Disclamer : Les Animaux Fantastiques et Harry Potter ne sont pas à moi. Ce qui est tant mieux pour les personnages de JKR vu mes tendances à traumatiser mes personnages.

Titre : Noir ramage.

Résumé : Lorsqu'elle avait accepté ce job, elle pensait à un boulot long, mais qui au final serait assez simple. Trouver un traitre et le livrer au MACUSA, quoi de plus facile dans son boulot ? C'était sans compter un passé qui refuse de mourir et un mage noir qui est bien décidé à faire des siennes. Le pire dans l'histoire ? C'est que si elle l'avait su, elle aurait dit oui quand même.

Note : Dans le plan de départ, au bout de trente chapitres, Norbert débarquait. Je suis à la rédaction du 33ème, et l'histoire n'est pas au mois de novembre...


« Rien n'est plus trompeur qu'un sourire. Et nul ne le sait mieux que celles et ceux qui se cachent derrière lui. Certaines montrent leurs dents comme pour mettre poliment en garde leurs ennemis, d'autres arborent une mine radieuse pour empêcher leurs larmes de couler. D'autres encore grimacent bêtement pour masquer leurs peurs. Et puis, il y a ce sourire rare, totalement sincère. C'est le sourire qui sait que les ennuis seront bientôt terminés. »

- Séraphine Picquery parlant à son mari.


Chapitre 11 : Gellert Grindelwald, ou un dîner tout sauf parfait.

Elle était jolie dans sa robe de soirée rouge orangé. Belle et élégante. Loin de la femme totalement choquée qui était venue le réveiller en pleine nuit. Et il venait à peine de retrouver sa trace. À vrai dire, lorsqu'il avait réalisé la difficulté de la tâche qui serait celle de ses hommes présents en ville pour découvrir qui était cette inconnue et la localiser : peu d'indices, une apparition furtive, une disparition soudaine et une description convenant à plus de la moitié des femmes présentes aux États-Unis. La seule chose notable était un accent français qui avait refait surface sous le coup d'émotions violentes… Il y avait aussi cette histoire qu'elle avait eu avec Graves et c'était sans doute cela qui la rendait si attirante. Elle connaissait le Directeur de la Sécurité Magique du MACUSA sous un angle que personne d'autre ne pourrait lui raconter. Bien maniée, elle serait une arme efficace pour venir à bout de sa résistance.

Il avait dû rassembler les pièces du puzzle, quelques questions à ses fidèles bien placés au Congrès Magique, et c'était le nom de Mercy Lecay qui revenait comme unique bonne amie possible. Native de Louisiane, elle avait perdu son accent durant sa formation d'auror des Forces Spéciales, mais, les plus anciens se souvenaient d'une jeune femme attirante, volontaire, capable de renverser des montagnes et jurant comme un groupe de dockers enivrés un soir de Saint Patrick le tout dans un patois proche du français sans en être totalement. Il avait fallu qu'il interroge lui-même Gnarlak, ce gobelin sans foi ni loi vendant ses informations au plus offrant, en lui expliquant qu'étant donné qu'il ne le tuerait peut-être pas ce soir, c'est lui qui lui faisait la meilleure offre… Ce dernier, sous la contrainte, avait finit par lui révéler un terrible secret sur la mère de Mercy : cette dernière, dans l'illégalité la plus totale, avait épousé un non-maj'. Par conséquent, selon l'état civil que l'on interrogeait, celui des sorciers ou des sans-pouvoirs, Mercy n'avait pas le même nom de famille. Il lui suffisait donc d'utiliser le nom de son père pour passer sous les radars de ses semblables. De là, il avait eu l'idée de faire rechercher dans les hôtels de non-maj's une certaine Mercy Wood originaire de Louisiane. Et bien entendu, il l'avait trouvé dans un hôtel fréquenté par la bonne société de New-York.

Il était assez surprenant que Bluesky disparaisse de l'hôpital où il l'avait mis à l'isolement, sans laisser de traces, moins d'une semaine après qu'elle se soit présentée chez Graves à cause de le-dit isolement. Certains lui avaient parlé de liens presque filiaux entre elle et son ancien mentor. D'ailleurs son énervement le prouvait assez. À la réflexion, retrouver un ancien amant pouvait être perturbant, mais pas à ce point. Bien sûr, il était mauvais juge du comportement féminin ne s'était jamais intéressé à ces spécimens plus que nécessaire. Et ne s'étant jamais attaché à quelqu'un au point de se ridiculiser de la sorte, il avait toujours été trop occupé à des choses importantes, lui.

On pourrait croire que dans l'une des sociétés magiques les plus fermées aux non-maj's, une sorcière ne saurait pas parfaitement se fondre dans la masse des sans-pouvoirs, et on se trompait. Lorsqu'il avait frappé à sa porte, elle s'apprêtait à descendre manger. Voilà qui lui avait donné une occasion en or pour l'interroger en douceur sans qu'elle puisse prendre la fuite. Et c'est ainsi qu'ils se retrouvèrent au restaurant de son hôtel, à se regarder en chiens de faïence.

-Mercy Wood ? Lui demanda-t-il dans une tentative de lancer la conversation.

-Parfois, il faut savoir revenir à ses origines, Perce.

Le ton de la jeune femme était glacial. Mais, ce n'était pas cela son problème immédiat : lorsqu'il avait fait mine de s'étonner de cet alias, il y avait eu quelque chose dans le regard de Lecay… Comme si il aurait dû savoir pourquoi elle avait choisi le nom « Wood ». Ce trouble avait duré moins d'une seconde, mais, maintenant, elle savait qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas. Il venait de faire une erreur, et ce n'était pas faute d'avoir encouragé Graves à lui dire tout ce qu'il savait sur cette femme. Maintenant, il allait devoir redoubler de vigilance. La première chose qu'il avait obtenu du directeur de la Sécurité Magique à propos d'elle était un « je vous plaindrais presque ». Lorsqu'on rajoutait les renseignements tirés des archives du MACUSA, ce n'était pas rassurant.

-Mais pas s'y perdre, Mercy.

-Et voilà ce qui explique pourquoi tu renvoies sans le lire le courrier d'Amethyst.

-Amethyst ?

-Oui, Amethyst, ta seule et unique nièce, quoiqu'en pense ta mère. Nous nous inquiétons pour toi.

D'habitude, les femmes baissaient les yeux avant de faire des reproches d'une voix douce, comme pour dire que ce n'est pas aussi grave qu'elles le pensent, mais pas Lecay. Elle, elle plongeait son regard noisette dans vos yeux et elle accusait. Elle pouvait être impitoyable, manifestement. Le retour de Lecay à New-York pouvait être bien un élan maternel envers une enfant, et sa visite à Gnarlak juste un moyen de s'assurer que tout était calme. Rien de bien inquiétant. Il n'avait plus qu'à croiser les doigts pour que ce soit la bonne hypothèse. Manifestement, Graves n'avait pas coupé les ponts avec toute sa famille contrairement aux bruits qui couraient. Emprunter la personnalité de quelqu'un comporte toujours des risques et il faudrait qu'il en touche deux mots à ceux charger d'enquêter sur la vie de Graves et ses relations. Ce n'était pas du travail, ni fait ni à faire, pour rater l'existence d'une personne, il fallait le vouloir. Surtout si c'était quelqu'un de la même famille que la cible. Décidément, il n'était entouré que d'incapables, Jones allait devoir s'expliquer dès son retour. Quant à la question du courrier, il semblerait qu'il y ait une faille dans son sortilèges d'appropriation. Manifestement, le hibou-facteur n'était pas dupe de la substitution de personne.

Pour Lecay, pour l'instant, il n'avait pas assez de contrôle sur elle pour la manipuler et la faire disparaître serait délicat à cause de son travail : elle dirigeait une agence de mercenaires et d'aurors à gages, pas le genre de personnes qui aiment qu'on touche à l'un des leurs.

-Maintenant, tu pourras la rassurer, dit-il.

-Maintenant, je pourrais la rassurer ?

Elle ne cria pas ces quelques mots. Elle faisait bien pire. Il y avait quelque chose dans la manière dont elle avait quasiment répété sa phrase… C'était la façon dont son accent français avait marqué chacun de ces cinq mots… Une menace sous-adjacente, et en même temps une certaine incrédulité, comme si elle n'arrivait pas à comprendre comment il pouvait dire une telle absurdité. Il ne pouvait que repenser à ce que sa grande-tante avait dit au sujet de sa mère lorsqu'il était arrivé en Angleterre. « Si elle est un exemple représentatif des femmes, alors, aucune dont l'instinct maternel est éveillé ne devient plus douce et plus tendre dans les difficultés. Qu'au contraire, si elles ne sont que douceur envers les enfants, envers toutes menaces, elle deviennent véritablement sans pitié. » Et cette Amethyst avait réveillé l'instinct maternel de Lecay et maintenant, il allait devoir lutter pour ne pas se prendre le contre-coup en pleine face.

-Je ne t'ai jamais dit de couper les ponts avec ta famille en guise de représailles envers ta mère, Graves.

Bon sang, qu'est-ce que Graves avait bien pu faire, ou dire au moment de leur séparation ? Elle avait appuyé sur le nom du Directeur de la Sécurité Magique d'une telle façon que le doute n'était plus permis. Elle était en colère contre lui. Une colère brulante et destructrice et elle devait prendre sur elle pour ne pas la laisser exploser. Quoique l'on dise, une femme dure peut faire la meilleure des mères, mais également la plus impitoyable des protectrices. Dire qu'au début, il pensait l'interroger, maintenant, il se retrouvait à réfléchir à la manière de ne pas recevoir une gifle avant la fin de la soirée. Il ne lui restait plus qu'une solution pour la ramener à de meilleurs sentiments.

-Qu'attends-tu de moi, Mercy ?

-Qu'attends-tu de moi, Perce ?

Décidément, elle refusait de lui simplifier la vie. Comment Graves avait-il pu la supporter suffisamment longtemps pour avoir une relation avec elle ? Ils en étaient à peine à l'entrée et il ne savait déjà plus quoi faire d'elle. Elle ne voulait pas faire la paix et quelqu'un d'hostile était par définition sur ses gardes. Sans compter qu'il ignorait beaucoup les goûts de Graves, que commander après : truite au bleu ou tournedos Rossini ?

-Mercy, je ne joue pas.

-Moi non plus, et pourtant nous sommes là à essayer d'être plus malins l'un que l'autre.

Il ne pouvait pas nier cette accusation, alors, il lui prit la main en lui souriant tendrement. Elle se serait pas la première qu'il tromperait d'un sourire accompagné de quelques mots choisis bien tendres et bien mièvres. Toutes les mêmes, naïve et facilement trompées par de la guimauve et quelques roses.

-Tu m'as manqué.

-Pas assez pour que tu m'écrives, répliqua-t-elle froidement.

-Aurais-tu seulement lu mes lettres ?

-Oui, avant de les bruler.

Il y avait une blessure au fond des yeux de cette femme. Une blessure qu'il pouvait exploiter. Le fait qu'elle ne se soit pas dégagée et lui rendait son étreinte prouvait qu'elle avait encore confiance en Graves, ou du moins, qu'elle tenait encore à lui. Une occasion à saisir décidément.

-Y a-t-il eu d'autres hommes ?

-Aucun qui ne soit allé plus loin que le premier rendez-vous.

-Pourquoi ?

Son étonnement était sincère. Elle avait une histoire avec Graves qui la poussait à être agressive avec lui, mais, elle était suffisamment jolie pour qu'un homme prenne la peine d'essayer de lui plaire. Surtout quand rien ne la poussait à l'attaquer verbalement.

-Ils avaient tous le même défaut.

-Laisses-moi deviner. Ils voulaient tous te transformer en une gentille femme au foyer dans une maison à barrière blanche qui s'occuperait du chien et d'un nombre d'enfants dans la moyenne nationale ?

-Oui, aussi, lui répondit-elle en souriant.

Sourire la transformait. Elle était plus que mignonne, elle devenait belle. Elle faisait partie de ces femmes que les petites joies quotidiennes rendaient plus brillantes, plus éclatantes. Un changement radical qui le poussa à se poser quelques questions sur la stabilité mentale de Mercy Lecay. Était-elle trop usée par la vie pour réagir de façon compréhensible par le commun des mortels ? Ou était-elle tout simplement folle ?

-Et toi ? Aucune potentielle madame Graves ?

-Aucune qui ne soit capable de me faire tourner bourrique aussi bien que toi.

Elle éclata de rire. Elle avait un rire contagieux. À cet instant, Grindelwald comprit ce que Graves lui trouvait : elle n'était pas comme les autres femmes. Elle était une bouffée d'air frais dans un monde de convenances. Du moins, si on oubliait qu'elle avait changé d'humeur en un claquement de doigt. Il savait que c'était dangereux, mais, il éprouva le désir de jouer avec elle. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas rencontré quelqu'un qui lui tenait tête… Bon, Graves ne compte pas. Le Directeur de la Sécurité Magique du MACUSA n'était pas en état de lui mettre de véritables bâtons dans les roues. Qu'alors elle… Cela manquait de la prudence la plus élémentaire. Il avait sous-estimé Bluesky et ce dernier était hors de sa portée. Il devait la garder à l'œil tout en trouvant comme approcher des Bellebosse pour trouver l'enfant qu'il convoitait. Ce dernier n'avait toujours pas fait preuve des pouvoirs propres à sa nature, ce qui faisait que le MACUSA ne se doutait pas de ce qui allait bientôt se produire.

-Tu es magnifique ce soir, cette nuance de rouge te va bien, il renforce l'éclat de ton teint.

-Tu sais toujours ce qu'il faut dire pour séduire les femmes.

Il lui rendit son sourire, et, un voile de tristesse retomba sur les yeux de Lecay. Il était tombé sur la seule personne qu'au final, il ne pouvait pas tromper, Graves et elle avaient été trop proches pendant trop longtemps. Il venait manifestement de commettre une erreur alors qu'un serveur débarrassait les assiettes pour leur amener le plat principal dans quelques instants.

-Te rappelles-tu notre première rencontre ? Lui demanda-t-elle.

D'après les dossiers du MACUSA, c'était en Europe. En France si sa mémoire ne le trompait pas. Mais, il ne pouvait pas se permettre de rester vague, c'était une question piège. S'il ne donnait pas un détail précis, elle saurait. En prenant ce qu'il savait de la vie des aurors sur le terrain à l'époque, il trouva quoi lui dire.

-Oui, je me rappelle de l'éclat de tes yeux noisettes malgré la situation, Mercy.

Elle lui adressa un sourire éclatant. Le romantisme de certaines personnes est vraiment leur pire faiblesse. Elle baissait sa garde parce qu'il lui faisait un compliment qui sonnait légèrement nostalgique. C'était pitoyable, et il avait vraiment dû mal à la considérer comme une menace sérieuse. Non, décidément, la disparition de Bluesky ne pouvait pas être de son fait, c'était une jolie idiote dont on pouvait faire ce qu'on voulait avec trois compliments.