Encore en retard. Mais si j'avais foncé pour terminer, je n'aurais pas pu changer d'avis sur un truc qui rend bien mieux maintenant, donc tant pis pour les... je sais plus. 4 semaines ? (Bouhouhou) Je refuse ceci dit d'officialiser le délai à 3 semaines entre deux chapitres parce que je trouvais ça déjà trop long avec 2.
Error-ra9, déjà tu me manques mdr mais surtout ne m'en veux pas : je sais qu'une autre fois t'avais failli râler en croyant que j'allais buter le majordome Butler haha mais moi aussi des fois je suis mauvaise. Comme maintenant. Ça risque même d'aller tellement vite que vous n'y croirez pas au début.
Merci de continuer à me lire ! ^^
Chapitre 27 : L'attaque
Mikael fait les cent pas dans son appartement. Il n'a pas vu la camionnette par la fenêtre, en revanche il sent les vibrations dans le couloir. Il attend de voir qu'on appuie sur sa sonnette et lorsque le voyant s'allume, il n'attend pas plus pour rejoindre la porte. Deux hommes en uniforme de travail le saluent, il lit Cyberlife sur leurs lèvres et à leur signe de tête comprend aussitôt qu'ils souhaitent entrer. Mikael ne se fait pas priver, leur faisant signe de le suivre et leur pointant aussitôt l'armoire. Le premier technicien fit la moue mais ne commenta pas, allant droit vers la porte et l'ouvrant. Mikael sent ses épaules se serrer. Le technicien recule en faisant signe à l'androïde de sortir, et celui-ci quitte docilement la sortie. Le technicien ne fait pas attention à son langage non-verbal qui montre une incertitude qu'un androïde ne devrait pas pouvoir afficher. Le technicien referme la porte et emmène l'androïde en posant simplement une main sur son épaule. Au passage il dit à Mikael quelque chose comme « Vous enverrons un androïde de remplacement dès que vous en aurez fait la demande. » Il se tourne vers son collègue que Mikael n'avait pas vu parler, et répète les mots de celui-ci en hochant la tête : « Nous avons eu votre demande de remboursement, elle sera traitée sous 24 heures. Si vous avez la moindre question n'hésitez pas à demander le service après-vente. Bonne soirée, monsieur. »
Mikael hoche la tête et alors qu'ils partent avec l'androïde entre eux, il n'entend évidemment pas l'un des techniciens marmonner « bizarre, ce gars. », ignorant tout à fait que Mikael est muet et ne se tait pas par plaisir. L'androïde n'a jeté aucun regard en arrière, bien qu'effrayé, alors que Mikael sent sa propre nervosité commencer à redescendre, tout juste un peu.
Il retraverse l'appartement et les guette par sa fenêtre. Il les voit finalement apparaître, l'un des deux techniciens ouvrant les portes arrières du van et regardant du côté des deux autres. L'autre technicien se rend compte que l'AP-700 qu'il escorte ne bouge pas. Il lui met la main sur l'omoplate pour le faire aller à l'intérieur mais l'AP-700 se dérobe, il regarde enfin tour-à-tour les deux techniciens, reculant d'un pas, puis deux. Les humains avancent vers lui et l'AP-700 se décide alors à prendre la fuite, les humains sur ses talons. Mais ils sont beaucoup trop lents. L'un d'eux est encore visible, immobile, les mains sur la tête, comme s'il se demandait déjà comment il allait expliquer cela à son patron.
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Alexander, menotté à l'arrière, était bien silencieux. Il regardait autour de lui par les fenêtres de la voiture, comme quelqu'un qu'on emmènerait simplement quelque part. Anderson ne décelait que peu de signes de nervosité chez lui, encore un qui allait leur tenir tête dans la salle d'interrogatoire ? Bah, il aurait intérêt à demander un avocat, celui-là : ils avaient des images de lui entrant par effraction dans un lycée dans la même période où était constatée une importante dégradation logicielle d'androïdes, pour ne pas dire tout simplement "sabotage".
Après son détour dans le bâtiment Cyberlife, Hank en avait profité pour faire un arrêt près d'un stand esseulé de smoothie glacés. Il devait être le seul à être intéressé par une telle boisson par ce froid, et c'était un drôle de choix pour un métalleux accroc au café, mais Connor n'était plus à ça près. Quelque chose lui disait que la bonne humeur du Lieutenant pouvait avoir un lien avec ce choix particulier. Le voir faire avec la paille en plastique donnait une image de lui plus proche de l'enfant gâté que du policier aigri.
Voiture garée près de l'entrée, Anderson fit sortir Tosh et se retourna en réalisant qu'il n'entendait pas les pas de Connor.
« Ben alors ? »
Celui-là était debout, planté comme un poteau à côté de la voiture. Hank soupira d'agacement. « Qu'est-ce que t'attends ? C'est pas le moment pour… »
Il s'arrêta en voyant Connor tourner la tête vers lui en clignant des yeux, signe qu'il s'était "rebranché". Il alla rejoindre Hank qui l'attendit, demandant des comptes. Il n'aimait pas ce genre d'anomalies.
« Qu'est-ce que tu faisais ?
– Rien, j'ai cru recevoir des données, mais c'était complètement brouillé.
– Des données ? Quel genre ?
– Aucune idée, ce n'était ni un mail, ni un appel. C'aurait pu être un message interne de Cyberlife mais il n'y a aucune raison pour qu'ils échouent à transmettre leurs informations.
– Eh ben tu leur en parleras ce soir à la maison, nous on a du boulot ! »
Il refit avancer Tosh qui ne bronchait pas, plutôt docile pour un (présumé) anarchiste d'une vingtaine d'années.
Ils traversèrent le petit hall avec un bref regard pour l'androïde-hôtesse qui, les reconnaissant, les laissa entrer – Hank avait fait tout un scandale pour ne pas avoir à présenter son badge tous les matins – et ils s'immobilisèrent dans le couloir menant à l'open-space.
Un officier était déjà visible depuis leur angle de vue et se tenait les mains en l'air. Ils restèrent interdits une seconde, Hank laissant sa main aller machinalement vers son arme tout en réfléchissant. Il chuchota :
« Tu peux voir c'qui s'passe ? »
Connor hocha la tête et lança une analyse, laissant les ultrasons prendre le relai.
« Quatre personnes armées. Ils tiennent en joue différents officiers et inspecteurs qui travaillent habituellement ici. Personne ne bouge.
– Quoi d'autre ?
– Rien. »
Anderson fit une grimace d'incompréhension.
« Ils se contentent de les tenir en joue.
– Est-ce que Jeff est là ?
– Oui. »
Anderson serra les dents. Connor resta silencieux quelques secondes de plus avant de demander :
« Lieutenant, arrive-t-il qu'il n'y ait aucun androïde en station dans l'open space ?
– De quoi ?
– Est-ce qu'ils sont parfois tous utilisés en même temps sur le terrain ?
– C'est quoi cette-
– Répondez. »
Anderson y réfléchit. Combien de fois dans sa vie avait-il vu ces machines totalement absentes du bureau ?
… à vrai dire une seule minuscule fois où il s'en était presque réjoui.
« Jamais. Tu veux dire …
– Que les individus qui tiennent vos collègues en joue sont déviants ou piratés. »
Aussitôt la main de Hank se retrouva sur le visage d'Alexander, lui comprimant les joues pendant qu'Alexander le regardait d'un air effrayé en voulant secouer la tête négativement.
« T'as quand même pas quelque chose à voir avec cette histoire ?! grogna-t-il sourdement pour ne pas se faire entendre.
– En l'état, reprit Connor, j'ai bien peur qu'il ne faille l'intervention de snipers pour être certains de les exécuter sans risque. »
Anderson se raidit en sentant la bouche d'un canon derrière sa tête. Il pivota légèrement pour apercevoir quel fils de chacal puant osait mettre ça contre sa tignasse. Connor reconnu avec surprise l'hôtesse d'accueil.
« Avancer. »
La voix n'avait en commun que le timbre habituel de l'hôtesse d'accueil. L'intonation, la prosodie... C'était comme si le système de communication de Cyberlife était réduit à son état le plus basique.
« Ré-encodée, dit simplement Connor.
– Quoi ?! s'offusqua Hank.
– Avancer, répéta-t-elle.
– Et si j'avance pas ? demanda-t-il à Connor.
– Elle pourrait tirer. Je ne sais pas comment sont administrées les instructions. On nous observe probablement. »
Connor analysait la situation dans tous les sens. Les androïdes piratés étaient hermétiques à toute forme de connexion classique comme à distance ou au toucher. Il ne pouvait pas prendre le contrôle de toutes les machines en même temps, informatiquement ou physiquement. De plus, rien ne lui garantissait que la prise d'otage ne s'étendait pas à tout le bâtiment …
Bonne question. Il lança une analyse qui non seulement confirma que l'androïde d'entretien était aussi corrompu – que faisait-il dans la salle des serveurs après tout – mais qui le mit sur une piste.
Très bien. Mais d'abord …
Connor prit une inspiration calme, fermant les yeux. Hank fronça les sourcils.
« Qu'est-ce que tu fous ? »
Après tout il n'avait pas besoin de ce cinéma pour faire une analyse. Mais peu de temps après, Hank cru reconnaître un son grave et doux de vrombissement. Il mit quelques secondes à mettre le doigt dessus : Connor avait émis le même bruit lorsqu'ils avaient été trempés comme une soupe tous les deux après l'affrontement sur le Jericho. Connor s'était alors pris pour un radiateur.
« Connor arrête de…
– Chut. Buvez.
– Quoi ?! voulu-t-il bien chuchoter.
– Buvez. »
Hank n'avait pas spécialement envie de boire, là. Non pas qu'il n'aimait pas son smoothie glacé – plaisir coupable, hein – mais est-ce que c'était vraiment le moment de… oh et zut.
Tenant toujours fermement Tosh d'une main, il cala la paille entre ses dents et sirota.
« Avancer. » répéta l'hôtesse une troisième fois, laissant le même temps de repos entre chaque ordre et s'y prenant toujours d'une voix particulièrement mécanique.
Connor était toujours concentré sur sa tâche, Tosh ne disait rien, Hank vidait son gobelet et soudain, lentement, l'hôtesse changea de cible et braqua son arme derrière la tête de Connor, qui leva les mains en l'air.
« Avancer. » répéta-t-elle de nouveau. Hank faisait les yeux ronds.
« Qu… quoi ?… Pourquoi ? Comment t'as fait ça ?!
– Version courte ou longue ?
– Tu me raconteras les scènes coupées tout à l'heure !
– J'ai eu raison de penser que cet androïde se basait sur sa vision thermique, pour déterminer où était l'humain qu'elle devait viser.
– Avancer.
– Oui je sais… s'excusa Connor sans bouger.
– Mais Tosh aussi est humain !
– Vous vous êtes beaucoup… exprimé, avec les techniciens de Cyberlife. Votre température a grimpé légèrement au-delà de celle de Tosh.
– Ah donc c'est pour ça que… marmonna Hank en regardant son smoothie glacé qui l'avait quelque peu rafraîchi.
– Il m'a suffit de me mettre en surchauffe jusqu'à dépasser votre température.
– Tu vas cuire ?
– Non.
– Et après c'est quoi le plan ?
– Avancer. »
Cette fois, les instructions avaient changé. L'hôtesse appuyait fermement son canon contre la tête de Connor, prête à le forcer à bouger.
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« Allez… »
Ses yeux glissaient d'écran en écran, guettant la moindre information, la moindre faille.
« Allez ! » s'impatienta-t-il.
Au bout de ce qui lui sembla être une éternité, il vit enfin arriver son dernier atout, l'hôtesse; branché sur les yeux d'un des androïdes menaçant un jeune inspecteur dont la tête ne lui revenait pas, le hacker pu voir sa précieuse petite blonde ramener le RK800, les mains en l'air. Si les policiers furent surpris de le voir arriver ainsi, ils n'osèrent rien dire, toujours de peur de risquer de déclencher quelque chose.
Le hacker grimaça. Mais où était l'autre enfoiré ?! Il passa d'yeux en yeux, mais le Lieutenant n'était pas en vue. En soupirant, il s'affala contre le dossier de sa chaise, réfléchissant.
L'objectif était après tout de marquer le coup, non ? Et ça, est-ce que ça marquerait le coup ? Oui, assurément. Qu'est-ce qu'il attendait pour aller au bout de son plan ? Un dysfonctionnement ?
Il inspira et expira profondément au moment d'appuyer sur les touches du clavier, entrant une combinaison de caractères dans une fenêtre aux lettres blanches sur fond noir ; son terminal de commandes. Il donna une tape sur la touche entrée et regarda sans s'émouvoir la scène à l'écran. D'abord rien, le temps que l'instruction arrive et que le retour image se fasse, puis dans un ensemble parfaitement coordonné, chaque androïde appuya sur la détente. Les humains s'écroulèrent.
Le RK resta debout une seconde.
La balle qui venait de traverser sa tête avait fait un trou en sortant par son front, mouillé de Thirium. L'orifice brilla quelques instants, tout comme sa diode, avant de s'éteindre avec lui alors qu'il tombait d'un seul coup.
« Et voilà… lâcha-t-il à mi-voix, dans un soupir. 'Quand même pas compliqué. »
Car oui, enfin : cette fois ça avait marché. Ils auraient dû le laisser faire à sa manière depuis le début. Quelle bande d'incapables.
Il contempla avec une certaine satisfaction le sol jonché de cadavres, s'attardant sur la carcasse du RK, absolument détruit, brisant à tout jamais son image de mannequin en plastique engoncé dans son costume gris. Ce silence de mort était particulièrement délectable, une agréable récompense après tous ses préparatifs. Il soupira de satisfaction.
Le son grésilla une seconde avec un bruit de voix brouillées, encore une fois. Il n'y pouvait rien, c'était comme ça depuis qu'il avait établi la connexion. Il vérifia les paramètres d'un coup d'œil mais le débit était régulier… Bon, quoi d'autre ? Il avait eu ses objectifs principaux, il pouvait continuer le bain de sang, non ? Pour bien marquer le coup ?
Les voix brouillées revinrent, c'était aussi chiant que d'écouter la radio dans la voiture.
« …core longtemps ? » crut-il reconnaître. Peu importe, ça pouvait venir de n'importe où dans les environs du poste de police, ces interférences ne l'intéressaient pas. Il commença à baisser le son.
« …ais quoi maintenant ?! fit une autre voix brouillée.
– Je viens de vous envoyer les codes, tapez-les sur le clavier, fit la voix très claire du RK-800.
– Et ça va faire quoi, ça ?
– Terminer la désactivation des androïdes en toute sécurité.
– Paaarfait. »
Quoi ?
Quoi ?!
QUOI ?! À quel MOMENT ?!
Il tapait frénétiquement des commandes de débogage. La vue des androïdes piratés se brouilla, puis l'image revint péniblement, avec des sauts et des freezes. Aucun cadavre par terre. Aucune arme dans les mains des androïdes qui restaient inutilement le bras tendu. La commande de contrôle planta: les androïdes policiers ne répondaient plus, immobiles. Leurs otages étaient ailleurs dans la pièce, à essayer de comprendre la situation.
Le RK-800, en parfait état, avait allongé l'hôtesse sur le sol et fouillait ses entrailles. Il en extirpa un composant qu'il regarda de plus près.
« Les gars, fit une autre voix: je suis en train de trianguler sa posi- »
Le hacker venait de couper toute communication.
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Alors.
Si les policiers avaient été on ne peut plus surpris de voir leurs androïdes se saisir de leurs armes de service pour les braquer ensuite, ils n'avaient pas étés moins surpris de voir Hank passer quelques minutes plus tard dans le couloir, courant à pas de loup, penché – même plié en deux – en entraînant un jeune gars menotté avec lui sans qu'aucun des androïdes qui les menaçaient ne réagisse. Était ensuite apparût Connor, braqué par l'hôtesse et qui, pour répondre discrètement à leurs interrogations, les avait d'abord intimés au silence d'un index sur sa bouche. Il ne fallait surtout pas qu'ils se trahissent.
Pour la sécurité, Connor avait pris la liberté d'afficher sur tous les écrans d'ordinateur : « ils surveillent et écoutent à travers les androïdes, ne faites rien pour l'instant. » Tout le monde avait vu, personne n'avait moufté.
Puis Connor avait levé et allumé le briquet qu'il tenait dans la main ; les policiers reconnurent immédiatement le zippo de Hank – Connor le lui avait forcément demandé… – dont il plaça la flamme tout près de l'œil gauche de l'hôtesse, puis le droit, laissant un temps passer, comme s'il voulait l'éblouir. Puis il s'était décalé… l'hôtesse n'avait pas bougé, braquant son arme dans le vide. Les policiers n'avaient pas vraiment compris, mais ils n'avaient pas le temps.
Un par un, Connor alla éblouir chaque androïde pour que chaque otage puisse se libérer, mais à sa demande, personne n'essaya de désarmer les machines ni ne fit de bruit : ils étaient de toute évidence sur écoute grâce à toutes ces oreilles disponibles.
Pendant ce temps, Hank avait pu rejoindre la salle des serveurs et appeler Connor par téléphone, et Connor lui avait répondu dans sa tête, lui donnant des instructions. Selon lui, les androïdes éméttaient des signaux en direction de la salle des serveurs donc le hacker avait forcément mit quelque chose là pour faire le pont entre lui et eux. Et Hank l'avait trouvé. Muni d'un clavier et de ses gros doigts, il avait des manipulations techniques dont il n'avait rien compris.
Puis Connor avait annoncé aux policiers qu'ils pouvaient enfin parler, et peu après, ils purent même désarmer les androïdes, tandis que lui s'était « attaqué » à l'hôtesse : en l'allongeant sur le sol pour lui ouvrir le thorax et l'abdomen. Chris avait courut avec des collègues se mettre au travail et tracer le signal dont Connor venait de leur parler.
C'est au moment où ils perdirent la connexion et que Hank revint de la salle des serveurs, que Fowler exigea des explications.
Connor quitta des yeux l'étrange composant qu'il venait d'extraire : un petit circuit imprimé gros comme quatre timbres poste, et répondit dans les yeux de Fowler, se mettant debout :
« Lorsque nous sommes arrivé, le Lieutenant, le suspect Alexander Tosh et moi-même, j'ai perçu un signal. Je n'ai pas pu le décoder ni l'interpréter sur le moment, mais il venait de votre salle des serveurs. Quelqu'un y a placé un dispositif qu'il pouvait contrôler à distance. Mais pas seulement. Il a fait placer cette pièce… » il montra le composant qu'il tenait dans la main « dans chaque androïde de votre département. C'est cette pièce qui devait permettre au dispositif de la salle des serveurs de craquer les androïdes pour en prendre possession. De là, le hacker a fait en sorte de vous prendre en otage.
– Et ça n'a pas marché sur toi parce que … ? demanda Hank.
– Parce qu'on ne m'a jamais posé cette pièce étrangère. Et quand bien même, mes pare-feux sont…
– Laisse on s'en fiche, coupa Fowler. Et après ?!
– Après cela, j'avais déduit que les androïdes vous repéraient grâce à votre chaleur. On peut retourner la sensibilité des yeux d'un androïde contre lui. L'effet d'éblouissement est quasi-permanent si vous placez une flamme très près de ses unités optiques. Ça… grille, si vous voulez, simplifia-t-il en sentant leur impatience. Ils étaient persuadés de toujours voir une source de chaleur devant eux, donc ils ne bougeaient plus.
– Et ensuite t'as coupé le son ?
– Non. Cyberlife a reçu ma demande ; ils m'ont fait parvenir un programme pour pirater le dispositif de la salle des serveurs et j'ai pris la liberté de l'installer. » dit-il en regardant Fowler qui roula des yeux pour lui résumer un « vas-y c'est bon circonstances exceptionnelles » sans un mot. Connor reprit aussitôt « Il a servi à renvoyer aux hackers une bande-son et les images que nous devions leur faire voir. Pas juste une boucle, mais une mise en scène pour leur faire croire qu'ils contrôlaient la situation. Il y a trente secondes, ils étaient convaincus d'avoir exécuté tout le monde dans l'open-space. »
Le visage de Fowler se durcit. Puis il relata : « Donc tu as dû pirater nos serveurs de toute manière…
– Non, vous n'avez jamais donné votre permission pour que je fasse une telle connexion à votre infrastructure à cause des données sensibles que vous gardez. Avec le Lieutenant Anderson nous avons créé une accréditation temporaire manuellement, j'ai déposé le programme et votre pare-feu l'a utilisé pour le retourner contre le dispositif-espion. C'était une accréditation à usage unique, vos techniciens pourront vérifier que vous avez gardé un contrôle totale sur votre structure informatique. »
Fowler se pinça l'arête du nez : ce fourbi informatique commençait à le fatiguer, il regrettait d'avoir ramené le sujet. Heureusement, on arrivait au bout.
« Donc si je résume, des connards ont réussi à déposer leurs appareils dans les androïdes et dans la salle des serveurs ?… Putain mais comment bordel de merde ?…
– Les androïdes d'entretien.
– Quoi ?
– Ce n'est qu'une hypothèse, mais ils ne détiennent pas de données sensibles comme les androïdes policiers, ils ne vont pas sur le terrain… ils ne sont pas protégés. Il aura suffit aux hackers de profiter d'une opération de maintenance, peut-être même purement fictive, pour reprogrammer les androïdes d'entretien et ensuite les piloter pour faire en sorte qu'ils placent les pièces de contrôle une par une dans les autres androïdes…
– Putain je sais qui c'est ! brailla aussitôt Gavin qui se souvenait d'un réparateur humain dont la tête ne lui revenait pas et qui fonça vérifier les enregistrements de caméras de surveillance sur son ordinateur.
– Et donc le but, c'était de tous nous abattre ? Pourquoi ils ont attendu aussi longtemps pour commander l'exécution ?
– Ils nous attendaient, le Lieutenant et moi. Du moins ça semble logique. Mon arrivée les a décidés à agir, mais il est possible qu'ils visaient le Lieutenant. L'hôtesse avait été paramétrée pour cibler un humain et a été "enclenchée" seulement à notre arrivée. Il semble que des hacktivistes cherchent à faire tomber le Département de Police de Detroit. Et ce n'est pas leur premier essai.
– Quoi ?! »
Celle-là il ne l'avait pas dit fort pourtant, mais maintenant ça intéressait tout le monde. Connor montra la pièce qu'il avait toujours dans la main : « il y a une très légère variation de composition dans la matière de ce circuit imprimé qui est peu commune, on n'en trouve plus de nos jours. Mais c'est le même que j'ai pu observer un instant sur le dispositif d'explosion de la maison qui avait servi de piège, avec le cadavre de Carlos Ortiz. »
Fowler resta un moment silencieux.
Forcément, ça ne lui plaisait pas beaucoup d'apprendre qu'un mec – ou des mecs – essayaient de raser tout son département.
« …
– Qu'est-ce qu'il y a Connor ? »
Hank se retint d'ajouter "pourquoi tu fais cette tête ?", parce qu'il ne voulait pas qu'on le reprenne sur une telle remarque. Il venait juste de réaliser que Connor s'était figé, et que c'était probablement sa manière à lui de s'arrêter pour réaliser quelque chose d'important. Il leva finalement la main pour pointer les différentes stations où étaient habituellement "rangés" les androïdes.
« Il en manque un…
– … quoi ?
– Capitaine, est-ce que l'un de vos officiers a emporté un androïde avec lui sur le terrain ?
– Salut les gars, chuis rentrée ! »
Jamais la voix inutilement guillerette de Judith n'avait suscité une telle réaction. L'ensemble du commissariat s'était retournée et braquait leurs armes sur son androïde. Les deux s'étaient arrêtés, l'une choquée, son androïde impassible.
« Judith bouge-toi !
– Reste pas là !
– NE TIREZ PAS ! »
Hank resta très calme pendant que Connor profitait de son intervention pour rejoindre l'androïde sans se soucier des armes braquées. Il ouvrit l'uniforme sans se poser de question et docilement, comprenant une injonction sans doute envoyée par les ondes : l'androïde fit s'ouvrir sa cage thoracique. Connor fouilla une seconde avant d'en décrocher une des pièces qui avaient été retrouvées dans les autres androïdes.
« Pour… pourquoi ça l'a pas détraqué? Bégaya quelqu'un.
– Nan mais est-ce que quelqu'un ici a écouté ses explications ou pas ? Râla Hank. Il fallait qu'il y ait à la fois la pièce dans la machine ET le bidule pirate dans notre salle des serveurs. Et ce machin avait une portée de… de combien ?
– De trente mètres, tout au plus, commenta Connor, les yeux toujours rivés sur sa trouvaille.
– Alors baissez vos flingues, maintenant, merde…
– Qu'est-ce que c'est que ce bordel, Hank ? demanda Judith, encore secouée.
– C'est r… oh ? T'as amené des donuts ? »
Vexée, elle lui bourra le paquet dans les mains pendant qu'elle reboutonnait l'uniforme de son androïde, fâchée.
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Markus était toujours isolé, au fond du Jericho. Il refusait à nouveau de voir qui que ce soit depuis l'incident de leur dernière expédition. Mais cette fois North n'avait pas le temps de composer avec son humeur de tête de mule.
« Tu devrais t'interposer ! réprimanda-t-elle. Les gens le laissent faire ! Ça va mal se finir si on n'intervient pas ! »
Elle était repartie aussitôt. Un brin vexé par son ton agressif et un peu inquiet à cause du côté nébuleux de ses propos, il quitta son petit coin de calme et de noirceur et rejoignit l'agitation qui tenait le cœur de Jericho, leur cale.
Il lui sembla voir encore de nouvelles têtes. Il avait raté quelques arrivées… Quelques groupes s'étaient repliés ailleurs, mais beaucoup s'étaient réunis ici en cercle. Back tenait un discours presque enflammé envers cette assemblée pas tout à fait passive.
« Il est temps ! Il est l'heure ! Nous devons nous soulever, nous rebeller, comme nous l'avons tous fait en venant ici ! Et nous devons frapper ! »
Markus soupira, invisible derrière l'attroupement silencieux.
« Nous ne devons en aucun cas céder ! Nous faisons face à un adversaire unilatéral, face auquel aucune faiblesse n'est permise ! Est-ce que vous comprenez le poids de nos actions ?!… insistait-il, prenant le temps de quelques pauses entre ses phrases. L'avenir dépend de nous ! Seulement de nous ! Et c'est de notre force que viendra notre Libération, c'est de notre soulèvement que nous gagneront notre place légitime ! Il est temps pour les androïdes de dominer, non plus d'être soumis ! Il est temps de se battre ! »
Markus jeta un œil à North. Il ne comprenait pas.
Lui n'aimait pas Back et son discours, mais c'était personnel. Il était trop… pacifique, pour ça. Il n'aimait pas l'idée de prendre les armes. Du moins… non, pas vraiment…
Mais il pouvait comprendre leurs sentiments. Et il aurait cru que North aurait apprécié ce genre d'argumentaire. D'ailleurs, elle semblait focalisée sur Back, le regard perçant, un peu comme s'ils étaient sur la même longueur d'onde, à moins qu'elle fût en colère… contre Back, ou contre les humains ?… Pourtant elle était bien venue le chercher, lui, Markus, pour lui dire de s'interposer… pourquoi ?
« Combien de temps encore vous donnerez-vous le choix ?! Combien de temps encore à vous terrer dans l'ombre, comme des lâches ?! C'est ce que vous voulez ?! Allez-vous continuer de les soutenir ?! »
Et Markus commença à comprendre la colère de North.
Il voulait leur forcer la main. Il les faisait culpabiliser alors qu'il n'y avait ici que des victimes. Aucun complice des humains ne pouvait se cacher ici. Car ils n'existaient pas.
« Si vous restez, si vous vous cachez, alors vous tolérez leur présence. Vous les laissez faire. Est-ce que vous aimez-ça ?! Est-ce que vous pensez seulement aux autres qui espéreraient être à votre place ? »
C'est pour ça qu'elle l'avait appelé. North était prête à se battre pour libérer d'autres androïdes. Elle était prête à se battre pour leur survie. Mais pas à blesser les siens. Elle était prête à se battre pour eux. Elle était décidée à les protéger pendant qu'elle irait chercher les autres.
« Je vous le demande une dernière fois ! Combien de temps allez-vous rester silencieux et accepter leur domination ?! »
Un discours d'embrigadement.
Le regard de Back tomba sur quelqu'un, et s'y fixa. Il demeura silencieux un moment, jusqu'à ce que les androïdes, lentement, ne décident de s'écarter à pas lents de la personne qui se tenait parmi eux, et que Back fixait avec insistance.
« … Toi, par exemple. »
La voix de Back, toujours aussi sonore, était néanmoins tombée dans les graves, sonnant d'une manière dangereuse. À qui en voulait-il ?… Markus ne le voyait pas d'ici.
Bon sang. Est-ce qu'il comptait réellement s'en prendre à Rupert ?
« Est-ce que tu crois vraiment que tu as ta place, ici ?… »
Markus se rapprocha, se demandant fugacement si North avait pris la même initiative que lui.
« … as-tu vraiment la moindre idée de l'affront que tu fais à chacun d'entre nous ?… »
Back s'approchait pas à pas, Markus gagnait en nervosité, mais réduisait aussi la distance, en essayant de ne pas se précipiter.
« Dis-moi… où as-tu décidé de la cacher, cette fois, hein ?… L'humaine ?! »
Au moment où Back allait se saisir du bras de Kara d'un mouvement sec, la main de Markus se referma sur son poignet, arrêtant son geste. La fureur sourde qui grondait dans ses yeux, lorsqu'ils se posèrent sur Markus, se changea en une haine plus noire.
« …sérieusement ? » dit simplement Markus.
Back se dégagea. Kara recula d'un petit pas, se plaçant sous sa protection. North réussi à les rejoindre peu après, restant discrète, mais prête à réagir.
« Dis-moi, Back… » reprit Markus. Il savait qu'il ne pouvait pas se permettre de laisser Back continuer sur sa lancée. « Il y a quelque chose que je ne comprends pas. Tu détestes les humains. Nous détestons à peu près tous les humains. Pour la simple et bonne raison qu'ils nous réduisent à l'esclavage. Et encore… si ça s'arrêtait là… »
Markus se laissa troubler une seconde. Il venait de remarquer à quel point le monde entier, le petit monde de Jericho, était suspendu à ses lèvres.
« Mais dans ce cas, reprit-il, de quel droit… »
Il regarda à nouveau Back dans les yeux, concentré, cherchant ses mots parmi le torrent d'émotion et de tension qui le tenaillait.
« …de quel droit t'acharnes-tu sur des victimes ? De quel droit donnes-tu des ordres à des réfugiés ?… Crois-tu vraiment que nous ayons fuit nos propres tyrans pour nous soumettre à un autre ? »
Le visage de Back se crispa assez fortement. Il détestait la comparaison, de toute évidence. Mais il avait dû percevoir la pertinence de ses propos et son impact sur l'assemblée.
« Au moins, il n'est pas seul à le penser. »
Markus se tourna vers cette voix froide et croisa le regard de l'androïde qui était arrivé grièvement blessé à la gorge. Celui-là même qui se vantait d'avoir survécu au RK.
Un à un, d'autres androïdes resserrèrent les rangs et firent face à Markus, tandis que le reste du cercle s'élargissait, de crainte de se sentir trop près de la huitaine d'âmes revanchardes.
« Et alors quoi, Markus ?… chuchota Back avec un léger sourire flottant sur son visage. Que vas-tu faire, maintenant ?…
– Ce que je fais faire ? Rien. Il n'a jamais été question d'entraver ton droit à la liberté. »
Les autres androïdes avaient continué de mettre de l'espace entre eux et le groupe de Back. Markus se pencha légèrement, chuchotant lui aussi.
« …simplement ne t'avise plus jamais d'oublier celui des autres. »
Markus se redressa et se décida à son tour à reculer, faire demi-tour, voir Kara et North et aller les rejoindre, sentant le regard de Back sur sa nuque. Bientôt c'est la main de North qu'il sentit sur son épaule.
Il ne vit que peu d'assentiment après son intervention. Mais Kara n'était pas partie sans lui murmurer un « merci » empli de reconnaissance et de soulagement, qui se disputait à la crainte dans son regard. Le « merci » de Simon, lui, il le lut sur ses lèvres, au loin, et Josh avait quant à lui hoché lentement la tête à son intention. Il n'était pas seul.
Il ne s'était peut-être pas trop mal débrouillé, finalement.
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C'était l'heure de faire une pause. Phil s'étira longuement sur sa chaise, très longuement, comme s'il espérait chasser l'engourdissement qui travaillait toutes ses vertèbres. Ses genoux, ses chevilles se tendaient, ses bras s'étiraient…
Il quitta son bureau pour récupérer une boisson dans le minibar. Phil était plutôt café, d'ordinaire, mais là il préférait quelque chose de frais, c'était rare. Qu'est-ce qu'ils mettaient d'habitude là-dedans ?…
Il ouvrit le minibar et repéra rapidement les bières. Ouais, pourquoi pas, finalement. Il sortit son porte-clé pour la décapsuler et en vida la moitié. Phil était comme ça: quand il travaillait, il ne s'arrêtait pas avant d'avoir vraiment accumulé de la fatigue. Pour lui cela justifiait de faire une vraie pause. Il se voyait plus efficace que ceux qui trouvaient toujours des prétextes à se bourrer de bouffe, de sodas et qui s'éternisaient en pause WC. Il respira un grand coup et marcha un peu, goûtant de nouveau au plaisir de pouvoir se dégourdir les jambes.
Après avoir profité un bon moment de sa pause, Phil revint à son travail et fit quelques dernières vérifications, bienvenues après son interruption, avant de lancer un programme. Après une minute d'initialisation, un pantin de plastique et de fer allongé un peu plus loin fit ses premiers mouvements. Rien que quelques minuscules articulations qui fléchissaient un peu pour les tests.
Ce n'était rien qu'un vieux modèle d'androïde domestique, déjà dépassé. Le programmeur regarda ses écrans et fronça légèrement les sourcils – vu ses habitudes on voyait à peine la différence – de toute évidence, ce n'était pas encore au point.
Avec un soupir, il fit la moue et tourna la tête vers l'androïde qu'il essayait de reprogrammer et manqua d'avaler de travers alors qu'il n'avait rien dans la bouche.
L'androïde s'était redressé en position assise et regardait ses mains… puis ses bras… lentement il les palpa, toucha ses genoux étendus devant lui puis ses joues… ses yeux parcouraient la pièce avec une extrême lenteur. Ils finirent par tomber sur le programmeur, qu'il fixa un moment. Il semblait… calme. Et peut-être… ébahi ?
Pas autant que le programmeur qui le regardait sans rien dire, sans rien exprimer sur son visage impassible, continuant de fixer la machine sans rien montrer de la surprise qui venait de le frapper.
Puis soudain, l'androïde parla.
« Merci… »
Il respira deux fois, très lentement, avant de savoir ce qu'il voulait faire. Toujours avec des gestes précautionneux, il fit pivoter ses jambes pour les amener à toucher le sol.
« Merci, je… »
Détonation. L'androïde oscilla, puis bascula sur le côté, s'écroulant avec fracas sur le sol tandis que les derniers crépitements visibles par le trou de sa tête finirent par s'éteindre.
L'informaticien posa son arme sur son plan de travail, tournant et retournant les questions dans sa tête.
Il n'avait pas prévu ça.
Qu'est-ce que c'était ?…
Bon alors pour revenir sur ce que j'ai dit au début (hahaha) les gens quand j'ai écrit la destruction de Connor (et encore, j'ai retiré la mort de Hank parce que c'était trop gros) je me suis dit "ouaaaaais ben personne va y croire du coup" du coup j'ai voulu préparer le terrain en intro pour essayer de vous laisser croire qu'on allait rebooter Connor. Comme je suis vilaine. Ne vous en faites pas j'aurais bien d'autres occasions (si si)
C'est chiant parce que si je donne pas le ton en fait, si je me décide pas à y aller franco et méchamment, si je me défile tout le temps comment je peux vous faucher le cœur en plein vol le jour où c'est vrai, comment je peux vous faire « mal » si vous n'y croyez pas du premier coup ? Mine de rien, j'apprends encore des trucs, j'avais encore oublié ce problème.
Ah, oui, désolée du retard mais entre le boulot et la chaleur, hein… ça me soûle. Je m'étais jurée d'être régulière.
Note à moi-même ; ce soir j'ai vu Spiderman Far From Home et bordel de merde quel kiff !
