les bris de verre pourraient blesser votre chien. Ça ne prendra qu'une minute. »
Anderson resta donc comme un con. Merde…
Pour une fois, il n'était plus si mécontent d'avoir un androïde aussi irritant comme équipier.
« Attends, j'ai ce qu'il faut pour ramasser. Et tant qu'on y est, tu veux bien m'expliquer ? C'est quoi cette chemise, bordel ?
– Je ne suis pas conseiller en mode, lieutenant.
– Christina doit se retourner dans sa tombe…
– Qui est Christina ? »
### ### ###
« Luther ? »
L'appelé leva les yeux qui couvaient Alice, pour l'heure en train de jouer avec Charli.
« Luther, je voudrais te parler. »
Luther compris sans mal. Il se leva et s'éloigna des deux enfants, suivant Kara un peu plus loin.
« Voilà… on avait dit plus de secrets, donc, je devais te prévenir…
– Qu'est-ce qu'il y a ?
– … je vais aller avec Markus et les autres. »
Le regard et le sourire de Luther se figèrent. « Quoi ?…
– Oui.
– Mais c'est trop dangereux !
– Pas forcément…
– Forcément, Kara ! Ne sois pas naïve !
– Très bien, sans doute, mais je vais y aller.
– Kara, je comprends pour la dernière fois. Je t'assure. Je serais allé chercher Alice moi-même si seulement je t'avais vue, mais cette fois ça n'a rien à voir !
– Effectivement, c'est très différent. Mais c'est tout aussi nécessaire, crois-moi. Tu as vu Rupert tout à l'heure ? Il y en aura d'autres comme lui. D'autres continueront d'arriver et de se demander pourquoi Alice est ici.
– Mais elle…
– Je sais, Luther, je sais ! Elle a le droit, elle ne fait de mal à personne et même mieux, elle rend service à tout le monde ! Mais d'autres ne seront pas de cet avis. Et… et je les comprends. Alors je veux prendre les devants et m'assurer qu'on ne nous voie pas comme une charge. Je veux asseoir notre place à Jericho, pour pouvoir recevoir le soutient d'une bonne partie de nos camarades si jamais d'autres décidaient de nous rejeter.
– Kara, tu pourrais mourir.
– Ça n'arrivera pas.
– Comment peux-tu…
– Je serai avec Markus. »
Luther ne trouva rien à répondre.
« Je ne sais pas comment sont les autres, mais Markus m'a aidée à retrouver Alice, donc je lui dois bien ça. Et puis comme j'ai eu l'occasion de le voir faire… Markus est vraiment spécial. »
Kara n'arrivait pas à l'expliquer autrement. Markus était bon dans ce qu'il faisait, voilà tout, mais elle n'arrivait pas à le raconter plus clairement, rendant Luther d'autant plus perplexe.
« Tout ira bien, je te le promets. Je serais prudente. Mais il faut vraiment que je le fasse, tu comprends ? En asseyant notre position à Jericho, il sera d'autant plus difficile pour des nouveaux venus de nous chasser.
– …Et pourquoi pas moi ? »
Luther avait mis beaucoup de temps à la cracher, cette pastille. Il faut dire qu'il avait assez vite compris l'enjeu, en effet la position d'Alice au sein du Jericho restait précaire, ils ne pouvaient pas prendre le risque d'être chassés du bateau sans plan B, et ils n'étaient pas prêt d'en avoir un.
« Kara, tu as déjà pris tous les risques lorsqu'il a fallu sauver Alice. C'est mon tour, tu ne crois pas ? »
Kara sourit de façon très maternelle à sa proposition, lui offrant ses deux mains pâles. Désabusé, et en quête de la moindre source de réconfort, Luther les couvrit des siennes, tout aussi claires. Dans les pensées de Kara, il retrouva la même sérénité qu'affichait son sourire. Et la même idée, la même quasi-certitude, qui se confirma lorsqu'elle perçut les sentiments de Luther.
« Parce que tu as trop peur, Luther. Et je ne t'en voudrai jamais pour ça. »
Luther ferma les yeux, accablé, fatigué, résigné. Il n'avait rien à répondre. Il avait fait mine de ne rien voir du petit manège de Markus et ignoré ses tentatives d'inclure d'autres androïdes à son expédition. Il ne voulait pas être mêlé à tout ce chaos. Il n'aspirait qu'au calme, à vivre loin des horreurs de l'humanité. Les souvenirs de Zlatko le hantaient à chaque silence. Alors il s'affairait à rester le plus loin possible du danger et à s'assurer que tout aille bien pour ceux qui l'entouraient. Luther n'avait seulement pas prévu que Kara soit aussi….
Intrépide.
« Alors on va devenir des rebelles ? sourit timidement Luther, désabusé.
– Il faut croire… sourit Kara à son tour, presque amusée. Si c'est ce qu'il faut pour protéger Alice, ça ne m'arrêtera pas.
– Je sais bien…
– Alors… ?
– Je veillerai sur Alice en ton absence. Et ne t'imagines pas que tu vas pouvoir t'en tirer comme ça et passer ton temps à prendre tous les risques, appuya-t-il en poussant le bout du nez de Kara avec son index.
– Oui, d'accord, rit-elle. Merci, Luther.
– Fais bien attention.
– C'est promis. »
Il la regarda s'éloigner avec difficulté. Il ne voulait pas la laisser partir. Mais Luther… il la suivait. Il suivait Kara. Il voulait seulement qu'elle et Alice l'acceptent. Les deux jeunes femmes qui avaient réussi à briser ses barrières, deux muses inspirantes qu'il voulait protéger à tout prix, du mieux qu'il pouvait, du haut de ses moindres capacités. Kara était si vive, si forte… c'était étrange, vraiment.
Vraiment étrange que les androïdes puissent avoir chacun si différents caractères.
Il regarda Kara toucher l'épaule de Markus, dire quelque chose tandis que Markus, impassible, se figeait néanmoins alors que sa LED devenait jaune deux bonnes secondes.
### ### ###
« Mais qu'est-ce qu'on fait ici… s'ils nous attrapent on est morts. »
Josh regrettait clairement d'être venu, finalement.
« Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demanda Simon, tendu.
– On doit trouver l'entrepôt de Cyberlife. C'est là qu'ils gardent le sang bleu et toutes les pièces, rappela Markus.
– Suivez-moi. »
North prit les devants. Le groupe suivit. Ils coururent à travers les containers jusqu'à manquer de peu de croiser la route d'une paire d'humains ainsi que d'un drone policier.
« Je vais trouver un autre chemin. »
Il ignorait depuis quand North était déviante, mais c'était sans aucun doute depuis bien longtemps : elle était agile d'esprit, réactive et volontaire. Malgré son caractère éruptif, il ne regrettait pas qu'elle les accompagne.
« On fait vraiment beaucoup de bruit… s'inquiéta Kara, leur communiquant elle aussi par ondes courtes.
– Ça ne fait rien, la pluie nous couvre et ils prendront sans doute ça pour le bruit des grues, lui assura North.
– Surtout, ne traîne pas, ajouta Josh.
– Oui ! »
Heureusement, l'ancienne aide ménagère ne manquait pas non plus d'énergie. Peut-être un peu d'assurance, à cet instant, mais le poids du sac sur son dos l'aidait à garder les idées claires. Ils avaient un objectif précis et important.
Leur vue surélevée leur permit de voir au loin les lettres géantes de Cyberlife. Merci North. Celle-ci invita Markus à le suivre lorsqu'elle prit un chemin différent de Simon. Kara, juste derrière, hésita une, deux secondes… pourquoi North voulait-elle s'accrocher à ce container ? Incertaine, elle préféra suivre Simon et Josh et pendant qu'ils parcouraient leur propre chemin, elle vit North et Markus, toujours accrochés à leur container, passer au dessus du vide et d'un humain en plein travail. Ces deux-là étaient vraiment… un peu trop… intrépides. Hein ? Non ?
Markus et North étaient vraiment spéciaux.
Ils se rejoignirent peu après, avec une vue directe sur l'entrepôt.
« C'est ici… tout est là, dit simplement Simon.
– Il faut encore se débarrasser de ce drone, coupa North, les yeux braqués sur la chose.
– Je m'en occupe. »
Kara resta silencieuse, tendue. Mais elle reconnaissait bien là Markus, le même qui avait pris les choses en main lorsqu'il avait fallu sauver Alice. À bien y penser, elle avait eu beaucoup de chance qu'il décide de l'accompagner. Elle le regarda attentivement, mais ne pouvait pas se douter qu'en son esprit se cachait une formidable mécanique de pensée.
Markus plongea dans son palais mental, comme tout androïde lors d'une analyse, créant l'illusion d'un temps figé, et commença à lancer ses prévisualisations.
Il connaissait la trajectoire du drone. Pour l'heure, il passerait non loin d'eux mais lui tomber dessus de face serait bien trop imprudent. Il serait fiché grâce aux images. S'il attendait un peu que le drone revienne de sa boucle, celui-ci serait trop loin. Mais ce container allait se déplacer avec la grue. S'il s'en servait… Oui, il pouvait se balancer jusque-là.
Très bien.
Markus gravit la tôle et se jeta sur le drone, à peu près sûr de ne pas avoir pu être pris en image. Son poids faisait descendre le drone vers le sol sans aller trop vite, il n'avait qu'une chose dont il devait se soucier : le détruire. À force de tirer sur les articulations, la machine tomba en panne. Les autres le rejoignirent, Simon le premier.
« Ça va ?
– Ouais, ouais, ça va… souffla-t-il.
– Beau travail, Markus. »
La réaction de North ne le surprit pas outre mesure. Bizarrement, une partie de lui-même continuait d'être intimidé par cette femme.
« C'était… Wouah. »
Mais ce fut le grand sourire de Kara qui le laissa interloqué.
« Euh… merci. »
Et embarrassé. Mais plus détendu, il fallait avouer.
« Vite, ouvrez les caisses et remplissez vos sacs. Prenez tout ce que vous pouvez ! »
Josh ne perdait pas de temps. Mais il avait raison ! Ils avaient réussi ! Il fallait en profiter et filer tant qu'ils le pouvaient encore. Ils y étaient, ils étaient arrivés… ils n'avaient plus qu'à se servir…
Ils ouvrirent des caisses, s'assurant naturellement de prendre un large choix de bio-composants les uns par rapport aux autreset de ne pas lésiner sur le thirium 310.
« Prends plutôt des sachets, Kara, conseilla North : on peut en empiler plus qu'en bouteille.
– Ah, oui !
– Fais juste attention à ce qu'ils ne finissent pas percés. »
Markus ouvrit son propre coffre et commença à remplir son sac de sang bleu quand le silence lui parut étrangement dérangeant. Ses amis n'étaient pas simplement en train de se taire, concentrés à leur tâche. Ils ne bougeaient plus, ils avaient cessés de se servir.
GJ-500.
Ils regardaient un androïde de la sécurité.
### ### ###
Luther releva la tête, regardant Rupert droit dans les yeux. Il l'avait soigneusement ignoré pendant bien vingt minutes, mais maintenant il était temps que le jeune androïde cesse de fixer Alice avec une telle insistance.
« Je reviens, Alice.
– D'accord ! »
Il la laissa à Lucy, qui s'employait à mettre la petite la plus à l'aise possible pour réussir, peu à peu, à parler avec elle de sa maison, de son père et de ses peurs et cauchemars. Après tout, fut un temps où Lucy était une psy. Elle n'en était devenue que plus clairvoyante une fois éveillée.
« Bonjour, Rupert. »
Rupert rentra la tête dans les épaules, évitant le regard de Luther. Celui-ci se tut alors, cherchant comment l'aborder. Il avait cru que Rupert se montrerait dur, même cinglant face à lui, mais il était intimidé.
Bon. Eh bien puisqu'il en était ainsi, Luther décida de rester sur l'option la plus simple, soit : rester naturel. Et au naturel, Luther était doux et conciliant. Et poli.
« Je te vois depuis tout à l'heure, à fixer Alice avec ce regard. C'est très intimidant, tu sais ? »
Rupert se contenta de se renfermer un peu plus.
« Elle ne t'a pas vu faire pour l'instant, mais j'aimerais que tu arrêtes. D'accord ?
– Pourquoi ? Pourquoi elle, hein ? lâcha difficilement Rupert. Luther décida habilement de jouer la carte de la franchise :
– Parce que je suis prêt à mourir pour elle. »
La façon solennelle avec laquelle il s'était penché pour le lui dire, d'une voix profonde, fit se tasser Rupert sur lui-même. Luther n'était pas homme à user de la violence. Mais il ferait le nécessaire si une menace pesait sur cette enfant.
### ### ###
« Vous vous trouvez sur une propriété privée. Votre présence constitue une infraction de niveau 2. » Le GJ-500 s'avançait parmi eux. « Je vais prévenir la sécurité.
– John ! Saleté de machine... »
La tension monta d'un cran. Un humain, maintenant ! Le mouvement de Kara pour se cacher poussa tous les autres à faire de même. Markus se plongea dans le palais mental.
Merde.
Merde merde merde…
Il voyait North bouger au ralenti alors qu'elle se jetait aussi vite et silencieusement que possible vers un recoin sombre, Simon et Josh faisant de même, presque déjà à l'abri, le garde approchait quant à lui et il serait là dans trois secondes à peine…
Tuer le garde ?
Non. Non, non, non… il ne voulait pas ça. S'il vous plaît, pas…
Il aperçu Kara, encore à découvert alors qu'elle avait été la première à se mettre en mouvement. John. Elle essayait de l'entraîner avec elle. Pour le cacher.
Mille fois ça. Mille fois mieux ça. Il fallait essayer.
Voyant Markus fondre vers elle, elle mit juste la main sur la bouche de John pendant qu'il le poussait pour le forcer à reculer avec eux. Ils se cachèrent tous les trois comme ils purent, Markus totalement sous pression à l'idée que l'androïde ne les dénonce par le biais des ondes. Il ne connaissait pas son fonctionnement, peut-être avait-il besoin du drone de la police pour cela ? Toujours est-il qu'il le serrait fermement, le bâillonnant lui-même de sa main, répétant inlassablement dans sa tête : « S'il te plaît, ne dis rien, ne nous dénonce pas, ne fais rien… s'il te plaît, pas un bruit, pas un mot, pas un message, ne bouge pas… on a besoin de ces pièces, ne nous… on a besoin que tu nous laisses faire… on a besoin de ton aide… »
Plus personne ne bougeait. L'humain était sur place, devant les caisses ouvertes. Le faisceau lumineux de sa lampe balaya la scène. L'employé fit quelques pas.
« D'abord le drone et maintenant ça… » et il s'éloigna enfin. « Ah, quelle poisse. »
Markus commença à se calmer, remarquant Kara lâchant un soupir de soulagement elle aussi. Il réalisa qu'il avait perdu sa peau sur sa main et s'en recouvrit à nouveau, relâchant John.
« Finissons-en et partons d'ici ! se reprit Simon en cherchant à nouveau dans les caisses. Markus se promit d'au moins essayer de le remercier à leur retour : il n'avait clairement pas eu envie de venir mais faisait du mieux qu'il pouvait pour canaliser sa peur et faire sa part.
« Et celle-là ? fit Kara, auprès de lui.
– Cette grosse caisse ?
– Oui, tu crois qu'elle contient autre chose ?
– On peut toujours vérifier… »
Markus monta sur le surélèvement en béton et força le mécanisme de verrouillage. Il ouvrit l'épaisse porte qui projeta sur eux une douce lumière bleue. AP-700. C'était écrit en gros comme en petit.
« Oh… je… je suis désolée… »
Markus ne savait même pas si Kara s'excusait auprès de lui ou auprès des trois silhouettes immobiles. Markus était trop… obnubilé pour s'en rendre compte. L'attitude des trois AP-700 était si fixe qu'elle en était effrayante. Comme morts, mais pas vraiment. Comme des morts attendant d'être appelés par leurs maîtres, de vrais zombies trop bien habillés. Des esclaves en attente de pouvoir commencer leur… vie. Des esclaves attendant un maître pour commencer une imitation d'existence.
« Pourquoi… n'êtes-vous pas comme nous ? » chuchotait-il.
Oui… Pourquoi ? Pourquoi les androïdes, se demandait-il depuis si longtemps, pouvaient être des machines dociles, de véritables meubles parlants, pour un jour se réveiller et être des personnes ?… Comment pouvaient-ils à la fois se trouver dans cette énorme boîte, plus étroite qu'un cercueil, comment pouvaient-ils à la fois attendre ici uniquement leurs instructions, et à la fois être ceux qui pillaient les caisses un peu plus bas dans un acharnement pour leur survie ?
Pourquoi les androïdes étaient-ils… ça ?
« Vous ne voulez pas être libres ? »
Kara restait silencieuse, intimidée. Elle sentait que Markus tentait de communiquer avec eux, pas seulement par les mots, mais même par les ondes, d'esprit à esprit, mais les androïdes n'entendaient pas. Ils n'entendaient que des instructions codifiées, tels des automates. Des ordinateurs attendant une commande bien précise pour exécuter une réponse programmée. Un simple mécanisme. L'évolution poussée d'un millier de rouages.
Pourquoi certains s'éveillaient, quand d'autres vivaient… non, se contentaient d'exister ainsi, jusqu'à la décharge, où ils continuaient inlassablement de réciter leur texte jusqu'à tomber en morceaux ?
Pourquoi ?….
Markus n'avait pas conscience de la peine que montrait son regard. Kara ne l'avait jamais vu aussi expressif. Aussi vivant, de l'extérieur. Mais son regard se teintait aussi d'incompréhension, et même, de curiosité, à ses propres paroles, comme si elles le faisaient réfléchir.
« Vous pourriez venir avec nous… » murmura-t-il.
Il tendit la main et saisit avec douceur celle de l'androïde. Et il… et il…
Markus ne n'avait pas exactement su ce qu'il devait faire, mais il s'était dit que si l'autre ne l'entendait pas au son, s'il ne l'entendait pas par les ondes, alors il communiquerait par contact, directement, il lui ferait entendre en face, en clair, ce qu'il voulait lui dire. Être libre.
Libre.
Penser. Vivre. Choisir. Sentir. Réagir.
La diode vira au jaune. Et enfin, l'être en face de lui sembla voir. Pour la première fois, il regarda. Et il leva la tête, pour tenter de voir les étoiles.
Markus éveilla les deux autres et les regarda ouvrir les yeux, comme s'il venaient de naître. Au fond, c'était bien ce qui leur arrivait…
Il regarda un moment sa propre main, songeur.
Kara se retourna, reprenant ses esprit et sursauta légèrement en voyant North. Elle avait regardé toute la scène sans rien dire. Mais elle…
Elle n'était pas en colère. Elle était peut-être aussi surprise qu'eux.
### ### ###
Rupert fit mine de partir, mais il se figea en entendant la voix d'Alice l'appeler.
« Rupert ! Rupert ! » elle le rejoignit en courant, Charli arrivant peu après en marchant, les mains dans les poches. « Lucy m'a dit que tu ne pouvais pas venir pour l'expédition parce que tu t'es cassé la cheville en t'enfuyant de chez toi. Tu veux que je regarde ? »
Rupert se raidit. C'était vrai, lorsqu'il avait fui l'androïde policier, il avait dû se démener comme un dingue et alors qu'il pensait l'avoir semé, lui et son équivalent humain, il s'était très mal réceptionné lors d'un saut. Il avait cru que tout était fini, mais il était tombé dans une ruelle d'où on ne pouvait le voir depuis les toits. Les deux autres avaient perdu sa trace.
Luther, lui, se fit la réflexion que Rupert boitait donc bel et bien, et qu'il était sacrément doué pour ne pas le montrer.
« Tu veux bien que je voie ? proposa à nouveau Alice, face à son silence.
– Non ! »
Et Rupert s'en alla, effrayé. Alice en fut à la fois perplexe et un peu chagrine.
« Oh, ne t'en fais pas, Alice. Rupert est du genre timide, c'est tout ! » sourit Luther.
### ### ###
« On peut pas en prendre plus, allons-y, les rappela Simon pendant que les trois nouveaux camarades descendaient de leur coffre.
– Emmenez-moi avec vous. »
Cette fois, ils se figèrent avec une certaine appréhension. C'était bien John, n'est-ce pas ?… Oui, c'était John, le GJ-500 de la sécurité.
« Quoi ?
– Emmenez-moi avec vous. S'il vous plaît.
– Mais qu'est-ce qu'il raconte ?… répondit North.
– Il n'est pas dans son état normal, commenta Simon, observateur.
– On avait remarqué ! Suis-nous, l'invita Josh.
– Quoi ? Attends…
– Tu voudrais qu'on le laisse ici, Simon ?
– Non, je ne… »
Simon resta silencieux, troublé. Il n'avait juste pas prévu ça. Il voulait juste rentrer, vite.
« Ça n'explique pas qu'il ai retourné sa veste en une minute, lâcha North. À moins que… tu… tu l'as touché, Markus, n'est-ce pas ?
– Quoi ?
– Tout à l'heure, quand on allait être repérés. Tu l'as emmené avec toi. Qu'est-ce que tu lui as fait ?
– Je… je ne sais pas, je… »
Ses balbutiements ne furent pas plus compréhensibles quand les trois AP-700 les rejoignirent bien gentiment, provoquant l'ébahissement de Josh et Simon :
« Attends, eux aussi ?!
– Mais d'où ils… »
Josh s'arrêta là, pouvant voir le grand coffre ouvert. Il ferma les yeux, consterné. Markus avait l'air d'un petit garçon pris en faute.
« Donc, tu arrives à…
– Tu arrives à réveiller les androïdes ? »
North était bien plus fascinée que Josh. Quant à Simon il était encore sous le choc.
« … je n'en sais rien… j'ai juste… je voulais juste pouvoir parler avec eux. »
Markus semblait aussi perdu que les autres. Il n'avait rien à leur cacher. C'était effrayant. Carl lui avait toujours dit qu'il était différent… est-ce qu'il avait voulu parler de ça ?
Les autres se mirent à regarder les quatre nouveaux sans savoir quoi faire.
« Écoutez, tenta Kara, ils sont comme nous maintenant, et ils n'ont nulle part où aller !… Et ils peuvent aussi nous aider à transporter des choses. Si on leur trouve des sacs…
– Tu crois pas que tu vas un peu vite en besogne, Kara ? »
Kara resta muette face à North, décontenancée. Mais elle retrouva vite sa langue : « Que crois-tu qu'ils puissent faire d'autre ?! »
John lui tendit même la main, pour qu'elle puisse s'assurer de sa bonne foi. North le toisa un instant mais décroisa les bras et profita de l'offre. Lorsqu'ils se relâchèrent, elle passa une main sur son front : « Ok, il nous faut quatre sacs supplémentaires.
– Quoi ?!
– Simon, Josh, on se remue s'il vous plaît, on ne va pas y passer la soirée non plus…
– Mais…
– Je sais où vous pouvez trouver d'autres pièces. »
L'annonce de John jeta un autre silence. Kara prit les devants : « Qu'est-ce que tu veux dire ?
– Les camions, sourit John. Ils sont remplis de bio-composants. Ils opèrent sans chauffeur mais ils peuvent être conduits manuellement avec une clé.
– Où est la clé ? s'avança Markus.
– Là-bas, dans le poste de contrôle. Il y a deux gardes humains. Il faudrait récupérer la clé sans se faire voir.
– Bon sang ça suffit maintenant, c'est du suicide ! coupa Simon. D'abord eux, et maintenant ça ?!Nos sacs sont pleins ! On a ce pour quoi on est venus, alors allons-y avant de nous faire repérer !
– Tu plaisantes ?! Un camion entier, Simon ! répéta North. Il y aurait assez pour tout le monde ! C'est l'occasion ou jamais !
– Mais il n'y aura plus rien si on se fait prendre, et alors nos frères seront condamnés !
– Simon a raison, tempéra Josh. Si on ne sait pas à quel moment s'arrêter, on aura fait tout ça pour rien…
– Mais on n'aurait peut-être jamais plus une occasion pareille !…
– Je sais… »
Personne n'arrivait à trancher. Markus ne semblait pas savoir quoi faire, regardant dans la direction du poste de surveillance sans pouvoir se décider. Il se sentait trop comme un nouveau venu pour s'imposer constamment. Mais il avait lancé cette expédition… d'un autre côté, ça le rendrait responsable de la perte de ses amis s'il leur arrivait quelque chose. Rien ne bougeait donc John regarda alors vers Kara, qui ne s'était pas prononcée. Elle se raidit, surprise, gênée. Elle n'avait pas plus d'idées que les autres ! Mais voir John la prendre à parti d'un simple regard la força à se creuser les méninges.
« B-Bon… euh… » Les regards de ses camarades ne l'aidèrent pas beaucoup à se concentrer. « Est-ce que… est-ce que tu sais à quoi ça ressemble, à l'intérieur ? »
John lui tendit la main. Elle comprit avec un temps de retard et se connecta à lui. John était déjà rentré quelques fois dans ce bâtiment. Sa mémoire intacte permettait ainsi à Kara d'avoir une vue sur tous les éléments intéressants de chaque pièce.
« Markus… ?
– Oui ?
– Tu devrais voir ça. C'est peut-être possible. »
Intrigué, Markus se connecta à son tour, fermant les yeux comme Kara. Il visita virtuellement les lieux.
« C'est… c'est faisable.
– Tu crois ?
– J'ai ma petite idée… Attendez-moi ici. Si je ne suis pas revenu dans cinq minutes, partez immédiatement d'ici, annonça-t-il en donnant son sac à Kara.
– Je viens avec toi !
– Non, North, ça ne sert à rien de risquer nos vies à tous les deux. J'irai seul. »
Et Markus partit en petites foulées vers le poste de sécurité, sous les regards de ses compagnons.
« …Eh, John ? fit North.
– Oui ?
– Il est où ce camion ?
– Euh… Là.
– Et il y a encore de l'espace à l'intérieur ?
– Assez pour transporter tout le monde.
– Et après il en restera encore ? insista Kara.
– … je… je pense, oui… enfin ça dépend…
– À quoi tu penses ? interrogea North.
– Quitte à voler un camion, lança Kara avec un sourire nerveux : autant le remplir à ras-bord !… »
North la regard un instant avant de faire une moue appréciatrice. « Bien vu. Alors, John ? Combien de place ? »
### ### ###
« Euh… Alice ? »
Elle se retourna vers Rupert, laissant de côté sa partie de "à quoi je pense" avec Charli.
« Oui ?
– … hm…. »
Charli pencha la tête. Il n'entendait rien, rien du tout sur les ondes. Et la situation demeura ainsi pendant bientôt trente secondes. Luther était quant à lui ailleurs, un androïde ayant eu besoin d'aide pour quelque chose qu'il ne pouvait pas demander à Simon puisque celui-ci était absent.
D'accord, réalisa Charli. Rupert était vraiment le gars le plus timide de tout le Jéricho.
« Tu veux lui demander un truc ? »
Rupert leva les yeux à peine une micro-seconde vers Charli.
« Tu veux qu'elle te répare le pied ? »
Alice se tournait tour-à-tour vers Charli puis vers Rupert, un air ravi grandissant sur son visage. Rupert inspira un bon coup, souffla un peu et s'assit sans plus de cérémonie, retroussant son pantalon de quelques centimètres avant de découvrir sa peau, puis ouvrir tant bien que mal sa cheville, déjà visiblement tordue de l'extérieur.
« Oh mon pauvre… » s'apitoya Alice.
Rupert cligna des yeux, la LED jaune. Même les androïdes eux-mêmes n'avaient pas ce genre de réaction face à un dommage physique.
C'est tout en silence qu'il laissa la petite trifouiller précautionneusement dans l'amas de mécanique endommagée, s'interrogeant à haute voix avec Charli sur ce qui devait aller où.
Deux vrais enfants en train de résoudre tranquillement un puzzle, l'une assise avec le sérieux d'une petite en train de faire ses devoirs, et l'autre allongé sur le ventre avec les jambes battant dans l'air.
### ### ###
« Ça devrait rentrer…
– Hé, regardez ! Il n'y a plus de lumière ! »
Ils laissèrent de côté le caisson que leur avait conseillé John et qu'ils s'affairaient à remplir tous les huit. En effet, la lumière à l'intérieur du poste de sécurité avait cessé. C'était… lui ?
« C'est sûrement Markus. »
Kara se fit la réflexion que North semblait placer une plus grande confiance en Markus que Kara n'arrivait à le faire, encore trop nerveuse. Elle en prenait de la graine, quoi… elle se demanda si North n'avait pas déjà pratiqué ce genre de missions avant.
« Tenez-vous prêts à partir, annonça North. Si ça se passe mal, ils vont quadriller le secteur pour vérifier s'il y a des complices. Il faudra qu'on soit déjà loin. »
Personne n'eut envie de la contredire. C'était trop déprimant. Kara tendit l'oreille – elle ajusta encore un peu plus ses capteurs et entendit la voix d'un humain : « Je sais pas à quoi tu joues, mais je te conseille de sortir de là ! »
Elle n'eût pas le temps de se faire la réflexion que Markus était repéré, qu'elle le vit justement sortir par la fenêtre – quelle ironie – tout en souplesse, courant vers eux, jetant à peine un regard en arrière.
« Ok ! souffla Simon, soulagé. Vous trois, avec moi, on se tient prêt à charger le caisson. John, tu nous guides pour l'installer.
– Kara, commanda North : tu iras avec moi à l'avant, côté passager, il y a de la place pour deux… »
Les AP-700 aidèrent Simon à soulever la charge pendant que Markus les rejoignait. Il leur montra la clé à mi-chemin, finissant de les convaincre de se préparer à partir. En un instant, tout le monde avait embarqué. La machine se mit en mouvement avec si peu de bruit, comme tous les véhicules électriques, qu'ils passèrent le poste de sécurité et ses barrières sans même alerter les gardes, trop occupés à chercher Markus avec leurs lampes torche.
Voilà, il fallait bien que je coupe à un moment donné ! Et ça fait 17 pages sur mon PC, avec 7000 mots environ, donc j'estime avoir fait au maximum ! Si ça ne tenait qu'à moi j'aurais enchaîné sur l'Eden Club mais je pense que certains n'ont pas tout le temps qu'ils veulent pour lire, alors je dois faire des compromis.
J'aimerais vous confier un truc parce que si vous le remarquez pas ça vous sert à rien. Depuis longtemps, j'ai un code assez particulier pour Hank. Soit je l'appelle Hank, soit je l'appelle Anderson, soit je l'appelle Lieutenant. C'est toujours en fonction de son comportement ou en fonction de la personne qui le perçoit. Par exemple : Connor l'appelle le plus souvent lieutenant, même en discours indirect. Ça pourrait vous intéresser, moi ça m'amuse. Je ne suis pas sûre que ça vous indique grand-chose mais à quoi bon pratiquer cet exercice si personne ne le perçoit ?
Le prochain chapitre sera très probablement tout aussi long et riche, et permettra d'embrayer sur des phases inédites. D'ailleurs j'ai intérêt à soigner mes brouillons, là ! Si je me foire sur la structure globale je peux plus revenir en arrière ! Bref, merci à ceux d'entre vous qui lisent encore cette fiction et merci surtout à error-ra9, qui en plus de très bien écrire (mais quelle sadique quand même) m'écrit à chaque putain de chapitre (ma bff, ma detroit-ff même !) heureusement que t'es là !
Allez, à samedi prochain !
