Les gens je sais plus si j'ai oublié de m'en vanter °-° mais j'ai fait une vidéo sur detroit become human est-ce que je vous avais donné le lien ?

(allez sur youtube puis collez ça à la fin de l'url-type: w point youtube point com SLASH, car le SLASH est important) watch?v=MWnjBOfMkts

et mettez des écouteurs.

Par contre soyez pas surpris, c'était destiné à un youtubeur donc j'ai évidemment tout pompé sur son let's play du jeu, donc on voit sa tête et ses réflexions mais au pire, à la moitié de la vidéo environ, y'a plus que des extraits du jeu lui-même et je me suis donnée à fond (6 mois, les, gens, c'est de la balle)

Ah, pour ce chapitre, j'aime aussi préciser qu'on est aux USA. S'ils disent « football », entendez « football américain », pas football genre soccer. Si un jour je veux dire football genre soccer, je dirais soccer, du coup.

Sur ce, en retard parce que rien ne va à la maison, voici la suite ! Avec un titre tout pété bien sûr !


Chapitre 24 : leçons sur le travail d'équipe


« Bon… on va entrer dans un lycée, Connor. Je sais pas si t'es au courant, mais la mentalité des jeunes à cet âge-là c'est quelque chose. Alors j'aime autant que… ben ne dis rien. Vraiment. Ils vont te tester, te piquer avec un bâton pour que tu réagisses. Si tu le fais, on s'en sortira pas.

– Je ne dois pas répondre aux élèves, en somme ?

– Exactement. Sauf si ça fait partie de l'enquête. Et encore. En fait, attends ma permission pour ça. D'accord ?

– Très bien.

– Bon. »

Hank coupa le contact, sortit et Connor le suivit.

Ce n'était pas calme.

Les journalistes, les badauds et même les parents d'élèves s'agglutinaient dans la rue, une foule compacte et bruyante, comme des fans devant l'hôtel de leur star, retenus par des policiers et des membres de la sécurité de l'école. Il faut dire, ce n'était pas une petite école…

Ils entrèrent sans trop tarder dans l'établissement, qui lui non plus n'était pas tout à fait tranquille. C'était pile un intercours et malgré les mesures prises par l'établissement pour dégager le rez-de-chaussée ; on pouvait voir aux étages supérieur, penchés par dessus des rambardes et débordant autant que possible sur les escaliers, les élèves fasciné par la présence de policiers à l'intérieur, prêts à se mettre en retard aux cours suivants le temps d'en voir le plus possible.

Hank ne sembla pas s'intéresser aux élèves bruyants qui le dévisageaient de là-haut, saluant tout juste un collègue, se dirigeant vers le directeur : plus loin dans le couloir principal, occupé à discuter avec deux officiers.

« Euh… excusez-moi ? » fit-il, haussant un peu la voix à cause du chahut et surtout dubitatif devant Anderson et sa tenue qui représentait très moyennement les forces de l'ordre. Hank ne fit pas de difficultés et montra sa plaque.

« Lieutenant Anderson. » Les yeux du directeur se mirent à briller. « C'est le Capitaine Fowler qui m'envoie.

– Merci… » chuchota le directeur, l'air encore un peu transi : sa requête d'avoir un agent le plus compétent possible avait été entendue, la tenue d'Anderson lui passait par dessus la tête à présent.

« Je suis venu immédiatement, vous pouvez me faire un topo de la situation ?

– Venez, c'est par ici… »

Hank remarqua du coin de l'œil une boulette de papier rebondir sur la tête de Connor et songea à la trempe que Judith aurait mise au fauteur de trouble. Sapé comme un Pape pour sa sortie au lycée, tu parles, si seulement elle savait le peu de considération que les gosses avaient pour les machines… Ils en prenaient presque autant soin que de leurs téléphones.
Bon, elle devait le savoir, en fait.

« Ce matin, le coach de l'équipe de football préparait le matériel quand c'est arrivé.

– Laissez-moi devinez. Vous avez acheté un androïde ?

– Le dernier modèle, il simule un joueur. Enfin, jusque-là… ça fait quelques mois qu'on l'utilise et ce matin, à l'allumage, il y a eu des ratés. Notre coach a dit avoir essayé quelques méthodes de démarrage sans échec, mais la machine s'est emballée. Il a pu s'échapper et appeler la sécurité à temps pour bloquer le périmètre, mais l'androïde est trop violent pour que quiconque l'approche. »

Hank vit à nouveau un projectile tomber depuis le haut d'escaliers, mais cette fois Connor l'attrapa au vol, sans même regarder, et l'envoya pile dans une poubelle d'un geste si souple qu'il semblait avoir à peine utilisé son bras, qu'il remit aussitôt dans son dos. Tout était allé si vite ! Les élèves poussèrent quelques acclamations, Hank s'arrêta pour le regarder et le directeur fit de même. Connor afficha un air innocent. Hank, lui, remarqua que le projectile, cette fois, était une paire de ciseaux. Il fit mine de soupirer : « Tu peux pas t'empêcher de faire ton intéressant, hein ? »

Connor ne dit rien, il afficha juste un petit sourire qui lui donnait presque l'air complice. La marche reprit.

« Est-ce que l'androïde a fait des blessés ?

– Non, heureusement, enfin rien de grave… des bleus, c'est tout.

– Est-ce qu'il a des revendications ?

– Pardon ?

– Il fait quoi, en ce moment ? Il se cache dans des vestiaires, dans votre local ? Ça se passe comment ?

– Il s'agite toujours autant.

– …Qu'est-ce que vous entendez par s'agiter ?

– Vous verrez bien.

– Bon, Connor, t'as fini ? fit mine de grogner Hank en apercevant un autre projectile aller à la poubelle.

– C'était un compas, cette fois. Il aurait pu vous atteindre, expliqua Connor qui ignorait à présent l'avion de papier qui passa tout près de ses cheveux.

– Qu'est-ce qu'ils ont, vos élèves ? Ils devraient pas être en cours ?

– Si, ils devraient ! répondit le directeur d'une voix délibérément claire, contrarié, regardant directement les élèves.

– C'est quoi, ça ? Une règle en métal ? remarqua Hank en voyant un élève viser. C'est lui qui veut te planter depuis tout à l'heure ?

– Il vise plutôt bien, reconnu Connor. Mais ce n'est pas un mauvais garçon.

– Comment tu le sais ?

– Son dossier scolaire, son langage non-verbal…

– Attendez comment ça son dossier scolaire ?! » coupa le directeur, choqué.

Et Connor et Hank de ne pas savoir quoi dire : le premier s'était connecté par réflexe et n'avait aucune honte à le faire ; il agissait dans le cadre d'une enquête majeure, même s'il réalisait n'avoir aucune excuse à fournir au directeur qui puisse le contenter, et l'autre avait juste oublié que Connor fonctionnait comme ça et ne voyait pas non plus qu'est-ce qu'il pourrait bien dire au directeur pour le justifier.

La règle en métal se chargea de désamorcer la situation en se faisant attraper par les réflexes de Connor. Le directeur perdit son calme.

« Bon ça suffit maintenant ! Ouste ! Retournez dans vos classes !

– Ça a toujours pas sonné ! nia un élève.

– Elkins, c'est ça ? » intervint Connor. L'intéressé – le bon lanceur – leva un peu la tête.

« Ouais ?

– Ce n'est pas parce que tu as désactivé la sonnerie en profitant de l'agitation d'aujourd'hui, que vos heures de cours sont changées. Tu devrais déjà être en cours d'anglais. »

Le jeune Elkins fit un grand sourire : « Non m'sieur ! C'est dans le règlement ! On nous parle précisément de la sonnerie, c'est ça qui définit les limites des cours ! Personne n'est en retard aujourd'hui ! »

Connor bougea légèrement la tête, regarda dans le vague à deux endroits différent avant de poser un regard étonné sur le directeur : « Ah, j'ai bien peur qu'il n'aie raison…

– Oooh ! » pesta le directeur en partant voir les surveillants.

« Allez, viens. » fit Hank en lui mettant une main sur l'épaule pour le rediriger vers le bout du couloir. En son fort intérieur, il songeait que la jeunesse d'aujourd'hui était vraiment… terrifiante, non ? Désactiver la sonnerie des cours ?…
A cet âge-là, lui, il mettait des pommes de terre dans les pots d'échappement des professeurs qu'il n'aimait pas…

Ils ressortirent enfin de l'école par l'autre côté, où des policiers montaient la garde un peu partout, comme l'avait dit le directeur. Un homme en survêtement, lui, faisait les cents pas mais s'arrêta en les voyant.

« … vous êtes ceux que le Commissaire a envoyé ?

– Ceux que le Capitaine Fowler envoie. Hank Anderson. Lui c'est Connor, l'assistant technique.

– Bonjour Mons-

– Amenez-vous, qu'on en finisse. »

Ils suivirent le coach sans rien dire et arrivèrent jusqu'au terrain de sport : de là où ils se tenaient, ils surplombaient le terrain qui était en cuvette ; on l'atteignait en descendant les gradins. Et au beau milieu de cette pelouse : une unique silhouette s'agitait, gesticulant comme pour se débattre et frapper de manière totalement hasardeuse, un mélange de combat d'homme ivre et de convulsions, aurait décrit Hank. Mais les mouvements étaient assez violents pour qu'il comprenne pourquoi les membres du service de sécurité de l'école s'étaient découragés.

« Vos collègues refusent de tirer dessus, mais c'est le seul moyen ! insista le Coach.

– Lui- vous déconnez ?! Vous voulez que je me fasse virer ?! Je peux pas tirer dans une école !

– Vous voyez un autre moyen ?!

– Déjà, oui, y'en a sûrement un, mais surtout venez pas me les briser pour que je tire alors qu'une dizaine de décrets me l'interdisent ! Encore, si l'école était vide, je dis pas, mais là ? Vous êtes un grand malade vous… ou alors vous voulez faire sauter ma plaque. On se connaît ?

– Mais non…

– Connor ? Ton avis sur la question ? »

Connor n'avait pas lâché l'androïde du regard jusque-là.

« Pour l'instant, il ne semble pas avoir une grande conscience de son environnement. Il ne cherche pas à s'échapper, il reste sur le terrain… J'imagine que vous avez tenté de le maîtriser ? Comment cela s'est-il passé ? »

Le Coach regarda Hank, Hank lui répondit en désignant Connor d'un coup de menton.

« …Bah, quand on l'approche il devient dingue et s'acharne sur le premier type qu'il peut avoir ! C'est quand on s'éloigne assez qu'il se met à… à tourner en rond, comme ça… »

Connor riva à nouveau son attention sur l'androïde. « Donc c'est comme s'il n'avait pas conscience de ceux qui l'entourent, à moins d'être assez proche ? À quelle distance l'estimez-vous ?

– C'est quoi toutes ces questions, franchement ?

– Répondez-y, renvoya Hank.

– Bah je sais pas, moi… dix mètres ?

– Comment s'appelle-t-il ?

– Aaron..

– Très bien. Lieutenant, vous permettez que je l'étudie de plus près ?

– Fais-toi plaisir. Mais évite de te faire massacrer. Ça me mettrait dans une position assez délicate.

– Je ferai attention. »

Le coach fronça les sourcils. Cette situation n'avait absolument aucun sens.

On ne pouvait pas lui en vouloir de le penser. Les seuls androïdes capable de faire la conversation de façon fluide étaient destinés à rester dans les foyers. Ceux de la police étaient laconiques, connaissant parfaitement les phrases-type pour chaque situation de leur fonction ô combien protocolaire. Et surtout, ils restaient à leur place. Ils gardaient les périmètres et transmettaient les informations. Ils étaient en retrait, bon sang. Qu'est-ce que c'était que cette farce ?
Et ce costume de consultant-manager-marketing ?

Connor descendit donc les gradins d'une démarche souple, sous les yeux des policiers répartis autour des gradins, leurs armes toujours pointées vers le sol.

Lorsqu'il arriva enfin sur le terrain, il ralentit, observant les mouvements violents et désordonnés de la machine devant lui. Ils étaient si violents qu'il pouvait entendre la mécanique chuinter.

Connor mesura la distance le séparant de l'androïde ; quinze mètres environ, dépendant des déplacements de l'androïde. Il commença par l'analyser.

QB-1000, ou Androide QB ; QB pour quarterback : un prototype disponible uniquement pour quelques privilégiés : certaines grandes équipes sportives et ici en l'occurrence à la demande du directeur, qui avait bien voulu optimiser l'entraînement de son équipe lycéenne. Un androïde capable, selon la publicité, de lancer un ballon d'un bout à l'autre du terrain, et d'atteindre en tirant au pied une cible de six pouces de large.

Cet androïde pouvait exécuter toutes les tactiques de base par commande vocale et autres manipulations simples. Il pouvait aussi reproduire des exercices physiques pour servir d'exemple, bref, un excellent outil pour une équipe sportive, enfin c'était le but.

Mais pour l'instant, il ressemblait à un animal de cirque…

Analyse – taux de stress… taux estimé à 75 %.

En effet, vu l'agitation de l'androïde, c'était cohérent. Sa température suivait son activité physique, sans plus.

Connexion…
Échec.

Typique des déviants, hermétiques à toute connexion à distance, sauf s'ils le voulaient bien. C'était donc tout ce qu'il en tirerait pour l'instant.

« Aaron ? »

L'androïde continua ses gesticulations.

« Aaron, est-ce que tu m'entends ? »

Rien à faire. Connor tenta une approche. Au sens propre : il réduisit la distance. Il ralentit peu à peu et à 11,76 mètres, la machine se tourna brutalement vers lui. Alors que le quarterback marchait en écrasant le sol sous ses pieds : Connor plia les genoux, et en laissa même un toucher terre. Les spectateurs ne comprirent pas. Par contre, Aaron, lui, changea subitement de comportement : il se remit à gesticuler dans tous les sens, ignorant Connor pourtant à cinq mètres de lui.

« Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?… marmonna le Coach dans les gradins.

– Il me semble que c'est la règle, non ? Si le porteur du ballon met un genou à terre, ça marque la fin de l'action, commenta Hank.

– Oui merci ça je sais ! s'énerva l'autre. Mais pourquoi il s'arrête pour ça ?! Quand je lui ai gueuler d'arrêter de me taper dessus ça l'a pas arrêté ! »

Hank haussa les épaules, bras croisés, l'air posé. Connor, lui, semblait continuer d'observer et Hank lui faisait à peu près confiance pour s'occuper de cette armoire à glace.

Connor l'étudiait en effet. A cette distance un peu plus réduite, la connexion à distance aurait dû être plus simple, mais non, rien de rien, l'androïde était toujours aussi hermétique.

« Aaron, est-ce que tu veux me parler ? Est-ce que tu veux bien me dire ce qu'il t'es arrivé ? »

Mais autant s'adresser à un mur. Connor tenta de lire des données pouvant fuir de son système mais là encore il fit choux blanc. Il aurait pu croire à un crash système et une tentative d'autodestruction si son taux de stress était à 100 % et qu'il n'avait pas été capable de changer d'attitude en détectant Connor debout. Un androïde en crash système ne se souciait plus de son environnement, sauf pour s'auto-détruire lorsqu'il devait faire usage de la violence. Alors pourquoi ? Normalement, même les déviants laissaient filtrer des informations, aussi minimes et cryptiques soient-elles, des fragments de données…

Analyse.
Connor se focalisa sur la diode.
Bleu 100 % fixe.

Connor laissa filer du temps et étudia les variations de couleur.
100 % fixe, constant.

D'accord. Entre ça et l'absence totale de données exploitables habituellement présentes ; il y avait fort (très fort) à parier que ce ne fusse pas un déviant.

Connor se releva. L'androïde, détectant aussitôt sa nouvelle posture grâce à son analyse environnementale : se retourna aussitôt et lui fonça dessus. Au moment de l'impact, Connor l'esquiva en passant sous son bras et en pivotant pu attraper le genou du QB-1000.

La seconde d'après, le quarterback était à plat ventre et Connor, debout derrière lui, tenait sa jambe dans ses mains, impeccablement déboîtée. Heureusement que l'androïde n'avait pas pu être vêtu ce matin à cause de ses gesticulations : il n'aurait pas pu lui retirer ce membre s'il ne portait pas un short comme maintenant.

Connor entendit un son que son analyse interpréta comme le bruit de mains frappées entre elles. Son interprétation lui fit lever les yeux, interdit. Hank l'applaudissait. Connor se permit un sourire. Il recula ensuite pour éviter de se faire attraper par l'unijambiste. Une fois un peu éloigné, il posa proprement la jambe qu'il tenait sur le pied, verticalement, pour ensuite se préoccuper de nouveau de l'androïde. Il le contourna assez rapidement pour lui déboîter l'autre tibia, le poser à côté du premier, puis il plaqua l'androïde au sol, face contre terre et en frappant aux bons endroits, dans les omoplates, réussi à mettre hors-service les deux bras de l'androïde. Le poids de Connor sur son dos suffit alors pour l'empêcher de l'attaquer ou se déplacer. Il rétracta la peau de sa main droite et la posa sur la nuque de l'androïde.

Rien.
Il ne se passa rien, L'androïde continuait de tordre sa colonne vertébrale, gigotant inutilement. Sa peau au niveau de sa nuque ne se rétracta pas, et Connor se heurta au même problème d'incompatibilité qu'avec l'androïde de Manners.

Un réencodé.

Il ferma le poing en laissant le pouce et l'auriculaire tendus, les tenant près de son visage en regardant Hank. Celui-ci consulta son téléphone pendant que Connor ouvrait le dos de l'androïde pour le débrancher de l'intérieur.

Quand Hank lu le message et comprit la nature du bug, il soupira d'énervement et descendit les gradins. Il fit signe au coach de ne pas l'accompagner.

« J'en demande peut-être trop dès maintenant, fit Hank en le rejoignant, mais t'as un lien entre Manners et le Coach ?

– Eh bien… traîna-t-il alors qu'il regardait les câbles dans la cage thoracique ; ils ont été dans la même équipe lycéenne de football américain pendant une année. Rigsby y est resté en devenant coach par la suite, Manners a quant à lui préféré la musculation aux sports d'équipe.

– J'aurais jamais deviné. Sérieusement, c'est tout ?

– Je ne peux pas l'affirmer pour l'instant mais s'ils se connaissent plus que cela, ils l'ont peut-être caché.

– 'M'étonnerait pas, si on part du principe qu'il existe un tout nouveau groupe de hacktivistes…

– Ou peut-être des terr-

– Abstiens-toi, tu vas nous porter la poisse. Bon, tu cherches quoi, là ? Il est complètement débranché, non ?

– Je cherche des pièces ajoutées. Je me demande si les hackers n'ont pas réussi à détourner le système opérateur en ajoutant leurs propres circuits… »

Hank cru entendre des appels, comme des cris, il leva le nez et remarqua que les hommes dans les gradins lui faisaient de grands signes. Il regarda là où on lui montra, c'est-à-dire le bâtiment qui servait de vestiaires et de local au bout du terrain, remarquant qu'il vomissait une dizaine d'androïdes en train de courir droit sur eux.

« Putain, je croyais qu'ils avaient qu'un seul androïde quarterback ?!

– Il semble s'agir de l'équipement du club de baseball. Sortez votre arme.

– Quoi ?!

– Ils sont trop nombreux. Sortez votre arme.

– Non ! »

Connor tourna vivement la tête vers lui. « Pourquoi ?

– Je tire pas dans une école. »

Connor se retourna vers les machines, analysant plus vite. « … si je les ralentis assez pour qu'il ne vous en arrive pas plus d'un à la fois, vous pensez pouvoir vous débrouiller ?

– Sans problème.

– Soyez vigilant. »

Et Connor se mit à courir. Et Hank se dit précisément à cet instant « oh merde ça va chier » pour une raison instinctive.

Connor défaisait sa cravate.

Il enroula une des extrémités autour d'un de ses poings et serra l'autre fermement dans l'autre main, rejoignant très vite l'androïde de tête. Connor bondit, effectuant un salto juste au dessus de l'assaillant. La cravate tendue entre ses mains se logea entre les dents de l'androïde. Connor retomba debout dos à lui, tirant fermement sur la cravate : la tête de l'androïde passa un peu au dessus de l'épaule de Connor tandis que son cou craquait.

Les autres étaient presque déjà sur lui.

En pivotant pour se retourner et se mettant en position accroupie, Connor se servit ainsi de sa première victime comme d'un bouclier hu… pardon, un bouclier tout court, laissant le deuxième et le troisième assaillant s'écraser sur lui.

Il lâcha la cravate et se retourna pour faire face, prêt à enchaîner. Hank, de son côté, avait la bouche légèrement ouverte.

Les policiers dans les gradins, eux, regardaient impuissants ce spectacle qui les tétanisait : aucun n'avait le cran de simplement penser à retirer le cran de sûreté et Hank espérait bien que ça ne change pas d'ici la fin de leur intervention, de toute façon. Hors de question de se prendre les médias sur le coin de la gueule mais surtout, hors de question d'avoir la moindre foutue balle perdue aussi improbable soit-elle – 'justement pour une histoire du genre qu'existaient les décrets – donc, quand un premier androïde finit par passer Connor pour atteindre Hank, celui-ci, prêt ou pas, était prêt de toute façon, puisqu'il était hors de question qu'il perde, par fierté et par nécessité.

Quand il remarqua à quel point le coup de poing de l'androïde était prévisible, il ne réfléchit pas plus, se décala pour l'éviter et l'attrapa sans efforts pour envoyer l'androïde ventre à terre, tenant son poignet, posant son pied derrière son épaule et la déboîtant – un peu raide, quand même, cette épaule de métal – puis sans lâcher son emprise, se débrouilla pour rapidement l'atteindre à la nuque et la lui briser.

Il leva les yeux et vit Connor faire la même chose, mais dans le feu de l'action, à un androïde debout, qu'il avait atteint par derrière et qui n'était même pas encore tombé à genou que Connor se battait déjà avec les autres.

Hank regarda sa victime, puis feu l'androïde quarterback, et ses deux jambes disposées à côté.

« Hm… »

Alors que Connor se débrouillait plutôt bien pour monopoliser l'attention des machines et survivre à leurs assauts sans retenue, il vit soudain un pied s'abattre sur le crâne de l'un d'eux. L'androïde, déstabilisé, reçu deux autres coups de pieds qui finirent de le désactiver, l'envoyant à terre dans un petit bruit d'électronique agonisante.

Connor se tourna vers le pied et vit que la jambe à laquelle il était rattachée était fermement tenue dans les mains de Hank. Et d'ailleurs : Hank profita que tous les androïdes le regardaient en l'analysant, pour en dégommer un comme s'il faisait du base-ball : l'androïde frappé violemment à la mâchoire regardait à droite, presque derrière-lui, et tomba sur le dos.

« Allez, mange ! Mange ! » commentait-il alors qu'il travaillait à rendre Detroit plus sûre à coup de latte. Connor se reprit et lui prêta main-forte ; les quatre derniers androïdes furent beaucoup plus faciles à gérer, ce ne fut même pas l'affaire d'une minute.

Quand ils eurent fini, Hank ne manqua pas le regard de Connor posé sur sa jambe.

« Bah quoi ?

– Rien. C'est juste… Original.

– Oh ça va, on fait avec les moyens du bord ! Pis c'est pas comme si j'abîmais leur disque-dur ou quoi…

– Exact. Même désactivés, si leur support mémoire est entier, il sera toujours exploitable. C'est l'avantage avec les réencodés, au contraire des déviants… reconnu Connor.

– Putain il est où ce con ?!

– Comment ?

– Connor, dis-moi si tu vois Rigsby. »

Connor lança une analyse sur tout le stade, ce qui le ralentit un peu par rapport à d'habitude, balayant aussi du regard la zone où le coach aurait dû pouvoir se trouver.

« Il a quitté le stade.

– Putain de merde. Heh ! Retrouvez le coach !… Le coach putain ! cria Hank aux officiers.

– Vous pensez qu'il a un lien ?

– La dernière fois qu'un androïde réencodé s'est jeté sur nous – enfin sur toi – quelqu'un le lui avait ordonné. Tu viens de dire que ceux-là sont pas déviants non-plus, hein ?

– Oui…

– Alors j'aimerais savoir pourquoi un des types les plus proches de ces foutus pantins vient de se volatiliser juste après une attaque coordonnée ! » s'écria Hank avec hargne, commençant à remonter les marches avec colère.

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« Markus ?… »

Rupert avait du mal à s'imposer.

« Back donne le départ.

– Il a dit où il comptait nous emmener ?

– Euh… je n'ai pas demandé. »

Markus ne dit rien et suivit le mouvement. La troupe sortit de la cale. Il réussi à s'approcher de North.

« Back t'a dit où il comptait aller ?

– Hm ? Non. Juste qu'il va libérer d'autres de nos frères et montrer aux humains ce dont nous sommes capables. »

Markus ne dit rien.

« Moi non plus j'aime pas ça, tu sais, fit-elle savoir.

– Ah ?

– Ça t'étonne ?

– … un peu.

– Avec toi c'était plus carré, appuya North. On n'a pas pris de risques inutiles. On savait tous où on allait, à quoi s'en tenir. Back veut qu'on le suive aveuglément.

– Si ça ne te plais pas, pourquoi tu…

– Pour ramasser les blessés si ça se passe mal, crétin. Au mieux il nous prouve que ça valait le coup de le suivre sans poser de questions, et au pire il faut bien quelqu'un pour lui en coller une s'il a déconné et rattraper ceux qui peuvent l'être.

– …Ça fait sens. »

Les androïdes quittèrent le bateau. Markus détailla leurs tenues et leur allure ; au moins Back et les autres avaient pensé à l'aspect vestimentaire de leur excursion ; tous avaient des vêtements corrects, et des chaussures (tout court). Ni trop cher – ce n'était pas le plus difficile – ni trop miteux, juste assez ordinaire, mais ils étaient tout de même presque une vingtaine…

« North ? »

Elle rejoignit Back à l'avant, Markus resta en retrait. Quand ils eurent fini de s'entretenir, un groupe suivait Back et l'autre North. D'un regard, Markus comprit qu'il serait avec elle, mais en son fort intérieur déplora de ne pas pouvoir garder un œil sur Rupert, qui partait avec l'autre peloton.

Markus, North et les six autres suivirent donc leur propre route en prenant des rues parfois peu fréquentées, parfois non, se suivant par groupes de deux ou trois. Markus finit par voir que North leur évitait autant que possible les voies filmées, se fichant éperdument des humains, qui les ignoraient en retour.

Tous avaient retiré leur diode, mais Markus remarqua que certains ne l'avaient fait qu'aujourd'hui. Back avait dû le leur exiger. Ce n'était pas idiot, au contraire ils prenaient moins de risques.

Le trajet, alternant marche à pied et transports en commun, séparations et regroupements, dura plus d'une heure, jusqu'à ce que le groupe entier ne se reforme en marge des habitations et des commerces, sur un paysage de goudron et de béton, où les véhicules se faisaient rares malgré les nombreuses voies de circulations. Et Back semblait clairement intéressé par un tunnel mal éclairé, isolé des autres routes par quelques espaces encore verts.

Back fit face à tous ses lieutenants, l'air toujours aussi grave.

« Dans quelques minutes, un fourgon Cyberlife va emprunter ce tunnel. Il transportera à son bord plusieurs de nos frères, du sang bleu et des pièces de remplacement. Il n'atteindra jamais la boutique Cyberlife et nos frères ne connaîtront jamais l'esclavage. »

Il balaya l'assistance du regard avant de reprendre.

« Je veux que la moitié d'entre vous se dissimulent à l'entrée du tunnel, et les autres à la sortie, dit-il en regardant tour à tour ceux qui avaient constitué son groupe puis ceux qui avaient suivi North. Ceux à la sortie devront stopper le convoi, et les autres se chargeront de le vider. North, je peux te faire confiance ? »

Elle hocha la tête.

« Allez ! Dépêchez-vous ! »

Markus se tendit, suivant le mouvement et énumérant dans sa tête le nombre de points qui le contrariaient.

Plus d'une heure de route pour être juste à l'heure. Il aurait fallu partir bien plus tôt. Annoncer le plan à la dernière minute, si on pouvait appeler ça un plan. Se réserver le rôle le moins risqué, prévoyant d'aller prendre le fourgon par derrière et laissant les autres risquer de se faire écraser ou n'importe, et pour finir, Markus n'était même pas sûr que Back puisse forcer l'ouverture du fourgon. C'était peut-être sa méfiance qui parlait pour lui mais Markus avait l'impression que Back se prenait pour l'androïde capable de rouler sur les humains en étant armé de sa seule hargne envers leur espèce. Mais rien n'était jamais aussi simple.

« Tu as un plan ? » demanda-t-il à North. Elle prit une inspiration pour expirer juste après, laissant deviner qu'elle réfléchissait encore à la question sans le snober.

« A part attendre que le fourgon s'engage dans le tunnel pour ensuite lui boucher la sortie, tu veux dire ?

– A part ça, oui. Qu'est-ce que tu feras si le fourgon décide de nous rouler dessus ?

– Hm… haussa-t-elle les épaules sans rien dire de plus.

– Donc on entre, et on espère qu'ils se laissent faire ?

– J'improviserai. »

Les yeux de Markus s'assombrirent.

« Mais tu n'es pas toute seule, North. »

Elle le laissa dire, sans le regarder, mais sans lui tourner le dos. « Je t'ai dit que j'interviendrai si je juge que Back fait n'importe quoi. Mais pour l'instant…

– Pour l'instant on s'en remet entièrement à la chance et ça ne pose de problème à personne.

– Et qu'est-ce qu'on a fait, selon toi, quand on est allés sur les docks, hein ? s'impatienta-t-elle.

– On a pris un problème à la fois, en se concertant sur la manière de s'y prendre. On n'a pas tous foncé en même temps comme des ahuris. »

Elle fit la moue. Elle savait qu'il avait raison. « Bon. Tu as un plan, toi ? »

Markus se pencha pour jeter un œil au tunnel.

« … A priori, ce sera le même type de fourgon que nous avons emprunté à Cyberlife. Rien ne nous dit qu'on pourra en forcer l'ouverture même en le piratant.

– Mais l'autre fois ça n'a pas posé de problème, on installait déjà notre butin pendant que tu partais chercher la clé…

– Justement. L'autre fois, la clé n'était pas déjà à l'intérieur. Tout le système était à l'arrêt.

– …C'est vrai… »

North et Markus s'affaissèrent très légèrement, instinctivement, pour mieux réfléchir, et se rendirent compte peu après que les six autres androïdes les observaient.
Toute trace de colère et de concentration prédatrice avait disparu, comme s'ils étaient redevenus eux-mêmes. North et Markus échangèrent un rapide regard, se comprenant sans un mot : Back avait déteint sur eux, à force de persuasion, les convainquant de mener une vendetta à laquelle ils avaient certes accepté de participer, mais maintenant qu'ils voyaient Markus et North poser les choses à plat, réfléchir à l'aspect technique… C'était comme s'ils étaient redevenus eux-mêmes. Une expédition demandait un peu plus que de la motivation ou de la rage de vaincre.

« Bon, on ne peut pas juste faire barrage et si on saute sur le fourgon il va rouler à toute allure vers la ville pour se débarrasser de nous, raisonna North. Connaissant les pneus, on ne pourra pas non plus les crever si facilement… »

Markus se mit à les regarder tour-à-tour.

« A part North, réalisa-t-il en regardant la dernière : tu es la seule femme. Mais de loin, avec tes cheveux courts… …à l'inverse, toi, dit-il en regardant North, comme tu as les cheveux longs, ça se voit tout de suite…

– Où tu veux en venir ?

– J'ai peut-être une idée. »

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Plus le temps passait, plus Rupert commençait à regretter de ne pas être dans le groupe de North et Markus. Il avait eu beau se faire violence pour garder son sang-froid et se faire croire qu'il était un dur, ce n'était pas dans sa nature. Chaque minute qui passait le lui confirmait.

Il se tendit de plus belle lorsque le fourgon arriva ; une camionnette renforcée qui entra dans le tunnel juste avant qu'ils ne descendent de leurs cachettes pour l'y suivre en rasant les murs, dans l'ombre. Ils observèrent la sortie où des silhouettes noires sous l'effet du contre-jour déambulaient.

Interdit, Rupert cru d'abord à une énorme complication. Mais en reconnaissant Markus dans le groupe et le voyant avec une telle attitude, il finit par comprendre qu'il s'agissait d'une mise en scène.

Markus et les autres levaient la voix en tournant autour de North, à une certaine distance. Ceux qui l'approchaient ne manquaient pas de la pousser alors qu'elle leur balançait des jurons. On aurait juré voir une bande de caïds en train de persécuter une seule jeune femme, prenant aussi grand soin d'occuper un maximum d'espace pour boucher la sortie au fourgon malgré la triple voie. Grâce à North qui avançait, ils pouvaient aussi s'enfoncer dans le tunnel sans paraître plus suspects qu'ils ne l'étaient déjà. Rupert sourit de soulagement en voyant le fourgon ralentir. Il suivit son propre groupe qui avançait dans l'ombre. Quand le fourgon fut à l'arrêt, coincé par les androïdes, il donna un coup de klaxon. Les autres androïdes ne manquèrent pas de l'insulter, en reprenant l'image qu'ils avaient des humains que les autres humains appelaient des racailles.

Ça marchait plutôt bien. D'ailleurs Rupert ne pouvait pas s'empêcher d'admirer Markus, que tout le monde connaissait suffisamment bien pour savoir que son jeu ne collait pas du tout à son caractère habituel, rendant sa performance d'autant plus impressionnante.

Le fourgon klaxonna une fois de plus, un peu plus longtemps et Markus lui cria dessus en mettant ses mains à plat sur le capot, d'un geste fort, laissant croire qu'il foulait frapper la carrosserie – mais Back et tous les autres comprirent qu'il tentait une connexion, cherchant un moyen de briser les sécurités informatiques du véhicule.

« Quoi ! Qu'est-ce que tu vas faire ! T'as un problème ?! »

Les autres le soutenant dans cette démarche, North ne rata pas sa chance de s'éclipser et passer derrière le véhicule. Le chauffeur tenta de les impressionner en faisant faire un petit bond en avant au fourgon, mais Markus, s'il se laissa certes déstabiliser une seconde, campa aussitôt après sur ses positions. Quelqu'un monta même s'asseoir sur le capot pour surenchérir.

North chercha à ouvrir le fourgon à l'arrière juste avant que Back ne la rattrape. Elle pesta en son fort intérieur que Back et le reste de ces imbéciles ne pensaient pas à ne pas se faire repérer par les rétroviseurs, elle espéra donc très fort qu'à l'avant les autres occupaient suffisamment l'attention du chauffeur.

« Il faut l'ouvrir, dit Back.

– Sans rire. J'essaye. » grommela-t-elle à son tour. Parvenant à se connecter à certains sous-programmes sans pour autant réussir à briser la sécurité, elle tenta de communiquer avec Markus par les ondes. Heureusement, attentif, celui-ci perçu aussitôt son appel.

« Est-ce que tu crois que tu peux m'aider depuis l'avant ?

Un genre d'attaque coordonnée ?

Quelque chose comme ça.

Quand tu veux !

Maintenant ! »

Restant connectés, se transmettant les données pour voir en quoi l'un pourrait compenser l'autre, North se retrouva assez vite bloquée à peu près au même point. Regardant tous deux du point de vue de Markus, celui-ci réalisa qu'il pouvait peut-être faire sauter une sécurité inutile en insistant dessus – un flux de requêtes si intense que le programme ne put prendre tout en charge, saturé, il planta une demi-seconde avant de se bloquer normalement et c'est lors de ce très court plantage, lors du ralentissement du système, que North pû à son tour forcer les autres pare-feux. Après quelques efforts, North rendit le fourgon aussi ouvert qu'une boîte à chaussures.

Alors qu'ils lâchaient le véhicule, elle et Markus se firent la réflexion que les carrosseries connectées par contact étaient vraiment une énorme connerie niveau sécurité.

Tandis que North ouvrait donc l'arrière sans plus de cérémonie, le chauffeur s'alarma, alerté par les voyants du tableau de bord. Pris de court, Markus eut tout juste le temps de foncer sur la portière conducteur pour la repousser alors que l'humain tentait de sortir. Il fit pression avec son poids malgré la hauteur de la portière, pour l'empêcher de bouger, ce qui n'était pas forcément évident non plus avec la force du vieil homme qui lui criait dessus.

« Ne sortez pas, dit soudain Markus beaucoup plus calmement, abandonnant complètement son jeu d'acteur de tout à l'heure. Surtout ne sortez pas. Nous sommes beaucoup trop nombreux pour vous. »

Déjà que le vieux chauffeur s'inquiétait pour son chargement ; à cette remarque, il devint livide.

Les androïdes à l'arrière découvrirent des caisses qui leur cachaient le reste du chargement. Ils montèrent à bord pour décharger les énormes caissons et vérifier leur contenu, mais surtout pour voir si, comme promis, des androïdes neufs les attendaient au fond.

« Qu'est-ce que vous foutez ? Arrêtez de tout décharger ! Si on veut repartir avec, il faudra qu'on embarque le fourgon entier ! pesta North.

– Si tu veux prendre les commandes dis-le tout de suite… » feula Back d'une voix grave. Les yeux de North se chargèrent d'électricité. Mais sa diode vira jaune pour une autre raison : Markus lui envoyait un message : son analyse environnementale en temps réel, en urgence.

Elle vit la silhouette d'un homme se déplacer de l'intérieur vers la portière passager du fourgon…
Abandonnant sa dispute avec Back, elle couru bloquer cette portière de la même manière que Markus bloquait du côté conducteur.

« Je vous le déconseille, dit-elle d'un ton ferme une fois les yeux dans les yeux avec l'humain. Pour l'instant vous risquez rien. Restez à l'intérieur. »

Le chauffeur semblait de plus en plus paniqué.

« Qu'est-ce qu'ils font ? s'impatienta Markus. Ils déchargent oui ou non ?!

Hein ? Non ! Si on veut emmener le tout il vaut mieux reprendre le fourgon !…

La dernière fois ça les a menés droit vers le Jericho !

Oui mais cette fois on n'ira pas jusque-là, il suffit de s'arrêter dans un coin tranquille et… »

North s'arrêta, ne pouvant qu'admettre à quel point ils étaient mal préparés.

Markus ferma les yeux et se concentra un moment, jusqu'à entendre un double claquement mécanique. Il abandonna sa portière, laissant le chauffeur éberlué tirer sur la poignée en vain, enfermé dans sa cabine.

« Qu'est-ce que vous faites ? » demanda-t-il en arrivant à l'arrière, découvrant les caisses sorties, ouvertes, inspectées au beau milieu de la route tandis qu'une paire d'androïde accédait au fond du camion et essayait de réveiller les cinq androïdes qui y étaient entreposés. Il plissa les yeux à cause du clignotement d'un voyant rouge en hauteur, dans l'encadrement des portières.

« Ca nous rend pas très discrets… remarqua du même coup Rupert, étrangement intrigué, qui n'osait ouvrir la bouche que maintenant.

– Et alors quoi ? répondit Back en lâchant son caisson. C'est un fourgon. Les phares clignotent tous pour une raison. On s'en fiche.

– Et quand d'autres véhicules vont passer et nous trouver en train de piller le chargement on s'en fichera aussi ?! tonna North en les rattrapant, ayant réussi à imiter Markus pour enfermer totalement l'humain.

– C'est quoi votre problème ?! On vient de détourner un chargement complet ! Si vous avez la trouille restez dans l'épave la prochaine fois !

– Markus ? »

Les deux oublièrent l'idée de raisonner Back et se tournèrent vers le fond du fourgon. Markus sauta dedans pour voir qui l'appelait ; un des deux androïdes qui tentait de réveiller les cinq autres le regarda avec espoir.

« Je n'arrive pas à… ça ne marche que quand c'est toi, j'ai l'impression… » dit-il, l'air impuissant.

Markus regarda les cinq autres individus avec, dans le cœur ou l'esprit, une sensation de solennité grave qui le paralysa. Tout était si désorganisé, aujourd'hui.

« Markus ! Tu te dépêches ?! »

Et avoir Back sur le dos ne lui rendait pas la chose plus simple. Il n'avait pas envie de réveiller ces gens avec ce genre de sentiments. Il se secoua les idées et tendit la main. Tant pis si le moment n'était vraiment pas celui qu'il imaginait pour eux, au moins, comme l'avait dit Back, ceux-là n'allaient jamais connaître l'esclavage.

Un à un, il les réveilla en douceur, ne se laissant pas gagner par l'ambiance électrique qui planait à l'arrière. Les cinq nouveaux êtres l'observèrent avec ingénuité, clignant lentement des yeux, remuant à peine.

« Bon allez ! Descendez ! Il faut qu'on emporte les pièces ! aboya Back quand il les vit tous éveillés.

– Et comment ? lâcha North.

– On va porter les caissons.

– Quoi ?! »

Tous le regardèrent avec un certain degré de surprise.

« Attends, Back, ça pèse-

– Tu veux te plaindre maintenant du poids que ça va faire alors que c'est la question d'un simple trajet ? rétorqua-t-il à l'un des androïdes près de lui.

– Non seulement ça, soupira North, vu qu'on a bien mis une heure à venir, mais surtout comment on est censés faire pour ne pas se faire griller, au juste ? Tu nous vois nous balader en ville avec des caissons Cyberlife ?!

– Tu as une autre idée ?

– Reprendre le fourgon ?

– Bien sûr. Qui monterait dedans ? I peine de la place pour quatre : deux à l'avant, deux encastrés à l'arrière…

– Et alors ? Les autres repartiraient comme ils sont venus ! A pied !

– Bravo, North ! Bel esprit ! ironisa-t-il avant d'ordonner : On n'abandonne personne !

– Non mais – on s'est bien séparés en plusieurs groupes pendant le trajet d'aller !…

– Ne vous disputez pas… soupira Rupert qui se fit repousser par Back :

– Ca suffit ! La dernière fois qu'on vous a laissé faire vous avez ramené les chasseurs de déviants ! Trois fois ! »

Markus et North voulurent répondre mais se turent, coupés dans leur élan par le souvenir de chaque visite du binôme Anderson-Connor.

« Alors quoi, vous voudriez reprendre le fourgon et refaire exactement la même erreur ?! insista-t-il.

– …On aurait pu conduire pour rapprocher le fourgon, tenta North, usée : l'abandonner dans un endroit propice et transférer le chargement dans un autre véhicule…

– Ah oui ? Et tu sais où tu vas le voler, ton deuxième fourgon ? » attaqua-t-il. North soupira. « Pour faire ça, il aurait fallu y penser avant !

– Justement, intervint Markus, fatigué de ses piques : on aurait dû préparer ça avant. Mais tu n'as pas voulu nous dire où nous nous rendions et quel genre d'attaque nous allions mener. Tu l'as gardé pour la fin et c'est maintenant que tu nous dis qu'il faudra porter plusieurs centaines de kilos de pièces, d'un bout à l'autre de Detroit ?

– Si tu n'aimes pas mes méthodes ne reviens pas.

– Si je n'aime pas tes méthodes j'ai encore le droit de le dire avant que tu n'impliques trop d'innocents dans des combines fumeuses. »

Markus n'arrivait plus à retenir sa langue, il avait beau regretter de l'ouvrir à chaque fois, il fallait que quelqu'un tienne tête à Back. Back ne réfléchissait pas. C'était pourtant crucial pour des opérations risquées.
Il s'approcha lentement de Markus avec un regard lourd. Markus, agacé par ce silence de mise-en-scène, ne lui laissa pas le temps de faire durer cet effet dramatique, avançant lui aussi d'un pas pour terminer lui-même la distance qui les séparait : « La prochaine fois que tu tentes quelque chose avec du monde, aie la décence de leur dire dans quel genre d'histoires ils s'impliquent. Et qui sait, peut-être que quelqu'un te soufflera une bonne idée ? Comme… voler un fourgon avant d'en attaquer un deuxième ?

– Ça suffit. » claqua-t-il d'un ton sec en ignorant Markus et regardant le fond du fourgon avec ses cinq androïdes dubitatifs. « On s'en va. »

Les anciens se reculèrent pour laisser de l'espace aux nouveaux qui s'approchèrent pour descendre. Rupert fixait obstinément le clignotant rouge en haut de l'entrée du fourgon. Markus finit par le remarquer et s'interroger sur son attitude.

« Rupert ? Tout va bien ?

STOP ! »

Tous les androïdes se raidirent, ceux du fourgon compris.

« Qu'est-ce qu'il se passe ?

– Ils ne doivent pas quitter le fourgon !

– Quoi ?

– Ils ne doivent surtout pas quitter le fourgon ! »

Rupert semblait complètement paniqué.

« … bon, vous me faites chier. »

Back bouscula Rupert pour le mettre hors du passage. Il se mit à crier sur les androïdes encore à l'intérieur et tira l'un d'eux hors du fourgon.
Markus, North, Rupert, les autres : personne n'eût le temps de réagir.

Le voyant rouge en haut du fourgon passa au rouge fixe et émit un son continu. Les cinq androïdes fraîchement éveillés se raidirent avant de s'écrouler.

Ils mirent tous quelques secondes avant de comprendre que leurs jeunes frères étaient morts.

Rupert tenait sa tête entre ses mains. Markus le regarda avec ébahissement. Rupert le vit du coin de l'œil, lui jeta un regard perdu, avant de secouer la tête.

« Je suis désolé… je ne l'avais pas reconnu… je suis désolé…

– Quoi ?! Attends c'est quoi ça ?! Qu'est-ce que tu ne nous as pas dit ?! »

Alors que l'androïde en train de crier prenait Rupert par le col, North fondit sur lui pour lui faire lâcher prise. Rupert était dévasté. Markus vint à ses côtés pour le calmer. Et avant qu'il n'aie trouvé des mots de réconfort, Rupert se reprit assez pour pointer le voyant lumineux et expliquer : « C'est un dispositif anti-vol. Il y a cette partie, et l'autre qui est directement implantée dans les androïdes. Ils les retirent une fois que les androïdes sont dans les magasins. »

Ils restèrent debout à regarder les corps inertes, comme des imbéciles, assommés par ce qu'il venait d'arriver. Back brisa le silence peu de temps après.

« On dégage. »

Plus personne n'avait envie de discuter, se disputer. Des groupes se formèrent pour soulever les caissons. North invita chacun d'eux à trouver un moment pour effacer ou cacher le nom de Cyberlife écrit en gros dessus, proposant quelques méthodes malignes. Markus revint du côté du conducteur qui se raidit, blême, en le voyant le surprendre un téléphone à la main.

« … faites. Appelez la police ou votre patron, dites-leur que vous êtes enfermé ici.

– P-Pourquoi vous faites ça ?! bredouilla-t-il.

– … pour l'argent, maugréa Markus.

– Vraiment ?! D'accord…

– Les androïdes et les pièces se revendent bien. On va vous laisser là. Appelez du secours pour qu'ils vous fassent sortir. N'hésitez pas à mettre la climatisation pour faire ventiler l'air en attendant. »

L'homme n'était pas beaucoup plus rassuré mais Markus se disait que ça s'arrangerait quand ils seraient tous partis loin de lui. North se rapprocha un peu, il la rejoignit et l'écouta chuchoter : « Je vais rester après les autres pour voir quelles pièces récupérer sur les nouveaux. »

Markus acquiesça, confirmant par là-même qu'il resterait l'aider. Il était préférable de laisser les autres loin de ce scabreux spectacle de dépouillement. Mais curieusement, Back les rejoignit, ou plutôt s'apprêta même à les dépasser, s'arrêtant à peine quand North l'interpella : « Où tu vas ?

– Tuer l'humain. »

Choqué, Markus ne réfléchit pas plus et agrippa fortement pour le renvoyer en arrière.

« Qu'est-ce qu'il te prend ?! siffla Back.

– Tu es complètement malade ?!

– Ne me dis pas que tu protèges cette race ?!

– Tu crois que ça changera quelque chose de le tuer ?! s'énerva Markus. Tu crois que ça nous apportera quelque chose ?! Ça ne ramènera pas les morts d'aujourd'hui, ni ceux d'hier ou de demain !

– Parce qu'il n'a pas appuyé sur le bouton pour les désactiver, peut-être ?!

– Imbécile ! feula North en contenant à grand-peine sa voix pour que le conducteur n'entende pas : c'est un système automatique ! Réfléchis un peu !

– Et ce n'est pas un humain qui a créé ce dispositif ?! Ce n'est pas un humain qui l'a installé ?! Vous allez me dire que ce n'est pas un humain mais une machine qui a tué les nôtres ?! Il mérite de mourir ! Bien au contraire !

– Tout ce que ça fera, reprit Markus, c'est transformer ce délit en crime et changer complètement le type de policiers qui se chargera de se mettre à nos trousses !

– T'es bien comme cet abruti pétochard de Simon… persifla Back avec un air révulsé. Vivons bien, vivons cachés… comme des rats dans les égouts. Et ça vous suffit de rester terrés comme ça mais moi non. Il est hors de question que je me contente des restes oubliés des humains et que je crève en silence pendant qu'ils dansent sur nos cadavres. »

Il chercha à passer en force mais Markus se décala pour rester devant. Il voulu le repousser violemment mais Markus se défendit et lui renvoya l'ascenseur. La colère s'étala sur le visage de Back.

« Markus… commença-t-il avec fureur.

– Quand tu prétends protéger ton peuple, tu te dois de ne pas l'embarquer dans une chasse à l'homme qu'il n'a pas demandée. Les survivants du Jericho ne demandent pas mieux que de vivre en paix, même si c'est dans l'ombre. Et j'avoue, je l'ai même dit : je le déplore. Mais c'est leur choix. Et il est hors de question qu'ils subissent les représailles qui nous sont destinées.

– Tu nous reprochais d'avoir ramené le chasseur de déviants à cause de la traçabilité du fourgon, rappela North. Mais est-ce que tu te soucies vraiment de la sécurité des autres, au final ? »

Il les fusilla du regard. North haussa les sourcils, dédaigneuse. « Va aider à porter les caissons. On se charge du reste. »

Back continua de les fixer avec des envies de meurtre nettement visibles, avant de faire demi-tour et tenir une caisse que soulevaient tant bien que mal un trinôme, marchant d'un pas un peu trop vif pour eux. North soupira.

« Vraiment… on n'en serait pas là si tu t'imposais !

– Pardon ?

– C'est tout le problème avec toi. Tu as les qualités pour, mais tu ne te poses pas en Leader. »

Elle l'abandonna à ces reproches inattendus, partant voir les corps des androïdes qu'elle plaça respectueusement sur le dos, en attendant que les autres soient partis. Markus la rejoignit sans revenir sur ses propos, les esquivant un peu lâchement, il est vrai. Et ensemble, ils ouvrirent les corps, trouvèrent même le dispositif d'implosion dont parlait Rupert et remplirent des sacs qu'ils avaient trouvé dans le fourgon avec les pièces qu'ils purent récupérer. Ils filèrent aussi vite que possible, laissant tout le bazar tel quel.

Hans Porter, chauffeur de son métier, soupira profondément, s'épongeant le front trempé de sueur tout en appelant son patron.


Dire que j'ai coooomplètement oublié de faire une tranche de vie… eh ben, aucun regret, le chapitre est bien assez long comme ça bwahaha ! Allez à la prochaine !