Hello ! Désolée du retard ! Alors, pour une fois, j'ai remplacé la tranche de vie par « l'ancien type d'intro » haha mais ne vous en faites pas, ce n'est pas comme si cet épisode était "totalement dépourvu" de sa dose de tranche de vie… je ne dis plus rien maintenant ! Ah si juste un truc ! Va y'avoir une scène chelou au bureau ! (enfin selon vos goûts) Parce que je crevais d'envie de la mettre ! Mais l'idée vient pas de moi je l'ai vue sur une fan-BD DBH sur pinterest.
Et re-re-re, Lady Clau ! En fait j'aurais du vérifier, ça se supprime au bout de 8 jours. Donc si tout se passe bien cette fois j'ai pas oublié et j'ai renvoyé mon mail à cette adresse. Essaye d'y aller rapidement ^^' je vais tenter de me souvenir de renvoyer le mail régulièrement mais sinon dès ta prochaine review me disant qu'il a encore été supprimé : j'irai renvoyer le mail le plus vite possible donc attends-toi après ta prochaine review à retrouver le message là-bas ! Bref ! On va y arriver putain !
Bon sang je viens de réaliser : si j'ai écrit « Mrs Moore » par le passé j'ai fait une grossière erreur. Dès qu'un perso a un grade, Connor doit l'appeler par son grade et jamais Mrs ou Mr. Pauvre Judith à qui j'ai manqué de respect.
(mais en même temps je suis plus habituée à Lieutenant, ou même Inspecteur, ça, ça sonne bien…)
Chapitre 22 : Premier degré, bug de saisie
« Piraté ?
– C'est le plus probable.
– Pourquoi n'as-tu pas essayé de scanner plus loin son système, Connor ?
– Pour préserver l'intégrité logicielle, et le confier à une équipe technique plus…
– Ne te donne pas cette peine, m'autorise Amanda : tu as largement le niveau pour ce genre de tâche. La prochaine fois qu'apparaît un de ces androïdes trafiqués, analyse-le immédiatement de fond en comble.
– Entendu.
– Il ne faudrait surtout pas que ce problème se généralise lui aussi…
– Est-ce que cela doit s'ajouter à l'enquête sur les déviants ?
– …si possible, mais cela ne doit pas te ralentir.
– Ces deux cas sont peut-être liés…
– Il est encore trop tôt pour le dire. Les possibilités d'une participation humaine sont faibles, mais après tout, possibles. Sois méticuleux, Connor. »
Amanda doit avoir du mal à l'imaginer, après-tout Cyberlife est nécessairement à la pointe de la cyber-sécurité : trouver un androïde qui s'avère ainsi trafiqué représente un véritable affront, et un risque énorme pour leur image si l'information devenait publique…
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« Ha ! »
Connor se retourna du côté d'où venait la voix – sur sa gauche – puis se retourna sur sa droite, où s'était faufilé le Lieutenant juste après avoir fait "ha".
« Midi, hein ?! crâna Anderson étant donné qu'il était neuf heures et qu'il entrait déjà dans le commissariat.
– Vous m'avez eu, concéda gentiment Connor pendant que Hank rejoignait Ben :
– Ah ! T'as réussi à faire craquer Manners ?
– Nan. J'ai pas eu plus de chances que toi hier soir, il est muet comme une tombe.
– Et l'équipe technique ? questionna Connor. A-t-elle trouvé des données concrètes sur l'androïde ?
– Hein ?… ah, ça, non plus. Ils disent qu'il n'y a rien. Enfin, c'est juste un gros exécuteur de tâches, il ne garde en mémoire que c'qu'il faut pour obéir à des commandes. Il n'a pas d'archives audio, vidéo, pas d'historique des commandes demandées, que dalle.
– Et les commandes en question, quelles sont-elles ?
– Il obéit par commande vocale pour l'instant. Il faut d'abord le lancer avec le, euh, le mot-code ABX…
– "Ok google", lâcha Hank avec un sourire en coin.
– Et après tu donnes le numéro de la manœuvre. Par exemple la première, c'est clairement la plus aboutie et même la seule : c'est pour identifier un intrus qui ne fait pas partie de la liste enregistrée. Il l'attrape, l'immobilise et l'éloigne de l'utilisateur. L'utilisateur enregistré, c'est Manners. La liste blanche, c'est Manners et ses androïdes, mais le technicien pense qu'il y a eu d'autres listes avant qui ont servi de test. Il essaye de voir s'il peut trouver d'autres identités comme ça, comme celle du type qui a fait ces programmes. Mais au final ce serait peut-être plus simple d'envoyer l'androïde à Cyberlife pour le faire décortiquer…
– Nan, laisse tomber, Jeff gardera toutes les pièces à conviction ici, il donnera rien à Cyberlife et je comprends parfaitement, assura Hank.
– Mais pourquoi ? s'incrusta Connor. Vous auriez une analyse en profondeur en un rien de temps…
– Ouaaaaiiiis mais non. Ne jamais faire confiance à ces mecs. Tu peux pas comprendre. De toute façon s'ils veulent vraiment nous filer un coup de main c'est à eux de nous envoyer un technicien, pas à nous de faire sortir les pièces à conviction.
– Oh… hm-hm… mais moi je suis déjà là !
– Mouais, toi t'es là… »
Connor le regarda avec insistance, alors que les deux autres se taisaient, puis il fit quelque chose d'assez étrange : Connor pencha lentement la tête, puis quémanda avec un sourire :
« S'il-vous-plaît ?…
– Pfff, allez, tais-toi et va bosser.
– Vous ne voulez pas y réfléchir, Lieutenant ?
– T'as pas accès à la salle des preuves et ça reste comme ça pour le moment, alors va mettre ton nez ailleurs. »
Connor secoua la tête et partit de l'autre côté, dans l'espace cafétéria. Hank laissa faire, bien qu'un peu perplexe – qu'est-ce qu'il pouvait bien faire dans le coin cafète ? – et retourna vers son bureau, remarquant que Gavin était dans celui de Fowler, pour un sermon peut-être ? Et d'ailleurs, Gavin en sorti juste à temps pour croiser Connor, ramenant un café. Le visage de Gavin passa en un instant de l'agacement à la rage.
« Putain mais qu'est-ce que tu fous là, toi ? grogna-t-il d'un ton presque bas, un ton où la menace fleurait l'agression.
– Je passe toujours par le commissariat le matin, à moins d'une urgence.
– Je t'avais dit que si je te revoyais, je te déglinguais, connard !
– Reed, vas péter un coup ! pesta Hank, peu disposer à s'engueuler de si bon matin.
– C'est quoi ton problème ?! » insista Reed en poussant Connor qui, sous la pression, vérifia surtout qu'il n'avait pas renversé de café. « T'as pas eu ta dose ?! Dégage !
– Je voudrais passer, inspecteur.
– Dégage, j'te dis ! C'est un ordre !
– Je ne suis pas sous vos ordres, inspecteur. »
Les mots de trop. Reed devait vraiment compter sur sa disparition pure et simple du commissariat, sinon il n'aurait pas sorti son arme de service pour la braquer sur son visage.
« À quel moment je te demande ton avis putain ?!
– Hé, hé, hé ! s'écriait Hank en se levant. Qu'est-ce que tu fous Reed ?!
– T'occupes pas de ça, Hank ! C'est entre lui et moi !
– Range cette arme !
– T'es malade ?! s'écriait Judith en arrivant.
– Inspecteur…
– Toi c'est vraiment pas l'moment d'la ramener !
– Et tu comptes faire quoi, sérieux ? railla Hank depuis son bureau, intimant d'un geste à Jeffrey de ne pas s'en mêler. Lui mettre une balle dans la tête ? Payer la facture avec ton assurance-décès et le voir revenir tout neuf dès le lendemain ?
– Si vous analysez la situation… voulu tempérer Connor à son tour.
– Si tu veux analyser un truc, analyse ça connard ! » appuya Gavin en pressant le canon de son arme contre le coin de la bouche de Connor. Hank ne put s'empêcher de penser que si Gavin sortait une idée aussi précise que celle-ci : Connor avait encore dû mettre des indices dans sa bouche. Par ailleurs pendant ce temps perdu à brailler : une bonne partie des flics de Detroit était bien sûr au spectacle, hésitant très franchement à s'en mêler.
« Gavin arrête ça tout de suite ! ordonna en vain Judith.
– Allez, vas-y, analyse-le ! »
Le programme de Connor fit un petit écart : lui qui croyait comprendre le second degré, il venait peut-être de se tromper à l'instant en pariant que Reed ne parlait pas sérieusement.
« Vous voulez réellement que j'analyse le canon de votre arme ?
– C'est ça vas-y ! » siffla-t-il entre ses dents.
Ce qui devait arriver arriva. Connor, muni de son énorme premier degré : analysa la requête et sa validité, puis se donna la peine d'y répondre. Et donc, devant bien plus de témoins qu'il n'en fallait : il ouvrit la bouche, avança légèrement le cou pour apposer délicatement le bout de sa langue contre la bouche du canon, puis recula à nouveau la tête, referma les lèvres et les fit attendre.
Tous.
Dans un silence de mort.
« Des traces de poudre. Vous avez fait feu récemment. Sans doute le tir d'hier soir, vous n'avez pas dû nettoyer votre arme depuis. »
Silence de mort.
« Autre chose ? »
Le bras de Gavin plia, son visage exprimant un état de choc particulièrement visible, puis il se décala petit à petit pour revenir à son bureau, dans un état second. D'ailleurs il semblait ne pas savoir ce qu'il voulait faire de son arme. On aurait cru qu'il ne voulait pas la remettre dans son holster maintenant que Connor l'avait "goûtée".
« Mais t'es un grand malade, toi… lâcha Jeffrey.
– Non-non il fait ça tout le temps… soupira Hank.
– Hein ?!
– Il passe sa journée à fourrer des indices dans sa bouche. C'est comme ça qu'il les analyse.
– Oh putain… oh beurk…
– Oh mon dieu… souriait Judith jusqu'au oreilles, crispée mais les yeux pétillants.
– Ah ça y est… vit venir Hank.
– C'était sexuel.
– Judith ! gémit Chris, qui semblait vouloir rayer cet événement de sa mémoire.
– C'était définitivement sexuel ! »
Hank se boucha les oreilles. Il s'y était attendu, après tout il l'avait assez vu faire pour pouvoir rendre compte d'à quel point c'était dérangeant : chaque fois que Connor analysait quelque chose, il le faisait d'un geste anormalement lent. Alors déjà que se mettre du sang bleu ou rouge dans la bouche n'avait rien de ragoûtant, mais quand en plus on voyait sa façon de le faire ! Non. Hank préférait encore regarder ailleurs dès qu'il sentait que Connor flairait un truc, à force.
Il faudrait peut-être qu'il en parle à Markus.
« Je ne suis pas sûr de comprendre l'ensemble de la situation, mais en attendant, votre café… »
Connor posa le café qu'il tenait depuis un bon quart d'heure – bon d'accord presque une minute – sur le bureau de Hank, avant de revenir au sien (de bureau). Hank hésita à le prendre.
« C'est… gentil.
– Toi au moins tu le jettes pas à la poubelle, nargua Judith.
– Quoi ? » fit Hank, perdu. Connor répondit aussitôt :
« L'inspecteur Reed insistait pour avoir lui aussi une tasse de café chaque matin. Pas pour le boire, mais pour le jeter immédiatement après.
– Hein ? Pourquoi ?
– Chacun son rituel. » termina Connor en se remettant au travail pendant que Hank : réfléchissait, constatait que Reed était accessoirement un con – Oh ! Grande nouvelle ! – mais surtout revint sur le choix des mots de l'androïde. "Insistait".
Si Reed avait dû insister pour avoir son café, c'était sans doute qu'on ne devait pas partir du principe que Connor le lui donnait tous les matins par défaut.
Hank regarda son café en essayant de compter le nombre de fois où un café avait atterrit sur son bureau grâce à Connor. L'exercice de mémoire n'était pas forcément évident : aucune journée ne se ressemblait dans son emploi du temps ; horaires, affaires… pourtant à vrai dire, chaque fois le geste de Connor l'avait surprit, peut-être aussi un peu dérangé, il faut avouer. Beaucoup moins maintenant, pour être tout aussi honnête.
Mais surtout ; le geste de Connor avait toujours été spontané.
Puis, alors qu'il buvait son café, Hank remarqua l'attitude de Connor : le regard fixé sur un élément de son bureau ; Connor prit doucement un mug et regarda à l'intérieur. Hank fronça un sourcil mais ne dit rien, laissant son androïde s'interroger.
« …. Officier Moore ?
– Oui, Connor ?
– Est-ce vous qui avez rempli cette tasse ? »
Elle lui jeta un regard empli d'amusement et… de mauvais augure. Allez savoir, elle avait souvent cette tête lorsqu'elle était fière d'elle. Ce sourire malsain.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » Hank consentit à s'intéresser. Connor se tourna vers lui, tenant toujours la tasse et répondit : « Du Thirium.
– Du… quoi ?…. Du Thirium ? »
Judith riait en silence.
« Du Thirium ?!
– T'as vraiment acheté du sang bleu ? râla Chris à qui, de toute évidence, Judith avait dû faire part de ce "plan".
– Ben oui et alors ! Tout le monde doit boire son café du matin !
– Je n'ai pas besoin de café, répondit Connor. Ni de boire…
– Mais tais-toi, c'est un rituel ! insista Judith pendant que Hank se massait le front.
– Je n'ai pas d'estomac, insista Connor à son tour.
– Mais, mais… balbutia Judith. Mais les androïdes boivent du Thirium, non ? »
Alors que Chris s'apprêtait à lui expliquer le principe du sang bleu, Judith le reprit :
« Non mais vous n'écoutez rien ! Quand un androïde a perdu du Thirium et que la fuite est réparée, le Thirium qui lui manque il le boit ! »
Hank soupira de plus belle, dégoûté. Chris, lui, haussa un sourcil quant à l'aspect technique et finit par regarder Connor, dubitatif. Connor répondit à son interrogation silencieuse : « En effet, en cas de déficit de Thirium, le système est prévu pour que les androïdes puissent en boire, pour remettre le volume manquant en circulation…
– Voilà ! coupa Judith.
– Mais je ne suis pas en déficit de Thirium…
– T'as même pas un petit compartiment de secours que tu pourrais remplir ? »
Alors qu'ils étaient en train de poursuivre leurs mimiques d'accablement, Hank et Chris se figèrent en constatant que Connor était silencieux.
« … si. » avoua-t-il.
Judith leva les bras vers le ciel en signe de victoire. « Eh ben voilà ! Tu peux boire ton café bleu du matin. »
Et Judith se remit au travail comme si de rien n'était, sans oublier le sourire satisfait sur son visage. Chris fit la moue, croisa le regard de Connor et haussa les épaules d'un air impuissant : Connor n'avait qu'à s'exécuter.
Sous le regard faussement inattentif de Hank, donc : Connor s'en retourna à son bureau en pivotant sa chaise, et regarda son mug, l'air pensif, évaluant une dernière fois la situation, avant de finir, visiblement, par considérer que suivre l'exemple n'était pas une si mauvaise idée. Donc il leva son mug « je suis du matin » pour faire, eh bien, comme tout le monde.
Ainsi, alors qu'il en buvait ses premières gorgées : Hank eut droit à une vue parfaite sur le cul du mug, sur lequel était délicatement dessiné un doigt d'honneur agrémenté de la mention « fuck you ».
Ce décalage total le prit totalement au dépourvu, si bien qu'il éclata de rire, immédiatement. Littéralement. Prenant de cours à la fois Chris, Connor, et même tous ceux qui n'étaient pas Judith – qui en l'occurrence riait silencieusement, les épaules secouées presque au même rythme que celles de Hank.
Connor sembla perdu un moment, ce qui valait le coup d'œil : il avait clairement conscience qu'il était le déclencheur mais n'en voyait pas la raison. Après concertation avec lui-même, il lui vint l'idée de lever le mug et de baisser la tête pour regarder en dessous, et vit l'inscription. Il eût l'air assez… déconcerté.
« Dois-je vous présenter des excuses, Lieutenant ? » demanda-t-il avec hésitation. Mais le fou-rire incontrôlable de Hank sembla lui suffire.
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Une heure plus tard, Hank et Connor étaient en route pour prendre la déposition d'un fils-à-papa. Hank était un peu grognon, mais sans plus. Ce n'était pas la tâche elle-même qui l'agaçait, ça ne durerait pas. Mais il avait très bien compris – et Jeffrey ne le lui avait pas caché – que le jeune homme était le fils d'un gros bonnet, qui avait exigé que la police fasse elle-même le déplacement pour prendre la déposition de son précieux fils. Et par principe, Hank n'aimait pas les traitements de faveur injustifiés.
« Donc, fit Hank en prenant des notes ; pendant votre pause cigarette, un androïde vous a agressé ?
– Moi et des amis. On faisait rien de mal…
– C'est lui qui vous a fait ça ? désigna-t-il le coquart.
– Ouais… un de mes amis a failli avoir la jambe pétée !
– Hm-hm… et vous avez noté des signes distinctifs ? Sur l'androïde, je veux dire. Vous avez reconnu son modèle ? »
Connor écouta attentivement (ce qui ne changea pas grand-chose).
« Ouais, pas besoin de chercher très loin ! Il est à cette pouffiasse, la fille de Thernold…
– Monsieur, Thernold, corrigea un majordome non loin de là.
– Ouais-ouais… chassa-t-il d'un revers de main.
– Vous n'avez aucun doute là-dessus ?
– Aucun. Elle était à la soirée.
– Et vous n'avez pas appelé la police à ce moment-là ?
– Non, il a foutu le camp après ça. Ce vieux tas de merde…
– Bon, eh ben merci, on va s'y rendre…
– Si j'peux me permettre ?
– Hm ?
– Y vous sert à quoi, le machin, là ? Debout avec son manche à balai dans le luc' ?… sourit le jeune d'un air torve.
– Lui ? coupa Hank avant tout futur déballage de railleries inutiles. Trop performant pour vous, je lui ai dit de se taire pour qu'on gagne du temps. Tu viens Connor ?
– Je vous suis.
– Quoi ? »
Et le jeune homme fut laissé là, avec l'impression justifiée qu'on l'avait pris pour un imbécile.
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Connor scruta Hank d'un œil distrait.
Distrait, oui, il en était bien capable ! Puisqu'il l'observait en consultant des archives ; il "ressassait un vieux souvenir" en quelque sorte. Un souvenir de l'Officier Judith Moore.
Après la traque – échouée – du déviant répondant au faux nom de Rupert Travis, Connor et Hank étaient rentrés au commissariat dans une ambiance très silencieuse. Judith avait trouvé l'ambiance pesante, alors que Hank était juste passablement fatigué ce jour-là et que Connor n'avait pas cherché à l'importuner. Judith avait tenté de tirer les vers du nez à Connor et celui-ci lui avait plus ou moins fait part de ses problèmes à communiquer et comprendre le Lieutenant.
C'est alors qu'elle lui avait confié sa propre analyse du Lieutenant, lui faisant promettre de ne pas le répéter. Il se trouvait que les explications de Judith avaient aujourd'hui un contexte pour l'illustrer correctement.
« Le rayon pour hommes est de ce côté. Nous pouvons vous présenter les chemises, les costumes…
– N-Non, merci…
– Êtes-vous sûr ? Nous disposons aussi d'un large échantillon de cravates et de tee-shirt fantaisie !
– Ça ira… »
Le Lieutenant Hank Anderson se tortillait face à une machine, incapable de continuer son chemin tranquille dans le magasin de vêtements – lieu où ils devaient pouvoir retrouver la propriétaire de l'androïde sur lequel ils menaient l'enquête – et cette attitude, à l'opposé du Lieutenant bourru habituel n'était pas sans attiser l'analyse de ses algorithme et bousculer ses moyennes de calculs. Et par dessus-tout, donc : cela faisait écho avec les propos de l'officier Moore.
« Alors en fait, comme tu vois, Hank fait son compliqué. Il râle, il jure, et quand ça va il est sarcastique. Mais j'aurais tendance à dire que c'est plutôt une croûte qu'une véritable identité, tu vois ce que je veux dire ?
– Non. »
Elle gloussa.
« Ce que je veux dire c'est qu'il n'a pas toujours été comme ça. Quand il ne faisait pas tout à fait semblant, il était sarcastique, c'est normal on se fout tous de la gueule des autres ici, c'est bon enfant. Mais en dehors de ça Hank pouvait être une personne très souriante avant de devenir grincheux. Donc le sarcasme, ça fait partie de lui, mais le côté « fiche-moi la paix », cette manie d'éloigner tout le monde, c'est du rajout, le prends pas forcément comme un échec, c'est une méthode de défense chez lui, il cherche machinalement à renvoyer tout le monde loin de lui même quand l'approche est bonne.
– Et vous savez d'où…
– Non, coupa-t-elle abruptement. Qu'est-ce que je disais ?… Ah oui ! Donc voilà : Hank ne te déteste pas et ne déteste pas tout le monde, il en est tout simplement incapable. A l'intérieur c'est un type bien voire un énorme nounours. Je plaisante pas ! Et tu veux savoir pourquoi ? Parce qu'il est incapable de gérer les gens trop polis ou trop gentils.
– C'est-à-dire ?
– C'est-à-dire… tu sais, Connor, tu fais toutes les concessions, tu t'arranges au mieux pour que ça passe. Si tu dis pas un mot de travers – je dis pas, ça peut t'arriver, forcément – Hank n'a pas de raison de vouloir t'exploser la tête.
– Pourtant…
– Pourtant oui, il râle tout le temps, c'est vrai. Mais ça c'est parce qu'il s'interdit d'être gentil avec toi. Je te rappelle qu'il prétend être anti-androïde.
– Il ne l'est pas ?
– Non. Foncièrement il s'en fout.
– …
– C'est quand les gens sont des cons que ça l'énerve. Fondamentalement, les androïdes sont pas dangereux, c'est l'usage qu'on en fait qui compte. A contrario, la drogue, la violence gratuite, ça ça le met en boule.
– …donc il… prétend, être anti-androïdes ?
– Lui dit pas ça, ça le foutrait en pétard. Moi non plus, je dis pas ça devant lui. Mais entre nous, je pense qu'il trouve ça très commode. … sans être anti-androïdes, il n'aime pas du tout l'idée d'avoir un androïde au travail et il détesterait en avoir un dans son chez-lui. Mais… hé, ne désespère pas !
– Ce ne sont pas ce que j'appellerai des signes encourageants, Officier…
– Mais si, au contraire ! Je te dis qu'il ne déteste pas les androïdes. Ajoute à ça le fait qu'il est incapable de s'énerver face à quelqu'un de poli et gentil et qui ne peut foncièrement pas être tenu responsable de ce qu'il fait !…
– Où voulez-vous en venir ?
– Encore une fois je nierai si tu en parles et surtout je t'interdis d'en reparler : un jour j'ai vu Hank complètement perdre les pédales dans un magasin de chaussures. Le vendeur lui tenait la jambe, il était incapable de s'en débarrasser ! »
Judith gloussa en se remémorant ces souvenirs.
« Hank pouvait pas lui en vouloir : c'était un jeune qui faisait son job, sûrement que c'était comme ça qu'il payait son prêt étudiant.
– Mais c'était un être humain, alors.
– Il m'a fait le même coup plusieurs fois avec des androïdes. Connor, Hank ne peut pas te tenir rigueur de lui coller au train, quand tu lui dis que tu es forcé par tes instructions ! »
Connor en était resté passablement surpris. Si Judith ne le lui avait pas dit à ce moment-là, il n'aurait jamais cru possible que le Lieutenant puisse être si compréhensif, derrière ses réponses acides. Ces mêmes réponses étaient peut-être d'autant plus acérées du fait que Hank ne pouvait pas se mettre en colère contre lui, lorsque celui-ci se présentait à lui pieds et poings liés. Anderson cacherait-il donc sa frustration derrière une sur-couche d'agressivité feinte ?…
Cela, Connor voulait bien l'admettre aujourd'hui : cette caractéristique pouvait expliquer qu'il aie fini par amadouer le Lieutenant. Et expliquait aussi l'incapacité du Lieutenant à se débarrasser d'un androïde alors qu'il se prétendait anti-androïde, justement.
Connor ajusta sa cravate et les rejoignit.
« Laisse-nous tranquilles. »
Hank se raidit, sentant Connor juste à côté et surpris par son ton un peu froid. L'androïde-vendeur hocha sobrement la tête en quittant la zone. Hank fit une moue dubitative, encore mal-à-l'aise. Connor passa en mode pédagogie :
« Les androïdes-vendeurs sont conçus pour être sans pitié : tout ce que les vendeurs humains apprennent en temps normal pour vous pousser à acheter, les androïdes le font à la perfection. Contrairement à leurs homologues humains, il ne ressentent pas d'émotions contradictoires lorsqu'ils franchissent certaines limites pour vous convaincre. Et évidemment, ils peuvent faire ça toute la journée. Donc ils n'auront aucun scrupule à abuser de votre patience jusqu'à avoir atteint leur objectif : vous faire craquer. Ils profitent de la moindre faille, de chaque preuve de tact de votre part, pour insister. Donc, lorsqu'un androïde vous aborde pour vous faire acheter, n'essayez pas de leur répondre poliment, n'essayez pas d'être gentil, ça ne fonctionne pas. Dites-leur "Laisse-moi tranquille", c'est à peu de choses près la seule injonction assez ferme pour ne leur laisser aucune marge de manœuvre.
– … ah ouais… Laisse-moi tranquille ?
– C'est ça. »
Hank hocha la tête, et marmonna « Laisse-moi tranquille » en regardant dans l'allée où était partit l'androïde, sans doute pour graver l'astuce dans sa mémoire. Puis il se trouva vers Connor pour le répéter. « Laisse-moi tranquille. »
Connor lui jeta un œil et, voyant le regard fixe du Lieutenant, il réfléchit très vite et se permit ainsi de lui offrir un sourire en coin : « Ah, si seulement c'était si simple… »
Hank roula des yeux. Et intérieurement, son cœur se retrouva tout bouffi d'orgueil de voir à quel point il enseignait bien le second degré à son imbécile de partenaire.
« Mrs Thernold ? »
Une jeune femme se retourna en les voyant. Ils savaient qu'elle ne travaillait pas ici, enfin, pas à proprement parler : elle travaillait pour le petit magasin de vêtements en leur proposant des design pour leurs tee-shirts, et parfois proposait des idées de coupe de vêtement. Mais surtout, c'était la propriétaire présumée de l'androïde incriminé dans l'agression sur laquelle ils étaient priés d'enquêter.
« … oui ? » répondit-elle d'un air mal assuré. D'un autre côté il n'était pas difficile d'être surpris de se faire appeler par son nom par deux inconnus pareils.
« Lieutenant Anderson, de la police de Detroit. Je peux vous parler quelques minutes ?
– Euh… oui ? » elle était trop prise au dépourvu et trop inquiète pour refuser. « Qu'est-ce qu'il se passe ?
– Je ne veux pas vous forcer la main, commença Hank. C'est juste qu'apparemment, vous n'êtes chez vous que tard chaque fin de journée et je me voyais mal sonner chez vous à dix heures ce soir.
– D'accord…
– Voilà. J'ai pris la déposition d'un jeune homme tout à l'heure et il affirme que votre androïde serait l'auteur d'une agression qui a eu lieu hier, dans la soirée. Alors je vais devoir vous poser quelques questions pour confirmer tout ça.
– Quoi ?! »
La petite jeune (Hank ne savait franchement pas si elle avait 17 ou 24 ans) avait reprit instantanément du poil de la bête, offusquée. Sous ses airs timides, elle cachait un cœur de lion, adorable, jugea-t-il en lui offrant un sourire amusé : « Je vois que vous avez peut-être votre version à donner ?
– Et comment ! C'est n'imp… grah ! C'est Andrew, hein ?! Vous pouvez me le dire !
– Euh, non, justement. Je n'ai pas le droit.
– Ah, oui, non, pardon, désolée…
– C'est rien, respirez un coup, et racontez-moi comment selon vous, ça s'est passé. Parce que j'imagine que vous étiez là ?…
– Bien sûr que j'y étais ! Andrew et ses copains m'ont couru après ! » Hank fit "oh" du visage sans émettre un seul son, tout en griffonnant sur son vieux calepin. « Cette bande de connards ont voulu me suivre jusqu'à ma voiture mais Bu-… mon… mon androïde les a arrêtés. Il m'accompagnait à cette soirée, en fait il m'accompagne partout. Il sait très bien que si je me promenais toute seule je devrais passer ma vie à courir pour éviter ce genre d'emmerdes ! Alors il a pris les devant dès qu'ils nous ont rattrapés, pendant que je courrais jusqu'à la voiture, et après il a sauté dedans avec moi. Ça vous va, comme version ?!
– Ah oui, moi ça m'va très bien ! Donc une seconde ; vous dites qu'Andrew et ses amis étaient là ? Vous pouvez me donner leurs noms ?
– Andrew Davis. » prononça une autre voix. Connor et Hank se tournèrent et virent un androïde masculin rejoindre calmement Mrs Thernold. « Richard Keenan. Patrick Montgomery. Steven Jones. Rodrich Millan. Damian Ballsilles. Ernest MacKarthy. Geoffrey et Jeffrey Seven.
– Leurs parents avaient le sens de l'humour… commenta Hank, écrivant dans le même temps. Un simple coup d'œil vers l'androïde le refroidit : il était raide et froid comme une machine, une vraie, pour changer. Et, fait notable, il était légèrement plus grand que Hank ou Connor.
« Donc, vous les connaissez plus ou moins personnellement ? s'en retourna Hank, vers Alicia.
– Ce sont les fils des connaissances de mon père… esquissa-t-elle. En gros, pour vous faire un dessin : mon père est un grand patron, qui connaît des grands patrons, et qui ont des fils. Donc Butler les connaît tous plus ou moins parce qu'ils sont dans notre carnet d'adresse.
– Aha, parfait, ça. Je veux dire, y'a pas de place à l'erreur sur l'identité de vos agresseurs.
– Non.
– Et c'est lorsqu'ils vous ont couru après que vous avez décidé de vous enfuir ? Ou ils vous ont menacée ?
– Dans ce genre de situation, je n'attends pas de voir les réelles intentions de mes poursuivants. Je me barre dès qu'il y a le moindre mouvement suspect. » répondit-elle froidement. Hank hocha la tête ; il était flic. Il aurait été curieux qu'il n'aie jamais vu ce genre de situation de sa vie.
« Donc là, juridiquement, réfléchit-il, on est face à une situation un peu particulière, je pense.
– Parce que Butler est un androïde majordome, c'est ça ?… se tortilla-t-elle de gêne. Mais il ne faisait que me défendre !…
– Je sais bien…
– On peut toujours s'en assurer, s'invita enfin Connor dans la conversation.
– À quoi tu penses ?
– Je peux sonder sa mémoire. J'imagine qu'il a gardé les images de l'altercation. Étant donné les outils d'analyse psychologique dont je dispose, je pourrais faire une évaluation de la dangerosité de vos agresseurs présumés qui aura son poids dans le dossier.
– C'est reconnu juridiquement, ce genre d'analyse psychologique ?… hésita Hank.
– Disons que ça dépend des jours… oscilla Connor. L'intérêt n'est pas de prouver que l'androïde a vu qu'ils étaient une menace, mais la simple preuve en soi de mauvaises intentions de leur part leur serait très défavorable, quel que soit le type de négociations à venir.
– Euh, c'est obligé ? s'était raidie la demoiselle.
– Quoi ? revint Hank. Ah, le scan mémoire de votre androïde ? Bah, il vaudrait peut-être mieux !…
– Sachant que la famille Davis pourrait intenter une action en justice contre vous, développa Connor ; la mémoire de votre androïde risque d'être mise à contribution en tant que pièce à conviction, que vous le voulez ou non. En revanche, si vous prenez les devants et déposez une plainte à votre tour, vous avez vos chances, mais là encore les avocats se poseront des questions si vous ne laissez pas la vidéo de l'altercation peser dans la balance. On croira que vous voulez dissimuler quelque chose.
– Eh, lui mets pas la pression… » gronda doucement Hank pendant qu'elle réfléchissait en se mordant la lèvre. Puis elle regarda Butler, surprise. Celui-ci tendait la main vers Connor, déjà dénuée de peau.
Hank regarda cela avec attention : il trouvait l'expression de… "Butler" anormalement froide. S'il était humain, il aurait facilement associé cette expression à celles qu'il avait déjà vues sur les visages de suspects nerveux.
Connor, voyant cette main tendue, n'hésita qu'une seconde avant de l'empoigner. Les deux humains regardèrent la scène silencieuse avec appréhension, puis Hank réalisa qu'il ne pouvait pas guetter la diode de Butler, ce qu'il regrettait un peu, curieux. En revanche il pouvait voir celle de Connor. Elle tourna calmement, d'un bleu simple et clignotant – sans doute parce qu'il y avait transfert de données, puis elle clignota un peu plus rapidement, alors qu'entre leurs mains, des subtilités invisibles à Hank et Alicia se produisaient.
Butler avait d'abord donné l'accès à ses données, baissant volontairement sa garde, forcé de laisser faire et se concentrant autant qu'il le pouvait pour étouffer ses émotions et avoir l'air le plus… neutre et soumis possible. Il s'était ouvert à Connor comme un livre, le laissant feuilleter les pages, exposant en premier lieu celles qui proposaient les archives de l'agression, qu'il avait précieusement conservées, rancunier. Connor les avait consultées, il avait analysé les images à la source en plus de les prélever pour sa mémoire personnelle, il avait vérifié chaque dixième de seconde et utilisé tous les programmes nécessaires pour évaluer les intentions réelles des jeunes hommes, en jugeant cela de leurs postures, de leurs expressions et micro-expressions, leurs timbres de voix, utilisant tout ce que la science avait développé en psychologie et que Cyberlife avait jugé bon de le munir.
Puis Butler avait compris un peu tard sa stratégie. Connor aurait pu simplement sonder sa mémoire audio-visuelle, la récupérer dans sa totalité en n'omettant aucune donnée, et l'analyser de son côté. Mais il faisait volontairement ces analyses à la source, laissant Butler spectateur de ces calculs, faisant durer le sondage quelques dixièmes de secondes toujours plus longs, pour pousser sa fragile concentration à bout.
Ce fut lorsque Connor alla chercher d'autres souvenirs qui n'appartenaient pas à cette nuit-là, lorsqu'en un éclair il récupéra des éléments qui sortaient du contexte, les données filant bien sûr à toute vitesse, que Butler arracha sa main de celle de Connor, dans un réflexe de préservation.
La peur.
Pour lui ? Pour Alicia ? Pour eux deux ? Leur relation, ou le secret de sa différence ? Il pouvait tout mettre dans le même panier : dans l'état actuel des choses, cet androïde dont il ignorait tout semblait menacer la totalité de leurs existences.
« Butler, ça va ?!
– Un problème, Connor ?
– Non. »
Hank grogna. « Genre ! Il vient de couper court à votre petite conversation privée. Je suis pas aveugle tu sais !
– Certes.
– Accouche.
– Il est déviant.
– Quoi ? »
Alicia prit une inspiration, choquée et apeurée alors que Butler se raidissait encore un peu plus, incapable d'autre chose, laissant Alicia s'approcher plus près de lui, morte d'inquiétude.
« Attends-attends, le majordome est déviant ?
– Absolument.
– Et tu comptais me le dire quand ?!
– Je vous l'ai dit à l'instant. Je n'étais pas sûr avant de l'avoir sondé.
– Tu te fous de moi ? Tout ces détours c'était pour ça ?!
– Non, pas juste pour cela. Je comptais bien vérifier si ces gens avaient menacé Mrs Thernold.
– Ah, du coup, justement ! Ça donne quoi ?
– Ce sont des bêtes, coupa Butler, où la colère bouillonnante émergeait doucement mais clairement derrière la froideur. Des animaux. Ils ont les mêmes bas instincts.
– Hm… hésita Connor.
– Quoi ? Vous n'êtes pas d'accord, monsieur l'inspecteur ? railla-t-il d'un air profondément haineux.
– Pas vraiment, non… à vrai dire, reprit Connor avant que Butler ne s'en charge ; connaissant moi-même personnellement un animal, et plus largement le comportement de différentes espèces, il me semble que la comparaison est assez grossière. Les animaux peuvent avoir un comportement tout à fait digne d'une vie en société. Le saint-bernard du Lieutenant, pour en fournir un exemple, est un chien particulièrement affectueux et placide.
– Non mais ! T'es sérieux ? commenta Hank.
– Oui. »
Hank se tapa le front, Alicia tordit ses sourcils. « Attendez, quoi ? … j'ai pas tout compris.
– Je dis simplement que les animaux ne sont pas à mettre au même niveau que ceux qui vous ont approchée cette nuit. Il n'y a pas à voir de comportement primitif ici, bien au contraire, ils savaient très bien ce qu'ils faisaient. Leur mode d'action, s'il obéit à un instinct assez basique, suit en quelque sorte une stratégie qui n'a rien d'irréfléchie. Et si j'en juge par leur dossier, on peut tout à fait les soupçonner d'être des délinquants sexuels.
– Quoi ?!
– Bon Connor ça suffit.
– Quoi ? lâcha-t-il pour la première fois d'un ton froid. Vous préférez la laisser dans l'ignorance ? »
Surpris, Hank ne dit plus un mot, cherchant à comprendre ce qui venait d'arriver à la figure habituellement toute lisse de Connor. Qui d'ailleurs reprit sa conversation : « Mrs Thernold : il est clair que vous devriez éviter toute situation qui vous mettrait seule avec ces individus, ou même en petit comité. Dans la mesure où vos trajets quotidiens sont assez faciles à déterminer, ils vous rendent aussi plus vulnérable. Dans un tel cas de figure, je ne peux que vous conseiller d'avoir un ou deux gardes du corps. Cyberlife peut notamment fournir ce genre de service, si vous en formulez la demande… »
La figure de Butler se durcit. Connor haussa un sourcil : « Ce n'est pas ce qui te fera de la concurrence. Ces modèles n'ont pas de programmes sociaux particulièrement développés, ce sont des machines de défense. Leur outil le plus affûté est celui de l'analyse, pour produire une réaction des plus immédiates. Bien sûr, vous pouvez aussi avoir recours à des gardes du corps humains…
– Ils t'ont pas demandé la brochure… marmonna Hank, un peu gêné par tout ce déballage mais amusé, aussi, un peu, par l'incongruité de la situation.
– J'ai bien conscience de l'embarras dans lequel je plonge Mrs Thernold à cet instant, mais selon mes calculs, il vaut bien mieux qu'elle soit gênée d'avoir eu à réfléchir à ce type de décision, plutôt que d'avoir à le regretter plus tard…
– C'pas faux… Vous qui avez de l'expérience, demanda-t-elle à Hank, vous pensez à quoi ?
– Moi ? » perturbé, lui à qui on n'avait jamais demandé son avis pour ce genre d'emmerdements, il prit le temps d'y réfléchir. « Disons… si je m'inspire d'autres cas de connards dans ce genre, je dirais… je peux pas tellement vous donner de conseils juridiques, c'est vraiment pas mon rayon. Enfin sauf d'éviter les représailles, ça se retournerait contre vous. Mais dans l'ensemble, si on estime que c'est le genre de petites merdes qui va réitérer, l'idée de gardes du corps n'est pas complètement idiote. Et si votre père est bien ce type de grand PDG, il devrait pouvoir vous régler la note.
– Hm… moui mais ça m'ennuie d'avoir des gens qui me collent…
– Ah mais justement, non, il faut pas qu'ils vous collent. Demandez des anciens militaires, le genre qui vous suit à distance. Vous finirez par oublier qu'ils sont là et les autres auront même pas le temps de les voir venir quand ils tenteront quelque chose.
– Ça peut être marrant…
– Les possibilités que ces gardes du corps attrapent vos agresseurs en flagrant délit de récidive augmenteront si vous portez plainte… suggéra Connor.
– Je commence à aimer cette idée…
– Est-ce vraiment nécessaire ?… demanda Butler d'un air plus qu'hésitant, lui qui était de moins en moins à l'aise depuis la mention de gardes du corps.
– Bah, bien sûr ! T'es pas censé être mon garde du corps ! J'ai pas envie que tu finisses cassé en deux !
– Bon, ben je vous laisse mon numéro, au cas où, donna Hank. Mais ce ne sera pas moi qui me chargerai des suites de votre plainte.
– D'accord.
– Tu viens Connor ?
– Mais, Lieutenant, nous devons emmener l'androïde…
– Pourquoi ?
– Parce qu'il est déviant ! (les deux concernés se crispèrent et se donnèrent même la main)
– Comment ça, parce qu'il est déviant ? Et alors ?
– C'est notre enquête !
– Je sais bien ! Mais on peut pas l'emmener juste parce qu'il est déviant !
– Pourquoi ?! »
Hank en eut les bras ballants, avant de réaliser. Il ressortit le stylo avec lequel il avait écrit.
« Bon, tu vois ce stylo ? montra-t-il. Il est cassé… » dit-il avant de l'empoigner pour le casser en deux, sans succès. Il le tendit à Connor, qui le brisa en deux et le lui rendit gentiment. « Merci. Bon, tu vois ce stylo ? Il est cassé. »
Involontairement, Alicia pouffa. Hank lui rendit un très bref regard accompagné d'un sourire en coin, tandis que les deux machines étaient totalement paumées.
« Est-ce illégal ? questionna Hank.
– Non…
– Alors je vais le garder. Bon, maintenant regarde. Tu vois cet androïde ? » dit-il en se plaçant derrière Connor et en pointant Butler d'un bras tendu par dessus l'épaule de Connor.
« Oui, je le vois.
– Il est, selon ta perception, et sur le plan légal : "défectueux". Cassé, quoi.
– Oui.
– Et après ? »
Connor tourna la tête pour le regarder, l'air contrit. Hank poursuivit : « Tant qu'il n'a pas été impliqué dans un crime, je peux pas juste l'embarquer. Il n'a rien fait d'illégal à part protéger sa propriétaire. Et Cyberlife ne peut pas demander qu'on lui rende un de ses biens alors qu'il a été dûment payé par le client.
– Vous êtes en train de me dire, qu'il y a un androïde, à distance de bras, qu'il s'avère être déviant, et pour autant très stable, qu'il s'avère être un élément prometteur pour notre enquête, et que nous ne pouvons pas le saisir, pour des raisons légales ? »
Hank ne voulait pas montrer les dents mais ça ne l'empêchait pas de sourire jusqu'aux oreilles, mort de rire.
« Vous vous fichez de moi, Lieutenant ?
– Pfffff ha ha ha ! Oh là là cette déception sur ton visage !
– Ce n'est pas de la déception, je ne suis pas déviant. Je réfléchis à un moyen légal d'exiger sa restitution. »
Ce qui n'inquiéta pas Hank le moins du monde, en train de rire et de partir de son côté : « Ha ha, ben réfléchis tant que tu veux Connor ! Je te retrouve ici dans une minute, je vais voir pour acheter un tee-shirt.
– Faites, Lieutenant. »
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Markus plissa imperceptiblement les yeux. Que faire ?… Ce n'était finalement pas une très bonne idée d'être venu jusqu'ici, et même passablement dangereux, mais…
Oh et zut, ils auraient eut mieux fait de ne pas avoir quitté le Jericho.
« Bon, on rentre, on avisera autrement… qu'est-ce… Qu'est-ce que tu fais ?! »
Sous ses yeux ahuris, Kara ajustait sa coiffure et observait sa nouvelle tenue dans un miroir, avant de sourire : « Chuis prête ! Attends-moi là ! »
Et avant d'avoir pu dire ouf, Kara avait quitté leur cachette pour sortir au grand jour avec une totale décontraction. Cette fille avait perdu la tête, ou juste tout instinct de conservation ?!
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Il souriait faiblement face à un tee-shirt star wars représentant un rouleau de papier toilette ("J'essuie ton père") avant d'entendre des pas approcher. Reconnaissant la démarche de l'androïde qui lui avait tenu la jambe tout à l'heure, il grommela un « laisse-moi tranquille » qui avait manqué de peu de se changer en "va t'faire foutre".
« C'est moi, Lieutenant. »
Hank s'arrêta une seconde, puis se tourna très brutalement vers elle, qui lui adressa un sourire ravissant.
« Bordel de – Kara ?! » chuchota-t-il de la voix la plus choquée qu'il avait en stock. Elle hocha la tête avec enthousiasme, fière de son coup : avec sa tenue, on jurerai avoir affaire à une employée du magasin. « Mais qu'est-ce que tu fous ici ?!
– On voulait vous tenir au courant, un androïde nous a trouvés il y a quelques heures, il dit que…
– Mais ça peut pas attendre ce soir ?!
– Vous allez passer ce soir ?
– Oui je le jure alors tire-toi d'ici avant qu'il te voie !
– D'accord ! Mais simplement, écoutez-moi au moins une seconde…
– Quoi !
– Ce réfugié, il parlait d'androïdes formatés par des humains. Ça semble être une organisation clandestine, et ils sont probablement assez nombreux et organisés pour préparer quelque chose de… de dangereux. »
Ils restèrent silencieux une seconde. L'un et l'autre avaient plus de questions que de réponses, et surtout l'envie partagée d'essayer de se rassurer l'un et l'autre. Après tout, Hank aussi avait souhaité pouvoir en discuter au plus vite, mais il savait que des allers-retours trop fréquents jusqu'au Jericho finiraient tôt ou tard par trahir leur position.
« Et est-ce que… commença-t-il, gêné. Est-ce que ça pu toucher des déviants ?
– Pour l'instant on n'a entendu parler que d'androïdes… euh… "classiques", qui auraient été ré-encodés, et ça nécessitait des branchements… mais on prévoit de faire nos propres recherches.
– Pourquoi vous vous mettez la rate au court-bouillon comme ça ? C'est pas comme si c'était un emmerde plus gros que tous ceux que vous avez déjà sur le dos… marmonna Hank en essayant de vérifier qu'aucune caméra ne filmait.
– Ben… selon notre petit nouveau, ils sont clairement anti-androïdes. Si jamais ils découvraient des déviants, qui sait ce qu'ils nous feraient… qui sait ce qu'ils feraient comme expériences… c'est pour ça. »
Hank grimaça.
« Bon, d'accord, mais pas ici. File, inconsciente ! »
Amusée, elle repartit avec le sourire, vers un Markus toujours aussi choqué – quand Hank croisa le regard de ce dernier et donc se rendit compte de sa présence, il eut à son tour un air choqué et furieux – et donc Markus : l'air penaud.
Pendant ce temps, Connor réfléchissait en vain. Quittant son palais mental, son regard tomba sur l'humaine et son androïde, l'observant plus calmement, et n'hésitant plus à afficher leur proximité l'un envers l'autre. Connor demanda à tout hasard :
« Je suppose que ce n'est pas la peine de vous demander si vous me permettez de sonder à nouveau sa mémoire ?
– Hors de question ! » sourit Alicia.
Connor baissa la tête, souriant, acceptant humblement sa défaite.
« Qu'est-ce que ça peut bien faire, de toute façon, qu'il soit différent ?
– C'est un vrai problème, en réalité.
– Quoi ? Vous êtes déjà tombé sur des "méchants androïdes" ?
– Je ne peux pas révéler des détails de notre enquête à des civils, s'excusa Connor.
– Ah, c'est ballot.
– …. mais… je… je devrais.
– Quoi ? »
Connor était pensif, il semblait dans le vague, mais son regard perdu semblait pourtant intense.
« Ce ne serait pas… légal… pourtant, ce serait plus juste, énonça-t-il.
– De quoi vous parlez ?
– D'exemples. J'ai déjà pu voir d'autres déviants, pendant notre enquête. Je ne peux pas vous en parler, pour des raisons légales. Mais il n'est pas juste que je ne puisse pas vous en faire part, étant donné que vous vivez avec un déviant.
« Quoi ? C'est un avertissement ?
– Peut-être.
– … à quoi vous jouez ?!
– J'essaye de vous communiquer des informations sans me heurter aux interdits de la confidentialité. Ce n'est pas simple. Chacune de mes réponses sont contrôlées. Je ne peux pas outrepasser mes droits. Posez les bonnes questions.
– Les bonnes questions ?
– Oui.
– Euh… mais… mais je sais pas ! »
Elle se pinça l'arrête du nez pour remettre de l'ordre dans ses idées.
« Genre… les déviants… » elle rumina un peu. « Vous dites que c'est dangereux ?
– Oui.
– Pourquoi ?
– Je ne peux pas fournir de réponse à cette question.
– Mais ! Vous disiez…
– C'est confidentiel. Posez les bonnes questions.
– Je crois qu'il te demande de les formuler correctement, s'invita Butler, lui-même fortement intrigué par le comportement de Connor. Essaye d'éviter toute allusion à son enquête.
– Quoi ?
– Sa connaissance sur le sujet se résume aux exemples qu'il a. Il a vu des déviants, il les a observés, il a tiré ses conclusions. Il faut… lui demander les conclusions… je pense, en essayant d'éviter de le faire passer par les raisons.
– …. oh… bon…. Euh… donc les déviants, c'est dangereux… ?
– Oui.
– Parce qu'ils peuvent… être… euh, violents ?
– Oui. »
Alicia frémit, question hasardeuse, mais réponse directe.
« Un déviant… pourrait s'en prendre à un humain ?
– Tout à fait.
– Ah. … oh mon dieu.
– Quoi ? » fit Butler.
Alicia se rappela alors que le mot "crime" avait été prononcé à un moment donné.
« …Est-ce qu'un déviant peut tuer un humain ?
– Oui. »
L'ambiance devint glaciale. Alicia commençait à comprendre.
« Est-ce que les déviants ont tendance à devenir rapidement violents, ou…
– Je n'ai plus la permission de répondre à vos questions, Mrs Thernold, coupa-t-il soudain. Je suis désolé. … passez une bonne journée. »
Après cette inclinaison de la tête, il partit d'un pas tranquille à la recherche du Lieutenant, perdu quelque part dans les rayonnages. Quant à eux deux, ils étaient passablement choqués. Connor avait coupé court à la conversation comme une marionnette à qui on aurait coupé les fils, ou comme un robot qui venait de se faire débrancher. Ou bien même, au contraire : rebrancher. Ils avaient la sourde impression que quelque chose l'avait fait taire. Tout dans sa dernière phrase le suggérait. Et maintenant, ils se retrouvaient avec ces informations lugubres sur les bras…
« J'arrive pas à y croire… chuchota Alicia. Il a… c'était comme s'il essayait de… frauder ? Est-ce qu'un androïde peut faire ça ? »
Butler ne répondit pas, la décevant un peu. Elle aurait voulu avoir son avis sur la question.
« En plus c'est un androïde de la police… je savais pas qu'ils pouvaient aller jusque-là, poser des questions, et tout… il est vraiment spécial… et flippant ! Non ? »
Elle se tourna enfin vers Butler mais il était figé, crispé ;
« Butler, ça va ? »
Quelques légers mouvements sur son visage prouvèrent que non.
« Butler, qu'est-ce qu'il t'arrive ?
– … apparemment… s'ils traquent les déviants… c'est parce qu'ils causent du tort autour d'eux… non ?
– … je sais pas… ça ressemblait à ce qu'il essayait de dire. Ça t'inquiète ? »
Il la regarda d'un air lourd. Alicia se mordit la lèvre. Elle ne pensait pas à mal : pour elle, la déviance, c'était apprendre qu'il y en avait d'autres comme Butler, qui vagabondaient en ville et s'en prenaient au gens, c'était une sacrée nouveauté. Mais pour Butler, c'était surtout apprendre qu'il n'était pas le premier dans son genre et que chez d'autre cette différence était synonyme de violence.
Butler ne voulait pas devenir fou, et s'en prendre à elle.
« Hé… ça va aller. Y'a pas de raisons que ça te- oups ! »
Butler l'avait prise dans ses bras sans prévenir, enfouissant sa tête comme il pouvait dans les cheveux d'Alicia, sachant qu'il la dépassait justement d'une bonne tête. Il la recouvrait. Alicia passa ses bras autour de lui, s'inquiétant des tremblements qui le parcouraient. Butler était terrifié.
Et surtout son cœur lourd débordait d'émotions.
« Je t'aime. »
…
Elle l'avait bien entendu ?
Bien sûr qu'elle l'avait bien entendu !
Elle s'en était doutée. En eux-mêmes, ça faisait longtemps qu'ils se doutaient que leur relation pouvait porter ce mot, la timidité et la pudeur les retenant de les prononcer. Mais maintenant qu'il s'était jeté à l'eau… Alicia enfouit son sourire dans les vêtements de Butler et répondit : « Je t'aime » à son tour, apaisée.
Ce qui n'était pas le sentiment de Butler, à l'instant, bien au contraire.
Si pendant la première fraction de seconde il avait pris cette réponse comme une conséquence attendue, les sous-entendus que cela amenait vinrent en cascade. C'était une révélation, c'était un cap, c'était une confirmation d'une immensité de sentiments qui avait soupçonnés sans pouvoir les confirmer avec certitude. C'était un bonheur trop grand pour son esprit et une frayeur qui finissait de l'envoyer à terre, la peur de tout foutre en l'air parce qu'il était déviant, parce que Connor l'avait dit, parce que son code pourrait ne pas supporter une telle dimension, un tel univers : cette situation qui dépassait sa conscience.
Il tomba à genoux.
« Butler ! Hé ! Qu'est-ce que tu as ? Respire ! »
Ses mains n'étaient autour d'Alicia que par une espèce de rigidité résiduelle de ses membres. Sa diode tournoyait en rouge, utilisant le signal maximum pour ce genre de situation, puisqu'elle ne pouvait pas faire mieux. Butler était coupé du monde, incapable d'entendre ou de voir autre chose que ce que son mental faisait tournoyer en lui. Les rafales avaient d'abord commencé à rebondir sur les parois de sa conscience qui avait agi sur elle comme une caisse à résonance, une chambre d'écho qui les renvoyait multiples, toujours plus lourd.
Il n'entendit même pas les bruits de pas, il perçut à peine les chaussures et les jambes qui venaient dans sa direction. Alicia ne put rien dire, réalisant seulement que ses mots, quelqu'un d'autre les avait entendus.
Connor posa la main sur la nuque de Butler, l'endroit dépourvu de tissu le plus proche de lui, et ces deux zones devinrent blanches à ce contact.
C'était comme si Butler pouvait recommencer à respirer.
« Qu'est-ce qu'y s'passe ? »
Hank revenait avec un sac à la main, son tee-shirt dedans, trouvant Connor en train de tenir… maintenir… toucher ? Va savoir – Butler, lui-même dans un état proche de la catatonie. Et pourtant, Alicia voyait un léger mieux : elle ne pouvait savoir que dans son esprit, le maelstrom venait tout juste d'arrêter de croître, mais elle percevait tout de même qu'une stabilité venait de se mettre en place ; les tremblements de Butler s'étaient légèrement amenuisés et sa led rouge paressait doucement désormais, comme si le pic était atteint, et que la pente douce était ammorcée.
« Qu'est-ce que tu fais, Connor ? demanda calmement Hank.
– Pour vulgariser, je fais l'inverse d'un sondage mémoriel.
– … tu… tu lui montres des souvenirs à toi ?
– Pas vraiment des souvenirs, je le connecte à l'instant présent. Mon instant présent.
– Ah ? À quoi ça sert ?
– Il était en train de… disons, surchauffer, si vous voulez…
– J'ai vu ça.
– Donc pour empêcher son système de continuer de générer des boucles infinies, j'ai légèrement forcé la connexion. Une part de son système tourne toujours sur ce qui le bloquait tout à l'heure, mais l'autre partie de lui-même est synchrone sur la mienne.
– Et à quoi ça lui sert ? » répéta Hank. Connor tourna la tête vers lui :
« Je suis très stable. Pour commencer, je ne suis pas déviant. Mais j'ai aussi un excellent contrôle de mon système. Actuellement, je suis en mesure de diviser mon taux de stress par deux en dessous de la valeur la plus basse. »
Hank commença à remarquer et à comprendre pourquoi Connor semblait parler d'une voix un peu lente. Il pratiquait le "zen".
« Un taux de stress de 10 % s'avère être la valeur minimale de stress pour un androïde qui s'avère alerte aux signes de son environnement. Je peux baisser ma valeur à 5 %, et je focalise un tiers de son attention sur moi, au lieu de le laisser tout entier à ses facteurs de stress. Ça a l'air de fonctionner. »
C'était comme si Connor lui faisait partager son état d'esprit. Et quoi de plus calme que l'androïde le moins déviant et le plus pragmatique de la planète ?
Alicia guettait la diode qui, elle en était sûre : n'allait pas tarder à regagner une couleur jaune. Butler ne tremblait plus. « Et lui ? Son stress, il était à combien ?
– 93 %.
– Oh merde !
– C'est beaucoup, confirma Connor.
– Mais qu'est-ce que j'ai fait ?! J'ai dit une connerie ?… il se serait passé quoi si ça avait été jusqu'à 100 % ?
– Butler se serait auto-détruit, révéla Connor.
– Quoi ?!
– Oui.
– Mais pourquoi ?!
– … pour vous simplifier la chose, il faut vous référer au cas humain. L'être humain, lors de grands stress, risque des lésions cérébrales ou cardiaques pouvant causer la mort. C'est pour cela qu'il se "débranche" avant. Dans des cas d'agressions, par exemple : certaines personnes font de la dissociation : ils racontent n'avoir été que spectateurs de ce qui arrivait à leurs corps, comme si leur cerveau s'était déconnecté de lui-même de l'instant présent. D'autres personnes s'évanouissent dans certaines conditions. Les androïdes ne disposent pas de telles protections : si le stress est déjà trop grand, il peut continuer d'augmenter jusqu'à l'implosion du système.
– …
– … »
Même Hank restait sans voix. Il était plus ou moins au courant du problème, mais expliqué en ces termes, il ne pouvait pas s'empêcher de ressentir un peu de compassion pour eux. Des gens qui vivaient avec la menace de mourir de peur. Mon dieu.
« … bon, on va vous laisser, maintenant. Allez… » Connor suivit Hank, mais il entendit malgré tout le chuchotis de Butler à l'oreille d'Alicia : « On peut rentrer ?
– Oui. »
Quand à eux, ils se dirigeaient tout naturellement vers la sortie, Hank regardant quelques vêtements au passage en réfléchissant tout haut : « Ça me fait penser, avec Judith on s'est fait la même réflexion. Non seulement Cyberlife ne connaît rien au travail d'enquête, mais en plus ils sont incapables de faire des vêtements corrects.
– Pardon ?
– La chemise, encore. Mais regarde ta veste.
– Elle ne vous plaît pas ?
– Elle est moche. Tu voudrais pas mettre une veste en cuir cloutée ? Ils ont tout ce qu'il faut ici ! »
Connor fit non de la tête avec un sourire amusé.
Enfin ! C'est fini ! Pour la quarantième fois je m'excuse de mon retard. Je pense qu'il est temps de faire une pause.
Vous vous en doutez, ce n'est pas facile de tenir le rythme pour moi mais en plus il faut vraiment que je m'interroge sur la construction de l'histoire maintenant, car j'en ai marre que ça ait l'air aussi aléatoire et que ça ressemble à du surplace. J'ai des projets, môssieur ! J'ai des objectifs, môdame ! Déjà que je tiens à la fois à faire une ascension progressive mais visible de Connor, tout en faisant quelque chose de Kara et Markus (ça y est vous avez vu j'ai pu caser une excentricité pour Kara j'avais tellement hâte de celle-là niarf) mais maintenant j'amène l'intrigue sur un élément nouveau, comme vous l'avez probablement remarqué. Et je ne peux pas me permettre de bafouiller dessus sinon ça n'aura été qu'une vaste perte de temps.
Donc je vais profiter de cette pause pour revoir 1 ou 2 one-shot que j'avais écrits sur Detroit et comme l'un d'entre eux s'avère assez gros il sera publié en plusieurs parties. Donc si tout se passe bien : durant cette pause je vais publier tous les samedis (voire à plus haute fréquence !) une nouvelle partie d'une ou deux autres histoires courtes, pendant que je planifierai la suite de DEV.
(et au fait: 22 pages
Allez, chaloute !
