Shinigami
« Hier soir à 23 heures, le ministre de l'éducation a été assassiné dans le quartier de Harajuku. Il se serait fait tirer dessus alors qu'il était dans sa voiture. Un peu plus tard, des vidéos et photos de lui auraient été posté sur internet le montrant en compagnie de jeunes mineures.
Cela fait déjà le quatrième meurtre avec ce schéma, une personne connue qui meurt et des photos montrant les crimes et péchés qu'il aurait commis.
La police est sur l'affaire de ce mystérieux serial killer qui semble vouloir faire justice soi-même. Des mouvements de soutien se tiennent déjà aux quatre coins du pays pour soutenir cet individu, les internautes lui auraient même déjà trouvé un surnom « Le Shinigami ».
Héros ou bien malfaiteur ? Les avis ne cessent de diverger. Nous avons avec nous le chef de la police qui tenait à nous faire part son avis.
-Mesdames, Messieurs, commettre le crime de tuer, quelque soit la raison, est la pire des choses. En aucun cas le Shinigami ne sera considéré comme un héros de notre part. Soyez sûrs d'une chose, tant qu'il ne sera pas derrière les barreaux, nous ne cesserons de le traquer sans relâche... »
La télé s'éteignit d'un coup, ne laissant pas le policier finir sa phrase. L'individu ayant appuyé sur le bouton souriait dans le noir. Son nouveau surnom lui plaisait, « Shinigami », le dieu de la mort. Voilà de quoi mettre en garde ses ennemis.
Cependant, son sourire le quitta avant de voir l'heure avancée qu'il était, seule la pensée qu'il était encore en retard lui passa par l'esprit.
L'individu mit son manteau rapidement avant de quitter son domicile en fredonnant une musique.
Ce début de soirée se passait très bien, et le reste allait le mettre encore plus en joie.
-Chi-chan mais qu'est-ce qui t'es arrivé ?
-Désolée je suis en retard ! J'ai eu des petits soucis en chemin… Ria la dite Chi-chan.
Sa tenue était trempée et un bout de tissu manquait sur le bas de sa veste. Sa chevelure était également en bataille avec une substance visqueuse qui glissait lentement en leur long, substance qui ressemblait étrangement à de la boue.
Les quelques passants de la rue ne cessèrent de la dévisager avec un regard moqueur et de pitié. Outre sa tenue fichue, ses énormes lunettes sur son nez ne laissant aucunement voir ses yeux renforçaient le côté pauvre fille qu'elle pouvait avoir.
-Viens, ne restons pas là, on va te débarbouiller dans les toilettes avant de commencer la soirée.
-Merci Mizu-chan. Dit la jeune fille dans un grand sourire.
La boue ayant été retirée et les cheveux démêlés, les deux femmes purent rejoindre le reste de leurs amis déjà assis autour d'une table.
-Alors Sano-san, qu'est ce qui t'a mis en retard cette fois ci ? Demanda un homme à la peau grise plutôt baraqué, qui devait bien faire deux têtes de plus que son interlocutrice.
-J'ai… j'ai été pourchassée par le chien de la seconde rue… Les propriétaires ne l'avaient pas attaché et avaient oublié de fermer leur portail. Il m'a bien pourchassé pendant dix minutes… J'ai grimpé à un arbre dans un parc tellement j'avais peur. Un homme a fini par m'aider et m'a indiqué le chemin à prendre pour aller au bar… Et après, en longeant la route, une voiture roulant un peu trop près du bord m'a arrosé avec les égouts…
Durant son court récit, les autres personnes à table ne dirent pas un mot avant d'éclater de rire.
-Sano-san, tu as une malchance incroyable. Quelqu'un a dû te maudire ou utiliser un alter sur toi. Ce n'est pas possible autrement.
-Je suis sûr que c'est le karma. Chi-Chan a dû faire une grosse bêtise dans le passé.
-Tu ne vas pas aussi te moquer de moi, Mizu-chan. Ce n'est pas juste que ça n'arrive qu'à moi… Bouda la concernée.
-Avoue quand même que ce n'est pas normal ! Depuis que je te connais ce genre de malheurs t'arrive…
La jeune Chihiro Sano se mit à gonfler ses joues comme une enfant.
-Ce n'est pas gentil de se moquer du malheur des autres !
-D'ailleurs, en parlant de malheur, vous avez vu ce qui s'est passé hier soir ? Ils ne parlent plus que de ça aux informations. Enchaîna une jeune femme aux cheveux vert pomme et aux yeux en forme de billes.
-Tu parles du meurtre du ministre, Ringo-chan ? Quel connard, tu m'étonnes qu'on l'ait tué ! Franchement, je trouve que le « Shinigami » a raison d'agir ainsi. Les héros ne peuvent pas s'occuper de ce genre d'affaires. Répondit l'homme à la peau grise.
-Je ne suis pas d'accord avec toi Akira-san ! Un meurtre est un meurtre, je pense qu'il aurait fallu le dénoncer et qu'il aille tout simplement en prison pour ces crimes !
-Voyons tous les deux, ne vous disputez pas là-dessus. On est ici pour passer une bonne soirée, pas pour parler de sujets morbides. Essaya de la calmer Mizuki. J'ai raison, n'est-ce pas Chi-chan ?
L'interpellée leva la tête, un morceau de poulet frit en bouche.
-Parfaitement raison ! C'est le meilleur poulet que j'ai mangé depuis longtemps. Avant de replonger ses baguettes vers un nouveau morceau.
Mizuki sourit devant cette vision enfantine de son amie. Cette dernière avait beau avoir 24 ans, elle se comportait toujours comme une enfant. Elle possédait une attention qui pouvait être détournée à tout moment et avec des histoires qui lui arrivaient plus farfelues les unes que les autres.
-Tu as raison Mizuki, parlons de choses plus joyeuses…. Comment se passe votre travail ? Demanda Ringo.
-Mon patron est un monstre personnellement ! Il me donne tous les dossiers qu'il ne veut pas traiter. Répondit Akira en buvant un peu de sa bière. Je meurs d'envie de les lui lancer en pleine tête !
-Mon pauvre, je te comprends ! Moi, ce sont mes collègues qui essayent de m'intimider. En plus, elles passent leur temps à se maquiller pour essayer d'attirer les supérieurs et avoir une promotion. Je suppose que tout se passe bien pour toi, Mizuki-san ?
-Oui ! J'apprends énormément de choses ! Les clients sont parfois très exigeants, mais ils nous remercient toujours après leurs mariages. C'est vraiment très plaisant de voir leurs sourires satisfaits et le bonheur qu'ils dégagent. Et toi Chi-chan ? Comment ça se passe ?
Chihiro baissa la tête avant de continuer à mastiquer sa viande. Son amie la rappela une seconde fois espérant obtenir une réponse.
-J'ai été virée hier…
-Quoi, mais pourquoi ?
La jeune femme leva la tête, un flot de larmes s'écoula sous ses grossières lunettes et un filet de morve pendouilla de son nez.
-C'est pas de ma faute… Je me suis pris les pieds dans un tapis, j'ai envoyé les cafés sur des dossiers importants et sur l'ordinateur de mon patron. J'ai bien essayé de réparer mon erreur, mais quand j'ai commencé à éponger, l'ordinateur a fait des étincelles et a pris feu… Expliqua-t-elle d'une traite avant de renifler.
Ses amis la regardèrent longuement, estomaqués, avant de repartir dans un fou rire. La malchance de Chihiro Sano était et serait toujours légendaire à leurs yeux. Ce qui lui arrivait était presque impossible, comme si tout était parfaitement prévu.
La visière de l'arme dans sa vision. Nul doute que la cible n'allait pas en réchapper. Impossible de la louper. Une femme véreuse, qui a fait tuer ses opposants pour en arriver là, détruit sa famille pour récupérer l'héritage et l'assurance-vie de ses proches. Cette femme était infâme, il n'y avait pas d'autres mots pour la décrire. Seule la mort pouvait lui convenir.
Dans une minute, son hideuse âme noire lui serait retirée. Les gens commenceraient à paniquer en voyant le sang s'écouler, ce qui laisserait environ trois minutes au tireur pour s'échapper et se fondre dans la foule qui grouillait dans les rues en bas.
La minute était passée, le coup fut tiré. Le silencieux de l'arme activé ne laissait aucun son derrière lui. Encore une fois le meurtre fut sans silencieux. La femme s'écroula, l'arrière de la tête touché. Le sang commençait à former une flaque sur le sol. Une des personnes présente cria devant la scène.
Le compte à rebours venait de commencer, l'ombre rangea minutieusement son arme, rabattit sa capuche devant ses yeux avant de repartir comme elle était venue. Invisible parmi la foule.
En empruntant une ruelle mal éclairée pour rentrer chez lui, le tueur sentit qu'une personne néfaste le suivait. Il s'arrêta :
-Plutôt pas mal comme technique… On cherche des gens forts pour nous rejoindre. Viens avec nous et répands la mort comme tu sais si bien le faire. Dit la voix dans son dos.
-Non merci !
L'homme ria d'une façon malsaine. Nul doute qu'il n'allait pas laisser passer ça.
-Tu crois que tu as le choix Shinigami ?
-Oui !
Décidément, le meurtrier avait un instinct de survie assez faible, pensa Dabi. Il commença à préparer des flammes. Si son interlocuteur ne voulait pas collaborer, il allait le forcer.
-Si j'étais toi, je ne ferai pas ça. L'individu se retourna. Il y a une dizaine de personnes dans les environs proches, et avec le meurtre que je viens de commettre la police ne devrait pas tarder.
Crématorium réfléchit un instant, avoir le Shinigami avec eux dans l'alliance serait une façon de rallier d'autres vilains à leur cause, mais le forcer et le combattre pourrait avoir l'effet inverse et attirer les foudres de ses partisans. Une seule solution s'offrait donc à lui : attendre que ce soit le meurtrier qui vienne à eux.
-Bien, j'abandonne pour ce soir. Mais tu viendras de toi-même nous rejoindre. Viens à cette adresse le jour où tu es intéressé. On sera ravis de collaborer avec toi.
L'homme partit comme il était venu, par les petites ruelles sombres, sans un bruit.
Les sirènes de police commençaient à résonner dans tout le quartier, attirant les voisins curieux à leurs fenêtres. Le meurtrier soupira avant de ramasser le papier que l'autre avait jeté par terre et de l'enfourner dans sa poche :
-Comme si j'allais m'allier à un mec qui pue le cramé !
La jeune Chihiro se réveilla dans sa petite chambre. La nuit avait été courte, mais elle n'avait pas le temps de flemmarder.
Elle mit en fond sonore la radio, une chaîne d'informations quelconque. Elle s'en fichait tant qu'elle pouvait savoir ce qui se passait dans le monde.
Son ordinateur sur les genoux, elle chercha les nouveaux emplois à promouvoir sur le marché. La perspective de se retrouver à la rue, car elle ne pouvait pas payer le loyer, ne semblait guère l'enchanter. Plus tôt elle trouverait, plus tôt elle serait à l'abri.
La voix d'un inspecteur de police résonna dans le studio.
Tiens, ce n'est pas le même que d'habitude. Pensa-t-elle.
Le shinigami a encore frappé ! Mais n'ayez crainte ! Un jour ce meurtrier commettra une erreur et nous l'attraperons ! Les héros sont également à sa recherche ! Vous pouvez dormir sur vos deux oreilles !
Non seulement le discours était d'un cliché répugnant, mais en plus, il révélait une information importante : les héros étaient de la partie maintenant.
Cet abruti ne sera jamais un grand orateur ! Parler d'erreur alors qu'il en commettait en plein direct était assez ironique. Pauvre chef Tsuragamae, il aurait mieux fallu désigner une autre personne pour parler ce jour-là.
Le sujet d'actualité changea pour parler du héros qui était toujours porté disparu : Best Jeanist ! Un appel à témoin pour le retrouver avait été lancé dans tout le Japon.
La jeune femme n'écoutait plus que d'une oreille distraite. De nombreux postes qui correspondaient à ses qualifications avaient été trouvés dans ses recherches, mais seulement deux attirèrent son attention.
L'un en tant que secrétaire dans une grande entreprise spécialisée dans les tenues et armes de héros et l'autre en tant qu'assistante dans un cabinet de comptable. Les salaires étaient corrects dans les deux cas et l'endroit se situait à moins d'une heure de là où elle habitait. Elle finit par candidater aux deux annonces. Avec un peu de chance, une des deux l'appellera rapidement pour la rencontrer et pour passer un entretien plus approfondi.
C'est dans l'après-midi qu'elle se décida à sortir. Le quartier de Ginza était toujours très animé par des gens plus aisés les uns que les autres. Elle déambulait parmi la foule. Invisible aux yeux des autres. Son look était fait en sorte que personne ne fasse attention à elle. Une veste noire et des grosses lunettes pour lui cacher la moitié du visage. Parmi ces gens aisés, elle n'attirait pas l'attention, personne ne la voyait. Et pourtant, elle, voyait tout le monde. Les menteurs, les fraudeurs, les gens qui avaient réussi par eux-même.
Aucun n'avait une âme vraiment blanche, elles étaient toutes plus ou moins tachetées. Ce monde était vraiment moisi. Seule Mizuki avait réussi à vraiment trouver grâce aux yeux de la jeune femme. Une âme pure et aimante. Chihiro considérait sa meilleure amie comme son soleil. Une beauté éclatante qui frappait de son rayon toutes les ombres de son cœur.
Chihiro aimait Mizuki. Elle la considérait comme sa famille. C'était la personne qui lui avait redonné goût à la vie. C'était la personne la plus importante à ses yeux.
Un détail attira l'attention de la jeune femme, la tirant de ses pensées. Une âme noire, noire comme la misère, obscure comme la mort. Cette personne était dangereuse, la jeune femme sentit un frisson la parcourir. Il fallait qu'elle enquête sur cette personne.
La voiture roulait vite. Mizuki Yamamoto avait un rendez-vous dans très peu de temps. Elle devait encore rencontrer les futurs mariés et leur présenter le lieu de la cérémonie.
Rendre les gens heureux était pour elle un besoin ! Elle voulait que les gens qui l'entourent sourient et se sentent bien. Rien n'était plus important pour elle. Le bonheur.
Elle avait découvert cela au contact de Chihiro. Elle qui souriait même quand elle se faisait harceler par les autres, qui possédait une malchance inégalable. Chihiro avait en quelque sorte participé à sa vocation d'aider les autres.
Les deux jeunes femmes se connaissaient depuis leurs dix ans et ne s'étaient plus lâchées par la suite, jusqu'à la fin de l'université.
Mizuki avait tout de suite su ce qu'elle voulait faire comme métier : organisatrice de mariage. Pour son amie, le choix fut plus compliqué, elle avait de nombreuses capacités mais sa malchance tournait souvent en sa défaveur. Une fois, elle n'avait pas pu avoir le poste qu'elle convoitait, car l'entreprise avait brûlé dans la nuit, pendant un incendie criminel. Seul l'un des directeurs de la société avait péri, on avait appris bien plus tard qu'il était au centre d'une affaire de malversation et de détournement de fond colossale. Mizuki rit à ce souvenir : là où Chihiro Sano passait, la malchance suivait.
Cependant, ce jour-là Mizuki aurait dû faire attention à sa propre malchance.
Sur l'autoroute, un camion quitta la route. Le chauffeur endormi au volant. Avait-il été saoul avant de prendre la route ? Était-il tout simplement fatigué par sa journée ?
Mizuki ne put jamais le savoir.
Le camion fonça sur sa voiture, ne lui laissant aucune chance de l'esquiver. La collision était faite.
Pour la dernière fois, la jeune femme pensa aux gens qu'elle aimait : ses parents, sa famille, ses amis, Chihiro. Elle finit par s'endormir pour toujours dans cette voiture maintenant cassée.
Le téléphone sonna, réveillant la jeune femme précédemment endormie devant son ordinateur. Ses recherches ne donnaient rien pour l'instant et le manque de sommeil avait fini par la rattraper.
Tâtonnant autour d'elle, elle réussit à attraper son téléphone, le numéro de la mère de Mizuki apparaissait en gros sur l'écran. Curieuse la jeune femme décrocha :
-Oui ?
-Chihiro-san. La voix au bout du téléphone était sanglotante. Chihiro sentit son cœur se serrer, elle voulait raccrocher son téléphone maintenant. Si elle raccrochait, elle n'aurait pas la mauvaise nouvelle qui allait lui être dite. Son monde ne serait pas chamboulé.
La voix pleurante reprit :
-C'est Mizuki, elle… elle a eu un grave accident.
Ses mains se ressérèrent sur son téléphone. Son souffle commençait à manquer.
-Elle… elle est morte sur le coup !
Son portable tomba sur le sol en même temps qu'elle. Son cerveau ne traitait plus les informations ni même la voix qui sortait du téléphone. Son soleil venait de s'éteindre.
Le monde était définitivement cruel.
Pour la première fois depuis longtemps, très longtemps. Trop. Elle s'autorisa à pleurer. Une larme silencieuse coula le long de sa joue, puis une seconde.
Elle n'émettait aucun son. Seules les larmes sur ses joues pouvaient montrer ce qu'elle ressentait.
Le vide, la solitude et la tristesse. Elle n'aurait surement plus le courage de sourire avant longtemps.
L'enterrement était passé. La jeune femme avait été la dernière à quitter le cimetière. Elle ne s'était pas mêlée à la foule, cachée parmi les ombres des arbres. Ses fidèles lunettes sur le nez, personne ne pouvait voir ses yeux ou ses émotions. Elle observait la réaction des gens. Les parents de Mizuki effondrés en larmes devant la tombe de leur fille, l'homme qui était autrefois son compagnon qui serrait les poings. Toutes ses personnes que Mizuki côtoyait au quotidien et qui s'étaient réunies une dernière fois pour la voir. Personne ne la méritait vraiment, elle qui était si spéciale dans ce monde.
C'est avec un dernier regard vers la tombe que Chihiro partie.
Son appel venait de se terminer, sa candidature avait été retenue avec plusieurs autres pour le poste de secrétaire. Elle ferait tout pour avoir ce poste, l'homme qu'elle avait croisé quelques jours plus tôt était justement le fondateur et le PDG de cette boite. Peut-être que s'approcher de lui était une bonne idée pour récupérer le plus d'informations possible. Nul doute qu'il était dangereux et qu'il fallait l'éliminer. Trop de gens souffraient dans ce monde à cause de ce genre de connard. Elle venait de perdre l'être le plus cher pour elle, elle ne laisserait pas d'autres âmes perdues souffrir.
Elle s'était apprêtée pour cet entretien. La tenue de la parfaite petite secrétaire, seules ses lunettes pouvaient dénoter avec le reste, mais qu'importe. Elle était sûre d'avoir ce poste. Elle avait analysé et tout préparé jusqu'aux moindres détails. Toutes ses réponses étaient parfaitement maîtrisées et calculées. Elle s'était même renseignée sur les autres candidats, leurs points forts et leurs points faibles, leurs études voire même leurs familles pour ceux qui auraient un potentiel piston. Rien n'avait été laissé au hasard. Elle se rapprocherait de cet homme coûte que coûte.
Comme prévu, elle fut embauchée directement. Cela avait même été facile, trop facile. Toute sa vie, elle avait calculé la réaction des gens, personne n'avait de secret pour elle, La jeune femme connaissait leurs moindres péchés et de ce fait pouvait deviner aisément comment les caresser dans le sens du poil.
Sa première tâche fut de trier des papiers pour l'entreprise. Rien de mieux pour voir si une quelconque magouille se cachait derrière cette dernière. Malheureusement, ce ne fut pas le cas ici. Le dirigeant avait bien des vices, mais pas celui du détournement de fond, ces maux étaient bien plus graves. Son âme avait la couleur du mensonge et de la mort.
Elle ne fit aucune bêtise, pas le moindre geste de maladresse. Elle voulait être dans les bonnes grâces, qu'on lui fasse confiance. Une fois qu'elle serait sûre de ne plus être observée et d'être parfaitement autonome, c'est à ce moment-là qu'elle frappera ! Rien n'était pire qu'un coup dans le dos qu'on ne voyait pas venir.
Il lui fallut un peu plus d'un mois pour être reconnue par son patron. Celui-ci avait fini un soir par la demander dans son bureau pour lui poser une question :
-Que pensez-vous de la libération des alters et de Destro ?
Malgré son air aimable et bienveillant, Chihiro sentait le danger si elle répondait mal. Cette question n'était pas anodine et elle avait déjà vu poser sur le bureau de son PDG un livre traitant de ce sujet. Elle essaya de répondre ce qu'il voulait entendre :
-Je pense que ça serait une bonne chose. Je déteste voir les gens patienter et paniquer en attendant un héros, alors qu'ils ont très bien les moyens de s'en sortir par eux-mêmes. Ce système nous a rendus dépendants et inutiles. Je pense que de plus grandes choses seraient faites si on avait une possibilité d'être libérés et d'utiliser nos alters comme bon nous semblait.
Même si j'utilise déjà le mien continuellement, évita-t-elle de rajouter.
L'homme en face d'elle se mit à rire et à applaudir. Il semblait fortement satisfait de cette réponse.
-Chihiro Sano, je savais que vous seriez parfaite. Si vous me le permettez, je souhaiterai vous emmener quelque part, rencontrer certains de mes amis.
-J'en serai très honoré.
Tranquillement, ils quittèrent tous les deux ce bureau pour prendre la voiture. Le trajet semblait durer longtemps pour Chihiro qui se pinçait pour ne pas s'endormir. Elle regardait juste le paysage passer à travers sa vitre, la ville avait laissé place à une banlieue plus reculée.
Le véhicule finit par s'arrêter devant une grande tour. Chihiro la reconnu, elle avait déjà été mentionnée dans certains documents en tant que patrimoine immobilier de la société.
Ils y entrèrent et de nombreuses personnes les saluèrent dans les couloirs. Après quelques minutes de marche et d'ascenseur Rikiya Yotsubashi finit par s'arrêter devant une porte :
-Préparez-vous, votre vie risque d'être chamboulée. Dit-il avant d'ouvrir la porte.
Une grande salle de réunion s'étendait devant elle, rien de bien spécial. Si ce n'est les personnes qui s'y trouvaient. Elle reconnut bien rapidement les vilains qui avaient semé le chaos dans tout Tokyo : l'Alliance des Vilains. Et l'un d'entre eux la regardait fixement.
Celui qui lui avait donné le papier lors de son dernier meurtre.
Pourvu qu'il ne me reconnaisse pas !
J'espère que la première partie de ce Three-shot vous aura plus!
Un grand merci à Oilosse pour la correction!
N'hésitez pas à me laisser votre avis, cela m'aide à m'améliorer!
A bientôt
