Disclamer : Les Animaux Fantastiques et Harry Potter ne sont pas à moi. Ce qui est tant mieux pour les personnages de JKR vu mes tendances à traumatiser mes personnages.

Titre : Noir ramage.

Résumé : Il suffit d'un minuscule grain de sable pour casser une machine bien huilée. Certaines personnes se font un devoir d'être ce grain de sable. Surtout quand leur ramage se rapporte à leur plumage.

Note : Après quelques difficultés avec Google (qui voulait traduire en français un texte déjà en français), j'ai posté une version corrigée du premier chapitre.


« Être vous-même dans un monde qui tente constamment de faire de vous quelque chose d'autre est la plus grande des réussites ».

-Ralph Waldo Emerson.


Chapitre 2 : Ann Blanchard, ou « Mort es-tu là » ?

L'agenda d'Ann était plein à craquer de rendez-vous. Du moins pour cette nuit. Elle aurait pu les étaler sur toute la semaine pour n'en avoir qu'un ou deux, mais Mercy lui avait demandé de les concentrer en une nuit. Catherine avait même été priée de ne pas venir travailler ce soir. La patronne ne voulait personne dans les locaux et comme c'était elle qui payait, tant pis pour les clients.

C'était une belle soirée d'août et si elle avait pu s'arranger pour travailler toute la semaine, c'était parce qu'on n'était pas encore dans la saison pré-Samhain. Les gens semblaient croire qu'on ne pouvait pas « relever » les morts avant septembre et que dès que la fête annonçant le début du cercle des saisons passées est passée, c'était fini. Ce n'était pas elle qui allait se plaindre s'ils pensaient que la date butoir était celle de la journée où la frontière entre les mondes des morts et des vivants était ouverte. Cela lui permettait de faire payer plus cher ses services.

Elle était dans ce cimetière pour relever Thomas Williams. Ce brave homme avait fait un testament garantissant l'avenir de son épouse et de leur enfant à naître. Pas de chance pour ses amours, sa mère ne voulait pas donner un seul radis à sa bru. Cette « brave » vieille dame avait donc attaqué en justice réclamant l'argent de son fils comme étant son dû, argumentant que jamais son fils n'aurait laissé quelque chose à sa chère et tendre. L'État de Louisiane était le seul état américain reconnaissant la légalité d'un témoignage émanant d'un zombi, le juge avait donc décidé de demander à ce cher monsieur Williams de confirmer ou infirmer son testament. Ce qui expliquait pourquoi le contribuable allait payer la facture.

Trois groupes de personne l'attendaient. À gauche, la belle-mère et son armée d'avocat. À droite, la veuve éplorée qui avait toute la sympathie d'Ann. Et au milieu le pauvre juge obligé d'être encore debout à minuit accompagné d'aurors. Comme elle avait dû décaler le rendez-vous, cette sombre affaire serait réglée avec quelques jours d'avance.

-Bonsoir, les salua-t-elle. Je vous remercie tous d'avoir pu…

-On ne vous paye pas pour parler, ma fille.

Inutile de dire que la belle-mère avait dit « ma fille » avec un mépris plus que certain.

-Non. On me paye parce que vous être une vache égoïste qui veut déshériter son propre petit-enfant même pas encore né par appât du gain, répliqua Ann.

-Espèce de sale petite garce, pour qui vous prenez-vous ?

-Pour une nécromancienne née capable de relever quelqu'un à qui il manque une partie de cœur sans sacrifice humain.

Le ton d'Ann était glacial. Et s'il manquait un morceau de cœur à Thomas Williams, c'était parce qu'il avait découvert à ses dépens pourquoi on ne chasse pas le Rougarou, cette créature humanoïde à tête de chien qui hante le Bayou louisianais. Et elle ne mentait pas. La majorité des Nécromanciens avaient besoin d'un corps intact pour pouvoir rappeler l'âme du défunt. C'était la présence de cette âme qui différenciait un zombi d'un Inférius. Quant aux rappels des capacités d'Ann, c'était un véritable seau d'eau glacée jeté au visage de toutes les personnes présentes. Leur regard alla sur le poulet enfermé dans sa cage qu'elle avait posé à ses pieds. Oui, aussi douée qu'elle était, elle aurait quand même besoin d'un surplus d'énergie pour son rituel. Et d'une bonne prière. Parce que même si c'était entièrement la faute à sa bêtise, le défunt avait été tué. Vu que ce n'était pas une créature magique, normalement, il n'y avait pas de problème. Mais dans le cas contraire… Les victimes de meurtre relevées en tant que zombies se lancent systématiquement à la recherche de leur assassin. Jusque là pas de problème et ça peut même être la solution pour résoudre tout un tas de crimes, c'est ensuite que cela son complique. Ces zombies foncent toujours en ligne droite qu'à leur tueur. Toujours, et ils ne s'arrêtent pour rien ni personne, détruisant et tuant tout ce qui sera sur leur chemin. Elle pourrait utiliser toute sa puissance, cela ne servira à rien : une victime de meurtre ne pense qu'à sa vengeance et n'écoute aucun ordre. Ils ont même tendance à manger tout cru ceux qui voudraient les commander. C'était cette dernière raison qui faisait que les Nécromanciens, même ceux usant leurs pouvoirs pour faire le mal, ne touchaient pas aux victimes de meurtres. Même le pire des salauds n'a pas envie de finir vivant à l'état de steak. Sans oublier que selon la loi, relever un zombie tueur, même s'il ne tue que son propre assassin, et paisible de la peine de mort. Peine non-négociable et sans jugement. De toutes manières aucun Nécromancien ne ferait appel de la sentence, car source de médisances salissant la réputation de tous les autres et suffisamment maladroit pour s'être fait prendre, qui voudrait faire trainer ce genre de choses en longueur, car qui mieux que ceux tirant leur pouvoir de la mort savent qu'il y a bien pire que cela ? Le sort promis par la loi du MACUSA est toujours préférable au traitement réservé par ses confrères aux maladroits.

-Je vais tracer un cercle de protection avec le sang de ce poulet, expliqua Ann d'une voix parfaitement maitrisée. Rien de ce qui sera à l'intérieur de ce cercle ne pourra sortir. Rien de ce qui sera à l'extérieur ne pourra rentrer. Comme il sera principalement alimenté par ma magie, je vous serais reconnaissante de ne pas m'attaquer quoiqu'il advienne. Sinon, je le briserai et vous vous retrouverez avec un zombi pourrissant à gérer.

Ce n'était pas une menace en l'air, du moins pas totalement. Un fois, un époux dévoué avait réellement cru qu'il pourrait repartir avec sa défunte épouse. Lorsqu'elle lui avait dit non… Elle ne condamnerait personne à rester prisonnier dans un corps se décomposant pour le restant de ses jours. Par conséquence, elle renverrait l'âme et les laisserait se démerder avec leur inférius qui refusera de leur obéir car ce ne sera pas eux qui l'auront relevé d'entre les morts.

-Comme on a déjà dû vous l'expliquer, les morts ne racontent pas d'histoire. Ils disent uniquement la vérité. Je vous demanderais donc de laisser vos différents de côté en présence de monsieur Williams, car sinon, cela sera la dernière image qu'il aura de vous.

Même la mégère ne put faire qu'hocher la tête. À près tout, Ann venait de demander une faveur pour son fils. Elle mit un genoux à terre et sortit de son sac son équipement. Son instrument principal est une machette plus longue que son avant-bras, mais, il fallait bien cette longueur pour décapiter un poulet d'une main. Elle savait que ranger son matériel de réanimation dans un sac fait en laine dépareillée casse le mythe, mais si les gens voulaient du spectacle, elle connaissait quelques personnes qui accepteront de leur en donner. Elle n'était pas une saltimbanque, mais une Nécromancienne.

Tous les ans, elle refusait des soirées de Samhain dont les organisateurs voulaient qu'elle relève les morts aux douze coups de minuit afin qu'ils aient une bonne peur. De guerre lasse, elle avait fini par en accepter une, mais au lieu de déranger un défunt, elle les avait menacé avec un fusil. Niveau peur, ils en avaient eu pour leur argent. Niveau satisfaction client… Si ces derniers y avait retrouvé à redire, sa patronne en avait ri et les aurors aussi. Mais, résultat des courses, plus personne ne faisait appel à elle pour ces soirées.

Pour en revenir à cette nuit, les trois choses dont elle avait besoin pour animer un zombi sont l'acier, le sang frais et le sel. Machette. Poulet. Petit pot en verre. Tout est OK, elle pouvait commencer. Par chance, elle était de confession Vaudou et non Wiccan, ce qui voulait dire que le sang ne devait pas forcément être le sien. Ce qui n'était pas plus mal car son second boulot consistait à seconder sa patronne et cette dernière étant mercenaire et auror à gages… Disons, qu'Ann n'avait pas besoin de s'auto-mutiler, les autres avaient tendance à lui vouloir suffisamment de mal comme cela. Sans oublier la Règle du Triple. C'était une règle de magie très simple mais à laquelle les gens croyaient de moins en moins : tout ce que l'on fait nous revient multiplié par trois. C'était pour cela qu'elle avait un accord avec une ferme à alligator : elle tuait leurs poulets dans ses rituels et elle les donnaient à manger à leurs bestioles. Que ce soit elle qui les décapite ou les fermiers… Blanc bonnet et bonnet Blanc.

-Êtes-vous prêts ? Demanda-t-elle. Une fois que j'aurai libéré mon pouvoir, il sera trop tard pour faire demi-tour.

-Allez-y mademoiselle Blanchard, lui répondit le juge.

À ses mots, elle hocha la tête, et dégaina sa machette. Plusieurs hoquets de surprise se firent entendre, mais, elle n'y prêta pas plus attention que cela. De l'autre main, elle saisit le poulet et, d'un geste fluide, elle le décapita. Elle se mit alors à tracer le cercle de pouvoir. Ce dernier l'aiderait à contenir le zombi s'il lui venait l'envie d'aller faire un tour tout en lui permettant de canaliser son pouvoir. Pas parce qu'elle risquait de ne pas être suffisamment puissante, mais parce que sinon, tous les morts du cimetière allaient vouloir venir jouer à « Ann a dit ». Alors qu'elle marchait en décrivant un cercle, elle sentit la terre absorber le sang et le pouvoir former la protection qu'elle souhaitait. Il n'en avait pas toujours été ainsi, mais, les pouvoirs d'un sorcier atteignaient leur apogée vers ses quarante ans avant de se stabiliser définitivement. À l'instant où elle termina son petit tour, le cercle se referma dans un souffle qui lui chatouilla l'échine. Voilà, elle était enfermée avec un cadavre. Elle devait être un peu masochiste sur les bords. Elle alla jusqu'à la pierre tombale et la tapota avec sa machette encore pleine de sang.

-Elle est en train de tout salir cette idiote !

Devinez qui a fait cette remarque pertinente ? Juré, craché, à la prochaine, elle arrête tout et elle prend une pose bien méritée avant son prochain rendez-vous.

-Thomas Williams, avec cet acier, je t'ordonne de sortir de ta tombe ! Avec ce sang, je t'ordonne de sortir de ta tombe ! Dit-elle en essuyant bien consciencieusement sa lame sur la pierre. Entends-moi, Thomas Williams ! Entends-moi et obéis ! Avec l'acier, le sang et le pouvoir, je t'intime de te relever ! Sors de ta tombe et reviens parmi nous !

Elle se recula d'un pas alors que la terre ondula comme de l'eau et parut simplement recracher le corps. Cette fois, il n'y avait pas de pot de fleurs pour le gêner tandis qu'il s'asseyait et regardait autour de lui. Il n'était pas hideux, dans son boulot, elle avait vu bien pire, mais aussi bien sa veuve que sa mère hurlèrent. Les vêtements du dimanche de monsieur Williams dissimulait les blessures qui l'avait tué. Mais, on ne pouvait pas nier qu'il était mort. Sans doute à cause de la teinte étrange de sa peau, ou de la chair qui avait fondu sur ses os, voire ses yeux vitreux… Elle pouvait faire toute une liste des choses par lesquelles on voyait qu'il n'était qu'un cadavre réanimé par magie. Il ne restait à Ann plus qu'une seule chose à faire pour permettre à son âme d'être reliée quelques instants à son corps : lui faire boire du sang. C'était sans doute l'ultime raison qui expliquait pourquoi elle n'utiliserait jamais le sien volontairement. Surtout quand le zombi faisait des bruits de succion en s'alimentant.

-Bois, Thomas Williams. Bois le sang du sacrifice et parle-nous.

Il obéit et il fit des bruits de succion. Même si plus d'un sorcier lui jetterait la pierre pour avoir pris une vie de poulet par égoïsme, elle était bien contente que ce ne soit pas son corps qui entrait en contact avec ce cadavre. Quand elle estima qu'il s'était assez nourri, elle l'appela.

-Monsieur Williams, ces gens attendent pour vous parler.

En disant ces mots, elle lui avait tapoté la tête avec sa machette. Elle n'avait vraiment pas envie de le toucher. Elle ignorait ce qui avait fait réagir le mort, mais il releva le tête et lâcha le poulet. Ses yeux était redevenu plus humains. Le sang marche toujours : à chaque fois il ramène les morts à eux.

-Êtes-vous bien Thomas Williams ? Lui demanda-t-elle par respect pour la procédure.

Le zombi hocha la tête.

-Monsieur Williams, nous avons besoin que vous répondez à nos questions à voix haute.

-Oui. Je suis, ou je l'étais, Thomas Williams.

Ann était soulagée qu'il se rappelle qu'il était mort. Cela faisait trois mois qu'elle devait annoncer à des gens que non seulement ils étaient morts, mais qu'en plus elle allait devoir renvoyer leur corps dans leur tombe et leur âme dans l'au-delà. Un vrai cauchemar dont elle était responsable. Elle savait qu'il fallait qu'elle utilise ses pouvoirs régulièrement. Si elle ne le faisait pas, elle devenait involontairement une copie du Joueur de flute de Hamelin sauf qu'au lieu d'attirer des rats ou des enfants, elle attirait tous les cadavres qui croisaient sa route. Le fait que monsieur Williams se rappelle qu'il était mort signifiait qu'elle ne risquait plus de faire revenir quelqu'un involontairement. Un véritable soulagement.

-Nous sommes là c'est au sujet de votre testament.

-Pardonne-moi, Mère, lui dit-il. Je devais totalement te déshériter en faveur de Louve et mon enfant à naître. Tu sais comment sont les gens… Ils lui auraient tout pris dès qu'elle n'aurait pas eu les moyens de se défendre.

Ann se mordit la lèvres. Elle ne voulait pas annoncer à ce brave homme que « les gens », c'était sa mère. D'ailleurs, si elle croyait la tête du juge, lui non plus.

-Tommy, appela la veuve.

Cette dernière s'arrêta à l'extérieur du cercle, mais Ann devait lui reconnaître le mérite de tendre la main à son mari. Ce dernier avança vers elle et posa sa main contre la paume de celle de son épouse. Une très belle image qui n'était même pas gâchee par le fait que le cercle de pouvoir empêchait tout contact physique réel entre les deux.

-Je suis tellement désolé Louve. Tu avais raison. C'était stupide de ma part de participer à cette chasse. Si j'avais su… Jamais je ne vous aurais laissé volontairement le petit et toi.

La veuve pleurait et le défunt aurait surement fait de même si ces canaux lacrymaux ne s'étaient pas asséchés depuis des mois.

-Monsieur Williams, il est l'heure dit le juge.

-Louve et mon enfant hériteront de tout ?

-Oui, confirma l'homme de loi.

Le mort sourit, ou plutôt tenta de sourire. La décomposition avait déjà durement touché ses muscles faciaux. Ann aurait pu arranger cela, mais, malgré l'acceptation de ses pouvoirs par son « public » de ce soir, elle était certaine qu'une manifestation de nécromancie encore plus puissante lui créerait plus d'ennuis que la compassion qu'elle éprouvait méritait.

-Alors, je suis prêt. Louve… Je t'aimais, t'aime et t'aimerai… Mais, je veux que tu vives. Tu as encore toute la vie devant toi… Alors, pleure-moi, puis trouves-toi quelqu'un de bien qui t'aimera bien mieux que je l'ai fait… Je ne veux pas te revoir avant que tes cheveux ne soient blancs… Pouvoir te dire au revoir… C'est bien plus que je ne le méritais, et je suis content d'avoir pu le faire.

-Tu me manques tellement…

-C'est réciproque ma petite furie.

Alors, elle éclata en sanglot et s'enfouit le visage dans ses mains. Si un auror ne l'avait pas retenu, elle se serait écroulée. Pendant tout ce temps, ils ne s'étaient quitté des yeux uniquement lorsque la veuve n'avait plus pu se retenir. « Ma petite furie » n'était pas un surnom très tendre, mais, vu la douceur avec lequel il avait dit, Ann savait que Thomas manquerait à son épouse jusqu'à la fin de ses jours. Elle alla ramasser le poulet. Avec le sang qu'il restait, elle frotta le front du mort.

-Avec ce sang, je te lie à ta tombe, Thomas Williams. Avec cet acier, je te lie à ta tombe, dit-elle en le toucha avec sa machette. Avec ce sel, je te lie à ta tombe.

Elle lui jeta une poignée de sel et son regard se fit vide. Il n'y avait plus d'âme en lui, elle pouvait le renvoyer en terre. Il se recoucha sur le sol et la terre l'avala. Son cadavre était de retour à sa juste place et pas un seul brin d'herbe froissée pouvait témoigner qu'il s'était passé quelque chose ici. C'était de la pure magie. Elle fit le tour du cercle à l'envers pour le briser. Alors qu'elle eut fini, elle vit que la belle-mère se disputait avec le juge. La cupidité de certains était effrayante. Cette bonne femme venait d'entendre son fils expliquer pourquoi il ne lui avait rien laissé et confirmer son testament et elle voulait aller contre les dernières volontés d'un mort. Au sens propre. Une chance qu'Ann avait un autre rendez-vous ce soir, cela lui donnait une bonne raison pour partir rapidement d'ici.