Disclamer : Les Animaux Fantastiques et Harry Potter ne sont pas à moi. Ce qui est tant mieux pour les personnages de JKR vu mes tendances à traumatiser mes personnages.
Titre : Noir ramage.
Résumé : Il suffit d'un minuscule grain de sable pour casser une machine bien huilée. Certaines personnes se font un devoir d'être ce grain de sable. Surtout quand leur ramage se rapporte à leur plumage.
Note : Je pars en vacances cette semaine, alors, le prochain chapitre sera dans plusieurs semaines.
« Avez-vous remarqué les cicatrices que vous laissez derrière vous ? Non. Ça m'étonnerait, parce que la plupart des cicatrices ne se voient pas à l'œil nu ».
- Liberté Lecay, guérisseuse traditionnelle, professeur de musique et fabricante de bijoux et d'artefacts.
Chapitre 3 : Seraphina Picquery, ou « une discussion difficile ».
Lorsqu'elle avait commencé son premier mandat, elle était convaincue qu'elle ferait mieux que ses prédécesseur, qu'elle allait changer le monde. Maintenant, elle comprenait combien ils avaient dû lutter pour réussir à maintenir la communauté magique de ce pays en bon état. Il y avait des problèmes qui surgissaient de partout sans arrêt. Quand ce n'était pas des chasseurs de sorcières, c'était des créatures magiques, ou une minorité, voire un sorcier renégat. Depuis qu'elle avait commencé ce travail, elle avait perdu beaucoup de ses illusions. Des gens biens s'étaient avérés des salopards et des salopards des gens biens. Elle comprenait un peu mieux la méfiance des aurors envers tout ce qui n'était pas des aurors. Ils savaient qu'on ne pouvait faire confiance qu'aux siens. Mais ce constat n'expliquait pas à lui seul comment elle s'était retrouvée dans cette situation ? Ah oui, en voulant respecter la parole qu'elle avait donné à l'un de ses hommes. Cela s'était passé quelques jours plutôt à New-York.
-Avant de vous laissez y aller, je dois vous expliquer quelques petites choses sur les Cajuns et le Bayou.
En disant ces mots, Hector Bluesky semblait particulièrement fatigué, et il y avait de quoi. Cet homme était le Capitaine des Exterminateurs, les Forces Spéciales des Aurors du Congrès Magique des États-Unis, il avait reçu un sort de magie noire qui le tuait à petit feu et que les soignants, malgré tous leurs efforts, ne parvenaient pas à arrêter.
-En 1713, par le traité d'Utrecht, la France cède l'Acadie aux Anglais. La cohabitation entre les anciens colons, d'origine française, et les nouveaux, d'origine anglaise, ne se passe pas bien et durant quarante ans, les Acadiens français refusent de prêter serment à la couronne britannique. En 1755, dix mille d'entre eux sont expulsés lors ce que les Cajuns nommeront le « Grand dérangement ». Leur errance durera dix ans. Certains rentreront en France, d'autres rejoindront les ports américains en pleine expansion, trois mille survivants décideront d'accoster en Louisiane, encore sous domination française. Loin des cercles riches et fermés des créoles venus de France, ils choisirent les bayous, ces milliers de kilomètres de marias en étoile pour se réfugier et survivre.
-Pourquoi me dites-vous tout cela ?
-Parce qu'il va vous falloir savoir tout cela si vous voulez avoir une chance de convaincre la personne que je vais vous demander d'aller voir. Pas de travailler pour vous, mais, de vous faire confiance. Pour des raisons qui ne m'appartiennent pas de révéler, au départ elle ne sera pas facile à convaincre, alors, si vous commettez un impair… Où en étais-je ? Ah oui…
Il prit une grande inspiration. Bluesky devait se reposer, mais Seraphina savait qu'il ne le ferait pas tant qu'il ne lui aura pas tout expliqué..
-Rejetés par les créoles français, les descendants d'esclaves et l'aristocratie d'origine française, qui refusaient de frayer avec ces paysans, mis à l'écart par les américains qui allèrent jusqu'à leur interdire leurs écoles, traumatisés par le « grand dérangement », les Cajuns se sont refermés sur leur unique richesse : leur culture. Bravant l'interdiction de parler français qui leur fut faite en 1916, ils ont continué d'en vivre et de se souvenir. Toute leur société s'est construite sur des valeurs telles que l'entraide et leur peu de besoin de biens matériels. Le mépris ambiant pour les Cajuns les ont aidés à survivre, il a fouetté leur orgueil et les a convaincu qu'ils étaient différents et qu'ils devaient préserver ces différences.
Dans cette pièce, avec pour seuls témoins deux aurors chargés de sa protection, la Présidente du Congrès Magique des États-Unis avait un cours accéléré sur une partie de la population américaine qu'elle avait passé tant de temps à ignorer.
-Maintenant le Bayou… Vous savez pour les marais, la flore et la faune… Je veux vous parler des autres habitants, ce qui ne sont pas des Cajuns, les sorciers qui ont fuit le MACUSA, pas parce qu'ils étaient des criminels, mais pour fuir les persécutions dont ils étaient victimes à cause de leur différence. Certaines personnes naissent avec des pouvoirs qui finissent par déranger les autres. Quant ce sont des Médiums ou des Oracles, pas de problème. On les traite d'illuminés et on passe à autre chose. Mais la situation est bien plus délicate lorsque l'on parle de Fourchelangs ou de Métamorphomages… Des pouvoirs que l'on ne peut pas cacher éternellement. Bien entendu ce ne sont que des exemples, il y a d'autres catégories qui ont fuit dans les Bayous… À votre avis, les Cajuns les ont-ils laissé mourir ? Non, ils ont fait ce que les autres ne voulaient pas faire : ils les ont accueilli à bras ouvert.
En entendant ce discourt, elle comprit que des centaines, voir des milliers de sorciers vivaient en marge de la société et qu'elle n'avait rien fait pour eux, trop contente de pouvoir les ignorer afin de pouvoir se consacrer à des choses « plus importantes ».
-Les sorciers Cajuns descendent de personnes chassées loin de chez eux, madame. S'ils peuvent se montrer méfiants, ils ne sont pas du genre à accueillir les étrangers avec des fourches. Mais, ils restent dangereux pour ceux qui leur seraient hostiles.
Une nouvelle grande inspiration difficile. Et le cœur de Seraphina qui n'arrêtait pas de se serrer. Ce n'était pas son plus proche collaborateur, mais, il avait été quelqu'un de confiance durant tout le temps où ils avaient travaillé ensemble. Le voir souffrir à cause d'un sort de magie noire qu'aucun soignant n'arrivait à stopper l'attristait.
-Je vais vous donner un nom et une adresse. Promettez-moi… Jurez-moi que vous lui demanderez de l'aide…
Elle avait donné sa parole et voilà pourquoi, quelques jours après, elle était en pleine nuit, au cœur du Bayou louisianais. « Agence Lecay, aurors sur gages, détectives privés, mercenaires, etc… » avait annoncé la plaque accrochée à côté de la porte. Quelque chose lui disait, comme les poupées vaudous sur l'étagère derrière le bureau, que le « etc » incluait ce que l'on ne pouvait pas décemment mettre sur une plaque à l'entrée de son bureau.
Elle avait lu le dossier de cette femme, Mercy Lecay, avant de venir. Autrefois, elle faisait partie des Exterminateurs, jusqu'au jour où elle a donné sa démission sans crier garde. Après elle était revenue dans son bayou pour en ressortir quelques années plus tard et monter cette agence. Son équipe était composée principalement de femmes et avait pour réputation de toujours réussir les missions qu'on leur confiait… Et de ne pas ouvrir la porte si le paiement était en dessous d'une certaine somme, hors frais annexe. Seraphina lui avait dit qu'elle venait de la part d'Hector Bluesky, et c'était sans doute pour cela qu'on la laissa entrer ici.
-Que me veut Bluesky ? Finit-elle par demander.
Lecay n'avait toujours pas allumé la lumière, ce qui faisait que la pièce était encore uniquement éclairée par la lune. Quelque chose murmurait à Seraphina que cela ne dérangeait nullement son interlocutrice. Qui soit l'avait reconnue et faisait mine que non, soit ignorait encore qui elle était.
-Nous avons besoin de vous, commença la Présidente.
-Généralement, c'est pour cela qu'on franchit cette porte, même accompagnée de deux gorilles.
Inutile de dire que Lecay était aussi aimable que Bluesky lorsqu'il n'était pas mourant sur un lit d'hôpital. Jamais la Louisianaise ne l'aiderait si elle pensait que Seraphina lui mentait. Pour quelqu'un dont le prénom, Mercy, voulait dire miséricorde, cette dernière se montrait une femme particulièrement dure. Elle n'avait plus qu'une solution, lui dire la vérité sans tourner autour du pot.
-Que me veut Bluesky ? Répéta Lecay en détachant chaque syllabe.
-Il est mourant.
À cet annonce il eut un tel silence que Seraphina se demanda si elle n'avait pas perdu Lecay. Puis cette dernière fit un geste et la lumière fut. La Présidente dut cligner des yeux pour que ces derniers s'habituent à cet nouvel éclairage et, pendant ce temps, Lecay s'était levée pour mieux la regarder de toute sa hauteur. La femme en face d'elle était particulière. Les mèches de cheveux qui s'échappaient de son chignon à moitié défait entouraient son visage en boucles indomptables. Sa peau était dorée par l'exposition au soleil, chose contraire à la mode d'aujourd'hui qui voulait que les belles femmes soient pâles. Elle nageait dans le pardessus en cuir semblable à celui réglementaire des aurors du MACUSA, sauf que le sien tirait sur le pourpre. Elle portait un pantalon de tailleur bon marché noir et trop grand pour elle. Avec ses chaussures à lacets noires confortables et hideuses, elle n'avait rien de l'élégant. À vrai dire, on aurait dit qu'on venait de la tirer du lit et que s'étant habillée dans le noir elle avait enfilé les vêtements d'une autre personne. Lecay prit une grande respiration avant de poser une nouvelle question.
-Alors, que me veut Graves ?
Lecay avait dit ce nom avec une certaine amertume. Une amertume très particulière. Le genre qu'on a quand une personne en qui on a toute confiance vous trahit d'une façon ou d'une autre et qu'on lui en veut. Le Capitaine des Exterminateurs ne lui avait pas parlé de cela. À vrai dire, il n'avait pas eu le temps de lui dire grand-chose à part de lui parler des habitants du Bayou et lui faire promettre de venir ici chercher de l'aide.
-Il ne sait pas que je suis ici.
-C'est votre bras droit, répliqua Lecay d'un ton glacial.
Ainsi, elle l'avait parfaitement reconnue. Et si elle croyait son instinct, l'hostilité de cette femme envers elle venait plus du fait de ce qu'elle représentait que d'un sentiment personnel. Personne n'aime ce qui vous écrase. Et tout le monde prenait un malin plaisir à écraser les Cajuns, ethnie dont elle faisait partie.
-Vous semblez oublier à qui vos gardes-du-corps font leur rapport. Dans moins d'une semaine, il saura que vous êtes venue me voir, lui expliqua-t-elle comme à un enfant de six ans.
Lecay ne lui était vraiment pas sympathique. En une phrase, elle l'avait fait se sentir particulièrement idiote. Elle n'avait pas pensé une seule seconde à leur demander de se taire et même si elle le faisait… Elle ne pouvait pas être certaine qu'ils tiendraient leur langue face au Directeur de la Sécurité Magique. Seraphina leur jeta un coup d'œil discret, l'un comme l'autre, les deux hommes semblaient ulcérés par Lecay. Au moins, ils étaient trois dans cette pièce dans ce cas. Il est vrai que son irrespect était plus qu'agaçant mais, c'était sans doute mieux et la raison pour laquelle Bluesky l'avait envoyé la chercher : Lecay ne plierait pas devant quelqu'un sous prétexte qu'il était plus gradé qu'elle.
-Ils ne diront rien, assura Seraphina.
-Je l'espère car si la situation est aussi catastrophique qu'il n'y paraît, il en va de votre survie.
La Présidente de s'attendait pas à cette remarque. Mais, c'était surtout ce qu'elle pouvait signifier qui la choquait. Lecay en savait beaucoup plus qu'elle ne voulait bien le dire. Cette dernière sortit d'un tiroir de son bureau un dossier qu'elle lui tendit. Seraphina ne l'ouvrit pas car Lecay continua son explication.
-Il y a six mois, Bluesky m'a demandé d'enquêter sur la disparition d'une dizaine d'aurors.
Lecay marqua une pause avant de reprendre. l'ancienne auror eut un petit geste, comme pour chasser du vent.
-Et rien. Ils partent en week-end et disparaissent en cours de route, ou sont envoyés faire des missions qui n'existent pas… Un véritable tour d'illusionniste.
-Vous en êtes admirative, l'accusa Seraphina.
-C'est la capacité de votre taupe à ne pas se faire prendre qui m'intéresse. Voyez-vous, je suis douée, je peux même faire en sorte que l'on ne me remarque pas si je ne veux pas l'être. Mais, faire disparaître totalement une dizaine de personne sans les tuer… C'est tragiquement remarquable.
-Comment pouvez-vous savoir qu'ils sont encore en vie ?
-Les registres d'État Civil du monde magique s'actualisent automatiquement.
-Ils sont sous scellés.
En guise de réponse, Lecay lui offrit un sourire innocent qui ne trompait personne. D'une façon où d'une autre, elle avait réussi à y avoir accès sans laisser la moindre trace de son passage. Elle était douée dans son domaine, la Présidente devait bien l'avouer. Il ne lui restait qu'une question.
-Si vous êtes déjà sur cette affaire, pourquoi m'avoir fait venir ici ?
-Pour des raisons personnelles, je suis persona no gratta à New-York. Bluesky devait m'envoyer une personne que je ne pouvais pas empêcher de me parler si ma mission venait à changer.
-C'est-à-dire ?
-Maintenant, c'est moi qui enquête sur l'identité de votre taupe.
Elle eut un sourire particulier. Celui d'une enfant particulièrement sage à qui on peut confier la Magie sans confession. Mais, Seraphina n'était pas dupe. La mise en garde de Bluesky envers les Cajuns lui revint en mémoire. Ils étaient d'un naturel pacifiste, il était aisé de les sous-estimer, mais ils pouvaient se montrer particulièrement dangereux. Dans cette pièce, Lecay était sans doute la personne la plus dangereuse. À défaut d'être certaine de pouvoir se fier à elle, la Présidente devait encore la convaincre de lui faire confiance.
