Nous voilà avec un chapitre en retard d'un jour seulement (fabuleux !) et comme je n'ai pas de commentaire à faire, on va y aller maintenant. Bonne lecture !
Chapitre 21 : Sportivement
Alicia toucha le champagne du bout des lèvres, mécaniquement. Elle détestait ça. Le goût de l'alcool. Et les soirées mondaines. Pourtant la voilà qui devait encore supporter l'une d'elles, debout dans d'inconfortables chaussures à talons, engoncée dans une robe rouge qui soulignait si bien ses formes qu'elle se sentait presque toute nue et tenant une flûte de champagne pour ne pas rester les bras ballants
Elle détestait ça. C'était inutile, il n'y avait que des gens qui ne l'intéressaient pas, à cette soirée. Elle, son truc, c'était plutôt les petites chambres, les pulls larges, les pantalons amples, dans lesquels elle était à l'aise, comme à l'abri et au chaud, dans son cocon.
Alicia était graphiste. Et douée. Elle pouvait vivre de son métier sans avoir à sortir de chez elle. Mais depuis longtemps, son imbécile de père l'obligeait à suivre certaines de ses habitudes mondaines – il dirigeait une grosse société – comme s'il espérait pouvoir changer quelque chose chez elle, la rendre plus… « femme », comme il disait.
Rien à foutre d'être "femme", grommela-t-elle en pensée, ruminant encore et encore. Quel besoin de se plier aux petits fantasmes de l'homme moyen et de mettre un foutu tailleur, un foutu chemisier, un foutu bikini, ou une foutue robe au dos échancré jusqu'au cul et aux coutures qui la grattaient en plus Mais Quelle Plaie !
« Un petit four ?
– On s'en va. »
C'était sorti de sa bouche comme un appel au secours. Le jeune homme à ses côtés, qui lui avait proposé justement un petit four, fit la moue et la suivi, marchant auprès d'elle. Il la connaissait très bien. Parfaitement bien, même. Après tout, Butler était son androïde.
Elle pinça les lèvres en y repensant. Butler. "Majordome", en anglais. C'était l'idée de son père, il s'était cru drôle à l'époque. Elle aussi, elle avait trouvé ça marrant au début. Puis… entre son père et ses idées à la con sur "l'âge adulte", et sa mère qui ne l'aidait pas plus avec des conseils dépassés et des concessions qui n'allaient que dans un sens, Alicia avait réalisé que le seul réel appui sur lequel elle pouvait compter à la maison, c'était lui.
"Butler".
Combien de temps l'avait-elle appelé ainsi avant de réaliser ce qu'il faisait pour elle ? Ces moments où il l'avait réconfortée, ça ne l'avait pas surprise, c'était le rôle des androïdes, non ? Puis un jour elle l'avait entendu mentir. Pour elle.
Mentir.
Les androïdes ne pouvaient pas mentir. Jamais. Sauf si on les y préparait très précisément. Lui l'avait fait naturellement. Pour la protéger. Quand son père posait des questions inquisitrices sur ses journées. Il l'avait couverte. Et plus d'une fois.
Elle s'était interrogée… Elle l'avait interrogé.
Comment ? Il ne savait pas. Ils ne savaient pas… c'était juste… comme ça.
« Est-ce qu'ooon… attend le voiturier ? proposa-t-il.
– On va jusqu'à la voiture. » répondit-elle, notant son hésitation.
Elle adorait ses hésitations.
Elle avait mis tellement de temps pour se rendre compte qu'elle s'en voulait de l'appeler Butler, pour qu'ils réalisent ensuite qu'ils n'avaient pas la moindre idée du prénom qu'ils souhaitaient lui donner.
Alors qu'ils traversaient le parking, ils passèrent non loin d'un groupe de jeunes riches, en costume, qui avaient quitté la soirée le temps de quelques cigarettes. Ceux-ci les remarquèrent à leur tour. Alicia serra son ignoble veste "chic" autour de ses bras frileux. Soirée à la con…
« Eh, tu veux pas qu'on t'ramène, princesse ? »
Putain de soirée à la con !
Elle avait accéléré le pas sans même s'en rendre compte. Un seul regard vers son acolyte, alors même qu'ils entendaient les autres les suivre et Butler prit les devants :
« Cours. »
D'un coup, Butler se retourna et envoya son pied dans l'estomac du premier qui les suivaient, excitant tous les autres pendant qu'Alicia courait jusqu'à la voiture.
« Urgence ! » cria-t-elle, maudissant son karma d'avoir à utiliser cette commande. La voiture bipa, ses clignotants s'allumant tous en même temps, ses portières s'ouvrant aussitôt et le bruit du moteur se fit entendre. La voiture détecta Alicia avant même qu'elle n'arrive et quitta sa place de parking pour gagner du temps. Alicia se faufila dans l'habitacle et se retourna pour attraper la portière et la retenir de toutes ses forces, les autres claquant d'un coup sec.
La voiture commença à rouler vers la sortie à vive allure, Alicia pouvait enfin voir Butler en train de se battre comme un acteur asiatique, mettant une volée au groupe de jeunes en costard qui, furieux, refusaient d'abandonner tant qu'ils ne pourraient pas le mettre en pièces.
« BUTLER ! »
La portière exerçait une force terrible sur ses mains. Le véhicule était prévu pour sortir sa propriétaire du pétrin en cas d'urgence. Une fois à l'intérieur les portières devaient se refermer coûte que coûte, surtout si c'était un de ses agresseurs qui tentait d'entrer. Le mécanisme ne faisait pas la différence entre ça et elle qui luttait pour sauver Butler, qui de toute façon, comptait pour du beurre pour le protocole d'urgence.
Pas pour elle.
Butler l'entendit, bien sûr. Il lança une analyse pour calculer son saut et après trois foulées, se jeta pile au bon moment pour passer par l'ouverture.
La portière claqua, la voiture quittait le parking.
« Ça va, tu n'as rien ?! » demanda-t-il en vain.
Alicia en avait perdu la voix, regardant les marques sur ses mains, rougies par l'effort, mais heureusement indemnes. Il la prit dans ses bras.
« Chut, tout va bien… tout va bien… »
Il la réconforta ainsi durant tout le trajet.
Ils n'ignoraient pas que quelque chose de profond était en train de se développer entre eux, quelque chose sur lequel ils avaient peur de mettre des mots. Ils n'ignoraient pas que "Butler" était différent des autres androïdes. Ils le voyaient tous les deux, ils le sentaient. Ils ne savaient pas d'où ça venait.
Ils savaient juste qu'il était différent.
Et cette différence, Alicia la chérissait maintenant.
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« Où est le boss ! Je dois lui parler ! » tonna Gavin en appuyant les consonnes. Chris le regarda sans rien dire, à peine surpris de le voir énervé, ce soir.
« Où ! Est ! Le Boss !
– Fowler est en salle de réunion, il revient dans une minute… tenta Chris, espérant que son aveu n'enverrait pas Reed directement dans ladite salle.
– C'est quoi ce bordel ? »
Tous les officiers présents dont l'attention avait été attirée par le raffut – et il n'y en avait pas qu'un peu – se tournèrent vers l'arrivée salutaire de leur patron.
Salutaire.
Ouais c'est ça. Ils étaient un peu au spectacle, aussi.
« Tu me vires cette merde ! » grogna Reed, montrant les dents et pointant Connor du doigt, à trois pas derrière. Fowler jeta un œil à la créature impassible avant de toiser Reed : « Déjà, on s'tutoie pas, et ensuite rappelle-moi qui donne les ordres ici ?
– Cette merde n'a rien à foutre ici !
– Qu'eeeest-ce qu'il a encore fait ? demanda Fowler en levant les yeux au ciel.
– Mais putain, je te demande pas de réfléchir ! C'est une putain de machine ! Tout fout le camp ! Ce truc ne peut pas enquêter !
– Connor ? »
Connor leva légèrement les sourcils, montrant qu'il écoutait en en faisant le moins possible – les policiers semblaient apprécier qu'il se fasse discret alors bon…
Et quelque part, il n'aurait pas parié sur le fait que Fowler retienne enfin son nom.
« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Y'a eu une merde ?
– Aucun dégât matériel, ni de blessé, seulement la destruction de l'androïde à appréhender. Mais je peux toujours vous montrer les vidéos… suggéra-t-il en désignant l'un de ses yeux.
– Oh. fit juste Jeffrey, appréciateur.
– Mais vous vous foutez de moi ?! »
Reed commença à se sentir légèrement seul dans cette assemblée silencieuse, qui ne montrait pas le parti qu'elle prenait.
Elle prenait surtout le parti du silence. C'est-à-dire qu'elle n'appréciait pas Connor, mais pas non plus de voir Reed leur faire un cake le soir à la fin du service. Une nouvelle voix, arrivant par l'entrée, brisa cette atmosphère :
« Qu'est-ce qu'y s'passe, Ben fait son pot d'départ et on m'a rien dit ?
– Hm ? Hank ? Hé, qu'est-ce que tu fous là ? salua Fowler, oubliant sauvagement Reed.
– Ben comme tu vois, je ramène un formulaire 36-B-mes-fesses. En clair le toubib est fier de moi, résuma-t-il en montrant le compte-rendu de la visite médicale. Salut Collins…
– Ben tiens… grogna Reed, absolument sans filtre : je me disais, ça commence à puer le chien mouillé maintenant…
– Je regrette, il n'y a ici que l'odeur de votre incompétence. »
Un silence de Cathédrale se fit.
Ils regardaient tous Connor comme s'il lui était poussé une deuxième tête.
Hank en lâcha son papier qui tomba comme une feuille morte.
« Vous avez laissé tomber ça, lieutenant.
– j'ai vu…
– Euh, Connor ? hésita Fowler, médusé. Tu peux répéter ?
– Ce ne sera pas nécessaire, l'inspecteur Reed a parfaitement compris.
– Espèce de… »
Reed ne finit pas sa phrase, son poing atterrissant directement dans le visage de Connor, qui tourna la tête sous l'impact avant de se remettre droit comme si de rien n'était. Quoique sa joue était blanche, mais elle redevint rapidement rose.
« Oh ! On se calme putain ! brailla Fowler le premier, prenant tout le monde de vitesse.
– J't'emmerde ! répliqua Gavin sur le même ton : si je continue de le voir je le désosse moi-même !
– C'est ta tronche que je vais désosser ! rétorqua Jeffrey.
– Mais… t'as trouvé ça tout seul, Connor ? hésita Hank, médusé, ignorant les deux autres en train de se crêper le chignon.
– Oui. Je travaille mon second degré.
– Guh- Qui t'a dit de faire du second degré avec… Gavin ? tâtait-il.
– Personne. Simplement la communication avec l'inspecteur Reed est très réduite, pour ne pas dire impossible. En tenant compte des autres problèmes qui se posent, il me semble approprié d'utiliser toutes les formes de communication possible pour transmettre l'information.
– …. quoi ?
– … en gros, lieutenant, fit Connor avec sa tête de diplomate ; s'il faut que je l'insulte pour lui faire entendre ce que je dois absolument lui faire savoir, alors je le ferai. »
Oh putain… pensait Hank. Pour que Connor en soit là, il devait vraiment s'être passé quelque chose.
« Et tu voulais lui dire quoi ?
– Qu'il s'avère impossible de travailler avec l'inspecteur Reed, dans la mesure où il ne possède pas les capacités mentales pour la fonction qui lui est attribuée.
– Mais tu vas fermer ta gueule ! »
Sans que les personnes présentes ne puisse l'anticiper, Reed revint à la charge, une main agrippée au col de Connor pendant qu'il lui mettait une, puis deux patates en plein visage, avant que les autres policiers – dont Hank et Jeffrey – ne le décrochent et que deux officiers ne l'attrapent pour le maîtriser. Connor, lui, s'occupa de remettre sa cravate en place, au grand dam de Hank.
« Putain mais tu pourrais pas te secouer un peu ?!
– Je vous demande pardon ?
– Pour la dernière fois, Connor, si t'es un flic tu peux pas te laisser cogner dessus, même par un autre flic !
– Je ne suis pas autorisé à faire usage de la violence contre des êtres hu-
– Il faudra bien, espèce de crétin ! Je connais mon job oui ou merde ?
– Bien sûr…
– Alors fais c'que j'te d'mande !
– Vous voulez que je… frappe l'inspecteur ? »
Hank s'attira l'attention des autres par son silence. Gavin continuait de brailler pour pouvoir se libérer et déboîter Connor.
« … C'est l'idée, sourit Hank, l'air mauvais.
– Putain Hank !…
– Ah mais laisse-moi, Jeff ! J'ai pas envie de sortir faire mon job et devoir le surveiller tout le temps, il doit savoir se défendre. Tu sais très bien qu'il a une chance sur deux de se faire dérouiller par des chômeurs juste parce qu'il a le triangle sur le pec' ! Tu crois que j'ai que ça à faire de m'en occuper ?
– Mais on s'en fout, tu t'en mêles pas, ils le remplaceront-
– Et les suspects, on en parle des suspects ?
– Je ne peux pas mettre en danger l'intégrité d'un humain, s'invita Connor, mais je peux mobiliser mes compétences pour maîtriser un déviant.
– Oui, ça c'est bien. Mais moi je te parle d'humains, bordel. Si un humain essaye de te casser la gueule, c'est pour qui les emmerdes ? Moi ! Parce que je vais m'interposer, et je vais prendre des risques inutiles. Surtout si t'en branles pas une ! Alors si tu veux me rendre service, défends-toi, nom de dieu !
– … ça fait sens. »
Reed se libéra, tenta un autre coup de poing, ignorant que Connor était déjà passé à l'analyse. Après concertation avec lui-même… Connor esquiva et mit une légère poussée dans le dos de Gavin pour le faire passer derrière lui, le laissant s'emporter dans son élan.
« Lieutenant Anderson ?
– Ouiquoi ?
– Je dois m'assurer de ce genre de détails ; est-ce que les contusions posent un problème ? »
Reed attaqua de nouveau mais Connor ne se donna même pas la peine de se retourner, il se décala et fit un autre mouvement de bras pour forcer Gavin à lui repasser devant, agaçant passablement Fowler.
« Aucun problème ! s'écria Hank, s'impatientant. Ça va, lâchez-le ! » dit-il aux officiers qui retenaient à nouveau Reed par les manches de sa veste. Reed n'étant cependant pas le dernier des imbéciles, il ne se jeta pas tout de suite sur lui, réajustant sa veste d'un mouvement d'épaules. Lui et Connor se regardèrent droit dans les yeux, l'un avec hargne, l'autre passivement. Lorsque soudain, le poing de Reed fusa à nouveau vers son visage.
Connor dévia le poing d'un geste vif mais souple et envoya sa paume à plat contre le visage de Reed dans une sorte de claque frontale. Le temps que Reed veuille contre-attaquer ; Connor en avait profité pour descendre sur ses appuis avant de lui envoyer son poing dans l'estomac, juste sous les côtes.
Reed se crispa, se plia en deux, et alors qu'il pliait les genoux, Connor le tint par les épaules et l'accompagna jusqu'au sol, où Reed resta roulé en boule, le souffle coupé. Voyant comme on le fixait, Connor répondit à Hank :
« Il n'a rien. Enfin, rien de sérieux.
– Non mais what the f… » murmura quelqu'un.
« Tu peux te battre ? demanda Fowler, ahuri.
– Bien sûr. Mais dans une certaine mesure. Je n'ai pas d'algorithmes de combat à proprement parler.
– Mais tu sais te battre ? répéta Fowler. Tu savais qu'il sait se battre, Hank ?
– On s'est déjà chamaillé avec deux androïdes, donc ouais, il est pas totalement mauvais, faut avouer…
– Ça va, Reed ? demanda Chris, à qui Reed chuchota un « ta gueule » presque inaudible.
– Commandant Fowler, est-il possible de revoir l'agent humain qui m'est attribué ? »
Il regarda Connor, puis fit la gueule. Vraiment, il n'avait pas signé pour tous ces emmerdem… ah. Si, il avait signé, en plus.
« Bon allez, ça fait rien, je m'en charge.
– Quoi ?! »
Si Fowler n'était pas aussi sûr de son intégrité mentale, il aurait mis cela sur le compte d'une hallucination passagère, mais il venait vraiment de voir Hank tempérer la situation et parler de… se remettre… au travail ?! Non parce qu'il retournait bien à son bureau, là.
« Attends, attends, Hank ! Tu vas pas te remettre à bosser ?
– Pourquoi ? Je suis viré ?
– Mais t'es en congé, abruti ! Attends au moins la fin de la semaine !
– Écoute. Si Gavin n'as pas été foutu de tenir, quoi, deux missions avec lui ? Alors arrête les frais.
– Mais on s'en fout je lui assigne quelqu'un d'autre, c'est l'affaire que de quelques jours !
– Et tu comptes le filer à qui, tiens ? »
À son sourire, Hank semblait déjà s'amuser de voir Fowler tenter de répondre à la question et en effet, quand Fowler commença par « Ben à... » en se tournant vers le groupe de policiers massés là où ils avaient laissé Reed : le silence qui suivit sa réflexion sembla montrer une chose : personne n'était à l'aise à l'idée de travailler avec la machine.
« Judith est exclue. » sourit Hank.
Judith fit une moue déconfite, se sentant trahie alors que Fowler levait les yeux au ciel.
« Vous comptez reprendre le travail à compter de demain, lieutenant ?
– C'est ça, répondit-il à Connor. Et même ce soir, s'y faut.
– Ce ne sera pas nécessaire…
– Si-si, coupa-t-il soudain. En fait j'aimerai bien vérifier ce que vous avez fait pendant que je promenais le chien. Viens voir par là. »
Et Hank vérifia le rapport de Reed sur l'affaire du bébé qui, notamment, l'affecta moins que Connor l'aurait cru. Sans doute que le côté administratif du rapport aseptisait la chose, et puis, il ne fallait pas se voiler la face : Anderson avait déjà dû voir son lot d'horreurs à la criminelle. Et après avoir fait le tour, il interrogea Connor sur leur dernière affaire. Par ailleurs, bien que le fait que le déviant aie tenté de protéger Connor en vain lui inspirait des sentiments très complexes,
« Et c'est tout ? Vous avez mis les voiles après ça ?
– Oui. Je ne peux pas rester sur les lieux si mon référent ne s'y trouve pas lui-même.
– Mouais, j'ai vu ça. Bon, il est quelle heure ?…. bah, ça va, on a encore le temps. Tu viens ?
– Où ça ?
– Voir le Pape.
– Je vous demande pardon ?
– Mais bon sang viens ! On retourne sur ta scène de crime !… Oui, non, d'interpel- oh tu m'as compris.
– Vous êtes sûr ? »
Agacé, Anderson lui adressa un regard noir pour toute réponse, las de devoir se répéter. Connor suivit.
Une fois sur place, Anderson vit Connor passer un bon moment à faire le tour du bâtiment. Il ne s'en étonna pas outre mesure ; Connor lui avait bien expliqué qu'il avait déjà pu fouiller le vieux restaurant de fond en comble, mais n'avait pas eu l'ombre d'une seconde pour s'attarder sur les environs. Hank jeta un œil à l'intérieur mais il ne restait rien, la carcasse avait déjà été récupérée.
« Alors ? Pas d'indices ?
– Il a perdu ceci pendant qu'il courait vers l'entrée. »
Connor lui montra un tout petit morceau de quelque chose qu'Anderson n'aurait même pas pu identifier en pleine lumière.
« Et c'est quoi ce… truc ?
– Un fragment d'un de ses biocomposants.
– Ah ? Tu crois qu'il l'aurait paumé avant de devenir déviant ?
– C'est une piste à creuser…
– A propos de piste, vous avez été voir d'où il venait ?
– Non, l'inspecteur Reed et moi-même avons étés demandés immédiatement ici, puis nous sommes rentrés pour qu'il puisse faire cette demande de réaffectation.
– Mouais… ok. T'as fini ?
– J'ai analysé toute la zone.
– Et le propriétaire, il habite loin ?
– Non, il est en ville.
– Tu connais l'adresse ?
– Bien sûr.
– Alors en route !
– Lieutenant Anderson, vous… vous mettez réellement fin à votre congé, n'est-ce pas ?
– J'ai l'air de quoi, là, à ton avis ? De promener mon chien ? Allez, dépêche-toi… » s'impatientait-il. Pourtant, son taux de stress était au plus bas. Il n'était absolument pas énervé.
« Est-ce que quelque chose a changé, lieutenant ? » osa-t-il demander une fois en route. Par chance, Anderson ne lui rétorqua pas avec ce piquant dont il avait l'habitude, il prit le temps de la réflexion avant de formuler, l'air vague :
« Bah, je dors mieux depuis que j'ai pris ma pause, ça doit être ça.
– … je pense que Sumo aussi n'y est pas étranger. »
Anderson ne quitta pas la route des yeux ; il le regarda du coin de l'œil en haussant un sourcil. Connor ajouta : « Les chiens peuvent agir comme de véritables anti-dépresseurs sur leurs maîtres. Et vous êtes un très bon maître pour Sumo. »
Anderson regarda à nouveau droit devant lui, faisant la moue mais sans pouvoir éradiquer le petit sourire qui flottait sur son visage.
« Je dirais pas ça… »
Ils se retrouvèrent assez rapidement chez le propriétaire de l'androïde, bien que Connor comptait le temps qui passait avec attention : pour lui, la notion de travail d'Anderson était floue : à ses yeux on ne lui avait pas officiellement réattribué ses fonctions, Connor le faisait donc travailler sur son temps libre. Or, il ne lui semblait pas… approprié, de voir son congé bénéfique si promptement abrégé par son incapacité à fonctionner avec Reed.
Tiens ! Il était sans doute judicieux de lui en faire part, d'une manière correcte bien sûr – correcte, oui, ç'eut été ballot de le faire enrager alors qu'Anderson commençait à se calmer. Alors qu'Anderson garait la voiture, Connor en profita donc :
« Je tiens à vous présenter mes excuses, pour votre congé. Vous auriez dû pouvoir en profiter comme il se doit. »
Anderson le regarda une seconde en clignant des paupières, ses yeux regardant ensuite à droite et à gauche comme s'il cherchait intérieurement une connexion, puis…
« Ah ! Oh, ça, t'inquiète, j'ai l'habitude. »
Anderson sortit de la voiture et rumina cela un bon moment, profitant que Connor ne puisse scruter ses réactions. Anderson se mit une petite baffe mentale : ce n'était rien, ça, juste le Connor-machine qui arrondissait les angles pour que leur relation professionnelle soit la plus lisse possible. Il devait pas réagir pour si peu.
S'il tenait vraiment à voir quelque chose d'intéressant, il devrait creuser plus loin.
« C'est là, alors ?… »
Hank observa l'enseigne. Comme le lui avait expliqué Connor, il ne s'agissait pas d'un particulier mais d'un professionnel : le patron et unique employé humain d'une salle de sport. Un certain Manners.
« Et il est encore là, à cette heure ? C'est fermé…
– Il vit au premier.
– Oh ! Parfait.
– Il y a un escalier qui permet de monter sans passer par la salle de sport. »
Ils sonnèrent et se firent recevoir, Anderson annonçant au propriétaire la destruction – hélas – de l'androïde qu'il avait espéré pouvoir récupérer après sa disparition.
« Ca fait chier, c'est une plaie de se faire rembourser maintenant ! pesta Manners.
– Pouvons-nous jeter un œil aux autres androïdes ? quémanda Connor.
– Qu'est-ce que c'est, ça ?
– Vous avez vos assistants, j'ai le mien…
– Bon, écoutez, soupira le coach en se pinçant l'arête du nez ; je veux pas paraître grossier, mais ça peut pas attendre demain ? J'ai vraiment eu une journée de merde…
– Je me doute, monsieur, mais c'est vraiment pas pour en rajouter une couche. Je veux pas vous inquiéter mais votre androïde s'est barré en sucette. Vous avez pas peur que les autres vous fassent le même coup ? »
Le coach resta silencieux une seconde. « … Nan, nan, y'a pas de raison…
– Vous en faites pas, y'en aurait que pour quelques minutes et si on vous en trouve un de détraqué, on vous l'embarque et on s'occupe de toute la paperasse.
– Cyberlife vous fournira des modèles de remplacement pour chaque androïde défectueux, assura Connor. Je vous assure que ce ne sera pas long. »
Visiblement tenté, le coach ne fit pas plus de difficultés et les invita à descendre au rez-de-chaussée. Sur place : la grande pièce silencieuse leur offrait toute une panoplie d'équipements de musculation. Hank reconnu les bancs pour le développé-couché, ainsi que toutes les grosses installations qu'il avait déjà dû utiliser pour sa carrière, mais aussi d'obscurs accessoires de sport, sans doute là pour… faire plaisir à des sponsors, peut-être ? Ou permettre à certains de se donner l'illusion de faire de l'exercice…
Ou alors c'était l'atelier yoga ?
« On est d'accord qu'il ne fait que… qu'un check-up ? hésita Manners, les bras croisés et les épaules un peu tendues, faisant quelque peu ressortir son régime protéiné.
– Vous en faites pas pour la confidentialité. Dans le pire des cas je lui dirai de s'effacer la mémoire. Je suis pas quelqu'un d'emmerdant… je suis pas du fisc, rit doucement Anderson, détendant un peu l'atmosphère.
– C'est pas ça, sourit le coach. C'est juste… on sait jamais à quel moment commence notre vie privée, avec toute cette technologie…
– Ouais… 'pour ça que je veux pas de ces trucs-là chez moi. J'vous admire, vous arrivez à bosser avec, quoi, dix, quinze… ?
– Vingt androïdes.
– Ah ouais !… »
Anderson fronça un sourcil, remarquant enfin quelques détails sur les androïdes qui attirèrent enfin son attention. On ne pouvait pas blâmer sa vue ; Connor officiait avec eux à une bonne dizaine de mètres, les deux hommes restant non loin de la porte par laquelle ils étaient descendus.
« Tiens… j'avais pas vu. Ils sont cabossés, non ?
– Quoi ?
– Vos androïdes. Ils ont des… "bug de texture", là. Il manque quelques bouts de peau, on dirait…
– Ah, ça ! Oh, forcément, avec ce qu'on leur fait faire. Vous imaginez bien, ils donnent l'exemple toute la journée pour motiver les p'tites grosses…
– Euh, c'est faux, se sentit obligé de répondre Connor.
– De quoi ? demanda Hank, tendant l'oreille.
– Celui-ci, montra Connor du doigt après l'avoir sondé : les détériorations viennent des corrections que vous lui avez administrées.
– Des corrections ?…
– Oui oh ça va, ça m'arrive, comme quand j'insulte mon ordinateur, rétorqua Manners.
– Vous lui tapez dessus ? » demanda Hank qui avait d'abord compris "corrections" au sens informatique, et qui posait la question plus par étonnement que réelle curiosité.
Manners ne lui rendit pas son regard, fixant ses androïdes d'un air froid et tendu, attisant cette fois bel et bien la curiosité de Hank. Bon, déjà, il avait sa propre opinion des gens qui cognaient ces machines, mais surtout… d'ordinaire, les gens qui s'en prenaient aux androïdes ne voyaient pas de raison de s'en cacher. Pourquoi se montrait-il à ce point sur ses gardes maintenant ?…
« J'ai un problème avec ce modèle…
– C'est-à-dire ?
– Je peux me connecter à lui, mais pas le sonder… C'est comme s'il y avait un problème de compatibilité.
– C'est peut-être un vieux modèle ?… proposa naïvement Hank alors que Manners hochait la tête pour l'approuver.
– Non, le modèle n'y changerait absolument rien. » précisa Connor, toujours en contact avec l'androïde.
Par ailleurs, Hank remarqua qu'il ne le tenait pas par la main, mais par le poignet, comme si cet androïde ne lui avait pas spontanément donné la main alors qu'en temps normal…
« Il a dû se détraquer, grommela Manners. Si je le fais reformater dans une de vos boutiques, Cyberlife me remboursera les frais ?
– À ce compte-là autant qu'ils vous en redonnent un neuf… commenta Hank.
– Il ne s'est pas juste détraqué, rétorqua Connor d'un ton un peu plus appuyé. On dirait plutôt… »
Il se tût, continuant de sonder, puis lâcha la main de l'androïde et agita la sienne devant son visage. Hank soupira : « tu vas nous dire c'qui s'passe oui ou non ?
– On dirait que quelqu'un l'a partiellement ré-encodé. »
Hank cligna des yeux.
« En anglais, s'il te plaît ?
– Il est possible que quelqu'un ai effacé une grande partie de ses codes pour ne garder que le strict minimum, et mettre de nouveaux codes, seulement je ne sais pas pourquoi… en tout cas ça explique le problème de compatibilité, le logiciel a été profondément trafiqué…
– Et ça n'expliquerait peut-être pas pourquoi on a retrouvé l'autre dans ce restaurant ? »
Connor haussa les épaules. « Difficile à dire maintenant que l'inspecteur l'a détruit. Mais il faut emmener celui-ci pour faire analyser tout son système.
– Manners, est-ce que vous avez des ennemis, ou des clients qui voudraient…
– ABX manœuvre 1. » répondit Manners.
Aussitôt, l'androïde aux côtés de Connor – celui-là même qui était resté prostré comme une statue – s'anima enfin et l'attrapa dans les bras, commençant à l'entraîner de force en arrière.
« Eh !… »
Hank voulu s'insulter d'avoir été aussi stupide : après son seul pas en avant pour aider Connor, un coup de pied derrière le genou lui fit plier la jambe et un autre coup violent à la tête l'envoya au sol, l'étourdissant pour un moment.
« Lieutenant ! »
Bon, ça ne servait pas à grand-chose à part lui faire savoir qu'il avait vu qu'il était en détresse, songea Connor. Il était temps de se dégager ! Donc comment se libérer… et se défendre d'un androïde modèle sportif ?
Alors que Connor se préparait à une lutte un peu trop longue à son goût, Hank prenait des coups, n'entendant même pas les grognements de Manners qui devait sûrement se plaindre de lui et l'insulter. Il s'en fichait, Hank était déjà assez en colère contre lui-même. Il n'y a pas si longtemps, quand il ne se laissait pas aller comme il le faisait, il l'aurait séché en quelques secondes. Alors voilà, c'était ça, lui ? Cet espèce d'incapable gonflé à la bibine comme un ballon de baudruche ?
Putain, sérieusement, non, il n'allait pas se laisser tabasser par un connard, une espèce de youtubeur sportif reconverti en coach à la manque, merde !
Alors Hank prit des coups. Il les accepta pour pouvoir se redresser, protégeant son visage, ne prêtant pas attentions aux provocations de Manners qui, en d'autres circonstances, l'auraient fait sortir de ses gonds. Il avait mal partout, mais il pouvait se protéger, au moins. Remarquant que sa propre garde était un peu trop bonne, il la relâcha pour ne pas relever la méfiance de Manners : Hank resserrait les bras uniquement au moment des coups, constatant que Manners avait des coups rapides, précis, et gérait bien ses distances.
Mouais, c'est bon, il avait fait sa propre analyse du bonhomme.
Un de ces gars qui faisait du fitness, peut-être un peu de culturisme, il ne s'exerçait pas de la bonne manière s'il voulait une vraie force et une bonne résistance, comme la plupart des mecs qui faisaient de la muscu en soi : ils voulaient juste avoir le corps du mec qui choppe les filles et pas celui qui se fait taper sur le coin de la gueule.
Et certes Manners semblait avoir pris quelques cours de boxe, ça se voyait car il n'était pas mauvais, en soi : c'était bien pour ça qu'Anderson ne pouvait pas renverser la situation juste avec sa bonne volonté. Par contre, il pouvait se montrer beaucoup plus malin.
Et beaucoup plus impitoyable.
« Ben alors, grand-père ?! »
Hank attrapa son poing, puis reçu un autre coup à l'estomac. Heureusement qu'il savait bander ses muscles pour ne pas vomir son déjeuner. Manners insista, légèrement inquiet de ne pas pouvoir récupérer sa main et quand il voulu vraiment agir pour se libérer, et pas juste pour cogner Anderson, celui-ci lui mit une première patate.
En quelques secondes, Manners comprit que cette erreur, cette prise que Hank avait sur son bras était beaucoup plus grave qu'il ne l'avait cru.
Hank encaissait plutôt bien ses coups. Et il les rendait mieux. La seule chose qui aurait pu sauver Manners aurait été de pouvoir mettre de la distance entre eux. Vif, agile comme il l'était, Hank n'aurait peut-être eu aucune chance.
Mais comment Manners pouvait-il mettre la moindre distance entre eux ?
Hank le tenait. Et il n'était pas sûr qu'une balle de pistolet aie pu le faire arrêter.
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Connor commença à se dégager de l'androïde et ressortait presque de la salle des stocks où l'androïde essayait de le retenir.
« AX394FDS20EDKD20589EP93ZEUR392ZPEOR9POZ… » récitait-il depuis tout à l'heure jusqu'à ce que soudain : l'androïde ne le lâche pour de bon, debout mais inerte, la diode grise.
L'un des innombrables codes possibles de désactivation avait fini par marcher. Pas trop tôt ! Connor se précipita dans la pièce principale et trouva Anderson, debout, tenant le poing de Manners dans sa poigne. Manners, lui, pendait au bout de son propre bras, inerte. Et le poing libre d'Anderson continuait de percuter son visage.
Anderson s'arrêta finalement et tira le bras vers le haut pour ramener le visage de Manners en hauteur, pour vérifier s'il était bien évanoui. Un fois qu'il pu se le confirmer, il lâcha Manners par terre et vit Connor le rejoindre pour prendre sa main, celle qui venait de cogner à répétition, et examina ses phalanges.
Elles n'étaient pas vraiment meurtries : la peau calleuse de Hank savait encaisser les chocs. Mais cela faisait bien longtemps qu'il ne les avait pas entraînées. Avec sa vision, Connor pu déceler quelques légères déchirures musculaires. Rien de médicalement alarmant : cela arrivait à la plupart des entraînement physiques et permettait ensuite le développement musculaire. Dans le cas d'Anderson, ici, c'était en tout cas assez pour être pénible.
« Je vais vous trouver de la glace. »
Connor repartit vers l'escalier pour voir dans le frigo de Manners, pendant que Hank faisait la moue.
Dire qu'il n'était pas fier d'avoir eu le dessus sur le tocard qui avait essayé de lui refaire le portrait, était faux, indéniablement. De fait, même s'il s'y attendait ; dire qu'il n'était pas un peu vexé de l'indifférence de son équipier, était tout aussi faux.
Quand même, quoi. Il l'avait étalé !
« Lieutenant ? »
Hank leva le nez ; Connor était toujours dans les escaliers
« C'était une belle performance. »
Et il lui fit même un petit sourire avant de continuer sa route. Hank fit mine de rien. Puis il sourit de satisfaction, avant de regarder Manners et de lui bourrer un coup de pied gratuit dans l'estomac.
Connor lui ramena de la glace en précisant par ailleurs qui avait appelé des renforts pour venir arrêter Manners, que Hank avait menotté, et emmener ses androïdes qui attendaient sagement.
« Encore une fois, je suis navré que votre congé prenne fin dans de telles circonstances…
– Tu rigoles ? Regarde, j'ai étalé un gars – légalement – et le cas de ton androïde s'est révélé bien plus intéressant que prévu. Tu devrais être content, non ? »
Hank le regarda avec insistance pendant que Connor lui faisait un espèce de bandage sur la main. Ils savaient très bien tout les deux que Connor ne pouvait pas être "content", et que cette réponse négative n'était pas ce qu'attendait Hank. Alors il fit l'effort de chercher une alternative.
« Vous avez raison. Cette étrange découverte n'aurait pas pu se faire sans vous.
– Tu vois ? sourit Hank en lui mettant une bonne tape dans le dos. Faut pas désespérer. C'est normal qu'une enquête prenne du temps. Peu importe si Cyberlife ne peut pas comprendre ça. D'accord ? »
Connor avait l'air content. Un petit sourire accompagnait son hochement de tête. Peut-être qu'il était content.
« Alors, fit Hank : même heure demain au poste ?
– Midi, je présume ?
– Oh t'es con…
– Non, Lieutenant. Pragmatique. »
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Alors qu'Alice et Charli apprenaient à danser la valse – et que Charli n'allait pas tarder à laisser tomber pour cause d'ennui mortel – une arrivée troubla le calme du bateau. Un androïde venait de débarquer en catastrophe, s'écroulant au sol à cause de la vitesse, et peut-être aussi de son manque de coordination. Les plus rapides le rejoignirent aussitôt pour le calmer et voir ses blessures. Le pauvre avait un trou dans le corps où manquait une pièce, que North couru chercher dans leur maigre stock, pendant que Markus fixait son front avec intensité, analysant sa structure interne, alarmé par les éclats qui manquaient et le laissaient deviner un sort qu'il connaissait bien…
« Tu t'es fait tirer dessus ? »
Il hocha la tête vigoureusement, retenant des gémissements d'inquiétude.
« A la tête ? »
Il hocha encore la tête, étonnant tous les autres. Survivre à une chose pareille !… difficile de parler de chance, mais en un sens il avait tout de même gagné à la loterie.
« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Tu reviens de la décharge ?
– Non ! J'étais dans, dans, dans un… un van ! Quand je me suis réveillé, j'étais dedans, j'ai forcé ! Forcé la, la… »
Il respirait plus qu'il ne parlait, si bien que Simon fini par serrer son bras dans ses mains et tenter de l'apaiser avec les pensées les plus calmes qu'il avait. Le voyant faire, voyant les efforts de leur nouveau venu pour essayer de se calmer, il ajouta ses mains sur celles de Simon qui tressaillit un instant, surpris, avant de reprendre son calme, autant que possible, alors que Markus l'aidait à la tâche.
Le nouveau venu se concentra sur sa respiration pour se calmer et North revint avec la pièce manquante, les rassurant un peu : ils en avaient bien une pour lui. Mais elle devrait attendre : il faudrait l'emmener voir Lucy, Alice et Charli dans la tente pour que cela se fasse sans incident. Il y avait quelques câblages à faire.
« J'ai… suis sorti du van et j'ai couru, j'avais connu quelqu'un, il venait souvent au club de sport…
– Ça peut attendre, coupa North. Il faut que tu t'économise.
– Non ! Maintenant !
– O-Ok !… d'accord !… » elle fit la moue à Simon, perplexe et ils le laissèrent finir. Sans doute qu'il ne se calmerait pas avant.
« Dans le club de sport…
– Tu travaillais là-bas ? questionna Markus.
– Hm-hm ! J'y étais, j'ai vu ces gens, ils font… ils ont pris un androïde, ils l'ont… ils l'ont branché… et ils… »
Le visage de Kara se défit, d'odieux souvenirs lui revenant en mémoire.
« Ils l'ont formaté ? »
Ils la regardèrent tous, surpris. L'étranger aussi, avec tristesse.
« …non. Ils réécrivent par dessus.
– … quoi ?
– Et c'était peut-être juste un début… »
Interdits, et surtout choqués, ils finirent par le confier aux bons soins de Lucy, s'assurant de le rassurer au mieux.
Mais ils ne purent se sortir ces mots de la tête. Kara n'avait jamais osé leur en parler, d'autant que Hank lui avait mentionné l'arrestation d'Andronikov. Pour les autres, c'était la première fois qu'ils entendaient parler d'humains s'amusant à toucher directement à leurs codes.
Et voilà ! Alors oui la réplique de Connor contre Gavin : pour ceux qui ont un doute, est bien une référence à Bob Lennon. Mais uniquement parce qu'un pote à moi m'en a parlé. Je pouvais pas la recaser à l'Eden Club c'était beaucoup trop tôt.
Je suis contente, on ravance un peu ! Je mets en place mes trucs, trop lentement, mais sûrement !
Avez-vous noté un très discret changement de type grammatical sur la fin ?… :)
