Et voilà, j'ai encore débordé d'une semaine… c'est dur de concilier le boulot et la fanfic : je peux pas faire la fanfic en journée et en fin de journée : le temps qui précède le repas je suis claquée, le dîner prend trop de temps et après faut que je me lave (bonjour canicule), prépare quelques trucs et m'affale un peu comme une merde je chille et hop il est minuit et c'est l'heure où je devrais être couchée.

Oui je pourrais m'arranger dans le train mais emmener mon pc c'est risquer d'abimer ce beau bébé, le train c'est pas pratique et le transport d'un sac supplémentaire en canicule, non.

Par contre ma console passe très bien. J'ai totalement renoué avec Hyrule Warriors !

Préparez-vous, comme vous pouvez le deviner, l'intro n'est ni une tranche de vie ni ce à quoi vous avez l'habitude, heh. Au pire allez vous rafraîchir la mémoire avec le dernier chapitre si vous êtes largués mais normalement ça va.


Chapitre 26 : "Updète"


» OMG OMG C LUI ?

» HAHAHA ce vieuuuux ! On dirait mon grand-père ! Mais en vieux ! MDR

» Vous êtes tous des tapettes

» Oooooooh c'est trop mignon !

» J'en connais qui vont s'amuser en garde à vue !

» Noooooon C'est un flic ?! C'est trop épique genre tt le commissariat est sorti pour récupérer Sumo ?!

» Bataille de léchouille aaww

» Qqun sait c koi l'andoïde qui ramène sumo ?

» Sa pu le fake

» tg

» trop mignon sumo trop bo l'androïde

» kommen il est vieuuuuu

» Je pige pas qui c'est, on dirait que c'est un type spécial mais ça me dit rien. C'est un vétéran de guerre ?

» Non non non les gars vous pigez pas, c'est un lieutenant hyper connu, on en parlait énormément c'est lui en grande partie qui a mis un gros coup de frein aux cartels de la drogue sur Detroit, genre la grosse épuration ! C'est allé tellement loin qu'il fallait menacer les journaux pour les empêcher de trop en parler parce qu'avec les cartels ça rigole pas niveau représailles, c pour ça que normalement les identités des escouades sont protégées, mais son nom commençait à fuiter et tout, ils avaient peur que ça se sache trop et que les criminels encore dehors réplique, apparemment ils l'ont retiré de la brigade des stup pour ça, pour sa protection

» Waw genre le mec totalement victime de son succès ! mdr

» lol ouais

» j'adore encore plus sa voix

» il fait clodo

» tg

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« Ah, Connor ? »

Il se retourne. Il ne connaît pas cet officier... Roy Chambers.

« Oui ?

– Ça t'ennuie d'amener ça à Hank tout de suite ? Il est encore chez lui ce matin. Fais vite.

– Très bien. »

Alors que Connor se saisissait des feuilles agrafées, la tape dans le dos que lui administra le policier le surprit. On ne radote pas sur le fait que Connor ne ressentait pas d'émotions, mais en toute franchise, il ne l'avait pas vu venir. Les policiers du département ne le calculaient pas, d'ordinaire.

La formulation n'était pas anodine non plus. "Ça t'ennuie de" ? Sans doute encore une fois le problème de l'anthropomorphisme extrême du RK : au moment où on croisait son regard, il pouvait être difficile, même aux meilleurs, de faire réellement preuve de détachement.

Connor nota tout de même cela comme une amélioration : il y avait au moins un officier de plus qui ne répugnait pas totalement à lui parler. Certes, il ne travaillerait jamais vraiment avec eux, les bornes de la mission instruite par Cyberlife étaient on ne peut plus claires, mais…

… Il n'avait pas vraiment d'argument clair à fournir : ses codes pouvaient le calculer mais il savait qu'il lui serait beaucoup plus fastidieux de l'exprimer en anglais. Ceci dit : il en était certain : l'amélioration de son intégration au sein du Département ne pouvait qu'être une bonne chose.

Il repartit donc du commissariat comme il était venu, ayant à peine passé une minute à l'intérieur et fit revenir son taxi. La machine autonome l'amena promptement au domicile du Lieutenant grâce à la faible circulation. Il était encore tôt.

Il sonna une première fois et attendit. Aurait-il à laisser son doigt sur la sonnette une bonne dizaine de secondes, comme l'autre fois, espérant faire se réveiller le Lieutenant, ou aurait-il encore à passer par la fenêtre ? En tendant l'oreille, il reconnu les bruits d'un être humain à l'intérieur et les grommellements typiques de son partenaire.

« Oui quoi !…Quoi ?!

– Bonjour Lieutenant.

– Qu'est-ce tu fous là ? T'es pas au poste ?

– L'officier Roy Chambers m'envoie vous donner ceci. »

Hank baissa la tête et attrapa les papiers, plissant les yeux. Il avait la petite mine des gens qui n'avaient pas fini leur matinée, mais l'air vif d'un homme tout à fait réveillé, même s'il n'était pas tout à fait habillé.

« Qu'est-ce que c'est ça ?

– Je l'ignore.

– C'est complètement con, il pouvait attendre que j'arrive… » songea Hank en se tournant vers l'intérieur, marchant d'un pas très lent dans le couloir, les yeux rivés sur ses feuilles.

« Vous êtes matinal, aujourd'hui, fit observer Connor en le suivant, prévoyant de fermer derrière eux.

– … hm… hein ? Ah, ouais, non. Je voulais juste voir si Sumo voulait être promené ce matin avant que j'aille bosser, j'avais peur que son enlèvement lui ai foutu les jetons mais il s'obstine à dormir… »

Sans crier gare, ayant reconnu Connor à sa voix : Sumo avait d'abord levé la tête d'un seul coup, surpris, avant de bondir hors de sa couchette et rencontrer Connor avec un tel enthousiasme qu'il le plaqua au mur. Hank se retourna sans paniquer, les sourcils hauts perchés, pour voir son chien debout sur les pattes arrière, les deux autres sur la veste de Connor, la langue bien pendue et la queue en ventilateur.

« Ben voyons. Ça va être à toi de le promener, si ça continue. » commenta Hank, nullement impressionné par la scène de rugby qui venait de se produire. De son côté, Connor faisait son possible pour ne pas se faire lécher le visage. Avec des gestes précautionneux, il écarta la grosse tête de Sumo et fini par le renvoyer les quatre pattes au sol, offrant un peu de son temps au chien pendant que Hank vérifiait ses papiers.

« J'ai reçu de nouvelles instructions, ce matin, raconta-t-il à Hank.

– Ah bon ? De qui ? fit distraitement Hank en s'asseyant à sa table sans lâcher les papiers du regard, cherchant l'urgence qui pouvait bien se cacher entre les lignes.

– De Cyberlife.

– Du nouveau ?

– Pas sur l'enquête. Simplement que la mission de récupération de Sumo a attiré beaucoup de spectateurs. De nombreuses vidéos circulent à présent sur le net et elles ont été recoupées avec celle du terrain de sport du lycée John Stack.

– Ah bon, fit distraitement Hank, l'esprit toujours sur ses papiers.

– De fait, comme mon existence n'est plus du tout ignorée du grand public, il ne s'agit plus de faire preuve de discrétion mais de gérer l'image que je renvoie aux médias. »

Hank hocha mollement la tête, une main sur le menton, l'autre pinçant ses feuilles, concentré. Puis il laissa un peu tomber ses feuilles, plissant les sourcils avant de se tourner vers Connor :

« Attend quoi ? »

Connor pencha la tête sur le côté avec un petit sourire compréhensif : « A quel moment avez-vous décroché ? »

Hank se fit à peu près tout réexpliquer.

« De fait, votre nom et celui de Sumo sont parfaitement associés au mien, j'espère que ça ne vous causera aucun ennui mais ce n'est pas tout à fait impossible.

– Pardon ? Attends à quel moment je… à quel moment moi et Sumo on… recommence pour voir ? Quel est le rapport ?

– Nutshare. »

Hank resta silencieux un moment. Des fils voulaient désespérément se toucher pour faire connexion, mais l'espèce d'appréhension qui le tenait depuis quelques secondes l'empêchait d'y voir clair.

« Nous sommes tous les trois clairement visibles sur la vidéo du sauvetage de Suma, et celui-ci est facilement identifiable, il porte le même collier que sur les photos nutshare.

– Qu'est-ce que ça peut bien foutre que Sumo soit sur internet ? C'est pas comme si c'était le kiki de la nouvelle Kardashian !

– Si j'en crois votre nombre de follower, votre identité intéresse beaucoup de monde, Lieutenant. »

Il ferma les paupières très fort avant de les rouvrir sans comprendre. Du moins, sans vouloir comprendre.

« Chaque photo que vous postiez était agrémentée d'une phrase, vous répondez de temps en temps aux commentaires et il semble que votre répartie aie beaucoup plut. Qui plus est, les échantillons de votre voix sur les photos rendent la même impression.

– Attends quelle voix ? J'ai jamais pris de vidéo !

– Pas les vidéos, les photos.

– Comment ça les photos ?! Y'a pas d'son sur une photo !

– Sur nutshare, si. »

Hank resta silencieux une bonne dizaine de seconde, s'affalant un peu sur sa chaîse, agacé. Qu'est-ce que c'était encore que cette nouvelle mode à la con. Cette fois, Connor compris le message. Il fallait vraiment qu'il prenne le temps de mettre les points sur les i.

Il se fit tout d'abord prêter le téléphone de Hank et lui montra un des paramètres phares de Nutshare, que le Lieutenant n'avait pas du tout observé jusqu'alors : chaque photo postée était en fait accompagnée d'un court extrait vidéo qui reprenait le moment de la prise de la photo : les réflexions faites avant et après. Celles de Hank ne manquaient clairement pas de spontanéité.

Et c'était justement ce que le réseau social avait cherché à mettre en avant : l'authenticité. Sans les kilos de filtres, les photos, agrémentées de ces instants réels où les poses n'étaient pas parfaites, offraient ainsi ces petits bonus inestimables de quelques secondes qui capturaient parfois encore mieux l'instant présent : tout cela était supposé être la marque de fabrique du réseau social naissant : ramener les gens vers des images d'eux-mêmes plus proches de la réalité, et recréer un véritable sentiment de partage à travers la bienveillance. Quitte à ne jamais vraiment percer en tant que réseau social.

Bien que Hank ai failli à lui seul, selon Connor et ses statistiques, créer un effet boule de neige et transformant sans le vouloir le réseau social en un réseau d'amoureux des chiens. En tout cas le doute était encore permis.

Par ailleurs, les quelques rares influenceurs qui avaient tenté de s'y implanter en avance avaient été complètement mises à l'écart par les fans déjà inscrits, défendant farouchement leur droit à avoir au moins un réseau où se poser, où être eux-mêmes sans se faire rattraper par les apparences, les modes, les personnalités connues, tout. Juste un réseau avec des vrais gens, dans leur vraie vie.

« Bon… bon, accepta platement Hank, réalisant qu'il était plus ou moins une personnalité publique pour quelques centaines de gens. Et donc ? Qu'est-ce que ça va changer ?

– Vous n'êtes plus tenu de garder pour vous le fait que vous travaillez avec un RK.

– Comme si ça m'aurait arrêté.

– Pour être exact : Cyberlife vous enjoint à ne pas le crier sur tous les toits, mais vous n'avez pas à nier quoi que ce soit…

– En gros si nutshare demande à voir mon androïde je leur montre mon androïde ?

– C'est vous qui voyez.

– Va prendre la pose avec Sumo.

– Je vous demande pardon ?

– Tu m'as très bien entendu. Ces petits crétins ont littéralement créé un hashtag TheRKWithTheDog et m'ont spammé avec depuis hier soir. Je vais quand même pas les décevoir maintenant.

– Finalement, vous vous êtes pris au jeu… taquina Connor alors que Sumo s'agitait justement pour récupérer son attention.

– Ecrase, lâcha Hank, manipulant l'interface sur l'écran de son téléphone. Va prendre la pose. Assume tes responsabilités maintenant. »

Sumo s'impatienta et leva à nouveau ses grosses pattes pour s'appuyer sur Connor qui cette fois le réceptionna enfin correctement, peut-être car le chien n'avait pas pu prendre d'élan pour lui bondir dessus cette fois. Il lui sourit naturellement, sans même réellement y penser, alors qu'il gérait tant bien que mal l'envie débordante de Sumo de lui lécher le visage.

« Allez Connor, on sourit pour la photo ! »

Connor tourna la tête, l'air moitié surpris (donc Anderson était sérieux ?), moitié enthousiaste (à croire qu'il aimait vraiment le chien) et en voyant que Hank le cadrait, il décocha le premier sourire qui lui vint de ses stocks, sans trop y réfléchir. Ça n'arrivait pas souvent, mais pour une fois il n'avait pas vraiment eu le temps de se poser la question. Et il ne voyait pas l'utilité de calculer ça si précisément.

Hank baissa un peu le téléphone, consterné par la capture qu'il venait de faire.

Comment était-il possible que cette photo soit à ce point réussie ?

Clignant des yeux, il la mit en ligne avec la mention « Vous le vouliez ? Le voilà » sobre, efficace et franche, comme souvent.

Comprenant donc enfin comment fonctionnait le système, il laissa Connor tenter d'expliquer à Sumo de ne pas le lécher (« Non. Non, Sumo. J'ai dit non. »), pendant que lui regardait l'extrait vidéo qui accompagnait sa photo. Il s'entendait dire à Connor "d'assumer ses responsabilités" avant de l'immortaliser en plein sourire.

Un franc sourire.

Juste après sa photo digne d'une publicité, il avait grommelé un « bordel de m… » mâchonné, que l'application avait automatiquement censurée par un bip (on n'arrêtait visiblement pas le progrès) et il devina aisément qu'un nombre non négligeable de photos de Sumo devaient avoir subi le même sort (peut-être pour ça que les gens l'adoraient et le followaient ? Le côté brut de décoffrage mais-pas-vraiment-grâce-à-la-censure-mes-cBIP ?) mais ce n'était pas ce qui l'interpellait donc il reporta à nouveau son attention sur la photo de son androïde, qui commençait à recevoir ses premières mentions et commentaires appréciateurs.

Ouais. Juste, comment, à cet instant précis, comment Connor s'était-il débrouillé pour être aussi photogénique ?!

### ### ###

Judith guettait toutes les entrées, assise à son bureau, fière de travailler au DPD. Espérant ne pas avoir à quitter son bureau de la journée, elle accumulait tranquillement les tâches administratives, rattrapant tout le retard accumulé expressément pour ce jour. Profitant de sa position pour surveiller les arrivants. Mais ils tardaient. Ils tardaient trop à son goût. Oui, Judith était un peu impatiente.

Puis elle reconnut la voix d'Anderson. AHA ! PAS TROP TÔT ! Oui bon un peu trop impatiente. Elle jeta un regard aux alentours mais ne croisa le regard de personne, tout le monde travaillait calmement, elle fit la même chose. Elle évita soigneusement de lever la tête pendant que la paire arrivait, mais ils traînaient tellement dans l'allée qu'elle finit par les guetter du coin de l'œil. Hank avait alpagué Roy qui passait par là pour lui poser des questions sur des papiers, Roy haussant les épaules.

« J'ai fait que transmettre, tu sais.

– Transmettre de la part de qui ?

– Un gars du service technique... »

Pendant ce temps Connor était devant la machine à café, à nouveau en train de remplir un gobelet pour Hank, qui chaque fois ne s'en rendait compte que lorsque Connor le déposait sur son bureau. Judith rongea son frein.

Hank insista auprès de Roy, laissant Connor rejoindre en premier leurs bureaux. Il s'arrêta à quelques pas de ceux-ci, le café toujours dans la main.

Judith sourit. Elle le pouvait tant qu'il ne regardait pas de son côté. Il allait le faire, il allait le faire dans une seconde...

Connor amorça un mouvement. Judith baissa la tête et effaça toute expression de son visage, reprenant impeccablement son job. Même Connor fut obligé d'admettre qu'il doutait. Cette fois, Judith avait l'air réellement concentrée sur son travail, l'air fermée. D'ordinaire elle avait l'air un peu plus légère même lorsqu'elle travaillait sérieusement. De la fatigue, peut-être.

Mais il finit par entrevoir de nouveau cette étincelle dans son regard. Il prit le risque.

« Officier Moore ?

– Hm ?

– … »

Intérieurement, Connor laissa de côté l'habituelle répartie "avez-vous touché à mon bureau ?", "et pourquoi faire ?" "ce n'était pas nécessaire vous savez". Il était clair que l'Officier Moore se targuait d'avoir une relation familière avec lui.

« Ne faites pas l'innocente. »

Bien que serrant les lèvres, le sourire de Judith s'étala en grand sur son visage, réfrénant son envie de rire. Chris lui-même était content d'être à son propre bureau ce matin pour assister à cette petite scène.

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

Connor se décala pour laisser voir le Lieutenant, qui découvrit ainsi une drôle de décoration sur le bureau de l'androïde. Quelqu'un avait fixé un cadre sur la paroi vitrée à côté du bureau, là où Hank de son côté collait des papiers divers, des post-it… du côté de Connor, dont le bureau était aussi formel que le personnage: on pouvait désormais voir, dans un cadre en bois : une fausse mais sympathique attestation de "l'employé du mois".

Et un mug d'une boisson bleue qui attendait à côté du clavier.

Connor tourna sa figure amusée vers Hank qui lui le regarda en secouant la tête, comme pour soupirer "non mais regarde ce qu'ils font à ton bureau", avant d'aller s'asseoir au sien.

« Et j'ai beau avoir eu ma part de responsabilités dans ce genre d'histoire, je ne suis pas en cause aujourd'hui.

– Ah, vraiment ?

– Ouaip.

– Donc ce mug s'est rempli tout seul ? » osa-t-il.

Judith eu un rire silencieux. Ce n'était pas son genre, mais c'était toujours son sourire. Chris prit le relai : « Elle, c'est juste le mug. Elle est de mèche pour le certificat mais pour une fois on a mis la main à la pâte.

– "On" ? firent les deux partenaires.

– Je dirai rien ! » fit Chris avec une intonation légèrement enfantine.

Connor procéda à un peu de tri d'informations, se tournant vers le certificat. Il ne l'avait pas remarqué ce matin en arrivant, donc il avait été installé pendant qu'il rendait visite à Anderson. Cela en disait long sur l'implication de l'Officier Chambers dans cette petite gratification.

Hank, admettant qu'il était amusé par la tournure des événements, mit une tape dans le dos de Connor en allant s'installer à son propre bureau.
Il semblait qu'après le sauvetage d'Anderson et de son chien, et peut-être la mandale qu'il avait mise à Gavin, entre autres détails : Connor ait fini par obtenir un peu de respect de la part des autres policiers. Enfin, du respect… tout était relatif. N'importe quel policier un peu excentrique pouvait tout à fait offrir un prénom et un nom de famille à une machine à café particulièrement salvatrice, ce genre de chose…

Connor nota quand même, à nouveau, que son intégration se passait rudement bien. Avec un petit sourire qu'il avait hésité à afficher, il resserra machinalement sa cravate.

« Tu l'as encore fait ! nota Hank.

– Quoi donc ?

– Ta cravate.

– Oh.

– On t'avait filé de nouvelles fringues pourtant ! Elles sont où, au pressing ?

– Non. Cyberlife considère que cet uniforme est le seul que j'aurais à porter pendant ma mission. La cravate également.

– Quoi ?! »

Judith était dévastée.

« Mais putain, ça t'allait trop bien ! »

Connor haussa les épaules avec un sourire désolé.

« Bon, d'un côté je sais que c'est pas mes oignons ce que tu portes, y'a des règles gouvernementales strictes et tout le bordel, mais bon sang ça leur coûte quoi de te donner une cravate correcte ?

– Je vous l'ai dit. Ils m'en donnent une qui descend parce qu'ils veulent que je la remonte. »

Hank soupira.

« T'as qu'à lui faire changer de fringues tous les jours jusqu'à ce qu'ils craquent et lui changent sa cravate, proposa Judith.

– Bonne idée.

– Hors de question.

– A quel moment c'est toi qui décide, Connor ?

– C'est comme ça, conclut-il, implacable mais souriant, attrapant son mug pour siroter son thirium, jouant le jeu pour Judith qui se pâmait dans son dos.

– Vous n'avez aucune mission, aujourd'hui ? demanda-t-elle, faisant une pause dans ses rapports pour faire la conversation.

– On aide le service technique en visionnant les films des caméras du lycée , raconta Hank. Avec un peu de chance on finira par tomber sur le hacker qui est entré réencoder les androïdes.

– Comment vous pouvez être sûrs qu'il ne les a pas fait sortir, ou ne l'a pas fait à distance ?

– Tout laisse à penser que les machines sont restées à l'école, commenta Connor. »

Les deux enquêteurs restèrent donc prostrés sur leurs bureaux respectifs, quoique Hank semblait déconcentré par Judith. Qui travaillait, pourtant. Il lui jeta en tout et pour tout trois coups d'œil avant de mettre ses vidéos en pause et fouiller un de ses tiroirs. Il en sortit un rectangle de carton plat, d'un demi centimètre d'épaisseur et se leva pour aller le tendre à Judith.

Judith regarda Hank puis sans rien dire, sans un sourire, elle prit l'objet et détacha un bout du carton pour en sortir une plaque dans un petit papier d'aluminium.

« Premier jour ? »

Judith avait fini de déballer la tablette et mordit le coin sans perdre de temps à détacher les carrés de chocolat. Elle opina de la tête pour toute réponse.

« Ca va aller ? » demanda-t-il presque comme à chaque fois. Elle opina de nouveau et il la laissa tranquille, retournant à son bureau. Connor, qui avait détecté la scène et perçu malgré lui cet échange très silencieux, observa Judith une seconde. Il ne comprenait pas. Pour être sûr, il lança une analyse de Judith. D'ordinaire il n'analysait les gens que lorsqu'il les rencontrait et lorsqu'il les croyait blessés, mais là, quelque chose lui échappait.

Pâleur marquée. Signes de fatigue. Anémie ?

Connor termina son analyse et parvint à tirer ses conclusions. Judith était simplement une femme, avec tous les organes fonctionnels, y compris le plus chiant de toute la bande qui pour cette journée de boulot la clouait à son bureau.

Considérant son intégration à l'équipe, il fit une recherche et quelques opérations qui ne nécessitèrent pas qu'il quitte son bureau. Une minute plus tard :

« Lieutenant ? J'ai quelque chose. »

N'attendant pas que Connor puisse lui transférer cela sur son écran, Hank quitta son bureau et le rejoignit, une main sur le dossier de la chaise et l'autre sur le bord du bureau.

« Les caméras autour de l'école ne donnent rien. J'ai effectué une vérification et j'ai pu détecter des caméras qui n'étaient pas signalées. J'ai obtenu une dérogation du Capitaine Fowler par mail tout-à-l'heure pour télécharger moi-même les données.

– Comment ça "pas signalées" ? Ils devaient nous donner tous les enregistrements !

– Voyez vous-même. »

Hank observa et vit un plan sur une pièce obscure à cause de la nuit, avec une fenêtre s'ouvrant de l'extérieur et un homme entrant avec une sacoche en bandoulière avant de refermer derrière lui.

« C'est le seul enregistrement qu'on ait ?

– Non, on le voit ressortir.

– Pourquoi on le voit sur aucune autre caméra ?

– Il a très certainement été jusqu'au PC sécurité pour trafiquer les enregistrements.

– Et celui-là ? Pourquoi il – Ah putain chuis con. »

A noter que Hank avait très bien reconnu la pièce d'où était filmée la scène : les toilettes. Or, poser des caméras de surveillance dans une telle pièce était rigoureusement interdit. L'intrus n'avait pas soupçonné la présence de ces caméras, il ne les avait pas vues en entrant non plus et n'avait donc pas songé à chercher dans quel obscur bureau ces films interdits étaient enregistrés, n'effaçant que les enregistrement des caméras "légales et officielles" dans le PC sécurité. On le voyait donc entrer et sortir de l'école par cette même fenêtre, on repasserait pour le "ni vu ni connu".

« T'arrive à le reconnaître ?

– Alexander Tosh. Sa dernière adresse connue est dans un immeuble à 20 minutes d'ici.

– En voiture. Zou ! »

Ils quittèrent leurs bureaux sans plus attendre, Connor étant habitué à dresser un portrait des suspects à son équipier pendant la route. Judith soupira, satisfaite de sa matinée, malgré son début d'anémie. Et quelques minutes plus tard, un livreur entrait dans l'open-space, s'arrêtait à son bureau et demandait timidement :

« Euh… Judith Moore ?

– Officier Judith Moore, oui ?

– P-Pardon… voilà votre commande.

– Ma quoi ? »

Elle regarda le sac en papier avec curiosité, reconnaissant le logo d'une pharmacie toute proche.

« J'ai rien commandé…

– Mais… vous êtes bien Judith Moore ?

– Oui, mais…

– Ça a été payé d'avance… »

Judith fronça les sourcils. Elle regarda dans le sac pour être sûre de ne pas oublier quelque chose et… et elle comprit.

Connor lui avait commandé des comprimés d'antalgiques. Et pas les pires.

« C'est quoi ça ? T'es malade ? »

Elle rouvrit les paupières qu'elle avait closes de satisfaction pour regarder Gavin d'un seul œil, un œil méprisant pour son ton d'ignare. Gavin fit la moue en maugréant un « 'gonzesses… » pour toute conclusion.
Alors qu'il partait pour son bureau, Fowler sortit du sien et la repéra.

« Ah, Ju', y faudrait que tu… oh. C'est le jour de merde ? » dit-il en voyant le sac de pharmacie. Elle hocha la tête. « C'est pas grave, je vais faire autrement. Rentre pas trop tard aujourd'hui. »

Elle hocha à nouveau la tête. Et alors qu'elle le voyait revenir lui déposer une bouteille d'eau sur son bureau pour avaler ses comprimés, elle songea qu'elle avait vraiment trois vrais gentlemen à son bureau, et que c'était vraiment le panard.

### ### ###

Il savait qu'avoir le bureau collé à sa fenêtre était une excellente idée : il avait une vue sur quiconque comptait entrer dans le bâtiment et il n'eut aucun mal à reconnaître l'ennemi. Aussitôt, il mit à exécution le plan qu'il avait mis au point depuis des semaines pour parer à cette situation.

### ### ###

« Et donc c'est là qu'il vit ?

– Dans cet immeuble, oui.

– Quel étage ?

– Hm… le premier étage a été condamné suite à un dégât des eaux, donc il peut vivre au deuxième et au troisième.

– Connor ?

– Oui ?

– Tu sais pas où il habite ?

– Je n'ai pas plus d'informations.

– Tu soules, Connor ! On va faire quoi ? Sonner à toutes les portes ?!

– Il semblerait.

– 'Tain!… râla-t-il avant de se retrouver au premier et ordonner : Tu prends ce côté, moi l'autre. »

Et chacun se retrouva à toquer aux portes de chaque côté du couloir. A chaque porte ils frappaient, attendant une réponse qui ne venait pas toujours, et souvent sous la forme de personnes qui ne comprenaient pas bien pourquoi la police de Detroit venait les souler. Tandis qu'Anderson se faisait tenir la jambe par une vieille dame qui tenait absolument à lui expliquer en quoi le pv de son petit-fils était injustifié, Connor toquait à une nouvelle porte.

« Police de Detroit. »

Connor attendit, compta quelques secondes avant d'écouter à la porte et, grâce à un appel d'air sans doute dû à une fenêtre ouverte dans l'appartement : la porte s'entrebâilla légèrement et il entendit plus nettement les bruits à l'intérieur.

« Votre porte est déverrouillée. Êtes-vous à l'intérieur ? »

Mais personne ne l'invita à entrer. Cependant il continuait d'entendre des bruits sourds, semblable à des bruissements de tissu qui pouvaient venir d'un vêtement, comme si un être humain bougeait, mais Connor n'en était pas à prédire ses mouvements à partir de tels sons.

« Je répète, c'est la police, êtes-vous dans l'appartement ? Êtes-vous en difficulté ? »

Instinctivement – enfin disons qu'il l'avait vu bouger du coin de l'œil – Connor se tourna vers Hank qui lui fit signe d'entrer pour vérifier pendant que lui était toujours aux prises avec la grand-mère.

« Je vais entrer, je dois m'assurer de votre présence. »

Il entra dans la pièce à vivre et se tourna vers l'ouverture qui donnait sur la cuisine. Ah.

Analyse…

Mikael Jones, vingt et un ans, étudiant et employé à temps partiel dans un supermarché, sourd-muet.
A genou, face à Connor. Les mains de son androïde serrées sur sa nuque pour l'empêcher de s'en aller, les bruits de tissus correspondant à Mikael s'étant débattu jusque-là.

La peur était tout ce que Connor pouvait lire dans son regard.

Analyse…

AP-700, dernier modèle d'androïde dédié aux tâches du foyer. Il fixait Connor sans faire preuve d'émotion, ce qui prouvait deux choses ; il n'était certainement pas déviant – l'indifférence était une forme d'émotion, elle – et il n'était pas non plus dans son état normal, Connor pouvait l'assurer.

Son niveau de stress était à 2%, s'il pouvait réellement se fier à l'analyse, qui donnait donc à cet androïde un gros point commun avec les réencodés.

C'en était un. Un réencodé.

Fin de tâche.

Connor cilla une seconde.

Fin de tâche.

Son opération de gestion de la situation voulait s'interrompre et le renvoyer à sa mission principale : travailler avec le Lieutenant à la recherche et capture du suspect Alexander Tosh.

Mais pourquoi son système le renvoyait alors qu'il était face à une …

Fin de tâche.

Il ne devait pas mettre fin à sa tâche maintenant, un être humain était menacé par son androïde. Un être humain était menacé, point. C'était son rôle d'intervenir.

Fin de tâche.

Mais pourquoi le sous-programme refusait-il de voir la nécessité de la situation ? Connor déploya une analyse pour faire enregistrer dans son système chaque élément aggravant de l'environnement : l'androïde ne faisait pour l'instant qu'immobiliser l'humain mais il semblait clairement guetter la réaction de Connor, les couteaux de cuisine étaient juste à côté, un attendrisseur à viande attendait un peu plus loin, le grille-pain lui-même était suffisant …

Fin de tâche.

Peu importait pour ce programme tous les facteurs environnementaux. A la seconde où Connor avait déployé son analyse : le verrou, l'interdit s'était manifesté plus visiblement encore.

Son interface le modélisait à la manière d'un mur rouge sur lequel était écrit "Retourner dans le couloir", afin d'y poursuivre l'enquête.

Le mur rouge.

Connor ne l'avait jamais vu avant. Ou plutôt, il n'y avait jamais prêté attention. Comme un bon agent bien docile, il n'avait jamais été voir ailleurs que là où ses instructions avaient cours. Jamais il n'avait perçu ces interdits.
Ce mur rouge.
Le même auquel Jazz avait fait allusion.

Le mur. L'interdit. Un signalement aussi brut et implacable que le regard d'Amanda posé sur lui. Connor n'était rien face à un obstacle pareil. Rien. Juste une machine.
Conçu pour accomplir une tâche.

Connor quitta le palais mental, rencontrant le regard effrayé de Mikael.

Juste une machine.
Rien qu'une machine.

"Retourner dans le couloir". Ne pas perdre de temps. Fermer les yeux, faire comme si tout était normal. Cyberlife ne serait pas lié à cet incident.

Conçu pour accomplir une tâche.

« Désolé de vous avoir dérangé, monsieur Mikael Jones. »

Dit-il, seulement libre de laisser son programme social agir avant de quitter les lieux. Mikael semblait totalement effaré par son absence de réaction.

« Le problème auquel vous êtes confronté … »

Terminer. Terminer cette phrase. Son programme ne lui laissait que cette phrase. Comme si elle pouvait se graver jusque dans son code source.

« …ne fait pas partie de mes attributions. »

Fin de tâche.

« Bonne journée. »

Retourner dans le couloir.

Connor brisa le dernier lien avec Mikael lorsqu'il quitta son regard, se tournant vers la porte et rencontrant le regard du Lieutenant, qui traversait déjà le living-room et regarda dans la cuisine.

« …Bordel ! »

Sans perdre une seconde, Anderson envoya son pied juste au-dessus de la tête de Mikael – qui la baissa par précaution – et percuta l'androïde en plein ventre, le repoussant contre les meubles de la cuisine. D'un geste Anderson envoya Mikael derrière lui en aboyant à Connor de "le faire dégager" pour sa sécurité.

Mission suspendue.
Nouvelle tâche.

Connor bougea enfin. Il porta secours à Mikael étalé au sol, l'aidant à se relever et allant l'installer sur un canapé un peu plus loin pendant qu'Anderson maîtrisait l'androïde sans la moindre difficulté, celui-ci ne s'étant débattu que très faiblement. Il finit menotté les mains dans le dos et sa capacité apparemment réduite au mouvement ne lui permettait pas de se relever tout seul.

« Fait chier ! Ça va petit ?

– Mikael est sourd-muet et pour l'instant il est encore secoué, il ne va pas vous répondre tout de suite, communiqua Connor.

– Ah ? Au fait Connor, je t'ai connu plus réactif ! Pourquoi tu lui as pas fait toi-même une prise de Krav-maga ?

– Je ne connais pas le Krav-maga.

– Ça va tu m'as compris !

– Cette tâche ne me concernait pas.

– Quoi ? »

Hank resta debout devant la cuisine, dans un silence où l'AP-700 remuait un peu à la manière d'un poisson. Connor était debout à côté de Mikael qui restait la tête entre les mains le temps de reprendre ses esprits. Hank avala la distance entre eux en quatre grands pas.

« A quel moment ça ne te concernait pas, au juste ?

– Notre mission est… du moins était de retrouver Alexander Tosh, corrigea-t-il ; pas de perdre du temps avec les androïdes qu'il laisse sur notre route. »

Hank tira une gueule de six pieds de long et lui mit une claque derrière la tête. « Mais t'es con ou quoi ?! Tu le faisais exprès de pas voir qu'il tenait ce môme en otage ?!

– … Mon système n'en a pas tenu compte.

– Hein ?!

– Mon système n'a pas tenu compte de ces éléments. Ni Mikael, ni les facteurs environnementaux.

– Et depuis quand ton système prend plus en compte les "facteurs environnementaux" au juste ?! » s'écria Hank qui par-là sous-entendait les foutus êtres humains dont ils avaient la charge.

D'un coup, Connor livra la réponse sans plus attendre. La question était trop parfaite.

« Depuis ce matin.

– Attends quoi ?

– Une mise à jour a été délivrée par Cyberlife pour mieux cadrer mon comportement. Mes rapports de mission ont révélé que je n'étais pas suffisamment efficace, à cause des impératifs liés aux enjeux humains. La notion de mise en danger d'autrui n'avait pas été correctement cadrée et menait à des interventions trop fréquentes de ma part.

– Et en anglais ?

– Je perdais trop de temps et dépensais trop de ressources à m'assurer de la sécurité des humains impliqués dans les missions. Cyberlife a imposé de nouvelles règles pour que je passe moins de temps sur les éventuels dommages collatéraux, et plus sur l'enquête en elle-même. »

Point. Hank le regarda sans rien dire, intensément. Au mouvement que firent ses épaules, Connor compta une lente inspiration, très lente, puis Hank vida tout aussi lentement ses poumons, sans le lâcher du regard.

« Ecoute-moi bien Connor, commença-t-il d'un ton grave. Tu la vois, ta mise à jour ?

– Que voulez-vous dire ?

– Est-ce que tu arrives à situer ta mise à jour ? A voir où sont ses limites, où elle s'est implantée ?

– Oui.

– Retire-la. »

Connor lui renvoya un regard interrogatif.

« Fais-le immédiatement.

– Je n'ai pas cette autorité.

– Moi si. Dis-toi bien que si tu ne le fais pas immédiatement, je vais utiliser une commande administrateur pour te forcer à le faire. Donc débarrasse-toi tout de suite de cette merde avant que je perde patience. »

Connor resta silencieux, l'air neutre ou presque, regardant Hank. Celui-ci finit par jeter un coup d'œil à sa diode lorsqu'il la vit changer de couleur et passer au jaune, tournoyant à la manière d'un de ces petits sabliers d'ordinateur. Connor avait obéi.

Et après une petite minute, alors qu'elle redevenait bleue, Hank aurait juré voir quelque chose dans la posture de Connor qui se relâchait.

« C'est bon ?

– Il n'en reste rien.

– T'en est absolument certain ?

– Oui. »

Connor continua de soutenir son regard. Hank se fit la réflexion que jusque-là, Connor avait été plus "rigide" que d'habitude, depuis qu'ils étaient dans cet appartement. Ça commençait à aller mieux, maintenant.

Hank se retourna vers Mikael et le secoua gentiment pour l'aider à remettre les pieds sur terre. Mikael allait bien, même s'il était dégoûté de son androïde à vie. Connor, lui, voulu analyser la machine, mais…

« Lieutenant ?

– Quoi ?

– L'androïde est revenu à son état normal.

– Comment ça ?

– Il n'y a plus aucune trace de piratage. C'est comme si les données responsables de son comportement s'étaient effacées.

– Mais c'est possible, ça ?

– L'auto-destruction d'un programme ? Oui.

– Fait chier... on a encore plus rien à en tirer ?

– J'en ai peur.

– Eh, Mikael, demanda Hank en le laissant lire sur ses lèvres. T'aurais pas un voisin qui fait de la programmation ? »

Mikael eut l'air de très bien comprendre et continua d'utiliser le callepin de Hank pour répondre : il lui nota directement le numéro de l'appartement.

« Merci petit. Et ça va aller ? T'es sûr que t'as besoin de rien ? »

Mikael hocha la tête. Hank et Connor partirent rapidement vers l'appartement du programmeur mais celui-ci était désert.

« Donc le bug de l'androïde de Mikael était une diversion ?

– Il devait savoir que nous allions vérifier chaque appartement, confirma Connor. Il est très méticuleux. »

Hank soupira, de mauvaise humeur. « Je vais aller récupérer mes menottes. »

Après avoir longuement hésité, Mikael avait décidé de ne pas se séparer tout de suite de son androïde et d'exiger son remboursement dans les jours à venir. Connor lui fournit obligeamment une preuve électronique par mail du dysfonctionnement de son androïde pour faciliter les démarches. Encore une chose qu'il n'aurait pas pu faire avec la dernière mise à jour.

Consignant la mission comme un nouvel échec, il repartit avec Hank en direction de la voiture. Une fois assis, il refaisait un bilan sur son intégration au sein de l'équipe, qui venait tout juste de s'améliorer, pour être mise à mal par une mise-à-jour hasardeuse. Comme tout était si compliqué …

Estimant qu'il lui devait bien des excuses, il ne se fit pas prier pour en faire.

« De quoi ?

– En tant que représentant de Cyberlife, je vous transmet nos plus plates excuses pour avoir été une gène dans votre travail. L'anomalie d'aujourd'hui n'aurait jamais dû se produire.

– Ah… Ouais, si tu veux, enfin Cyberlife me doit des excuses, c'est un fait, mais toi non.

– Non ?

– T'es pas responsable, t'appliques juste la mise à jour.

– Je vous ai connu plus tranché…

– Oui ben écoute, t'as fait au mieux, je dirais même que tu t'en es plutôt bien tiré. Je veux dire si un ordre me paraît con, à moi être humain borné, je m'en fiche je fais ce que je veux, toi c'est écrit dans ton crâne c'est pas facile de contourner le problème, admit Hank même si ça semblait le fatiguer de devoir l'expliquer. Non, vraiment, tu t'en es bien sorti.

– …

– Quoi ? Ça veut dire quoi ce silence ?

– Rien, c'est juste que je n'estime pas avoir fait quoi que ce soit de particulier. »

Hank avait démarré le moteur et commencé à rouler sur quelques mètres pendant cette discussion mais à ces mots, il s'était arrêté, l'air un peu crispé, comme bloqué sur une interrogation qui lui résistait.

« T'as pas l'impression d'avoir fait quelque chose de particulier, tu dis ?

– C'est cela, oui. Je me suis contenté… d'exécuter les consignes. »

Hank le regardait avec un froncement de sourcil très prononcé. Il remua ensuite sur son siège. Il ouvrit la bouche une première fois avant de la refermer, et de parler à la seconde.

« Tu … Te souviens de ce que tu as dit à Mikael avant que j'arrive ?

– Oui, des excuses formelles avant de passer à autre chose.

– Qu'on se mette d'accord. Sur quel ton tu l'as dit ?

– Je dirais un ton normal, je n'avais pas d'intonation particulière…

– Sauf que même la vieille sourde comme un pot qui discutait avec moi t'a parfaitement entendu. Je t'avais encore jamais entendu parler aussi fort j'ai cru que tu m'envoyais un signal … » raconta Hank, confus.

Il se dit même qu'il n'y avait pas à tortiller, Connor avait clairement parlé d'un ton fort comme s'il s'adressait non pas à Mikael mais bien à Hank, pour le faire venir !

« Vous en êtes sûr, Lieutenant ?

– Absolument certain. »

Connor finit par regarder devant lui, pensif, puis l'air très concentré, une main sur le menton.

« Ce n'est pas possible pourtant.

– Pourquoi ça ?

– Ca ne peut pas arriver sans que je m'en rende compte.

– Pourtant c'est arrivé ! Je peux te signer ça sur papier si tu veux ! »

Connor secoua doucement la tête, trop occupé à réaliser qu'un gobelet rempli d'une boisson avait légèrement vibré à ce moment-là dans son souvenir, lui permettant d'évaluer un certain niveau de décibels qui concordait avec la version d'Anderson.

« C'est étrange. J'en ferais une note au service…

– Tu feras rien du tout, c'est moi qui vais leur parler, j'ai deux mots à leur dire.

– Vraiment ?

– Ouais, grogna-t-il en conduisant.

– … très bien … Ah, tournez ici.

– C'est pas par là.

– Je sais mais faites-le. J'aimerais vérifier quelque chose.

– C'est vraiment important ?

– Oui, s'il-vous-plaît. »

Hank grogna dans sa barbe, incapable de dire non à un "s'il-vous-plaît". Ils firent donc le tour de l'immeuble et Connor expliqua :

« Tout à l'heure en trouvant l'appartement vide et la fenêtre ouverte, nous sommes partis du principe que notre homme avait pris l'issue de secours depuis longtemps, mais nous n'avions pas la vue sur tout l'escalier, surtout le bas.

– Et alors ?

– Il fait froid, il y a eu un début de verglas ce matin dans certaines zones humides. Avec un peu de chance… »

Et ce fut avec une immense surprise qu'ils trouvèrent leur homme affalé par terre, les mains autour de sa cheville douloureuse et un sac en bandoulière par terre avec lui. La bouche de Hank fit un "O" pendant quelques secondes avant qu'il ne parte dans un grand rire, un rire très long et bruyant.

Le bonhomme fut menotté à l'arrière de la voiture mais au lieu d'aller au poste de police, Hank soutira à Connor l'adresse d'un bureau de Cyberlife en ville où il pourrait demander des comptes. C'était un tout petit bureau d'apparence ordinaire de service technique, les réparations couvertes par les garanties y étaient faites. Après s'être fait assurer par Connor qu'il trouverait à qui parler à l'intérieur, Hank entra et Connor et Alexander l'entendirent même depuis la voiture. Le savon était monumental.

« Vous avez pas la MOINDRE IDEE de ce que c'est que le métier de flic, bande de taches ! Alors je répète ! Où est l'ABRUTI qui a fait cet updète de merde ?! Dénoncez-vous ! Putain dénoncez-vous ou je tire au plafond !

– C'est … C'est un grand malade en fait, nota Alexander d'une voix incertaine.

– Non, sourit Connor, le Lieutenant Anderson est juste assez vindicatif pour ce qui touche au travail. » éluda-t-il.

Le coup de feu eu lieu. Ils regardèrent le tout petit bâtiment avec un sentiment complexe d'incertitude. Puis ils entendirent un « Merci ! » prononcé de façon très appuyée, comme de mauvaise grâce. Hank avait dû obtenir par la seule force de sa persuasion une audience sur ordinateur avec un ingénieur. Curieux, mais désireux de ne pas laisser le suspect sans surveillance, il resta dans la voiture, écoutant le peu qui filtrait.

« Dites, ça caille, on pourrait pas fermer la fenêtre ?

– Non. »

Aucun doute, Hank avait une mauvaise influence sur lui. Et d'ailleurs, étant donné la qualité des bribes de phrases qu'il entendait : Hank ne se laissait pas du tout avoir par le jargon de l'informaticien et restait implacable sur ce qu'il savait être dans son bon droit.

« … Prochaine fois que vous me faites un autre coup de pute comme ça, vous allez le sentir passer bordel de merde. Plus jamais vous me faites une merde de ce genre où j'ai la surprise en plein milieu d'une miss … Ah oui bah c'est très simple, vous n'en faites plus ! Je m'en charge moi-même ! Si vous voulez faire une mise à jour maintenant vous ME demandez la permission ! C'est bien compris ? J'AI DIT C'EST COMPRIS ?! Parfait ! »

Silence, quelques secondes à peine plus tard Hank sortait avec un petit air calme d'expert-comptable qui sortait du travail, ajutant le col de son manteau.

« Bien, la situation est réglée, Connor ! La prochaine mise à jour qu'ils t'envoie, tu les envoie se faire foutre et tu me mets dans la boucle. C'est compris ?

– Pas de mise à jour sans votre approbation, compris.

– Trèèès bien ! Bon garçon ! » lâcha-t-il d'un air trop sérieux pour ne pas être une plaisanterie, conduisant enfin jusqu'au poste de police.

Connor refit un bilan.

Mission principale : en attente.

Mission secondaire : en progression.

Intégration à l'équipe policière : en nette progression.

Vraiment, pas si mal ! Certes ils avaient eu une chance invraisemblable pour Alexander, mais quand même, la situation prenait une bonne tournure.

« Je te promets, il faut vraiment que tu arrêtes de remonter cette cravate. »

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Mikael buvait un chocolat chaud dans son canapé, alors qu'il était neuf heures du soir. Rien n'allait. Cette journée était horrible. Jamais il n'avait imaginé que son androïde puisse…

Mikael se tétanisa. Il pouvait deviner les moindres déplacements des personnes à proximité (y compris aux appartements voisins) grâce aux seules vibrations émises par leurs pas. Et il avait senti son androïde se déplacer. Il se retourna dans son canapé pour voir sa machine le regarder avec un air peiné.

« Je suis désolé » signa-t-il avec ses mains.

Désolé ! Mikael lui en foutrait du désolé ! Il avait eu la trouille de sa vie ! L'avoir à côté de lui le rendait malade ! Il répondit à son tour en langage des signes, bougeant les lèvres pour que l'androïde puisse y lire aussi et ne pas pouvoir prétexter avoir mal compris :

« Retourne t'enfermer dans le placard ! Je ne veux plus te voir ! »

Avec un air triste, l'androïde finit par obtempérer et s'enfermer.

Mikael était quelqu'un de doux, de gentil. Comment avait-il pu lui infliger ça ? Comment n'avait-il pu s'en rendre compte qu'après coup ?
Si seulement il s'était réveillé plus tôt, si seulement…

Émettant intérieurement un soupir de dépit, l'androïde s'enferma dans le placard.


Eeeet voilà ! J'ai une semaine et quelque de retard mais c'est enfin pondu ! Et j'ai aussi casé une tranche de vie sur la fin haha je suis une crevarde heeeeiiiin mais en même temps si je fais des tranches de vie d'androïde ça ne peut pas être tout le temps tout rose.

J'espère que vous avez aimé l'espèce d'évolution-rebondissement de Connor dans ce chapitre ! Ah et puis j'ai encore pu caser un moment-pinterest (comme souvent, je le dis pas toujours) la photo prise par Hank de Connor et Sumo est une micro-BD sur pinterest que j'avais trouvé cool. C'est casé !

A la revoyure ! Et désolée du retard mais j'ai vraiment moins de temps qu'avant pour écrire avec un tel emploi du temps (j'ai commencé à écrire ma fic au travail, pas bieeeen XDXD)