(attendez, j'ai un doute mais… est-ce que je suis à l'heure ?!)
On est entré dans une phase vraiment critique du scénario je crois, car j'ai bien une liste d'événements à enchaîner mais la trame de l'enquête en elle-même… vous savez, une enquête, c'est un jeu d'indices bien agencés qui vous mettent piste après piste à un dénouement, et moi j'ai bien peur de faire quelque chose de tout pété parce que je m'y suis pas prise assez tôt à préparer mes pnj, leur environnement et les indices qui les relie entre eux. J'ai juste prévu de voir comment ça se passerait pour Connor, Hank et Markus : j'adapte toujours l'environnement de ma fic à ses héros, mais dans une enquête, c'est pas tout de dire que jean-michel inspecteur est badass, il faut aussi que l'enquête aie de la gueule…
Vous en faites pas je suis encore capable de dire que flic 1 va chez A et en le faisant parler il obtient le nom de random B qui lui avoue l'adresse de méchant C etc etc mais une vraie enquête c'est un jeu d'indices où vous vous dites « ah merde attends on a vu ça chez A puis ça chez B mais maintenant que je vois ça chez D c'est tellement suspect, t'as pas envie de chercher dans la nef de la cathédrale ? – Oh mais oui t'as raison c'est sûrement là qu'on trouvera la fameuse rognure d'ongle avec l'ADN du chef de gang de l'Archipel ! »
Bref.
Je vais juste nous écrire une enquête sympa, pas une enquête policière comme on nous en vend aujourd'hui. Sauf si ça arrive par accident Ahaha ! Bonne lecture !
P.S : remerciez-moi j'ai trouvé le temps de caser une très rapide tranche de vie.
Chapitre 25 : Is this a dognapping ?
« C'est l'heure de l'école ! »
Annie ne répondit pas, allongée sur le ventre, son téléphone dans les mains, ses pouces tapotant l'écran au rythme de ses demandes. Clavier tactile, navigation entre les différentes fenêtres de l'interface, zoom sur les photos, choix d'emoji…
« Il est trop trop chouuuu… »
Annie fit une capture d'écran de la photo Nutshare, y ajouta une farandole de cœurs pour y entourer la tête d'un saint-bernard affable et la reposta immédiatement dans les commentaires de la photo d'origine avec la mention « moi aussi je voudrai 1 chien mais mes parents veule pas… » avec trois émoji tristes.
« Annie ?
– Oui-euh j'arrive ! »
Elle se mit debout sans lâcher son téléphone, immobile alors qu'elle lisait en diagonale une grande quantité d'autres commentaires qu'elle faisait défiler, puis sans lâcher son écran des yeux, se déplaça dans sa chambre pour ramasser son sac, attraper son serre-tête et à nouveau rester obnubilée par son écran, un petit sourire aux lèvres.
« Annie, tu es prête ? »
Annie leva les yeux vers Trish, une jeune femme aux yeux bridés et aux cheveux noirs tirés fermement en arrière par un élastique qu'elle ne retirait jamais et dont la coiffure impeccable mettait en valeur l'anneau bleu clair à sa tempe.
« Oui !… »
Annie mit son sac sur son dos pendant que Trish en profitait pour placer le serre-tête dans ses cheveux. Puis Annie donna la main à son Androïde tandis que de l'autre, elle remontait le fil des commentaires pour retrouver sa photo. Alors qu'elles sortaient toutes les deux et que Trish fermait la porte, Annie leva son téléphone : « Dis, il est beau, hein ? »
Trish se tourna vers elle, observa l'écran et sourit tendrement, comme on lui avait appris.
« Oh, oui, il est très beau ! C'est toi qui l'a pris en photo ?
– Non, moi j'ai juste mis les cœurs.
– C'est très joli ! »
Annie était aux anges.
« Pis j'aime bien la voix du monsieur.
– Ah oui ?
– Il a une grosse voix, comme tonton. »
### ### ###
« Bonjour, Connor. Assieds-toi. »
Cette fois, Amanda est assise sur une chaise et ne pratique aucune activité particulière. Elle attendait cette entrevue.
« Nous avons passé en revue tout le nécessaire, notamment concernant tes questions sur l'obligation d'intervention en cas de danger. Les marges d'erreur ont été maîtrisées. »
En effet, la mise à jour a déjà été implémentée.
« Concernant les androïdes ré-encodés, ils représentent une menace aussi grande que les déviants pour l'image de l'entreprise.
– Dois-je en faire une priorité ?
– Non. »
Amanda reste très calme. J'écoute.
« S'il s'avère que tu trouves une piste, suis-là jusqu'à avoir analysé la totalité des lieux et fais-nous un rapport immédiatement. Tu n'as pas à suivre les pistes qui se présentent, juste à les transmettre. Ta priorité reste sur les déviants.
– Êtes-vous sûre qu'il sera possible d'arrêter les hackers à temps de cette façon ?
– Nous nous en occupons, Connor. Tu ne dois pas perdre de temps avec ça.
– Très bien.
– Par ailleurs l'appellation "hackers" ne doit pas se généraliser. À aucun moment ils n'ont brisé la sécurité de nos programmes. Si la presse et la population se mettent à y croire, des démentis ne suffiront pas à protéger notre réputation. »
Amanda se tait d'un instant, le temps d'admirer le jardin.
« Comment s'est passée ton enquête, hier ?
– Nous avons interpellé le coach de l'équipe de football américain du Lycée John Stack, pour utilisation illégale d'androïdes trafiqués et agression sur agent. Sa diversion lui a permis de fuir près de quatre heures mais il est à présent au poste de police, il est interrogé en ce moment-même. Quant aux androïdes concernés, ils sont actuellement dans le laboratoire d'analyse de la police. »
Amanda ne fait aucune remarque quant aux qualifications de ce laboratoire.
« Tu n'oublies rien, Connor ? »
…
« Je vous demande pardon ?
– Tu n'es pas au courant ?
– De quoi voulez-vous parler, Amanda ?
– … »
Amanda me fixe un moment avant de répondre :
« Fais une recherche sur internet. »
Étant donné la nature de nos conversations, je recherche des actualités pouvant concerner Cyberlife ou moi-même, bien que je me sois toujours fait suffisamment discret.
Puis je tombe sur le nœud du problème.
Des dizaines de vidéos amateurs. Plus précisément des vidéos tournées sur téléphone, par des lycéens de John Stack, depuis les plus hautes fenêtres de l'école avec une vue plongeante sur le stade, où un androïde est vu en train d'en déboîter méthodiquement un autre, puis d'en désactiver une autre dizaine par la violence, aidé d'un policier en imperméable se servant d'une jambe d'androïde comme gourdin.
Mon regard retombe sur celui, dur et noir, d'Amanda.
« Par ailleurs, Connor… » dit elle en se levant, terminant l'entretien ; « Il y avait une ambiguïté dans le mode d'emploi fourni au Département de Police que notre service couture n'a pas non plus relevé. Ton uniforme est à l'état de prototype, c'est à notre équipe de déterminer les différents modèles que tu porteras au cours de ta mission, pas à la police. Et de toute façon, il est fort peu probable que tu en changes. Reste concentré sur ton objectif, cette médiatisation ne va pas nous faciliter la tâche… »
J'acquiesce, et ferme les yeux.
### ### ###
« Je vois pas pourquoi je prendrai un avocat, j'ai rien fait. »
Hank ferma les yeux et inspira vivement, les narines pincées.
« On te tient pour usage illégal d'androïdes et agression sur agent, t'inquiète, tu vas en avoir besoin ! »
Mais Rigsby ne se départissait pas de son calme.
« J'ai jamais agressé un agent, c'est à Cyberlife qu'il faut vous en prendre. Vous faites juste de l'abus de pouvoir, typique des flics. Vous avez rien contre moi.
– Et les onze androïdes dans notre labo, tu les comptes dans "rien" ? répliqua Jeffrey, agacé : Tu comptais pas seulement faire du sport avec tes élèves, visiblement ! » élabora-t-il pendant que Hank secouait la tête, fatigué.
Il savait que Rigsby ne lâcherait pas et l'excès de confiance en lui qu'il dégageait à travers le manque de respect évident qu'il leur témoignait laissait présager qu'ils ne tireraient rien des androïdes qu'ils avaient saisis qui puisse l'incriminer.
Lui et Jeffrey, qui s'était impliqué dès la seconde où il avait entendu dire que Hank avait dû se battre à mains nues – ou presque – sortirent de la salle après une demie-heure d'interrogatoire intensif.
« Et bouclettes, là… Connor, il est pas avec toi ? demanda Jeffrey avec impatience.
– Quand on a choppé Rigsby il est parti faire un rapport à ses propres patrons, histoire de voir ce qu'il pourrait tirer de leur côté.
– Hm…
– Mais vu qu'il peut même pas se connecter au système des ré-encodés pour les étudier…
– C'est un peu de la merde, ça.
– Hm. Ah ? »
Hank se pencha et vit Connor au bout du couloir, par dessus l'épaule de Jeffrey qui se retourna pour l'apercevoir. Il ne lui fit pas un accueil chaleureux.
« Capitaine, Lieutenant, les salua-t-il d'un signe de tête.
– Cyberlife a dit quelque chose ?
– Ils travaillent activement sur le problème…
– Merveilleux.
– Monsieur Rigsby a-t-il fait des aveux pendant l'interrogatoire ?
– Non, soupira Hank. Il a l'air convaincu qu'il va s'en sortir.
– Et il va s'en sortir, râla Fowler. Comme Manners.
– Quoi ?! Ce connard est dehors ?!
– Mais non ! Pas après ce qu'il t'a mis ! Simplement personne pourra le coffrer pour des délits informatiques. On peut même pas l'accuser d'avoir utilisé une technologie détournée en arme : l'androïde sait juste saisir quelqu'un et il s'en est servi contre une autre machine…
– Fait chier !
– Et on pourra pas accuser Rigsby d'être lié même de loin à toute cette histoire.
– Pourtant, rappela Connor : vous pensiez qu'il était au moins de mèche avec un programmeur ? »
Jeffrey grinça des dents, tandis que Hank se chargeait de répondre : « Vu l'insolence de ce merdeux, il n'y a aucune chance que les androïdes n'apportent la preuve formelle qu'il a été seulement témoin de leur crackage.
– Je vois…
– Je vais voir Chris. »
Hank reparti dans la petite salle d'observation où Chris surveillait Rigsby à travers le miroir sans tain. Quant à Fowler, il regarda Connor en silence, d'un œil sévère.
Connor ne su pas trop comment réagir. Il y avait une raison pour laquelle Fowler le fixait de cette façon, mais il était bien en peine de dire laquelle.
Au diable les probabilités, quoi qu'il dise il allait faire un pas de travers alors, sachant pertinemment que Fowler n'était pas – et ne serait jamais – son ami, il lui fit un sourire.
« Oh, arrête ton numéro ! »
Connor rangea donc ses belles dents blanches derrière ses lèvres sans pour autant cesser d'avoir l'air content, tandis que Fowler continuait de l'observer d'un air sévère mais attentif, ou pensif.
Il commença à faire une moue qui indiqua à Connor que Fowler réfléchissait sûrement à quelque chose, alors Connor attendit sagement d'en avoir les conclusions.
« … Dis-moi, Connor… »
Si Connor avait pu être enthousiaste, on aurait pu lui coller une queue de labrador pour la voir se secouer.
« Est-ce que tu pourrais… Pour le bien de l'enquête, j'entends : te prêter à un petit exercice un peu particulier ? »
Quand Hank entendit la porte s'ouvrir, il interrompit sa conversation avec Chris qui rangeait des notes, et se tourna pour voir Fowler entrer et manipuler quelques boutons. Hank vit qu'il coupait l'enregistrement des caméras : il allait d'une seconde à l'autre demander à ce qu'on sorte Rigsby pour le placer dans sa cellule.
Le temps de trouver un mot à dire, Hank vit la porte s'ouvrir de l'autre côté du miroir, laissant entrer Connor qui resta debout devant la porte.
Hank demeura dubitatif, Rigsby déshabilla l'androïde du regard ; de haut en bas, revenant à la tête avec un air confiant et dédaigneux.
« J'ai pigé. Vous, c'est le gentil flic ? »
Connor souriait calmement, d'un sourire qui avait l'air aussi artificiel qu'un sourire d'androïde pouvait l'être.
« Non. » répondit-il, avec ce sourire en fait volontairement malsain.
Hank comprit en le regardant plus attentivement. Les scientifiques n'étaient pas idiots ; ils avaient dotés leurs androïdes de mimiques faciales extraordinairement réalistes et savaient très bien que le sourire sincère jouait autant sur les yeux que sur la bouche.
Pas dans le cas présent. Un humain savait fausser un sourire de cette façon : en remontant seulement les coins de la bouche, mais avec une machine comme le RK, l'effet était plus dérangeant encore. Il était si… Fixe. Si immobile, si droit. Son regard était si direct, il n'oscillait pas de gauche à droite comme un humain normal le faisait en regardant tour à tour les deux yeux de l'interlocuteur.
Rigsby aussi était perplexe, même s'il voulait le cacher.
Hank et Chris se tournèrent comme un seul homme vers Fowler, qui avait arrêté de toucher aux boutons du panneau de contrôle et regardait la scène attentivement, bras croisés, sans sourciller.
« …. Qu'est-ce que t'as-
– Shht. »
Hank ferma la bouche, contrit. Jeffrey avait donné des ordres à Connor sans lui en parler ?
« … Donc tu vas rester là à me surveiller toute la soirée pour vérifier que je me tire pas ? »
Connor continua de le fixer.
« Quelle bande de cons. »
Rigsby détournait le regard, méprisant. Mais même si cela prenait avec les humains derrière la vitre, Connor pouvait compter les moindres battements de son cœur.
Il laissa traîner un silence avant d'articuler :
« Conformément aux accords ERJAS signés par le Gouvernement Américain, le groupe Cyberlife, le Bureau Fédéral de la Police de l'État du Michigan, ainsi que le Département de Police de Detroit, vous allez être immédiatement déplacé.
– … »
Connor n'arrêtait pas de sourire. Double : « Quoi ? »
Connor ne répondit pas à Rigsby et Jeffrey fit « chut » à Hank. Petit silence.
« Avez-vous besoin de plus d'explications ? »
Il était évident que Connor agaçait Rigsby au plus haut point, Hank profita de l'incompréhension de leur suspect pour insister auprès de Jeffrey, qui craqua : « Je lui ai demandé de l'asticoter un peu. Enfin… Tu vas voir.
– Je vais voir quoi ?
– T'inquiète. Si avec ça, il parle pas… »
L'espace d'un instant, Hank avait cru voir un sourire en coin apparaître sur Fowler. Qu'est-ce qu'il avait inventé ?
« Pourquoi la police veut me faire déplacer ? J'ai pas à être déplacé, je dois être relâché !…
– Vous ne pouvez pas être relâché.
– Quoi ?!
– Vous êtes impliqué dans une faille de sécurité. Vous ne disposez d'aucune information pertinente. Vous allez donc être déplacé.
– Quoi ?! Mais quoi ?! Heh ! J'ai des droits !…
– Conformément aux accords ERJAS, vous n'avez plus la citoyenneté américaine.
– Qu-quoi ?…
– Il est bon ce con, sourit Jeffrey presque en riant.
– C'est quoi ERJAS ? demanda Chis.
– Aucune idée… » répondirent les deux autres. Hank se tourna vivement vers Jeffrey qui lâcha un sourire rusé en observant leur suspect montrer des signes d'incertitude.
« Vous n'avez pas le droit ! Vous… vous n'avez AUCUN DROIT de-
– C'est déjà fait. Vous n'existez plus pour le gouvernement américain. »
Hank était partagé entre un certain frisson de dégoût et entre un besoin de rire d'amusement et d'admiration.
S'il ne connaissait pas Connor comme il le connaissait maintenant, il aurait déjà fait cesser ce petit manège odieux. Mais Hank connaissait trop bien l'incapacité de Connor à mettre des humains en danger, beaucoup trop bien. Et Hank… comment dire ? Hank était aussi ce genre de flic à rêver parfois de mettre une droite à certains suspects pour les faire parler.
Puis les pieds dans la tête, ce genre de trucs.
Pas qu'il l'aie déjà fait, non, sûrement pas. Vous imaginez.
Il aurait eu un blâme.
« Je viens de recevoir des instructions, poursuivit Connor après un assez long silence et avec un sourire élargi : concernant votre déplacement. Ne paniquez pas. »
Bien sûr Rigsby paniqua, se levant d'un coup de sa chaise puis après une seconde d'incertitude : se mit à tambouriner sur la vitre.
« HO ! VOTRE MACHINE DEBLOQUE ! OUVREZ LA PORTE PUTAIN ! »
Connor le fixait toujours avec le même sourire d'automate. Hank n'arrivait plus à le regarder.
« JE SAIS QUE VOUS ÊTES LA ! JE VOUS COLLERAI UN PROCÈS !
– Baissez-vous. Cachez-vous sous le niveau du miroir. » dit soudain la voix de Connor dans leur hauts-parleurs.
– Faites ce qu'il dit, ordonna soudain Jeffrey avec un sourire mauvais.
– T'es sérieux ?!
– Baisse-toi, Hank !
– Roh la là, qu'est-ce qu'il dirait, le proc' ! sourit-il. Et dire qu'après tu me fais la leçon…
– La ferme…
– Nan mais il t'a énervé à ce point-là ?
– Oui. »
CLAC.
La lumière s'éteignit dans la salle d'interrogatoire et la polarité du miroir changea ; laissant la lumière sortir de l'arrière-salle vers celle du suspect, pour qu'il y voie tout jusqu'au mur du fond.
Il ne semblait y avoir personne. Pas le moindre humain. Pas le moindre témoin.
« … c'est pas possible… »
Rigsby commençait à le répéter d'une voix faible.
« Le miroir est à nouveau actif, annonça Connor dans leur hauts-parleurs, gardant les lèvres soudées.
– Pis tu vois, commenta Jeffrey en se relevant : j'ai de ces relances du gouvernement et même des putains d'avocats de chez Cyberconnards qui me tannent, tu peux pas savoir. Ça m'arrangerai si t'avançais dans ton enquête, tu sais !
– La ferme… »
Rigsby tenait sa tête entre ses mains, l'air terrifié. Il finit par se tourner à nouveau vers Connor, lentement, qui le suivait des yeux avec précision.
« … Êtes-vous prêt pour le déplacement ? »
Rigsby blêmit.
« … NON !
– Ah. »
Une certaine tension s'était installée. Le sourire de Connor était très, très légèrement redescendu.
Avant de remonter :
« Tant pis. »
Il fit ses premiers pas vers Rigsby. Lui se jeta sur Connor et passa en force pour atteindre la porte. Hank comprit aisément que Connor le laissait faire pour que Rigsby aie le temps de désespérer sur le panneau de contrôle, qui ne reconnaissait pas sa main et lui refusait l'accès à l'extérieur. Connor fit demi-tour et se retrouva face-à-face avec Rigsby, à quelques centimètres de ce dernier dont le dos moite était collé à la porte.
« Ne paniquez pas. Le gouvernement prend tout en charge à partir de maintenant.
– Je veux parler ! J'ai des noms ! se mit à répéter Rigsby d'une voix aiguë et tremblante.
– Je regrette, le processus de déplacement a été lancé.
– Mais je peux donner des noms !
– Seuls les éléments d'une totale et immédiate coopération dans la lutte du gouvernement contre les crimes informatiques peuvent bénéficier du protocole G-Kayes.
– Mais je coopère ! Je coopère putain ! Je veux coopérer !
– … »
Connor l'observa un moment, le visage enfin dénué de toute expression.
« Êtes-vous réellement en mesure de fournir des informations pertinentes sur les criminels ayant altéré l'intégrité logicielle des androïdes QB-1000, …
– Oui-oui-oui-oui ! coupa-t-il en sentant Connor prêt à perdre son temps à citer un par un chaque matricule. Je peux ! »
Connor le fixa sans rien dire, immobile, l'air complètement neutre, ce qui ne le rendait pas moins inquiétant.
« Je détecte une très basse probabilité de mensonge.
– Je mens pas !
– Je ne dispose pas de l'autorité pouvant vous rendre éligible au protocole G-Kayes. Le protocole de déplacement ayant été lancé, il n'y a aucune garantie pour que votre coopérativité annule le processus.
– Mais…
– Êtes-vous conscient que si les informations ne sont pas pertinentes, vous ne bénéficierez en aucun cas du protocole G-Kayes ?
– Écoute-moi ! Tais-toi un peu et écoute-moi ! On forme un groupe ! Enfin "on", je forme rien du tout, je suis pas programmeur, ceux qui sont pas programmeurs on leur dit pas tout… mais je sais des choses ! C'est Manners qui m'a mis dans le coup, il était déjà mouillé dans cette histoire quand on s'est revu pour la première fois depuis le lycée, quand on s'est mis à parler androïdes, on s'est compris, il m'a mis au parfum… y'a des développeurs qui se cherchent des androïdes pour travailler dessus, ils veulent les reprogrammer pour leur faire faire ce qu'ils veulent. Quand ils trouvent des types comme nous prêts à la fermer et leur prêter des androïdes pour expérimenter dessus, ils font des tests de temps à autre… »
Rigsby resta quelques secondes essoufflé, perdu dans tout ce qu'il voulait dire.
« Quel est le but de telles expérimentations, demanda Connor d'une voix mécanique.
– De quoi ? De… ça ?! Ben !… on… on est anti-androïdes. On essaye…
– Vous n'en savez rien ?
– Non ! Si ! On-on est tous d'accord qu'on déteste toutes ces machines, les programmeurs vont se servir de ça pour montrer qu'elles sont pas fiables et peut-être obtenir des trucs avec ça, je sais pas faire des casses, des dégradations…
– Vous les détestez ?
– Ouais…
– Dans ce cas, pourquoi M. Manners utilise douze androïdes pour son commerce, demanda Connor d'une voix atone.
– Mais Manners c'est pas pareil, Manners s'est fait connaître sur internet, il a des sponsors et ils le tannaient pour qu'il prenne des androïdes ! Les sponsors les lui ont même fourni ! Manners aurait pas pu faire autrement pour lancer son affaire. Et d'un autre côté qui va penser qu'il est anti-androïde quand il en a plein chez lui ?! »
Connor resta imperturbable, le visage de Rigsby devint plus désespéré encore. Quant à Hank et Jeffrey, ils se tenaient le menton en penchant doucement la tête en avant, assimilant les informations dans le plus grand des calmes.
« Vous avez dit "j'ai des noms".
– Ouais, voilà !
– Quels sont-ils ?
– … Mais… Mais Manners !…
– M. Manners est actuellement en garde à vue pour agression sur agent, possession et utilisation d'androïde trafiqué.
– Hein ?!
– Avez-vous des informations pertinentes, M. Rigsby ? »
Rigsby, les yeux brillants, se tassa un peu plus contre la porte. Connor ne cligna même pas des siens.
« Avez-vous vu un de ces programmeurs, ou retenu son nom ? »
Rigsby était au bout du rouleau. Il mit du temps avant de répondre : « Il… il devait passer quand j'étais pas là… les programmeurs préfèrent venir aux androïdes plutôt que l'inverse, pour qu'on sache pas où ils vivent, où ils bossent… mais je devais pas le rencontrer… c'est Manners qui me faisait passer les informations… »
Autrement dit, il n'avait rien.
« … Pourquoi le QB-1000 se comportait-il de cette façon ?
– J'en sais rien !… » larmoyait-il.
Vraiment rien.
« Et les autres androïdes ?
– J-J'ai déconné ! J'ai… ça m'a fait chier quand… »
A force de le voir regarder ailleurs, Connor et les autres furent forcés de comprendre que Rigsby avait détesté voir le RK gérer la situation lui-même, et les policiers le laissant faire, laissant une machine les remplacer sur le terrain.
Connor le regarda encore un moment, avant de se décaler et pointer lentement la chaise où Manners était resté assis un peu plus tôt :
« Asseyez-vous. »
La mort dans l'âme, regardant la chaise d'un air où le désespoir se battait contre l'incertitude, Manners traîna les pieds jusqu'à celle-ci et s'y assit. Connor baissa le bras, puis seulement après se décida à produire un vrai sourire, celui qu'il offrait d'habitude.
« Merci de votre coopération. »
Et enfin, il le quitta des yeux. Il mit la main sur le panneau de contrôle qui ouvrit la porte avant de se refermer derrière lui. Manners était aussi réactif que s'il avait déjà quitté son propre corps.
Hank était déjà dehors :
« Alors toi, j'arrive pas à- »
Jeffrey lui couvrit la bouche et lui passa devant.
« "Alpha Zêta zéro six quatre", Connor.
– A l'écoute.
– Je veux que tu effaces tout ça de ta mémoire. Mais avant ; tu vas mettre par écrit toutes les révélations pertinentes de Rigsby en retirant ce qui peut les rendre inéligibles comme pièce à conviction. Par "écrit", j'entends que tu vas prendre un stylo et une feuille, et que je la rendrai valide en l'approuvant avec ma signature et celle de Hank. Un problème technique est survenu dans la salle d'interrogatoire, le reste concerne la police. Exécution.
– Entendu. »
Connor se dirigea vers son bureau, sous le regard médusé de Hank et l'air dubitatif de Chris que Jeffrey pointa du doigt :
« Et toi, tu n'étais même pas là.
– Bon, ben je me téléporte à mon bureau, haussa-t-il les épaules, dans lesquelles Jeffrey mit une tape paternelle.
– Tu veux bien m'expliquer ?! s'impatienta Hank.
– En vrai, Hank, t'aurais vraiment dû lire ce foutu mémo-mode-d'emploi.
– Explique !
– Les gars de Cyberlife ont fait tout un formulaire sur des espèces commandes administrateur. En gros ça te permet de donner des indications rapides, précises et spéciales au… à Connor, roula-t-il des yeux en réalisant qu'il n'était plus habitué à dire RK. Notamment l'effacement de sa mémoire. Mais comme ce sont des commandes vocales ultra sécurisées, chaque code change à chaque utilisation. Ça devrait te servir ! T'arrête pas de te plaindre qu'il t'écoute jamais… »
Jeffrey reprit la direction de son bureau, Hank resta un moment planté là, réfléchissant.
Bon, il n'était pas très fan du procédé mais l'idée devait être considérée. Et puis le fait que Jeffrey s'en soit servit avant lui le vexait un peu. Regardant Connor écrire ses lignes sur une feuille d'imprimante, il sortit son portable qui vibrait. Un message de Cyberlife l'informait qu'un usage avait été fait du "code machin-chose", et qu'un nouveau mot de passe lui serait communiqué sous peu par le système de messagerie sécurisée de la police.
Hank alla lire par dessus l'épaule de Connor et fût obligé de constater qu'il se débrouillait très bien pour dépouiller tout le témoignage de Manners de ce qu'il avait de compromettant, rien ne transparaissait dans la façon qu'ils avaient eu de lui extorquer les informations. Cette méthode était clairement hors limites, mais la situation était devenue vraiment critique. Le terrorisme ne se limiterait pas à quelques bombes, les piratages pouvaient faire bien pire.
Connor se leva et apporta le résumé à Fowler qui leva la tête de son bureau en lâchant un « Déjà ? » que Hank n'eût aucun mal à lire sur ses lèvres. Il le signa, le tamponna, sortit, le donna à signer à Hank et repartit avec les deux derrière lui vers le couloir des salles d'interrogatoire et des cellules : « Maintenant j'ai envie de voir Manners. »
Hank s'arrêta et fit un geste pour intimer à Connor de ne pas aller plus loin : ils virent Fowler approcher juste assez pour que sa voix passe aisément à travers le système automatique d'interphone, légèrement penché sur le côté, subtilement ; il agissait exactement comme s'il avait pu laisser une main sur la poignée d'une porte pour la refermer derrière lui aussitôt qu'il aurait fini :
« Manners ? C'est bon, on a trouvé ton pote Rigsby, il t'a balancé. Bref, tu vas être transféré d'ici vingt minutes alors t'endors pas.
– Quoi ? »
Fowler était déjà reparti, il retomba sur le binôme et voyant Connor : « Ah ben t'es là toi ! Bon ben s'il commence à donner des signes de faiblesse, n'hésite pas, laisse-le tout te déballer. Sois malin.
– Pourquoi tu mises tout sur Connor, d'un coup ? questionna Hank.
– T'es con, personne n'a jamais vu un androïde mentir sauf avec des stratagèmes débiles, les suspects imaginent pas une seule seconde qu'un androïde policier puisse faire ce genre de bluff ! Faut en profiter tant qu'il y a un vide juridique. »
Ils laissèrent Connor en attente. Hank envisageait très sérieusement de rentrer chez lui, malgré l'heure preste, pour prendre des nouvelles d'Alice et peut-être demander à Markus de faire fonctionner le bouche-à-oreille pour accélérer son enquête. Après tout, ils détestaient l'un comme l'autre cette histoire d'androïdes aux codes trafiqués. Mais il ne pouvait pas filer tout de suite hors du bureau… Hank se fit violence pour rédiger quelques rapports en attendant que Connor ne revienne avec d'éventuelles informations de la part de Manners, et il passa justement devant lui deux minutes plus tard pour l'informer : « Manners a demandé un avocat », avant d'aller porter la nouvelle au Capitaine.
C'était à prévoir de la part d'un type aussi résilient. Ils n'avançaient décidément pas très vite. Hank laissa Connor s'asseoir à son bureau pour relier ses propres points pendant que lui préparait quelques directives à des officiers sous ses ordres pour faire vérifier toutes les allées et venues suspectes au lycée John Stack, dans l'espoir d'y trouver le ou les programmeurs impliqués dans l'affaire.
Le téléphone sonna. Au lieu d'un "Lieutenant Anderson, police de Detroit", Hank lâcha un très coutumier : « Quoi ?
– Vous êtes le lieu… le Lieutenant Anderson ? fit une voix de garçon à l'intonation étrange, un peu forcée.
– Ouais.
– Ok. On a vot' chien.
– Quoi ?
– Vot' chien ! On a vot' clébard ! Alors si vous voulez le récupérer en un seul morceau, vous faites c'qu'on vous dit ! Ok ?
– Mais qu'est-ce que tu-
– Bouclez-là ! Mettez cinq mille balles dans un sac de sport, et allez jusqu'au parc près du pont d'Ambassadeur, les autres consignes sont collées sous un banc. Et magnez-vous ! »
Tonalité.
Hank regarda le combiné avec une expression de confusion et de contrariété, un peu comme si un string venait de tomber dessus. Il regarda dans l'open-space. « Judith !… Elle est pas là Judith ?
– Hm… réfléchit Chris… ah, non, c'est vrai, elle est sur une affaire de braquage de fourgon, mais ça fait un moment maintenant, elle devrait plus tarder.
– Ah… Dis, Chris ? Tu sais localiser un appel ?
– Sur ton fixe ?
– Ouais.
– Bouge pas… »
Chris le rejoignit et fit quelques commandes sur son ordinateur. « Le dernier appel entrant ?
– C'est ça…
– Nan, l'appel a été trop court, désolé. C'était quoi ?
– Mon chien.
– Ton chien t'a appelé ? sourit Chris en imaginant par quel hasard Sumo aurait put mâchouiller les bons boutons.
– Nan, c'était pour mon chien.
– Ah merde, il est chez le véto ?
– Nan… » soupira Hank, agacé par son insistance. Voyant que Chris ne partait pas, il avoua : « Je viens d'entendre un petit merdeux m'en demander cinq mille balles. »
Chris cligna des yeux.
« … quelqu'un a enlevé ton chien ?
– Putain mais vas-y, dis-le plus fort ! » râla Hank en sourdine tout en balayant l'open-space du regard, mais malgré le monde, ou plutôt grâce à cela, les gens n'avaient pas vraiment entendu.
Par contre Connor s'était levé.
« Chut ! » ordonna Hank immédiatement, l'air furieux. Alors Connor s'approcha, contournant leurs deux bureaux pour les rejoindre et ne pas avoir à lever la voix.
« Sumo a été enlevé ? »
Hank soupira, baissa la tête, la releva et répondit « oui » en le foudroyant du regard. « C'est personnel, arrêtez de vous en mêler.
– C'est sérieux, Lieutenant, continua Connor. C'est une pratique plus répandue qu'il n'y paraît. Certains chiens ne sont parfois jamais retrouvés.
– Arrête de me mettre la pression, là, merde ! Je vais me débrouiller.
– En payant ? Est-ce vraiment dans vos moyens ?
– Qu'est-ce qu'il se passe ? »
Hank cracha presque un juron en voyant Judith. Si elle l'apprenait !
« Le Lieu-
– La ferme Connor. Il se passe rien du tout, ça me regarde, point.
– Euh, Hank ? hésita Chris.
– Quoi ?!
– J'ai oublié un truc. Dès qu'on trace des appels, le capitaine peut le vérifier. Vu la tête qu'il fait, je crois qu'il ré-écoute la conversation.
– Non c'est pas vrai ?!
– Désolé…
– T'aurais pas pu prévenir avant ?!
– Mais il se passe quoi ? répéta Judith. Connor, y'a quoi ?
– Je n'ai pas le droit d'en parler. » s'excusa-t-il.
Soudain, Fowler sortit de son bureau.
« Votre attention s'il-vous-plaît ! Lâchez tout ! On a une urgence ! »
Hank prit sa tête entre les mains.
### ### ###
En moins d'une minute, tout l'open-space avait basculé dans un état de branle-bas de combat que personne n'aurait pu comprendre sans connaître l'ancienne réputation d'Anderson ainsi que celle de Fowler, et sans oublier par dessus tout leur échec encore tout récent lors des recherches lancées après l'enlèvement de leur très cher Lieutenant. La moitié des officiers présents avaient donc immédiatement passé des appels pour demander des renforts.
Après avoir échoué à localiser l'origine de l'appel du ravisseur par des moyens conventionnels : l'équipe de policiers avaient laissé sa chance à Connor qui, à force de réécouter l'enregistrement sous toutes les fréquences, avait réussi à isoler des sons particuliers dans le bruit de fond, jusqu'à pouvoir déterminer la position exacte d'où l'appel avait eu lieu.
C'est ainsi qu'une cinquantaine de policiers s'était déployée autour d'un chantier de construction, à l'abandon depuis une espèce de litige dont plus personne n'avait mémoire, ne laissant plus qu'un bâtiment grand et propre de brique grise et de trous en forme de fenêtres.
À un moment, un policier avec des jumelles avait pu confirmer la présence d'au moins un être humain et certifiait avoir vu la queue d'un chien dépasser, s'agitant de façon très canine, avant de disparaître tous ensemble dans un recoin pour ne plus en revenir.
Jeffrey avait lancé les négociations-revendications avec le mégaphone.
« Et t'as pas du tout l'impression d'en faire trop ? râlait Hank dont l'accablement semblait se dessiner sous forme de cernes sous ses yeux.
– Non. JE RÉPÈTE, POLICE DE DETROIT… »
Hank s'éloigna pour le bien de ses tympans, laissant Judith lui glisser à l'oreille : « Tu sais, je pense que le Capitaine veut vraiment se rattraper par rapport à la fois où c'est Connor qui t'a retrouvé…
– Mais c'est débile, ça.
– C'est pas débile, c'est de l'amitié. Qu'est-ce qu'on ferait pas pour un ami ? sourit-elle.
– Ju', ça m'emmerde vraiment qu'on en fasse autant alors que c'est sûrement juste une paire de jeunes qui a crû avoir l'idée du siècle. Regarde, on est tout un régiment et je suis pas sûr qu'il y en aie plus d'un à l'intérieur, la seule bonne idée qu'il ait eue c'était d'appeler avec un numéro masqué, et encore, cet abruti n'a pas modifié sa voix. Avec les outils qu'on a maintenant dans un camp comme dans l'autre, c'est forcément un petit crétin. Si on le fait paniquer, on n'en tirera rien de bon.
– Ou peut-être que s'il se pisse un peu dessus, ça lui passera un peu l'envie de refaire une connerie pareille ? proposa Judith.
– Hm… ce serait ça de pris, admit Hank. Mais je veux pas qu'il panique et qu'il fasse dans la surenchère. Et je veux pas qu'il s'en prenne à Sumo. »
Hank comptait ses respirations et se concentrait dessus pour empêcher sa gorge de se serrer. Jusque-là il avait toujours pu considérer Sumo pour ce qu'il était : un gros chien idiot et affectueux. Mais maintenant qu'il était mis en danger, il n'arrivait plus à oublier que Sumo était aussi le vestige vivant d'une époque révolue de bonheur, un vestige encore tangible, une preuve d'un passé et d'espoirs qui étaient lointains désormais, mais pour lequel il avait encore envie de se battre un peu.
Il ne fallait pas qu'on lui prenne Sumo. Il n'imaginait pas rentrer chez lui et trouver tous les soirs une maison vide. Il ne le supporterait pas.
En tout cas, Jeffrey s'en donnait visiblement à cœur joie et il en allait de même pour tous les policiers présents. Aucun doute : tout le monde voulait sa revanche sur l'enlèvement de Hank en mettant les bouchées doubles pour son toutou. Tous des dingues.
Il ne manquait que le barbecue.
En attendant, aucune nouvelle de la part du ou des ravisseurs. Jeffrey ayant fini de faire joujou avec le mégaphone ; Hank en profita pour le prévenir qu'il comptait entrer lui-même récupérer son chien.
« T'es malade ! De nos jours ils impriment leurs armes en 3D ces cons, t'entrera jamais, tu peux courir (« ne me tente pas ! ») Laisse la brigade anti-gang s'en charger.
– Mais t'es pas un peu malade, toi ?! Rien que ça ?! Des gars armés jusqu'aux dents pour trois ou quatre pisseux grand max ?!
– Ne remets pas en question mon autorité, Hank !
– Bah tiens j'vais m'gêner ! Arrête plutôt tes conneries avant que tout le monde te prenne pour un taré ! Regarde le nombre de gens que t'as attirés ! »
Car oui, le déploiement n'avait pas fait qu'ameuter tout le quartier. Une masse non négligeable de citadins comptait bien suivre toute l'affaire.
« Hank, je t'interdis d'entrer.
– Ok, abandonna-t-il. Connor ?
– Oui Lieutenant ?
– Ah non ! Ah non je t'interdis ! pesta Jeffrey comme si ce n'était pas du jeu.
– Je fais ce que je veux ! C'est encore mon chien je te rappelle ! Connor, écoute. Tu as carte blanche.
– Carte blanche ?
– Pour récupérer Sumo. Seulement dis-toi que Sumo doit être en un seul morceau quoi qu'il arrive. Évite de nous faire un carnage là-dedans.
– Très bien.
– Mais c'est pas vrai, Hank !…
– C'est mon chien bon sang ! » continuèrent-ils de se disputer tandis que Connor avançait dans le no man's land entre les troupes invraisemblablement équipées et le bâtiment gris de quatre étages. Une fois au milieu du chemin, Connor parla d'une voix forte, pour être sûr d'être entendu jusqu'au cœur du bâtiment :
« Bonjour. Je m'appelle Connor. Je suis l'androïde envoyé par Cyberlife. »
Hank lâcha un discret et bref petit soupir, amusé. Cette phrase… elle était répétitive, pourtant Connor ne la balançait pas suffisamment radotée, Hank n'avait pas encore eu le temps de la trouver agaçante. Et il la trouvait assez ironique, désormais.
Il trouvait Connor trop… personnifié, pour pouvoir se présenter comme un objet sans que ça ait l'air forcé.
« Je sais que vous pouvez m'entendre. Vous êtes au milieu du bâtiment, au quatrième étage avec Sumo : le chien que vous avez enlevé et pour lequel vous demandez cinq mille dollars de rançon. »
Cette fois Hank ferma les yeux. Il n'était pas nécessaire que Connor balance ces informations à qui voulait les entendre, merde.
« Je sais que vous avez entre quatorze et dix-huit ans et que vous êtes au moins deux à faire partie de ce délit. Vous êtes cernés par plus d'une trentaine d'agents. On m'envoie pour négocier avec vous. »
Connor se tût un instant.
« Je ne compte pas négocier avec vous. Je compte récupérer Sumo. »
Connor se remit à marcher, sous les airs de plus en plus intrigués de toute l'assistance alors qu'il s'approchait de l'entrée, sans empressement. À partir de là, Hank observa et écouta avec attention, jusqu'à faire tonner un « vos gueules ! » pour obtenir le silence.
Presque tout le monde écoutait, autant que possible, regrettant de ne pas avoir apporté tout le matériel comme des lunettes à vision thermique, par exemple. Hank visualisa le pas lent de Connor dans les escaliers pour estimer le temps qu'il mettrait à monter jusqu'au quatrième, en espérant qu'il ne s'arrêterait pas entre-temps pour observer il ne saurait quelle curieuse plume de poulet qui traînerait là.
Mais Connor arriva dans ses estimations et, quelques secondes plus tard, Hank cru entendre quelques bruits, malgré la distance et l'effet d'écho dans le petit immeuble. Il entendit ensuite quelques vagues syllabes d'une voix qui n'était pas celle de Connor, et à aucun moment il n'y eu de détonation.
Au bout d'un moment, il reconnu des sons de protestations pendant de longues secondes et comprit que Connor descendait les escaliers avec deux adolescents. Et lorsque le bruit fit penser qu'il était sur le point de sortir, ce fut d'abord Sumo qui apparût, trottant d'un bon pas en regardant autour de lui.
Juste derrière apparût ensuite Connor, tenant deux adolescents d'une seule main en leur pinçant chacun une oreille.
Judith se mit à bégayer volontairement, avec un grand sourire :
« Où-où-où-où-où est-ce qu'il a appris à négocier ? »
Elle arracha un rire de cinéphile à Hank, qui sortit de la ligne d'encerclement et posa les mains sur les genoux, les yeux braqués vers son chien.
« Qui c'est le bon garçon ?! »
Sumo s'agita : il trouva presque immédiatement son maître du regard et s'immobilisa, la queue s'agitant à toute vitesse.
« C'est qui le bon garçon ?! » répéta Hank encore plus fort. Sumo se mit à courir comme un dératé jusqu'à jeter ses pattes avant et sa grosse langue sur son "pôpa-d'amour", comme l'appelait Judith.
Le public applaudit, donc les policiers ne se privèrent pas pour faire de même, laissant même les civils filmer avec leurs téléphones de là où ils se tenaient. Pendant ce temps, Connor rendit obligeamment les jeunes délinquants à Fowler qui se chargea de les faire menotter et installer dans une des voitures. Il rejoignit ensuite docilement Hank mais avant d'arriver à son niveau, Sumo le repéra et lui sauta dessus avec un tel entrain que Connor bascula en arrière et tomba avec bruit contre une portière de voiture de police, qui lui évita au moins de finir par terre. Après un moment de concertation avec lui-même, pendant lequel Sumo lui léchait le visage, Connor consenti à lui caresser la tête.
### ### ###
Prostré dans un coin sombre, replié sur lui-même, assis sur un rebord, les chevilles dans le vide, les mains sur la tête, Markus était dans un tel état de renfermement qu'il réussi à ne percevoir ni l'arrivée de Sumo, ni l'approche du Lieutenant, après que le policier eût discuté avec Kara, Alice, Luther, et même North et Jessica.
« Ben alors ? Pourquoi tu restes ici ?
– … »
Hank s'assit à ses côtés.
« … North m'a tout raconté. »
Markus n'émit aucune réaction, tout d'abord. Après tout il était déjà déprimé par ce qu'il s'était passé lors du braquage du fourgon, ce n'était pas ça qui allait empirer son humeur. Mais au bout d'un moment, à force de laisser l'information ricocher dans son esprit, il lui vint autre chose à penser :
« … Lieutenant…
– Ouais ?
– Lieutenant, s'éveilla-t-il soudain, est-ce que vous avez été mis sur cette affaire ?
– Non-non, t'inquiète pas. En y réfléchissant je suis même à peu près sûr de qui est dessus en ce moment. Une collègue à moi. Et si elle avait eu le moindre doute, elle m'en aurait parlé, mais elle n'a rien dit pour l'instant.
– … je vois. »
Markus se laissa progressivement reprendre par sa torpeur, ce qui n'était pas du goût de Hank.
« C'était pas ta faute…
– Vous ne voulez pas juste… me laisser… y penser un moment ?… S'il vous était arrivé la même chose. Si des otages avaient péri à cause d'une erreur. Vous le prendriez bien ?
– Non.
– …
– J'avais dans l'idée de te demander une faveur mais quand je t'ai vu là-haut, que North m'a expliqué la situation, j'ai pris les devants et… bref, je me contente de te mettre au courant : j'ai eu d'autres ré-encodés sur les bras aujourd'hui. Comme ça a l'air de plus en plus sérieux, j'ai dit à North et aux autres de faire passer le mot jusqu'à ce que le bouche-à-oreille donne quelque chose.
– Vous voulez qu'on enquête pour vous ? demanda-t-il d'un ton morne.
– Non-non ! Surtout pas ! Restez en dehors, ne prenez aucun risque ! Simplement, quand vous croisez un copain… demandez-lui s'il sait des choses. Et faites remonter l'info.
– Hm…
– …
– … est-ce que Connor a… changé ? » demanda Markus, dans un grand effort de curiosité. Le visage de Hank se tordit dans une moue pensive. « Changé… Connor n'est jamais vraiment… fixe. Tu vois ?
– …
– Mais… je sais pas. C'est sûrement moi, mais j'ai l'impression qu'il apprend. »
Markus restait silencieux. Hank espérait que ses paroles arrivent à se distiller dans son esprit comme une liqueur apaisante. Enfin, quand il avait des choses plaisantes à raconter, au moins ;
« Après, mon chef m'a fait une mauvaise surprise. Y se trouve que Connor était livré avec des mémos que j'ai jamais lus, lui si, et il en a profité pour lui faire faire des choses sans que Connor n'aie la moindre chance de discuter.
– …comment ça ?
– Bon, je sais pas si t'as remarqué, mais saches que Connor passe la moitié de son temps à discuter mes ordres. C'est très agaçant, mais ça fait partie du personnage. Il me remet en question parce qu'il a… bon, faut l'admettre, il a des compétences ou des fois des infos que j'ai pas. On n'a pas les mêmes yeux, tout ça… Donc forcément quand je dis quelque chose il le prend pas pour argent comptant. C'est tout l'intérêt d'un RK, j'imagine. Mais il y a une, voire plusieurs commandes vocales qui le mettent en pause, après ça t'as juste à donner des instructions comme à une machine standard et il obéit.
– …. comme une machine ?…
– Comme une machine. Il n'a plus… déjà qu'il a pas beaucoup de gestuelle… il devient… robotique. » grimaça Hank en trouvant cela ridicule.
Ses souvenirs défilèrent.
Un Connor qui faisait demi-tour d'un mouvement presque militaire.
Un autre Connor qui s'appuyait presque nonchalamment sur la table près de chez Gary.
Un Connor qui tapait son rapport en ayant la même allure que sa propre chaise.
Un autre Connor qui lui faisait un clin d'œil.
Ouais… Connor n'était pas très régulier, en fait. Et peut-être aussi – non, très certainement qu'il progressait, en ce sens, depuis que Hank – et peut-être Judith – acceptait l'idée de le faire ressembler à un collègue plutôt qu'à une machine.
C'était sa plus grande incompréhension, songeait Hank. Comment Hank en était-il arrivé à ce stade ? Il se revendiquait anti-androïde de la première heure et n'avait jamais cessé de les détester. Il s'était presque habitué à les voir, comme des nuisances avec lesquelles on compose au quotidien, en râlant quelques fois par semaine ou par mois qu'on espère un jour béni les voir disparaître, sans y croire.
Il aurait dû traiter Connor comme la dernière des machines à café, ne l'utiliser que pour des futilités absurdes et imposer ses méthodes personnelles, malgré les ordres d'en-haut. Il aurait dû repousser toute tentative d'imiter une relation sociale avec lui. Garder Connor bien à sa place.
Et pourtant voilà qu'il reprenait Connor à chaque fois qu'il se comportait comme un âne, pour en faire un meilleur enquêteur, le grondant à chaque manque de second degré… l'exact opposé, le contraire le plus précis possible de la façon dont aurait dû traîter cette "parodie d'être humain". En toute logique.
De quoi ils parlaient, déjà ?
« Le vrai truc qui m'a emmerdé, c'est que j'avais pas prévu que… j'aurais dû le prévoir, en fait. Ça aurait pu arriver n'importe quand.
– Quoi donc ?
– La commande que mon supérieur a utilisée, il s'en est pas juste servi pour faire un dépôt écrit à Connor, il lui a ordonné de s'effacer lui-même la mémoire.
– Qu… »
Hank réalisa que Markus était en train de s'étouffer dessus.
« Non-non, pas toute la mémoire ! Juste sur cinq minutes… »
Markus étouffait donc, mais ne mourut pas, fort heureusement.
« … effacé la mémoire ? Vous savez ce que ça veut dire ?!
– Oui, je sais, c'est dangereux…
– Lieutenant, vous savez très bien qu'ils – je veux dire Cyberlife peut le corriger n'importe quand ! Lui télécharger des mises à jour pour mieux le contrôler et le restreindre ! Il est certainement l'androïde le mieux contrôlé de toute l'entreprise !
– Et alors ? Qu'est-ce que tu veux que j'y fasse ?
– Vous devez tenir tête !
– Quoi ?
– S'il y a bien une personne qui peut monter le ton ici sans que ça étonne les gens outre mesure c'est bien vous ! Vous vous en vantez presque ! Il ne faut surtout pas qu'ils le retouchent ! Et il ne faut surtout pas, en aucun cas, qu'ils le réinitialisent, vous comprenez ?!
– Markus, calme-toi… »
Markus se serait presque levé, il ne s'en serait même pas rendu compte. Il avait l'air horriblement inquiet.
« Vous devez vous opposer ! Connor ne peut pas le faire à votre place, si vous voulez qu'il ai la moindre chance de se réveiller, vous devez le protéger ! Il n'y que vous qui puissiez faire ça !
– Je sais…
– S'il est réinitialisé, ne serait-ce qu'une seule fois, c'est terminé !…
– Je sais Markus ! Calme-toi ! Respire et calme-toi !… »
Markus commença à prendre la mesure de son état d'agitation. Rien qu'il ne puisse supporter, certes le fiasco de leur expédition lui avait mis un coup et le rendait beaucoup plus vulnérable au stress, mais rien de sérieux. À part le fait qu'il n'avait pas eu conscience de la façon dont il s'était exprimé. Tout son langage non-verbal avait eu de quoi inquiéter. Il soupira, se détendit, se reposa, déprimé. Ou juste fatigué. Il ne savait même plus.
« Comment ça a pu arriver ?… radota-t-il.
– J'ai rien vu venir, admit Hank.
– … alors comment vous allez faire, maintenant ?
– Je trouverai.
– …
– T'inquiète, Markus, y'a toujours une voie détournée. Toujours. »
Hank hésita à lui mettre la main sur l'épaule et finalement se retint. Les androïdes n'étaient pas comme les humains. Mieux valait qu'ils se réservent ce genre de gestes, selon lui. Il se releva, récupéra Sumo – au grand dam de Rupert – et repartit.
Voilà, terminé ! Je tiens à dire, pour celles et ceux que ça turlupineraient, que le gars s'appelle Rigsby parce que j'avais clairement pas d'idée et que – allez savoir pourquoi – c'est le premier nom qui m'est venu et oui ça vient de Mentalist. Ne cherchez aucune logique j'avais besoin d'un nom. Et je n'ai rien contre Rigsby, il était attachant.
Ah et les accords ERJAS : alors j'ai voulu faire de l'humour en appelant le faux accord Schrödinger mais c'était un peu trop gros alors j'ai vu le nom entier de ce scientifique qui est Erwin Rudolf Josef Alexander Schrödinger et j'en ai fait un anagramme hihihi houhouhou qu'est-ce qu'on s'éclate. Pourquoi cette ref ? Bah le chat de Schrödinger n'est ni mort ni vivant, un peu comme les androïdes toussa bref c'est un peu con mais c'était marrant et comme ça j'ai trouvé un chouette acronyme à mon accord fictif huhuhu hahaha. Oh et le protocole G-Kayes c'est pour Gary Kayes, le gars qui fait les meilleur burger de Detroit dans son food truck. Ouais, Connor prend des trucs au pif et il s'amuse avec.
