RE ! ENFIN ME REVOILA ! Après des Lustres de galères, j'ai enfin pu pondre un chapitre deeeee transition… oui… désolée, mais il fallait bien reprendre d'une manière ou d'une autre. J'espère que vous avez aimé "Dans la maison du Lieutenant" et "Un mauvais flic peut faire un très bon partenaire", qui auront peut-être permis d'en occuper certains d'entre vous, mais bon c'était clairement pas assez pour combler le trou noir qui vient de se passer, pardon.
La suite sera pas facile à écrire, j'ai bien des lignes directrices que j'ai organisées, mais c'est un poil flou dans ma tête, enfin bon, on reprend donc voilà.
Oh, et avec LadyClau, on a préparé le plan entier d'une fanfic Detroit Become Human, soit je l'écrirai pendant DEV (ou entre des coupures) soit après, mais franchement ? Vous allez kiffer. Je vous relancerai quand ça arrivera vous pouvez en être sûrs.
Eeeeeeeet BONNE LECTURE !
Chapitre 23 : Avant de Sortir
C'est avec une certaine surprise que Hank retrouva ses quelques amis androïdes sur le pont du bateau, à l'air libre, bien loin de la cale où se cachaient le reste des réfugiés. Il y avait Markus et Kara, mais aussi North et Simon. Il trouva l'atmosphère froide, même tendue. Mais il ne manqua pas non plus de remarquer le sourire amical de Kara envers Sumo, que Hank ne manquait jamais d'emmener lorsqu'il leur rendait visite. Et il n'était pas mécontent de ne pas avoir à descendre dans la cale, pour une fois, même s'il était curieux de ce changement qui n'était pas forcément en sa faveur.
« Alors, vous vouliez me voir à propos d'androïdes ? Euh, comment on dit ? Rebootés ?
– Ré-encodés, ajouta North; réécrits, appelez-les comme vous voulez…
– On en a un avec nous qui peut témoigner, continua Markus. Son propriétaire frappait ses androïdes à la moindre défaillance, ou plutôt dès qu'il les trouvait lents… C'est ce qui a rendu Travis déviant. Il ne comptait pas se venger, il voulait juste comprendre ce qui clochait dans sa relation avec son environnement et comme le problème venait de l'humain, il n'était pas prêt de le résoudre…
– Et votre androïde aurait vu ce mec, son proprio, en train de ré-encoder un autre androïde ?
– Non, pas le gérant du club, d'autres personnes, expliqua North. Le gérant a laissé des amis à lui faire des tests sur un de ses androïdes, mais ils ont causé une telle panne qu'ils ont dû s'en débarrasser. Ils sont passés à un deuxième androïde, et Travis de son côté avait fini par devenir de plus en plus conscient de lui-même, alors il s'est enfui, mais un témoin l'a vu sortir et a prévenu la police. Ils l'ont retrouvé et l'ont abattu.
– S'ils l'ont abattu, qui vous a raconté tout ça ?
– Il l'a fait lui-même, reprit Markus. Il s'est réveillé dans le camion transportant les pièces à convictions, il a forcé les portes arrière et s'est enfui de nouveau. »
Hank semblait songeur. Ignorant les visages soucieux et crispés des autres androïdes, il marmonna : « A tout hasard… cet androïde, il travaillait pas dans un club sportif ?
– … C'est possible, répondit finalement Simon. C'est un modèle qui y convient.
– Pourquoi cette question ? rétorqua North, suspicieuse.
– Donc c'est bien l'androïde qui a croisé Connor avant de se faire tirer dessus ? appuya Hank d'un regard plus sûr.
– Oui… » avoua Simon, l'air légèrement surpris, tandis que les autres observaient Hank avec attention.
« Bon, j'ai compris, lâcha le Lieutenant. Il vous a sûrement raconté comment il s'est fait dérouiller. Comme quoi le flic humain s'est mis à tabasser son androïde et que ça l'a révolté. Il a défendu Connor, et Connor l'a maîtrisé avant que le flic ne lui tire dans la tête. Donc vous vous demandez : "qu'est-ce qu'il m'a pris de mettre une volée à Connor sans raison, qui plus est avant d'abattre un de vos gars ?". J'ai raison ?
– N-Non ! bégaya Kara, avec un sourire forcé. Je suis sûre que…
– Demandez à votre copain, coupa Hank ; si le flic qu'il a vu ce jour-là me ressemblait. Je suis sûr que vous pouvez partager vos données en un claquement de doigts. Vous verrez que le trou du cul qui servait d'humain référent à Connor, ce jour-là, n'était pas moi.
– Et on peut savoir où vous étiez, sans indiscrétion ? appuya North d'un regard acide.
– En congé. Forcé. Raisons médicales, lâcha-t-il d'une voix froide.
– Mais alors qu'est-ce qu'il s'est passé ?… demanda Markus en haussant les épaules. J'ai eu beau demander à Travis, je n'arrive pas à me faire une idée…
– Moi non plus. Connor m'a tout raconté en détail et prétend qu'il a fait une connerie, sauf que je suis bien placé pour savoir qu'il refuse d'admettre quand il est en tort, et vice-versa.
– Alors c'est votre collègue, qui… ?
– Simon, c'est ça ? fit Hank en se tournant vers lui. Je te pardonne pour cette fois, tu pouvais pas savoir, mais à l'avenir, évite de dire que Gavin est mon collègue.
– Ah ? Alors c'est qui ?
– Un trou du cul. »
Un léger et unique mouvement des épaules chez North trahit son amusement.
« … Donc il a cogné Connor pour… rien ? interrogea Markus.
– Pour la dernière fois : Oui ! C'est un trou du cul ! Doublé d'un anti-androïdes. Ajoute à ça qu'il déteste Connor encore plus qu'un androïde ordinaire, et tu obtiens ça. Un mélange entre un gremlin et une blonde pendant le black friday. »
Le sursaut d'épaules reprit North qui baissa la tête pour cacher son sourire.
« Et Connor a été forcé de maîtriser l'androïde quand il l'a vu braquer l'arme de Gavin sur ce con de Gavin lui-même. Connor n'avait pas le choix, il a fait ce pour quoi il a été conçu. Gavin a récupéré son arme, et pan…
– D'accord…
– Me dites pas que c'est tout ce pour quoi je suis venu ? Subir un interrogatoire ? grogna Hank, vexé.
– Non, c'est juste… tiqua Markus. Ça nous est resté en tête un moment, disons. Mais le vrai problème, ça reste cette histoire de ré-encodage.
– Ouais, je sais. Figurez-vous que juste après la mission avec Gavin, j'ai récupéré Connor pour aller voir moi-même ce qu'il en était. On est allé jusqu'à chez ce type, à qui Travis appartenait. Bref, on l'a convaincu de laisser Connor faire un scan complet et-
– Vous avez trouvé l'androïde ré-encodé ?! coupa Markus.
– Ouaip.
– Comment il va ? demanda North.
– Euh… si par-là tu me demandes comment le déviant pourrait aller… y'a pas de déviant, miss. Il est aussi réactif qu'une machine à café. Vraiment, ré-encodé, c'est le bon mot pour ce qu'ils lui ont fait. Notre équipe bosse dessus pour l'instant mais en gros, quelqu'un a bel et bien viré tout le contenu informatique pour en mettre un autre à la place.
– Et quelles sont leurs intentions ?
– Allez savoir, ça peut être une attaque terroriste, ou pour une nouvelle forme de trafic d'androïdes volés.
– Et le propriétaire, qu'est-ce qu'il a dit pour expliquer ça ?
– Lui ? Rien, pour l'instant.
– Et il va s'en tirer comme ça ? grinça North. Amende pour contrefaçon ?
– Ah ben non, tu penses, ce connard a essayé de me fracasser la tronche ! Il est pas prêt de sortir !
– Quoi ?
– Attendez, qu'est-ce qu'il s'est passé exactement ? » s'avança Kara, surprise.
Les autres aussi semblaient curieux, approchant d'un pas, intéressés. Hank fut surpris une seconde avant de comprendre leur intérêt : ils n'avaient jamais entendu parler d'un humain appréhendé par la police dans une affaire qui touchait les déviants. Certes, ce n'était pas pour protéger leurs intérêts que la police agissait, mais même si elle le faisait indirectement, ils ne pouvaient pas se refuser le plaisir de s'en réjouir, si ? Hank retint avec peine un sourire en coin avant de détailler :
« Ben, quand Connor a commencé à insister sur l'androïde qu'il n'arrivait pas à scanner, Manners a dû paniquer un peu. Il a donné une consigne à cet androïde pour neutraliser Connor et il a voulu me défoncer dans le même temps. Cette petite tanche m'a frappé par-derrière.
– Bon sang ! coupa Simon, sans le faire exprès. Vous avez été blessé ?
– Oh, non, trois fois rien.
– Et qu'est-ce que vous avez fait ? questionna Kara.
– Quelle question. Je lui ai cassé la gueule. »
North éclata de rire.
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« Pourquoi ? »
Le ton, la posture semblent les mêmes, mais Amanda a un regard inquisiteur qui ne trompe pas.
« Pourquoi avoir donné de telles informations à Thernold ? »
Elle est contrariée.
« Parce qu'y avait conflit d'intérêt.
– Un conflit d'intérêt ?
– Vous n'êtes pas sans savoir que je dois placer les vies humaines en priorité. La façon dont nos clauses de confidentialité ont été écrites ne sont pas en cause…
– Pour autant, tu as sciemment transmis des informations confidentielles à une civile, Connor.
– C'est inexact. »
Elle hausse les sourcils.
« Je n'ai pu que lui suggérer certaines vérités. En l'état, il m'était impossible de lui faire part de secrets d'entreprise ou des détails de l'enquête. Et quand bien même, cela n'a jamais été mon intention.
– Ce n'est pas censé faire partie de tes préoccupations, Connor. Ton rôle est d'étudier la déviance, de comprendre son origine. Tu as été créé dans le seul et unique but de la détruire.
– Certes. Ceci étant, vous m'avez instruit, comme chacune de vos créations ; sur l'importance capitale du respect et de la protection des vies humaines. Ma mission n'en est justement qu'une extension. En ce sens, il semble nécessaire de m'instruire sur un point : où commence et s'arrête une faute grave pour non-assistance envers une personne en danger ?
– Que veux-tu dire ?
– Vous le savez, Amanda. Je ne dois pas prendre d'initiatives autres que celle permettant la résolution de la mission. Mais admettons que je sois témoin, comme c'était le cas, d'une situation où la vie d'une personne est en danger. Un danger immédiat ou relatif, mais un danger réel. Dois-je intervenir ? »
Amanda ne répond pas tout de suite. Elle a le regard fixe et acéré. Mais cette question devait être soulevée. J'étais parfaitement conscient du caractère ambivalent de la situation lorsque j'y ai été confronté, j'ai pris la décision en respectant au mieux les partis concernés, c'est à présent à Amanda et au reste de l'équipe de tirer ces paramètres au clair.
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Lorsque Markus et les autres rentrèrent à Jericho, après cette discussion avec le Lieutenant, ils n'en savaient pas beaucoup plus sur cette histoire de ré-encodage d'androïdes. Ils avaient cependant l'espoir que le Lieutenant puisse en apprendre plus au cours de son enquête.
Mais aussitôt retournés dans l'épave, ils furent saisis par une impression de gêne. Quelque chose n'allait pas. Cela tenait à peu de choses mais ils connaissaient trop bien l'atmosphère du Jericho. Ce calme était très différent du fragile équilibre entre légèreté et paix qu'Alice avait péniblement instauré à son arrivée.
Quelques androïdes s'étaient regroupés pour parler avec une détermination inhabituelle, alors que d'autres semblaient vouloir rester à distance, comme s'ils étaient gênés, ou apeurés. North alla voir ce premier groupe.
Markus repéra Josh, Travis et Luther, que Kara se hâta de rejoindre, mais c'est le regard de Charli qu'il croisa, plus proche. Charli comprenant immédiatement sa confusion, s'approcha sans plus attendre pour expliquer cette étrange ambiance.
« Tu te souviens de l'androïde avec un trou dans le cou ? Celui qui avait survécu à une attaque du chasseur de déviant, après avoir capturé un policier.
– Oui, je me souviens.
– Il veut remonter une expédition pour de nouvelles pièces, et pour libérer plus androïdes.
– … je comprends qu'il veuille renouveler les stocks… »
Mais Markus n'était pas sûr qu'enlever des androïdes soit une bonne idée, ça attirerait forcément l'attention de la police. A moins que… justement, s'ils arrivaient à faire passer cela pour un vol humain ? Après tout, les androïdes et leurs pièces se revendaient plutôt bien…
« Ils essayent de pousser un maximum d'entre nous à venir. Ils m'ont proposé aussi de les accompagner mais j'ai dit que je bougeais vraiment pas vite. »
Markus regarda Charli avec étonnement, contenant avec peine sa réprobation.
« Enfin, reprit Charli, c'est surtout quand Cass est intervenue qu'ils ont arrêté de vouloir m'emmener.
– Combien veulent partir ?
– Ils sont sept, mais ils disent qu'ils veulent un maximum de monde, pour marquer le coup.
– Marquer le coup ? … répéta Markus en fronçant les sourcils.
– Ouais.
– Quoi ? trancha quelqu'un. Tu crois que c'est pas une bonne idée ? »
Markus se tourna vers le nouvel intervenant. Le "Leader", lui chuchota Charli en pensée. Cet androïde le regardait avec une expression dure, pénétrante, comme s'il le mettait au défi de lui tenir tête. Cependant, Markus avait beau avoir un caractère conciliant, c'était aussi une sacrée tête de mule, souvent incapable de garder sa langue dans sa poche :
« Emmener un grand nombre d'androïdes, c'est faire une croix sur la discrétion…
– Qui te parle d'être discret quand l'idée c'est de mener l'assaut ? »
Markus resta silencieux. Il s'attendait à ce genre de réaction, il n'était pas très surpris, même s'il désapprouvait totalement.
« Et qu'espères-tu en cherchant la confrontation ?
– Montrer aux humains ce dont nous sommes capables ! » dit-il en levant soudain le ton, attirant l'attention de tous les autres. « On ne peut pas rester éternellement terrés dans leur ombre ! Ils doivent payer pour leurs crimes ! »
Markus tenta de garder son calme. Étrangement, rester stoïque lui parût bien plus facile que lorsqu'il avait eu à s'imaginer dans une telle situation. Car il avait envisagé ces événements, et pourtant… il n'avait pas grand-chose à perdre, après tout, peut-être que c'était parce qu'il ne prenait pas sa position à Jericho très à cœur, qu'il pouvait la mettre en jeu ainsi.
« Il ne faut pas oublier que de tels actes auront des répercussions. D'autres androïdes feront forcément les frais des représailles qui vous seront destinées. Y as-tu pensé ?
– Et alors quoi ? le toisa-t-il. On devrait se taire et attendre ?! Si tu préfères rester terré ici comme un lâche, libre à toi, mais tu n'as pas le droit de nous empêcher de sortir.
– Loin de moi l'idée de te priver de tes libertés…
– Alors c'est parfait ! » siffla-t-il entre ses dents, avant de repartir vers ses proches.
Markus réfléchissait. Charli lui mit une tape sur le bras.
« Il t'aime vraiment pas, haha.
– Hm ? Pourquoi ?
– … Bah ! M'enfin ! Parce que tu es son rival !
– … qu'est-ce que tu racontes ?
– Tu es le premier à avoir mené une expédition pour des pièces, tu nous as caché du RK, tu l'as même désactivé, tu as prouvé qu'on pouvait compter sur toi en cas de problème… Gars, t'es même capable de rendre déviant un androïde qui ne l'est pas ! »
Markus regarda ailleurs.
« Les gens ont envie de te suivre. Mais si tu vas nulle part, ils restent aussi. Ceci dit, ça ne convient pas à tout le monde, c'est comme ça que Back a réussi à se faire une équipe. … Tu devrais parler à Rupert.
– Rupert ? Pourquoi ?
– Parce qu'il a la trouille. Back l'a convaincu de les rejoindre parce que Rupert avait réussi à semer le RK-800, et parce qu'il n'aime vraiment pas les humains lui non plus. Mais je crois qu'il n'a pas osé dire non à Back, surtout. Je crois qu'il serait bien plus heureux de vivre loin des humains plutôt que de chercher la confrontation. Il s'entend bien avec Simon, d'ailleurs. Tu pourrais peut-être le rassurer et le convaincre de rester. Je suis sûr qu'il ne veut pas partir. Tout ce qui l'intéresse, c'est ses oiseaux.
– Je vais lui parler.
– Cool. »
Avant cela, Markus balaya la salle d'un regard. Le petit speech de Back avait fait son effet, les androïdes étaient tendus, tête basse, sauf une petite poignée autour de lui qui semblaient motivée, énergique, et en colère, peut-être déjà en train de discuter de la façon dont ils s'y prendraient lors de leur expédition.
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Hank arriva au poste d'humeur presque tranquille. Il dormait vraiment mieux ces derniers temps, malgré ses "promenades avec Sumo", qui le faisaient rentrer souvent très tard chez lui. Il pensait encore à leur dernière trouvaille : cet androïde ré-encodé, qui laissait ouverte la question d'un éventuel groupuscule de hackers : marché noir ou terrorisme ? L'un n'empêchait pas l'autre. Ce qui déplaisait le plus à Hank, c'était la partie informatique de la chose. Il savait qu'il était à la ramasse en ce qui concernait les avancées technologiques, mais ce n'était pas cela le problème : il était bien placé pour savoir que leurs propres équipes de cyber-policiers étaient loin d'être les meilleurs informaticiens qu'on puisse trouver. Il était beaucoup plus avantageux pour un maître en informatique, de se mettre du côté des méchants, c'en était consternant…
Comme pour répondre à ce constat, il aperçut Connor, arrivant en même temps que lui dans les bureaux, commençant par remonter sa fichue cravate. Il se trouva que deux personnes étaient dans le passage mais sitôt qu'elles virent le RK, elles s'écartèrent un peu vite en regardant ailleurs. Connor les suivit du regard, curieux. Hank ne compris pas tout de suite, avant de tilter, donner un petit coup de coude à son équipier et marmonner : « Ils sont toujours pas remis de t'avoir vu lécher le flingue de Gavin.
– Comment ?... Mais je ne l'ai pas léché, je l'ai analysé !... protesta Connor avant de réaliser : Oh, je vois ce que vous voulez dire. J'ai déjà fait mention de ce problème à l'équipe technique, mais...
– Laisse tomber. » conclut Hank d'un air narquois. Ils voulurent rejoindre leurs bureaux mais la voix de Fowler toute proche les coupa dans leur élan :
« Hank, Connor, vous avez pas d'urgence ?
– Une urgence ? Non... » Hank jeta un œil à Connor pour avoir confirmation, ce dernier se connectant à nouveau au système avant de secouer la tête lui aussi.
« Parfait. J'ai une mission pour vous deux » commença Jeffrey alors que Connor notait la disposition toute nouvelle du Capitaine à l'appeler par son prénom, tandis que Hank notait du coin de l'œil que Connor remontait à nouveau sa cravate. « Ça se passe au Lycée John Stack. Le... le directeur est un ami, dit-il un peu plus bas. Il a un souci d'androïde à l'école, il sait pas ce que c'est et honnêtement vous êtes les deux plus qualifiés pour ce genre de merdes. »
Hank lâcha un très bref regard vers Connor qui montrait bien que le RK était la principale raison pour désigner le binôme de "qualifié".
« Je dois encore régler certains détails avec lui, mais en attendant je veux que vous restiez là pour être prêts à partir dès que... »
Fowler les planta là en entendant le téléphone sonner à son bureau. Hank et Connor restèrent sagement dehors pendant que leur chef filait répondre. Le Lieutenant haussa les sourcils ; il n'avait pas l'habitude de voir Jeffrey aussi préoccupé. Mais Hank avait connaissance de ce lien d'amitié entre le directeur de l'école et Jeffrey, alors il n'était pas étonné. En temps normal ; voir un friqué s'arranger pour bousculer l'ordre de priorité de ses enquêtes l'aurait fait gueuler, mais puisqu'il s'agissait d'un bug d'androïde, ça tombait plutôt bien, au final.
Hank fronça les sourcils.
« Dis-moi, Connor, commença-t-il calmement.
– Oui, Lieutenant ? répondit le concerné en laissant son col de chemise tranquille.
– On peut savoir pourquoi tu remontes ta putain de cravate toutes les cinq minutes ?!
– Eh bien parce que le nœud redescend toutes les cinq minutes.
– Ah...
– ...
– Eh ben change de cravate ! »
Connor sourit, l'air amusé.
« Malheureusement je ne peux pas, elle fait partie de l'uniforme, je n'ai pas l'autorisation pour le modifier.
–Tu as MA permission ! C'est pas suffisant ?! »
Hank soupira, pestant en sourdine. Il avait vraiment du mal avec cette espèce de tic de Connor : il le voyait sans cesse remonter le nœud de sa cravate, au moins trois fois par jour, et ce matin c'était déjà la troisième fois !
« Non mais sérieusement, reprit-il, plus calmement : Cyberlife a atteint le billion de dollars, je crois, alors à quel moment ils sont incapables de te donner une cravate normale ? Et qui reflète pas la lumière ?! » insista-t-il en désignant le tissu qui brillait légèrement, presque à la manière de petits sequins cousus à sa surface. « C'est pas une cravate en fait, c'est un catadioptre…
– Vous… réfléchit Connor. Vous avez raison… C'est très ingénieux !
– Attends, quoi ? Ça te plait qu'on te prenne pour un panneau réfléchissant ?
– Mais non, pas ça, le fait que le tissu soit de mauvaise qualité. C'est logique… Si, écoutez ! Savez-vous pourquoi les barmans sont toujours montrés en train d'essuyer un verre ? »
Connor avait cette petite étincelle dans le regard qui captiva immédiatement le Lieutenant, même si le policier de garda de le montrer. Hank se contenta de secouer la tête en l'écoutant attentivement. Connor continua sur sa lancée, l'air fasciné par sa découverte.
« Je ne vous cache pas que ça a été prouvé scientifiquement mais nous n'avons pas besoin de ça pour établir qu'il est beaucoup plus simple d'aller demander une boisson à un barman en train d'essuyer un verre, plutôt que d'aller aborder ce même homme alors qu'il n'est pas occupé, et qu'il regarde la salle, qu'il vous regarde... en restant immobile…
– Attends… Non, tu te fous de moi ? » comprenait Hank, plutôt vif.
Connor afficha un sourire. Hank débattit violemment avec lui-même pour savoir si c'était réellement de la satisfaction ou si Connor appliquait un schéma comportemental. D'ailleurs, Connor continua sur sa lancée :
« Au lieu d'écrire dans mon programme des tics à exécuter régulièrement, j'ai été instruit qu'il fallait que ma tenue reste irréprochable, sauf circonstances extrêmes. Ensuite, il suffisait d'inclure dans le costume de fonction une cravate qui nécessiterait d'être réajustée régulièrement. Et me voilà obligé de remonter cette "fichue cravate" toutes les cinq minutes, conclut calmement Connor, victorieux.
– Change de cravate, ordonna Hank.
– C'est déjà fait ! » pépia Judith.
Et elle bourra un carton dans les mains de Connor, un carton qui faisait la taille de deux boites à chaussures, portant le logo de Cyberlife.
« Qu'est-ce que... Judith ! Qu'est-ce que t'as foutu ?
– Mais rien ! J'ai juste vérifié les documents relatifs à Connor sur son fonctionnement, des trucs qu'on peut tous consulter librement dans la mesure où on le croise tous les jours, tout ça, ET, il se trouve que parmi eux il existe un alinéa en rapport avec son uniforme. Qui a un point commun avec Connor : c'est un prototype. Ce qui veut dire qu'il peut être amené à changer, ce qui veut dire qu'il y a d'autres versions en cours, ce qui veut dire que je t'ai commandé une version top classe de rien ne me remerciez pas je sais que je suis absolument indispensable à ce département. »
C'est après une bonne poignée de secondes de silence que Connor reprit ses esprits et prononça presque un Merci, dont le i ne sortit pas à temps étant donné que Hank colla aussitôt sa main sur sa bouche, l'air contrarié :
« Ouuuh la la la non, ne la remercie pas avant de savoir ce que cette espèce de folle t'a commandé.
– Hank a raison, Connor, vas te changer ! En plus si j'ai bien compris vous allez dans un lycée ? C'est Parfait ! C'est LE moment où tu dois être bien sapé ! A croire que je tombe vraiment du ciel. Non, vraiment, ne me remerciez pas je vais rougir.
– Depuis combien de temps tu prévois ton coup ?!
– Ca fait des jours que cette cravate me sort par les yeux. »
Hank roula des yeux.
« C'est pas une raison pour jouer à la poupée ! »
Judith n'apprécia pas la remarque puérile, vu son œil noir.
« Ah ouais ? Parce qu'il a pas la tête de l'emploi ? » contre-attaqua-t-elle. Et, à la surprise de Connor, Hank se retrouva sans argument.
« M'enfin... j'ai l'air de quoi, moi, minauda-t-il, si tu commences à lui faire faire des essayages ?
– Justement ! Tu trouverais pas ça plus sympa de le voir changer de fringues de temps en temps ? Histoire de paraître plus naturel, plus... humain ? osa-t-elle à contrecœur. Hank, n'importe qui de censé change de vêtements d'un jour à l'autre. Et Connor, pour le temps que ça durera, ne ressemble pas à un androïde comme les autres. Alors... pourquoi ne pas essayer de le laisser ressembler à un collègue ? »
C'était sans doute ça qui l'effrayait le plus chez Judith. Sa capacité à taper juste. A se mettre sur la même longueur d'onde que lui. Et le forcer, un peu plus à chaque fois, à réaliser qu'il se complaisait peut-être plus que de raison dans sa dépression, plutôt qu'à commencer à se relever. Parce qu'une part traîtresse de lui avait toujours voulu rentrer dans son jeu. Même si c'était pour se prendre la tête avec elle parce qu'il n'était pas d'accord... il existait de ces gens avec qui on appréciait ne pas être d'accord, comme elle, et ceux avec qui on en avait marre, comme Gavin. On ne pouvait d'ailleurs pas faire plus diamétralement opposés.
Si... si ça n'était pas arrivé, s'il ne s'était pas écroulé sur lui-même, il aurait presque adopté Judith. A force de l'entendre dire toutes ces conneries à longueur de journée.
Suivant son regard, il se tourna vers Connor qui, visiblement, avait profité de ce temps de débat pour soulever le couvercle du carton et regarder à l'intérieur. Il l'abaissa pour regarder Hank et lui dire, avec dans le regard l'expression d'un intérêt particulièrement vif : « Il y a une nouvelle cravate dans cette boîte. »
On aurait dit qu'il venait de trouver son cadeau de Noël. Hank ferma les yeux, vaincu et trahi par le sourire qui venait de s'étaler sur son visage.
« Va te changer. Ah, mais si ça me convient pas, prépare-toi à tout remettre fissa !
– Compris ! Oh, Mrs Moore, ne soyez pas déçue, mais je ne mettrai pas le pantalon.
– Quoi ? Tu vas garder ton jean ?
– Son jean ? ... »
Pour la première fois depuis le début de leur enquête, Hank remarqua que Connor portait une chemise et une veste de costume (enfin, une veste de costume façon Cyberlife) et non pas un pantalon de costume comme il l'aurait cru si on lui avait posé la question de mémoire, mais bien un jean tout ce qu'il y avait de plus banal, de simple... de normal. Tellement normal.
« Oh mais Connor, geignit Judith, déjà là t'en portes pas, pourquoi tu veux pas essayer ?
– C'est vrai, renchérit Hank uniquement par curiosité : pourquoi Cyberlife te fait porter un uniforme strict, mais avec un jean ?
– Sérieusement, lâcha soudain Connor, beaucoup plus humain : un costume complet ?! » Il secoua la tête en osant un sourire amusé : « Non, non, surtout pas. Beaucoup trop guindé. »
Et il partit enfin pour de bon, pour se changer. Hank gardait un sourire en coin, mais un sourire quand même, amusé par le développement de cette conversation. Il se prit même à marmonner : « "Beaucoup trop guindé..." », à la grande satisfaction de Judith.
« Tu l'adores, hein ? »
Il pouffa discrètement, avant de répondre :
« Je le connais que depuis deux semaines, mais s'il lui arrive quelque chose, je bute tout le monde dans la pièce et ensuite je me tue. »
Judith retint un début de fou-rire, absolument ravie, reconnaissant le type de phrase qui avait pullulé sur internet à leur adolescence, ne se doutant peut-être pas de sincérité partielle dans ces mots.
A vrai dire, Hank n'était pas encore prêt à prendre une balle à la place de Connor, mais au fond de lui-même, si les choses suivaient leur cours, il sentait que ça viendrait. Tôt ou tard.
Quand Connor revint, il était en jean, chemise et veston : le vêtement était plaqué sur son corps comme tout vêtement sur-mesure qui se respecte. Il présentait les mêmes types de variations de tissu que sur sa veste ainsi que les éléments lumineux réglementaires, mais la coupe, cette fois, était impeccable. Et, glissée entre le veston et la chemise, et parfaitement ajustée autour de son cou : une cravate noire, mate, sans élément réfléchissant, aussi simple qu'elle se devait de l'être.
Connor termina les derniers ajustements avant de les consulter : « Alors ? Vous validez ? »
Hank prit son air méditatif, laissant traîner. Judith l'observa comme un créateur observe un juge, un critique, dans un dessin animé : avec une impatience électrique.
« Mais vas-y, allez, dis-le ! Dis-le qu'il est sapé comme un pape !
– C'est vrai qu'il est sapé comme un pape, là n'est pas la question. La question c'est, est-ce qu'il est pas encore moins crédible comme flic ? »
Judith ouvrit la bouche mais ne répondit rien, prise par surprise. Coincée avec la tête de Connor qui leur faisait l'effet à tous les deux d'un banquier, assureur ou même présentateur télé.
Ou pire.
Avocat.
« Y'a encore autre chose, esquiva Judith ; Connor, quand tu restes immobile à attendre pendant plus de cinq secondes, par pitié, fais quelque chose de tes mains.
– Comment ça ?
– Range-les dans tes poches.
– Bon sang oui ! réalisa Hank. Non, pas les mains entières, ça rentrera pas tu resterais coincé (Judith pouffa en l'imaginant) si t'as pas à bouger pendant dix secondes, mets tes pouces dans les poches de ton jean, c'est suffisant. T'auras moins l'air d'un lampadaire.
– Ah bon.
– Je t'assure. Tu me stresses. »
Connor acquiesça tout en s'exécutant, s'attirant les compliments paternels de Hank et Judith qui justement commenta en sourdine :
« Du coup maintenant il ressemble plus à un mannequin...
– C'est bon, James est prêt à vous rece... voir... »
Jeffrey resta figé devant la nouvelle apparence de Connor, incapable de comprendre ce qu'il s'était passé pendant son absence. Les yeux de Hank passèrent plusieurs fois de l'un à l'autre avant de prendre une décision : « Parfait ! On file, on voudrait pas le faire attendre ! Hein Connor ? Allez, on dégage. »
Jeffrey bégaya une ou deux syllabes indistinctes en levant une main impuissante, laissant le duo partir. Quand son regard perdu s'échoua sur Judith, celle-ci haussa les épaules, feignant de n'y être pour rien alors qu'elle repartait travailler.
« Mais qu'est-ce qui lui prend ? » chuchota Jeffrey, complètement perdu par les décisions de son collègue.
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« Rupert ? »
Rupert se tourna vers Markus, mais un peu vite, juste assez pour trahir sa nervosité.
Markus avait été assez sidéré de voir combien Rupert avait changé depuis son arrivée. Ses premiers pas sur le bateau avaient été tendus, empreints de cette même nervosité qu'aujourd'hui, mais aussi l'œil vif, l'esprit réactif ; il venait de survivre à une course-poursuite contre un ennemi redoutable, Le fameux RK... la tension n'était pas retombée tout de suite. C'est pour cela qu'il s'était montré implacable en voyant Alice. Ses instincts avaient parlé les premiers.
Mais depuis que la tension en lui était retombée, et qu'il s'était accoutumé – assez vite d'ailleurs – au Jericho, Rupert était devenu une autre personne. Un jeune garçon discret, timide, introverti. Il n'allait pas vers les gens. A la limite les gens venaient à lui. Il se montrait poli, réservé. Et encore, c'était si on lui mettait la main dessus : Rupert avait tendance à s'éclipser on ne savait où, d'après Charli pour voir des oiseaux… Markus l'aborda avec douceur.
« Tu vas bien ?
– Hm… opina-t-il en regardant ailleurs.
– Dis-moi, Rupert. Est-ce que c'est vrai que tu vas partir en expédition ? … Avec Back et les autres ? …
– … oui.
– C'est ce que tu veux ? … » Rupert hocha la tête en regardant le sol. « Rupert, regarde-moi. C'est vraiment ce que toi, tu veux ? »
Mentir en regardant Markus dans les yeux était bien plus difficile. Rupert ne s'y essaya même pas. Markus soupira, peiné.
« Rupert, écoute…
– Non, j'ai pas envie.
– …
– J'ai dit que j'irais.
– Mais pourquoi ? Si tu n'as pas envie, pourquoi ? Tu n'as pas à te forcer…
– Je ne me force pas ! se fâcha Rupert, si tant était qu'il pouvait être convainquant en étant fâché. Je viens, c'est tout.
– Est-ce que c'est Back qui te pousse à venir ? Tu sais qu'il ne peut pas t'y obliger.
– Mais c'est pas lui… ça n'a rien à voir. Les humains… c'est tout le problème. Il faut s'en débarrasser.
– Ce ne sont pas tes mots que j'entends sortir de ta bouche… commenta Markus avec une expression sévère qui fit baisser la tête de Rupert.
– Alice passe encore, nuança Rupert avant que Markus ne s'en serve contre lui. Mais les humains nous massacrent. Et ce n'est pas juste. »
Markus laissa passer un temps, pendant qu'il réfléchissait. Mais Rupert ne lui en laissa pas assez pour répondre, reprenant :
« Tu sais ce qu'ils ont fait à Ralph ?
– Ralph ?... Non. Qui est Ralph ?
– Ralph était mon ami. On travaillait dans la même ferme. Ils voulaient voir si deux androïdes différents pouvaient travailler en se complétant, sans rien avoir à nous dire pour qu'on se coordonne tout seuls. Ça a bien marché. J'aimais bien Ralph. Ralph m'aimait bien. Puis ils ont frappé Ralph. Ils l'ont tellement frappé qu'il n'avait plus de visage. On ne savait même pas comment hurler. On s'est enfuis. C'était notre grande première fois. On est devenus "nous". Un "je" chacun. Mais on s'est perdus. On devait se cacher. Je savais pas ce qu'il était devenu. J'ai demandé à tout le monde ici, personne ne sait. J'ai demandé au policier s'il savait. Le policier avec le chien... Il le connait. Il l'a vu. Ils l'ont trouvé. Ils l'ont enfermé. Ralph est dans une cage maintenant. Et le policier dit qu'il est fou. »
Rupert s'enferma ensuite dans le silence.
Markus, lui, était sûr de deux choses. Rupert n'avait pas plus envie que lui d'aller en expédition avec Back, mais il n'y aurait pas moyen de le raisonner. Alors Markus s'y prit autrement. Il laissa Rupert seul en lui présentant ses excuses et partit ailleurs.
« Back ? »
Le concerné se retourna, sa conversation avec son petit groupe de privilégiés s'interrompant à la venue de Markus.
« Tu as bien demandé des volontaires dans tout le Jericho, n'est-ce pas ? »
Back le regarda d'un œil perçant. Il avait depuis le début cet air acéré mais il réservait à Markus quelque chose de plus piquant encore. Charli avait raison ; il ne l'aimait pas beaucoup.
« Et alors ? Ça te choque ? Tout le monde est libre de proposer sa participation…
– Justement, dans ce cas pourquoi ne m'as-tu pas proposé de venir ? »
Les androïdes restèrent impassibles, mais leurs diodes trahissaient leur nervosité. Celles qui étaient restées bleues étaient directement passé au jaune clignotant, comme celles qui étaient jusque-là jaune fixe.
Le bleu de la diode de Back ne vacilla pas un seul instant.
Markus ne baissa pas les yeux. Il inclina la tête, l'air inquisiteur : « Peut-être que je ne suis pas le bienvenu ? ... »
Back leva légèrement le menton, insensible à cette pique.
« Pas du tout. Tous ceux qui veulent lutter contre les humains sont les bienvenus pour l'expédition.
– J'ai cru comprendre qu'il s'agissait d'une quête de pièces ? …
– C'est prévu. »
Back s'avança, l'œil noir, sans doute énervé par les insinuations de Markus.
« Mais si tu préfères tes ignobles humains à ta propre espèce, tu ne mérites pas de venir. »
Markus garda la tête froide, ne baissa pas les yeux et répondit très calmement, très honnêtement : « Ne t'inquiète pas, j'ai le sens des priorités. »
Back n'était sans doute pas dupe de l'ambiguïté de ses propos, mais Markus s'en fichait pas mal : si Back le refusait dans l'équipe, cette décision pourrait remettre en question son autorité. Markus avait fait ses preuves alors que Back était un nouveau venu. Véhément, convainquant, mais peut-être encore trop entreprenant pour l'instant. Ceci dit, il répugnait peut-être aussi à laisser Markus venir lui voler la vedette…
Alors que Back et les autres s'éloignaient, il sentit une présence derrière son épaule.
« Pourquoi tu fais ça ?! »
Rupert était crispé, restant difficilement sur des chuchotis.
« Quoi donc ? feignit Markus d'être désinvolte.
– Tu ne voulais pas venir, non ? Tu voulais rester tant qu'on ne risquait rien, tu disais qu'après le passage des deux policiers on devait rester discrets !…
– Oui, c'est vrai. On peut continuer un moment encore sur notre réserve de pièces. On devrait éviter de se faire remarquer.
– Pourquoi tu viens ?!
– Je n'ai pas le choix si je veux pouvoir veiller sur toi. »
Rupert resta silencieux, interdit, gêné, embarrassé, apeuré. Il finit par faire demi-tour et s'installer dans un coin en attendant que Back ne donne le départ, espérant que tout se passerait bien.
En fait, franchement, oui, il se serait passé de venir s'il en avait le cran.
Markus, lui, sentit une tape sur son épaule ;
« Alors comme ça tu viens, finalement ? demanda North, surprise.
– Hm ? Oui. Et toi ?
– Dès qu'il m'a demandée. Je croyais que tu préférais rester ici ?
– Qui l'a dit ?
– Toi ?
– Non. Qui te l'a dit ?
– Ah… Back, en fait. Il disait que tu préférais ne pas prendre de risques. Je me suis dit qu'il ne te connaissait pas aussi bien qu'on te connaît… après tout il est arrivé un peu tard.
– Oui.
– … tu n'es pas très loquace, hein ?
– Un peu comme toi quand on s'est rencontrés, non ? nargua-t-il.
– Ah, tu le prends comme ça ? tiqua-t-elle.
– Mais non. C'est juste que Back a l'air de se méfier de moi. Il ne voulait pas que je vienne.
– Ah. Il veut peut-être ta place.
– Quelle place ? Ce n'est pas comme si j'avais décidé d'être un chef…
– Peut-être mais…
– Qu'il la prenne, cette place. » écourta-t-il en partant s'isoler pour réfléchir, laissant North songeuse.
Markus aurait dû y penser, il regrettait de ne pas l'avoir envisagé. Des androïdes revanchards. Il aurait voulu avoir plus de temps pour réfléchir à quelle attitude adopter.
Markus ne voulait rien diriger du tout, il ne voulait donner d'ordres à personne, ni de conseils. Mais au fond il espérait que Jericho aie la prudence de rester cachée, au moins le temps de réfléchir un bon moment à sa situation. Se construire un avenir prendrait forcément beaucoup de temps, et rien ne se ferait en précipitant les choses.
La violence, peut-être, mais seulement en dernier recours.
Kara et Luther avaient parlé du Canada. Qui sait, si le pays pouvait les accueillir ou les cacher, mettre en place une route pour les androïdes, un système de passeurs, qui sait ?…
C'était tellement compliqué…
Peut-être que Back avait raison. Peut-être qu'il fallait se montrer plus incisif. Plus pro-actif. En tout cas il était mal placé pour donner des leçons alors qu'il ne voulait pas réellement s'impliquer, porter sur ses épaules la charge des vies de ses compagnons d'infortune.
Tant pis, il pouvait au moins essayer de voir ce que ça allait donner, non ? Qui sait, peut-être que tout se passerait bien, qu'ils ramèneraient plus de pièces. Du moment qu'il ramenait Rupert en vie au Jericho…
Oui. Du moment que lui, Rupert et North revenaient entiers de cette expédition.
Voilà ! Je préfère couper ici parce que ça reste propre, et ça ne présage que des choses intéressantes des deux côtés de l'histoire donc yay ! J'espère qu'au moins les discussions Hank-Androïdes, ou la séance d'essayage de Connor (dont l'idée m'est venue d'un fanart, comme pour le léchage de flingue de Gavin mouahaha) vous auront plut ! Moi j'adore. Le problème de cravate, l'idée de le voir porter un veston… C'parfait.
