Disclamer : Les Animaux Fantastiques et Harry Potter ne sont pas à moi. Ce qui est tant mieux pour les personnages de JKR vu mes tendances à traumatiser mes personnages.

Titre : Noir ramage.

Résumé : Lorsqu'elle avait accepté ce job, elle pensait à un boulot long, mais qui au final serait assez simple. Trouver un traitre et le livrer au MACUSA, quoi de plus facile dans son boulot ? C'était sans compter un passé qui refuse de mourir et un mage noir qui est bien décidé à faire des siennes. Le pire dans l'histoire ? C'est que si elle l'avait su, elle aurait dit oui quand même.

Note : Voici le nouveau chapitre. Bonne lecture et merci aux lecteurs et à ceux qui prennent le temps de laisser un message.


Il est dans notre nature de juger ceux qui nous entourent. Nous jugeons la façon dont des inconnus s'habillent, la façon dont nos voisins entretiennent leur pelouse, et la façon dont nos amis se comportent en public. Oui, nous portons constamment ce genre de jugement… Sans qu'il nous vienne jamais à l'esprit qu'un jour nous serons peut-être jugés. Oui, il est dans notre nature de juger ceux qui nous entourent. Tout comme il est dans notre nature de faire endosser aux autres la responsabilité de nos erreurs.

-Mercy Lecay à un suspect en 1922.


Chapitre 17 : June Duclercq, ou la différence.

June ne savait pas si elle devait véritablement être surprise. Tous les demandeurs d'un rendez-vous pour l'Agence Lecay subissait une discrète et efficace enquête. June n'avait pas été contente lorsqu'elle avait découvert que Mercy avait organisé cette mesure de sécurité pour la Lune Bleue également. Pas contente, mais pas surprise non plus. Son amie était une ancienne auror qui partait du principe qu'il valait mieux être paranoïaque et vivante que confiante et morte. Dans le fond, elle aurait même été étonnée si la Cajun n'avait pas pris toutes les précautions qui lui venaient à l'esprit pour protéger l'école et ses occupants. Voici ce qui expliquait pourquoi elle était ici en sachant parfaitement que la femme devant elle avait pris un rendez-vous sous un faux nom.

Morgane Graves, sœur du très renommé Directeur de la Sécurité Magique du MACUSA, Percival Graves, se voulait être un parfait exemple de la femme généreuse : elle était connue dans tout le pays pour ses galas de charité. Et dans les minorités qu'elle disait défendre, pour n'effleurer que la surface du problème au lieu de chercher à le résoudre. June n'était pas née dans une minorité, du moins, pas à la Nouvelle-Orléans. Mais, de par sa nature même, elle en faisait partie. Et elle trouvait le discours de cette femme aussi bien rodé que dénué d'intérêt. Elle ne comprenait pas que certaines familles n'osaient pas envoyer leurs enfants étudier dans des écoles fédérales de peur qu'ils y soient lynchés ! Le meilleur exemple était celui des Good. Leur ancêtre, Dorothy Good, avait été emprisonnée à l'âge de quatre ans parce qu'elle parlait aux serpents et que deux non-maj's en avait parlé lors des procès de Salem. Sa mère, Sarah, qui était une carcmol, avait été pendue lors de ces mêmes procès. Et le cas de sa petite sœur, Mercy, était tout aussi tragique vu qu'elle n'avait même pas vécu quatre mois et avait passé toute son existence emprisonnée. Même chez les sorciers, parler la langue des serpents était très mal vu, pour ne pas dire synonyme de magie noire pour la majorité. Et le Fourchelang était un don héréditaire, même s'il pouvait être enseigné. Voilà pourquoi les Good se mélangeaient peu aux autres sorciers et restaient « cloitrés » au sein du Coven de Salem depuis plus de deux siècles. Et ce n'était que le cas le plus évident de l'utilité de l'école de la Lune Bleue, primordiale pour que tous les sorciers aient le droit à une solide éducation et pourquoi les trois Covens existant aux États-Unis avaient uni leurs forces dans un seul but commun : créer cette école, c'était son rêve, mais, c'était aussi l'espoir pour une partie de la population magique.

-Qu'est-ce que cela fait d'être une sorcière du troisième cercle ? Lui demanda-t-elle d'un ton un peu pompeux.

-Qu'est-ce que cela fait d'être pleine de préjugés et sans savoir-vivre ? Rétorqua June un peu froissée.

Les sorciers étaient répartis en trois cercles, servant à mesurer la puissance brute. Le premier cercle comprenait les plus faible, ceux qui étaient quasiment des cracmols. Le deuxième, la majorité des sorciers, monsieur et madame tout-le-monde. Et le troisième était pour ceux ayant une capacité inée. Il pouvait arriver qu'un sorcier du deuxième cercle soit plus fort qu'un du troisième pour la simple et bonne raison que la puissance ne faisait pas tout. L'entraînement comptait. Et certains sorciers du troisième cercle avaient une capacité endormie, ce qui voulait dire qu'elle était trop faible pour être utilisée ou même détectable par la majorité des personnes. Et puis, Mademoiselle Graves l'ignorait peut-être, mais, c'était très impoli de poser des questions sur les pouvoirs d'une sorcière inée. June planta un regard aussi ferme que décidé dans les yeux de sa visiteuse qui finit par baisser les yeux.

Tous les êtres vivants respectent une hiérarchie au sein de leur société. On pouvait les classer en quatre catégories : les Alphas, ceux qui commandent et protègent, les Dominants, les Soumis et les Omega. Les Alphas n'ayant pas besoin d'être des dominants. Oui, c'était très schématisé, mais, il faudrait des jours pour expliquer la version plus complète. En parlant du rôle du Bêta qui seconde l'Alpha, ou celui des Soumis qui permettent de maintenir un certain équilibre et un environnement sain… Tout cela pour venir au fait que si Morgane Graves avait baissé les yeux, c'était parce qu'inconsciemment, elle reconnaissait la dominance de June. Ce qui satisfaisait cette dernière. En tant qu'Animagus louve, son double animal avait besoin d'une hiérarchie très claire. Et sa louve aimait que pas avoir à se soumettre devant une femme qui était officiellement supérieure à elle, mais au niveau puissance brute plus faible.

-Ma mère ne voudra jamais, avoua Morgane Graves.

Tout dans son comportement indiquait une femme faussement dominante, en fait soumise à tout : sa mère, la société, les habitudes, les bonnes manières,… un carcan plus puissant que tout ce qui pouvait être imaginé par le plus dominateur des dictateurs de l'histoire. June aurait pu rester glaciale, mais, il y avait quelque chose d'autre. Cette femme n'était pas la première adulte à venir ici, taisant le problème qui la poussait à cette démarche. Elle avait choisi de réciter une leçon qu'on lui avait répété tant de fois. La question était : qui était un sorcier du troisième cercle ayant dû cacher sa véritable nature ? Elle… Ou un autre de ses proches. Ce n'était pas le genre de choses que les gens confessaient s'ils ne le voulaient pas. Parfois, c'était à cause de la nature même de leur don, d'autre fois parce qu'ils savaient que certains de leurs proches n'accepteraient jamais leur particularité. Dans tous les cas, même si on pouvait les encourager, il fallait ne pas les brusquer.

-Ne vous trompez pas, c'est une bonne mère. Elle a toujours voulu nous protéger, Percival, Hector et moi.

Un instant, June eut la pensée que c'était peut-être le Percival de Mercy dont parlait sa visiteuse, ce même Percival qui avait dans ses proches une demoiselle ayant un don inné, mais, elle chassa cette pensée. Il y avait plus d'une personne à porter ce prénom. Et elle ne savait rien de lui à part son prénom et celui de sa nièce. Et elle connaissait le nom de cette dernière pour la simple et bonne raison qu'elle était une sorcière du troisième cercle et qu'elle n'avait personne dans son entourage pour l'aider. Mais cela était une autre histoire.

Quant à cette histoire d'une mère voulant protéger ses enfants… Jamais, elle ne voudrait lui jeter la pierre. Elle aurait voulu avoir une mère comme cela. À la place, elle avait eu une mère qui la voyait uniquement comme un moyen d'augmenter sa pension alimentaire. Une mère qui était trop terrifiée par les pouvoirs de son propre enfant pour l'aimer.

-Mais, elle tient aux apparences. C'est…

Morgane Graves prit une grande inspiration. Elle ne devait pas avoir l'habitude de parler de tout cela à quelqu'un. Mais, June avait surtout l'impression qu'elle cherchait à justifier le fait de venir ici sans en parler à quiconque et surtout pas à sa mère. Pour aider cette femme, June devait lui parler de son passé.

-La mienne n'a pas supporté l'idée que je sois une Pyrokinétique. Elle voulait me déposer devant n'importe quelle bâtisse du bayou, et lorsque mon père a refusé, elle l'a trainé dans la boue avant de divorcer.

Lorsque sa visiteuse ouvrit la bouche sans doute pour une phrase plate de consolations, June leva la main pour y couper court. Elle était une adulte, elle allait se marier et était directrice d'une école, elle n'avait pas à être triste parce que sa mère n'avait pas su l'aimer. Ce fut autour de June de prendre une grande respiration, elle tendit sa main vers sa visiteuse, paume vers le haut et fit apparaître une flamme. Ensuite, elle lui fit prendre des formes différentes. Animaux, fleurs, runes… La flamme changeait de forme de façon gracieuse et délicate. Il était loin le temps où elle ne se contrôlait pas, mettant le feu lorsqu'elle subissait une émotion violente. Mademoiselle Graves regardait le feu fascinée…

-Ma nièce pourrait-elle faire cela ? Il y avait un soupçon de joie et d'espoir dans sa voix. Elle était partagée, ses réticences héritées de toute son éducation et un voile qui se déchirait devant ses yeux : la magie de la découverte, de l'émerveillement devant la nouveauté.

June faisait semblant de ne pas avoir remarqué qu'elle venait de faire tomber les barrières de cette femme. L'avantage d'être née dans la haute bourgeoisie, c'était d'être toujours parfaitement préparée pour ignorer l'éléphant dans la pièce.

-Tout dépend de son pouvoir. Dorothy Good, une des plus grande guérisseuse de notre pays était Fourchelang, capable de soigner la majorité des empoisonnements grâce à son étude des venins. J'ai une amie Nécromancienne qui utilise son pouvoir pour permettre aux morts de dire un dernier « au revoir » à leurs proches. Ce qu'elle fera de son pouvoir, ne dépendra que d'une seule personne : elle.

June marqua une pause. Depuis le temps, elle avait appris comment faire pour pousser les gens à parler des squelettes dans leur placard.

-Quel âge a-t-elle ?

-Quatorze ans.

-Bien.

-Comment cela « bien » ? Fit Morgane Graves de façon plutôt agressive.

Très bien, elle prenait instinctivement la défense de la petite. Elle serait un atout dans la partie de bras de fer qui allait s'engager avec sa famille pour lui permettre d'étudier et de s'épanouir.

-Soit elle n'est pas très puissante, soit elle a déjà appris par elle-même à cacher ses pouvoirs. Dans ces deux cas, elle n'aura pas du mal à les contrôler, donc à apprendre comment les utiliser.

Ce n'était pas tout à fait faux. En réalité, même si elle n'était pas très puissante, cela voulait dire que cet enfant avait déjà quelqu'un pour l'aider et lui apprendre à maitriser ses pouvoirs parce qu'elle avait accepté ce qu'elle était. Ce qui voulait dire qu'elle en avait parlé à un tiers, sans doute un sorcier du troisième cercle. Et si elle en avait parlé, c'était qu'elle était psychologiquement prête à apprendre. Il y avait aussi l'hypothèse que sa capacité soit « endormie », mais, dans ce cas-là, à part une bizarrerie liée à son pouvoir, personne n'aurait rien vu, pas même l'enfant. Et elle venait d'une famille suffisamment riche et influente pour que les sorciers noirs ne s'attaquent pas à elle. Que faisaient-ils des sorciers du troisième cercle solitaires et trop faibles pour user de leur pouvoir ? Disons que quand Mercy disait avoir marché dans le sang de ses semblables, ce n'était pas qu'une image.

-C'est une bonne nouvelle ?

Toujours une note d'espérance dans sa voix. C'était plus une question qu'une affirmation. Elle cherchait à se rassurer.

-Si vous voulez aider votre nièce, il faut que vous réfléchissiez comme elle. Si vous avez peur de la réaction de votre mère à l'idée qu'elle ne marche pas dans des traces pré-définies, comment réagira une enfant de quatorze ans ?

June marqua une nouvelle pause avant de reprendre.

-Sait-elle que vous cherchez à l'aider ? Non, bien sûr que non. Si c'était le cas, elle vous accompagnerait à cette entrevue.

Et elle ne lui aurait pas donné un faux nom. Mais ça, June avait décidé de ne pas en faire la remarque avant même que cette femme franchisse son seuil.

-Elle ne peut pas venir étudier dans votre école. Ma mère, sa grand-mère, n'acceptera jamais. Elle n'accepte déjà pas que Percival récupère sa garde alors qu'Hector ne s'occupe pas de son propre enfant. Elle ne veut pas briser l'illusion de sa famille parfaite.

June hocha la tête. Elle n'avait pas prévu de la faire pleurer et pas besoin d'être une Empathe pour savoir que Morgane Graves ne savait plus quoi faire. En lui faisant remarquer qu'elle n'avait jamais montré à sa nièce qu'elle était de son côté, June avait brisé la résistance de cette femme.

-Nous proposons des cours durant les vacances d'été, déclara doucement June. Il s'agit plus d'une excuse pour les élèves ne voulant pas rentrer chez eux que de vrais cours… Mais, votre nièce y sera la bienvenue.

Sa visiteuse releva la tête et June pensa qu'elle aussi avait des préjugés qu'elle devait dépasser. Ceux de cette femme étaient là pour cacher ce qu'elle pensait réellement, mais ceux de June était tout aussi blessants pour les autres. Elle aussi devait apprendre à passer outre ce qu'on lui avait appris pour pouvoir apprendre des autres.