Disclamer : Les Animaux Fantastiques et Harry Potter ne sont pas à moi. Ce qui est tant mieux pour les personnages de JKR vu mes tendances à traumatiser mes personnages.

Titre : Noir ramage.

Résumé : Lorsqu'elle avait accepté ce job, elle pensait à un boulot long, mais qui au final serait assez simple. Trouver un traitre et le livrer au MACUSA, quoi de plus facile dans son boulot ? C'était sans compter un passé qui refuse de mourir et un mage noir qui est bien décidé à faire des siennes. Le pire dans l'histoire ? C'est que si elle l'avait su, elle aurait dit oui quand même.


« Il arrive un moment où vous aimez quelqu'un, un point c'est tout. Pas parce qu'il est gentil, méchant ou quoi que ce soit d'autre. Vous l'aimez, point. Ça ne signifie pas que vous passerez le reste de votre vie avec lui. Ça signifie pas que vous ne vous ferez jamais mal mutuellement. Ça signifie juste que vous l'aimez. Parfois malgré ce qu'il est, et parfois à cause de ce qu'il est. Et vous savez qu'il vous aime en retour, parfois à cause de ce que vous êtes, et parfois malgré ce que vous êtes. »

- Liberté Lecay, guérisseuse traditionnelle, professeur de musique et fabricante de bijoux et d'artefacts.


Chapitre 18 : Mercy Lecay, ou Murphy a dit vrai.

Mercy raccrocha le téléphone. Elle n'était pas la seule sorcière à utiliser des machines non-maj's, mais elle avait noté que ce n'était pas le premier réflexe de ses semblables, même pour ceux nés au sein du monde non-magique. Alors, les chances que les criminels pensent à surveiller ce moyen de communication qui leur semblerait incongru était faible. Il fallait quand même qu'elle face attention à ce qu'elle disait à cause des demoiselles du téléphone, mais, cette invention non-maj' était quand même pratique. La situation la frustrait. Elle n'arrivait pas à avancer dans son enquête. Les faits étaient là, mais, elle n'avait pas de preuve. Alors, elle devait jouer l'une de ses dernières cartes. La carte qu'elle avait tout fait pour éviter jusqu'ici.

Une carte appelée « Magie Familiale ». Cette magie était à la fois capricieuse et incontrôlable dans le sens où l'on ne savait jamais où l'on mettait les pieds lorsque l'on l'utilisait. Même lorsque l'on ne l'utilise pas et qu'elle décide de rentrer dans la danse, d'ailleurs. Elle comptait « jouer » avec les liens métaphysiques qui la reliait avec un autre sorcier, et bien entendu, ce n'était pas sans conséquence : tous ceux avec qui elle partageait ce genre de lien pouvaient percevoir ce qu'elle faisait. Et, elle partageait ce genre de lien avec son Coven. Et à travers elle, la personne qu'elle allait contacter pourrait atteindre les autres membres de sa famille et de son Coven.

C'était pour cela que ce qu'elle allait faire entrait dans son top dix des mauvaises idées, et lorsqu'on sait ce qu'il y a dans cette liste… Disons que bon, il vaut mieux demander pardon que permission.

Et il fallait qu'elle se calme. Les choses n'allaient pas bien se passer si elle continuait à être aussi en colère. On ne mène pas seule le genre de rituel qu'elle projetait de faire si on n'était pas en paix avec soi-même. C'était bien trop dangereux. Mettre sa fureur en sourdine était facile pour elle. Après tout, la colère était une vieille amie de Mercy. Aussi loin qu'elle se souvienne, elle avait toujours préféré se mettre en colère que de pleurer. Et quelqu'un avait usurpé la place de l'homme qu'elle avait aimé, qu'elle aimait encore si on en croyait la douleur de son cœur et qu'elle aimerait toujours si elle écoutait ce que lui susurrait à l'oreille son cerveau... Il lui avait volé son identité, sa vie et semblait vouloir même la voler elle. Elle s'était peut-être mal exprimée, mais, c'était ainsi que ressentait les choses le corbeau qui partageait son corps depuis qu'elle était devenue une animagus. Et ce soir, une semaine après qu'il l'ait invité à diner, elle allait tenter le rite contraire de celui qu'elle avait fait il y a deux ans.

Pourquoi avoir attendu ? Pour deux bonnes raisons. Pour pouvoir s'assurer de la sécurité de la nièce de Percival sur le long terme : à une semaine de la rentrée, Amethyst aurait d'autres choses à faire qu'aller voir son oncle parce qu'une femme qu'elle n'avait pas vu depuis deux ans qui avait repris contact avec elle.

Et la seconde était qu'il lui fallait une nuit de pleine lune pour pouvoir utiliser ses pouvoirs de Clairvoyance. C'était de problème d'une capacité endormie : si elle était suffisamment forte pour pouvoir être utilisée, c'était sous certaines conditions et au cours d'un rituel scrupuleusement suivi. Et oui, avoir un pouvoir inné n'empêchait pas de devoir faire comme tout le monde : devoir attendre que les conditions soient favorables pour sa réalisation. Même si les sorciers lambas devaient faire ce rituel parce que justement, ils ne possédaient pas de dons à la naissance et que leur magie était la combinaison de facultés psychiques et d'un apprentissage long et difficile. Elle aussi avait dû apprendre, maîtriser un pouvoir inné peut-être hardu.

C'était en partie pour cela qu'adolescente, elle avait rejoint le Coven de la Nouvelle-Orléans. Les sorciers du troisième cercle aussi faibles qu'elle étaient des proies pour les sorciers noirs à cause de la puissance de leur sang et ce malgré la faiblesse de leur capacité innée, et à quinze ans, elle ne voulait déjà pas être une proie. Ou plutôt un cadavre vidé de son sang. Le mythe des vampires vidant totalement leurs proies de leur sang des non-maj's n'était que la perception par ceux-ci des pratiques des sorciers adeptes de la magie du sang. Ces créatures étaient la cause principale de ce type de mort : il n'y avait pas suffisamment de sang dans un corps humain pour satisfaire un sorcier et laisser sa victime vivre.

Ensuite, elle était devenue une Auror et c'était vers elle qu'on se tournait en cas de problème. Puis elle était rentrée dans les Forces Spéciales, et elle était devenue quelqu'un capable de traquer un de ses semblables à l'autre bout de la terre. Elle n'était pas quelqu'un de bien. Elle le savait et ne le cachait pas. Pourtant, Percival l'avait acceptée telle qu'elle était. Et elle l'avait accepté tel qu'il était. Lorsqu'elle avait dû faire un choix, il y a deux ans, partir était à la fois la meilleure et la pire chose qu'elle avait à faire.

La Magie familiale est une chose capricieuse. Lorsque Mercy avait quitté New-York, elle s'était rendue compte que quelque chose n'allait pas et c'était sa mère qui avait trouvé pourquoi elle s'affaiblissait : sa magie s'était liée avec celle d'un autre sorcier, les unissant par un authentique lien de couple, union intense reliant deux individus magiques. Généralement, il se formait par la volonté exprimée des deux protagonistes, mais, il arrivait qu'il se fasse de manière spontanée. Et c'était ce qui s'était passé pour Percival et elle. En tant que sorcier du deuxième cercle, il en avait été moins affecté qu'elle, mais, cela aurait fini par avoir des répercussions sur lui-aussi. Réunis ils étaient puissants, l'un puisant sa force dans l'existence de l'autre. En contre-partie, leur union était exclusive, pour toute leur vie, la magie familiale empêchant l'union avec plus d'une sorcière. Et c'était pour cela que les sorciers traditionalistes n'avait qu'un seul compagnon. Ce type de lien n'était pas quelque chose d'anodin. Expliquer son fonctionnement à quelqu'un qui n'en avait pas, ou n'avait pas conscience d'en avoir, était comme expliquer le concept des couleurs à un aveugle. Quand Morticia Graves avait découvert son origine, elle avait utilisé tous ses pouvoirs pour ruiner leur amour, entraînant leur rupture. Puis Mercy avait préféré briser leur lien de couple. Pas parce qu'elle voulait que Percival soit libre, mais parce qu'elle était égoïste et qu'elle savait qu'elle ne supporterait pas de le « sentir » heureux aux bras d'une autre. Parce que telle était une des contreparties de l'établissement d'un lien de couple. Du moins, si on l'utilisait comme on devait l'utiliser.

Leur lien… Ils n'avaient pas cherché à le former. Il s'était fait tout seul parce qu'inconsciemment ils le voulaient. Avec la Magie familiale, le proverbe « il faut se méfier des vœux que l'on fait» est plus que véridique. Bien entendu, elle s'en était rendu compte, mais, au départ, ce n'était pas grave, elle pensait passer toute sa vie avec Percival… Mais, elle était partie. Et elle avait dû régler ce problème. Elle ne pouvait pas s'en débarrasser complètement, pas, sans en parler à Graves et elle ne voulait même pas l'affronter pour lui dire « adieu », alors, lui dire qu'ils devaient faire un rituel…

Les gens parlent du chagrin comme si c'était quelque chose de doux, un sentiment fait de larmes. Mais la véritable peine n'a rien de doux. Elle vous brûle et vous tue, même si vous continuez à marcher et à respirer. Si vous vous laissez emporter par elle, vous marcherez sur une croute de terre, et à chaque pas, vous sentirez la lave en dessous, prête à vous engloutir. Nulle prière ne peut venir à bout du véritable chagrin. La seule chose à faire est de l'enterrer au fond de soi et de la laisser mourir. Mais, c'est une chose qui ne meure jamais totalement. Un rien peut rouvrir la plaie. Comme le souvenir de ce qui aurait pu être. Et dans le fond, Mercy se reprochait d'être partie, mais surtout, elle n'arrivait pas à pardonner à Percival de n'être pas venu la chercher perdant ces deux foutues années.

Elle termina de tracer un cercle de pouvoir. Et retint sa respiration le temps de l'activer. Les sorciers pouvaient être classés en quatre catégories, appelés également « Cercle ». La première comprenait les sorciers quasiment sans-pouvoirs. La deuxième comprenait monsieur et madame tout le monde. La troisième était ceux ayant une capacité innée et la dernière et quatrième était pour les sorciers ayant un sang de créatures. Étant du troisième cercle, malgré la faiblesse de sa Clairvoyance (1), elle était suffisamment puissante pour ne pas pouvoir se permettre une erreur. Dans son cas, cela serait une erreur fatale. Plus on était puissant en Magie, moins on pouvait se permettre d'être dans l'à peu près, la loi du retour de bâton en quelques sortes, alias « la règle de trois ». Oui, elle faisait bien référence à cette règle informelle de magie qui voulait que tout sort revient à celui qui l'utilise multiplié pour trois. Mercy plaça de l'encens de Myrte pour aider sa méditation au quatre points cardinaux. À côté, un bol contenant un peu des quatre éléments : terre, eau, feu, air. Pour sa magie familiale, elle sortit de son fourreau le sabre d'argent : un sabre d'abordage composé d'acier et d'argent, ayant la capacité de tout trancher, forcé par les Gobelins pour son ancêtre au XVIe siècle. C'était le plus vieux artefact de sa famille et elle en avait hérité de son grand-père. Elle s'assit en tailleur au centre du cercle, l'arme posée en équilibre sur ses genoux. Dans un rituel, les symboles étaient plus importants encore qu'une incantation. Et elle ferma les yeux.

Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas fait cela. Lorsqu'elle était petite fille, le dimanche matin, c'était messe et l'après-midi, méditation avec sa mère. Mais pas n'importe laquelle, celle qui permet de « voyager » dans son propre esprit. C'était cette méditation qui servait de base pour protéger son esprit des intrus. Oui, les Arts de l'Esprits étaient quelque chose d'incontournable pour Liberté Lecay. Et comme les potions, elle avait été intransigeante avec sa fille sur ce sujet. « Grogne si tu le veux, ma fille, mais, ces choses peuvent te sauver la vie », lui avait-elle dit un nombre incalculable de fois. Et c'était vrai. Les défenses de son esprit n'étaient pas de celles que l'on apprend à l'école d'Aurors, et les Potions… Elle en avait toujours sur elle, comme un moyen supplémentaire de se défendre ou attaquer. Parce que quoiqu'en pense les Bleus, parfois, on ne peut pas jeter des sorts et une bonne potion peut alors vous sauver la mise.

De longues minutes s'écoulèrent avant qu'elle ne trouve le calme nécessaire à l'accomplissement de son rituel. Lorsqu'elle y arriva, elle se laissa aller dans son propre esprit.

Son esprit avait pour elle l'aspect rassurant du bayou et c'était aussi sa ligne de défense : un marais où l'on ne pouvait que se perdre si on ne savait pas où aller. Si un intrus voulait explorer sans crainte son esprit, il devait capturer la représentation psychique de son animagus. Inutile de préciser que l'avantage d'abriter un corbeau étant qu'il pouvait s'envoler à plusieurs mètres du sol sans problème, volant, virevoltant, fuyant et brisant les oreilles de son poursuivant… Et que pour passer son barrage mental, il fallait l'attraper. Tant que ce n'était pas fait, on pouvait errer éternellement dans son bayou spirituel. Sans crainte, elle avança à travers les arbres. Elle avait enterré ce qu'elle cherchait au plus profond de son esprit, elle n'était pas certaine de pouvoir le récupérer du premier coup. Une fois à destination, elle regarda l'oubliette. Il s'agissait d'une plaque de métal ronde sertie dans le sol, au milieu d'une clairière. Elle savait qu'elle était à un point de non-retour. Si elle continuait, elle libérerait ce qu'elle y avait emprisonné. À cette idée, elle sentit une terreur sans nom la parcourir. Même si elle survivait à tout ce foutoir, elle n'était pas certaine d'avoir la force de rendre une seconde fois sa liberté à Percival.

Sans trouver la force de bouger, elle se concentra sur le message que son subconscient lui délivrait par la symbolique de l'oubliette. Le terme « oubliette », d'origine française, désigne un endroit où l'on met les gens que l'on veut oublier, et de manière moins poétique et plus concrète, ceux que l'on n'a pas l'intention de laisser s'en échapper un jour. Traditionnellement, il s'agit d'un trou assez profond pour que personne ne puisse ressortir. On jette les prisonniers dedans et ensuite, plus besoin de s'occuper d'eux. Pourquoi ses pas l'avait-ils conduite jusque là ? Ce n'était pas là où elle voulait aller, mais… C'était là qu'il y avait tous les souvenirs des choses qui la tourmentaient. Les vies qu'elles avaient prises, celles qu'elle n'avaient pas pu sauver… Et tout ce qui l'avait blessée. Peut-être que si, c'était bien là qu'elle devait aller. Ce ne serait pas surprenant que sa plus grande peine se trouve avec ses tourments.

La peur au ventre, elle ouvrit la trape et regarda le néant. Il n'y avait ni corde ni escalier pour lui permettre une descente sécurisée. Si elle avait aussi maligne qu'elle le pensait, elle aurait refermé ce passage et serait retournée d'où elle venait. Au cours de sa carrière, elle avait vu des choses terribles et n'avait aucune envie de les revivre. Elle prit une grande respiration.

-Je vous salue Marie, pleine de grâces ; Le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pêcheurs, maintenant et à l'heure de notre Mort. Amen, pria-t-elle.

Ces mots avaient bercé ses dimanche matins. Ils étaient familiers et rassurants. En répétant encore et encore cette prière, elle se sentit plus forte. Elle savait que ce n'était qu'une illusion, mais, dans son cas, c'était ce qui lui permettrait de suivre son propre plan. Elle ferma les yeux et sauta dans le vide.


(1)La capacité de clairvoyance permet de voir au-delà des apparences ainsi que des choses invisibles. Généralement, les clairvoyants sont considérés comme des illuminés. Ce pouvoir permet aussi de voir une entité. Les clairvoyants peuvent aussi avoir des pressentiments ou tout simplement savoir qu'une chose est, ou va arriver sans pouvoir expliquer pourquoi. Cassandre en est l'exemple le plus connu, et on peut pas dire que ce fut une réussite ou une bénédiction...