P*tain ça y est les gens, on va bientôt rentrer dans le vif du sujet ! C'est encore que le début de l'histoire, et pourtant il va se passer des trucs pas prévus du tout ! C'est juste dommage qu'à chaque épisode j'ai tellement de trucs à caser que j'ai l'impression d'aller à deux à l'heure….
Encore une fois j'ai eu très peu de temps pour le bosser celui-là (et aujourd'hui j'ai pondu un one-shot de 15 pages au lieu de bosser librement là-dessus et je pourrais même pas publier ce one-shot car je pense l'utiliser pour cette fic j'm'énerve moi-même)
Bon allez faut que je publie, maintenant. Vous avez assez attendu. Vous êtes une vingtaine à me lire, je crois ! J'espère qu'elle vous plaît vraiment, cette fanfic !
Chapitre 13 : Mise au point, Chiens mouillés
Chris, officier de son état, soupira nerveusement avant de toquer à la porte devant lui.
Le silence qui lui répondit fut autant une source de stress, de par son suspense, qu'une source d'espoir. Mais un bruit de pas détrompa ses espérances. Un androïde, de ce qu'il en jugea immédiatement à cause de son visage trop bien dessiné pour être honnête, ouvrit la porte.
« Bonjour, vous êtes chez Monsieur Graham. Que puis-je pour vous ?
– Je suis l'officier Chris Miller. Je viens voir Monsieur Graham pour lui parler de son fils.
– Un instant, je vous prie. »
Chris leva les yeux au ciel. Reed, par exemple, serait entré sans se poser de questions. Judith, elle, aurait été plus dégourdie : montrant sa plaque dans le même temps, s'octroyant le droit de franchir le seuil sans plus attendre. Mais lui était rendu beaucoup trop nerveux par cette histoire. Pourquoi il fallait que ça soit à lui de s'en charger ? Merde, quoi.
Le temps que l'androïde ne revienne, il se dandinait légèrement sur place, son regard vagabondant sur la façade crépie en jaune de la maison, où les massifs de fleurs donnaient une touche résolument campagnarde à l'habitat.
« Monsieur Graham est prêt à vous recevoir. Si vous voulez bien me suivre. »
Chris ne se fit pas prier, même si bon, il n'en avait pas envie. 'Dingue, ce que c'était à la fois propre et vieux, cette baraque. Une vraie maison de grand-père : impeccable et parfaitement démodée. À part sur quelques points de technologie comme le téléphone, ou la télévision. Ou l'androïde. Et c'était super bien tenu !
Sûrement que l'androïde faisait un super-job de rangement, nettoyage et jardinage. Après tout, madame Graham était décédée depuis, quoi, sept ans ?
« Ah, bonjour… euh… officier. C'est ça, hein ? Vous êtes de la police ?
– C'est ça, monsieur. » confirma Chris sans se formaliser. Le bonhomme était un peu gêné, l'effet de l'uniforme, tout ça. Chris avait l'habitude.
« Qu'est-ce qu'il se passe ? Si c'est un excès de vitesse…
– Non, non, sourit Chris à son tour en hochant la tête vers le déambulateur. Rien de ce genre. C'est à propos de votre fils, Michael.
– Oh… qu'est-ce qu'il a encore fait ? »
Chris pinça discrètement les lèvres, mal-à-l'aise. Le vieil homme n'était pas gâteux, à ses soixante-quinze ans, et le jeune policier appréhendait un peu de devoir lui faire un dessin. Il commença par le début, et le non moins facile…
« Monsieur, je suis vraiment désolé. Votre fils est décédé la nuit dernière. »
Georges Graham le regarda sans comprendre.
« Votre fils, Michael.
– Oui ?
– Nous avons retrouvé son corps dans un bar à hôtesses du centre-ville. Il est décédé cette nuit.
– Oh… »
Le regard de monsieur Graham se perdit vers la cheminée, stupéfait.
« Monsieur Graham ?
– … hein… oui ?
– Tout va bien ?
– Oh, oui, ça va. C'est juste que… » ce fut au tour de Georges d'avoir l'air embarrassé : « Ça ne me surprend pas, en fait ! »
Chris lui offrit un sourire compatissant, les deux partageant un petit rire gêné.
« Est-ce qu'il… Est-ce que Michael s'en est pris à quelqu'un ? Il y a eu des blessés ?
– Euh… pas exactement. Je veux dire, à part Michael…
– Très bien. »
Chris resta interdit.
« Vous savez, Michael n'était vraiment pas un bon garçon. On a fait tout ce qu'on a pu, avec Martha. Mais on a raté son éducation. On s'en était bien sortis avec sa grande sœur, mais… si vous me dites qu'il n'a fait de mal à personne, ça me suffit. Je n'ai pas très envie de savoir les détails, vous savez.
« Vous… vous êtes sûr ? demanda Chris, cachant son espoir derrière une surprise non-feinte.
– Oh que oui. Je me suis fait déjà bien assez de souci, et à mon âge, il faut que je commence à me soucier un peu plus de moi-même, vous voyez.
– Oui, je comprends. C'est normal. » balbutia-t-il en jubilant sous sa casquette. Bon sang, qu'il n'avait pas envie de lui détailler les "exploits sexuels" de son fils, ni de devoir inventer une histoire impossible pour empêcher d'ébruiter les gaffes de Cyberlife. Fowler avait été clair : la police avait un accord avec leur fournisseur : ils se devaient de les couvrir un minimum, sans quoi ils pouvaient se passer des rabais dont leur faisaient bénéficier la multinationale. Et sachant que Cyberlife ne fournissait pas exactement qu'en androïdes….
« C'est tout, officier ?…
– Hm ? Ah, oui, c'est tout. Toutes mes condoléances…
– Merci, jeune homme. Merci. Désolé que vous vous soyez dérangé pour ça…
– C'est normal, c'est mon travail, répondit-il naturellement tout en croyant halluciner un peu. D'autres officiers viendront vous voir pour régler certains détails purement administratifs. Pouvez-vous avancer une date ?… »
Lorsque Miller en eût terminé et fut parti, l'androïde offrit son café du matin à son maître.
« Ah, merci. »
C'était un réflexe. Grand-père Graham disait toujours merci à son androïde, gestion de bonnes manières, et il exhortait toute la famille à faire de même lorsqu'ils lui rendaient visite. Les petits-enfants s'y appliquaient avec une certaine facilité, les adultes grognaient à chaque visite mais s'y remettaient bien assez tôt, pris par le réflexe. Quant à l'androïde en question, c'était un bon feed-back à chacune de ses actions, il savait qu'il était perçu, même si parfois l'utilisateur n'avait pas le moment pour un regard vers lui ou vers l'objet de sa demande. C'était aussi devenu un bon moyen de signaler qu'une tâche complexe ou en plusieurs étapes étaient terminée, et qu'il pouvait vaquer à une nouvelle.
« Ha la là, ça s'arrange pas… Christian ? Tu sais où j'ai mis mes lunettes ? »
Dans le même temps, Georges se leva péniblement de son sofa, empoigna son déambulateur et alla voir près de la cheminée. L'androïde nommé Christian termina sa tâche dans la cuisine et le rejoignit à pas mesurés. Il s'immobilisa une seconde, puis se tourna naturellement vers la télévision, posée sur un petit meuble où on pouvait voir une boîtes de lunettes.
« Ici, Georges.
– Ah. Ben bien sûr. Si elles sont pas sur la cheminée, ni sur la table basse, c'est toujours la télévision. Je perds la boule, hein ? »
Christian lui fit un petit sourire en lui tendant ses lunettes. Après tout, cette phrase appartenait clairement au registre du second degré – il avait appris à les cataloguer, depuis cinq ans de mise en service – alors plutôt que de saisir une telle subtilité au point de pouvoir y répondre, son programme se bornait à cette solution facile.
« C'est pas drôle, Christian ! râla Georges. Je perds vraiment la boule…
– Mais non, Georges. Bien sûr que non. »
Georges soupira, agacé, s'asseillant seulement après avoir ajusté les branches sur ses oreilles. « Tu dis ça à chaque fois, perroquet, va. Seulement je suis pas encore tout à fait sénile pour pas voir que ça commence. J'ai alzheimer, comme mon vieux père. Il aurai pu me léguer ses cheveux, à la place. … on a mit quand, le rendez-vous chez le médecin ?
– Dans trois semaines.
– Trois semaines ?…
– Oui, Georges.
– Mais… mais… c'était pas dans deux jours ?… on l'a raté ?
– Non, nous n'avons raté aucun rendez-vous médical.
– Ah. C'est ça. C'était hier. Ou avant-hier. Hein ?
– Avant-hier, Georges.
– Voilà. Qu'est-ce que je disais. De toute façon j'ai jamais été bon avec les rendez-vous, alors… »
Georges s'affala au fond de son fauteuil, un peu grincheux, mais toujours aussi attachant.
« Dis, Christian. Tu veux bien rassurer un vieux croulant ?
– Pardon, Georges ?
– Je dis, tu voudrais bien me rassurer sur un point ?
– Bien sûr, Georges, qu'y a-t-il ?
– Tu veux bien m'assurer que tu seras là tout du long, même quand je serais gâteaux et jusqu'au jour où je casserai ma pipe ? »
Christian ne répondit pas tout de suite.
« Tu vois, poursuivit Georges, ça m'inquiète de finir seul à un moment donné, surtout si j'ai plus du tout la tête sur les épaules. Et je veux pas non plus que ça pèse sur les enfants. En plus, pour moi ça changera rien, j'aurais plus les fils qui se touchent donc je me rendrait même pas compte s'ils venaient plus me voir. Je veux juste être pris en charge. Donc bon. Tu penses que t'auras pas de grosse panne d'ici-là ? »
Christian tentait déjà de répondre à sa question. Il avait lancé un double diagnostic. Le sien, et celui de Graham.
« Tout devrait pouvoir se passer selon vos désirs, Georges. Ma maintenance est effectuée très régulièrement et mes tâches sont tout à fait dans les normes attendues pour un fonctionnement optimal. Je ne devrais pas avoir de panne sérieuse avant très longtemps.
– Ah. Bien. Très bien, alors. Allume-moi la télé, s'il te plaît.
– Bien sûr, Georges. »
OOO OOO OOO
« Bonjour, Connor. »
Amanda reste concentrée sur ce qu'elle fait, à savoir attacher délicatement des plantes frêles à des tuteurs : de longues tiges transparentes qu'elle enfonce d'une main sûre et calme dans le sol.
« Alors… comment se présente la situation ? »
Tiens, Amanda n'aurait pas eu le débrief, cette fois.
« J'étais sur la piste d'une déviante hier soir. Il se trouve que nous en avons trouvé deux. Mais, en l'absence de renforts, il n'a pas été possible de les arrêter. »
Amanda continue de jardiner, quelques secondes, en silence.
« Elles étaient deux. Vous étiez deux… pourquoi le lieutenant Anderson, en qui tu plaçais tant d'espoirs, s'est-il retourné contre toi ? »
Elle sait. Alors elle a bien accès aux rushs. Ça répond à certaines questions.
Et elle aime feindre l'ignorance pour voir comment commence la conversation sans son intervention. Elle me teste. En permanence.
Elle remplit bien son rôle.
« J'ai fait une erreur de jugement. Le lieutenant se laisse affecter par son environnement plus que de raison…
– En effet. » coupe-t-elle, peut-être un peu sèche. Donc sûrement contrariée. « Tu as insisté pour laisser faire les choses, parce que tu estimais que le lieutenant avait quelque chose à nous apporter. Est-ce de cela qu'il s'agissait ? »
Il est difficile de savoir si elle attend une réponse.
« Dis-moi, Connor. Qu'est-ce que cela signifie ? »
À ça, je peux apporter des réponses.
« Il s'agit simplement de l'autre versant avec lequel il faut composer. Le lieutenant est un atout parce qu'il a une certaine sensibilité aux choses. Le cerveau humain capte une infinité d'informations dans son environnement, qui sont presque à tout moment disponibles pour permettre de reconstruire un raisonnement sur des éléments distincts. Mais hier soir, c'est cette même sensibilité aux choses qui l'a perdu. Il est raisonnable de penser que le lieutenant puisse avoir du mal à faire la différence entre la cruauté envers un être humain, et le traitement réservé aux androïdes.
– Ce qui fait de lui une charge.
– Pas nécessairement. »
Amanda lève la tête, le regard aiguisé. Je poursuis.
« Considérant qu'il assume entièrement faire partie des anti-androïdes, il n'est pas déraisonnable de penser qu'il est plus préoccupé par le comportement des humains, que par le sort des androïdes. Beaucoup d'humains sont troublés par l'évolution des comportements sociaux suite à l'arrivée des androïdes.
– Il en a en effet fait la remarque, à la fin de votre mission… admet-elle, méfiante.
– Quant à son geste… »
Clairement, un geste qui lui coûte extrêmement cher dans les points que lui accordent Cyberlife….
« Je n'ai peut-être pas pris en compte à ce moment-là qu'il cherchait non pas à forcer l'évasion des androïdes, mais empêcher toute scène de destruction. Il n'était sans doute pas prêt à cela, ni à me voir dans un état de dégradation avancé.
– Connor. Si le lieutenant ne peut plus assumer des altercations, il est grand temps d'en faire part au Capitaine Fowler…
– Il en est tout à fait capable. Il a simplement besoin de son temps d'adaptation…
– C'est assez de temps perdu ! »
Amanda s'impatiente. Ce n'est pas le moment pour rejeter son avis.
Et pourtant… pourtant je sais que j'ai raison…
Mais alors, qu'est-ce que j'ai oublié ?…
Oh…
« Très bien, considérons la chose. »
Le terme "considérer" la fait tiquer. Évidemment, puisqu'il n'était pas question de discuter de cela. Il n'y a rien à considérer. Ou presque.
« Si nous demandons une réaffectation, le Département tout entier en entendra parler et l'opinion du personnel n'en sera que plus réservée. De plus, si on envisage les autres possibilités de réaffectation : la première est l'inspecteur Gavin Reed. »
Le regard d'Amanda refroidit.
« Oui. Nous savons très bien ce qu'il en est.
– Ce serait une immense perte de temps, en effet. Mais combien de gens se montreront tout aussi réfractaires à un quelconque travail d'équipe ? Avec les informations dont nous disposons aujourd'hui, nous ne pouvons pas en faire la moindre estimation. Et à l'inverse, si nous trouvions une personne trop enthousiaste, il n'est pas impossible qu'elle n'arrive pas à faire la part des choses et puisse éventuellement cacher des éléments de l'enquête, pour la saboter et éviter à des déviants d'être appréhendés.
– C'est un peu extrême…
– On n'envisageait pas la déviance il y a six mois.
– C'est juste.
– C'est pour cela que le lieutenant Anderson, malgré ses écarts et ses problèmes personnels, reste un bon choix. Il a déjà prouvé ses compétences.
– Ses compétences ?
– Déceler des marques de strangulation à peine visibles à l'œil nu, au premier coup d'œil, sur un cadavre à trois mètres. Résister à la charge d'un androïde sans lui laisser son arme ni faire de balle perdue, quand on sait désormais que leurs limites physiques sont beaucoup moins marquées que nous le pensions. Réussir à communiquer ou négocier avec un déviant dans un état d'agitation avancé.
– …
– Et s'il n'y avait que ça… le lieutenant semble souvent garder ses idées pour lui, le temps de voir ce qu'a donné l'analyse. Il semble curieux de voir ce qu'un RK peut donner en situation.
– Mais il ne vaut pas plus qu'un androïde, tu le prouves chaque jour, Connor.
– Et Alice ? »
Amanda est froide. « Alice était une erreur de jugement mineure, qui n'a pas porté préjudice à l'enquête, ni à ta mission.
– Pourtant c'est tout à fait ce genre d'erreur qui pourrait la saboter. Imaginez qu'un humain décide de couvrir un déviant… il devient intéressant de savoir faire la différence entre un humain réfractaire aux androïdes, et un sympathisant. »
Amanda est coincée.
« Il faut aussi noter les efforts du lieutenant sur ses habitudes. Certes, hier soir, il n'a pas été à la hauteur, mais depuis la première enquête il s'est toujours montré disponible pour se rendre sur les lieux d'investigations. Il se montre aussi plutôt communicatif, à sa manière. Et, je crois qu'il faut le souligner : il s'est montré suffisamment coopératif hier soir pour débourser pas moins de 209,93 dollars…
– Il est hors de question, marmonna-t-elle plus bas, que nous nous abaissions à prendre en charge de tels frais.
– Oh, voilà qui est regrettable, sa hiérarchie ne lui fera sans doute pas un remboursement complet, elle non plus…
– Ce n'est pas notre problème, Connor. Reste-
– Ah, je regrette, j'ai déjà offert le prix de la réparation pour la vitre brisée.
– … oui. Je vois. Ce n'est pas bien grave. Reste concentré sur ce que tu as à faire. J'imagine qu'il va falloir continuer de composer. Même si quelques mises à jour s'imposent…
« Justement, à propos des mises à jour, j'ai quelques réserves. »
J'attends patiemment la réponse d'Amanda. J'avais prévu de lui en parler quoi qu'il arrive à notre prochaine rencontre, c'est maintenant. Je sais qu'une telle remarque la trouble, c'est normal, je n'ai pas de réserves à émettre, mais… il faut croire que si. Et je ne suis pas prêt de m'arrêter après un tel élan.
« Qu'entends-tu par là ? demande-t-elle, intriguée, suspicieuse.
– La dernière mise à jour des données n'a pas été adéquate. Ce n'est pas tout de faire le tri et de retirer le superflu, encore faut-il savoir ce qui est bon à jeter.
– As-tu rencontré un problème après une des mises à jour ?
– Oui.
– Quel est-il ?
– Des données ont été effacées pour obtenir plus d'espace et ce sans tenir compte de ma validation.
– Comment peux-tu faire un tel retour, si elles ont été effacées ?… insiste-t-elle, méfiante.
– Tout simplement car l'absence de ces données a failli causer l'éclatement du programme d'identification ainsi que tous les sous-programmes directement affectés à lui, à l'instant de l'incident.
– Cet incident, quel est-il ?
– Sumo. »
Amanda hausse un sourcil dubitatif.
« En récupérant les données écrasées, j'ai pu reconstituer les faits. Lors de mon deuxième jour au commissariat de Detroit, le lieutenant a fait mention de son chien, Sumo, qui s'avère être un Saint-Bernard si on s'en réfère aux poils sur sa veste. Après analyse de la pertinence de ces informations, elles ont étés archivées de façon à occuper le moins d'espace possible.
– Mais quel était le problème à supprimer de telles informations, Connor ? Elles étaient totalement superflues…
– Au contraire. »
Nous y voilà.
« Hier soir, le lieutenant était évanoui dans sa cuisine. Lui porter assistance était une priorité. J'ai pu entrer par la fenêtre. Et c'est là que Sumo s'est approché. Sumo, le Saint-Bernard dont j'ignorais à nouveau l'existence. Amanda, le RK-800 que vous avez mis au point est tellement spécialisé, qu'à moins d'avoir entendu parler d'eux au cours de sa mission, il ignore tout de ce à quoi peut ressembler un chien. »
Elle ne comprend pas.
« J'ignorais tout de l'existence de ce chien après l'écrasement de ces données. Lorsque le scan a détecté sa présence, le programme d'identification s'est appliqué à Sumo. Sauf qu'il a tenté d'identifier un être humain.
« Le programme a enregistré des anomalies à une vitesse exponentielle. Compte-tenu de sa morphologie, Sumo apparaissait comme l'être humain avec le maximum de malformations imaginables. Tous les programmes ont commencé à s'emballer sans que les sécurités n'aient le temps de s'appliquer pour réguler le flux de données et stabiliser le logiciel. Le protocole social devait permettre trouver une approche convenable sur une base absurde, et celui de préservation devait donner la meilleure auto-défense possible en cas d'agression, alors qu'il est prévu pour répondre à une morphologie humaine, et que l'anatomie d'un chien n'a rien à voir.
« Heureusement, en lançant à temps une recherche sur les archives, j'ai retrouvé une trace de la conversation que je vous ai mentionnée. Il m'a fallu être très rapide, mais j'ai pu récupérer malgré tout les informations manquantes et remettre de l'ordre.
– …
– Amanda, mon instabilité logicielle est montée si vite, à un tel niveau, que vous pourriez probablement vous servir de cette expérience pour obtenir des déviants en laboratoire… »
Elle me fixe. Elle a compris, que moi aussi, je la teste. Mais Amanda n'est pas un sujet aisé pour utiliser l'ironie, elle ne laisse rien paraître. Ce silence s'éternisant légèrement, je me permets de conclure :
« Je requiers la permission d'opérer moi-même du tri des informations, de l'archivage et de l'écrasement des données superflues pour qu'un tel incident ne puisse pas se reproduire. »
J'attends de voir si d'autres explications, d'autres justifications, d'autres exemples sont nécessaires.
« Accordé. De toute évidence, opérer de cela en externe… était une mauvaise idée. »
Très bien.
Très bien.
…
ça, c'est étrange. D'habitude, c'est juste… "Très bien". Pas plus.
OOO OOO OOO
« Cassie… J'aime pas ça…
– Chut, tout va bien. Reste près de moi. »
Pour autant, Cassie n'était pas non plus complètement rassurée. Ce silence, cette obscurité, ces angles morts… leur tenue ridicule ne leur offrait par ailleurs aucune protection et leurs talons aiguilles n'étaient pas particulièrement discrets. Soudain, elles s'immobilisèrent en entendant des pas.
Quelqu'un apparût, les vit. Les yeux bleus, les cheveux blonds,et une diode à la tempe.
« Oh, alors c'était vous ce bruit… Venez ! Venez, c'est par ici.
– Vous… on est bien à-
– A Jericho. Venez ! » les accueilli chaleureusement Simon.
Cassie et Jess, les deux jeunes femmes androïdes échappées de l'Eden, suivirent en douceur et arrivèrent jusqu'à la grande salle où tout le monde était regroupé. Il y avait comme… une légère animation. Les androïdes souriaient, pour certains d'entre eux, et discutaient. Ils s'éclairaient en brûlant du bois dans des barils et ne prêtaient pas encore attention à elle.
« Par ici. »
Lorsqu'elles virent Lucy, elles eurent un mouvement de recul mais n'osèrent pas partir. Lucy les examina un moment mais ne vit aucune dégradation.
« On pourra peut-être vous trouver de meilleures chaussures… ? proposa Simon.
– Non. Désolée… on ne peut pas.
– Pourquoi ?
– On nous a… appris à… enfin, vous voyez… on vient de… ce genre d'endroits, hésita Jess en remettant en place une mèche bleue. Ils nous apprennent à faire ce qu'on doit faire et rien d'autre.
– On nous apprend une démarche très, très spécifique avec les talons, coupa Cassie. On peut à peine marcher pieds nus.
– Oh… bon sang…
– Ouais, grogna Cassie.
– … vous voudrez peut-être des vêtements ?
– Oh, je m'en fiche, lâcha Cassie.
– Ce n'est pas très important, ajouta Jess. Mais merci….
– Aucun problème. Si vous avez le moindre souci, n'hésitez pas à demander autour de vous. Oh, Luther ! Salua-t-il en sortant, croisant l'armoire à glace qu'il failli percuter.
– Bonjour, Simon.
– Tu reviens de la ville ?
– Oui, j'ai trouvé plus de papier. Alice est là ?
– Non, elle est avec Charli et… attends… ah, oui. Là-haut, avec tous les autres. Ça va lui faire plaisir ! »
Luther sourit et reprit sa route. Cassie observait tout autour d'elle, prévoyante mais Jess, curieuse, regarda Luther s'éloigner et décela en haut des escaliers une plateforme où elle distinguait deux enfants, vraisemblablement en train de dessiner par terre. Elle fini par aller voir et Cassie la suivit très vite lorsqu'elle la vit s'éloigner.
Les deux enfants dessinaient depuis quelques heures déjà, si on en jugeait du nombre de gribouillages colorés et de formes géométriques en perspective cavalière ou à points de fuite. La petite fille faisait les dessins aux traits irréguliers, et le petit garçon dessinait les formes droites. Et tous les autres androïdes étaient absolument enthousiastes. Calmement, pour ne pas les déranger, ils regardaient avec attention certains dessins ou même commentaient les petites œuvres, racontant tout ce qu'ils reconnaissaient, ce à quoi telle chose leur faisait penser.
Et Cassie et Jess finirent par s'en rendre compte au bout d'un moment. Cette étrange, surprenante petite fille aux dessins d'enfant, en était une de chair et de sang.
… une sage, petite fille, qui dessinait avec son ami, une machine, mais un enfant aussi.
Elles sentirent la présence de Luther dans leur dos. Il semblait préoccupé.
« … je sais que ça peut en… en choquer certains. Mais Alice fait partie de la famille. »
Jess regarda à nouveau du côté d'Alice, toujours fascinée. Cassie regarda Alice, puis son amour, et se tourna vers Luther, gardant un peu de lucidité pour lui :
« Ne t'en fais pas… c'est juste… que… … on n'en avait jamais vu avant.
– Des dessins ? Répondit un autre androïde tout proche, surpris.
– Des enfants… corrigea Jess. »
Luther resta stoïque, enfin, en apparence. Puis, doucement, ne sachant quoi faire d'autre, il ébourriffa les mèches brunes de Cassie et toucha gentiment l'épaule de Jess, avant de les laisser tranquilles. Plus tard, les deux jeunes femmes s'accroupirent pour être au plus près de ce charmant petit processus de création.
OOO OOO OOO
« ...Connor ? »
Il se retourna et croisa le regard du lieutenant. Cet appel était purement formel, l'androïde était reconnaissable à 500 mètres avec sa veste gris clair. Hank réajusta le col de son manteau, à cause du froid et du temps humide, le rejoignant d'un pas rapide.
« Bien dormi, lieutenant ?
– 'C'que j'te fais la causette, moi… » râla-t-il. Mais alors qu'il regardait la scène, il se souvint de leur conversation de la veille. Quand il était un peu bourré. Et qu'il lui avait demandé de se lâcher un peu. Il pouvait pas lui faire la gueule h24 et attendre de Connor qu'il compose avec ça, Connor lui avait déjà dit qu'il en chiait à le gérer. Greuh…
« Pas trop mal dormi, si on considère que s'écrouler sur son plumard pour se réveiller huit heures après est un bon point.
– C'est excellent. Je suis certain que le Capitaine ne vous aura pas tenu rigueur de votre retard, compte tenu de l'heure à laquelle l'enquête a dû se terminer. »
Putain, un "je". Connor avait sorti un "je" en début de conversation.
« Hm… » fit Hank, se donnant le temps de réfléchir. Il retourna la phrase de Connor pour lui trouver au moins 4 autres alternatives formelles. Connor avait sciemment choisi cette formulation. Donc, il avait pris ça au sérieux. Leur discussion de la veille. Merde, hein. Maintenant que Connor jouait le jeu, il était un poil obligé de suivre. Hank était tout ce qu'on pouvait dire de lui, mais pas une radasse à ce point. Il se tenait autant que possible à ce qu'il disait ou faisait, que ce soit des paroles sérieuses ou lorsqu'il promettait de foutre la merde. Donc zut.
À un androïde, en plus, il avait l'air malin maintenant avec ses principes.
« Bon, qu'est-ce qu'on a ? »
Connor se focalisa sur la scène. D'énormes caisses ouvertes par des moyens non conventionnels. Chacun des coffres présent en ce point de déchargement avait été forcé et vidé par des personnes extérieures au site.
« C'est un vol sans violence. Du Thirium et des bio-composants ont disparu.
– Quoi ?…
– Ainsi qu'un camion entier, avec tout son chargement.
– …. attends. Quoi ?
– Qu'y a-t-il ?
– J'admets que pour le camion ça doit faire mal au cul. Mais je croyais que Cyberlife voulait qu'on enquête sur des déviants ? »
Connor hocha docilement la tête, silencieux car déjà prêt à écouter la suite.
« Ah ben d'accord ! Donc quand on me fait péter un cable je peux aller me faire foutre et quand Cyberlife se fait piquer pour deux balles de matériel ils revoient tous leurs plans ?! J't'en foutrais, moi, du protocole... » pesta-t-il en rangeant les main dans les poches, la tête dans les épaules et shootant dans un caillou. Dire qu'il aurait pu dormir jusqu'à midi sans ces conneries !
« Vous n'y êtes pas, lieutenant.
– Ah ouais ? Tu crois que des déviants auraient fait le coup, c'est ça ? Encore eux, hein ?
– C'est une possibilité, en effet…
– Eh ben laisse-moi te dire une bonne chose, Connor…. C'est du putain de sang bleu qui a disparu ! Et tu sais qui adore le sang bleu ? Les cartels qui font de la drogue avec ! »
Connor hocha docilement la tête.
« Bien sûr. Cyberlife est parfaitement conscient de ces incidents. Cependant ces théories sont toutes deux valables tant que des preuves ne viennent pas les départager.
– Et donc on est là pour ça… il soupira. Heh, comme si ça pouvait m'intéresser. En plus là je vois pas comment il pourrait rester un déviant en planque quelque part…
– C'est moins probable, en effet
– A part ça, ils ont noté autre chose ?
– Vous ont-ils dit que quatre androïdes ont disparu ?
– Quatre ?
– Le caisson que vous voyez là-bas est vide, il en contenait trois. Un autre était chargé d'assurer la surveillance, et il est introuvable.
– Mh-hm…
– Et pour finir, la raison pour laquelle ils ont pu travailler sans être dérangés ou repérés : le drone policier a été abattu, impossible de dire comment.
– Je croyais que ce genre de trucs avait des caméras de partout ?
– Certes oui mais ils ont quelques angles morts, et l'individu qui lui a sauté dessus le savait parfaitement. Lorsqu'il l'a attrapé, il était plaqué contre une des caméras et dans l'angle mort des deux autres.
– Il l'a attrapé ? D'où ? »
Connor lui pointa les containers.
« Il s'est accroché au drone en plein vol. Son poids les a fait descendre progressivement vers le sol pendant qu'il le déboîtait.
– Oh la vache… »
Il laissa Hank regarder vers le haut, visualisant à sa façon et concluant : « Avec un saut pareil, une telle hauteur, c'est soit un athlète, soit un taré, soit un junkie… »
Il se touna vers Connor et attendit de le voir faire.
« … soit une machine. »
Hank hocha la tête, faisant la moue. « Bien, bien…. Et après ? T'as autre chose ?
« Les gardiens du poste de contrôle témoignent d'une effraction : quelqu'un serait entré, aurait provoqué un court-circuit et profité de l'obscurité pour leur dérober une clé qui lui aurait servi à conduire manuellement le camion volé.
« Oh. Eh ben qu'est-ce qu'on attend ? T'as tout vu ? Moi je prends l'eau…
– Vraiment ? Ce n'est qu'une bruine… commenta-t-il alors qu'ils se mettaient en marche.
– Ouais ben bruine ou pas ça me fait chier. »
Connor lui fit un sourire en coin qui renfrogna Hank. Non mais. Déjà on se moque pas, et ensuite on fait pas semblant de sourire, hein. D'ailleurs à bien y penser les androïdes avaient été prévus pour ne pas faire le « faux sourire », c'est-à-dire que lorsqu'ils souriaient, il était prévu que cela affecte leurs yeux aussi. Du coup est-ce que Hank avait un sixième sens pour déceler les faux sourires ou était-il juste un vieux ronchon ?
Alors qu'il penchait solidement pour les deux options en même temps, il se raidit à mesure qu'ils approchaient d'une grille retenant des chiens, qui se mirent à aboyer de plus en plus fort à son approche.
« Mais qu'est-ce qu'ils ont, putain ? Eh, ça se dresse, un clebs ! Héla-t-il au hasard.
– Ils sont peut-être excités par l'odeur de Sumo. On dirait qu'il a dormi sur votre manteau…
– C'est pas impossible, je l'ai laissé sur le canapé, admit-il.
– Oui, mais combien de fois ? enfonça Connor.
– Euh…
– Vous voulez quelque chose ?
– Ouais, on enquête. Et vous ?
– Bah, chomage technique. Plus rien ne marche. Regardez. Il est beau le tournevis, hein ? »
Et pendant que Hank était forcé d'enquêter tout en faisant la conversation à un employé qui s'ennuyait ferme, Connor fit le tour, trouvant le lieu d'où la carte avait été retirée, analysant le tournevis mais tout cela ne lui donnait que très peu d'informations, si ce n'était que l'intrus avait les gestes sûrs : mesurés, souples et silencieux pour ses déplacements, et fermes et précis pour frapper. Même pas d'infime traces au sol pour retrouver sa trajectoire. Il aurait pu passer par les fenêtres comme par la grande porte…
« La porte ? répéta l'employé en entendant sa question. Non, ça verrouille automatiquement dès qu'elle claque, sauf si les androïdes peuvent pirater le verrou… »
Connor s'éloigna et sortit, et alors que Hank et l'homme le suivaient, Connor leur ferma doucement la porte au nez.
« Eh ? Hé, ça va ?! Dis-le si on t'emm… »
La porte se rouvrit sur Connor dans une série de bips aigus. Il venait tout juste de forcer le capteur de badge à le reconnaître, une tâche aisée pour n'importe quelle machine, du moment qu'on lui permettait de tricher… Connor regarda l'employé et ils se comprirent très vite : la porte signalait à chaque fois son ouverture par cet avertisseur sonore, quelle que soit la manière dont on entrait.
« Vous l'auriez entendu, n'est-ce pas ?
– Ouais… carrément. »
Connor laissa la porte et contourna le petit bâtiment, Hank, lui, refusait de se mouiller tout de suite alors il resta à l'intérieur, comprenant que Connor cherchait une entrée. Ils firent tous deux le tour des fenêtres et soudain, Hank le vit jaillir à travers l'une d'elles, ses pieds touchant le sol avec un bruit si léger que…
« Wah, on dirait un de ces putain d'chats avec leurs foutus coussinets ! »
Hank avait un problème avec les coussinets, ça ne faisait vraiment pas assez de bruit. Ça le rendait fou, comme il disait, mais fou dans le bon sens.
« Tiens, t'aurais pas pu faire une entrée dans ce genre au lieu de péter ma vitre comme un sagouin ?
– Encore navré pour l'effraction, lieutenant. Rassurez-vous, un vitrier passera dans la soirée pour la remplacer.
– De quoi ?! Tu fais venir des gens chez moi maintenant ?!
– Son service est payé d'avance.
– Ah… ben encore heureux, c'est quand même toi qu'a pété ma vitre !
– Je suis vraiment désolé pour…
– Bon, allez, ça va, ça va… » fit-il en secouant la main.
Une fois de plus, Connor inclina la tête sur le côté, comme pour essayer de comprendre. Le lieutenant faisait toute une histoire pour une fenêtre et au bout de quelques minutes ce n'était plus si grave. Lunatique, vraiment.
Entre ça et l'absence d'empreintes, ils n'avaient que des preuves indirectes et ils devraient s'en contenter. Si seulement l'intrus avait pu laisser plus de traces de chaussures… mais il ne restait rien à analyser.
Si ces chiens pouvaient parler, au lieu d'aboyer à qui mieux-mieux, ils auraient peut-être pu leur dire s'ils avaient vu quelque chose. En tout cas, celui qui était entré là n'avait visiblement pas eu peur de les voir lancés à ses trousses.
Ils sortirent donc, sous les aboiement des molosses et repartirent vers la voiture. « Et maintenant ? demanda Hank. T'avais prévu de passer ailleurs ou on retourne direct au poste ?
– J'ai déjà récupéré l'intégralité des données nécessaires pour enquêter, nous pouvons partir, et vous pourrez en profiter pour rattraper vos rapports.
– Comment ça, l'intégralité des données ? T'es arrivé à peine cinq minutes avant moi ! »
Connor jeta un regard en direction de l'enseigne.
« Ah, j'oubliais. On est chez toi. Le seul endroit où t'as bien un passe V.I.P.
– Exactement.
– C'est frais, hein ?
– Pardon ?
– Non, rien. »
Un bruit de grillage cassé leur fit tourner la tête, alors qu'ils étaient encore bien loin de la voiture. Les aboiement de chien n'avaient pas cessé depuis l'arrivée de Hank, cette fois c'était pire, ils approchaient. La meute entière voulait lui faire sa fête. Lui et son manteau poilu.
« Oh putain. »
Le cerveau de Hank gela une seconde. Une meute entière : non seulement son égard pour les chiens l'avait fait hésiter une seconde – bénigne : il avait encore du temps – mais les chiens étaient trop nombreux, trop rapides, s'ils ne s'arrêtaient pas à la première détonation, il ne pourrait pas les avoir tous à la suite… une partie de lui se fit même la réflexion, une micro-seconde, qu'il aurait encore l'air malin de devoir expliquer ça à "son ami Fowler"…
Connor, lui, s'était immobilisé, faisant face aux chiens sans lever le petit doigt.
Analyse…
Analyse…
Analyse…
Analyse…
Les chiens fonçaient en beuglant.
Analyse…
Analyse…
Analyse…
Analyse…
Les chiens ralentissaient au point d'arrivée.
Analyse…
Analyse…
Ça devrait être bon, non ? Ça faisait bien dix, douze fois d'affilée qu'il relançait l'analyse, sans lui donner le temps de construire des données. Il avortait le protocole à chaque fois en le relançant, pour ne garder que le début.
Analyse…
Analyse…
Les chiens laissèrent leur trot mourir à deux mètres des enquêteurs, ignorant la main de Hank sur son holster, couinant, pleurnichant et repartant la queue entre les jambes sans avoir rien tenté.
Analyse…
Analyse…
Cinq boxer au pelage noir, dans une bonne forme physique, donnait enfin l'analyse, comptant leur rythme cardiaque et respiratoire avant que Connor n'anulle tout simplement la requête.
« Mais qu'est-ce… »
Connor jeta un œil à Hank : celui-ci semblait déstabilisé, et se retourna vers les chiens pour s'assurer de voir qu'ils étaient bien repris en charge par le personnel.
« … Connor ? »
Il se tourna à nouveau vers le lieutenant.
« Connor, c'est toi ?
– … oui, c'est bien moi, lieutenant.
– … non, c'est toi qu'a fait ça ?
– … oui. »
Hank resta figé, toujours dans cette posture défensive où sa main se rapprochait de son arme, il ne se détendit que très lentement, toujours en portant un regard soupçonneux à l'androïde.
« Qu'est-ce que t'as fait ?… demanda Hank, hagard.
– Vous savez que les androïdes analysent régulièrement leur environnement ?
– … hein ?… Oui ? Et après ?
– Pour cela, j'utilise des ultrasons. »
Connor entendait en lui-même la suite des explications, proposée par son protocole social. Insistant, d'ailleurs, pour mettre les points sur les i et les barres sur les t, que Hank comprenne bien ce qu'il entendait.
Mais Connor avait des consignes. Moins formulaire, plus souple.
« Oh putain… Oh putain ! »
Hank se fendit d'un sourire impressionné alors que ses épaules remuaient sous un rire admiratif. « Merde alors ! Pas con ! Vraiment pas con !
– Ça m'a pris une vingtaine de reboot du programme, mais…
– Génial ! Ah non mais bravo, bien trouvé, j'admets, félicita-t-il d'une tape sur l'épaule avant de se figer.
– … lieutenant ?
– Et chez moi ?
– Oui ?
– … Connor.
– Oui ?
– Tu scannes tout ce que tu regardes. Chaque fois que t'entre dans une pièce. C'est ça ?
– Oui. C'est le protocole. On gagne un temps immense de cette façon.
– Ouais, j'avais lu ça dans un – peu importe. Pourquoi Sumo s'est pas carapaté dans sa couche ? Il est sourd ?
– Non. Je ne pense pas.
– Comment ça tu penses pas ?! Il est trop vieux pour entendre les ultrasons oui ou m…
– J'ai préféré ne pas vérifier.
– …. hein ?…
– Je n'ai lancé aucun scan chez vous, lieutenant.
– … … qu… tu…
– Je n'ai lancé aucun scan car j'ai vu Sumo dès que je suis entré, et j'ai rapidement fait le lien avec les ultrasons, ça l'aurait dérangé. »
Connor attendit patiemment une réaction, et Hank le fit attendre. Il n'avait pas du tout réalisé – et comment aurait-il pu s'en rendre compte – que Connor avait fait attention à ce point à Sumo.
« B-Ben… c'est bien. C'est très bien. »
Connor hocha la tête et n'attendit plus pour rejoindre la voiture. Hank prit le volant et les ramena au commissariat, où son assistant se vissa ensuite à son bureau pour tenter tant bien que mal de retrouver la trace du camion volé.
Hank prit quant à lui le temps de faire une mise au point, tant qu'il était sobre.
Il ne voulait toujours pas le laisser s'approcher de lui. Toujours pas. Mais… il fallait l'avouer, il le préférait comme ça. Plus… moins…
Il retint un soupir de résignation en observant Connor du coin de l'œil. Bah. Allez, tant pis. De toute façon Connor était un prototype, son implantation au commissariat était un projet, bref, rien qui ne durerait éternellement. Dès qu'il serait parti, Hank reprendrait sa vie comme avant, ou du moins comme il l'entendait. En attendant il pouvait bien faire ce qu'il voulait.
Et c'est en grommelant des injures qu'il sortit son téléphone, qui vibrait dans sa poche depuis ce matin sans qu'il aie le temps de s'en soucier, pour enfin découvrir que la photo de Sumo prise par Connor avait suscité pas moins de 122 nut's – des likes, en gros, non ? – et 34 commentaires. Et presque drôles, en plus.
Mouais. Dès ce soir, il désactiverait ce machin.
Voilà ! Ça traîne, ça traîne je vous l'accorde mais bon sang, je fais enfin les trucs que je veux ! Comme par exemple des Je Pendant La Phase D'Amanda (que bon en vrai je pouvais pas retirer grammaticalement... mais du coup j'assume !) et puis démonter Amanda avec l'anecdote de Sumo – sérieux j'adore cette justification que j'ai trouvée à Connor d'avoir eu PEUR d'un chien ! Parce que c'était pas une réaction logique, les gens. Pas du tout. Mais du coup avec ce merdier c'est drôle et ça explique un peu.
Et j'ai bien aimé faire papy Graham. Et au fait : oui, je n'ai pas d'inspiration pour les titres.
Et NORMALEMENT, dans le prochain chapitre il arrive enfin un truc un peu « WTF sérieux ?! » mais encore rien de grave. Rien de grave comparé à ce que j'ai réellement prévu…. Putain les gens je regrette d'être en alternance pour le simple fait que je n'ai PAS de VACANCES et donc PAS MOYEN de rusher sur cette fic à deux chapitres par semaine bouhouhou bref à samedi prochain !
