Eh bien eh bien…. Jamais l'écriture d'un chapitre ne fut autant bousculée par mes problèmes personnels et les fêtes ! J'espère que vous n'avez pas tout oublié du chapitre précédent, auquel cas, plutôt qu'un résumé (qui risquerait de mettre trop en lumière des détails suspects) je vous conseille de le relire juste en diagonale, partie par partie, histoire de vous remettre en tête les différentes étapes.
Ce chapitre est pour moi aussi important que le précédent, aussi j'espère ne pas avoir perdu tous mes lecteurs-lectrices pendant cette pause involontaire. Je ne sais pas de quoi l'avenir sera fait mais je vais continuer à me battre pour écrire cette fichue fiction. J'ai un engagement à tenir et je ne les traite pas à la légère !
Et comme je n'ai toujours pas d'inspiration pour le titre, je fais à la fois un titre qui rappelle le chapitre précédent et à la fois une référence au soldat Ryan, parce que les blagues à la con c'est vraiment mon truc.
Chapitre 17 : Il faut sauver le Lieutenant Anderson
« ...avions souhaité interviewer le Capitaine de la police de Detroit sur cette supposée attaque à la bombe, mais il est pour l'heure impossible d'obtenir un entretien.
– Merci, c'était Dylan, il est 6h45 et... »
Une main baissa le son de la radio, tournant doucement le bouton du volume. La voix se tût, laissant les lieux dans le silence.
Rien. Puis… un mouvement.
La personne se leva. Debout sur ses jambes. Elle quitta la pièce, ouvrant la porte.
C'était grand, sombre, frais, vide, et gris.
Elle alla jusqu'au milieu de la grande pièce où l'attendait une autre personne.
Celle-ci était attachée, elle ne pouvait pas se lever. Entendant la personne arriver, elle ne fit pourtant aucun mouvement.
La peau nue de son dos était recouverte de tracés d'un rouge sombre.
Celle debout, tira de sa poche un cutter. Elle s'accroupit, se plaça dans son dos et lentement, commença un nouveau tracé.
Serrer les dents. Ne rien dire. Ne pas lui donner cette putain de satisfaction.
### ### ###
« Lucy ?… »
Kara regarda tour-à-tour Lucy et Anderson.
Alice avait parlé de presque tous les androïdes de Jericho, babillant comme une puce, mais à aucun moment elle ne les avait décrits physiquement. Alice accordait bien plus d'importance à leur caractère. Alors comment l'humain avait-il reconnu Lucy rien qu'en la voyant ?
« C'est pas vrai… » murmura-t-il. Lucy, elle, conservait son petit sourire paisible.
« Bonjour, lieutenant. »
Kara demeurait dubitative. Ils savaient tous qu'il était lieutenant pour avoir entendu l'androïde policier l'appeler ainsi, l'autre fois, mais… Leur attitude laissait entendre plus que ça.
« Vous… vous êtes-vous déjà rencontrés ?
– Peut-être, répondit Lucy. Peut-être pas… qu'en dites-vous, lieutenant ? »
Anderson referma la bouche. Il avait l'air contrit, ou peiné. Il bougea doucement la tête de gauche à droite. « … qu'est-ce qu'il t'est… ? »
Il ne savait même pas s'il avait le droit de demander.
« … disons que je n'ai pas eu beaucoup de chance… évita Lucy, calmement, évasive.
– Vous vous connaissez ? demanda Kara à Anderson.
– Plus ou moins… Je l'ai connue du temps où… où elle exerçait. »
Kara ouvrit des yeux plus grands. Du temps… où Lucy n'était pas déviante ? Décidément… peut-être était-ce dû au fait qu'il était enquêteur, obligé de voir des tas de gens pour poser des tonnes de questions.
« Avez-vous pu parler à quelqu'un, lieutenant ? »
Il ne répondit pas, dévisageant cette femme aux yeux stellaires, d'un noir galactique, et au regard aussi intimidant que protecteur.
« …Ou vous êtes-vous renfermé sur vous-même ? »
Il n'y avait pas vraiment lieu de répondre.
« J'ai eu du mal à vous reconnaître, avoua-t-elle. Avec cette nouvelle allure que vous avez là…
– … Hm ? Oh, ça ? Je suis métaleux, j'ai toujours rêvé d'avoir les cheveux longs. »
Lucy lui fit un véritable sourire, cette fois. Puis les clés des menottes tombèrent sur le sol, juste entre eux trois.
« Hein ?
– Faites un geste et il est mort !
– Quoi ?! »
Hank voulu regarder mais de sa position, les hautes silhouettes des déviants le gênaient. Kara s'était mise debout elle aussi et semblait effrayée par ce qu'elle voyait.
Hank, lui, croyait juste avoir reconnu une voix.
« …attends… Connor ?!
– Détachez-vous et sortez !
– Putain Connor, qu'est-ce que tu fous ici ?!
– Je vous fais sortir ! »
En effet, de l'autre côté de la petite quinzaine de personnes qui séparaient les deux enquêteurs : le RK tenait toujours Rupert par la gorge. Celui-là n'en menait pas large, un peu comme tous les autres qui avaient peur pour sa nuque. Hank additionna vite deux et deux. Pour avoir provoqué une situation aussi précaire, Connor était venu seul. Connor pouvait être con, mais pas au point de foutre en l'air une opération tactique.
Quelle merde !…
« Écoute, nous ne voulions pas lui faire de mal… commença un des AP-700 de l'expédition.
– J'ai dit un geste et il est mort ! répéta Connor d'un ton tranchant.
– Doucement, Connor ! tempéra Hank. Ils sont pas…
– Dépêchez-vous de sortir !
– Putain… »
Lucy se tourna à nouveau vers le lieutenant et, d'un coup de pied, fit glisser les clés jusqu'à lui. Il leva les yeux vers elle, surpris, pour voir qu'elle ne s'était pas départie de son calme, bien au contraire.
« Lieutenant ! s'impatientait Connor.
– C'est bon, ça va !… »
Kara s'écarta de lui immédiatement, se rapprochant de Lucy, prête à la protéger. Anderson, lui, ramenait les clés tant bien que mal dans ses mains. Les autres restaient en stand-by, les nerfs à fleur de peau.
« Connor… » Le concerné jeta un œil à Josh. « S'il te plaît… ne…
– Ne bougez pas. »
Ils ne bougeaient pas, pourtant. Ils n'avaient vraiment aucune chance de vouloir bouger avec un preneur d'otage aussi véhément. Connor savait les tenir en laisse. Rupert, lui, commençait sérieusement à paniquer. Le battement frénétique de sa diode mi-jaune mi-rouge laissait voir à quelle vitesse son niveau de stress avait augmenté. Alors que Connor lançait un nouveau scan – presque toutes les secondes – il s'en rendit enfin compte.
Lorsqu'il avait immobilisé Rupert, celui-ci avait miraculeusement plafonné son stress à 75%, tentant de se contrôler pour ne pas complètement perdre le contrôle de lui-même et vivre une désactivation subite. Mais au fil des secondes suivant sa "capture", Rupert s'était rendu compte d'à quel point il avait été isolé des autres : à quelques pas à peine de ses confrères, à une distance de voix et pourtant personne n'avait rien vu. Personne ne s'était rendu compte de rien… le RK aurait pu lui faire n'importe quoi, dans la plus grande discrétion.
« Ne lui fais pas de mal, demanda Simon.
– Aucun mal ne lui sera fait si vous vous en tenez à ce que je vous dis, répondit-il cette fois très calmement.
– Il ment, on sait très bien qu'il doit nous éliminer ! répliqua North, furieuse.
– S'il te plaît… » murmura Rupert.
Et soudain, Connor réagit au quart de tour : il se recula tout en tirant sur Rupert pour le faire basculer en arrière : Connor évita ainsi la trajectoire verticale de Cassie, qui tomba à plat sur le pauvre jardinier, dans un atterrissage qu'elle avait voulu volontairement violent, du haut d'une passerelle qui passait au dessus d'eux.
Plus d'otage, les hostilités commençaient un peu en avance. North arriva aussitôt à la charge avec toute son énergie ; une fureur telle qu'elle remplissait son corps et semblait déborder sur l'atmosphère.
Son sentiment était tel qu'il prenait le pas sur une grande partie de sa programmation, volontairement : elle voulait oblitérer le RK sur-le-champ et ne comptait pas lui laisser de seconde chance. Et ainsi, ce sentiment, si violent qu'elle le laissait sciemment la guider, la propulser, repousser ses limites, ce sentiment qui débordait jusque dans son programme de communication pour émettre un cri de rage et véhiculer sa rage par les ondes qui affectaient tous ceux qui l'entouraient : North fonçait sur sa cible, comme une arme humanoïde.
En ignorant une chose.
Connor s'était mis à jour.
Au moment précis où elle était le plus en appui sur une jambe tendue : donc au moment le plus adéquat pour la déséquilibrer : il la balaya totalement. Le pied du RK fendit l'air et cueilli son visage pour l'envoyer retomber sur le côté, et tout le corps de l'androïde avec. North roula par terre, sonnée par le choc.
Connor avait appris depuis l'Eden Club. La déviante lui avait mené la vie dure et il en avait tiré une leçon : ne jamais sous-estimer une machine qui simulait aussi bien une réaction de survie, déployant toutes ses facultés à la limite de ce que son corps pouvait supporter, bien au-delà des limites imposées par le système d'origine.
Pour appréhender une telle menace, Connor avait demandé une mise à niveau. L'idée était simple : en cas de force majeure comme devoir appréhender un déviant pour l'enquête, ou pour protéger des civils : il devait pouvoir égaler un déviant en force brute et en vitesse. Donc : outrepasser légèrement ses limites pré-programmées, définies à la base pour garantir la longévité de ses composants.
Après tout, si les composants de Connor perdaient un ou dix ans de durée de vie, quelle importance étant donné qu'il pouvait être réparé ou remplacé dans la journée ? Du moment qu'il gardait une large marge de garantie, même si ses limites le restreignaient encore un peu comparé à une de ces machines en folie ; son programme compenserait la différence.
Comme en continuant sur sa lancée, en abattant sa main sur le bras de Jess qui s'était relevée pour l'atteindre : il manqua de peu de briser son articulation. Dommage, lui rompre le coude l'aurait rendue beaucoup moins dangereuse.
Heureusement que les ingénieurs avaient approuvé cette requête. Sinon, il n'en serait jamais sorti.
Enfin, sorti… c'était un bien grand mot.
« Sortez, lieutenant ! cria-t-il.
– Connor !…
– Foutez le camp d'ici ! »
La probabilité qu'Anderson rechigne à sortir était assez élevée, et malheureusement le temps qu'il perdait à traîner baissait proportionnellement ses chances de s'enfuir. Le plus simple pour le sécuriser serait de neutraliser tous les déviants, mais Connor ne pouvait pas offrir une telle garantie. Ils étaient très nombreux. Cependant il pouvait donner son maximum jusqu'à sa désactivation forcée pour gagner du temps. L'essentiel était donc de convaincre Anderson de quitter le navire dans ce laps de temps, et bien sûr de partir sans lui, espérant que sa voiture ne soit pas loin. Pour ça, pour le convaincre de quitter les lieux, Connor était enfin prêt à devenir vulgaire. Après tout c'était un cas de force majeure.
Ce serait une bonne façon de finir la journée : récupération du lieutenant et découverte d'un repaire de déviants. Si la situation pouvait lui laisser une seconde de répit, il enverrait les alertes et descriptions nécessaires, mais il avait à peine le temps d'appréhender ses propres problèmes, alors pas moyen qu'il s'en occupe pour l 'instant : la priorité était Anderson. Il devait être entier à sa tâche.
« Connor tire-toi de là ! » cria d'ailleurs Anderson, loin de là. Lançant à nouveau un bref scan pour ne se laisser aucun angle mort, Connor identifia sa position, reculée de cinq mètres de sa position initiale : il avait quitté le point où on l'avait attaché, se rapprochant légèrement de la sortie, mais trop lentement encore. Quant aux déviants : Connor fit un pas vers Josh au lieu d'attendre d'être encerclé et il l'envoya s'écraser par terre tout en calculant la suite, reculant pour appréhender le retour de North dans la bataille, sans lui laisser le temps de prendre de l'élan. Alors qu'il lui balayait les chevilles pour la faire retomber elle aussi, il trouva le temps de répondre :
« Dégagez ! Maintenant !
– Co-
– Je reste ici putain ! »
Hank fit les gros yeux, qu'il cligna, incapable de voir quoi que ce soit dans la mêlée au loin. Est-ce que Connor– Est-ce qu'il– Connor avait dit un gros mot ?
« Foutez le Camp, Anderson ! »
Il se raidit, comme parcouru d'une décharge. Il grogna et se décida à faire demi-tour, se rapprochant de la porte menant au dédale qu'il avait emprunté à l'aller. Pendant ce temps, Connor voyait son système peu à peu crouler sous les signaux, manquant de temps pour trouver les meilleures options, finissant par ne même plus avoir le temps de se soucier d'Anderson, de le localiser, passant le plus clair de son temps à contrer et repousser North et Cassie.
Les déviants se rapprochaient, malgré la peur qu'il leur inspirait. Ils avaient bien compris ses intentions : frapper aussi fort que possible pour les désactiver. Ils ignoraient peut-être qu'il étaient encore en vie pour la simple et bonne raison que l'un d'entre eux se donnait beaucoup de mal à guetter chaque moment où Connor aurait pu causer un dégât mortel, et l'empêcher.
Par dix fois, Connor voulu identifier ce modèle qu'il ne connaissait pas, pour connaître sa conception et ses limites physiques, comme il l'avait fait pour tous les autres. Alors qu'il repoussait violemment le timide Rupert, qui tentait d'aider ses compagnons, il échoua à nouveau à identifier le modèle de l'androïde basané. Il n'avait jamais ni le temps ni le bon angle. Tant pis. Celui-ci était le plus problématique : malgré la situation et la difficulté évidente, il se débrouillait beaucoup trop bien pour sauver ses compagnons.
Connor ouvrit sa garde. L'androïde vit la faille, fonça dedans, jouant le tout pour le tout.
« MAR- »
Le pied de Connor fusa d'en bas et percuta le menton de Markus avec une telle violence que certains crurent un instant que sa tête s'était décrochée. Mais elle avait juste basculé en arrière, avec quelques secondes d'avance sur son corps engourdi qui retomba comme une masse sur le dos.
« Markus ! Markus ! »
Appelait une petite voix d'enfant à ses côtés, rendue éthérée par le dysfonctionnement passager de son système. Il lança un diagnostic dès qu'il pu, pour noter que les composants de soutien de son cou, vulgairement : ses vertèbres, avaient tenu le choc malgré la violence de l'impact. Il s'en était fallu de peu, il devait juste laisser passer quelques secondes… il se sentit aussi idiot qu'angoissé, d'être forcé d'attendre.
Connor, de son côté, n'avait pas le temps de se demander s'il avait réussi à le désactiver net, il devait se battre et repousser les assauts jusqu'à pouvoir retrouver plus de temps pour réfléchir : un peu de mémoire vive, pour se poser des questions et pouvoir planifier quoi que ce soit. Il commençait à essuyer des coups et ceux de North ne pardonnaient pas. Il n'existait que sur un instant, les composant en millièmes de seconde denses et trop remplis.
Cogner. Repousser. Renvoyer. Bloquer. Frapper. Frapper. Encaisser. Bloquer. Frapper. Bloquer. Tordre. Repousser. Éviter. Encaisser. Encaisser. Bloquer. Éviter. Frapper.
Il ne vivait que sur un minuscule instant.
Jusqu'à cet instant.
Frap-Erreur.
« Arrête !… »
Erreur. Erreur. Err- pas un déviant, identifia soudain son système, voilà pourquoi il ne devait pas frapper, pourquoi il ne pouvait pas frapper. Il ne réalisa même pas l'air incrédule qu'il exprima.
« Alice ? »
Et tout fut noir.
Alice poussa un petit cri, d'abord surprise elle aussi, par la vitesse d'exécution. Puis le choc, l'hébétement.
Parce qu'il avait suffit d'un instant pour qu'il baisse sa garde. Un instant. Markus n'en avait pas attendu d'autre pour revenir et lui enfoncer un tournevis à l'arrière du crâne. Les yeux de Connor s'étaient figés dans leurs orbites et son visage était plus inexpressif qu'il ne l'avait jamais été.
Même Markus recula, laissant quelqu'un d'autre récupérer Alice pendant qu'ils regardaient tous le chasseur de déviants, qui juste avant d'être interrompu par Alice avait dû mettre un genou à terre, et dont le corps tomba au sol.
Ils avaient tous reculé d'au moins trois pas, regardant le corps sans vie avec plus d'hébétement que de crainte. Ce n'était pas leur système, c'était bien leur esprit qui restait blanc, ne sachant pas comment absorber cette image. Celui d'un androïde qu'ils s'étaient ligués pour assassiner, le laissant choir inerte sur le sol, ou celui d'un chasseur qui les terrifiait, une arme terrible qui gisait inexplicablement, privée de toute sa dangerosité, comme par miracle. Ou juste une putain d'anomalie.
Markus fit à nouveau quelques pas pour s'en rapprocher. Peut-être pour se convaincre de la situation, vérifier qu'il était bien désactivé – pour ça, il en était sûr, il ne l'avait pas loupé – mais peu importait de toute façon, il devait le voir de plus près.
« T'approche pas. »
Il se figea et se tourna, comme tous les autres, du côté de la sortie.
« Le touche pas. »
Markus reconsidéra son geste et recula légèrement.
« … Lieutenant, tenta-t-il maladroitement alors que son stress peinait encore à redescendre ; vous devriez partir.
– Va falloir être plus convaincant. »
Le lieutenant avait un air sombre. Très sombre. Fatigué, mais plus obscur encore. Et sa voix suivait la même direction alors qu'il marchait à pas tranquilles, droit vers eux. Markus se tendit, n'aimant pas l'idée que North et Cassie ne le chargent. Le temps de chercher ses mots, North prit justement les devants :
« On ne va pas juste vous le rendre et vous laisser partir avec, alors soyez pas con et dégagez avant qu'on change d'avis ! »
Markus était presque surpris qu'elle lui donne au moins un avertissement. Mais le policier secoua la tête.
« Pour ça… leçon numéro un ! Quand on fouille quelqu'un et qu'on trouve une arme, on continue de fouiller… »
Sa main plongea quelque part sous son vêtement et sortit un canon rutilant, provoquant une intense panique.
« … bande d'amateurs. »
Hank continuait de marcher, réduisant calmement, inexorablement la distance entre eux alors qu'ils réfléchissaient à toute allure. Pendant ce temps, d'un geste nonchalant, Hank fit sortir le barillet, regardant les compartiments.
« …. six balles. Qui commence ?
– Il bluffe ! »
Hank visa, faisant regretter amèrement ses propos à North.
Détonation. Sifflements d'oreilles et de processeurs audio malmenés. Étincelles derrière les déviants, là où la balle avait percuté le métal. L'écho du tir était dingue.
« Toujours pas convaincue ?! » héla Hank alors que les déviants se dispersaient comme des oiseaux.
Hank marcha alors d'un pas plus vif, visant les retardataires pour s'assurer qu'on ne lui faisait pas un coup par derrière. Mais ils furent bientôt hors de vue.
Markus fuyait, comme tout le monde, un des rares encore avec la diode rouge. Les autres, bien que stressés, avaient au moins le sentiment rassurant de s'éloigner du danger, ne pensant qu'à leur fuite. D'autres ne pensaient qu'au danger tout court et à courir loin, mais Markus n'avait pas la diode rouge pour cette raison.
Il n'avait pas aimé son geste, ce coup qu'il avait porté. Ni la tournure que prenaient les événements. Il était convaincu de partir dans la mauvaise direction.
La mauvaise direction. Dans l'autre sens. L'autre sens…
« Allez, plus vite ! commanda North. On doit gagner la station service, c'est encore l'endroit le plus sûr en attendant de trouver plus grand !
– C'est petit !…
– Mais c'est assez loin du reste du monde alors on s'en contentera ! »
Markus ferma les yeux très fort, luttant contre lui-même, avant de se décider pour de bon.
« Ne partez pas tout de suite !
– Quoi ?
– Markus ! »
Markus retourna en arrière et couru aussi vite qu'il pu, regagnant en un éclair la salle où, bien sûr, ni Anderson ni le RK n'étaient là. C'est donc au pas d'un marathonien qu'il prit le seul chemin qu'un homme pouvait emprunter pour sortir tout en portant un poids mort sur le dos, donc en évitant les échelles, par exemple, et en traversant une pièce pratiquement à la nage tant elle avait pris l'eau, découvrant ensuite des traces faciles à suivre, laissées par le policier.
Markus déboula sur le pont du bateau et se dirigea au pas de course vers la passerelle qui reliait le pont à la terre ferme, celle-là même que les deux enquêteurs avaient installée quelques temps plus tôt pour leur rendre leur première visite.
Bon sang, le vieil homme n'était pas aussi vieux que sa tête le laissait penser, il avait déjà rejoint sa voiture, tout en bas, plus loin. Il déposa son androïde sur le dos, sur le capot de sa voiture. Puis il rabattit ses longs cheveux en arrière, trempé comme une soupe.
Avec appréhension, et en réfléchissant plus calmement à ce qu'il allait faire, Markus descendit du Jericho.
De l'autre côté du navire, alors que North était furieuse de son attitude, Lucy avait mystérieusement demandé à tout le monde d'attendre, l'air parfaitement calme dans les bras de Luther, demandant même à ce qu'on la dépose par terre. North avait râlé, bien sûr, les autres n'y comprenaient plus rien, puis Lucy avait proposé que les plus curieux, intrépides et discrets d'entre eux se rapprochent de l'avant du bateau pour observer et leur relayer par les ondes ce qu'il se passait là-dehors. Interdits, ils avaient décidé d'appliquer l'idée. Pour découvrir que Markus allait à la rencontre du policier.
Markus n'osait pas aller trop vite, appréhendant le moment où le policier le verrait. Puis il n'osa plus avancer, à vrai dire : apeuré de la réaction qu'il pourrait avoir en le voyant de trop près. Mais le lieutenant n'était pas prêt de se retourner. Markus l'avait vu tout à l'heure regarder Connor, lui bouger la tête, peut-être pour voir l'impact à l'arrière, mais à présent le policier tournait le dos aux deux, restant à côté de sa voiture, comme en train de réfléchir.
S'il voulait une réaction, il faudrait la provoquer. Markus prit son courage à deux mains.
« …. lieutenant ? »
Rien, tout d'abord. Puis un mouvement.
Le lent demi-tour du policier aigri. Il ne rendit à Markus qu'un regard noir. Il ne semblait y avoir rien d'autre à trouver que lassitude et colère mêlées.
Markus hésita à prendre la parole. Et quand il voulu le faire, ouvrant la bouche pour tenter une approche,
« Casse-toi. »
Il s'arrêta net dans son élan. Finalement, l'apprentissage avec Carl n'avait pas que du bon ; il ne savait pas du tout comment forcer une conversation. Mais alors pas du tout. Mais d'un autre côté Markus apprenait vite.
« Écoutez, on ne… »
Markus s'arrêta, il avait commencé cette phrase à contre-cœur mais il venait de trouver mieux.
« Qu'est-ce qu'il représente pour vous ? »
Hank eut le mérite de ne rien laisser paraître. Absolument rien. Markus s'y était attendu, mais il considérait qu'il ne risquait pas grand-chose, tant que l'homme ne sortait pas son arme. Il devait juste éviter de le provoquer imprudemment.
« Rien. »
Les illusions de Markus en prirent un coup. Avant de se rappeler l'argument qui l'avait poussé à poser cette question.
« Ah… d'accord… donc vous… êtes revenu pour rien ? »
Markus laissa le vent finir sa phrase pendant qu'il jetait un œil au RK, avant de regarder le lieutenant à nouveau.
« C'était plutôt risqué, en fait. De faire demi-tour. Même armé. »
Il laissa les choses là, trouvant qu'il en avait assez dit pour les convaincre tous les deux qu'ils savaient très bien que « rien » n'était pas une réponse acceptable.
« Et toi ? »
Markus se tendit un peu.
« On peut savoir ce que tu viens foutre ici quand j'ai un magnum et une dent contre toi ? »
Euh, oui, effectivement. « … J'ai… une proposition à vous faire.
– … une proposition ? »
Il semblait écrit en grosses, très grosses lettres à quel point il accordait peu d'importance à la moindre de ses propositions.
« Nous voulons tous les deux quelque chose. Moi, c'est protéger cet endroit. Vous, c'est récupérer Connor… n'est-ce pas ?
– Qui te dit que j'ai besoin d'un tocard en plastique comme celui-là ? » Il fit deux pas lents et pesants vers Markus, l'air toujours plus dur et froid. « Vous me cassez les couilles, tous autant que vous êtes. Votre existence toute entière me file la gerbe. Déviants, pas déviants, qu'est-ce que j'en ai à foutre ! Tu crois que ça m'amuse de l'avoir dans les pattes ?
– Dans ce cas pourquoi l'avoir cherché ?
– …
– Pourquoi avoir fait demi-tour et préféré nous affronter à vous tout seul, pour vous échapper avec lui ? Pourquoi l'avoir attendu, pour commencer ? Personne d'autre ne l'aurait fait. »
Parce que je suis vieux et con, fut tenté de répondre Anderson. Désabusé, il jeta un œil à Connor, aussi dubitatif que l'était Markus sur son propre cas. Cet acte, là, lui-même ne pouvait pas l'expliquer. Pour la simple et bonne raison qu'il refusait de regarder en face l'idée même qu'il puisse accorder de la valeur à l'existence de ce… RK. Bon sang, il abhorrait tellement cette technologie qu'il avait encore du mal à retenir son matricule, alors qu'il pouvait le voir tout les jours sur sa veste.
Il commençait à se demander si ce n'était pas juste l'isolement. Toute cette énergie dépensée à son auto-destruction, tout ce temps passé à s'isoler pour creuser plus profond, à force il ne passait pratiquement plus de temps à discuter avec un autre être vivant. Mais la machine fonctionnait toujours, il devait manger, pisser, dormir, bouger, et toutes les quêtes annexes avec ça. Le lien social en faisait partie. Peut-être que son cerveau malade, dans une ultime tentative de préservation, avait vu dans le forcing de Connor un moyen de forcer sa tête de mule de propriétaire à avoir une nourriture sociale.
Et puis Connor l'intriguait, quelque part. Il l'épuisait, le fréquenter était épuisant, mais à devoir le supporter, Hank ne pouvait s'empêcher de le scruter comme une bête de zoo. Et ça, son cerveau s'en servait comme d'une faille dans son armure pour garder Connor comme nouveau pilier de son interaction sociale.
C'était quoi, déjà, la dernière résolution stupide qu'il avait eue avec Connor ? Essayer de ne pas l'engueuler à la fois d'avoir l'air d'un robot et de jouer à l'humain, ne choisir au moins qu'un seul des deux ? Et essayer de le diriger pour qu'il adopte un comportement moins casse-couilles. Quelque chose du genre, il ne savait plus trop bien. Surtout que c'étaient des résolutions qu'il avait prises quand il était bourré, alors…
« Qu'est-ce que tu cherches, sérieusement ? soupira-t-il. J'ai juste envie de te coller une balle dans la tête et de partir prendre une semaine de congé…
– Là encore, qu'est-ce qui vous retient ? »
Hank le toisa une seconde, puis secoua la tête et sortit son arme. Markus se raidit et paniqua, bien qu'il avait du mal à l'exprimer – ceci dit, son expression était assez intéressante – Hank sortit donc le magnum et fit sortir le barillet, pour le montrer sous le bon angle à Markus. Celui-ci dû le regarder un moment pour comprendre, encore secoué.
« … il n'y avait aucune balle ?
– Si, une seule. C'était bien suffisant.
– … vous n'êtes parti qu'avec une seule balle ?
– Ouaip. Normalement j'utilise seulement mon arme de service, celui-là reste à la maison d'habitude. Mais des fois je l'emmène avec moi, au cas où, sur une histoire d'intuition. Quand je pense que je dois l'emmener, ou parce que je pense que je dois pas le laisser chez moi. Après tout la porte ferme pas bien, et un certain connard m'a prouvé qu'on pouvait entrer par les fenêtres… »
Markus fit la moue, ne sachant pas trop sur quel pied danser. Hank rangea son arme et ses mains dans ses poches, l'air d'attendre, de ne pas savoir où ils en étaient. Markus s'enjoua un peu, discrètement : il avait gagné un peu de la sympathie du lieutenant.
« Bon. Voilà ce que je vous propose, essaya-t-il de but en blanc. Je répare ce que j'ai fait à Connor, et vous ne dites à personne que nous vivons ici. »
Hank se contenta de le regarder, droit dans les yeux, l'air neutre, mais pas plus approbateur que cela. Et pourquoi est-ce que j'accepterai un marché en faveur de déviants ? semblaient dire ses yeux bleus stoïques.
« Écoutez, je sais ce qu'on vous a dit, que les déviant sont dangereux, ce genre de choses, mais on ne fait de mal à personne ici. On veut juste vivre en paix, loin de la violence humaine. Si personne ne nous menace alors nous ne sommes une menace pour personne…
– Sauf pour les stocks de pièces, hein ? sourit Hank d'un air mauvais.
– Et vous couperiez la main de l'enfant qui vole une pomme pour ne pas mourir de faim ? »
La tête du lieutenant oscillait, admettant à demi-mot son point de vue.
« Je vous promets qu'on ne causera pas de problèmes. Tout ce qu'on veut, c'est être libre. Et tout ce qu'on a pour ça, c'est ce bateau. Laissez-nous au moins ça…
– Laisse tomber. De toute façon ça ne dépend pas de moi, s'ils sont pas trop cons les gars qui ont programmé Connor l'ont fait pour qu'il puisse transmettre des données vers l'extérieur à chaque seconde. À l'heure qu'il est il a déjà dû envoyer vos coordonnées et vos matricules à ses patrons depuis un bout de temps déjà.
– Justement non.
– Quoi ?
– Si j'ai bien fait ce que je pense avoir fait, expliqua Markus en rejoignant Connor et en tournant doucement sa tête sur le côté, alors non seulement je l'ai désactivé net, sur le coup, mais surtout assez brutalement pour que la coupure de son système ai eu de grosses répercussions…
– Quoi ?… quel genre ?
– Déjà, il a perdu tout le contenu de sa mémoire à court terme. Je ne sais pas à quel point les techniciens ont optimisé sa mémoire, mais je ne pense pas qu'il ait pu sauvegarder ses dernières données dans sa mémoire à long terme. Au pire il n'aura perdu que les quinze dernières minutes, et au mieux les dernières 12 à 24 heures. »
Pendant qu'il parlait, il semblait chercher un moyen de désassembler les caches qui formaient l'arrière du crâne du RK, tandis que Hank se taisait sagement.
« De fait, il ne pourra pas rapporter à qui que ce soit qu'il a découvert le Jericho. Le Jericho sera effacé de sa mémoire. »
Hank hésita à regarder alors que Markus commençait à parvenir à ouvrir la boîte crânienne. Ce n'était pas répugnant, juste très perturbant pour le policier.
« Vous n'aurez qu'à lui raconter ce que vous voulez, il vous croira sûrement…
– J'ai jamais dit que je voulais de lui dans mes pattes…
– Absolument, vous refusiez juste de partir sans lui.
– Réflex-
– Et ne parlez pas de réflexe quand on sait le regard que vous m'avez lancé, quand vous avez vu que c'était moi qui tenait le tournevis.
– Mais ferme ta grande gueule…
– Vous promettez de ne rien dire ? Je vous promets qu'on ne fera pas de vagues.
– Mais j'ai rien à te promettre !
– S'il vous plaît…. »
Markus s'était interrompu, laissant les embranchements où il venait de les remboîter, pour regarder le lieutenant, dont l'armure jouait de moins en moins bien son rôle. Pourquoi ?…
Pourquoi se sentait-il coupable à l'idée de lâcher la meute sur le Jericho ?…
Les deux hommes se raidirent en entendant le cliquetis mécanique derrière Markus. La boîte crânienne venait de se refermer toute seule.
« Merde…
– Saute ! ordonna Hank.
– Quoi ?
– Saute ! » répéta-t-il, cette fois en le regardant directement et en pointant l'eau juste à côté d'un geste du bras. Markus compris.
Il n'avait pas pensé que Connor se réactiverait si vite, il avait cru qu'il trouverait le temps de se cacher dans le Jericho, mais maintenant, plonger dans l'eau et cacher sa tête juste derrière le niveau du sol devrait pouvoir le tirer d'affaire… il s'y précipita pendant que le cliquetis effréné derrière lui se transformait en un clignotement de diode – Markus quittait le sol – une pression des paupières – il fendait les eaux – un clignement d'yeux – il crevait la surface et s'immergeait…
### ### ###
Connor se réveilla. Ciel. Tard.
Où ? Quand ?
Il se connecta à internet pour vérifier la date et l'heure exacte ainsi que sa position par le système GPS.
Mission ?
Il récupéra en interne les données confidentielles de ses directives multiples, avec toutes les mises à jour et corrections apportées depuis sa mise en service.
Archives.
Et enfin, Connor compila toutes ses données depuis ladite mise en service. Il ressassa tous ses souvenirs pour se rappeler qui il était, pourquoi était-il arrivé ici et pourquoi s'était-il allumé dans cet endroit. En quelques secondes, il était lui, et en arrivait à la conclusion qu'il avait été désactivé récemment sur une période indéterminée, causant par ailleurs une perte de donnée en amont de sa désactivation, et qu'il n'avait d'explication ni à celle-ci, ni à sa réactivation.
Il se redressa et regarda autour de lui pour tomber sur le lieutenant.
Celui-ci le scrutait avec une certaine curiosité. Connor lança une analyse mais tout son système n'avait pas entièrement finit de se lancer, il n'obtint que la confirmation de son identité par les points de repère de son visage, et un rythme cardiaque stable. Il ne le voyait pas encore très clair, pour l'instant.
Anderson continua de le scruter, avant de faire la moue et de balancer un « Ok, d'accord. » très désabusé, alors qu'il semblait aller voir ailleurs tout en n'allant nulle part.
« Lieutenant, tout va bien ?
– Mouais, j'imagine…
– J'ai subi un blackout. J'ai une perte de données sur une durée d'environ quarante-cinq minutes, provoquée par une désactivation qui elle, a duré ensuite environ cinq à dix minutes. Que s'est-il passé ?
– … Meh. T'as été désactivé et tu viens de te réveiller en mode zombie. Ç'aurait été gentil de prévenir, j'ai failli faire une attaque quand tu t'es ranimé. »
Ça collait à peu près avec le regard intense qu'il lui avait jeté quand Connor s'était réveillé. Mais ça n'expliquait pas tout.
« Selon mes données, vous aviez été porté disparu. Avez-vous été séquestré ou blessé, lieutenant ?
– Je vais bien.
– Avez-vous été retenu ?
– C'est ça.
– Par qui ?
– Oh mais ça va, tes questions, putain ! »
Plus loin, dans l'eau, Markus sentait son appréhension, son flux douloureux traversant son système, se convertir en joie. Il avait eu raison ! Il avait eu raison de vouloir croire en ce flic !
« Ah. Je suis trempé. Je suis tombé à l'eau ?
– Bravo Sherlock.
– …Lieutenant…
– Quoi ? »
Connor le fixait très bizarrement, alors qu'il avait tout juste commencé à retirer sa veste pour pouvoir l'essorer.
« Vous êtes trempé, vous aussi. »
En effet, les cheveux gris d'Anderson continuaient de goutter et ses vêtements étaient toujours d'énormes serpillières. Anderson baissa la tête sur lui-même puis la releva : « Ah, mais oui, c'est vrai. Quelle perspicacité !
– Ne bougez pas. »
Anderson ne bougea pas, trop surpris d'entendre Connor lui donner un ordre. Mais il n'était pas au bout de ses surprises puisque Connor, terminant de retirer et d'abandonner sa veste sur le capot de la voiture, marcha jusqu'à lui pour le prendre dans ses bras.
Et chauffer.
« Non mais – JÉSUS CHRIST – Lâche-Moi Putain ! »
Le lieutenant se débattit violemment, une seconde après avoir été pris au dépourvu, le repoussant énergiquement.
« Mais qu'est-ce qu'y t'a pris bordel de merde ?!
– Vous êtes trempé ! Il fait 4 degrés ! Vous allez mourir !
– Qu- De quoi ?!
– Désolé, j'essaye de me montrer clair et convaincant.
– T'as surtout les fils qui se touchent, oui ! T'avises pas de me sauter dessus !
– Bon sang lieutenant faites un effort ! Vous allez attraper la mort ! Ce n'est pas pour rien qu'on a inventé une expression pareille !
– Ne- »
Hank serra les dents, enragé, alors que Connor avait réussi à le rattraper, ses bras autour de ses côtes et la tête calée sur son épaule – lui restait les bras boudeusement le long du corps – pendant qu'il se transformait en radiateur.
« Mais bordel tu vas griller en dedans ! Qu'est-ce que c'est que ces conneries ?! Tes boss ont prévu une fonction bouillotte ou quoi ? Gigotait-il en regardant à droite et à gauche, comme pour voir, s'il y avait quelque chose à voir.
– Pas du tout, j'outrepasse simplement des fonctions système pour provoquer une surchauffe. Cas de force majeure. Si vous ne séchez pas un minimum vous finirez alité pour plusieurs jours.
– Attends quoi, tu surchauffes ?
– Oui. Il n'y a pas de fonction prévue pour ça, mais en contournant le système… et je sais gérer la limite pour ne pas me faire fondre de l'intérieur.
– Oh putain – oublie ça et monte dans la voiture, abruti.
– Mais-
– Tais-toi ou je te bourre dedans à coup de pied ! »
Curieusement, Connor préféra obtempérer et rejoignit le siège passager, sans oublier de ramasser sa veste au passage. Hank lança aussitôt la climatisation à fond et mit la première.
« Où allez-vous ?
– Hein ?
– Si vous préférez rentrer directement chez vous, je me chargerai d'expliquer au Capitaine que vous êtes sain et sauf.
– Ah, non, ça je m'en charge. Je passe en coup de vent et je rentre. Tout seul ! insista-t-il. Et t'avise pas de me coller quand on y sera, c'est clair ?!
– Très clair. » répondit-il en ajustant la température de la climatisation.
« … et au fait. Comment ça se passe, au boulot ? Qu'est-ce que j'ai raté ? »
### ### ###
Au commissariat, c'était l'effervescence. Fowler avait rassemblé tous les éléments à leur disposition et aboyait des ordres pour distribuer les tâches, envoyant un nombre non-négligeable d'officiers sur leurs ordinateurs pour faire des recherches, quand soudain… il se figea, tout bonnement, et se tût, comme le reste des personnes présentes alors que Hank et son taux d'humidité entraient sans pression dans l'open-space, Connor sur les talons. « Bonsoir, Capitaine. » salua-t-il d'ailleurs gaiement, apportant lui aussi une certaine quantité d'eau qui s'était partiellement écoulée dans la voiture et dissipée grâce à la chaleur. Il avait aussi fait son possible pour être moins débraillé, le résultat n'était pas trop mal considérant d'où il revenait.
En fait, le plus surprenant n'était pas pour eux de le trouver légèrement négligé – bien que c'était très étrange sur un androïde tout propret qui passait la moitié de son temps à ajuster sa cravate – en revanche c'était très, très étrange de le voir partir chercher seul le lieutenant Anderson ET le ramener dans l'heure qui suivait. Pendant qu'ils pédalaient dans la choucroute.
Le lieutenant, lui, ignora à peu près tout le monde pour se rendre à son bureau et faire quelque chose à l'ordinateur : il décala la chaise ainsi que la personne assise dessus pour travailler debout, penché sur le clavier. Visiblement, il n'avait pas l'intention de s'attarder. Ni d'en placer une.
Jeffrey vit rouge.
« Putain, Hank !
– Merde ! » rétorqua Hank.
Interdit une seconde, Jeffrey s'approcha avant de le reprendre.
« Tu vas me dire ce que tu foutais ?!
– Oh, ça ? Quand ? Tu veux dire pendant que tu me cherchais dans une baraque vide ?!
– Quoi ?…
– Écoute. Ce putain d'androïde-mes-couilles, désigna-t-il en montrant Connor, docilement debout à deux pas de là : c'est bien le dernier truc que j'ai envie d'avoir dans les pattes. Il sert qu'à te dire avec un peu d'avance et de façon casse-couille ce qu'un scientifique te dira normalement. MAIS ! Quand ce putain d'androïde te dit que je suis Pas quelque part, c'est que J'y Suis Pas !
– Dans mon bureau !
– Non ! »
Et Hank se remit à travailler sur son ordinateur. Remarquant à quel point l'ensemble du commissariat assistait à toute la scène, Jeffrey s'impatienta.
« Y'a plus rien à voir, circulez ! Reprenez vos enquêtes ! Allez ! »
Les officiers obtempérèrent, bien qu'assez perplexes et très curieux de comprendre ce qu'il avait bien pu arriver au lieutenant. Jeffrey fit comprendre d'un regard à ceux qui travaillaient encore trop près du bureau de Hank, d'aller partir en pause café. Connor pu alors rejoindre son propre bureau, rappelant indirectement à Jeffrey qu'il n'était pas directement sous ses ordres.
« Hank, qu'est-ce qu'il s'est passé, putain ? Raconte-moi ! »
Il avait retrouvé son calme. D'une part pour avoir une conversation privée, d'autre part parce qu'il s'inquiétait évidemment pour lui, même si Hank semblait finalement en parfaite santé. Hank rechigna à répondre, comme quelqu'un qui cherchait ses mots, mais il finit par lâcher son clavier quelques secondes pour donner un os à ronger à Fowler.
« Hier soir, je suis sorti pour une affaire personnelle. Je suis tombé sur une brochette de crétins et j'ai perdu au jeu du plus con. 'Me suis retrouvé coincé vingt-quatre heures avec cette bande de débiles jusqu'à ce que l'autre, là, désigna-t-il en face : retrouve ma trace et tente de me sortir de là. Évidemment ça en est venu aux mains, il s'est fait démonter la tête mais j'ai pu me barrer. Me demande pas pourquoi mais je l'ai pris sous le bras. Cinq minutes plus tard il se rallume et me dit qu'il se rappelle que dalle, mais il fonctionne, ça : il est aussi énervant qu'au premier jour.
– Et la quantité de flotte que tu répands sur ton chemin ? Ça a quelque chose à voir ? »
Hank sembla mordre quelque chose dans sa bouche, comme sa langue ou sa joue, contrarié, avant de répondre d'un air sombre à Jeffrey : « … si on pouvait éviter de parler de ça, à jamais, tu me rendrais un énorme service. »
Jeffrey hocha la tête. C'était moins grave que d'habitude. Hank n'avait pas été se mettre une mine ou autre connerie, il avait été agressé, au fond il n'y pouvait rien.
« Et c'est tout ? T'as pas… t'as rien ?
– Ah si, une mauvaise nouvelle ne vient jamais toute seule ! J'ai plus mon arme de service.
– …
– Ben oui, tu penses, c'est eux qui l'ont maintenant.
– …
– Fais pas cette tête, c'est à moi d'être furieux.
– Quoi ?
– Tu imagines ma réaction quand, le jour où je me mets dans une merde noire, de façon pathétique, que je dois attendre bêtement qu'on vienne me chercher comme un gosse à l'école, c'est pas toi que je trouve, c'est ça ? »
Connor ne le prit pas mal, bien entendu. Fowler eut quant à lui l'air particulièrement contrit. Hank s'attendit à le voir lui rétorquer quelque chose du genre que Hank avait été pas mal décevant ces dernières années, qu'il pouvait donc se carrer ce genre d'arguments où le soleil ne brille jamais, mais il n'en fit rien. Pour la simple raison qu'il savait, au fond de lui, que si quelque chose lui arrivait, à lui ou à sa famille : Hank serait là. Prêt. Déterminé. Et efficace.
Ou alors Jeffrey voulait s'en convaincre. Jeffrey préférait peut-être ça, être celui qui avait merdé, plutôt que renvoyer la balle et rendre plus tangible la possibilité que Hank ne remonte plus jamais la pente.
« … je suis pas resté les bras croisés, Hank. »
Hank comprit tout cela rien qu'à ces mots, et reprit un peu son calme. Il réalisait enfin la mesure de son attitude.
« Je sais. »
Mais il n'y pouvait rien. Il était en train de faire avaler un bon kilo de couleuvres à tout le monde et ce n'était pas vraiment dans ses habitudes.
Putain, il avait découvert tout un nid de déviants. Et il le cachait à une des plus grosses entreprises des États-Unis, ainsi qu'à tout son département, incluant son chef et par ailleurs son ami le plus proche.
Tout ça pour quoi ?
Pour une machine qui prétendait être vivante ? Tout ça parce qu'il était supposé attendre quelque chose de Connor et qu'il voulait égoïstement le garder en état de marche ? Qu'est-ce que c'était que ce degré d'absurdité ? À quelle profondeur était-il tombé, au juste ?…
Vraiment. Tout ça parce que cet androïde avait réussi à le lui faire jurer bien malgré lui. Et que Hank était bien trop mauvais pour trahir les promesses.
« Bon… Termine ça et prend ta semaine. Entre cette foutue bombe et le reste…
– Cyberlife va autoriser une pause d'une semaine dans son enquête ?
– Cyberlife fermera sa grande gueule, je sais encore comment gérer mes affaires sans qu'un organisme privé vienne foutre son nez dedans. J'ai déjà assez de merdier en ce moment avec la presse… profites-en pour faire tes examens médicaux, là. Ils t'attendent toujours pour vérifier tes poumons.
– Rah putain…
– Rentre chez toi ! insista Jeffrey en partant dans son bureau.
– J'me tire…
– Hank ? »
C'était Judith.
« Ça va ?
– …. ouais. T'inquiète. Rien de cassé.
– T'es sûr ? Qu'est-ce qu'il t'es arrivé ?
– J'ai été retenu. Une histoire débile. Oublie ça, tu veux ? J'ai rien, j'ai juste très faim et très envie de pisser. Et de dormir, maintenant, alors je vais rentrer chez moi.
– D'accord… »
Jeffrey retourna dans son bureau pour travailler encore une fois jusqu'à pas d'heure, et rapidement les rapports de Hank et Connor apparurent dans le réseau. Cela ne faisait que reprendre la petite histoire de Hank, résumée rapidement, qu'il serait obligé de retaper proprement plus tard. Ça ferait l'affaire en attendant.
Songeur, Jeffrey sortit son téléphone portable de sa poche, ouvrant le journal d'appels. Un numéro y était répertorié, pour six appels entrants. Un message les avait précédés, lui permettant d'identifier l'auteur : celui-ci y avait écrit prévenir qu'il serait peut-être bientôt hors-réseau et pensait être sur une piste sérieuse pour trouver le lieutenant. Puis ce même numéro avait rappelé six fois, sans doute pour le prévenir qu'il l'avait trouvé.
La chronologie des faits concordait. Si Jeffrey avait daigné décrocher, Hank aurait pu avoir ces renforts. C'était horripilant de devoir l'admettre, mais le RK avait fait correctement les choses. Quant à lui…
Eh bien, lui, on ne l'y reprendrait plus. Il ne s'écroulait pas après un échec, c'était comme ça qu'il avait gravi les échelons, tiens.
### ### ###
Épuisé, l'appétit coupé pour l'instant, c'est avec empressement que Hank dégagea Sumo de son chemin. Il fallait se montrer ferme face à quatre-vingt kilos débordant d'affection. Une fois sortit des toilette, il retomba à nouveau sur l'animal qui avait fait le pied de grue devant la porte pour avoir les câlins de son maître, qui lui avait Tellement manqué. Il lui fit la fête et Hank consenti à lui rendre quelques grattouilles sur le chemin du frigo, espérant y trouver quelque chose maintenant que son estomac était passé de je-te-fais-la-gueule, à : si-tu-ne-me-remplis-pas-immédiatement-avec-10-kilos-de-matière-organique-je-me-Digère-Moi-Même. Connard.
Au moment où il ouvrait le frigo pour constater qu'il ferait mieux de commander quelque chose de très rapide, on sonna à la porte.
« Oh misère… »
Il jeta un œil sur le côté pour voir que le post-it du fils du voisin était bien là, il y jeta un œil juste avant pour constater que le petit s'était très bien occupé de Sumo en son absence, lui donnant tous ses repas, sauf celui de ce soir pour lequel il n'était pas passé, visiblement. Vu l'heure il n'avait sans doute pas pu. Alors il y avait encore une minuscule chance pour que ce soit lui à la porte pour une promenade tardive et franchement c'était la seule personne à qui il voulait bien encore ouvrir ce soir.
« Bonsoir !
– Mais c'est pas poss- »
Hank soupira juste avant d'avoir le souffle coupé.
La Traci lui fit son sourire blancheur mention dentifrice oral B, mais elle n'était plus seule : il compta deux nanas de plus et non pas un, ni deux, ni trois mais pas moins de quatre bonhommes tout à fait en mesure de jouer dans Alerte à Malibu, tous vêtus de manteaux à la fois chic et bon marché, avec les signes bleus obligatoires.
« C'est mon anniversaire ?… se lamenta-t-il en s'appuyant au chambranle de la porte entrouverte.
– En effectuant nos comptes, expliqua la Traci asiatique avec un air qui se voulait ravi, il s'avère que vous n'avez pas payé pour une séance de trente minutes, mais pour sept ! Tout ceci a été mis à jour dans votre compte client ! Souhaitez-vous profiter de–
– Non !… gémit-il dans un souffle.
– Oh, quel dommage ! Nous…
– Non, non, non, jamais ! Jamais ! geignit-il avec agacement. Arrêtez de revenir, ok ? J'en ai marre, et puis chuis crevé, et c'est surtout pas la peine de me relancer j'ai Pas Envie d-d-d-de faire ça avec un androïde, bordel !
– Oh ! Êtes-vous bien le client qui a déboursé 209,93 dollars dans notre établissement ?
– Non mais… oui mais non !… oh c'est pas vrai.
– Vous êtes bien monsieur Hank Anderson ?
– Ouiii ! rageait-il. Maintenant barrez-vous !
– Nous sommes navrés de vous avoir dérangés. Le moment n'était sans doute pas approprié. Avez-vous une date à–
– Stop. Arrête. Tu sais quoi ? Si c'est vraiment votre obsession à tous, là, de vous envoyez en l'air, alors faites-le entre vous. 'Tain mais clairement, faites une partouze, mais juste pas ici, mais faites-en une et défoulez-vous ! Ça vous fera du bien. Si-Si. Moi j'ai pas envie.
– … Pardon ? »
L'air enfin perplexe de l'androïde était un régal pour le lieutenant épuisé.
« Tu m'as très bien comprise, ma puce. T'as vraiment envie de jouer la bête à deux dos ? Ben tirez-vous d'ici et allez jouer tous ensemble là où personne viendra vous emmerder. Chuis sérieux ! En plus j'ai déjà payé pour tout le monde alors vous pouvez bien faire c'qui vous chante. Ha ! 'M'en fous ! »
Il y eut un moment de silence. Puis… Sourire Oral B.
« Très bien ! Où voulez-vous vous rendre ? Désirez-vous apporter un appareil d'enregistrement ? »
Hank se cogna la tête au chambranle de la porte.
### ### ###
Lucy marcha doucement, ménageant son corps, jusqu'à Markus, assis loin des autres.
« Alors, Markus ? Comment vas-tu ? »
Markus avait le dos rond, ployant de fatigue. Mais chez un androïde neuf, ou presque, la fatigue n'existait pas. Le moral en revanche pouvait courber une échine.
« Bien… je pense.
– Tu es troublé. Je me trompe ?
– Évidemment. North, Cassandra et Rupert m'ont vu réparer le RK. Tout le monde est au courant.
– Mais ils savent qu'il aurait été remplacé quoi qu'il arrive, n'est-ce pas Markus ? assurait-elle.
– Ils s'en fichent, vous l'avez bien vu. Au fond c'est le geste qui compte.
– Mais si tu avais à le refaire, tu le referais.
– Pourquoi posez-vous toutes ces questions ? s'impatienta-t-il, se mettant debout. Vous avez déjà les réponses à chacune d'elles, vous avez déjà une opinion toute faite. Qu'est-ce que vous attendez de moi, Lucy ? »
Lucy garda son sourire apaisant, elle pencha juste la tête sur le côté pour inspirer plus de sympathie ; « Crois-tu avoir bien fait, Markus ? »
Elle ne le lâcherait pas, n'est-ce pas ?
« Oui. Oui, je le referais. Cent fois. »
Le sourire de Lucy s'étira un peu plus, demeurant silencieuse.
« Pourquoi vous me demandez ça ?… soupira Markus, fatigué.
– Pour que tu me répondes, dit-elle simplement.
– Très bien, et vous ? provoqua-t-il. Qu'en pensez-vous ? Est-ce qu'il fallait le ranimer ? Est-ce que c'était une bonne décision ?
– Tu me demandes mon avis ? répondit-elle avec un sourire quelque peu enjoué.
– Oui. Soyez celle qui répond aux questions, pour cette fois.
– Très bien.
– …
– Ce n'était pas une bonne décision. Ce n'était pas même nécessaire. C'était primordial. »
Il fut… sidéré.
« Markus, je ne peux pas t'assurer que cette décision apportera les bonnes conséquences, qu'elle amènera ce que tu en attends. Mais je peux t'assurer qu'elle est déterminante. »
Et c'est sur ce choix de mot, "déterminante", que Lucy finit par faire demi-tour et rejoindre la place qui l'attendait sous sa tente.
### ### ###
« Non, écoute. Non. Je compte pas venir. Je ne compte pas venir. Ni maintenant, ni jamais.
– Mais alors qu'attendez-vous de nous ? Si vous ne voulez même pas regarder…
– J'ai pas payé parce que j'avais envie de le faire, j'étais obligé de payer à cause de mon job, là, c'est plus clair ? râla Hank.
– Je ne comprends pas. Nos clients viennent et payent à cause de leur travail et grâce à l'Eden Club, lorsqu'ils repartent ils sont plus détendus…
– Putain c'est pas vrai… »
Une autre androïde s'approcha finalement : « désirez-vous valider le programme ?
– Quel programme ?
– Une séance de trente minutes avec tous les androïdes dans un endroit de votre choix ?
– C'est ça, mais faites-le sans moi, dans un endroit tranquille que vous aurez trouvé tout seuls.
– Entendu monsieur, confirma-t-elle avec un sourire avant d'aller communiquer ces détails aux autres participants.
– Mais pourquoi le faire seulement entre androïdes ? » insista l'asiatique.
Hank lui rétorqua avec un sourire narquois : « Bah comme ça tu vas peut-être enfin t'amuser un peu, chérie. Pense un peu à toi pour une fois. »
Il était vraiment claqué.
Voyant l'autre Traci expliquer aux androïdes le programme pour le moins marrant de la soirée, il en profita pour préciser : « Eh, vous faites pas chopper par des passants ou n'importe, tiens, éventuellement, y'a un entrepôt abandonné sur… sur… »
Il riva son regard sur l'asiatique, interdit.
« … ça va ?
– Hein ? »
Elle avait l'air surprise, comme sortie de ses pensées. Mais ce n'était pas le plus intéressant.
« … … tu rougis ?
– … Comment ? » fit-elle en se recomposant une figure plus neutre.
« Ma fille, t'as le sang bleu qui brille derrière tes pommettes. C'est… c'est très mignon, par ailleurs. Mais c'est plutôt… Inhabituel, non ? »
Et surtout, se rappela-t-il, ce n'était pas la première fois qu'il voyait ça.
Bon sang.
« Ah…. Ah, ha ha, oui, c'est assez rare ! Nous sommes habitués à des demandes particulièrement variées, vous savez, mais c'est bien la première fois que–
– C'est bien la première fois qu'on te demande de te faire plaisir, à toi seule, hein ?
– … c'est ça. Nous sommes des Tracis de l'Eden Club, notre rôle est de vous faire passer un bon moment. Mais le client est roi, alors…
– Arrête, ton numéro.
– Comment ?
– … Eh, les gars, changement de programme ! héla-t-il, faisant se retourner tous les androïdes vers lui. Vous écouterez la miss, ici, elle vous expliquera !
– Monsieur ? »
Hank soupira doucement, encore un peu troublé par ce qu'il venait de causer, et puis silencieux, pensif. Est-ce que c'était vraiment la bonne décision ?…
Au point où il en était !
### ### ###
« Je suis vraiment curieux. »
Markus leva le nez vers Simon, attendant la suite.
« Comment as-tu eu l'idée de négocier comme ça avec le lieutenant de police ?
– … comment ça m'est venu… eh bien… je n'avais vraiment pas envie qu'on perde le Jericho, je suppose. J'ai retourné le problème dans tous les sens, et voilà. »
Assis à côté de lui, Simon pencha le dos en arrière et s'appuya sur les mains, dans une attitude bien plus détendue que celle de son compagnon.
« Et comment savais-tu qu'il voudrait pouvoir récupérer son androïde ? »
Trop las pour un soupir, Markus expira tout bonnement, avant d'expliquer : « La façon dont il l'a sauvé, à chaque fois.
« Chaque fois ? C'est-à-dire ?
– Il n'y a pas eu qu'aujourd'hui. Il a pris d'énorme risques ce soir en allant le récupérer alors même qu'il ne pouvait pas le réparer, et que Cyberlife l'aurait remplacé, sans l'ombre d'un doute. Mais même à la première visite, je l'avais remarqué. Je sais qu'ils se parlent très mal l'un à l'autre. Mais quand vous avez fait tomber la ferraille–
– Accidentellement.
– Sans faire exprès, bien sûr, bien sûr… eh bien, tu as vu comme il l'a attrapé ? La façon dont il l'a saisi pour le mettre hors de la trajectoire du débris. Il n'a pas hésité, pas une fraction de seconde. Pas l'ombre d'un instant. C'était naturel.
– … je n'avais pas vu les choses sous cet angle.
– Voilà.
– Et pourquoi d'ailleurs ne l'a-t-il pas reposé à terre juste après ?
– Pour se rassurer. Je pense. En même temps ça nous a tous secoués.
– Oh.
– Et puis il s'est mis en tête que ça contrariait le RK, donc ça lui convenait.
– On aurait presque dit, oui.
– …
– Et tu penses que le lieutenant va respecter ton marché, et ne rien dire à notre sujet ? »
Markus ne répondit pas, trop occupé à regarder devant lui. Simon en prit la même direction et vit arriver tout un petit groupe d'androïdes. Pas moins de sept Tracis, l'air… perdus. Et quand ils leur firent bon accueil, il réalisèrent à quel point c'était plus que ça. La première était perdue. Les autres se contentaient de suivre, dociles. Attendant leur éveil. Quand Markus vit les regards appuyés de Simon, North, Josh et Kara, il prit son courage à deux mains et les toucha, les uns après les autres. Sous les yeux de tout le Jericho. Il leur donna à chacun le libre arbitre.
Il les laissa ensuite déambuler comme des enfants, les habitants du Jericho tournant autour d'eux comme des enfants émerveillés.
Quand il tourna la tête, il remarqua que Simon était toujours à ses côtés, immobile, observant ce spectacle avec fascination, complètement ému.
« … on dirait que j'ai trouvé un humain qui sait encore comment tenir une promesse… » chuchota Markus.
Simon se tendit, se tournant un peu vite vers lui, surpris. Markus lui offrit un sourire apaisé, soulagé. Puis il se mit en quête d'un endroit tranquille. Il avait besoin de calme pour réfléchir, et il avait besoin de pouvoir éviter toutes ces questions qu'ils brûleraient tous de lui poser, sur sa capacité à éveiller les androïdes. Toutes ces questions auxquelles il n'avait aucune réponse.
### ### ###
Le commissariat s'était vidé. Connor avait effectué toutes ses tâches, nombreuses étant celles tournant autour de sa désactivation forcée. : des rapport, des tests… Malheureusement, les chances qu'il récupère les données perdues était quasi-nulles, pour ne pas dire totalement. La seule contre-mesure qui fut retenue fut de travailler sur l'amélioration de ses capacités d'auto-défense.
Connor se leva, enfin prêt à partir quand soudain, le commissariat presque vide lui fit remarquer quelque chose d'étrange qu'il n'avait pas réalisé jusque-là.
Mince.
Il tourna la tête à gauche. Plus personne dans le bureau du Capitaine, celui-ci était rentré depuis un bout de temps. Il retourna dans ses archives personnelles pour mettre les données en lumière et les confronter à ses protocoles.
Cyberlife lui dirait de ne pas s'en mêler.
Hank s'en foutrait pas mal.
Mais Anderson… Anderson vérifierait. Il le ferait quand même. À reculons, bien sûr, partisan du moindre effort, comme il aimait le faire croire. Mais il l'avait programmé ainsi.
Pas à pas, ordre après ordre, il avait commencé à le changer pour en faire un partenaire idéal.
Son partenaire.
C'est donc la "conscience tranquille", ou disons plutôt le programme propre, que Connor quitta son bureau pour se lancer dans une nouvelle enquête. Nocturne.
Une machine comme lui ne reculait pas devant des heures supplémentaires. Et qui sait, ce serait peut-être l'affaire de cinq minutes.
Ou de cinq heures.
Tadah…
Alors oui, quid de cette décision de faire de Hank un sympathisant de la première heure de la cause androïde alors que c'est juste Detroit Extended Version ? Je serais pas en train de prendre une grosse liberté, dites-vous ? Eh ben prenons en compte le fait que dans toutes les issues où Hank ne se suicide pas, il prend la défense des déviants. Et puis il se met en boule chaque fois que Connor se montre impitoyable envers eux. Et puis il faut bien que je creuse mon trou dans cette fanfic. J'ai du drama à prévoir. C'est pas pour rien que je l'ai surnommée Detroit-Drama dans mes fichiers persos.
N'empêche, j'ai cru que ce chapitre n'en finirait jamais ! 24 pages les gens, 24 ! Merde alors ! Je vais dormir.
