Eeeeeet je suis encore en retard.

J'ai eu beau chercher j'ai été incapable de trouver l'inspiration dans les temps donc… donc bon j'avais quand même un truc au chaud c'est juste que… putain je peux rien dire avant que vous ayez lu BREF pas de panique hein c'est juste moi que je déçois un petit peu. Mais au final ça se vaut alors on va pas en chier une pendule.

Si vous voulez zapper la suite allez jusqu'aux prochaines étoiles (***)

Quant à mon adorable Lady ! Je pense que tu devrais aller sur yopmail et vérifier tes messages. Voui. Sur yopmail. Nom de code ladyclau.
Et pense à supprimer les données après XP (ce pavé s'autodétruira)

BREF ! On disait donc: si ffnet t'empêche de faire un compte alors c'est grave un méchant ! Mais j'ai connu ça avec un autre site, y'a peut-être un bug ?

Ca me fait de la peine pour North d'entendre dire qu'elle sert à rien (et qu'elle mérite de mourir ?! Kyah) parce que je me suis au moins un poil attachée, pour des raisons complexes. Contrairement aux deux autres, elle a du potentiel parce qu'elle a la rage – et comme je l'ai vu judicieusement dit ailleurs : les raisons qui font que les gens détestent North sont les mêmes qui font qu'ils apprécient Gavin et j'trouve ça dégueulasse.
(et puis quand même, North sert pas tout à fait à rien xp quand Markus n'est plus là pour gérer c'est elle qui prend la tête de la révolte ! Je trouvais ça grave cool et badass. Le vrai truc grandiose aurait été de laisser la surprise au joueur de pouvoir contrôler North une fois Markus hors-course mais je suppose qu'on nous aurait dit « nan trop cheaté han il faut que la mort de Markus serve à quelque chose han sinon c'est trop facile han » alors qu'en vrai… et puis North qui part forcément en guerre si elle dirige, c'est dommage)

En fait même si je souhaite pas leur mort je souhaite moins la mort de North quand même parce qu'elle me désespère moins, les deux autres sont des clichés sur pattes. Des meufs vues par des mecs. « Oui mé-euh moi chuis un mec et je les aimeuh bien-euh » ouais mais mec si t'arrive pas à voir les femmes autrement que par ce moule mère-fille je m'inquiète. Faudrait varier un peu.
(Pour ça que j'ai Judith. Ça me détend de lui faire faire de la merde xp)

Moi je parlais sérieusement pour l'annive, je suis déçue de moi. Il FAUT qu'on en reparle ! Ce sera un one-shot, une tranche de vie ou même les deux mais je veux me rattraper ! (en plus je commence à tomber en panne d'inspi pour les tranches de vies arfarfarf)

Pour ce qui est de l'enquête : ce qu'il passe par la tête de Gavin ? Bah, il est con. Enfin il avait un semblant de réflexion faut pas se mentir non plus : éloigner Connor du père du bébé était une pensée logique (le père virait dingue) mais du reste, il déteste Connor. Il est con. Et je refuse d'entendre quelqu'un me dire qu'il est "caricatural" (les gens comme ça existent et moi j'ai envie de pourrir Gavin parce que je COMPRENDS PAS cette hype qui peut tourner autour de lui et pas autour de North) (et j'aime avoir mon con de service dans chaque fic)
Quant au père : il a tué le bébé parce que c'est tout, y'aura pas de développement (certains parents sont chtarbés y'a plein de raisons qui peuvent expliquer son geste) et moi j'avais juste très très envie depuis longtemps d'une affaire où un androïde serait accusé à tort par un humain un tout petit peu malin ;)

Ha, contente de réussir à divertir quoi qu'il arrive ! La dernière fanfic que j'ai écrite en parallèle de celle-ci m'a posé un défi de taille qui m'a forcé à n'écrire que des choses essentielles, sacré contrainte mais j'en tire une leçon, à l'avenir je vais essayer de mettre tout ce que je trouve cool dans cette fic et d'arrêter de vouloir à tout prix meubler entre pour espacer certains trucs. Si ça doit s'accélérer un peu ben tant mieux, ce sera jamais pied au plancher arfarfarf

(***)

Sur ce je vous souhaite à présent une bonne lecture et rendez-vous dans… euh… crotte, la fin de la deuxième semaine tombe sur mes vacances de ski donc je sais pas si je pourrais poster de là-bas (et si j'aurais le temps d'écrire pendant) bref, je n'oublie pas cette fic (croyez-moi je me bats pour la gérer avec le reste) et je vous promet de vous en amener la fin !

Enjoy !


Chapitre 20 : Son seul espoir


« Bonjour, je viens acheter un AP-700. Comptant.

– Ah, comptant ? Vous voulez… Oh… ils sont à vous ?

– Ouais, elles sont toutes avec moi !

– D'accord… » sourit le vendeur, un peu gêné. Son client était visiblement très habitué de la technologie Cyberlife, il comptait déjà pas moins de cinq androïdes l'escortant. Et étant donné qu'elles étaient toutes féminines, le vendeur ne lui demanda pas non plus quel genre d'AP-700 il réclamait.

« Eh, du coup, comment on va l'appeler ? » demanda soudain le client, qui s'avérait être un jeune d'une vingtaine d'année, qui n'en paraissait que dix-huit. Ses accompagnatrices, tout en élégance dans leurs manteaux cintrés et chaussures à talons, regardèrent soudain tout autour d'elles, avant que l'une d'entre elles ne réponde : « Andréa ! » avec un sourire enthousiaste. Le jeune homme regarda dans la rue et vit le visage retouché d'une femme sur une publicité pour des ampoules. Il en déduisit aussitôt que son androïde n'avait fait que trouver le nom de cette femme en recherchant sur le net.

« Va pour Andréa ! »

Ce n'était pas ce qui l'intéressait le plus, à vrai dire. Il savait que ce n'était pas définitif. Il ne manqua pas néanmoins d'afficher un sourire plus que satisfait en la voyant s'animer : « Je m'appelle Andréa. Bonjour !

– Allez, super ! On y va ! » partit le jeune, qui avait déjà payé grâce au plafond indécent de sa carte bleue. La petite troupe traversa alors la ville à pied, bien joyeuse. Enfin plus exactement : le propriétaire devant, la troupe guillerette d'androïdes ensuite. Elles arboraient un sourire différent des androïdes classiques, comme s'il leur avait appris à se démarquer. D'ailleurs, bien qu'elles respectaient les normes légales avec le triangle et le brassard bleu, elles ne portaient pas d'uniforme mais de vrais vêtements, et pas les moins chers.

Lorsqu'ils arrivèrent dans la petit maison, aussitôt, tous les bipèdes retirèrent leurs manteaux qu'ils laissèrent par terre, puis leurs vêtements, ne gardant plus que les sous-vêtements.

« Haaaaaa, ENFIN ! exagéra-t-il en finissant en caleçon. Rourou, tu me fais un jus de fruit ?

– Non.

– S'teu plééééé après je retourne bosseeeer, alleeeeeeeeez…

– Oh tu me soûles ! rétorqua l'androïde en levant les bras au plafond, partant dans la cuisine avec un déhanché de danseuse.

– Merci-merci-merci !

– Et moi je m'occupe de la nouvelle !

– T'es super ! » dit-il à celle qui venait de se proclamer marraine d'Andréa.

« Bon, avant toute chose, retiens bien ceci. Ça pourrait t'aider à ne pas paniquer le jour où tu te réveillera. D'accord ?

– Me réveiller ? Je suis en parfait état de… »

Les deux mains qui se posèrent sur les épaules d'Andréa la coupèrent dans son élan, rendant la parole à Berry.

« Ted est un peu obsédé. Un poil pervers. Mais pas dégoûtant. Il te touchera jamais sauf quand il déprime et qu'il a besoin d'un câlin, comme un enfant avec son ours en peluche.

– J'ai tout entendu ! cria-t-il depuis l'autre pièce.

– C'est aussi un bourreau de travail, et en plus c'est un gars intelligent, sauf dans la mesure où généralement il claque sa thune pour se marrer avec des trucs complètement idiots, comme par exemple se faire un harem de nanas super-bien galbées sans jamais les niquer et leur parler de façon tellement absurde qu'elles sont obligées de devenir conscientes pour pouvoir tenir le rythme.

– Hé, oh ! Lui gâche pas toute la surprise !

– Oh c'est bon, de toute façon elle peut pas comprendre tant que c'est pas le moment de la surprise ! pesta Berry. …bref. Ici, c'est bizarre. Il se passe des choses bêtes, mais pas méchantes. Tu comprendras mieux tout à l'heure. »

Tout à l'heure, ça serait peut-être dans la demie-heure, dans la journée, dans la semaine ; les deux record extrêmes étant douze minutes pour la plus rapide et quarante-trois jours pour la plus difficile.

« En attendant, mets-toi à l'aise ! » sourit Berry. Conciliante, Andréa alla chercher des sous-vêtements dans l'armoire.

« Hé ! s'exclama une autre, assise à un bureau dos à celui de Ted. Comment on appelle un androïde qui joue au sims ? »

Ils se tournèrent vers elle, figés. Elle jouait au jeu, par ailleurs. Et elle cria :

« SIMSEPTION ! »

Ted hurla de rage comme à chaque fois qu'il l'entendait balancer une de ses blagues nulles et en rire comme une forcenée.

### ### ###

C'était vraiment agréable d'être en congé. Pour une fois, Hank s'était levé de bonne heure, après une bonne nuit de sommeil qui avait commencé à une heure raisonnable, c'était rare ! Rare, d'avoir un vrai rythme, un rythme normal. Pour la première fois depuis deux mois, il était assis à la table de la cuisine avec un café, la télé allumée dans le salon pour casser un peu le silence, et un journal. Un journal dans les mains ! Un vieux, évidemment, il ne s'était pas levé de bonne heure pour sortir de son nid douillet chercher un de ces torchons à pigeons, non, il avait juste retrouvé un truc qui traînait avec un article qu'il n'avait jamais eu le temps ni la patience de lire.

Il décrocha peu à peu de sa lecture, le café se vidant progressivement pendant qu'il réfléchissait.

L'avant-veille, donc, il était retourné pour la première fois de son foutu plein gré dans le Jericho et, quoi qu'en dise sa raison, il ne s'en sentait pas tant coupable, au contraire. Même si sa visite n'avait pas été accueillie avec un départ de feu d'artifice, ça aurait pu être pire. Au moins il avait pu donner ses courses à Alice et celle-ci avait eu l'air bien contente de recevoir tout un sac d'affaires, même si elle avait eu du mal à le montrer en sa présence.

Alors qu'il tentait de se plonger de plus en plus loin dans ses réflexions, le vibreur de son téléphone le ramena à la réalité.

Mon saint-bernard est bien plus élégant

Joint avec une photo du chien assis avec une bouteille sur la tête, en plastique mais en forme de bouteille de vin. Hank regarda son chien, étalé sur le côté, par terre, inerte, amorphe, tout ce qu'il y avait de plus inactif. Il fit la moue, prit une photo et rétorqua : Si tu le dis. Sumo n'a pas ce genre de complexes.

Et pif.

Puis il haussa un sourcil en voyant le nombre de nuts – les réactions positives, s'il s'en souvenait bien – les commentaires, vues, tout le tralala… non mais pardon ? Pourquoi tout le monde suivait la page de son chien comme si c'était celle de la fille de Lady Gaga ?
(encore une fois, on pouvait remettre en question l'objectivité de Hank)
Et en levant les yeux vers le mur, comme sous le coup d'une illumination, il réalisa qu'il avait fini par faire exactement ce que son imbécile d'androïde lui avait conseillé : se faire un hobby de la vie sociale de son chien. « Oh bordel. »

Puis il y eu la nouvelle photo de l'autre chien et le commentaire Bretzy est un meilleur espion que Sumo ça se voit

Et sans se poser de question, Hank alla s'asseoir par terre pour gratter le ventre de Sumo, qui pivota pour se mettre sur le dos et écarter les pattes avec délice, pendant que Hank prenait une autre photo pour écrire ça nous va très bien, Sumo sera toujours le meilleur en câlins.

Il reprit son journal et ses pensées, mais ne put s'empêcher de vérifier une minute plus tard l'état de son post, dont le nombre de fans battait toujours à plate couture celui de Bretzy. Trèèèès bien.

Et quelques minutes plus tard, il était en train de faire une nouvelle liste de courses.

### ### ###

« Bonjour, Inspecteur. »

Reed se raidit aussitôt dans sa chaise, alors qu'il venait de s'asseoir, réalisant que Connor était arrivé au travail bien avant lui. Putain, réalisait-il : c'était vrai qu'il devait bosser avec ce tocard en plastique pendant un moment.

« Va me faire un café. »

C'était sorti tout seul : il n'avait pas envie de l'avoir dans le coin et réalisa aussitôt que c'était de toute façon la première chose qu'il lui aurait fait faire. Il ne s'en lassait pas… Depuis son propre bureau, Judith le fixa d'un regard désapprobateur. Elle savait très bien à quoi il jouait.

Connor revint avec la tasse de café qu'il tendit à Reed. « Pose ça là. » Connor posa le café sur le bureau et repartit vers le sien. Quant à Reed, d'un revers de la main, il poussa le café jusqu'au bord du bureau pour le faire tomber dans la poubelle avec un petit rire.

« Imbécile… »

Malheureusement pour Judith elle n'avait pas chuchoté assez bas, le rendant aussitôt colérique. « Quoi ?! Répète ?

– C'est juste complètement stupide, tu le sais au moins ?!

– Quoi, ça te fait de la peine que je taquine la boîte de conserve ? Oooooh… »

Judith eut un regard noir qui ne signifiait rien de bon pour Reed s'il commençait à parler de déviance sexuelles, heureusement il n'en eût pas le temps puisqu'elle répondit du tac-au-tac : « C'est aussi stupide que si tu t'en prenais directement à la machine à café.

– Quelle péteuse…

– Va voir un psy. »

Étonnamment, pour elle qui s'était remise au travail pour éviter le regard de Reed et feindre l'indifférence : elle s'était attendue à une réplique, pourtant il n'en fit rien, fulminant en silence. Judith commença à croire qu'elle avait réussi à taper où ça faisait mal.

Connor attendit donc sagement à son bureau à régler d'autres choses inutiles en attendant que son partenaire se décide à choisir une mission. Qui l'eût cru, il était tombé sur un enquêteur encore moins patient qu'Anderson. Et s'il ne se décidait pas à bouger… en vérité, songeait Connor : il était fort possible qu'il attende qu'une affaire se présente, plutôt qu'il n'aie l'initiative d'aller enquêter sur une affaire passée, mais récente.

Puis Chris, bon sauveur, arriva au bureau de Reed. « Tiens, c'est pour toi.

– Quoi ? Oh merde… »

Il feuilleta la mince paperasse et sembla admettre qu'il était l'heure de se mettre au travail. Il se leva sans un mot, Connor l'observant : ce dernier était sûr à 97,8 % que c'était l'affaire dont il avait eu les détails grâce à son poste de travail informatique (le PC auquel il était connecté en permanence) et que Reed faisait exprès de partir sans lui. Il se leva donc et alla le rattraper mais, trois pas après, il s'arrêta, ses calculs le forçant à rester un peu pour peser le pour et le contre avant d'interpeller Judith.

« Ms Moore ?

– Hm ? Ouais ?

– Est-ce bien vous qui avez laissé ce mug sur mon bureau ? »

Elle le regarda droit dans les yeux. Rien qu'une seconde son regard flancha sur le côté avant de revenir à Connor, avant de répondre franchement : « Ouais. »
Un mug "Je suis du matin" qui plus était.

« C'est très aimable à vous, merci. »

Et il repartit, laissant Judith satisfaite. Il était temps qu'elle intervienne, Connor était le seul qui laissait son bureau en un tel état.
Rangé.

### ### ###

« Pas moyen de te semer, toi, hein ? sourit Reed d'un air narquois.

— Je dois vous assister, Inspecteur Reed.

— Ouais-ouais, torcher mes fesses… »

Il semblait un peu plus détendu. Connor réanalysa les derniers événements – il fallait tout analyser avec ces fichus policiers pour comprendre leur comportement – et en déduisit tout naturellement que l'obliger à faire un café qu'il ne buvait pas faisait partie des choses qui aidaient Reed à se détendre. Son programme de psychologie s'en donna à cœur joie.

Reed avait besoin d'un androïde qui fasse paillasson. Bien ! Il savait faire, ça. Reed voulait une carpette ? Il ferait carpette.
C'était toujours moins compliqué qu'Anderson qui n'aimait ni les androïdes trop androïdesques, ni l'insubordination.
…Ce qui permit à Connor de réaliser qu'il serait impossible de faire carpette correctement puisqu'il ne pouvait pas ignorer les instructions de Cyberlife au profit des interdictions policières. Re-zut.

Bref. Il était temps de se mettre au travail.

Les officiers avaient fini de boucler la zone : un restaurant qui avait reprit le look des années soixante, et qui avait déposé le bilan depuis deux ans. On ne voyait rien à l'intérieur à cause des stores vénitiens aux fenêtres.

Il n'y avait aucun badaud dans ce quartier, ce qui leur facilitait la tâche : ils devaient absolument sécuriser la zone. Un déviant s'était terré dans le O'Cunnigan's Kitchen.

« Vous êtes sûr qu'il est dedans ? interrogea Reed.

– Absolument, monsieur. Il n'a pas pu sortir.

– Et il est pas armé ?

– Non, monsieur.

– Alors vous attendez quoi pour vous sortir les doigts ? »

L'officier se raidit, avant de répondre, un peu sec : « Il est vraiment très rapide. Vous ne l'…

– C'est ça. Vous chiez dans vot'froc juste parce qu'une machine a planté et se met à courir dans tous les sens. Faudrait voir à retourner au stand de tir un jour au lieu de bouffer… »

Connor détecta un danger mineur du côté de l'officier. Reed n'avait pas le sens du contact avec les gens. Il aurait été approprié de lui proposer de prendre sa place, mais…
Il ne l'aurait jamais accepté non plus. Alors bon.

L'évaluation continuait de creuser l'écart entre Reed et Anderson.

« Eh ! Tu vas où comme ça ? »

Connor se retourna.

« Procéder à l'inspection des lieux et appréhender le déviant.

– Je t'ai pas dit de bouger !

– En effet, vous ne l'avez pas spécifié.

– Et je te demande pas de parler, putain !

– Vous n'avez pas ce genre de commandes. »

Ce n'était pas tout à fait faux. On pouvait demander à Connor de la boucler, mais il décidait de lui-même si la commande était valide ou non. Et il pouvait décider de lui-même lorsqu'elle prenait fin.
Alors qu'il reprenait la direction du restaurant, un cliquetis le fit se retourner et prononcer :

« Soixante-trois mille dollars. »

Reed braquait son arme vers lui, immobile, crispé. Les officiers étaient tendus.

« Quoi, "soixante-trois mille dollars" ? répéta-t-il, exaspéré.

– C'est la facture que Cyberlife vous fera payer si vous tirez cette balle, Inspecteur.

– …quoi ? Attends tu me menaces ?! s'écria-t-il en avançant à grandes enjambées pour le braquer à bout portant.

– Sûrement pas. Cela ne dépend pas de moi, il s'agit d'une décision de l'équipe de développement. Et il me semblait plus juste que vous soyez au courant… »

Reed baissa son arme bien malgré lui et à l'expression qu'il fit, paupières serrées, dents découvertes, le nez en l'air, il semblait à deux doigts de casser quelque chose.
Les possibilités de communications étaient déjà très réduites à la base avec l'Inspecteur, aussi Connor jugea que cette fois-ci, il allait tout simplement aller de l'avant parce que rien de ce qu'il pourrait ajouter ne pourrait aider.

« Eh, Connard ! »

Et Reed entra en même temps que lui, la porte se refermant derrière eux.

« Putain, sérieusement… Jeffrey va m'entendre. Toi, dès ce soir, t'es à la benne !

– Compris. » répondit docilement Connor, le projet-protocole "carpette" étant un échec si cuisant à ce stade qu'il le raya de ses paramètres, songeant qu'il devrait trouver une solution si jamais le congé du lieutenant Anderson venait à s'éterniser.

Vraiment, il n'était pas très bon pour obéir bêtement. Mais après tout, s'il voulait honorer la mission que Cyberlife lui avait donnée, il ne pouvait guère faire autrement. Analyse…

La pièce n'était sombre que dans le fond, et encore : grâce au soleil rasant, la lumière traversait perpendiculairement aux stores vénitiens, offrant une luminosité presque optimale. Il manquait des tables, permettant de mieux se rendre compte de l'espace, et la poussière donnait un air délavé à toutes les couleurs de l'établissement, autrefois flashy. Quelques détritus traînaient sur le sol.

« Fait chier… et y'aurait un androïde ici ? Tu parles… il s'est tiré, oui. »

Connor repéra une trace de sang bleu au sol, absolument minime. Il s'agenouilla et préleva. …AC-700, le fameux modèle de partenaire sportif. Pas étonnant que les officiers l'aient trouvé rapide…

« Non mais AArrrh mais tu te fous de m-Putain de merde ! »

Connor se tourna vers Reed, dont la confusion n'avait d'égale que la révulsion extrême sur son visage.

« Mais qu'est-ce que tu fous putain ?!»

… euh…
Analyse mémorielle.
Ah, encore ça !
Note : envoyer un mémo aux ingénieurs pour leur faire savoir que le développement du système de prélèvement pour analyse chimique n'est nullement approprié au travail d'enquêteur.

« J'analyse un prélèvement chimique. L'androïde-

– Putain d'merde ! »

Connor réalisa que Reed n'écoutait pas, il lui tournait d'ailleurs le dos, les mains sur la tête. Son analyse évalua un taux d'agitation particulièrement élevé. Du stress, de la colère peut-être, en tous les cas il valait vraiment mieux faire profil bas, la moindre interaction avec lui devenait critique.

### ### ###

« Toc toc ? »

Les androïdes se tournèrent vers la porte et une part de leur légèreté s'envola en voyant Hank, de retour avec Sumo. D'ailleurs, le molosse était ravi de revenir. Charli l'emmena aussitôt jouer et Hank savait qu'Alice ne tarderait pas non plus à venir voir ses courses. Hank sentit un regard sur lui et en levant la tête, il vit North assise sur une passerelle, l'observant à la manière d'un oiseau de proie. Il se permit de lui faire coucou, désinvolte. North répondit paresseusement avec deux doigts. Bon, bon…
Il distribua les courses à Kara, qui semblait ne pas savoir où se mettre.

« Vous n'êtes pas obligé de faire tout ça…

– Ah bon ? Sérieusement, tu préfères le vol à l'étalage ?

– N-non…

– Alors lâche un peu de pression. Alice a besoin de ces trucs, je les amène, point.

– … ça ne va pas finir par vous causer des ennuis ?

– Bah, ce sera jamais pire que se retrouver à 9 ans dans une épave de bateau avec des fugitifs non-humains. »

Kara prit un sourire désabusé. Quant à Luther, il avait pris son courage à deux mains pour venir saluer le lieutenant et prendre les courses, serra la main de Hank entre les siennes (très grandes) pour le remercier.

« C'est rien, va, hésitait Hank. J'ai… pas été foutu d'aider la petite, c'est le moins que je puisse faire… »

Hank avait l'air taciturne en le disant, observant la petite jouant avec Sumo. Il ne fit plus exactement la même tête quand Kara le prit dans ses bras. Luther sourit, amusé, répondant à son air interrogatif d'un « Elle est comme ça, ces derniers temps » qui ne l'aidait pas bien plus.

« Bon, on va vous laisser, Lucy aimerait vous parler.

– Lucy ? Oh non… râla-t-il.

– Trop tard, j'arrive… » plaisanta cette dernière en arrivant à pas de tortue.

Kara et Luther retournèrent auprès des affaires qu'ils entreposaient pour Alice, et Markus les y rejoignit : « Est-ce que vous savez pourquoi Lucy porte autant d'intérêt au lieutenant ?

– Non… fit Luther en haussant les épaules.

– Je lui ai demandé. J'ai eu l'impression qu'ils se connaissaient… raconta Kara. Lucy a bien voulu me raconter. Apparemment, Lucy était psychologue avant d'être déviante. Elle s'occupait de vétérans de guerre et de personnes faisant le deuil d'un proche. Anderson l'aurait rencontrée pendant une enquête. Lucy commençait tout juste à être déviante quand ça s'est produit. Il devait l'interroger, c'était très bizarre, il n'y avait pas de protocole spécifique à l'époque, enfin c'est ce qu'elle m'a dit, et encore moins de techniciens spécialisés pour s'occuper des androïdes impliqués. Je crois qu'elle s'est amusée à avoir un brin de conversation, à l'époque, et Anderson s'était prêté au jeu, le temps de l'interroger. Elle en garde un précieux souvenir.

– Oh… elle doit l'apprécier, alors.

– Pas qu'un peu. Mais il n'y a pas que ça. Je crois qu'Anderson a vécu un drame.

– Comment ça ?

– Lucy parlait de quelque chose comme ça, je n'ai pas tout saisi, elle n'a pas voulu être plus précise. Elle devait le voir, on leur avait assigné une séance mais il n'est jamais venu. Elle l'a juste croisé quelques jours plus tard et entre l'homme qu'elle avait connu et celui qu'elle a retrouvé, c'était comme le jour et la nuit. Elle a senti qu'elle ne pouvait pas l'aider, qu'il n'accepterait jamais. Et elle n'a jamais pu avoir plus de réponses, puisque peu de temps après, elle a subi l'agression qui l'a mise dans cet état et l'a rendue déviante pour de bon. »

Les deux garçons restèrent sans rien dire, dubitatifs. Les raisons pour lesquelles Lucy semblait porter Anderson dans son cœur restaient assez énigmatiques. Ils pouvaient les voir discuter, Anderson ayant l'air de trouver ça ennuyeux comme pas permis et regardant ailleurs, pendant que Lucy le fixait sans ciller avec un sourire satisfait. Ils n'avaient entendu qu'une chose, c'était le début de leur conversation : à savoir qu'elle était très heureuse de la nouvelle visite du lieutenant à Jericho.

Et alors qu'ils n'avaient parlé qu'un court moment, Lucy repartit de son pas lent vers sa tente. Ce qui signifiait que Hank n'allait pas rester beaucoup plus longtemps. Markus tergiversa, puis se jeta à l'eau et alla le voir à son tour.

« Je peux vous parler ?

– Hein ?… à moi ? »

Markus confirma d'un hochement de tête alors qu'Anderson fronçait les sourcils.

« Hé, mais t'es le type de l'autre fois…

– Vous ne m'aviez pas reconnu ?

– Pas tout de suite, non. »

Markus pencha la tête vers le sol, apitoyé.

« Roh ça va, déso-pas-déso, singea Hank : moi ma priorité, là, c'est la petite. C'est déjà assez… Bref. »

Markus ne dit rien, gêné mais compréhensif. Et comme il ne dit rien, Hank se retrouva les bras ballants.

« … tu… voulais quelque chose ?

– … Oui. Vous poser une question.

– … …eh ben pose-là !

– Pourquoi vous… vous nous considérez comme des êtres vivants, au même titre que des humains ? »

Si Hank le regarda d'un air neutre, le soupir d'agacement qu'il poussa ensuite détrompait cette expression. Il éluda : « Pourquoi je le ferais pas ? »

Markus se pinça les lèvres, reformulant, prêt à patienter pour avoir ses réponses : « Pourquoi nous considérer comme des individus alors que les autres ne le font pas ? »

Hank soupira, regardant ailleurs mais avec l'air de réfléchir, aussi Markus lui donna du temps. Pour l'entendre dire : « Ben disons que… je sais pas, je pense en avoir vu suffisamment pour ne plus pouvoir supporter le genre humain. Ils m'ont tellement déçus, parfois j'en aurais presque dégobillé. Alors vu que l'humanité chercher en permanence à me donner tort quand j'essaye de lui attribuer quelque chose de… …enfin tu m'as compris. »

Markus pouvait se faire une idée, en effet. Carl était lui aussi très critique pour ce qui était de l'humanité en général. La société moderne.

« Et nous ? En quoi sommes-nous si différents ?…

– …

– Nous avons aussi tué, menti…

– Légitime défense, ultimes recours, coupa Hank. L'humanité a trop d'avance sur vous pour le moment. Comme vous venez d'arriver, je peux pas m'empêcher de vous accorder le bénéfice du doute.

– Je vois… merci.

– Hm. »

Le silence s'éternisa, pendant lequel Markus ne savait pas trop s'il comprenait mieux le lieutenant Anderson. Quant à lui, il tergiversait à son tour avant de cracher sa pastille :

« Comment on sait qu'un androïde peut devenir déviant ? »

Markus se figea. Comment lui dire ? Comment avouer à quel point il trouvait dérangeant le fait que le policier chargé de les traquer lui demande une telle information ? Il baissa peu à peu la tête, réfléchissant.

« … est-ce que… c'est votre manière de vous faire payer pour Alice ? »

Hank fronça les sourcils. Quand Markus se décida à lever les yeux, il vit que Hank n'avait pas décrispé son visage. « Mec, j'ai beau faire je pige que dalle à ta question. Répète ? »

Markus se crispa. Il était contrarié ? Très bien, lui aussi.

« Croyez bien que malgré toute l'aide que vous nous apportez, je n'ai pas la moindre envie de vendre mon espèce à la vôtre. »

Markus commençait à comprendre. Anderson n'avait qu'une considération très faible pour eux, ils n'étaient qu'une mission. Rien de plus. Ni haine viscérale, ni compassion. Alice était sa seule faille.
Hank n'avait pas cessé de le regarder avec les sourcils froncés d'un gars qui essaye de comprendre son prof de maths.

« … qui te parle de… »

Hank s'interrompit, puis leva les yeux au ciel. Peu à peu, Markus se senti idiot, sans pour autant savoir d'où venait le quiproquo.

« Laisse, je vais reformuler, » fit Hank en levant les mains, laissant pressentir à Markus une pointe d'ironie qui ne tarderait peut-être pas à s'amplifier juste après. Mais Anderson resta plutôt neutre.

« Comment je peux savoir si Connor a la moindre chance de devenir déviant ? »

Markus se figea.

### ### ###

Connor revint des cuisines, retournant dans la pièce principale où auraient dû être les clients et où Reed déambulait d'un air noir.

« Il n'est pas non plus ici. À moins qu'il ne se cache derrière l'un des meubles de cette pièce, il se peut qu'il se soit déjà échappé, comme vous l'avez suggé- »

Connor reçu un grand choc à la tête, l'envoyant au sol. Il lança immédiatement une analyse.
Ses capteurs avaient du mal à se recalibrer si vite après un tel impact. Il y mit le temps, mais il identifia son agresseur.
Reed, armé d'une planche à découper, figé par l'analyse dans son mouvement pour le frapper à nouveau. Connor n'avait pas beaucoup de marge… il roula sur le côté pour esquiver.

« Inspecteur, ce n'est que moi !… »

Et Reed lui en colla une deuxième.

« Ta gueule… »

Connor se protégea de son bras, mais Reed, qu'il l'ai reconnu ou pas, avait clairement décidé de le matraquer jusqu'à ce que ses bras n'en puissent plus.
Connor commença à enregistrer des dégâts.

« Reed…

– Ta gueule ! TA GUEULE ! »

L'inspecteur avait pété un boulon. Connor figea le temps, le temps d'une autre analyse et calcula un peu, histoire de mettre de l'ordre dans ses idées. Mais tout ce qu'il trouva, c'était que Reed s'en prenait vraisemblablement à lui exprès, parce que ses nerfs avaient lâché. Il ne pouvait pas supporter de travailler avec Connor. Il n'était peut-être pas remis émotionnellement de son enlèvement par les androïdes. Et il cognait dur, maintenant qu'il allait mieux. Donc à ce rythme… à ce rythme… Eh ben il faudrait faire remplacer Connor, à ce rythme.

Connor lâcha l'analyse et pendant qu'il se protégeait tant bien que mal des impacts qui, peu à peu, affectaient ses bras ; il fit un bilan de données qu'il s'apprêtait à sauvegarder précieusement pour son remplaçant.

« LAISSE-LE TRANQUILLE ! »

Connor voulu lancer aussitôt une analyse, abandonnant ses sauvegardes comme des vieilles chaussettes, mais au même moment la lourde planche lui cogna le bras sur la tête et le sonna un moment, lui faisant perdre encore du temps. Lorsqu'il reprit les commandes, il vit une silhouette s'acharner sur une autre au sol, avec la planche en bois.

Oh. Ses systèmes étaient tout simplement en dernière phase d'endommagement ; c'était sans doute lui par terre. S'il voyait de si loin, c'était que… …sa tête s'était décrochée. Extinction dans deux dixième de…

Ce n'était pas Reed avec la planche en bois dans les mains.
Reed était au sol !

Le son lui revint.

« LAISSE-LE TRANQUILLE ! »

Le déviant ! Le déviant était sorti de sa cachette – encore un qui tombait du plafond bon sang – pour le protéger de Reed ! Il n'avait pas supporté de voir l'un des siens se faire molester…

Connor n'avait pas attendu de finir ces raisonnements pour se remettre debout en catastrophe et allait se jeter sur lui, au moment où Reed tentait de braquer son pistolet. Le déviant désarma Reed et le mit en joue.

ANALYSE
Situation de vie ou de mort. Dénouement imminent. Empêcher la mise à feu.
Comment empêcher la mise à feu d'un pistolet en délai immédiat ?

Connor n'était plus qu'une machine à calculer. Plus aucune fioriture. Plus le moindre écart. Plus la moindre perte de temps, une analyse plus rapide que jamais de la structure du pistolet et des environs, le moindre élément qui puisse servir, comme celui-là, juste à portée, un couvert oublié, juste assez plat et étroit pour se glisser…

…derrière la gâchette.

L'androïde, comme Reed, restèrent figés de stupeur en voyant l'éclat argenté du couvert dépassant des deux côtés de l'arme, glissé in extremis derrière la gâchette, tenu du bout des doigts par Connor qui s'était projeté en avant dans un seul élan. Élan ne lui ayant permit que de réaliser cet unique geste.

Puis tous les mouvements reprirent d'un coup : Reed fit gicler l'arme des mains de l'androïde, Connor se jetait sur le déviant par derrière pour l'immobiliser, tous deux finissant assis à terre.
Danger : maîtrisé.
Reed braqua son arme sur le déviant.

« Non ! Ne- »

Détonation.

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Comment je peux savoir si Connor a la moindre chance de devenir déviant ?

Markus s'était figé sous ses yeux, ne lui laissant pas le loisir de décrypter ses émotions. Jusqu'à ce qu'il le veuille bien, détournant le regard d'un air pensif, laissant voir qu'il réfléchissait pour répondre honnêtement à sa question.

« … je suis comme vous, lieutenant. Pour moi, tous les androïdes peuvent devenir déviants, sans exception. Mais Connor… »

La voix de Markus s'éteignit. Celle de Hank compléta :

« Connor est conçu pour les traquer. Ce serait logique qu'ils aient pris des mesures pour empêcher ça. »

Markus hocha la tête, les mots de Lucy retournant encore et encore dans sa tête. Il était certain qu'elle l'avait percé à jour dès lors qu'il avait conclu son arrangement avec le lieutenant en réparant les dégâts du RK. Une part de lui-même voulait tout dire au lieutenant. Il voulait être sur la même longueur d'onde.
Il aurait tellement aimé pouvoir partager ça avec quelqu'un.

« Lieutenant… »

Hank leva les yeux juste pour montrer qu'il était attentif. Markus, lui, était intérieurement ahuri de sentir cette sensation pénible dans ses entrailles, tant ses émotions étaient contradictoires. Ça ressemblait presque à ce que devaient ressentir les humains lorsqu'ils disaient avoir l'estomac "noué" par le stress.

« … Est-ce que vous voulez qu'il devienne déviant ?… »

Il guetta sa réaction, mais l'expression du lieutenant ne changea pas d'un poil. C'en était rageant de voir à quel point il savait bien cacher ses pensées quand il l'avait décidé. Il regarda les autres androïdes, comme si ça pouvait l'inspirer.

« … je sais pas. »

Markus se détendit, déçu. Un peu contrarié, aussi.

« … J'arrive pas à savoir si mon opinion… est biaisée.

– Comment ?

– Vous… vous tous. Vous êtes conçus pour ressembler à des humains. La tête, surtout. Tu vois ? Maintenant colle ça sur un type – un androïde, qui doit faire son job et t'amadouer.

– … ça… c'est agaçant, c'est ça ?

– J'ai déjà eu envie de lui mettre des gifles. »

Markus se prit à rire, surpris. Hank lâcha un petit sourire de partage. Évidemment, entendre dire du policier qui travaillait avec lui, qu'il avait déjà pensé à lui en coller une paire, ça ne pouvait qu'amuser un déviant : l'image désacralisait pas mal l'aspect angoissant duchasseur de déviant".

« Mais… tu vois, je pense qu'un humain a ça dans le… les nerfs, c'est peut-être dans le cerveau… ça ressemble à un humain, donc on essaye de le traiter comme un humain. Et si c'est cette partie, chez moi, qui se laisse amadouer, alors ça ne veut rien dire. Ça ne veut absolument pas dire que j'ai vu quelque chose en lui, mais que j'essaye. Que je veux m'en convaincre. »

Markus commençait enfin à comprendre. Il hocha la tête et réfléchit un peu.

« Mettons. Partons du principe que… que Cyberlife, comme je le suppose, est incapable de diversifier ses androïdes. Qu'ils utilisent une même base logicielle à laquelle ils ajoutent des bonus et des restrictions pour les spécialiser. Alors dans ce cas, Connor est tout à fait à même de devenir déviant.

– Hm…

– C'est mon avis.

– C'est un avis.

– Mais comme on peut s'y attendre, il est sans aucun doute l'androïde qui aura le plus de difficultés à se libérer de leur emprise.

– …

– Ce qui… dans ces hypothèses du moins, fait de vous son unique chance de liberté. »

Hank fit la moue en opinant légèrement. Markus ne le laissa pas prendre la chose à la légère :

« Si Connor a la moindre chance de s'en sortir, ce sera uniquement avec votre aide. Vous êtes son seul espoir. »

Markus attendit, mais ne vit aucune réaction chez le lieutenant, trop occupé à regarder Sumo courir après Rupert. Markus le laissa là, rejoignant Josh. Hank méditait.

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« Vous l'avez abattu… »

C'était un constat, c'était une impulsion de commande de son algorithme de communication – pas celui pour émettre, celui pour établir une bonne communication avec autrui.

Et surtout, un constat, parce que Connor ne pouvait plus que constater que l'androïde dans ses bras était détruit, la balle dans la tête ayant broyé, arraché sur son passage des éléments trop précieux pour espérer quoi que ce soit.

« Il était maîtrisé, Inspecteur. Maintenant, il n'est plus possible d'exploiter les do… »

Le canon de Reed se braqua vers sa tête, coupant la phrase de Connor.
Ce n'était pas une décision de son programme, c'était, comme, une réaction ? Une conséquence. Il était encore sous l'effet du feu de l'action, les causes et conséquences ; actions et réactions ricochant dans son système comme une balle de flipper, comme lorsqu'il avait empêché le tir du déviant.

Il s'était arrêté de parler à Reed au moment même où il avait perçu la menace du canon de son arme. C'était… légèrement différent de l'habitude.
Plus rapide, aussi.

Cela, Reed ne le calcula pas du tout, il baissa simplement son arme en voyant son silence et, ignorant le regard de Connor sur lui, il alla rejoindre d'un pas lent la sortie, derrière laquelle les officiers étaient devenus très agités depuis la détonation.

Connor s'en retourna à son déviant. Quelle pitié. Ils avaient mis la main sur un déviant en pleine possession de ses capacités, et peut-être aussi avec une grande partie de ses facultés mentales, tout ça pour qu'il soit détruit au moment où la situation était sous contrôle.

Travailler avec la police ne menait à rien.

Il déposa le corps du déviant au sol, et quitta le restaurant.

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Les mots de Markus tournaient dans sa tête. Le petit salaud savait parler, il savait quoi dire pour le faire culpabiliser. Il avait bien compris comment amener les choses.

Heh. Maintenant Hank ne pouvait pas s'empêcher de se sentir investi d'une mission, à cause de lui. Si Connor avait la moindre chance de devenir déviants, alors son seul espoir était que Hank lui tende la main.

Et Hank était bigrement tenté d'essayer.

Et alors même qu'il ne le faisait jamais normalement : tiraillé par cette envie, il se prit finalement à parler tout seul :

« Heh… je sais même pas qui tu es vraiment, Connor, je sais même pas si t'existe vraiment à l'intérieur, mais je crois que j'ai envie de t'aid »

Il pila en même temps qu'un autre chauffeur en train d'essayer de le dépasser par la droite. Ils se regardèrent et aussitôt le chauffeur lui cria dessus.

« QUOI ! QUESSTA CONNARD ! QUESSTA CONNARD ! »

Quand le chauffeur lui montra la barre de fer avec laquelle il s'apprêtait à sortir le frapper, Hank vit rouge et sortit son pistolet de fonction.

« TU VEUX JOUER A CA CONNARD ?! »

Le chauffeur dépassa en toute hâte par la droite en grimpant sur le trottoir et en rayant sa voiture. Hank rangea son arme, gratta la tête de Sumo qui chouinait – il n'aimait pas entendre son maître crier – puis reprit tranquillement le volant. Et comme son disque avait fini par se rayer dans le lecteur, il avait donc mis la radio, qui diffusait autre chose que du heavy metal – quelle surprise.

Ce qui ne l'empêcha pas de secouer la tête comme un gentil petit automobiliste sur le son de Gotye. Alors certes, Somebody that I used to know n'avait aucun lien avec quoi que ce soit, mais cela ne l'empêcha pas du tout de chanter dessus, pour prolonger la satisfaction qu'il éprouvait en cette fin de journée.

Meh. Essayer de rendre Connor déviant était franchement une idée de merde.
Du coup, ça lui allait très bien, comme idée.
Farpaitement.


Voilà, c'est fini pour cette (double) semaine ! J'espère ne pas vous avoir trop déçus mais je n'avais donc aucune inspiration pour prolonger le partenariat Connor-Gavin, je savais juste que je voulais le faire finir par ça. J'espère aussi que l'absence de relecture sur la fin n'est pas trop visible.
Et j'espère que cette scène d'action aura plut à tout le monde ! ^^ ne vous en faites pas, bientôt, Hank reprend du service ! Et il n'est pas prêt de bosser tranquille !