Je suis un peu dégoûtée. La masse de boulot… ce chapitre n'était clairement pas prêt samedi dernier. Aux deux tiers écrit, pas de relecture, non, vraiment… ça n'en valait pas la peine. Si Ffnet disposait d'un moyen de prévenir les follower, croyez-bien que je l'aurais fait, mais à part en mettant un message d'excuse dans un faux nouveau chapitre, pas moyen, et ça aurait fait une fausse joie donc hors de question.
Je suis à nouveau en période d'entreprise maintenant, je continue de galérer mais là-bas, on ramène pas de travail à la maison. Alors faut y croire ! Je veux pas abandonner cette fic avant les deux tiers de l'année scolaire ! Soit pour le scénario (dont je n'ai pas reprit l'écriture depuis le lancement de la fic) soit parce que l'alternance, ceux qui l'ont fait savent, j'imagine… Allez, trêve de lamentations ! J'ai un suspense à tenir ! Y'a un Hank dans la merde et bien plus encore !
Et encore une fois pas la moindre inspiration pour le titre !
Chapitre 16 : A la recherche du lieutenant Anderson
« La police de Detroit n'a pas souhaité faire de communiqué. Selon les habitants, la maison n'aurait pas seulement pris feu, elle aurait été soufflée par une explosion. Certains parlent aussi d'une odeur persistante de gaz mais nous n'avons pour l'heure encore aucune confirmation.
– Merci, Chandler. Il est 7h15, tout de suite, notre… »
Une main baissa le son de la radio, tournant doucement le bouton du volume. La voix se tût, laissant les lieux dans le silence.
Rien, tout d'abord. Rien. Puis… un mouvement.
Cette personne se levait. Se hissait sur ses jambes.
La personne quitta la pièce, ouvrant la porte.
C'était grand, sombre, frais, vide, et gris.
Il n'y avait pas besoin de grand-chose.
La personne alla jusqu'au milieu de tout cet espace libre, là où elle avait déposé la seule chose qui comptait. Une autre personne.
L'autre personne gigotait, attachée, elle ne pouvait pas se lever. En entendant la personne arriver, elle tourna la tête vers elle. Ses yeux lançaient des éclairs.
La personne debout ne dit rien.
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« Bonjour, Connor.
– Bonjour Amanda. »
Elle regarde à nouveau devant elle, paisible.
« … j'aime vraiment cet endroit. Il est si… ordonné. »
Elle désigne la chaise à côté d'elle.
« Je t'en prie. Assieds-toi. »
J'obtempère et regarde le paysage avec elle. C'est un des rares endroits où je me retrouve régulièrement et que je ne connais pas par cœur.
« Comment se passe ton enquête ?
– Nous avons été retardés. Le Capitaine Fowler a mandé presque tous les agents sur une seule scène de crime. Il s'est avéré que c'était un guet-apens. Il était prévu de faire un maximum de victimes.
– …
– La mise en scène n'est pas très claire. Il y avait une bombe factice, elle a nécessité une équipe de déminage mais c'est l'équipe scientifique qui a failli être soufflée dans l'explosion d'un autre dispositif rudimentaire.
– Mais cela ne concerne pas ta mission.
– En effet.
– Le lieutenant n'était pas disponible par la suite ?
– Il fait l'objet d'un suivi médical, suite à l'inhalation de gaz. Nous reprendrons aujourd'hui.
– Connor… le temps presse, rappelle-t-elle, néanmoins compréhensive. Cette enquête doit absolument avancer. Ce n'est plus qu'une question de jours avant que les médias ne révèlent l'existence des déviants. Il faut y mettre un terme.
– Je sais, Amanda. »
Amanda se tait, le regard attentif.
Je sais qu'elle a peur. Je le comprends.
Il faut qu'elle le sache. Pour être rassurée. Pour savoir que ces éléments sont aussi pris en compte.
Je sais que c'est une enquête extrêmement sérieuse. Et je ne faillirai pas.
« Très bien. Alors ne me déçois pas. »
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Arrivé au poste, commençant sa journée en remontant sa cravate, Connor trouva les bureaux plutôt vides. Pas complètement, bien sûr, mais comme toujours Anderson n'était pas arrivé. Chris et Judith semblaient déjà en mission, même Gavin n'était pas là pour le surveiller de son regard noir. Connor jeta un œil à la télévision, qui recrachait sans surprise la même rengaine sur la situation politique tendue avec la Russie.
Il se rendit à son bureau et reprit la lecture des dossiers des cas impliquant les androïdes. Il s'en était encore rajoutés, il retira d'abord ce qui tenait d'accidents domestiques ou de vols sans intérêt, puis recommença à chercher des corrélations. Rien de très pertinent. Mais alors qu'il compilait ces données, il se fit une réflexion.
Les dossiers étaient d'abord en version papier avant d'être informatisés. Les humains accordaient encore beaucoup de valeur au support physique : il ne pouvait pas être piraté ou perdu à cause d'un bug, ce genre de choses. Chaque rapport était d'abord pré-rempli en version papier avant d'être recopié en version informatique, parfois tout simplement scanné… considérant que ces affaires leur avaient été transférées du jour au lendemain, il n'était pas impossible que certains petits malins n'aient pas pris la peine de terminer le transfert du papier au numérique. Ce qui signifiait qu'un petit tour du côté des archives pourrait avoir son intérêt…
Ce même matin, Judith rentrait au poste après une intervention et avec une petite migraine. Elle renvoya l'androïde qui l'accompagnait sur son dispositif. Ce dernier l'avait escortée sur les lieux d'une plainte au sujet d'une violente dispute qui risquait de finir en fait divers. Heureusement, elle n'était arrivée que pour trouver un peu de vaisselle cassée et un couple qui se hurlait dessus. Les forcer au calme n'avait pas été de tout repos.
Il avait un peu d'animation, avec les quelques gens qui passaient, la télé qui babillait, mais voir les bureaux si vides, toutes ces chaises esseulées et ces claviers silencieux donnaient l'impression à Judith qu'il était tout juste six heures du matin. L'atmosphère était calme, apaisante, mais à la fois assez triste. Elle soupira, étirant son dos avant de se remettre au travail.
Un pas rapide et volontaire traversant l'open space détourna son attention. Elle reconnu tout de suite l'androïde de Hank, revenant par une porte qu'il n'utilisait pas d'habitude. Elle leva le nez pour le voir portant deux cartons de dossiers à son bureau. Il les déposa à côté, sur le sol, tira un dossier de là et commença sa lecture, concentré, tournant les pages régulièrement.
Judith lâcha un sourire en coin. Il était motivé, le petit…
Enfin… Hank avait raison, il ne fallait pas commencer à trop le personnifier. C'était une machine. Ce n'était pas sain de transférer son empathie sur un objet. Sur ce genre-là, en plus. T'appuyais sur un bouton et bzou, fini, éteint. Elle eu une pensée amusée à l'idée qu'il existe un tel bouton pour certaines personnes plutôt fatigantes, et se rappela qu'elle le connaissait déjà, cet interrupteur : ça s'appelait des cervicales et c'était interdit par la loi. 'Ballot, hein.
En fait, songea Judith, si elle voulait transférer son empathie sur un RK plutôt que sur un con, c'était son affaire, point barre.
Après plus de trois heures de lecture, Connor avait fait le tour des dossiers. Certains n'avaient même pas été informatisés alors même qu'ils dataient de plusieurs mois et il n'était pas évident d'en tirer quelque chose. Le nom du collègue et ami de Hank : Ben Collins, revenait par ailleurs assez régulièrement, il devait avoir un peu trop l'habitude. Peut-être avait-il pris en charge certains de ces cas à la place du lieutenant, depuis un certain temps.
Il avait cherché des traces du devenir des androïdes incriminés dans des méfaits de toute catégorie, mais la plupart avaient été détruits, formatés ou même perdus, bref, pas moyen d'espérer les analyser et sonder leur mémoire. Quelle perte, ç'avait été si pratique à l'Eden Club.
Connor consulta l'heure – car oui, un humain la regarde, un androïde se la demande – et estima qu'il était temps de contacter le lieutenant. Il resta donc assis et lança un appel. Il n'obtint même pas de tonalité. Le portable n'avait sans doute plus de batterie. Il fit alors sonner le téléphone fixe, mais il n'alerta probablement que Sumo, tombant sur la messagerie. Cela resserrait au moins les possibilités.
« Tu vas où ? »
Il se tourna vers Judith, méditant une seconde sa réponse. « Faire la tournée des bars. »
Elle haussa deux élégants sourcils, surprise. Puis prit un air moqueur. « Il n'est pas chez lui, c'est ça ?
– Probablement pas. »
Judith roula des yeux, puis fit un geste indolent de la main. « Vaque, vaque.
– Bonne journée, Ms Moore.
– Toi aussi… »
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« C'est quoi ce… ? »
Le barman leva la tête vers le client, puis suivit les regards vers la vitrine. Il manqua de peu de lâcher sa bouteille, surpris. Là-dehors : un de ces androïdes à la con était en train de scruter l'intérieur, balayant la zone en tournant lentement la tête avant de passer son chemin.
« La vache, il m'a foutu les jetons, ce con !
– Quel connard… »
Connor ne s'en formalisa pas, il était trop loin pour entendre ou lire sur leurs lèvres. Rien au Jimmy's – à par le regard particulièrement électrique que le barman lui avait lancé, tendu – et bientôt non plus au septième bar de la liste. Il en était presque à considérer d'aller voir du côté de chez Gary, mais la maison du lieutenant était plus proche. Autant vérifier, peut-être qu'il dormait comme la dernière fois.
Une fois sur place, il se détrompa. La voiture n'était pas garée devant la maison, le lieutenant devait être dieu savait où dehors, et lui perdait un temps précieux à lui courir après au lieu de travailler. Un détail retint son attention, néanmoins. Si le lieutenant était de sortie, pourquoi la porte d'entrée était-elle entrouverte ?
Inspection immédiate requise. Possibilité de cambriolage. Connor avança et ouvrit doucement la porte. Ne pas oublier qu'il s'agissait peut-être du lieutenant lui-même, l'absence de sa voiture pouvait encore s'expliquer de bien des façons. Il entra donc calmement et écouta. Sumo mangeait dans sa gamelle dans la cuisine, ce qui lui rappela qu'il ne pouvait pas utiliser le scan pour identifier l'intrus potentiel (Hank n'aurait tout de même pas juste oublié de fermer la porte, si ?) et alors qu'il approchait précautionneusement de la cuisine, une silhouette chétive apparu dans son champ de vision : un enfant d'une dizaine d'année, en train de caresser le dos du gros chien.
Ce n'était vraisemblablement pas un cambrioleur… Connor changea d'approche et choisi de toquer contre la porte de la cuisine, pour ne pas trop le surprendre. Le garçon se retourna vivement, fit les gros yeux en le voyant, tira d'un coup sur un tiroir et pointa un couteau dans sa direction.
« T'approches pas ! »
Après un silence, pendant lequel Connor regarda l'arme sans avoir la moindre espèce de réaction, et pendant lequel Sumo continua de s'empiffrer : il fixa le garçon dans les yeux tout en levant les paumes des mains : « Je ne te veux aucun mal…
– La ferme ! Qu'est-ce que tu fous ici ?! T'es chez un flic !
– Exact, chez le lieutenant Hank Anderson, de la police de Detroit, compléta-t-il.
– Ouais, c'est ça, fais l'malin ! T'es qui toi d'abord ?! D'où tu sors ?
– Je m'appelle Connor. Je suis l'androïde envoyé par Cyberlife-
– T'es de quel type ?! »
Type, il demandait sans doute son modèle – qui, encore une fois, était écrit sur sa veste, mais bon. Il n'était plus à ça près.
« Modèle RK-800.
– Jamais entendu parler !
– Je suis un prototype.
– Un prototype ? »
Soudain, l'air médusé du gamin fut de bien meilleur augure pour les fesses de Connor – bien qu'il n'avait pas grand-chose à craindre d'un couteau de cuisine tenu par un gamin – puisqu'il semblait soudain bien plus enthousiaste.
« Genre, t'es encore top-secret et tout ? »
Top secret… oui, toute sa conception était sous contrat de confidentialité, mais c'était aussi le cas des androïdes classiques : la procédure standard protégeant la technologie Cyberlife. Pour le reste, concernant son existence tout court : concrètement, son cas était en zone grise : il devait s'exposer autant que nécessaire pour mener son enquête, mais Cyberlife ne tenait pas à le retrouver plus que nécessaire dans les médias. Ils savaient qu'il serait mentionné, bien sûr, mais s'il pouvait éviter l'œil avide des caméras, c'était à prendre. Donc en attendant…
« ...disons que mon existence n'est pas encore connue du grand public… » fit-il avec un simple sourire en coin, pour commencer. La bouche du petit garçon s'ouvrit toute grande.
« À ton tour, à présent. Tu te tiens dans la maison du lieutenant Anderson. Tu n'es pas un membre de sa famille, n'est-ce pas ?
– Ah, ouais ! J'm'appelle Tom, chuis son voisin ! C'est moi qui m'occupe de Sumo quand Hank est pas là !
– Vraiment ?
– Ouais ! Hank, des fois, il rentre super-tard ou même il rentre pas du tout à la maison. Je guette si je vois sa voiture ou pas, des fois c'est mon frère qui me dit, et du coup, je rentre donner à manger à Sumo et je le promène aussi. Hank me laisse de l'argent de poche pour ça.
– Je vois…
– Mais toi t'es qui ? Un agent secret ? Un espion ?! T'as le droit d'être ici ? »
Alors que Sumo finissait de manger, il se retourna tout naturellement vers Connor, renifla sa main et lui lécha les doigts. Connor tourna juste la main pour lui caresser la joue.
« Je suis un ami..
– Oh… Cool !
– Comment es-tu entré ?
– J'ai un double des clés. (Connor leva les sourcils, impressionné) Tu travailles pour qui ?
– Pour le Département de Police de Detroit.
– Oui mais t'es à qui ? Qui t'a acheté, et tout – Ah c'est la police ?
– Non. Étant encore au stade de prototype, je ne peux pas être vendu. On ne m'achète pas, j'appartiens toujours à Cyberlife.
– Ah bon ? Ben tu sers à quoi alors ?
– Je suis un prototype, donc je sers de test.
– Ah, donc y bossent encore sur toi c'est ça ?
– Exactement, sourit Connor.
– Donc t'es pas fini ?
– Non. On peut toujours faire des ajustements.
– Il te manque quoi ?
– On ne sait pas encore. C'est pour ça que je suis là. Je travaille, et on vérifie que tout fonctionne. Mais ça, c'est entre toi et moi… » précisa-t-il en le regardant par dessus des lunettes imaginaires, sans avoir l'air de plaisanter.
« Hm-hm ! opinait le petit, l'air fier de discuter comme un adulte.
– Dis-moi, Tom, j'aurais besoin que tu me renseignes.
– Vas-y ?
– Quand as-tu vu le lieutenant Anderson pour la dernière fois ?
– Hm…. Chais pas, pourquoi ?
– Parce que la dernière fois que j'ai vu le lieutenant, c'était hier, en milieu de journée. Depuis nous n'avons plus aucune nouvelle. Et du travail nous attend.
– Oh. Il a… il a disparu ?!
– Je ne pense pas. Il s'absente souvent de longues heures et il décroche rarement son téléphone.
– Ah ouais c'est vrai… ben non je l'ai pas vu – Ah ! Si, en fait, il est repassé à la maison hier, vite fait.
– Quand ?
– Je sais plus trop… en fait je vérifie surtout si y promène Sumo. Et hier soir, au lieu de le sortir, il a pris sa voiture et il est reparti. Genre à huit heures, un truc comme ça. Sept, huit heures. Neuf heures, pas plus !
– C'est tout ?
– Ben ouais, en général il promène Sumo dans ces eaux-là, au plus tard il le promène à dix heures du soir. Donc s'il est pas là à huit, neuf heures, je choppe Sumo. S'il est là, c'est qu'il va s'en charger.
– Donc il est revenu chez lui et il est reparti le soir avant de manger ?
– J'pense… »
Connor réfléchit en observant la pièce. Il y avait eu un petit peu de rangement, compensé par un peu de nouveau désordre depuis la dernière fois. Pas de vaisselle sale ni de cartons alimentaires qui traînaient comme la dernière fois. Ça collait. Qu'avait-il pu faire dehors ? À part boire, repartir et avoir un accident ?
« Tu t'en vas ?
– De toute évidence, le lieutenant n'est pas ici. Je vais continuer de le chercher. Surtout, n'oublie pas de fermer la porte en sortant. Et range ce couteau…
– Ah, oui-oui ! À plus ! »
Connor sortit et commença à préparer une tournée d'hôpitaux. Une tournée mentale, ceci dit, consultant les registres à distance. Il demanda une adresse très différente au taxi auto-piloté.
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Dans une odeur coutumière de graillon, Gary se retourna pour donner au client son burger-frites. « Voilà, bon appétit.
– Merci Gary !
– À demain ! »
En levant les yeux sur une silhouette à quelques pas derrière, le sourire de Gary s'évapora. Il détourna le regard quand l'androïde vint jusqu'à lui, mais ne pu feindre d'ignorer sa présence lorsqu'il fut juste en face :
« Bonjour, monsieur Kayes.
– Barre-toi.
– Je dois vous poser une question.
– Je cause pas aux androïdes.
– Avez-vous vu le lieutenant Anderson aujourd'hui ?
– Tu comprends pas l'anglais ?
– Monsieur Kayes, c'est important.
– J'en doute pas une seconde, marmonna-t-il de dos en s'occupant de sa friteuse. Allez, tire-toi maintenant. Tu fais fuir les clients.
– Kayes. Vous êtes la dernière personne que j'interroge avant de le porter disparu. »
Kayes remua les frites, relâcha la poignée, s'immobilisa un moment puis commença à comprendre, lentement. Il douta un peu, remua l'idée dans son esprit puis se retourna enfin, l'air dubitatif, vers le RK.
« … quoi ?
– Si vous ne l'avez pas vu, j'irais le signaler au poste pour commencer les recherches.
– … j'y crois pas. Mais qu'il est con. Eh, tête de nœud, si Hank veut pas te voir-
– Cela n'a rien à voir avec le fait qu'il n'apprécie pas les androïdes, monsieur Kayes.
– Ah bon ? sourit-il narquoisement, s'appuyant au comptoir.
– Il est évident que le lieutenant trouve souvent des moyens d'esquiver le travail et d'être injoignable. Cependant, il n'en reste pas moins qu'il doit être présent quelque part. Physiquement. Comme dans un bar, par exemple, coupa-t-il en voyant Gary ouvrir la bouche. Ce qui n'est pas le cas. Croyez-moi, j'ai fait le tour. Il n'est pas non plus chez lui et à priori il n'est pas passé par chez vous, n'est-ce pas ?
– …. eh, y doit bien y avoir une explication…
– Il n'est pas sur une scène de crime, son cercle d'amis est restreint et ils sont tous au travail. S'il a bu, il a pu avoir un accident. Auquel cas il aurait pu rentrer se reposer, ce qui n'est pas le cas, donc il pourrait être à l'hôpital. Mais aucun établissement dans les environs, ni même dans les villes voisines, n'a récupéré une victime lui correspondant. Kayes. Le lieutenant n'a pas non plus de raisons de sortir de Detroit, n'est-ce pas ? »
Kayes resta silencieux, intrigué.
« Je sais que vous n'appréciez pas les androïdes. Croyez bien que c'est le cadet de mes soucis. L'unique fonction que l'on m'a attribuée est d'enquêter sur les affaires que l'on m'a confiées, sous la direction du lieutenant Anderson. Le seul autre élément dont je dois me soucier est de la bonne santé du lieutenant. Or il est difficile de se prononcer s'il est impossible de déterminer sa position sur bientôt une journée entière, vous ne croyez pas ? »
Gary regardait ailleurs, soucieux. Il trouvait que cet androïde lui mettait un peu trop la pression, mais…
« Kayes, je ne suis pas là pour vous causer des ennuis, ni pour harceler le lieutenant, je comprends que vous préfériez croire qu'il s'agisse de quelque chose de bénin. Seulement il est avéré que lors d'une disparition les premières vingt-quatre heures sont déterminantes. Alors dites-moi simplement si vous l'avez vu, et si ce n'est pas le cas je me chargerai du reste. »
Gary soupira faiblement. Il ne pouvait pas reprocher à cet androïde de manquer de logique.
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« Oui – non… oh, vous me faites chier. » Jeffrey raccrocha alors que la porte de son bureau s'ouvrait. « Quoi encore ?!
– Je viens signaler la disparition du lieutenant Hank Anderson. »
Jeffrey resta silencieux, ne bougeant pas un muscle. Puis le téléphone sonna, il le leva et le redéposa sur son socle.
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Judith bâilla tandis qu'un café apparaissait sur son bureau. « Merci, Chris…
– T'as pas dormi cette nuit ?
– À peu près…
– "à peu près ?" » répéta Chris, amusé, pendant qu'elle sirotait sa tasse en la tenant à deux mains, comme un chocolat chaud.
« … pas possible de dire autant de conneries. Ben ! Ben ?
– Il n'est pas là, répondit Chris à Fowler, ce dernier sortant de son bureau avec Connor sur les talons.
– Ah, Chris. Tu sais où est Hank ?
– ….non ?
– T'as appelé son téléphone ?
– Pas récemment… »
Jeffrey sortait le sien. Connor le laissa faire, sachant pertinemment qu'il n'y aurait pas de tonalité. Mais s'il interrompait Jeffrey pour le lui expliquer, le capitaine le prendrait sans doute très mal.
Le soir-même, sous un ciel d'encre, les officiers étaient de retour dans la maison calcinée, qu'ils avaient pourtant déjà analysée de fond en comble après son explosion. Une caméra de sécurité avait identifié la voiture d'Anderson sur un itinéraire qui pouvait y mener. Il y avait des chances qu'il s'y soit arrêté de nouveau la veille au soir. Enfin : pour Jeffrey c'était une certitude. Il bossait comme un enragé. Il semblait convaincu que Hank ai pu être visé dès le départ par ces stratagèmes.
« Tu penses à quoi ? demandait Ben, alors que Jeffrey s'obstinait à vérifier la maison lui aussi de ses propres yeux.
– Les cartels. Forcément… il a quitté la brigade mais ces gens-là n'oublient jamais. L'explosion, quelque part Hank a dû y voir un message, cet abruti est revenu seul pour voir ou comprendre et maintenant ils le retiennent peut-être quelque part… »
Les deux hommes levèrent le nez pour regarder Connor, plus facile à repérer que les autres avec son brassard luminescent. Ils ne le regardaient pas particulièrement d'un bon œil, mais Connor faisait ce pour quoi il était conçu : il cherchait des indices.
« Il devrait pas être rangé quelque part, branché sur une prise électrique ? marmonna Ben.
– Quoi ?
– Ses commandes, là, c'est de bosser sous les ordres de Hank, nan ? Quand Hank est pas là…
– Non-non, cherche pas, c'est une merde foutrement tordue qu'ils nous ont refilés. Il reste pas au poste quand il a fini sa journée, il agit de son côté, il attend pas qu'on lui dise de faire des trucs et quand il les fait, faut littéralement gueuler pour qu'il arrête.
– Ah bon ?
– Eh ! Machin ! Putain c'est quoi son nom, là… RK !
– Capitaine ?
– Qu'est-ce que tu fabriques ?
– Je détermine quelles traces du lieutenant proviennent de son deuxième passage.
– On a déjà des scientifiques pour ça ! Dégage le passage, allez ! »
Connor cessa de le regarder, comme si la conversation était terminée, et continua de scruter le sol, analysant patiemment les traces, faisant le tri entre celles du lieutenant et de tous les scientifiques déjà passés avant lui, la veille ou l'instant d'avant.
« Eh ! Je t'ai dit de décarrer !
– Je vous ai bien entendu. »
Jeffrey se raidit, puis vint à grands pas vers lui, parlant d'une voix sourde et furieuse : « Non mais qu'est-ce qui va pas chez toi, bordel ?! Qu'est-ce que tu comprends pas ?! Il faut que je te frappe, c'est ça ?!
– Non. Vous n'avez pas lu le mémo ?
– Mémo ?... Un mémo ?!
– Celui de Cyberlife, vous expliquant les détails du fonctionnement de notre collaboration.
– …. de notre quoi ?
– Votre collaboration avec Cyberlife.
– Mais qu'est-ce c'est que ces conneries ?! J'ai pas signé pour que des… »
Jeffrey secoua la tête. L'accord, c'était le gouvernement qui l'avait signé, pas lui. Lui n'avait été tenu que de parapher un papelard attestant qu'il était d'accord même si ce n'était pas le cas.
« Voulez-vous un résumé ?
– Non. Je veux juste comprendre à quel putain de moment un androïde de Cyberlife a les autorisations pour partir en roue libre sur mes scènes de crime, gronda Jeffrey.
– Rassurez-vous, c'est très simple…
– Tu m'en diras tant !
– Je ne suis pas placé sous vos ordres. Je suis sous les ordres directs du lieutenant Anderson.
– …
– Cela peut prêter à confusion, en effet. Je suis indirectement sous vos ordres car c'est le cas du lieutenant. Mais en son absence, je n'ai plus les permissions requises pour enquêter sur l'affaire, ma priorité n°1. Ma priorité exclusive actuelle est donc de retrouver le lieutenant Anderson. »
Jeffrey resta assommé. Quelle saloperie administrative ces petits cons de Cyberlife leur avaient-ils envoyé sous la ceinture ? Et même, est-ce que c'était fait exprès, d'ailleurs ? Il hésitait franchement entre la connerie suprême et la fourberie totale.
« Avez-vous d'autres questions ? »
Jeffrey mâcha un cure-dents imaginaire.
« Sors.
– Très bien. Mais vous devriez partir aussi, capitaine. Le lieutenant n'a pas été enlevé. Ou du moins pas ici.
– J'ai dit sors ! »
Jeffrey le regardait d'un œil noir, sans bouger, déterminé à fouiller la maison de fond en comble. Ce n'était pas la peine d'insister. Et c'est ainsi que Connor quitta la demeure calcinée, n'ayant pas la moindre idée des raisons qui avaient poussé Anderson à venir ici. Cela ne faciliterait pas ses futures recherches, heureusement une caméra de surveillance avait peut-être repéré sa voiture… Alors qu'il contactait un taxi, Chris, déjà fatigué, l'interpella : « Connor ? Tu vas où ?
Et Connor de répondre d'une voix ferme et presque autoritaire : « Retrouver le lieutenant. »
Autant dire que cette affirmation ne plut pas beaucoup à ceux qui le prirent pour une façon de dire qu'ils brassaient du vent.
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C'était grand, sombre, frais, et gris.
Calme.
Il n'y avait pas grand-chose.
Enfin si. Des silhouettes, en train de discuter dans un coin. Dans un large coin, puisque l'espace était bien suffisant pour s'écarter de lui. L'autre.
L'autre, c'était une personne attachée, les mains dans le dos, à une canalisation collée à un mur. Assis par terre, il ruminait sa situation.
Pourquoi, s'il-vous-plaît, expliquez-lui : pourquoi avait-il une poisse aussi phénoménale. Pourquoi avait-il une guigne aussi exténuante ! Pourquoi donc fallait-il qu'il passe des journées de merde ?…
Une petite silhouette chétive approcha doucement. Le regard de l'autre s'adoucit. Il ne voulait pas lui infliger sa mauvaise humeur.
Anderson soupira.
« Karaaaaa ! C'est comme ça que tu la surveilles ? »
Kara fit volte-face avant d'accourir vers le lieutenant et Alice, presque paniquée.
« Alice, il ne faut pas rester…
– Mais je veux rester ! Je veux parler avec Hank… »
Les deux adultes soupirèrent. En se rendant compte de cet écho, ils se sentirent embarrassés.
« Oh et puis zut, hein, au point où on en est… » lâcha Kara en s'asseyant par terre, en face d'un Hank perplexe et toujours aussi gêné.
La veille, le soir, à la nuit tombée…
Hank était resté parfaitement silencieux jusque-là, à cause de cette impression de jouer en temps réel à un de ses vieux jeux-vidéos de zombies. Après tout, le Jericho avait une atmosphère… très particulière. Mais il avait tenu à le vérifier, car après tout c'était le seul endroit où il avait pu perdre son badge, en excluant la maison incendiée qu'il avait déjà vérifiée. Car, à bien y repenser : l'autre jour il avait fait une sacrée chute dans le Jericho, en glissant par terre comme un âne.
C'est donc en s'injuriant mentalement et en progressant en silence qu'il y était entré.
Au même moment où, par un autre accès, les androïdes étaient calmement sortis sur le pont pour contempler des étoiles, qu'ils ne verraient pas à cause du mauvais temps changeant.
Hank avait donc silencieusement rejoint la grande salle et avait rapidement retrouvé le coin où il avait cru voir, l'autre fois, un papier avec des traits de crayons de couleur. Curieux endroit pour paumer un dessin, si vous vouliez son avis. Et devinez quoi ? Son badge avait effectivement été catapulté hors de son manteau lors de sa chute, et il avait glissé jusqu'à un recoin sombre, dans l'humidité, la rouille et même un peu de gras. Enfin, heureusement, le badge n'en avait pas trop souffert…
C'était là que Hank s'était trahi. Là qu'il avait flanché. Là qu'il s'était fait avoir, lui qui voulait se prémunir de zombies imaginaires.
Il avait suffi d'une seule seconde de relâchement pour qu'il laisse passer une exclamation de victoire.
Et là, plutôt que des faux-zombies, des vrais androïdes l'avaient entendu. Ç'avait été très bizarre pour eux, d'ailleurs. Kara et Luther ne s'étaient pas attendus à être dérangé en plein slow. En fait, il s'était agi du moment le plus gênant de toute leur vie, s'ils y réfléchissaient. Hank les avait regardés, eux deux de même, et ils étaient restés plantés là sans savoir quoi faire.
À part se dire Merde.
Et puis, histoire de bien terminer le programme : le reste de l'équipage était revenu et là, là, Hank en aurait presque regretté les zombies parce qu'ils étaient particulièrement nombreux, et en très bon état, pour des machines abandonnées. Considérant la façon dont Rupert-le-déviant et Connor s'étaient courus après sur les toits ; Hank ne souhaitait pas vraiment engager les hostilités.
Cela dit… devoir se rendre pour que cette fois on lui confisque son arme de service, lui qui à la base était venu retrouver son badge… bon, c'était logique de leur part, mais horriblement insatisfaisant. Tout comme se laisser attacher avec ses propres menottes.
Au moins, leurs fouilles s'étaient arrêtées là.
« Désolé… on… on va trouver une solution… » avait marmonné un de ces androïdes, un drôle de basané que Hank ne connaissait pas, puisqu'il avait jusque-là toujours aspiré à ne rien savoir des androïdes et de leurs modèles. Une armoire à glace encore plus basanée s'était proposée pour rester à côté de lui, pour le surveiller, pendant que les autres androïdes débattaient de ce qu'ils devaient faire du policier.
« On doit s'en débarrasser.
– North ! »
Simon se prit la tête entre les mains, dépassé. North soupira : « 'Pas que ça m'amuse mais il va donner notre position. Il va la donner. Il n'y a aucun autre moyen de le faire taire sauf si vous envisagez de le retenir ici jusqu'à la fin de ses jours, ce qui serait, pour reprendre leurs termes : "absolument inhumain". Pour ce que ça m'intéresse… et puis ajoutez à ça que le garder en vie serait une véritable purge chaque jour…
– On peut forcément faire autrement… gémit un autre, l'un des AP-700 ramenés de l'expédition pour les pièces.
– La seule autre solution, c'est d'évacuer. »
Ils se tournèrent vers Markus, l'air désespérés. Non, pas évacuer ! Pas quitter le navire ! Pas quitter ce bateau qui les avait vus renaître ! Il était miteux, délabré, grinçant, rouillant, ruiné, mais c'était leur abri. Leur foyer. Ils n'avaient rien à craindre ici. Pratiquement… Même quand ce policier et l'androïde chasseur de déviants avaient trouvé leur épave, ils avaient réussi à se cacher, ils avaient réussi à garder ce lieu sacré, alors pourquoi ? Pourquoi bon sang ?!
« … pourquoi êtes-vous revenu ?… » demandait doucement Luther, de son côté, à un Hank ronchon et cachant sa nervosité.
« Hein ?
– Pourquoi a-t-il fallu que vous reveniez ?… répéta Luther en secouant doucement la tête.
– Ah, ça… 'perdu mon badge. 'M'attendais pas à le retrouver en même temps que toi… Sinon ça va, Luther ? »
Il l'avait reconnu. Il connaissait même son nom. Luther resta silencieux. Il n'était pas à l'aise avec cet homme. Le lieutenant ne semblait pas inquiet, du moins pas à ses yeux. Il n'avait même pas à braquer une arme sur eux pour menacer leurs existences. Anderson pinça les lèvres en voyant qu'il n'obtiendrait pas de réponse et se mit à regarder autour de lui, scrutant les individus qui passaient. Luther se mit à penser qu'il ne lui faudrait que quelques secondes pour mémoriser chacun d'entre eux…
« Luther ? »
Il se retourna, nerveux, tombant sur Josh qui, prudent, lui communiqua en pensée :
« On va devoir abandonner le Jericho. »
Le cœur de Luther sembla sombrer trente mètres plus bas.
« On commence les expéditions immédiatement. Il faudra une ou deux personnes pour surveiller l'humain en attendant. On le libérera une fois qu'on aura trouvé un autre refuge. »
Luther ferma les yeux. C'était la solution la plus censée. Même si certains ne semblaient pas tout à fait l'approuver. Il jeta un œil à la foule, cherchant Rupert du regard, s'attendant à le voir particulièrement sombre en cette heure, lui qui devait haïr cette idée qu'un humain foule le sol de leur havre de paix. Quand il finit par tomber sur lui, il le trouva loin, très loin dans la grande salle, roulé en boule et dos au mur, la tête entre les bras et les genoux. Plus tard, Cassie et Jess l'y retrouvèrent, s'asseyant de part et d'autre du jeune pour lui remonter le moral.
Et les heures avaient passé. Cette nuit-là, Hank avait à peine dormi, compte tenu de sa position particulièrement inconfortable. Il en avait profité (un bien grand mot pour dire qu'il n'avait rien d'autre à faire) pour observer les androïdes et en apprendre plus sur eux. Il avait rarement été aussi fasciné.
Tout dans leur comportement laissait penser qu'ils étaient aussi bien assemblés qu'un humain ordinaire. Leur façon de parler, leurs expressions, et puis surtout leur langage non-verbal… ces tics qu'il reconnaissait et ceux qu'il pensait découvrir… Bon sang, pas étonnant que Cyberlife veuille étouffer l'affaire. Pour la plupart on leur donnerait le bon dieu sans confession, avec leur gueule d'ange et leur âme au bord des yeux. Rien à voir avec les détraqués qu'il avait rencontré avec Connor. Ceux de Jericho étaient calmes, ils communiquaient tout bas, ils se traitaient avec attention et respect, même lui pouvait le voir à dix mètres.
… rien à voir avec Connor...
… marrant quand même. Anderson était à peu près sûr que Connor avait les "capacités" pour un jeu d'acteur à la hauteur de ces déviants-là. S'il le laissait faire, Connor aurait fini par se comporter avec lui comme avec un collègue de travail – ce qui ne voulait pas dire qu'il l'aurait accepté pour autant puisque Hank détestait tout le monde. Et puis... il y aurait toujours eu ce... ce petit rien, ce petit truc impossible à nommer qui empêcherai Hank de le considérer comme un être à part entière. Il se rappellerait toujours qu'il parlait à une imitation, le mettant mal-à-l'aise.
Il était donc d'autant plus perplexe lorsqu'il regardait ces machines-là, sans sentir quoi que ce soit dans ses tripes l'empêchant de les voir comme des personnes.
Ou du moins un genre de personne…
Ils avaient... ce petit quelque chose qu'il guettait chez Connor. Ce truc qui les rendait différents les uns des autres, qui les empêchait d'être parfaitement d'accord les uns avec les autres, parfaitement semblables. Connor... il était vide, il écoutait et devenait ce qu'il fallait en fonction. Il suivait le protocole. Il était transparent. Sauf le jour où il était monté dans sa voiture. "J'ai le temps", qu'il avait dit... Hank cherchait parfois encore ce qu'il voulait dire par là.
Le lendemain, tôt le matin, dans la salle presque vide, occupée par lui, Luther et d'autres qui préféraient rester là : il vit des androïdes revenir de leur escapade au dehors. Il n'était pas sot, il avait deviné le plan depuis qu'il n'était pas mort exécuté. Luther avait même fini par le lui confirmer. Il avait aussi pris son courage à deux main pour trouver l'audace de demander au lieutenant ce qu'il pensait de leur plan. Hank avait hoché la tête en faisant la moue, répondant que ce n'était pas idiot du tout.
« Nous ne sommes pas violents… avait ajouté distraitement Luther.
– C'est tout à votre honneur. » avait-il répondu mécaniquement.
Puis Kara était rentrée à son tour. Elle avait fouillé toute la zone qu'on lui avait attribuée et trouvé quelques endroits potentiels, mais pas aussi grands ni aussi isolés que l'était le Jericho. Elle vint voir Luther et lui signifia de faire une pause. Elle veillerai sur le lieutenant. Luther lui céda sa place.
« Tiens donc… » Hank feignit de s'étonner en guise de bonjour. « Mais le monde est vraiment petit. D'abord Luther, puis les demoiselles du club, et même toi… qu'est-ce que tu deviens, Kara ?
– On fait aller…
– Et comment va Alice ?
– … comment ça ?
– Oh, arrête. Je sais qu'elle est avec toi. Je l'ai vue passer. Tu croyais que je m'en rendrais pas compte ? Et puis je me doutais qu'elle serait avec toi. Simplement, je m'attendais vraiment pas à ce qu'elle échoue ici ! gronda-t-il, lui faisant baisser la tête. Sérieux, Kara ! Tu crois que c'est un endroit pour une gosse de neuf ans ?
– J-je sais… »
Elle ne trouva rien à dire, morte de honte d'avoir cet échange pour toute première conversation avec cet homme. L'homme qui avait récupéré Alice, et qui avait tenté de la protéger à son tour. L'homme qui connaissait son prénom avant de l'avoir rencontrée. Contrairement à ce qu'elle aurait pu croire, Hank s'en tint là, cessant les reproches et promenant son regard ailleurs. Il finit par relancer la conversation : « Et comment elle va ?
– Bien ! Elle va très bien…
– Hm. Et elle mange comment ?
– … on…
– Et comment elle dort, aussi ?
– On lui a trouvé des couvertures, des vêtements…
– … Kara.
– Oui ?
– Sois honnête. Elle se lave ? Elle mange quoi ? Elle fait quoi de ses journées ?
– …O-On lui a trouvé des livres, elle fait des dessins aussi, on lui ramène de la nourriture… » éluda-t-elle, sans qu'il ait à faire le moindre effort pour comprendre qu'ils la volaient. Et elle préféra ne pas lui raconter comment Alice se lavait.
À vrai dire, ils s'étaient débrouillés ; ils utilisaient le feu des bidons pour chauffer une bassine remplie d'eau et à l'aide de serviettes et d'un savon chipé, Kara lui faisait sa toilette… Elle lui lavait aussi les cheveux à la manière des coiffeurs : assise la tête en arrière, les cheveux dans la bassine. Elle devait remercier Cassie pour les shampoings piqués au magasin.
Et North pour le papier toilette.
Hank eu la délicatesse de ne pas souligner que la petite n'allait plus du tout à l'école.
« Elle ne reste pas enfermée à ne rien faire, vous savez… »
Kara cessa là sa défense, abandonnant l'idée de lui expliquer à quel point Alice pouvait vivre, ici, contrairement à son ancienne maison. Elle parlait avec tout le monde, elle se faisait raconter tellement de choses, Lucy la faisait souvent réfléchir, au moins autant qu'elle l'écoutait, telle une parfaite confidente, atténuant les blessures infligées par son père. Son père…
« C'est tellement sombre ici… » commenta Hank.
Dire qu'ils l'avaient renvoyé à son père…
« Est-ce qu'elle sort au moins ? »
Kara se ressaisit, un peu. Elle n'avait pas tout oublié. Elle n'avait pas oublié à quel point Alice avait été seule. Elle se reprit, regarda l'homme assis dans les yeux, soutenant son regard un peu plus facilement, et reprenant la main :
« Elle sort moins, mais quand elle rentre, elle est accueillie à bras ouverts, par des gens qui ne lèveront jamais la main sur elle. »
Hank soutenait lui aussi son regard, sans aucune animosité. Il fit la moue, hochant la tête. « Encore heureux. »
Kara cilla. Il se défendait bien.
« C'est un peu facile de venir ici et de tout critiquer, vous ne croyez pas ? Son père aurait eu moins de stress et de problèmes d'argent s'il ne le dépensait pas dans la drogue. Même en étant abandonnés par le système, nous, nous arrivons à lui offrir quelque chose de plus sain.
– Oh, je ne nie pas la bonne volonté qu'il y a derrière.
– Et vous… vous l'avez rendue à ce… »
Ils restèrent silencieux un moment.
« Pas de bon cœur, tu peux me croire. Je sais que ce n'est que ma parole, et qu'Alice m'aura sûrement taillé un sacré costard... qui doit en plus être très bien ajusté, mais tu peux être sûre d'une chose. Je n'ai jamais voulu que ce connard la récupère. »
Le regard de Kara s'adoucit.
« Tu sais où il est maintenant ? »
Elle secoua la tête.
« En taule. »
Elle cligna des yeux.
« Je suis revenu la chercher, tu sais. Je suis arrivé peut-être dix minutes après toi. Il ne restait plus que Todd, et il m'a offert les raisons de l'arrêter sur un plateau . Ce type est devenu cinglé… peut-être un peu grâce à toi. » lâcha-t-il sur un ton appréciateur. « Toujours est-il qu'il est en taule jusqu'à son procès et qu'il y retournera juste après. La seule autre option pour lui et son avocat, c'est l'asile. »
Kara fini par décider de s'asseoir, ou du moins d'appuyer ses reins contre le mur, pensive.
« Si Alice revient, reprit-il, elle sera recueillie par les services sociaux. Elle sera placée en foyer, puis en famille d'accueil. Elle peut encore avoir une maison. Penses-y. »
C'était devenu subitement très difficile de parler avec le policier.
« … monsieur… Alice n'a… »
Comment le dire ?
« Elle ne vous a pas… "taillé un costard". Alice n'a dit que du bien de vous. »
Quand bien même il aurait pu se lever, Hank en resta sur le cul.
Kara avait fini par laisser sa place, après cette conversation et un long, très long silence, se laissant remplacer par une nouvelle tête, une nana bien rousse, avec laquelle Hank comprit immédiatement qu'il ne faudrait pas lancer la conversation. Il prit bien garde à ne pas l'ouvrir, mais il fallut bien qu'il se tortille au bout d'un moment pour oublier un peu ses crampes.
« Ça va ? Pas trop mal installé ? avait lâché l'androïde sans aucune sincérité.
– Oh, on a fait mieux. C'est le temps que vous mettez à amener le café qui laisse à désirer.
– Pauvre tache.
– Eh ben, ça promet…
– Fermez-là. Tout ce que vous aviez à faire, c'était ne plus jamais remettre les pieds ici. Et vous, qu'est-ce que vous foutez ? Vous vous ramenez. Putain… pour une fois que ça commençait à aller mieux… vous avez de la chance, vous savez ? Ça n'aurait tenu qu'à moi, on gardait Jericho. Pas vous.
– Ouah, quelle chance alors… singea Anderson.
– Vous pouvez pas comprendre. Vous, les humains… vous ne savez pas ce que c'est. Ce genre d'esclavage… ce genre de… dégoût… il n'y a même pas d'insultes à la hauteur de ce que vous nous faites entendre. »
De son côté, Hank fronça un sourcil.
« Si ça, ce n'est pas la preuve du fossé qui nous sépare… lâcha-t-elle dans un petit rire sans âme. Jamais on ne vous a traité de morceau de plastique, vous. Comme si vous n'étiez qu'un bout de… de rien. Absolument rien. »
North était un puits de rancœur.
« Vous ne savez pas ce que ça fait. D'avoir un nom spécialement pour vous. Sans équivalent. »
Mais North ne savait pas à qui elle avait affaire.
« Euh, alors excuse-moi, princesse, mais non. Peut-être, certes, qu'aucun humain ne peut comprendre ce qui se passe dans ce qui te sert de tête, ça je veux bien le croire. Mais pas d'équivalent à un gros mot ? Hoho, tu sous-estime largement nos jurons.
– Quoi ?…
– Alors oui, on a "morceau de plastique" et quelques autres bricoles pour toi et tes potes. Ce à quoi je t'oppose "sac à foutre" et "sac à merde". Deux que tu peux renvoyer légitimement à n'importe quel connard en chair.
– …
– C'est tout pour moi. »
Elle ne pouvait pas comprendre. Hank était toujours heureux de pouvoir lâcher sa misanthropie (et la misandroïdie avec, bien sûr). Même un simple cours de jurons le détendait plus que de raison.
North n'était pas sûre de comprendre. Elle tenta un peu au hasard : « Un humain qui cracherait sur sa propre espèce ?
– Hé, oh, doucement les amalgames, là… c'est pas parce que je fais partie de l'espèce que c'est de gaieté de cœur. »
North en aurait presque pouffé. Elle n'avait encore jamais rencontré quelqu'un d'aussi sarcastique. Et entre Josh et Simon, elle n'avait pas toujours été gâtée.
Bon sang. Elle le haïssait. C'était un humain, il regroupait tout ce qu'elle détestait chez eux. Son allure, son comportement hautain, sa présence ici... et pourtant...
North leva les yeux vers le plafond et ne put s'en empêcher, laissant rouler les syllabes.
« Sac à foutre... Sac à merde...
– On y prend vite goût. »
North lâcha un petit sourire appréciateur. C'était clairement un vocabulaire qui lui manquait jusque-là. Sauf qu'elle n'était pas censée ressentir la moindre trace de respect pour cet homme. Pourtant il y en avait bien une à présent.
Après tout, ce mec – qui avait eu la décence de se rendre – ne semblait pas inquiet le moins du monde, et du reste ne se rendait pas plus contraignant qu'il l'était déjà. Et il avait un minimum de répartie.
Plus tard, North se fit rapidement remplacer par Luther – à nouveau – occupée à aider à la gestion des recherches. Hank finit par poser sa tête contre la paroi et fermer les yeux, fatigué. Il n'avait rien mangé depuis la veille à midi, et à peine dormi aussi. Et puis…
« Luther ? »
Cette armoire à glace de Luther eu un sursaut, surpris, toujours inquiet.
« Je veux pas faire mon emmerdeuse, mais… ça urge.
– … de quoi parlez-vous ?
– Il va vraiment falloir que j'aille uriner. »
Luther resta un bon moment sans savoir quoi dire, pris de court. Puis…. Il demanda gentiment à Hank de se retenir car il n'avait aucune envie de prendre le risque de détacher le policier. Alors Hank – moyennant quelques gros mots pour sa mauvaise humeur – somnola à nouveau, pendant que les androïdes cherchaient leur prochain abri. Il sommeillait si bien qu'il fini sans surveillance, reprenant ses esprits un peu plus tard, surveillé de loin par quelques coups d'œils consciencieux. Et puis voilà qu'Alice, qui avait été interdite de l'approcher, était venue quand même. Et Kara aussi.
Et alors qu'il avait tenté, tant bien que mal, d'apprendre un maximum de choses sur eux depuis l'endroit où on l'avait menotté : Alice avait ramené sa frimousse jusque-là pour lui parler de tout le Jericho, et Kara avait abandonné l'idée de l'en dissuader.
Et Hank s'était pris au jeu de la conversation. Alice était une gosse adorable. Ça lui crevait le cœur de ne pas trouver le cran de lui demander pardon, pour l'avoir rendue à Todd. Il ne voulait pas la couper dans son élan.
« Oh, attends ! J'ai fais d'autres dessins ! »
Elle partit en courant, sous les sourires de Hank et Kara, dont les regards glissaient sur une autre silhouette qui les observait. Le sourire de Hank descendit de son visage en la voyant. Pourtant, elle aussi leur souriait. Kara lui fit même coucou.
Alors qu'elle s'approchait justement d'eux, à pas lents, Hank murmura, comme pour s'assurer que ce qu'il voyait était bien ce à quoi il pensait.
« … Lucy ? »
Kara se tourna vers Hank, surprise.
À une trentaine de pas d'enfants, Alice discutait avec Rupert.
« Rupert, Rupert, Rupert ! Tu veux bien attraper mes dessins s'il-te-plaît ? Je suis trop petite !
– Ah, là ? Oui, tiens… »
Il les récupéra de l'endroit où ils les rangeaient pour les protéger de l'humidité et les rendit à Alice, qui partit après un merci enthousiaste. Il la couva du regard, toujours assez mitigé. Alice était un ange, certes, mais Rupert avait encore du mal avec son humanité. Elle n'était pas comme eux, on ne pouvait pas lire chez un humain comme chez un androïde. Pas moyen de partager ses pensées. Comment être sûr de ce qu'ils ressentaient vraiment…
Les pensées de Rupert, par exemple, s'arrêtèrent net lorsqu'une paire de bras se saisirent de lui par derrière en bloquant sa nuque et sa bouche. Le genre de prise qui servait à la fois à rendre silencieux, et à la fois à tordre le cou si nécessaire. Et la peau blanche contre lui paralysait toute une partie de son système, bloquant toute possibilité de contacter quelqu'un par la pensée.
Rupert était en retrait, dans un coin où la lumière passait mal. Personne ne le voyait. Il était terrorisé.
« Pas un mot. »
Dit la voix, dans sa tête.
« Tu ne voudrais pas qu'il y ait un incident, n'est-ce pas ?
– Qu'est-ce que tu veux ?! »
Sans grande surprise, il se pencha pour lui répondre :
« Récupérer le lieutenant Hank Anderson. »
Eeeeeet voilà, emballé c'est pesé ! Ce n'est pas le meilleur chapitre en terme d'écriture et ça me désole parce que c'est ma petite bombe scénaristique.
J'arrêtais pas de vous dire qu'on y arriverait bientôt : ce truc c'est ça. Hank a rencontré Jericho, et pour de bon cette fois. On arrive enfin à ce que je voulais : f*utre la m*rde dans la trame du jeu ET POURTANT, vous verrez dans la seconde partie que non seulement j'y fous la m*rde mais je me réserve QUAND MÊME le droit de revenir dans le jeu quand ça m'arrange. Tout benef'.
Désolée pour la semaine de retard, mais au fond, un chapitre pareil, bâclé ? Nan. Déjà qu'il est pas aussi maousse que je l'espérais… bon il est pas trop dégueu, mais j'ai encore beaucoup à apprendre pour savoir rédiger un chapitre dont on ne décroche pas – si moi-même je décroche de mes relectures ou que j'ai la flemme de les faire c'est très grave – bref on se revoit dans une semaine pour un chapitre que j'espère presque aussi long (20 pages quand même ! Mais en nombre de mots je sais pas si c'est équivalent) en espérant que vous accrochiez à ce plan ! Ciao !
