Ok alors donnez-moi une seconde.

KYAAAAAAAAAH

Voilà, je suis de retour. Ou pas, attendez.

Merci-merci-merci-merci-merFAIS-TOI UN COMPTE !

Comme tu aurais dû t'en douter tu vas te taper l'affiche encore une fois mais QUE VEUX-TU Je suis obligée de te répondre. My LadyClau.

Déjà à la simple introduction de ta review je suis partie en live, et ta review précédente passait très bien malgré ton manque de sommeil (la suivante a perdu des mots en cours de route mais qu'est-ce qu'on en a à faire, un mot de plus, un mot de moins, c'est pas la rotation de la terre qui change…) Et pour se parler en mp : il faut que tu aies un compte ici. Ce qui serait beaucoup plus pratique, n'est-il pas. Oui, le sous-entendu est clair. Ça fonctionne plutôt bien : si quelqu'un envoie un mp le destinataire reçoit un mail qui lui montre le début du message tout en lui fournissant un lien pour pouvoir le lire en entier et y répondre sur la même page. Bien foutu. Après tu fais comme tu veux mais à savoir : je réponds toujours aux review donc si tu restes en guest… je te réponds ici. Indéfiniment. Lel.

Ne t'excuse JAMAIS de me faire une review longue X) tu as vu la taille de mes chapitres ? J'ai pas peur ! Je n'ai peur de RIEN ! XD

Et perso, je suis harpiste !

Concernant Markus et Kara : ce que je leur « reproche » c'est qu'à travers leur manque d'expressivité, le plat dans leurs mimiques, dialogues et choix, c'est qu'ils manquent de caractère, à ceci prêt que Markus, lui il se bat pour quelque chose, il est à la tête d'une facking révolution. Kara, elle, elle devient ce qu'Alice a besoin qu'elle soit, et elle l'assume. Désolée mais c'est pas mon kiff. On ne devrait pas avoir à s'oublier soi-même au profit des autres. E trouve nulle l'idée de cesser d'exister, perdre son identité au profit de quelqu'un. Je préfère qu'on essaye de devenir la meilleure version de nous-même, qu'on se sente entier et accompli.

J'ai relativisé avec Markus parce que le peu qu'il peut laisser échapper reste mignon, mais Kara… on voit que c'est encore des mecs qu'avaient pas d'idées qui ont créé Kara, Alice et North. Trois clichés.

J'aurais pas dû mais j'ai tellement rit quand tu m'as parlé de Kara et Alice XD c'est horriiiible ! Mais c'était drôle !

Pour l'anniversaire j'ai vraiment voulu préparer ça pis c'est parti en couille 'x' jechuidéjolée j'aurais vraiment voulu mais voilà… tu sais quoi ? Si tu te crées un compte, on discute en mp d'un one-shot sur-mesure. Tu me dis ce que tu voudrais voir, on travaille l'idée ensemble et ce sera mon cadeau d'anniversaire très en retard fufufu.

Et maintenant : « Mon dieu. Ça en valait donc vraiment la peine » ma réaction à ta réaction à "Omae wa mou shindeiru". Et après j'ai gloussé et trépigné comme une gosse aussi.

ALORS ATTENTION : ma culture manga est réduite ! Je n'ai pas le temps de dévorer des mangas à droite à gauche. Mais j'aime. Crois-moi, j'aime ça. Mais en parler nécessiterai plus de place. Si tu veux tout savoir on devra soit échanger nos mails, soit te créer un compte X) à toi de voir !
(il doit être possible de m'envoyer un message privé (mp) si tu veux juste m'envoyer une adresse mail sans que personne la lise, car les review, tout le monde peut les voir)

Sur ce, les enfants, on embarque pour la suite ! Trève de blabla j'ai plus le temps pour introduire ce chapitre ni même pour me plaindre mdr.
Ou pas. Peu après je reçois une review d'Anya – à qui j'ai répondu en mp mais Merci Anya (kyah, merci ! Merci merci !)
P.S : Poulette, prends tout ton temps pour… ah mais si t'es là c'est que tu l'as trouvé ! Très bonne lecture =D !


Chapitre 19 : Premiers sons


« Ah, la là… ça va aller ? »

Marvin ne répondit pas. Chad soupira :

« Marvin ! Est-ce que tu as du mal à porter les sacs ?

– Non, Chad, tout va bien.

– Bon, bon. Allez, courage… on est bientôt rentrés. »

Chad, vingt-deux ans, en avait eu assez à la fois de la solitude et des efforts que demandaient les relation sociales. Après tout, cumuler son boulot de jeune enseignant avec le bénévolat ne lui laissait pas beaucoup de temps pour les à-côté. Alors il causait à son androïde. Avant il causait tout seul dans son appartement, ça lui allait très bien, mais il avait cru comprendre que les voisins le prenaient pour un dingue. Ça l'avait énervé. Et l'androïde était un bon investissement : lui qui avait fait ces économies en prévision du jour où il saurait quoi en faire… il était servi. Ces deux mains supplémentaires ne chômaient pas et cette paire d'oreilles attentive à toutes ses divagations.

L'androïde Marvin glissa sur le rebord du trottoir.

« Merde, Mar- »

Et la seule voiture qui passait roula malencontreusement sur ses jambes, les arrachant net.

« Merde ! »

Chad lâcha tout et… eh bien, il constata les dégâts, impuissant.

« Meeeeeerde… »

Marvin remua légèrement les jambes – enfin, les moitiés qui lui restaient : « Mon diagnostic est très mauvais. L'assurance couvrira le remplacement. Cyberlife s'excuse d'avance pour le désagrément.

« Mais ! Qu'est-ce que tu racontes, Marvin ? » rit Chad, les poings sur les hanches. « V'là aut'chose ! N'importe quoi. Tiens-moi les sacs, plutôt. »

Il mit dans les bras de Marvin la plupart des sacs qu'ils transportaient initialement à deux.

« Franchement, toi, à la poubelle, quelle connerie ! Il te faut juste une paire de jambes de remplacement et basta. Ça se déboîte tout seul, ça prend deux secondes. Je le sais, un gamin du quartier m'a montré. Heureusement que le système de circulation du thirium ne va pas si bas, j'avoue que je suis trop nul en mécanique pour raccorder ça. »

Il continua de placer les anses des sacs entre les doigts de Marvin en marmonnant.

« Je t'en foutrais, moi, du gaspillage. Les gars de Cyberlife sont des cons. Tu savais qu'ils remplissent des fosses entières avec des carcasses, au lieu de récupérer les pièces encore en l'état ? Tout ça pour – tiens bien ça, c'est fragile – tout ça pour des histoires d'assurance et de contrôle qualité, gnagnagna c'qui faut pas entendre. Bon, allez ! On va finir le trajet ensemble, Marvin ! Comme les héros à la télé ! »

Et ni une, ni deux, Chad, jeune enseignant et bénévole, porta son compagnon sur son dos, attrapant tant bien que mal du bout des doigts les deux sacs qui restaient, Marvin s'occupant du reste.

Installé sur le dos de Chad, Marvin se retrouvait dans une situation inhabituelle. Il venait de lui arriver une des situations de dysfonctionnement prévues par Cyberlife : le protocole de remplacement aurait dû être entamé mais la réaction du propriétaire n'était pas appropriée. Pourtant peu importait que l'humain ne suive pas les protocoles à la lettre, ça arrivait tout le temps. Les humains étaient rarement bons pour suivre les protocoles.

Pourtant cette contradiction entre le protocole et l'humain… il aurait dû pouvoir trancher, mais il y avait comme… quelque chose. Et c'était… bizarre.
Et être sur le dos de Chad, comme ça, c'était… c'était…

Quel humain avait déjà porté son androïde sur son dos, comme ça ?

Trop de questions, trop d'erreurs, de micro-bugs. Sentant son logiciel incapable de suivre, Marvin abandonna ces questions et annula les procédures enclenchées par le protocole de remplacement. Après tout, c'était annulé.
Son logiciel retrouva sa stabilité.

« Quand je pense à tout ce qu'on jette, Marvin, vraiment, ça me rend dingue ! Pas toi ? »

### ### ###

Connor lança une analyse. Taux de stress : 60 %. Ce n'était pas le moment d'interagir.
Reed n'appréciait pas du tout de l'avoir dans la même voiture que lui.

Ils arrivèrent sur les lieux du drame et quittèrent la voiture sans un mot. L'inspecteur franchit immédiatement le cordon de sécurité sans attendre Connor, mais il entendit la portière de sa voiture se refermer : aussitôt, on entendit alors le bruit du verrouillage de ces dernières. Connor suivit et lorsqu'il allait entrer dans le périmètre de sécurité, l'androïde policier, de garde en ce point, lui mit une main sur l'épaule :

« Ce n'est pas admis aux androïdes à partir de cette zone. »

Reed semblait l'avoir entendu puisqu'il s'était subitement arrêté pour rire de la situation. Comprenant qu'il ne comptait pas l'aider, Connor prit simplement la main de l'androïde. Ils semblèrent se faire une poignée de mains, blanches, pendant laquelle leurs diodes brillèrent en jaune.

« Identification confirmée.

– Merci. »

Et alors que l'androïde s'effaçait cette fois pour le laisser passer, Connor entra dans le périmètre sous les yeux rageurs de Reed mais aussi sous ceux quelques peu surpris des badauds qui s'agglutinaient devant la limite. La nuit de sa première affaire, personne ne l'avait vraiment remarqué avec l'obscurité, la pluie, les gyrophares et l'agitation… cette fois il faisait jour et son costume tranchait avec les uniformes des androïdes policiers. Mais il ne s'en formalisa pas. Il était là pour travailler.

Ils montèrent les marches jusqu'à l'appartement rempli de flics et tombèrent sur Ben.

« Alors ? C'est quoi aujourd'hui ? s'annonça Reed. Et pourquoi on voulait rien me dire par téléphone ?

– Euh… c'est pas Hank qu'est censé… ?

– Je remplace le vieux !

– … ah.

– C'est bon ? Tu veux que je te sorte les mouchoirs, grand-père ?

– Oh ta gueule. Bon, écoute. Le couple est dans le salon, l'androïde est enfermé dans le cagibi.

– Dans quel état est-il ? demanda Connor.

– … Bah, en fait…

– Ferme ta gueule, toi, lâcha Reed à Connor, surpris de l'avoir vu oser s'exprimer. C'est moi qui pose les questions ici. »

Ben roula des yeux. « L'androïde est pas violent, il reste assis comme on lui a demandé. On a fermé la porte pour calmer le père, il veut absolument le fracasser. Enfin ça se comprend.

– Pourquoi ?

– L'androïde a tué le bébé. »

Pour une fois, Reed resta silencieux un moment. Il grimaça, très doucement. Un faible chuchotis révulsé passa entre ses lèvres.

« Bon. On appelle une équipe pour faire enlever ce tas de merde, je veux deux gars pour surveiller en attendant, prêts à tirer à vue.

– Qu'est-ce que tu crois ? Qu'on s'est tourné les pouces ? »

En effet, dans le va-et vient de policiers on pouvait en voir deux immobiles à l'autre bout de l'appartement, surveillant une porte close.

« Je m'occupe de parler aux parents. Et toi, fit-il soudainement, en voyant Connor amorcer le même mouvement pour le suivre : tu dégages. Je veux pas d'un connard en plastique pendant que je cause aux parents. »

Reed alla donc voir les victimes tandis que Connor les observait de sa position. La mère était effondrée, inconsolable. Le père montrait des signes d'agitation très élevés. Le couple porta son attention sur Reed dès son arrivée dans le salon. Connor pouvait tout entendre de leur conversation. Et le cagibi était juste à côté.

Alors qu'il en prenait la direction, il entendit Ben rire doucement. Il se retourna vers lui. « Qu'y a-t-il, Inspecteur Collins ?

– Oh rien. Juste que Hank ne mentait pas : t'es incapable d'écouter ce qu'on te dit. »

Connor relia cette remarque au fait que Reed n'attendait pas de lui qu'il aille voir l'androïde. Et répondit simplement à Ben : « Au contraire, j'écoute très attentivement tout ce qu'on me dit. »

Et sur ces paroles pleines de sérieux, il se rendit au cagibi, sans que la famille ou Reed ne s'en aperçoivent. Il perçu la voix du père qui se retenait de crier : son taux d'agitation était très élevé, mais l'Inspecteur Reed devrait être à même de pouvoir le confiner. Il pu au passage scanner leurs visages et les comparer aux fichiers. Mais ils semblaient être un couple tranquille, sans histoire, à part récemment un pv de stationnement pour l'épouse, et le mari qui semblait avoir participé à une bagarre dans un bar, après quelques verres. Rien de bien extraordinaire. La teneur de leur discussion ne lui apprit rien non plus pour l'instant, à part que le mari haïssait l'androïde et voulait sa destruction immédiate, ce qui n'étonnait personne, ni Connor.

Il arriva au niveau du cagibi, surveillé par les deux officiers qui semblèrent perplexes en le voyant arriver. Il approcha doucement de la porte, leva la main et saisit la poignée avec des gestes lents.

« Euh… t'es sûr que tu peux faire ça ? » hésita l'un des officiers. Son collègue le regarda d'un air dur, prêt à lui dire que ce n'était pas une façon de s'adresser à une de ces machines : commandes claires, ordres limpides, interdictions immédiates.

« Ne vous en faites pas. J'ai été conçu pour m'occuper de ces cas. »

Ils ne purent rien dire. Mais l'officier sceptique se tint prêt à tirer. Connor pivota la poignée avec une extrême lenteur, puis il ouvrit la porte, calmement… révélant l'androïde, immobile, assise sur son tabouret. Tiens donc.

Un AX-400.

Après tout, ce modèle avait eu un vif succès. Mais la cote risquait de descendre s'il continuait d'enlever et tuer des enfants alors qu'ils devaient être sa spécialité…

Connor entra dans le cagibi d'un seul pas, l'observant avec beaucoup d'attention. Analyse…

Modèle standard, mis sur le marché six mois plus tôt, acheté cinq mois plus tôt, pas d'anomalie sur le plan technique – du moins pour l'instant – taux de stress à 10 %: le taux de base signifiant que l'androïde était réceptif à son environnement, en attente d'instructions. Un officier avec quelques compétences techniques semblait être passé avant lui : elle était immobile au point de ne pas lever les yeux vers lui pour signaler qu'elle identifiait sa présence. Elle était comme dans une bulle. On avait dû lui faire entrer la commande de rester en stand-by : un état neutre en quelque sorte…

Connor s'approcha très doucement, guettant le moindre de ses mouvements, mais elle ne faisait que respirer. Le bout de ses doigts toucha la tempe de l'androïde, sans qu'elle ne montre aucune réaction. Elle était bien en stand by. Il envoya quelques données pour demander sa réactivation, puis se redressa et attendit. Elle lui sourit :

« Bonjour ? »

Elle le regardait enfin dans les yeux.

« Lance un diagnostic. »

L'AX-400 papillonna frénétiquement des yeux.

« Diagnostic terminé. Aucune anomalie de fonctionnement. Dégâts d'usure. Biocomposant b#403 endommagé.

– … »

Bizarre. Ils n'avaient jamais vu ça. Toutes les archives mettaient en lien les déviants avec un taux de stress ou d'agitation élevé. Il n'était pas impossible qu'elle bluffe, mais… Connor ne s'attendait pas à trouver un androïde avec une telle maîtrise de lui-même après la mort d'un bambin de six mois.
Peut-être ignorait-elle avoir tué le bébé.

Les officiers derrière semblaient perplexes eux aussi, et surtout tendus. Mais ils laissèrent faire. Même – bien qu'ils ne semblèrent pas d'accord – quand Connor tendit la main, laissant l'AX-400 lui offrir la sienne, pour un échange de donnée. Prudent, il s'y prit en douceur.

Souvenirs présent, à instant t. L'AX-400 était assise dans le cagibi. Jusque-là tout était normal, Connor vérifia alors la docilité de la machine : au lieu de prendre les commandes pour aller chercher lui-même ce qu'il voulait, il envoya la requête pour qu'elle accomplisse elle-même la tâche de faire défiler ses souvenirs à l'envers. De son côté, il se tenait prêt à réagir en cas de réaction violente.

Et les souvenirs défilèrent. Elle était assise dans l'armoire. Un policier récitait une commande de mise en stand-by, malgré la difficulté pour lui de s'en rappeler. Des policiers l'installaient dans l'armoire. Des policiers la séparaient du père. Le père venait la frapper avec une chaise en hurlant. Le père la battait à mains nues en l'insultant. Le père hurlait de rage dans l'appartement, la mère pleurait, presque hystérique, en appelant une ambulance. Le père hurlait sur la mère à propos du bébé et de l'androïde et la mère hurlait en voyant le bébé mort dans le bain.

Connor continua et arriva enfin à la scène d'intérêt. Il la fit repasser à l'endroit et l'enregistra soigneusement, toute garde baissée. Il ne lui arriva rien car une fois l'opération terminée, l'androïde reposa sa main sur ses genoux, le visage égayé d'un tendre sourire qui lui était propre, et qui semblait dingue dans une telle situation. Connor sortit du cagibi dans un calme olympien et ferma la porte derrière lui, sous les regards interdits des deux officiers.

« Inspecteur Reed ? »

Aussitôt qu'il l'entendit et avant même de se retourner, Reed afficha un air absolument furieux. Le couple s'était aussi tourné vers lui : la mère était encore trop choquée pour vraiment réagir mais le regard du père regorgeait de folie à peine contenue face au RK. Devançant Reed, Connor allait parler très simplement quand soudain un de ses algorithmes lui fit changer de propos à la dernière seconde, juste à temps. Considérant la situation, il fallait vraiment prendre quelques pincettes.

« Puis-je vous parler un instant ?

– … Non. » il retint un "va-chier" qu'il ne voulait pas prononcer devant les parents. « Retourne là-bas.

– C'est important.

– Je t'ai donné un ordre, gronda sévèrement Reed, qui semblait songer à le tailler en pièces.

– Viens ici, toi. »

Ben prit Connor par l'épaule et l'emmena dans la pièce d'à côté. Prêt à repartir dans la cuisine pour parler à un collègue, Ben dû s'arrêter en sentant la main de Connor sur son bras.

« Eh ! Qu'est-ce que tu f…

– Je me dois de vous prévenir, cela va sans doute vous faire un choc. »

Moins d'une minute plus tard, Ben revint dans le salon.

« Reed, viens une seconde.

– 'Tain c'est pas possible, vous pouvez pas me laisser bosser ?! grogna-t-il en se retenant avec peine d'être plus bruyant.

– Viens maintenant. »

Reed finit par obtempérer, un peu obligé à cause de l'ancienneté qu'avait Ben sur lui. Et dès qu'il furent hors de vue de la famille, Ben en profita pour attraper Reed par le col et le faire accélérer.

« Hé ! Lâche-moi gros tas !

– Ferme ta grande gueule et regarde. »

Et avant qu'il n'ai pu protester davantage, il se retrouva face à Connor, qui lui montrait la paume de sa main, projetant une vidéo.

« C'est la mémoire de l'androïde, précisa Ben. L'androïde que le père accuse d'avoir noyé leur bébé. »

Et pourtant, à l'écran, avec un angle un peu étriqué à cause du couloir et de la porte de la salle de bain, à travers les yeux de l'androïde nurse : on arrivait à voir le père, penché sur la baignoire. Tenant le bébé.

Reed resta incapable du moindre mot.

La suite montrait le père sortant de la salle de bain, puis feignant d'y revenir pour découvrir le drame et se mettre à hurler, alertant la mère, avant de s'en prendre à l'androïde.

« Il a ordonné à l'androïde de lui donner le bain, prenant son épouse comme témoin, avant de discrètement lui faire quitter la salle de bain pour commettre le meurtre. Son plan était sans doute de détruire l'androïde pour éviter tout risque qu'on découvre les faits en sondant sa mémoire. » expliqua Connor, bien que c'était l'évidence-même pour les deux Inspecteurs.

### ### ###

Mon saint-bernard est plus beau

« Quoi ? »

Hank plissa les yeux. Quelqu'un venait de le taguer, apparemment, puisqu'il avait reçu une notification spéciale, le genre « clique sur moi en premier ! ». Et le mec le taguait juste pour poster une image de son gros tas de saint-bernard baveux (l'objectivité était de mise bien sûr) en posant son commentaire comme une pêche dans une cuvette.

Hank soupira et l'ignora, grand adulte qu'il était, regardant Sumo revenir vers son banc, le frisbee entre les crocs.

« Lâche… Allez, lâche, abruti… »

Sumo fini par lâcher prise. Le frisbee était d'un orange fluo assez agressif et portait de très nombreuses marques de dents. Sumo recula en sautillant, fou comme un chiot, prêt à rapporter à son maître chéri-d'amour. Hank haussa un sourcil. Puis il ressorti son téléphone, ignorant Sumo qui crevait d'impatience, avant de lancer le frisbee d'un geste souple et sec. Sumo partit à sa poursuite.

Hank leva le téléphone et cadra. Il attendit et au dernier moment, réussi à prendre exactement la photo qu'il voulait : Sumo en train de mordre dans le frisbee dans les airs. Tiens donc. D'habitude ce chien avait beaucoup, beaucoup moins de prestance. Là, avec le soleil derrière – les jours raccourcissaient, le soleil traversait le ciel de plus en plus bas mine de rien – il avait pris quelque chose de tellement potable qu'il aurait cru que c'était Connor qui avait cadré ça, s'il ne s'était pas vu le faire lui-même.

« M-oilà. » marmonna-t-il en postant la photo sur Nutshare, écrivant « Sumo ne voit pas de quoi tu parles » de façon totalement mature, bien sûr. Car Hank avait autre chose à faire que de se vexer pour ce genre de broutilles.

« Bonjour lieutenant.

– AH ! »

Hank se retourna, puis fronça les sourcils. « Encore toi ?! Je suis en congé, bordel ! En ! Congé ! Allez ouste ! »

Connor avança pour se mettre à côté du banc et s'agenouilla, ignorant Hank et anticipant l'accueil que voulait lui faire Sumo : le chien était allé droit vers lui et avait lâché le frisbee entre ses pieds pour se laisser caresser le visage et se faire remuer les oreilles. Hank observa cela d'un air consterné.

« Sale traître. »

Connor l'observa d'un air ingénu.

« Non, pas toi ! Toi t'es lourd !

– Je fais pourtant le poids d'un adulte moyen…

– Oh mais tais-toi, bon sang… » pesta-t-il en ramassant le frisbee. Sumo reporta immédiatement son attention sur lui, sautillant en arrière, et fusant dans l'autre sens dès que le disque partit.

« Qu'est-ce que t'as encore fait ?

– Eh bien, j'ai commencé ma première journée avec l'insp…

– Non, écoute quand je te parle. Qu'est-ce que tu fabriques dans ce parc à cette heure ? T'as fini ta journée ou quoi ?

– C'est exact.

– Bien ! Alors je répète ma question : qu'est-ce que t'as encore foutu ? »

Hank n'était pas tout à fait dupe : Gavin était comme Hank, mais en plus crétin. Avec un jeune imbécile avec si peu de patience, Hank n'était pas étonné de voir Connor finir sa journée aussi tôt. Quoique, à bien y penser, Connor aussi était têtu comme une mule : on lui disait de rester dans la voiture qu'il était presque déjà en train de lécher la victime.

« … Je vous l'ai dit, j'ai effectué une première enquête avec l'Inspecteur Reed. »

Hank l'observa, comme s'il l'analysait, mais il n'y avait rien à lire sur le visage de Connor et sa diode brillait de façon continue. Hank soupira brièvement et d'un geste, l'invita à poursuivre.

« Vas-y, raconte-moi. »

Connor regarda devant lui un instant, comme pour peser le pour et le contre ou chercher par où commencer – Hank ne savait jamais vraiment ce qui lui passait par la tête quand il laissait traîner sa réponse – puis se décida tout bonnement :

« Nous avons été appelés pour régler une affaire qui s'était produite le matin-même. Un androïde était accusé de meurtre par les membres de la famille qui le possédaient. Cependant, lorsque je l'ai vu, je n'ai détecté aucun signe d'instabilité. En sondant sa mémoire, il s'est avéré qu'il n'était ni déviant, ni coupable. Il a même été témoin du crime dont le meurtrier l'avait accusé.

– Alors encore une fausse piste ?

– Ça peut arriver, relativisa Connor. Mais c'est une affaire résolue.

– …. ouais… enfin ça me dit toujours pas ce qui t'amène ici à quatorze heures du matin, Connor. Y'avait le temps pour enquêter aut' part. Y'a plus aucune affaire suspecte au dehors, ou Gavin a pété les plombs et terminé sa journée à midi ? »

Pendant qu'il répondait, Hank récupérait le frisbee et le renvoyait à Sumo.

« …Disons que l'Inspecteur Reed est assez occupé avec la partie administrative de cette affaire.

– Administrative ?… il est con, si y'a pas de déviants dans l'histoire il passe ça à Ben…

– Et il n'est pas impossible qu'il ait été assez impacté. Moralement.

– Attends quoi ? Lui ? On parle bien de Gavin ?

– L'Inspecteur Reed, en effet.

– Le mec qui a à peu près autant d'empathie que Sumo pour son frisbee ? »

Connor regarda au loin et, observant le chien ramasser avec acharnement le disque tombé au sol, il hocha la tête sur le côté, mi-hésitant, mi-approbateur : « J'imagine qu'on peut le voir de cette façon.

– Qu'est-ce qui a bien pu se passer pour qu'il en fasse un cake ? T'es sûr que t'y es pour rien ?

– Ma présence l'a en effet exaspéré mais pas à ce point. Il s'agit bien de l'affaire.

– Pourquoi ?

– C'était sordide.

– Sordide ?

– Oui.

– Tu vas la cracher ta pastille ?!

– Je ne vais pas vous raconter les détails, conclu Connor. Vous êtes en congé.

– …. Quoi ? Attends tu te fous de moi Connor ?! » Sumo arriva à petits pas déposer le frisbee aux pieds de son maître, semblant réaliser qu'il ne pourrait pas rejouer tout de suite. « Alors comme ça je suis trop en congé pour être flic, maintenant ?! Je te rappelle que c'est à moi qu'elles sont assignées, ces putain d'affaires ! Je m'en fous que tu croies que celle-là soit celle de Gavin et qu'il y ai aucun de ces putain de déviants, si jamais-

– Vous vous méprenez, lieutenant ! voulu tempérer Connor.

– Quoi ?

– Vous êtes en congé. Vous n'avez pas besoin de vous soucier de ça. Vous aurez tout le temps que vous voudrez lorsque vous reprendrez le travail pour demander des détails. Mais sachant les réactions des Inspecteurs Reed et Collins, je peux vous assurer qu'il vaut mieux que vous laissiez ça de côté, à moins que vous ne vouliez vraiment gâcher votre semaine de repos. »

Hank le regarda avec curiosité, et peut-être aussi de confusion. Il ne comprenait pas tout. Mais en décortiquant un peu sa langue de bois… en gros, cette affaire puait la merde et il n'avait pas besoin de se déprimer plus, c'est ça ?

Hm…
Touché. … pourquoi pas.

« Hm. … bon assieds-toi, tu me fatigues à rester debout. » Connor s'assit sur le banc. « Donc Reed prend le temps de traiter ça au bureau et il t'a mis dehors ?

– Pas vraiment, j'ai juste fini ma part.

– Et comme tu t'ennuies, tu reviens te coller dans mes pattes. »

Connor sourit, reconnaissant le sarcasme : « C'est presque ça, oui. Rassurez-vous, je n'ai pas l'intention de m'immiscer dans votre vie privée. Je venais simplement m'assurer que tout allait bien. Et pour tout vous dire, vous avez bien meilleure mine.

– Je suis en pleine forme…

– Hm, presque, peut-être… Vous le serez sûrement à la fin de la semaine, nuança-t-il, diplomate.

– Si tu le dis… Hé !… Oh qu'il est con – Hé ! »

Connor regarda devant : Sumo était en train de renifler le nez d'un autre chien – pas plus en laisse que lui – délaissant son frisbee. Hank grommela dans sa barbe.

« pFFFUUUUUIIIIT ! »

Connor se tourna vers lui, l'air figé. Hank le vit du coin de l'œil, il lui jeta un bref regard avant de le regarder pour de bon, remarquant à quel point Connor le fixait.

« … quoi ? »

Connor fronça un peu les sourcils, à peine. Oh, sa diode était jaune, par ailleurs. Bien que curieux à son tour : Hank dû s'en détacher pour s'occuper de Sumo qui revenait vers lui : il lui gratta la tête, se fit lécher les doigts, se leva et cacha un frisbee imaginaire dans sa main qu'il fit mine de lancer d'un grand geste vif. Sans comprendre le tour de passe-passe, Sumo reparti à la recherche du frisbee qui l'attendait déjà dans l'herbe.
Connor, quant à lui, regardait quelque part vers le sol, devant lui, l'air dans ses pensées.

« Ben, qu'est-ce que t'as ? Tu fais une mise à jour ou quoi ?

– Non.

– … Bon… Mais c'est pas vrai !… » râla Hank. Il porta à nouveau le pouce et l'index à sa bouche et « pFFFUUUUUIIIIT !

Là !

– Quoi, là ?

– Comment faites-vous ça ?

– Hein ? »

Connor n'avait jamais eu l'air aussi sérieux, sauf quand il s'était "fâché" d'avoir dû laisser partir les deux Tracis. « Ce son !

– Hein ? Attends ça ? » dit simplement Hank.

Ils se fixèrent un long moment sans rien dire, Connor étant presque redevenu neutre – la diode toujours jaune ceci dit – jusqu'à ce que cette éternité soit brisée par Sumo, revenu à cause du sifflement de son maître.

Hank rit du nez.

« Non attends, tu te fous de moi ?

– Non, je suis sérieux. Comment faites-vous ça ?

– Tu sais pas ?!

– Non. Comment faites-vous ça ? Vous n'avez pas de sifflet sur vous…

– J'y crois pas ! s'esclaffa Hank.

– Vous ne comptez pas me le dire ?

– T'en as vraiment pas la moindre idée ?!

– Très bien, accepta Connor en se redressant sur son siège, lui qui s'était tourné vers Hank pour l'interroger. Je trouverai la réponse sur internet.

– Non, non-non, c'est bon, c'est bon, attends ! »

Hank prit le temps de rire encore pour se calmer.

« Écoute, c'était trop drôle, mais va pas vérifier sur internet, j'ai envie de voir ça moi-même. Juste… tu n'as jamais vu… un… un humain en train de siffler ?

– Siffler ?

– Ouais.

– Siffler… c'est un terme qu'on emploierai pour désigner une théière sur le feu, par exemple, mais un être humain ?…

– Attends, comment Cyberlife a pu oublier de t'apprendre ça ?

– Ils ne m'apprennent pas tout manuellement, ils transmettent des banques de données qui sont en relation avec certains thèmes. Et ceci… ne fait pas partie de la banque de données sur la psychologie, la chimie ou la balistique, par exemple.

– Ah c'est con…

– Comment faites-vous ça ?

– Siffler ? Tu veux que je te remontre ? »

Connor l'appuya d'un bref hochement de tête, l'air concentré. Sumo s'impatientant, Hank le fit attendre de quelques grattouilles, réfléchissant.

« Ok. Ben regarde. »

Préparé à faire suer tout le parc : Hank remit ses doigts dans sa bouche et reproduisit le son puissant : à la fois strident et cinglant. Il câlina ensuite son saint-bernard qui chouinait à cause des décibels.

« Mais oui mon pépère, mais oui… ça va Connor ?

– Non. Je ne comprends toujours pas.

– … Tu veux que je t'apprenne ? »

Connor ouvrit les yeux un peu plus grand, surpris.

« Vous voulez bien ?

– …. …ouais ! »

C'était tout ce que Hank avait pu penser répondre, trop pris au dépourvu par son comportement. Putain ouais, qu'il allait lui apprendre ! Putain ouais !
Et ils feraient chier tout le parc ! Totalement gagnants !

Et il y passa facilement une bonne minute.

« Attends, non, t'es mieux sur les doigts et les lèvres mais si tu fous pas ta langue correctement ça sert à r… »

Et Connor émit un premier son. Sumo le regarda avec étonnement.

« Oh merde tu l'as ! Tu l'as ! Vas-y ! »

Et en quelque secondes, Connor commença à faire toute une série de sons jusqu'à trouver enfin la conformation pour avoir le plein volume. Il inspira alors à pleins poumon avant de les vider progressivement, complètement, émettant le son le plus bruyant possible et prenant tout son temps – tout son air en somme – pour rendre le son de plus en plus aigu.

Dans le silence outré du parc qui suivi ce raffut, on pouvait voir un homme d'âge mur en train de s'esclaffer comme un beau diable, pendant qu'un androïde regardait ses mains, comme s'il les analysait pour la toute première fois. Sumo s'était caché sous le banc.

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L'ambiance était redevenue bien calme ces derniers temps sur Jericho, avec l'irruption du lieutenant puis de son acolyte machine… Même le temps n'y faisait pas, ils s'étaient tous plus ou moins réhabitués au calme inhérent des lieux. Pas que c'était aussi déprimant qu'avant, toutefois. Mais moins animé.

Kara regardait cela avec un peu de consternation. On ne pouvait pas dire qu'elle appréciait spécialement cette torpeur, ce calme d'église, cette fausse tranquillité de bibliothèque. Pourtant, à bien y regarder, elle voyait bien que les androïdes se parlaient les uns aux autres ; les bienfaits de l'arrivée d'Alice n'avaient pas complètement disparu.

Puis Kara se demanda si le problème ne venait-il tout simplement pas d'elle. Elle s'ennuyait ?… Peut-être… avait-elle seulement déjà ressenti cela avant ? Non, car bien avant elle ne ressentait rien, et dernièrement elle avait eu tant à faire : sauver Alice, rapporter dans le Jericho tout ce dont une si petite fille pouvait avoir besoin… et puis le Jericho aussi lui avait demandé de faire des efforts, l'expédition pour les pièces n'en était qu'un exemple. Ç'avait même été une sacrée dose d'émotions, elle était même sûre que c'était ce dont parlaient les humains quand ils citaient la décharge d'adrénaline. Cette drôle d'excitation, ce mélange étrange de peur piqué d'une touche d'appréciation… ça l'avait bien aidée.

Alors c'était ça, songea-t-elle. En ce moment, elle n'avait rien à faire et n'y était pas le moins du monde habituée. A bien y penser, c'était sans doute pour cela que les autres pouvaient parfois sembler si éteints : faibles, à ne pas savoir quoi faire, ils dépérissaient de l'intérieur… elle au moins n'avait pas été grièvement blessée, toujours en pleine possession de ses moyens. Elle pouvait encore faire quelque chose pour lutter contre ça.
Le seul point commun qu'elle gardait avec ces androïdes errants, expliquant qu'elle se sentie si désoeuvrée, c'était ce qu'Alice avait compensé à son arrivée. Leur manque d'imagination.

Libre, les mains vides, les idées noires. Cela faisait sens… Kara allait y remédier. Elle ne laisserai pas un ennemi aussi faible que l'ennui s'accaparer sa journée. Elle n'allait pas juste attendre qu'Alice ait besoin d'elle pour exister, tout de même. Ce n'était pas sain, c'était même effrayant, elle n'osait pas imaginer la tête que ferait Alice en s'en rendant compte. C'est vrai, quoi ! Kara ne s'était pas réveillée pour se contenter de redevenir une poupée articulée, attendant de nouvelles consignes.

Bon sang vu comme ça, ça devenait sacrément effrayant. Kara décida pour de bon de se changer les idées. Chasser l'ennui, alors. Qu'est-ce qu'elle pouvait faire ? Connaissait-elle des activités toutes simples qui ne servaient que ce but ? À moins d'avoir quelque chose d'utile à faire – non, non, futile. Aujourd'hui, Kara voulait tout spécialement essayer quelque chose de futile.

Alice leur avait prouvé qu'ils pouvaient tous s'essayer au dessin. Alors pourquoi ne pas dessiner ? Oui, c'était une idée, elle n'y avait pas encore songé. Mais les ressources étaient précieuses, il ne fallait pas tout gaspiller. Kara commença quand même par là. Elle alla prendre une feuille dans la pile, puis un simple crayon : les couleurs n'étaient pas la priorité, elle voulait des formes, puis elle s'assit.

Les idées ne venaient pas toutes seules, constata-t-elle. En tant que machine, elle savait que si la situation s'était présentée, bien au contraire, les thèmes se seraient organisés, puis les sujets parmi ceux-ci se seraient déclinés, un algorithme les auraient mis en comparaison avec la vie du foyer pour évaluer leur pertinence et enfin un autre algorithme de randomisation aurait permit d'en tirer un au sort, tout bonnement.

Tous ces programmes étaient obsolètes dorénavant, explosés, partis en poussière, ou fondus dans l'ensemble, ou morts, reposant en arrière-plan comme des souvenirs… Kara aurait été bien en peine de le dire et se fichait bien de l'avis qu'un programmeur aurait pu lui donner en ouvrant son crâne. Elle voulait juste faire un dessin. Et à force de se simplifier l'esprit, elle décida tout bonnement de faire comme Alice, à ses tous débuts. Dessiner la famille. Alice, Luther, et Kara.

Pourtant, il fallu bien plus de temps à Kara pour savoir de quelle façon elle voulait les dessiner, si bien qu'elle copia tout bonnement le trait d'Alice.
Pour trouver cela très amusant.

Elle ajouta des détails, reprit les traits, puis décida de tout recommencer en plus grand : elle aurait plus de place pour ajouter des traits, changer des choses. Le résultat final était bien étrange, mais elle avait passé le temps, Kara était contente. Elle ne montrerait pas cela à Alice, ceci dit. Elle aurait trop peur que la petite se vexe ou se mette à pleurer si elle trouvait le résultat effrayant, laid, bizarre… pourtant cette idée la fit sourire plus qu'autre chose. Elle cacha le dessin et passa à l'autre idée qui lui était venue en tête depuis de longues minutes.

Il y avait autre chose que Kara savait faire pour rien, du futile pour passer le temps, et c'était danser.

Alors oui, il y avait savoir danser et savoir danser, mais Kara avait très bien compris que pour savoir danser pour soi, il n'y avait pas besoin de savoir danser. Donc elle alla sereinement se placer plus ou moins au milieu de la salle, là où il y avait bien assez d'espace pour faire des mouvements, puis chercha une musique, n'importe laquelle. Elle remonta le cours de ses souvenirs, un par un…

Un jingle de radio, une musique de pub à la télévision, les trois notes des hauts-parleurs d'un supermarché avant l'annonce micro de la caissière, le ding-ding d'un bus prévenant de son arrivée… il y avait tant de sons dans les villes.

Kara choisit sans aucun scrupules la publicité. Elle s'y plongea, lui trouvant une atmosphère, laissant son rythme tourner en boucle dans sa tête, libérant la musique du piège de ces quelques notes connues pour leur rajouter des petites sœurs… c'était comme se fredonner à soi-même une chanson inventée, quelque chose de calme… si elle pouvait se connecter à internet, elle aurait su si le terme pour la désigner était groovy, jazz, lounge ou chill… ah, sans doute chill… peut-être. Non en fait elle n'en savait rien. Si ce n'était qu'il n'y avait que très peu de sons et que ça rendait l'exercice d'autant plus facile : imaginer une prolongation était d'autant plus simple qu'il y avait peu de paramètres à gérer.

Kara ferma les yeux, un sourire aux lèvres. Elle aimait bien cette mélodie. Il n'en fallu pas plus pour qu'elle dodeline de la tête, et pour que ses genoux et ses chevilles cherchent à suivre les pulsations. Une seconde plus tard et c'était tout son corps qui, en douceur, tournait en rond, traçant des courbes de ses bras alors que sa colonne vertébrale zigzaguait au rythme de ses bras et du balancier de ses épaules, au son d'un rythme qu'elle était seule à entendre.

Entre ses paupières, elle aperçu une seule spectatrice : North, qui la fixait avec intensité, très probablement en train de se demander si Kara souffrait d'un problème interne grave. Kara lui fit un sourire et continua de s'amuser, laissant North changer d'avis. Les autres ne semblèrent pas lui accorder plus d'attention que cela. Kara continua longtemps son manège, appréciant beaucoup plus cette activité que le dessin. Et pendant ce temps, non seulement North s'était mise à la regarder avec beaucoup d'attention – sans raison particulière, disons que Kara était sa télévision dans un salon vide – mais aussi Markus. Très, très intrigué par son comportement, lui qui croyait pourtant la connaître. Luther s'était mis aussi à l'observer, lui qui avait été ailleurs un moment s'était aussitôt assis pour la regarder faire, trop heureux qu'on ne lui demande pas de participer. Et surtout : Lucy. Lucy couvait cela d'un regard tendre et affectueux.

Généralement, il n'était pas possible d'imaginer ce qu'il se passait dans sa tête. Elle était trop cryptique, surtout à la première rencontre. Mais à la voir observer ce petit spectacle, il semblait qu'elle était heureuse pour ses semblables. Heureuse comme une mère, une grand-mère, devant sa fille ou petite-fille. Et heureuse aussi que le reste de la famille soit là pour voir ça. Même si la plupart ne jetaient que des coups d'œil discrets, de temps à autre.

De toute façon, peut importait : Kara semblait déjà très heureuse de découvrir comment s'amuser, et c'était le principal.


Terminé ! Je pense rester sur une publication à intervalle de deux semaines: je vais passer mes journées à apprendre la programmation et derrière ça j'ai d'autres petites obligations quotidiennes personnelles en plus de cette fanfiction. Ca ne me plait pas mais je suis obligée.

Allez bisous, Ciao !