- Fallait qu'on débarque en pleine saison des pluies, se lamenta Saber.
L'île avait un climat tropical qui rendait la chaleur moite et étouffante. Leurs vêtements semblaient être comme une seconde peau à cause de la pluie torrentielle qui tombait depuis plusieurs jours sur le pays d'Hujan.
- Tu vas tenir le coup gamin ? fit Thatch jetant un regard en biais à Ace juste derrière lui.
Ace eût un sourire poli envers son commandant :
- C'est pas une petite pluie qui va mettre hors-service commandant !
- Zehahaha, c'est quand même pas de chance Ace, que tes pouvoirs soient atténués en cas de fortes pluies, se moqua Teach
Ace lui lança un regard noir. Il était particulièrement épidermique aux remarques que pouvaient faire son compagnon. Heureusement pour le gros tas en face de lui, son expérience à la tête d'un équipage l'avait rendu moins prompt à envoyer son poing au premier qui jouait avec ses nerfs. Teach eut un sourire narquois.
- Arrête un peu d'embêter le nouveau tu veux, dit Thatch, faites plutôt attention où vous mettez les pieds, fit-il en coupant une grande liane. Ils eurent à peine le temps de tous passer qu'elles bloquaient déjà à nouveau le chemin.
Ils avaient débarqué sur une plage isolée de toutes civilisations, entourée d'une jungle dense. Impossible d'y voir à plus de 3 mètres. Les lianes formaient des murs infranchissables à certains endroits, comme des sacs de nœuds. Les arbres immenses semblaient habités par diverses créatures toutes plus mortelles les unes que les autres. Plusieurs félins leur étaient déjà littéralement tombés dessus. Malheureusement pour ces pauvres bestioles, les pirates ne faisaient pas dans la sauvegarde animale. Au sol, ce n'était pas mieux. Ils sentaient régulièrement des corps les frôler et la pluie avait rendu la terre boueuse et glissante.
- Putain commandant si je croise cet enculé, je vous jure que j'lui fais sa fête. Comme ose-t-il nous faire ça à nous l'enf…Se mit à hurler Saber
- Calme-toi, je suis sûre qu'il a une bonne excuse…Il a plutôt intérêt, rajouta quelques instants plus tard le chef du petit groupe.
- Tu es sûre qu'il y avait un guide prévu au moins Thatch ? Demanda Teach.
- Bien sûr que oui ! Père, me l'a lui-même confirmé.
Afin que les missions de ses fils se déroulent le mieux possible, Barbe blanche demandait toujours à ses sbires sur place d'envoyer un homme issu du coin pour guider ses équipes et les tenir au courant des us et coutumes du pays. Inutile de provoquer un outrage embarrassant qui ne leur apporterait que plus de problèmes. En débarquant 4 heures plus tôt, les pirates avaient donc attendu qu'on vienne les chercher. Deux heures plus tard, lassés, ils décidèrent de se mettre en route, maudissant leur guide inexistant sur plusieurs générations.
Les voilà désormais à devoir explorer une terre inconnue dans l'espoir de trouver une trace de civilisation. Le bateau et l'équipage qui les avaient accompagnés à l'aller ne pouvaient pas les emmener plus loin, ou même à un autre port, au risque de se faire repérer. Ils ne savaient absolument pas si les autres accès abordables du pays étaient sous leur contrôle ou bien officieusement sous la surveillance de leurs ennemis.
- Commandant attention !
De la lame de son couteau, Ace dévia la fléchette qui se précipitait à pleine vitesse sur la nuque exposée de son supérieur. Elle avait une étrangère couleur violette qui n'avait rien de rassurant. Dès qu'elle toucha le sol, tout ce qui était autour d'elle se mit à pourrir, complètement mort. Tout le monde se mit immédiatement sur ses gardes, les nerfs déjà à vif à cause de leur environnement. Ce genre de chose n'était pas supposé arriver, ils n'étaient pas en territoire ennemi !
- Là-haut,regardez !
Une ombre était tapie dans le feuillage des arbres et semblait les espionner.
- Chopez-moi ce fils de pute ! Ordonna le commandant.
Avant même qu'ils n'aient pu effectuer un geste, l'ombre disparut à travers les arbres. Impossible de la poursuivre à travers cette jungle.
- Merde ! Jura Ace
Ils eurent beau vider le chargeur de leurs pistolets en direction de l'ombre, rien n'y fit. Aucun d'eux n'était des as du revolver et la poudre des canons s'étaient en plus imprégnés de l'humidité ambiante, rendant les armes inutilisables. Ils demeurèrent silencieux quelques instants, attentifs aux bruits alentours. Les gouttes de pluie sur la végétation créaient un bourdonnement incessant en arrière-plan, ne donnant aucun répit à leur esprit. Leurs cheveux dégoulinaient et leur collaient au visage, car ils les portaient tous plus ou moins long. Thatch et Ace avaient dû même les attacher en chignon pour éviter d'être trop gêné.
Ils décidèrent de reprendre la route avant que la nuit ne tombe, car ils n'avaient pas prévu de se perdre et n'avaient avec eux aucun matériel de confort. Dormir sur de la boue ou dans un arbre infesté de serpents, merci, mais non merci. La fatigue du voyage accumulait à l'effort physique qu'ils faisaient depuis plusieurs heures commença à se faire sentir et l'agacement gagnait chacun d'eux. Ace se sentait doublement inutile car non seulement il ne pouvait pas attaquer leurs ennemis mais il ne pouvait même pas utiliser son pouvoir pour ouvrir le chemin, obligeant ses camarades à mettre tous leurs efforts dans le dégagement de ces fichues lianes qui tentaient presque de les emprisonner parmi elles. Ne décrochant pas un mot, concentré, le seul bruit provenant du petit groupe étaient leurs souffles de plus en plus erratiques et celui de la lame de Thatch et Saber qui se débattaient contre la végétation.
Ils ruminaient leurs pensées tout en se concentrant sur là où ils posaient les pieds. Aucun d'eux ne prêta attention à ce qui se tramait juste au-dessus de leurs têtes.
Une autre fléchette tomba à leurs pieds, provenant de derrière eux. Ils se retournèrent d'un seul homme, cherchant d'où l'attaque était originaire, mais la végétation formait une excellente cachette. Des fléchettes continuèrent de les frôler, voire même d'atteindre leur cible dans le cas d'Ace (qui remercia Davy Jones pour son logia). Le sol autour d'eux commença immédiatement à pourrir et à dégager une fumée violette peu engageante. Saber se mit à avoir une violente quinte de toux, comme s'il essayait de faire ressortir tout ce qu'il venait d'inhaler. Aussitôt, les deux anciens du groupe activèrent leur fluide perceptif, les muscles tendus comme des bêtes sauvages prises au piège.
Un regard leur suffit à se comprendre : ils étaient cernés.
- Faut pas qu'on reste croupir ici, allez la bleusaille bougez-vous, hurla Thatch.
Le petit groupe se mit en route au pas de course, le fluide perceptif toujours à plein régime. Le commandant utilisa son couteau qui servait habituellement à couper des monstres marins pour créer un chemin parmi les lianes. Teach couvrait leurs arrières pendant la fuite. Il tira comme un fou dans les feuillages, là où son fluide le guidait. Soudain, une masse s'écrasa du haut d'un arbre et s'écrasa dans un bruit sourd.
Les yeux de son assaillant s'écarquillèrent d'excitation :
- J'en ai touché un ! ENFIN !
Il se précipita aussitôt sur sa proie tombée au sol, exposée à tous les sévices qu'il pourrait lui faire subir. Il s'approcha, les yeux brillants, un sourire fou collé aux lèvres. Au même moment, Ace, qui était auprès de Saber pour voir son état, se retourna pour voir comment son compagnon s'en tirait. Le couteau brandit haut dans les airs, Teach s'apprêtait à achever le malheureux. La forme recroquevillée aux pieds de Teach était un jeune homme à peine plus vieux que Luffy, paralysé par la peur et la douleur de sa blessure à la jambe. Teach mesurant plus de 2m, il ressemblait à un énorme ours prêt à s'abattre sur sa proie. Le géant abaissa son couteau dans un cri bestial, une lueur d'excitation au fond des yeux. Ace voulu l'arrêter, totalement contre l'idée de tuer quelqu'un qui avait à peine dû découvrir la puberté. Il commença à faire demi-tour en direction de Teach au moment où ce dernier se prit une flèche dans le flanc.
- Teach !
Ace s'arrêta, choqué. Son cri attira l'attention de Thatch et Saber qui stoppèrent leurs courses. Teach tituba comme sonné, sa main sur la blessure que l'on venait de lui infliger. Il fixa un moment sa main ensanglantée, les yeux hébétés. Le sang d'Ace ne fit qu'un tour et il lança un point ardent en direction des arbres, mais il put à peine produire quelques flammèches avant que celles-ci ne soient étouffées sous la pluie. Il jura. À l'arrière, Saber mitrailla à l'aveugle tout ombre suspecte tandis que Thatch se précipita sur leur compagnon blessé dans l'optique de l'emporter loin d'ici.
- Ace, viens m'aider !
Leurs ennemis semblèrent plus déterminés. Des flèches se plantèrent dans les arbres environnants, les visant clairement. Quelques cris de douleur se firent entendre çà et là, montrant que Saber faisait mouche.
Ils prirent la fuite.
La situation était totalement imprévue. Les populations locales des territoires accueillaient généralement chaleureusement les pirates de Barbe-Blanche qu'elles considéraient comme leur bienfaiteur. Ce genre de scène était extrêmement rare et généralement immédiatement réprimé par les autorités du pays. Les pirates n'avaient même pas à bouger le petit doigt.
La pluie continua de tomber dru et le poids de leur sac se mit à peser lourd sur les épaules de chacun. Ace, qui était doublement écrasé par le sac de Teach, ruminait dans son coin incapable de réprimer sa colère.
Il n'était pas quelqu'un que l'on pouvait qualifier de candide. Il avait passé son enfance dans une déchetterie géante à ramasser de quoi survivre, très jeune il avait été confronté à la cruauté des hommes. Il n'était pas rare que parmi les déchets, il retrouve parfois le corps d'une personne qu'il avait aperçu la veille. Il avait vu ce qui se passait dans certains baraquements, les hurlements de détresse de certaines femmes. Ou de filles. Lorsqu'il avait pris la mer, il avait été témoin de la violence que représentait l'âge d'or de la piraterie pour les civils. Il n'en détesta d'ailleurs que davantage son géniteur. Il en avait vu beaucoup et en avait fait beaucoup. Mais il s'était promis de ne jamais devenir une des bêtes sauvages qu'il voyait sombrer autour de lui. Il s'était promis de rester humain. Le comportement de Teach quelques instants plus tôt ressemblait à celui de ces hommes. Il savait que Teach faisait partie des membres historiques de l'équipage et qu'à ce titre il avait droit presque à autant de respect que n'importe quel commandant, mais s'était trop pour Ace. Jamais il ne pourrait montrer du respect à une personne qui pouvait se montrer aussi sauvage avec un enfant.
Il continua de ruminer un long moment, les nerfs à vif, prêts à dégainer au moindre bruit suspect. La pluie qui le trempait jusqu'aux os n'arrangeait rien à son état. Il sentait son fruit du démon lutter contre son ennemi naturel et cela l'amenuisait considérablement, bien qu'il ait dit le contraire à ses camarades. Hors de question de paraître faible devant ses nouveaux frères. Devant quiconque d'ailleurs.
- Putain, Marshall, tu ne pouvais pas te retenir pour une fois ? s'écria tout à coup Saber en se bouchant le nez
- Hein ? Qu'est-ce que tu racontes.
Thatch et Saber étaient sous les aisselles de cet énorme titan, à tenter de le porter pour que le sang n'engorge pas ses bandages de fortune. Après quelques reniflements de la part de tout le monde, tous en sont venus au même constat.
- Teach, t'es vraiment un porc à te lâcher n'importe quand comme ça. T'as un cadavre coincé dans le cul ou quoi, l'odeur est infecte ! se plaignit Thatch en se bouchant les narines.
- Mais j'ai rien fait ! Pour une fois ce n'est pas moi. Si ça se trouve, c'est Ace.
Le susnommé serra la mâchoire, déjà bien énervé sans qu'il n'ait besoin qu'on en rajoute.
- Je ne suis pas connu pour être le porc de l'équipage moi !
- Zehahahaha, se mit à rire l'ancien, comme par fierté devant un tel surnom, attribué à cause de ses manières ignobles sur le Moby.
- Te fout pas de notre gueule, Teach, on sait que c'est toi : ça chlingue le mort !
Le grand barbu continua de rire à pleins poumons, pas plus dérangé que ça. Ils continuèrent leur route, pressés d'arriver à destination. Les blagues continuèrent à fuser au sujet de Teach et de ses flatulences incontrôlées et ils s'enfoncèrent dans cette jungle immense en continuant de discuter. L'odeur disparut en s'éloignant. Aucun d'entre eux n'avait eu le réflexe de lever la tête. Pourtant, ils auraient ainsi pu savoir que Teach disait vrai. Pendu sur un mur de lianes, les bras en croix, se trouvait le cadavre d'un homme dont le visage violacé le rendait méconnaissable.
La langue pendante sur une mâchoire édentée et les yeux révulsés, le pauvre homme semblait avoir vécu une longue agonie. Autour de sa gorge s'étaient enroulées tout un tas de lianes. Dans son malheur, il avait souillé son pantalon. Un liquide marron avait glissé le long de sa jambe jusqu'à ses chaussures. La moiteur ambiante avait empiré l'odeur et attiré les mouches. Une d'entre elles, plus vaillante que les autres, pris place dans la bouche ouverte de la carcasse et s'enfonça le long du tunnel noir, ressortant par la cavité ouverte au niveau de son ventre d'où pendaient un tas gluant et malodorant qui avaient été des intestins. Ils semblaient avoir éclaté, mais vers l'intérieur du corps. Une explosion inversée. Ils dégageaient l'odeur que tout intestin est supposé dégagée mais mélangée à quelque chose qui rendait le tout plus ignoble encore. Ils étaient déjà en plein pourrissement alors que le corps était encore raide. Sur la peau du torse juste au-dessus se mélangeaient des croûtes de sang séché et des éclaboussures violettes peu identifiables.
À l'autre bout de la ville, dans l'immense château qui surplombait le pays, un petit garçon attendait impatiemment que son père rentre. Ses petits yeux frétillaient d'une excitation mal contenue et il ne cessait de jeter des coups d'œil à l'horloge. Il était fier de son père, car il avait été choisi pour guider les bienfaiteurs de l'île le matin même.
Il lui avait promis de tout lui raconter en rentrant.
Note de l'auteure :
Etant donné que j'avance pas mal dans le chapitre 3, je me suis autorisée à publier le chapitre 2. De base, cette scène n'était supposé être que la scène d'introduction mais elle s'est rallongée et j'ai décidé de couper là. Donc oui, on avance assez lentement mais la longueur du chapitre 3 s'annonce être le double de celui-ci. Il y aura entre 3000 et 4000 mots donc pas un chapitre assez conséquent. Obligé quand on sait que l'autre personnage clé y apparaît. Stay tuned ! Au fait, petit anecdote comme ça, le nom du pays (Hujan) veut dire pluie en indonésien. D'ailleurs, je pense que le décor du pays va se baser sur l'indonésie. Je voulais faire sur un pays d'Amérique du Sud au début mais j'ai trouvé ça trop classique.
J'espère que vous avez eu une bonne lecture, promis la prochaine sera meilleure !
