Disclamer : Les Animaux Fantastiques et Harry Potter ne sont pas à moi. Ce qui est tant mieux pour les personnages de JKR vu mes tendances à traumatiser mes personnages.

Titre : Noir ramage.

Résumé : Lorsqu'elle avait accepté ce job, elle pensait à un boulot long, mais qui au final serait assez simple. Trouver un traitre et le livrer au MACUSA, quoi de plus facile dans son boulot ? C'était sans compter un passé qui refuse de mourir et un mage noir qui est bien décidé à faire des siennes. Le pire dans l'histoire ? C'est que si elle l'avait su, elle aurait dit oui quand même.

Note : Voici un nouveau chapitre, merci à tous mes lecteurs.


Il est plus facile de tuer un être armé. Que ce soit un animal avec ses griffes ou un sorcier avec sa baguette qui vous menace. Mais, dans ce programme d'entrainement, vous opérez parmi des civils ou, pire, chez vous. Vous risquez de vous retrouver très proche de votre ennemi. Il se pourrait même que vous soyez obligé de combattre des gens que vous connaissez et que vous aimez. Mais, ils resteront vos ennemis et vous devrez les neutraliser sans sourciller. Vous ne serez jamais des héros. Personne ne saura ce que vous avez fait. Et cela est normal. Car malgré toutes les vies que vous pourrez sauver au cours d'une opération, vous ne serez jamais célébrés en héros. Il vous faut composer avec cela.

- Louis Good, définissant leur futur métier à des aspirants Exterminateurs.


Chapitre 6 : Mercy Lecay, ou « l'amour est un poison ».

Mercy. En anglais, cela veut dire pardon, grâce, indulgence, pitié, mais, la définition première est « miséricorde ». Mercy. C'est également un prénom. Son prénom. Quelle drôle d'idée d'appeler son enfant ainsi. Est-ce le désir que cela soit une source d'inspiration pour lui ? Ou une demande faite à la magie ? En tout cas, la miséricorde est une bonne vertu. Une vertu nécessaire. Elle avait toujours eu une certaine admiration pour ceux qui avait dédié leur vie à respecter cette vertu. Mais, la miséricorde, comme le pardon, n'était pas une vertu nécessaire à son travail. On ne demandait pas aux Exterminateurs, les Forces Spéciales du Corps des Aurors des États-Unis, d'être des tendres. Et même si elle ne faisait plus parti des leurs depuis quelques années, une partie d'elle serait toujours une auror. Même si beaucoup de ses anciens collègues pensaient qu'elle avait mal tourné en devenant mercenaire et auror à gage. Et pourtant, ils étaient bien content qu'elle fasse les choses qu'ils ne voulaient pas faire. Comme espionner leurs collègues pour trouver qui trahissait leur pays. Hypocrisie quand tu nous tiens…

C'était stupide, mais, c'était comme cela. Même si aujourd'hui, elle travaillait pour ceux qui voulait bien l'engager, même si elle ne prenait pas n'importe quel contrat, il était hors de questions de travailler pour une fripouille. Son employeur privilégié restait le MACUSA, qui utilisait Hector Bluesky comme intermédiaire, et niait joyeusement faire appel à elle. Cette mission était une opération noire qui allait rejoindre la liste de toutes celles qu'elle avait déjà fait pour son gouvernement. Elle connaissait la musique et les trois règles : remplir sa mission, ne pas se faire tuer et ne pas se faire prendre. Il n'y avait pas de place pour les sentiments et le regret.

Le seul moyen de ne pas en devenir fou était d'endurcir son cœur. Il faut être capable de ne pas faillir et rester de marbre quand la personne que vous avez arrêtée est condamnée à mort. Lorsqu'elle se met à pleurer et à supplier, il ne faut pas détourner le regard et laisser la justice poursuivre son œuvre. Lorsque vous êtes conforté à ça, vous n'avez que quelques secondes pour enfouir tout sentiment au plus profond de vous. Si vous échouez, il ne vous restera plus qu'à aller élever les lamas au Pérou pour fuir vos remords. Dans le cas contraire, vous pouvez être dégoutté par vous-même. Pourquoi ? Parce que vous avez été capable de regarder quelqu'un aller vers sa mort certaine sans faire le moindre geste. Que cette personne soit un criminel, un meurtrier, ne change rien à votre culpabilité. Le pire est quand il vous lance un « ce n'est pas moi ». Même si toutes les preuves prouvent que si, c'est lui, ce « ce n'est pas moi » vous hantera à chaque fois que vous vous regarderez dans un miroir. Il vous faut donc apprendre à vivre avec. C'est le plus dur dans son boulot. Ce n'est pas moi ! Alors, c'est qui ? À qui la faute ? Si ce n'est pas toi, si ce n'est pas moi, qui est coupable ? Voilà la terrible question qui l'empêchait de dormir certaines nuits.

Mais pas la nuit dernière. La nuit dernière, le problème était autre. Elle était allée voir Graves après qu'elle ait trouvé une raison de passer chez lui, mais, elle n'avait pas tenu le choc. Elle l'avait quitté, mais, elle l'aimait encore. Malgré les années qu'elle avait passé à le fuir aussi bien dans ses pensées que dans son travail, elle n'avait jamais cessé de tenir à lui. Elle s'était juste menti à elle-même. Elle détestait ça. Mais, ce qu'elle détestait encore plus, c'était que lui, il semblait être passé à autre chose. Rien dans son regard n'avait rappelé le temps où ils avaient fait un bout de chemin ensemble. Elle aurait pu être une étrangère, il ne l'aurait pas regardé avec moins de chaleur. Oui, elle en était blessée. Elle aurait voulu que lui aussi souffre de leur séparation, que lui aussi soit incapable de passer à autre chose.

Il fallait qu'elle se ressaisisse. Ses sentiments personnels ne devaient en aucun cas interférer avec ce qu'elle devait faire. Des vies étaient en jeu et c'était une opération noire. Elle n'avait pas d'autres filets que son savoir faire et ses compétences d'ancienne auror. Elle n'était pas revenue dans cette foutue ville pour chialer, mais pour faire une chose qu'elle seule pouvait faire : déterminer qui était la taupe au Congrès Magique. Et Perceval était sur cette liste. Elle avait lancé un appât et Graves ne pourrait pas faire grand-chose d'autre. Vu qu'elle avait débarqué chez lui en pleine nuit pour piquer une crise, elle s'attendait à un retour de bâton. C'était ce qu'elle voulait. Pendant qu'elle le tiendrait occupé, Ann devait fouiner dans son bureau au Woolworth Building, le gratte-ciel de New-York abritant le siège du MACUSA. Ce qui lui restait à faire, c'était patienter. Si sa cible ne venait pas à elle, elle s'arrangerait pour aller à sa rencontre « mine de rien ». Pour l'instant, elle attendait le bon moment en lisant le journal.

-Ça pue.

Elle fit comme s'il n'avait pas entendu cette remarque. L'odeur de la sauge n'était pas ce qu'elle préférait. Mais, la médecine traditionnelle de Bayou se basait sur des choses aussi mystiques que pratiques. L'usage des plantes y était incontournable, tout comme les prières et les bougies. Sa mère lui avait appris quelques choses, mais, elle n'avait pas été son apprentie. Mais, elle savait que la sauge repoussait les mauvaises ondes. Même si cela pouvait donner mal à la tête de certaines personnes, le jeu en valait la chandelle quand on était dans un état déplorable.

-Mais, vous respirez mieux, répliqua-t-elle.

Bluesky tenta de l'apitoyer avec un regard humide, mais, cela faisait longtemps qu'elle ne se laissait plus avoir par ce tour. À vrai dire, seuls les enfants et les animaux pouvaient encore l'attendrir avec leurs larmes de crocodiles.

-C'est Graves ? Lui demanda-t-il.

Elle soupira. Bien entendu, vous pouvez compter sur Hector Bluesky pour deviner quel est votre problème en moins de deux minutes d'observation. Elle détestait cela, mais, cela avait l'avantage qu'elle n'avait pas à dire ce à quoi elle pensait. Quant à Graves. Il avait changé et elle ne parlait pas que de sa coupe de cheveux. Elle était déjà au courant pour cette dernière grâce aux journalistes politiques ou à potins, et elle était gentille de ne pas utiliser le terme consacré de journalistes-poubelles. Bon, elle était méchante car après tout, les journalistes-poubelles étaient plus du genre à trouver des témoignages de femmes ayant eu un enfant avec le fantôme de leur mari, berk et même triple berk, qu'à faire un article sur la situation politique des aurors et compagnie ou un concours des plus beaux célibataires.

-Il m'a à peine reconnu, confia-t-elle. Pendant tout ce temps, tout au fond de moi, j'ai pleuré ce que nous aurions pu avoir si… Et il m'a à peine reconnu.

L'Exterminateur fonça des sourcils. Voilà qui annonçait des problèmes. Qu'avait-il compris ? Comme souvent avec lui, elle ne pouvait pas lui demander de lui expliquer le problème. Si elle faisait ça, il se tairait et userait de son droit de garder le silence. Petite fille, sa mère lui avait dit qu'aussi doux que pouvait être l'amour, il devenait poison quand il n'était plus. Savoir qu'elle n'était plus rien pour lui lui faisait horriblement mal.

-Ne te laisse pas distraire, Mercy, ou tu te feras tuer.

-Merci pour votre soutien, je savais que je pouvais compter sur vous.

Un peu d'ironie n'a jamais fait de mal à personne. Et elle savait ce qu'elle devait faire. Elle était en mission, ce qui voulait dire pas de sentiments ou de remords. Elle aussi avait reçu la formation des Exterminateurs. Elle n'était plus une auror depuis quelque temps, mais, elle restait une auror à gages, ou une mercenaire, selon ce que souhaitait la personne qui l'engageait.

-Si Percival Graves t'a vu hier soir, il t'a reconnu. Il peut faire semblant, mentir à tout le monde même à lui, mais, il ne t'a jamais oubliée, lui dit Bluesky. Est-ce que tu l'aimais ?

-Je ne veux pas en parler.

Une phrase en six mots plutôt claire, mais pas lorsque l'on s'appelle Hector Bluesky. Non, dans ce cas, il fallait qu'on continue à appuyer là où cela fait mal. Tout comme elle voulait oublier qu'il n'avait pas la même odeur. Cela pouvait venir d'une nouvelle eau de toilette, sauf que l'homme qu'elle avait connu et celui qu'elle avait croisé hier soir ne sentait pas le parfum, du moins pas l'alcool que l'on trouvait dans les parfums en général. Ce n'était qu'un détail mais qui mettait le corbeau qui partageait un coin de son esprit dans tous ses états.

-Il t'aimait.

-Comment pouvez-vous le savoir ? Vous l'avait-il dit ?

Percival lui avait dit beaucoup de choses, mais jamais qu'il l'aimait. C'était pour cela que partir avait semblé à Mercy la meilleure des solutions. Elle laissait le champ libre à une future « madame Graves » politiquement correcte et elle était libre de trouver quelqu'un qui n'aurait pas peur d'avoir des sentiments pour elle. Inutile de dire qu'aucune de ces choses ne s'étaient réalisées.

-Après ton départ, il refusait même de t'évoquer. Aujourd'hui encore, dire « Mercy » devant lui nous vaut le plus féroce des regards noirs. Tu l'as aimé et il t'a aimé. Le seul moyen de haïr quelqu'un de tout son être et d'avoir eu pour lui le plus profond des amours. On peut dire tout ce que l'on veut, le contraire de l'amour, ce n'est pas la haine, c'est l'indifférence.

Bluesky la regarda longtemps. Que voulait-il qu'elle lui réponde ? C'est comme la fois où il lui avait dit de ne laisser personne la blesser sous prétexte qu'elle n'était pas née au sein de la « bonne » ethnie. Elle entendait encore ses paroles : « Laisse les sots voir que les mots te blessent, et leurs quolibets ne te lâcheront pas. S'il leur plaît de te donner un sobriquet, prends-le, approprie-le-toi. Dès lors, ils seront désarmés. Tu es une Cajun, Mercy Lecay. Soit en fière et cela sera ta meilleure défense ». Ce jour-là également, il lui avait dit une vérité. Et comme toutes les vérités, ce n'avait pas été agréable à entendre. Elle aurait nettement préféré qu'il l'ait oublié, il aurait été tellement plus simple de la haïr. Elle détestait compatir pour ceux qui lui avait fait du mal, même involontairement. Savoir qu'il l'avait aimé lui faisait mal et elle voulait le détester pour cela. Mais les paroles de Bluesky lui disait combien il avait souffert par sa faute. Elle préférait être en colère. Généralement, lorsqu'elle l'était, elle le restait. C'était l'un de ses rares passe-temps.

-Je ne veux toujours pas en parler, finit-elle par dire d'une voix légèrement tremblante.

-Et que vas-tu faire aujourd'hui ? Fuir une nouvelle fois ? Tu as pris un engagement, tu as donné ta parole de faire un boulot. Remplis ta mission, le reste ne doit surtout pas compter.

Plus facile à dire qu'à faire quand celui qu'on a aimé à la folie peut devenir une cible à abattre et que son mentor est cloué sur un lit d'hôpital. Et qu'il y a quelque chose qui sonne faux.

-Réaliser que ta fuite à blessé des gens te culpabilise ? Bien. Cela prouve que tu n'es pas une immonde salope. Mais, les remords n'ont jamais rien arrangé. Le seul moyen de le faire est de travailler dur pour réparer ta faute. J'ignore tout à fait ce que tu as vécu ces dernières années quand tu ne travaillais pas à ton compte pour le Congrès. Mais, je sais que tu pourras réparer une partie des torts que tu m'as causé en terminant ce que je ne peux pas faire dans mon état.

Elle hocha la tête. Il avait raison. Il avait terriblement raison. Elle avait fauté. Elle aurait dû au moins expliquer son geste au lieu de mettre tout le monde devant le fait accompli. Être désolée était très bien, mais, cela faisait une belle jambe à ceux qu'elle avait offensé. Son mentor avait raison. Elle pouvait trouver toutes les justifications qu'elle voulait, elle s'était montrée égoïste en n'expliquant pas les raisons de son départ. D'un autre côté, c'était un peu dur d'aller voir son amant et de lui dire : « Ta garce de mère me fait chanter. Soit je te quitte, soit elle met tellement de freins à ta carrière que tu finiras pas baisser les bras et quitter un boulot que tu adores ». Ouais, c'était le genre de choses que l'on pouvait balancer à un homme sans risquer de passer pour une menteuse, mesquine et jalouse... Elle n'en avait même pas parlé à sa propre maman, alors, à Percival Graves… Non, pas moyen.

Nous étions en août, dans deux semaines, ce serait la rentrée des classes. Une diversion parfaite pour commencer à donner des coups dans la fourmilière. Mais en attendant, il allait falloir qu'elle prépare le terrain si elle ne voulait pas faire un saut en aveugle. Dans le Bayou, les Cajuns ont au moins trois métiers. Si elle était auror à gages et mercenaire, elle pouvait bien être comédienne et faire comme si elle n'avait aucun sentiment afin de pouvoir faire son boulot. Avec un peu de chance, elle finirait par croire à son propre mensonge.