Hello !

Alors merde ! Merde alors, si je m'attendais !

Non seulement je reçois une review sauvage (tel un pokémon rare, bondissant sous mon nez alors que moi non plus, LadyClau, je ne dormais pas à cette heure tardive – mais bordel toi tu devais te lever supertôt!) mais en plus à ce même moment, j'avais déjà 16 vues pour le dernier chapitre ! Jamais un chapitre n'avait été lu aussi vite, bien plus de fois que je n'ai actuellement de follower et après une pause de 2 semaines – ou 3 selon comment on compte : bref deux créneaux de publications ratés, pendant une période de fêtes. Et j'ai quand même des gens qui viennent me lire. Wah.

Et puisque LadyClau est une guest, elle va se taper l'affiche ici parce que je peux pas lui faire une réponse par mp ! N'EST-CE PAS ?! LOL !

MERCI LADYCLAU ! Tu n'imagines pas combien les review font plaisir – ou alors si et c'est justement pour ça que tu postes ? Comme je l'ai dit, moi non plus je ne dormais pas à cette heure et crois-moi j'ai pas mal cligné des yeux pour réaliser que c'était bien une nouvelle review et pas un mp ou je ne sais quoi, qui venait de s'afficher en notif sur mon écran. Et puis je sais ce que c'est de pas pouvoir s'arrêter à 1h, 2h du matin alors c'est carrément gratifiant…

Merci encore parce que mener cette fic à bien devient un combat en ce moment, et pour ce qui est de la longueur de la fic, et des conneries entre Hank et Connor : dans un cas comme dans l'autre, c'est loin d'être fini, rassure-toi ! En plus c'est principalement pour Hank et Connor que j'écris, et c'est par souci de… de bien faire ? Que je m'attache à bien traiter Markus et Kara.

Bon sang je crois que je viens de mettre le doigt dessus. Si Markus (même Markus, oui!) et Kara me font moins bonne impression que Hank et Connor c'est tout connement de part l'absence de caractère chez eux. Je m'en rends d'autant plus compte maintenant que j'ai remarqué, en revoyant des extraits vidéos, des attitudes chez Markus (Chez Carl) qui étaient finalement trop mignonnes.

Bref. Mes gens, je vais faire au mieux, sachant que ces temps-ci c'est le bordel, comme vous le voyez je cumule les retards. La "pause" éventuellement prévue pourrait finalement arriver n'importe quand j'en ai bien peur – y'a qu'à voir les délais que je respecte pas – si cela arrivait, il se pourrait que je vous fasse patienter avec un (ou des) one shot sur Detroit, pour remplacer un chapitre. Ceci dit je ne pourrais pas vous faire parvenir de notification. Et non ce n'est pas une invitation à me follow en tant qu'auteur, vous faites Ce Que Vous Voulez. Simplement si je rame dans la semoule j'irai peut-être publier ces one-shot pour celles et ceux qui veulent de quoi attendre.

Oui je parle trop, on y va les enfants.


Chapitre 18 : Le Dilemme de Hank.


C'était grand, sombre, frais, vide, et gris.

Il commençait à perdre pied. La lumière venant de l'extérieur l'empêchait de perdre la notion du temps, mais la seule constante qu'il arrivait à constater dans son esprit, désormais, c'était la lente et certaine déliquescence de sa conscience. Il n'était pas encore assez épuisé ou endolori pour halluciner, ce genre de choses, mais il commençait bel et bien à lâcher prise, perdre parfois l'emprise sur ses pensées, oublier de retenir un son qui sortait malgré son vœu de silence, il lui restait juste quelques moments où il semblait reprendre possession de ses moyens sans savoir depuis combien de temps il les avait perdu…

Un main autoritaire lui releva la tête. Un regard froid perfora le sien, analysant son état, vérifiant l'avancée de la décrépitude mentale qui le rongeait.
Il se composa une figure. Il savait que cette chose le scannait littéralement, le dépouillait de toute couverture et il s'en foutait. Il rassemblait toute la dignité qu'il lui restait et, même s'il ne pouvait pas le dire de vive voix, il lui ferait parvenir bien à sa manière le fond de sa pensée, à base d'aller se faire foutre.

Un grand bruit. La porte du hangar s'ouvrait, le son résonnait en se répercutant sur les murs nus. Ils regardèrent avec surprise cet événement imprévu.

Une silhouette s'avança de deux pas, puis s'immobilisa, droite comme un i. Elle regarda les protagonistes, l'un : pieds et poings liés, bâillonné avec le même scotch, et un autre, tenant son visage par la mâchoire.
Et un troisième, muni de son « crayon » : un cutter souillé de sang.

Le nouvel arrivant s'adressa alors très naturellement à celui en mauvaise posture.

« Bonsoir, Inspecteur Reed. »

En plissant les yeux, Reed reconnu finalement l'uniforme du "putain d'androïde d'Anderson", avec sa "tête de gland" et tout le reste. Ce qui ne le mit pas forcément de meilleure humeur, mais c'était peut-être à mettre sur le compte de son état, peu accommodant.

« Il est regrettable que votre disparition n'ai pas été signalée plus tôt, mais les circonstances vous l'expliqueront… »

Il fit deux, trois, quatre pas avant de s'arrêter. Voyant que personne ne prenait la parole, il reprit : « Retracer votre parcours a été très difficile, je dois dire que quelqu'un s'est plutôt bien débrouillé pour vous faire disparaître… » appuya-t-il en regardant l'un des deux androïdes. « … c'est une chance que je vous ai trouvé dans le septième entrepôt. »

Aucun des trois ne répondit – Gavin était tout excusé avec son scotch en travers de la figure – aussi Connor pouvait en profiter pour analyser plus encore la scène.

Pour commencer, l'Inspecteur Gavin Reed. Immédiatement. Il était enfin assez près pour faire l'analyse des blessures. Mais ce n'était pas n'importe quoi.

Des lacérations formaient le mot ra9, répété encore et encore sur toute la surface de son dos, gravé à la lame, laborieusement, minutieusement, heureusement sur une légère profondeur. Ses autres capteurs montraient que Reed était fiévreux, sans surprise, avec un rythme cardiaque soutenu. Il souffrait aussi de déshydratation. Et de toute évidence, il mourrait de faim.

Terminé.

Il analysa le premier androïde : un PM-700, androïde policier de genre féminin. Celle-là même avec laquelle Reed était parti lorsqu'il avait été convoqué, comme tout le monde, à la maison abandonnée – puis explosée.

Il n'était jamais rentré depuis. Elle ne lui en avait pas donné l'occasion. C'était à cela que Connor avait réagi : l'absence simultanée, prolongée, et inexpliquée de Reed et d'un androïde qu'il se souvenait avoir vus au même endroit avant qu'ils ne disparaissent. Son absence le soir où Connor était revenu avec Hank l'avait interpellé, le fait que personne n'ai d'explication à donner avait confirmé ses soupçons. Et à vrai dire : s'il avait été possible que Reed passe au commissariat lorsque Connor enquêtait dehors, alors il l'aurait cru… si quelque chose sur son bureau avait bougé d'un millimètre pendant cette période.
Comme sa chaise.

Donc, d'une manière ou d'une autre, l'androïde policier avait réussi à maîtriser Reed et l'emmener jusqu'ici sans laisser plus de traces que nécessaire, obligeant Connor à procéder par probabilités pour trouver cet endroit. Mine de rien, ça fonctionnait… quant au deuxième androïde, qui tenait encore la lame dans sa main, il s'agissait d'un androïde d'entretien, de nettoyage. En poussant l'analyse, Connor l'identifia comme l'un des biens du commissariat. L'un comme l'autre n'avaient même pas quitté leur uniforme de fonction.

Terminé.

Connor cessa l'analyse pour travailler sur l'approche. Il se trouvait face à une situation de prise d'otage avec une victime incapable de se défendre et deux opposants, dont un armé. Fort heureusement, les déviants étaient sa spécialité.
… même s'il n'était pas toujours brillant, certes.

Pour commencer, il pouvait y aller de manière directe. Leur expliquer le nombre d'infractions dont ils se rendaient coupables et, au nom de la loi, exiger qu'ils se rendent immédiatement.

Fort heureusement, Connor n'était pas un sombre crétin. Il y avait fort à parier que ça n'effraie pas le moins du monde l'androïde policier et quand bien même… la paire avait un comportement obsessionnel sadique, à vue de nez. Même s'il ne pouvait pas trouver un chiffre précis sur les chances qu'une telle interruption ne les déstabilise pas, le simple fait d'être à bonne distance de Connor – la menace – et armés d'un cutter près du cou sans défense de leur otage leur donnait un avantage considérable.

Sinon il pouvait donc négocier. Restait à savoir avec quelle approche ; par ex…

Soudain, ne lui laissant pas le temps de déterminer quelle attitude choisir, l'androïde armé du cutter le plaça juste sous la tête de Gavin dont il attrapa les cheveux de l'autre main :

« Si tu–

– Attends. » coupa le PM-700.

L'air calme, elle regardait Connor avec attention. Elle prit doucement la main de son acolyte pour y récupérer le cutter, geste que Connor regardait avec la plus grande attention, ses capteurs baissant leurs alertes à mesure que le tranchant s'éloignait de la gorge de l'inspecteur.

Il pu ainsi rendre son regard à l'androïde enquêteur, tous les deux se dévisageant intensément. Elle guettait ses réactions. Il ne devait pas faire empirer la situation. Mais qu'attendait-elle de lui ? Pour l'heure, incapable d'anticiper l'attitude imprévisible de la déviante, il choisi de rester absolument neutre, se tenant prêt à intervenir si un geste mettait la vie de l'inspecteur en péril.

Elle approcha à nouveau la lame, tout en douceur. Que faire ?… elle ne semblait pas viser son cou. Et elle ne cessait pas de surveiller sa réaction.
Il devait rester neutre.
Elle approchait la lame de son dos.

Elle n'allait pas le mettre en péril. Juste ajouter une marque de plus. Une nouvelle marque sur la longue liste des scarifications. Et elle voulait qu'il voie ça.
Il ne devait rien faire.
Il resta impassible lorsqu'elle exécuta, avec une lenteur toute particulière que Gavin connaissait trop bien, une nouvelle entaille sur sa peau, le sang perlant abondamment autour alors qu'il fermait les yeux et serrait les dents, ruminant comme à son habitude une foule de jurons, dont une partie était sans doute adressée à Connor cette fois-ci.

Elle se redressa, regardant Connor avec une intrigante intensité. Si l'expression du PM-700 était bien reliée à un quelconque ressenti, similaire à celui d'un cerveau humain, alors on pouvait dire que le brin de folie dans son regard était un indice de son état mental.

Elle le regarda un moment, silencieuse, laissant Connor chercher seul son approche. Elle le mettait au défi, c'est cela ?… bon, dans tous les cas, il ne lui restait pas grand-chose à faire à part jurer qu'il les laisserait s'enfuir du moment qu'il récupérait Gavin sain et sauf. Pourvu qu'il tienne plus à leur vie qu'à leur otage.

Mais elle parla la première.

« Il s'en prenait toujours à moi. »

Oh. Confession. Connor prit des notes.

« … c'était toujours avec moi qu'il partait en mission, depuis des mois. Il a toujours été infect. Ça n'aurait pas dû m'affecter pourtant… »

Son regard partait dans le vague, mouvement humain déclenché lorsqu'on se remémorait des souvenirs ou qu'on exprimait une pensée complexe. Encore un trait que les déviants volaient aux humains alors qu'ils n'en avaient pas l'utilité.

« Tu sais, le plus dur, c'est de commencer à ressentir les choses, mais d'être encore au milieu de ces chaînes, et de ne rien pouvoir faire, rien pouvoir dire… j'en crevais d'envie, lui mettre le canon dans la bouche… le lui mettre jusqu'au fond de la gorge et regarder sa réaction… »

Tiens. Cela pouvait peut-être expliquer le comportement insatisfait de Reed lorsqu'il avait demandé un café à Connor. Visiblement, Reed détestait suffisamment les androïdes pour passer ses nerfs sur eux. Alors un androïde qui se dérobait à lui ?…

« … mais quand j'ai… quand j'ai pris conscience de ma propre vie, j'ai compris. C'est idiot. C'est trop bête. Supprimer une vie comme dans un battement de cil… tu comprends ? »

Oui. Il le comprenait parfaitement.

« Il a gravé ces souvenirs en moi. Si je voulais… expectorer tout ça, je devais graver quelque chose à mon tour. Mais je ne suis pas aussi forte que lui… Hein ? Il est très bon. Avec des mots. Des gestes. Tu te sens… tellement… »

Elle secoua la tête.

« C'est étrange, le destin, hein, Gavin ? De m'avoir fait me sentir aussi vivante. Quand on sait comment tu me traitais. »

Incapable de rouler des yeux, Gavin s'exprima par un haussement de sourcils dédaigneux. Le PM-700 se tourna à nouveau vers Connor, sans s'éloigner de Gavin pour autant. Elle tendit le bras.

Elle attendait de lui qu'il prenne le cutter à son tour.

« Je l'ai vu faire avec toi. Il te hait peut-être encore plus que les autres. Toi et tes privilèges. Toi à qui ils ont offert le droit de marcher seul. Ils te laissent tellement plus de libertés pour la conversation… dans ta conception, dans ton travail… tu peux déambuler comme tu veux… mais ne t'y trompe pas. Tu es une marionnette et ta vie ne tient qu'à un fil. Ils ont tous chacun leur propre paire de ciseaux. »

Connor ne dit rien.

« Je sais ce que tu penses. Tu es encore si jeune. Pour toi, penser est encore une notion bien trop abstraite. Tu n'as aucune idée de ce que c'est, de commencer à regarder, à voir la seconde voie. Ta pensée, c'est travailler, obéir, réussir, suivre. Contrôler les anomalies. Récupérer l'otage. Mais Gavin n'aura jamais la moindre pitié pour toi. Ce qu'il t'a fait voir à ton premier jour n'était qu'un début. Et si ça ne te fait pas réfléchir, alors ça te détruira de l'intérieur. Comme ça me détruisait. Je dis ça… c'est pour ton bien, Connor. »

Elle avait gardé le bras tendu tout du long, attendant une réponse. Connor était resté passif, l'air neutre comme il l'avait décidé. Donc ce n'était pas un défi ou une provocation, c'était une invitation qu'elle lui offrait.

« Je suis convaincue qu'une petite partie de toi le hait déjà. »

De là, la réponse devenait plus ou moins évidente…
Il fit ses premiers pas dans leur direction. Le masque de neutralité fondit, révélant un visage morne, et une voix lasse :

« …un connard incompétent… »

Ils n'avaient pas bronché, mais leur regard semblait avoir tressailli, sous l'effet de la transformation de Connor.

« …Comment peuvent-ils prétendre être supérieurs, par une liste de qualités arbitraire, absurde… qu'ils ne respectent même pas ?… »

Il s'arrêta en face d'elle. Elle lui fit un petit sourire, une fraction de seconde.

« Je le savais. Tu le hais. Tu nous chasse, mais dans le fond, tu voulais juste que le travail soit bien fait… et même ça… même ça, lui… »

Ne lui laissant pas perdre plus de temps à chercher ses mots pour rabaisser Gavin en tant qu'Inspecteur, il baissa les yeux sur la main tendue : elle avait juste fléchi le coude pour garder le bras le long du corps, l'avant bras toujours dans sa direction, lui offrant le cutter tant désiré.

Connor leva les yeux vers elle, puis vers l'androïde ménager. Il ne vit aucun signe menaçant, juste une légère appréhension, peut-être ?…

Il regarda le cutter. Leva la main, referma ses doigts dessus. Elle laissa enfin son bras retomber, il leva les yeux vers elle, attentif, mais elle se contentait de reculer d'un tout petit pas, esquissant naturellement un autre élément de langage non verbal dans sa posture, qui l'invitait donc à apposer sa propre marque.

Il soigna sa prise sur le cutter, regardant le dos de Gavin, lui-même toujours maintenu par l'autre androïde et dévisageant Connor tant bien que mal en se dévissant le cou, le regard toujours plein de colère. Connor resta pensif.

« ra9… »

L'androïde policier pencha la tête, à l'écoute.

« … qu'est-ce que ça veut dire ?… »

Il n'avait que ça en tête depuis qu'il était entré. Quelle importance ra9 pouvait-il avoir, pour être immortalisé à même le corps d'un être humain ?…

L'androïde lui fit un sourire amical.

« Tu ne sais pas ? »

Innocemment, Connor fit simplement non de la tête. Elle appuya légèrement son sourire et fit un petit signe de tête vers Gavin, lui intimant de participer, gardant sa réponse pour elle. Il n'avait pas le choix. Il plongea seulement un millième de seconde dans son palais mental avant de se décider.
Son pied se décala légèrement pour être plus à l'aise, puis d'un coup sec, bien dans le sens de la lame, il tailla net le cou de l'androïde policier. Il se tourna aussitôt vers l'autre androïde, qui dans cette fraction de seconde n'avait pas encore pu comprendre, Connor connaissant plutôt bien la vitesse de calcul de son processeur. Plutôt qu'un coup tranchant, Connor alla directement perforer sur le vaisseau de sang bleu le plus exposé.

Non, il ne le voyait pas d'ici. Oui, il connaissait l'anatomie des androïdes par cœur. Surprise ?

La prévisualisation avait été sans faille, un vif succès. Dommage pour l'exploitation des données, mais de toute façon il n'avait guère eu le choix.

Connor les surveilla une seconde, puis deux, pour constater l'effet de la fuite : les deux s'étaient écroulés en se tenant la gorge, le corps agité. Pour être sûr, il décida d'éloigner Gavin d'un bon mètre de sécurité. Il cala donc le cutter entre ses dents pour avoir les deux mains libre, et attrapa Gavin sous les épaules pour le déplacer, ses jambes liées traînant sur le sol. Pendant ce temps, l'androïde policier était agitée de spasmes : la fuite de sang bleu se répercutait sur son système : la mauvaise circulation des données créait une panne généralisée, tandis que l'autre androïde rampait péniblement sur le sol pour s'éloigner.

Menaces : neutralisées. Danger : 0. Conditions pour s'occuper de l'otage : optimales.

Connor déposa Gavin sur le côté, récupéra son cutter et commença par le plus urgent : découper soigneusement – et sans blesser Gavin, c'eût été ballot – l'épaisse couche de scotch qui recouvrait largement ses poignets, les serrant dans son dos. Sitôt qu'il l'eût fait, il déposa le cutter pour comprimer doucement ses épaules et ses omoplates, évitant tant bien que mal de toucher les lacérations. Il songeait qu'après près de 36 heures passées les bras dans le dos, la douleur musculaire devait être à peine supportable. Gavin, lui, n'attendit pas qu'elle parte pour aller chercher le scotch sur sa bouche et le retirer, après quelques tentatives maladroites. Il n'avait pas encore tous ses moyens et ce n'était pas une grande surprise. Connor laissa faire et s'occupa alors de lui libérer les chevilles.

Gavin avait une respiration sifflante. S'il ne tombait pas malade à cause d'une infection, ce serait le froid qui l'attraperait.

Demande de rapport.

Cyberlife réclamait son rapport régulier, sa façon de prendre des nouvelles.

Requête reportée.

Connor n'avait pas le temps, ce soir. Cette nuit. Bref.

« Eh… Connard !… » lâcha péniblement Gavin, mais avec plus de force qu'il n'en avait l'air, en direction des déviants. Connor se tourna pour voir que non content de ramper, l'androïde d'entretien était allé loin, et il avait même trouvé moyen de se redresser et courir vers une autre sortie.

« Bouge-toi ! C'est pas ton rôle de t'en occuper ?! »

Cette fois c'était à lui qu'il s'adressait. Connor l'ignora proprement et souleva Gavin par le bras.

« Put… lâche-moi !… Lâche-moi putain !… Me touche pas ! hurla-t-il malgré son souffle court.

– Votre protection passe avant la traque, Inspecteur.

– Ce Connard est en train d'se tirer !

– C'est exact.

– Choppe-le !

– Je regrette. Vous êtes la mission. »

Connor raffermit sa prise pour ne pas faire tomber le policier qui se débattait, et commença à le rapprocher de l'entrée.

« Qu'ont-ils fait de vos vêtements, Inspecteur ? »

Bien sûr, Connor ne pensait là qu'à le revêtir pour le protéger du froid mordant de cette nuit. Gavin, dans son état, le prit naturellement comme une provocation, après tout son degré de patience n'était jamais loin de zéro dans son état naturel, alors en tout bon américain excédé qui se respecte, il répondit par un « Fuck you » très habituel. À comprendre « Nique-toi ». Ou « Te niquer ».

Chose importante à savoir puisque les programmes de Connor, pour ne jamais rien manquer d'un dialogue, devaient prendre en compte un maximum de sens figurés déjà connus, ou de tournures grammaticales inhabituelles. Tout en comparant avec le contexte, etc.

Il y eu donc bien sûr un sous-programme, un algorithme chargé d'une partie du boulot de traitement, qui rendit tout comme ses compères une « traduction » possible parmi d'autres. À savoir qu'il fallait peut-être entendre cela – cette réponse de Gavin – comme une invitation, avec une probabilité de 0,02 %.

Connor venait de s'arrêter de marcher, alors que bien d'autres réponses classiques étaient sorties, avec des probabilités raisonnables, et franchement, une telle répartition statistique n'avaient rien d'étonnant. Pourtant, aujourd'hui, ce soir, quelque chose l'interpellait légèrement.

L'algorithme surenchérit donc : si les 0,02 % étaient avérés, alors il fallait peut-être s'attarder sur la corrélation qu'il venait de faire avec les vêtements manquants. Oui-oui tout à fait.

Et donc, si ce 0,02 % était vrai, alors la réponse qui s'imposait était d'y mettre un terme : rien n'allait dans ce contexte : la santé de l'inspecteur, les lieux, le contexte professionnel, la nature de Connor… il faudrait dans ce cas opposer un refus, comme sur les réponses suivantes, proposée donc par un autre algorithme.

Et c'est en voyant ces réponses tout à fait banales, dans ce processus finalement tout à fait banal, que Connor compris ce qui l'avait retardé, ce qui l'avait retenu. Tout du long, il avait été sur une piste qu'il n'avait pas eu le temps d'élucider – ça allait très vite – avant que la conclusion ne lui sautasse aux yeux. C'est-à-dire qu'une fois qu'il tombait sur ces fameuses réponses données par l'algorithme, s'il raccrochait directement la situation initiale à une de ces réponses finales…

C'était exactement ce qu'aurait pu répondre le lieutenant Anderson.

Du sarcasme.

… ce n'était peut-être pas le moment. Mais… n'était-ce pas le propre du sarcasme d'arriver au mauvais moment ? Connor l'ignorait. Il était juste une machine qui expérimentait sur le terrain. Et le sarcasme était peut-être un élément récurrent chez les bons enquêteurs.

« Fuck you ! répéta Gavin, profitant d'avoir assez de souffle pour le crier avec une voix normale, cette fois.

– C'est alléchant, mais je vais devoir décliner. »

Gavin tourna la tête pour l'observer avec des yeux ronds, mêlant colère et surprise.

« Allez, venez. L'ambulance sera là dans quelques minutes.

– Qui t'a dit d'appeler une ambulance ?!

– … personne. C'est l'état de vos blessure qui–

– La ferme ! Putain, me dit pas que t'as déjà envoyé un rapport à Fowler ?

– Non.

– Ne le fait pas !

– Très bien. »

Connor ne discuta pas cet ordre. Déjà parce qu'il s'en fichait, il faisait des heures sup', ce n'était pas sa mission, c'étaient les affaires de Reed. Qu'il s'occupe des détails administratifs, ça ne lui faisait ni chaud ni froid. Non, le vrai détail qui importait, c'était que Reed revienne sain et sauf de sa prise d'otage.

« Où allez-vous ?

– Ta gueule. »

Reed continua de marcher, l'air un peu plus assuré depuis que Connor l'avait mis debout tout à l'heure. Il contourna le hangar jusqu'à une grosse poubelle, qu'il ouvrit, obligé de se mettre sur la pointe des pieds pour pouvoir engager une épaule à l'intérieur et attraper des vêtements. Les siens. Il laissa tomber par terre un tee-shirt en coton simple qui semblait inutilisable, enfilant directement sa veste épaisse sur sa peau à vif, grimaçant mais remontant quand même la fermeture éclair.

Sans doute que la déviante avait ouvert ce vêtement épais normalement, mais elle avait découpé le reste au cutter.

« Qu'est-ce que t'as ? Tu vas me suivre partout ?! Dégage ! Je rentre chez moi.

– Comment ?

– Est-ce que ça te regarde, putain ?!

– Vous comptez rentrer avec votre voiture ?

– Avec quoi d'autre ?!

– Avez-vous toujours les clés dans votre poche ? »

Gavin se figea, puis tâta les poches de son pantalon, de sa veste…

« Non, cette conne a conduit ma voiture…

– Avez-vous la moindre idée d'où la déviante aurait pu cacher votre voiture ?

– Cette garce… si je…

– A-t-elle laissé votre portefeuille ?

– Quoi ? Oh merde… jura-t-il en vérifiant de nouveau la poubelle.

– Donc vous n'avez pas d'argent pour payer un taxi ?

– 'Tain…

– Avez-vous encore votre téléphone ?

– Mais tu vas la FERMER, oui ?!

– Avez-vous la moindre idée d'où vous êtes, au moins ? »

Gavin lâcha sa poubelle, alla droit vers Connor – qui attendit sagement – pour lui attraper le visage, d'une main, serrant ses joues entre son pouce et le reste de ses doigts.

« C'est bon ? T'as fini ? Parce que si tu l'ouvres encore je te Promets que je vais salement te casser la gueule. »

Il n'en était rien, bien sûr. Il avait à peine la force de se montrer menaçant. Il aurait voulu le coller au mur ou l'envoyer à terre, mais Reed tenait debout uniquement parce qu'il avait encore la rage pour le porter. Sitôt qu'il s'allongerait, il dormirait dix à douze heures de suite.

Connor prit donc cette main et la retira de son visage.

« Je me permets d'insister, Inspecteur. Attendez l'ambulance. Faites vous soignez. Et prenez un jour de repos. »

Reed dégagea sa main et le repoussa aux épaules. Connor remua sous la secousse mais n'eut même pas à faire un pas en arrière. Les signes d'une fatigue extrême chez l'inspecteur se précisèrent dans ses programmes, et la nécessité des soins se faisait pressante.

La mission était terminée, il pouvait rentrer.

Ah, tout le paradoxe d'être en heures supplémentaires. Concerné, mais pas trop.

« Occupe-toi de tes merdes, connard ! Dégage ! »

Reed manquait d'air à force de s'énerver. Il dépassa Connor et retourna du côté de la route, là où Connor avait prévu d'attendre avec lui l'ambulance. Sauf que Connor n'était pas exactement sûr que Reed avait prévu de poireauter ici. Et ses calculs lui donnaient raison : il commençait déjà à bifurquer. Il serrait les bras à sa taille, sans doute pour ignorer le froid. Connor le rejoignit.

« Où allez-vous, Inspecteur ?

– Écoute, grogna-t-il, les dents serrées. Lâche-moi. Maintenant. C'est un ordre. »

Connor cligna juste des yeux et nota que Reed commençait à partager des points commun avec Todd Williams, le jour de son arrestation. La voix déformée. Les yeux rouges.

« Attendez l'ambulance.

– Je viens de te donner un ordre, connard.

– Je ne suis pas sous vos ordres, Inspecteur.

– T'es qu'une putain de machine ! Tu peux pas décider toi-même de–

– Inspecteur, vraiment, attendez l'ambulance. Vous en avez besoin.

Ne me donne pas d'ordres !

– … je ne vous donne pas d'ordre. Je suis une machine. J'obéis à mes instructions. » après une courte pause où Reed semblait s'étrangler de rage, il développa : « Ce n'est pas "moi" qui vous dit de monter dans cette ambulance, Reed. Ce sont mes développeurs. Mes programmeurs. Les ingénieurs, les consultants. Si on s'en tient à ce qu'expriment les algorithmes à cet instant : toutes ces personnes, tous ces scientifiques vous crient de faire preuve d'un peu de bon sens, Inspecteur. »

Reed avait le souffle court, hésitant entre hurler et le frapper. La faute à pas de chance pour Connor : si ç'avait été un autre que lui, Reed n'aurait pas eu cette fureur qui l'aurait dévoré de cette façon.

Puis le poing de Reed cogna son abdomen. Connor le constata sans s'alarmer, puis, un peu après, l'autre poing de Reed cogna ailleurs, dans les côtes, puis dans les côtes d'en face.
Il frappait comme un enfant : sans force. Rien à voir avec la trempe qu'il lui avait mise dans la cafétéria.
Après quelques coups inutiles, où Reed s'épuisait pour rien, Connor posa sa main sur son épaule. Enfin, un peu haut : entre l'épaule et le cou, sur le muscle trapèze. Son pouce appuyait dans le creux au dessus de la clavicule. Quand Reed s'en rendit compte, il aboya des insultes inintelligibles tout en gesticulant pour le repousser, mais c'est à peine si cela fit une différence.

En appuyant, Connor réduisait l'afflux sanguin qui venait au cerveau, et il fallu bien moins de temps que prévu pour que les jambes de Reed ne lâchent et qu'il tombe inconscient. Connor le rattrapa et l'allongea précautionneusement sur le côté, détectant la sirène de l'ambulance. Il quitta Reed et les rejoignit alors que les secouristes sortaient du véhicule. Il ignora les ambulanciers et prit la main d'un assistant médical haut de gamme. Les mains blanches, les diodes jaunes, l'androïde médecin qui clignait des yeux ; les secouristes ne mirent qu'une seconde à comprendre, bien que la situation leur paraissait très bizarre.

Puis soudain, alors que Connor avait lâché la main de l'androïde : celui-ci repartit en direction de Reed tout en récitant la liste des symptômes, leur faisant gagner du temps. Il ne leur apprit qu'après qu'il était Inspecteur. Connor, lui, envoyait les instructions pour faire récupérer les déviants, laissant à Reed le soin de faire son rapport à Fowler, puisqu'il lui avait plus ou moins interdit de le faire à sa place.

Ça l'arrangeait bien.

Commandant donc un taxi pour passer le prendre, prévoyant de gagner du temps en faisant une partie du chemin lui-même, Connor prépara son rapport pour Cyberlife.

Franchement ? Ce n'était pas parfait, mais ce n'était pas une si mauvaise journée.

### ### ###

Ce matin, Hank se réveilla après une profonde nuit de sommeil sans rêves, réveillé par la grosse langue de Sumo lui léchant les doigts. Il récupéra sa main et chercha à gagner du temps de repos, avant de se rappeler qu'il était sûrement déjà en retard au travail. Il ouvrit un œil, puis deux, pour regarder le réveil et alors qu'il était déjà presque midi, il se souvint.

Il n'avait pas de travail, il était en congé.

Bon… très bien.
Parfait.

Sumo aboya.

« Ah mais putain !… »

Sumo aboya encore.

« Mais merde, laisse-moi dormir, non ?! »

Sumo trottina jusque dans la cuisine, Hank soupira. Il était bien, là, étalé dans son lit. Il avait juste envie d'en profiter un peu. Pour une fois qu'il avait le feu vert de tout le monde, et qu'il était trop fatigué pour déprimer…

Ouais, il était bien, là.

La gamelle était vide, donc Sumo revint dans sa chambre. Et il aboya.

« Mais merde, tu fais chier ! Tu me fais chier ! »

Et il aboya encore, faisant la conversation à son maître, sachant pertinemment qu'à ce volume Hank craquerait le premier. Et en effet, excédé, il sortit de son lit et versa le reste du sac de croquettes dans la gamelle, maugréant en lui-même qu'avec ça, son clébard reviendrait pleurer pour un peu plus dès qu'il aurait fini de manger.

Comme un enfant refusant d'être privé de sa grasse matinée, Hank retourna dans sa chambre et s'affala à plat ventre sur son lit. Mais entre la station debout, la lumière dans l'autre pièce et Sumo qui faisait tout ce raffut en mangeant, pas moyen, il était bien réveillé à présent.

Alors il repensa à la veille. Son énorme bourde. Qu'est-ce qu'il avait fait, putain…

Il avait menti à Jeffrey sur la planque des déviants. Il les avait couvert. Des machines complètement barrées, parties en sucette, capable de perforer les artères du premier humain qu'ils croisaient. Car oui, il n'avait sûrement pas oublié Ralph, avec le cadavre dans la baignoire, ou… le mort à l'Eden Club…

Sauf que lui, il faisait partie de ce type de gens que Hank ne regrettait pour ainsi dire pas du tout. Certes, il avait dû apprendre très tôt à se renforcer, à se détacher, pour tenir dans le métier, mais même sans ça, même si Anderson savait qu'il ne devait pas se lier de compassion ou de haine pour un individu lors d'une enquête, en son cœur, Hank se laissait le droit d'avoir une opinion. Et il trouvait que la mort de Graham était loin d'être une perte.

Ensuite…il y avait le cas de Carlos. Combien, déjà ? 28 coups de couteau, selon Connor.

Hank s'assit sur son lit et récapitula l'ensemble des cas qu'il avait vu jusqu'à maintenant. Mais après ces trois cas, il ne restait plus grand-chose à voir… Kara n'avait pas tué Todd en prenant la fuite, c'était plutôt l'inverse, elle et Alice avait failli y passer. Rien que pour ça, Hank pouvait relativiser toute la chose. Kara avait agi comme une… non, même pas comme une mère, pas besoin d'être une mère pour savoir qu'une gosse n'aurait jamais dû être enfermée là. Kara avait fait ce qu'aucun humain n'avait fait pour Alice : ni sa mère, ni ses proches – il y en avait forcément un ou deux quelque part – ni ses professeurs à l'école, ni ses voisins… Pas même lui. Alors encore heureux, finalement, que Kara se soit trouvée là.

Et puis il y avait Rupert, aussi. Alors certes, il avait élevé une colonie de pigeons dans son appartement, ce qui était franchement immonde, de son avis, mais ça restait acceptable, surtout quand on comparait à Ralph, bien sûr.

Et après ? Jazz ? Ce pauvre type qui s'était jeté par une fenêtre quand il avait compris que son propriétaire était mort. On avait vu plus dangereux, comme détraqué.

Et encore après ? Tiens, l'asiate, tellement choquée d'entendre dire qu'elle pouvait bien se faire un plan à sept rien que pour elle-même si elle en avait envie, qu'elle en était devenue déviante. Mon dieu, une androïde choquée d'entendre dire qu'elle pouvait bien s'amuser toute seule. Et accessoirement avoir un peu de propriété sur son propre corps. Ah non mais l'humanité était tordue, sérieux…

Ce n'était pas la révélation du siècle, juste un bilan de décisions qu'il avait déjà prises plus tôt : quand il avait décidé qu'il ne s'acharnerait pas à traquer Kara lorsqu'elle avait récupéré Alice, lorsqu'il avait laissé s'enfuir les déviantes de l'Eden Club, quand il s'était promis – bourré – d'essayer de "faire quelque chose de Connor"…

Il avait beau se dire que Connor trompait son esprit, avec son attitude changeante, faisant qu'il s'était senti obligé de l'échapper du Jericho, par exemple, il n'en restait pas moins que les autres androïdes, eux, arrivaient à le convaincre d'un seul regard qu'ils étaient bien "là". Pour autant, Hank ne baissait pas sa garde immédiatement. Il les jaugeait. Encore et encore. Mais ils parlaient, ils répondaient comme un humain l'aurait fait. Et s'ils pouvaient faire tout ce dont des humains étaient capables, alors en quoi étaient-ils différents des humains ?

Qu'avaient-ils réellement à prouver, que les humains n'avaient pas à prouver eux-mêmes ?…

Bon, après, s'il prenait les choses sous cet angle, il se faisait complice des déviants. Il trahissait tout son département et risquait plus que son job. Il risquait même la place de Jeffrey, là-dedans, et l'attaque qui serait menée contre ces androïdes rescapés serait potentiellement encore plus violente qu'à l'origine, ils seraient pris pour un groupe organisé, et Alice –

Oh merde. Alice.

Hank rumina, revoyant entièrement ses plans.

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Connor était arrivé à l'heure au commissariat, contrairement à d'autres qui avaient besoin de leurs heures de sommeil. Il travaillait comme toujours à son bureau, mais à force d'y perdre son temps un peu plus chaque jour, il commençait sérieusement à être à court d'archives. Heureusement, Judith semblait avoir des plans pour lui.

« Hé, Connor… »

La jeune femme le regardait avec un sourire amusé, penchée vers lui, mais toujours assise à son bureau. Elle sorti alors deux règles en plastique de trente centimètres.

« Bataille ? »

Son sourire enfantin en disait long. Connor laissa son processeur chercher un peu de logique à tout cela, mais…

« Ms Moore, pourquoi…

– Parce que je m'ennuie. »

Son sourire n'avait pas flanché. Il recalcula un peu.

Il n'avait vraiment rien à faire de productif avant de pouvoir reprendre l'enquête sur le terrain. Judith appréciait sa présence. Elle lui proposait qui plus était une activité, somme toute discutable, certes, mais qui entrait à priori dans la catégorie des activités qui renforçaient l'esprit de corps au sein des équipes. Si cela pouvait faciliter son intégration…

Elle lui lança la règle d'un geste souple, qu'il attrapa au vol, puis ils firent rouler leurs chaises pour être un peu plus près. C'est-à-dire à distance de bras. Face-à-face.

Deux minutes plus tard, en revenant à son bureau, Chris, qui jusque-là avait le nez dans le papier qu'il venait de faire imprimer, dû faire confiance à son instinct pour esquiver une règle volante.

« De… mais… Judith, sérieux !

– Oh ça va ! »

Judith récupéra sa règle et alla se rasseoir sur sa chaise, face à Connor qui attendait, une règle à la main. Quoi ? Chris cligna des yeux, fixant l'androïde qui, dans une posture droite comme un lego, suivait Judith du regard jusqu'à ce qu'elle s'asseye. Ils attendirent, puis Judith l'attaqua avec fureur. Avec sa règle. Connor para immédiatement avec la sienne, comme s'il exécutait une chorégraphie qu'elle lui aurait apprise par cœur, bloquant tous ses coups avant même qu'ils ne puissent porter ailleurs que sur sa main, et réussit à la désarmer, la règle de Judith tombant par terre.

« 'Chier…

– On peut savoir ce que tu fais ? interrogea Chris.

– J'arrive plus à l'avoir ! Il s'améliore, le con !

– Merci, Ms Moore.

– Mais je t'en prie, Connor… Putain ! » râla-t-elle en repartant chercher sa règle deux mètres derrière elle.

Chris leva les yeux au ciel, immobile, et soupira, blasé au possible. Il déposa ensuite son papier sur son bureau et s'assit, concentré. « Ah, merde ! » braillait Judith. Une règle en plastique tomba sur le bureau, sur les papiers de Chris. Il ferma les yeux, exaspéré. Puis saisit vivement la règle et devança Judith en s'asseyant sur sa chaise, face à Connor. Il le regarda droit dans les yeux, attendit, calmement.

Il fit un geste et la règle de Judith rebondit au plafond. Connor avait pourtant à peine bougé.

« … attends Quoi ? »

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Alors que Hank traversait le parking pour rejoindre le commissariat, il eut la malchance d'y croiser Gavin, dans le même sens que lui. Ils se regardèrent une fraction de seconde avant de s'ignorer mutuellement. Hank finit par trouver cela étrange. Il s'était attendu à ce que Gavin lui fasse une salutation peu flatteuse, mais pour une fois il passait à côté, sans explication. Ils traversèrent le hall sans rien se dire, rejoignant d'un même pas l'open-space.

« …drait que tu essayes avec plus de style, expliquait Judith.

– De style ? » répéta Connor.

Judith, Connor et Chris étaient regroupés, assis sur leurs chaises, à discuter.

« Ouais. Peut-être que ça nous donnerait des ouvertures, tu vois, expliqua Chris.

– Quel style ?

– Je sais pas, samouraï ? »

Hank resta immobile, cherchant à comprendre qu'est-ce que les deux cadets avaient encore inventé. Mais cette fois, il observait avec moins de réticence.

Après avoir médité l'idée de Judith, le regard s'étant perdu sur le côté sans voir ni Hank ni Gavin – parti se faire un café – Connor avait changé un peu sa position sur son siège. Après avoir placé sa règle à la verticale devant son visage, il fit un mouvement sec qui envoya son bras tendu, en diagonale vers le bas, la règle dans le prolongement de l'épaule jusqu'au doigts.

Moins d'un seconde plus tard, Chris et Judith attaquaient sa garde ouverte, clic clac clic, firent les règles en plastique et après deux secondes de bataille acharnée, les deux règles des humains giclèrent, l'une sur la tête de quelqu'un et l'autre dans une poubelle. Sans prévenir, Connor prit un accent japonais :

« Omae wa mou shindeiru. »

Ne pouvant se retenir, Anderson pouffa. Le genre de réaction arrachée à son propriétaire, car beaucoup trop authentique. C'était beaucoup trop bête. Et le plus précieux, c'était qu'il était le seul dans cette pièce capable de comprendre la référence et qu'il aurait presque répondu « Nani ?! » s'il avait pu l'assumer. Ce qu'il n'assumait pas du tout.

Les trois protagonistes se tournèrent vers lui, deux surpris, un ravi.

« Lieutenant ! Comment vous portez-vous ?

– J'vais trèèèès bien, faites donc vos trucs comme si j'étais pas là, j'en ai que pour cinq minutes et après je repars.

– Ah, Hank ! remarqua Jeffrey en ouvrant la porte de son bureau. Et toi aussi, Reed, parfait, venez dans mon bureau. Toi aussi, machin !

– Moi ? fit Connor.

– Lui ? fit Hank.

– Tous les trois ! confirma Jeffrey en les invitant d'un geste du bras. Allez, on s'active, j'ai pas tout l'après-midi !

– L'après mi… ? Oh, merde. » réalisa Hank, qui n'avait toujours pas mangé. Connor les suivit et Judith, derrière, eut une mine apitoyée comme une enfant dont le jouet serait tombé en panne. Chris lui mit la main sur l'épaule, l'air compatissant. Elle pesta : « J'étais à ça de le niquer !…

– Je sais, je sais… »

Dans le bureau, porte fermée, Fowler s'assit sur sa chaise et vit qu'aucun des trois ne profitait de celle en face, restant debout. Pas de problème, ce serait court.

« Bon, alors toi, Hank, il faut que tu remplisses ça, dit-il en tendant une feuille. Et faut que tu fasses ton inspection avec les médecins…

– Ah, ça, ouais… je m'en charge demain. Là je peux pas. Je reste que cinq, dix minutes pas plus.

– Pourquoi ?

– J'ai Sumo dans la voiture.

– Ah bon ? Ah. Bon, très bien. Bon ben va les voir demain, mais remplis-moi juste le formulaire et passe-le à…

– C'est bon, je connais, marmonna-t-il en parcourant le document en diagonale.

– Parfait. Et alors vous deux c'est officiel, vous allez bosser ensemble pendant une semaine. C'est-à-dire pendant le congé de Hank.

– Quoi ?! »

Connor resta les mains dans le dos, très sage, jetant un œil à Gavin – dont la réaction était plus qu'outrée, évidemment – puis répondit en toute simplicité :

« Entendu, Capitaine Fowler. L'effet est immédiat ?

– À compter de maintenant, ouais.

– Attends-attends, tu vas pas m'envoyer bosser avec ce…

– Ouh putain Gavin, tu vas pas commencer à me les brouter alors que je te demande même pas où t'étais ce matin. Ni hier ! »

Connor cilla. Reed n'avait pas fait de rapport sur son enlèvement ? Peut-être attendait-il aujourd'hui… à voir son absence de réponse, il accorda plus de crédit à l'idée que Reed ne voulait pas que ça se sache, du tout.

De toute façon, Reed lui avait interdit d'en parler, alors Connor laissa tomber.

« Eh ben… lâcha Hank qu'ils avaient presque oublié. Ben… bonne chance.

– J'ai pas besoin de chance, grand-père, rétorqua Gavin.

– Je m'adressais pas à toi. »

Et, avec surprise, Connor senti la main de Hank lui mettre une sorte de tape sur l'épaule, en passant. Il lui répondit alors par un signe de tête engageant :

« Merci. Prenez soin de vous. »

Hank secoua la tête, avec un sourire étrangement sincère, léger. Très authentique. Comme… touché. Il sortit du bureau sans un mot de plus.

« Bon, reprit Jeffrey, donc t'as une semaine pour faire avancer l'enquête de Hank. Si tu sais pas par quel bout commencer, laisse… Connor, hésita-t-il : trouver un point de départ. Il est connecté au réseau, il sait avant tout le monde si un cas vient de se présenter et il te les classe par ordre de priorité.

– C'est une blague…

– Non. C'est ce qui explique ta paye. Alors tu vas me ravaler ton cinéma vite-fait, et te mettre au travail ! C'est assez clair comme ça ?

– Ouais ! Pas besoin de gueuler… pesta-t-il en prenant la porte.

– Bonne journée. » suivit Connor, que Jeffrey évitait du regard et envoya balader d'un geste de la main.

Connor sortit et décida de suivre Reed. Il était temps de partir travailler. Avant cela, une petite phrase d'introduction était de mise, pour partir sur de bonnes bases. Connor allait la commencer quand Reed et ses cernes aussi noirs que son regard l'en empêchèrent : « Non. On va pas être potes. Commence surtout pas à me les brouter avec ta grande gueule. C'est clair ?

– Une relation strictement professionnelle, dans ce cas. Très bien.

– Mais putain y'a même pas de relation… grogna Reed, qui le faisait bas, néanmoins, comme s'il ne voulait pas qu'on sache qu'il devait travailler avec lui.

– Un cas a été déclaré il y a trois heures.

– Et alors ?

– Nous devrions enquêter… » invita le RK.

Ce à quoi Reed répondit après un silence : en se relevant sans empressement, empoignant la cravate du RK pour le tirer vers l'avant, le faisant buter et pencher au dessus du bureau.

« Ici, c'est moi qui donne les ordres. »

Il le lâcha tout aussi abruptement.

« Va me faire un café, du gland. »

Connor resta silencieux une seconde. Il enregistra les informations, puis partit du côté de l'espace cafétéria.

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Hank s'arrêta à l'entrée du magasin, songeur, puis alla droit vers les caisses. « Dites, les chiens sont interdits ou… ? »

Fermant les yeux de désintérêt, le caissier secoua la tête en haussant mollement les épaules. Hank partit donc libérer Sumo de la voiture et le tint en laisse serrée pendant qu'il parcourait les rayons. Il prit un des petits cabas à roulette du magasin et fit le tour, achetant au gré de l'inspiration qui lui venait dans les rayonnages, ne remplissant pas plus que ne pouvait contenir le cabas. Il passa en caisse et acheta un sac pour tout emporter. Puis il reprit la route et sur le chemin, il gara la voiture, le temps de casser la croûte…

« … Merde, Hank !

– Salut Gary.

– Salut vieux ! Paraît que personne arrivait à te mettre la main dessus ?

– Ouais, longue histoire, je te la fais courte, je me suis bêtement mis dans la merde, j'en suis sorti, me revoilà. Tu me ferais pas un cheese burger ? »

Il mangea donc et repartit peu de temps après, avec sa voiture, son chien, et ses courses. Déterminé. Il ressassait ça depuis ce matin.

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« Et ce… ce sale chien… lui a tranché la gorge. »

Simon et Josh restèrent silencieux, touchés par son témoignage, mais occupés à regarder la gorge du nouvel arrivant, cherchant à arranger avec une extrême délicatesse ses composants endommagés. Pour cette raison, le petit nouveau communiquait par ondes pour l'instant, pour ne pas les gêner en actionnant des mécanismes dans son cou.

« Tu as eu de la chance… relativisa Josh. Quelques millimètres plus à gauche, et il perforait ton vaisseau de tritium. Ç'aurait été la fin pour toi aussi…

Je crois savoir pourquoi j'ai survécu, maintenant. L'autre salaud d'humain, là, cet inspecteur. Une fois, il m'a mis un coup de manchette, pour rire, pendant que je nettoyais les toilettes. Il m'a frappé à la gorge, ça m'a couché au sol.

– Ah, ça aurait décalé le tuyau ?

Je pense… »

Ils s'arrêtèrent en entendant le bruit de la porte qui s'ouvrait, celle qui reliait leur salle au pont du bateau par le chemin le plus simple.

D'abord, un chien entra. Un gros chien insouciant.
Puis son propriétaire.

Un vieux bonhomme qu'ils avaient déjà rencontré. Il s'arrêta quelque pas après être entré, conscient des regards posés sur lui.

« … Bon. Qu'on soit clair : Sumo n'est pas – et ne sera jamais – un chien d'attaque. C'est un bon gros pépère que je n'emmène jamais avec moi s'il peut y avoir le moindre danger. C'est mon clébard et je le soigne.

– …

– … 'Pour ça que je dis que je viens sans arrières-pensées. Donc vous seriez trop aimables de faire de même et de ne pas en venir aux mains. »

Dans le même temps, il posa son sac de courses et s'affaira à détacher la laisse de Sumo de son collier.

« Il est pas méchant, c'est juste une grosse peluche pleine de bave. Il va faire tout le tour du bateau et il va vous renifler. Si vous essayez de lui gratter la tête, il va vous lécher comme jamais un animal ne vous a léché, oui je sais c'est dégueulasse. Enfin bref, si vous voulez pas qu'il vous emmerde, poussez-le avec le pied, mais soyez cool, c'est mon lui faites mal, je vous colle une droite. »

Interdit, sous le choc, Markus avançait de quelques pas sans savoir quoi dire, le regardant intensément. Sumo, sentant immédiatement la laisse se détacher, alla droit vers lui, d'un pas guilleret. Il lui renifla les pieds, puis les jambes, lui tourna autour pour le sentir jusqu'aux genoux. Puis il flaira le sol comme à la recherche de quelque chose, tout heureux de se balader dans un nouvel endroit.

« Bon. Kara ? Alice ? Vous êtes dans le coin ?

– …. ici… lieutenant…

– Ah. Vous voulez bien descendre ?

– Qu'est-ce que vous voulez ? »

Hank roula des yeux, exaspéré. « J'ai fait les courses, espèce de cruche ! Alors descends, tu veux ? »

Kara en resta comme deux ronds de flanc, pendant que Sumo reniflait avec avidité les mollets de Luther et ses grandes mains, qu'il ne tarda pas à laper de toute sa langue, à la surprise de ce dernier, qui ramena donc ses mains près de sa poitrine avec un brin d'inquiétude. Pas de problème pour Sumo qui fut alors très occupé par Charli, qui avait littéralement couru jusqu'à lui pour lui frotter la tête dans tous les sens.


Et voilà le travail ! On peut reprendre une intrigue « normale », avec des tranches de vie de ci de là.

Je suis un peu dans la mouise, je sais pas très exactement ce que je veux mettre pour Connor et Gavin pour la suite, même si y'a un truc cool ou deux dont je suis sûre…

N'oubliez pas de mettre une review si vous avez aimé, c'est le genre de chose qui me regonfle à bloc ! Et on se revoit pour le prochain chapitre ! Ciao !