Disclamer : Les Animaux Fantastiques et Harry Potter ne sont pas à moi. Ce qui est tant mieux pour les personnages de JKR vu mes tendances à traumatiser mes personnages.

Titre : Noir ramage.

Résumé : Lorsqu'elle avait accepté ce job, elle pensait à un boulot long, mais qui au final serait assez simple. Trouver un traitre et le livrer au MACUSA, quoi de plus facile dans son boulot ? C'était sans compter un passé qui refuse de mourir et un mage noir qui est bien décidé à faire des siennes. Le pire dans l'histoire ? C'est que si elle l'avait su, elle aurait dit oui quand même.


« La société est un pacte de tromperie réciproque, un échange convenu de fausse monnaie, un coup-gorge, et un brelan décoré de politesse et embelli de faux semblants. »

-Henri-Frédéric Amiel, Journal intime, le 30 juillet 1860.


Chapitre 16 : Seraphina Picquery, ou le poids du pouvoir.

Elle m'aimait pas devoir mentir à tout le monde, mais, aussi bien Bluesky que Lecay l'avaient mise au pied du mur. Si elle évoquait leur opération noire, ils lâchaient tout et la laissait régler le problème elle-même. Sauf qu'elle n'avait pas la moindre idée d'où commencer. Elle était une politicienne, pas un soldat.

Elle aurait voulu savoir ce qu'ils préparaient, mais, c'était à peine si Lecay lui avait confié qu'il y avait un traître plus que bien placé au Congrès Magique. Ça l'étonnait, elle connaissait tout le monde au MACUSA et certains depuis plus de dix ans. Certains étaient même de ses amis, voire de ses amis intimes. Ils parlaient de tout et de rien, échangeait sur leurs proches, leur vie personnelle ou leurs projets. D'autres avaient subi une enquête et même une enquête sérieuse réalisée par les aurors lors de leur embauche. D'ailleurs travailler au congrès impliquait que l'on n'avait plus de vie privée, au sens où l'entendaient la plupart des sorciers. Prêts à tout lâcher de jour comme de nuit pour clore un dossier, faire passer une audition, remplir un papier officiel, assister à une réunion impromptue... tel était le lot de la grande majorité des fonctionnaires… le commun des sorciers extérieurs à l'administration de nouveau, ne concevait pas cet engagement volontaire à la bonne marche du MACUSA. Un dicton local, résumé par les 3T, ne disait-il pas : « Tout pour le bien de Tous, Toujours». On trouvait toujours quelqu'un prêt à en appeler aux 3T pour justifier un retard pour rentrer à la maison… à la longue, le conjoint n'insistait plus, un hibou déposant un bout de papier où étaient griffonnés ces deux signes sur un coin de la table de la cuisine et le repas était automatiquement mis au froid d'un simple coup de baguette résigné, pour plus tard… Oui, contrairement à l'idée reçue, la très grande majorité des employés du gouvernement se dévouaient pour leur fonction. Surtout si on entrait en ligne de compte le salaire qui n'était pas faramineux…

Alors un traître haut placé, elle ne pouvait y croire. Personne n'avait modifié son comportement, ne manquait plus que nécessaire, les 3T étaient toujours au centre de la bonne marche de son ministère. Elle en aurait mis sa main au feu…

Depuis quelques mois, il y avait bien quelques signes. Rien de vraiment important. Mais rien d'interne. Il est bien vrai que quelques uns de ses aurors avaient disparu… Mais quoi de plus normal quand on exerce un métier aussi dangereux, dans lequel on était amené par définition à se heurter à des gens moins que recommandables… Mais, Bluesky avait trouvé cela suffisamment suspect pour demander à quelqu'un d'externe, mais hautement qualifié, d'enquêter... dans le plus grand secret qui plus est. Luxe de précautions inutiles pensait-elle. Mais elle avait depuis longtemps pris l'habitude de respecter les opinions d'un type aussi judicieux que Bluesky. Cet homme était une légende à lui tout seul. Et il avait personnellement veillé à la formation de Reed et Lecay. Pourquoi ces deux-là ? Peut-être parce qu'il avait vu quelque chose en eux…

Ses confrères en Europe lui avaient signalé une montée inquiétante d'idéologies extrémistes avec une croyance délirante sur la suprématie du Sang extrême, dont le chef, ou Maître si on employait le terme consacré qu'employaient ces dingues, serait un certain Grindelwald. Celui-ci s'était signalé en Grande-Bretagne, il y avait un petit moment par une folie des grandeurs le poussant à prôner une « nouvelle religion » Pour le Plus Grand Bien. Bien entendu, le premier essai de l'établissement de cette théorie avait amené son lot de guerres, de meurtres et de malheurs. Ces évènements avaient touché des non-maj's en majorité pendant quatre ans d'une effroyable boucherie, ainsi la plupart des sorciers ne s'étaient pas sentis concernés… Certains n'étaient sans doute même pas au courant… Puis, Grindelwald avait disparu sans laisser la moindre trace pendant un an… Bref, ses contacts lui avaient signalé que ce gourou tournait son regard vers ce côté-ci de l'Atlantique. Mais, elle n'avait pas de renseignement plus précis. Si seulement les Bulgares avaient réussi à étouffer le problème dans l'œuf quand il en était encore temps.

Ce qui était fait ne pouvait pas être changé. Elle devait s'adapter à la situation et prier pour que tout finisse bien. Ce matin, elle avait rendez-vous avec Graves, son meilleur homme. Elle le connaissait depuis.. Avant la Guerre, alors qu'ils débutaient tous deux. Elle avait toujours pu compter sur lui, et se dire qu'elle devait lui cacher une telle information… Mais, elle devait le faire. Lecay n'était pas le genre de personne à revenir sur une parole. Si elle ouvrait la bouche, elle perdait son enquêtrice indépendante. Un dilemme, ou un choix cornélien comme on le dit en France.

Avant Graves, elle avait rendez-vous avec Morris, le chef du personnel. Celui-ci voulait l'entretenir d'un sujet le préoccupant : trois des employés de la maintenance des cheminées étaient tombés malades ces derniers jours. Avec ceux en vacances annuelles : quatre, et ceux en congrès pour formation, à l'autre bout du pays, sur la côte ouest : quatre, il ne restait plus que deux employés pour entretenir la soixantaine de cheminées du grand sous-sol d'entrée du bâtiment 4 et la trentaine du 5. Dieu merci, pour les autres bâtiments, les effectifs étaient leur usage intensif, permettre l'arrivée chaque matin et le départ chaque soir de la majorité des employés du ministère, les pannes n'allaient pas tarder. Qui dit pannes, dit retards, dit mécontentements, dit en fin de compte ennuis à plus ou moins long terme pour elle. Morris voulait donc lui demander sa permission avant d'embaucher quelques intérimaires. Bon, le temps d'écouter, de compatir, de rassurer, de prendre une décision : vingt minutes. Cinq pour dire bonjour, cinq au revoir à ce bavard. Trente minutes et elle pouvait passer au rendez-vous suivant.

Ensuite, elle devait recevoir le chef de l'opposition. Un vieil ami de Grayson. Si, c'était possible. Cet homme n'était donc pas totalement antipathique pour tout le monde. De quoi voulait-il lui parler ? Cela pouvait être aussi bien pour se plaindre du repas de la cafétéria que de lui faire subir un nouveau coup foireux. Cet homme serait capable de se plaindre pendant huit heures de l'épaisseur du papier toilette. Tout comme il pouvait s'allier à n'importe qui pour avoir le moindre espoir d'un peu de pouvoir. Aujourd'hui ils étaient ennemis, mais demain… Ce type était un champion international du retournage de veste. Même si parfois, elle restait à l'envers. Bon, le temps de découvrir ce qu'il voulait vraiment et surtout de ne pas le froisser : quarante minutes, bonjour cinq minutes, lui proposer un café, quoiqu'avec lui plutôt un bourbon… quinze minutes, au revoir à ce pot de colle : dix minutes. Une heure dix : dix minutes de retard sur son planning, la journée commençait bien… Elle devrait manger un peu plus vite.

Après sa secrétaire, Marjorie, lui ferait signer un tas de papiers tous plus importants les uns que les autres. Lui parlerait pendant dix minutes de son repas en tête à tête d'hier soir avec son nouvel amoureux. Le numéro combien, ce mois-ci ? Quatre, cinq… ah, oui : trois. Elle faiblissait en ce moment, elle était restée longtemps, une semaine au moins, avec son médicomage… Dieu merci, elle maniait particulièrement bien la plume de prises de notes, et même l'invention la plus moderne des non-maj's la… ah, oui, machine à écrire. Certains services du MACUSA l'utilisaient, mais, elle gardait une préférence pour la calligraphie manuscrite. De plus elle était capable d'attendrir le moindre solliciteur pour l'amener à retarder un rendez-vous, voire parfois l'annuler. Une secrétaire parfaite.

Troisième rendez-vous. Une certaine Mademoiselle Mabel Marie March. 3M, ses parents avaient manifestement beaucoup d'humour… Que lui voulait-elle ? Affaire confidentielle avait-elle dit à Samuel, le portier qui en avait parlé à… Saphir, la responsable de l'entretien du service de magicologie, meilleure amie de Marjorie, sa secrétaire. À laquelle, elle ne pouvait rien refuser. Dix minutes.

Puis, enfin, Percival. Une heure. On doit faire le point sur ces rumeurs selon lesquelles Grindelwald serait en train de monter une armée, ici… je vais voir ce qu'il en pense vraiment. La dernière fois, il paraissait pas convaincu contrairement à Bluesky… d'après lui, la disparition soudaine de Goodman et de ses aurors était un accident, un hasard, regrettable certes, mais un hasard. Dommage que Bluesky soit indisponible Reed en longue maladie, retenu je ne sais où pour ses soins, ça tombe bien, comme d'habitude Lecay, qui, bien sûr, ne veut pas être mise dans le coup, absente. Elle ne pourrait pas avoir leurs points de vue. Enfin, Percival savait ce qu'il disait. Il avait toujours été de bons conseils. Depuis quelques temps, il paraissait un peu distrait, mais rien de grave… sans doute un problème de famille.

Après repas à la cantine avec tout le monde. Question de représentation, « elle reste accessible », « elle n'est pas fière », « c'est une bonne patronne » et toutes ces fadaises. La politique, c'était aussi soigner son image. Bien entendu quelqu'un trouverait moyen de venir lui parler, entre la poire et le fromage, de l'homologation des nouveaux balais made in USA, de la protection locale de potions de soins, ou du prix exorbitant des hiboux. Dire qu'elle était sensée aimer encore la politique et lui vouer toute son énergie. Parfois, elle se sentait lasse avant même de commencer sa journée. Elle donnerait tous les sortilèges du monde, et quelques chats noirs en prime, pour un repas en solo, dans une pièce tranquille avec un peu de musique douce en bruits de fond. Ça la changerait un peu.

Cet après-midi, réunion formelle avec tous les chefs des différents services. À priori beaucoup d'employés se plaignaient des conditions de travail. Pas des horaires, pas du manque de personnel, pas des salaires pourtant on aurait pu le croire, pas du nombre de dossiers à régler, non… Je te le donne en mille : des tableaux-paysages de fenêtres des sous-sols et bureaux clos. Ces idiots n'étaient pas capables de se mettre d'accord sur le type de paysages : mer, montagne, forêt, campagne, plage… et le temps : neige, pluie, soleil… et ils voulaient que les techniciens fassent tous les tableaux à la fois, à la demande… Et l'organisation du service ne permettait pas de transmettre plus de deux paysages et deux conditions climatiques en même temps… ce qui aurait solutionné le problème facilement. Faut se méfier, pas me les mettre à dos, lors de leurs dernières revendications, alors qu'elle n'était pas encore Présidente, ils ont appuyé leurs demandes par un mois et demi d'ouragans sur les Keys. Impossible de poser une feuille sur un bureau sans qu'elle ne s'envole, sans compter le nombre de personnes ayant attrapé la grippe en plein mois de juillet. Une révolution dans le MACUSA. Un sujet à ne surtout pas négliger. On va dire deux heures… au moins.

Ensuite,… repos. Dix minutes. Bien mérité, après avoir écouté attentivement, enfin d'après eux, tous ces idiots pompeux. Je suis un bon soldat, Commandant, je sais faire plaisir aux troupes… Thé, arrosé d'une goutte de tonic, il faudrait bien ça pour se remonter.

Bon, mon planning… Ah, oui : ensuite, réunion salle Mungo MacDuff au deuxième sous-sol, bâtiment A, réunion mensuelle de la réunion de la Commission de Régulation des Créatures Magiques. Quelle drôle d'idée d'avoir donné à la salle de rencontre pour les ambassadeurs le nom d'un auror, même l'un des douze premiers américain, connu pour jeter des sorts puis discuter, s'il en avait envie, avec les cadavres. Ses notes… où Marjorie a-t-elle bien pu les mettre, nom d'un boursouffle pêteur… ha les voilà… trois sujets. Un, l'élimination du dragon, qui vit là bas dans le désert, du côté des Réserves… une espèce en danger de disparition d'après les Natifs, mais un danger pour tous sorciers d'après la loi. Elle allait bien trouver quelqu'un pour lui expliquer très sérieusement qu'il fallait trouver de l'argent pour le sauver. Si elle cherchait à le sauver, l'opinion publique la lyncherait en apprenant une dépense inutile. Ces hurluberlus sont bien mignons, qu'est-ce qu'ils croient… qu'elle le créait l'argent ? Quinze minutes, quoique, ils vont vouloir discuter… vingt minutes, pas une de plus. Deux, la peste à pustules des Rougarous. Juste cette espèce connue pour sa dangerosité et son amour de la viande humaine, pourtant défendue ardemment par les habitants du Bayou. Ces illuminés devraient pourtant être les premiers à vouloir son extinction. Elle devait avouer qu'elle aussi ne voulait la fin de cette espèce, mais cela tenait uniquement du fait qu'une de ces créatures avait donné un poil pour faire le cœur de sa baguette. Maladie pas contagieuse aux sorciers, autres animaux et même non-maj's… aucun intérêt… si les Rougarous devaient mourir, on ferait un petit sortilège de combustion pour faire disparaître les cadavres… pas de moyens pour rechercher un traitement pour quelques bestioles sans intérêt pour la plupart des sorciers… dix minutes. Trois, un message de Grande-Bretagne. Un certain Norblet, non Norbert Drago… Dragoneau, qu'est-ce qu'elle écrit mal des fois… bref, un de ces amoureux des créatures qui a pour projet de venir ici. Mais,qu'est-ce qu'ils ont là-bas, ils peuvent pas les garder leurs dingues ! D'abord Grindelwald, maintenant ce Dragoneau… Faudrait expliquer à tous ces gens du vieux continent qu'ils devraient s'occuper eux-mêmes de leurs abrutis sans les lui envoyer… C'est pas vrai, quoi ? Et d'abord qu'est-ce qu'il a de spécial ce Dragoneau pour qu'il mérite un signalement prioritaire ? Ah oui, le petit frère d'un de leurs héros de guerre… Bon, je verrai bien. Vingt minutes. Si elle gère bien, une heure en tout et elle était tranquille jusqu'à la prochaine catastrophe qui devrait arriver… Trop tôt.

Et elle finit par son courrier. Certains pourraient croire que c'était une chose simple et aisée, mais ces personnes n'avaient pas à communiquer avec les mêmes personnes qu'elle.

- OK, Seraphina, hauts les coeurs, tu vas y arriver… Courage, ma fille ! Il te reste à peu près deux ans.

Ce soir, quand elle rentrerait enfin chez elle… Plus rien, lumières tamisées, elle se laisserait tomber dans son fauteuil préféré et regarderait les vagues. En priant pour qu'aucun hibou ne juge utile de lui apporter un message urgent. Bref, un jour comme tous les autres. Puis, les enfants couchés, souper romantique avec Stephen et dodo, elle serait trop fatiguée pour la bagatelle...

En attendant que Marjorie fasse entrer son premier rendez-vous de sa longue journée, elle ramassa ce qui venait d'attirer son regard sur le sol… Une plume de corbeau.