Disclamer : Les Animaux Fantastiques et Harry Potter ne sont pas à moi. Ce qui est tant mieux pour les personnages de JKR vu mes tendances à traumatiser mes personnages.

Titre : Noir ramage.

Résumé : Lorsqu'elle avait accepté ce job, elle pensait à un boulot long, mais qui au final serait assez simple. Trouver un traitre et le livrer au MACUSA, quoi de plus facile dans son boulot ? C'était sans compter un passé qui refuse de mourir et un mage noir qui est bien décidé à faire des siennes. Le pire dans l'histoire ? C'est que si elle l'avait su, elle aurait dit oui quand même.


« La femme est la désolation du sage et le tourment de l'homme occupé. »

-Henri-Frédéric Amiel, Journal intime, le 18 novembre 1869.


Chapitre 19 : Percival Graves, ou neige et bayou.

Il somnolait. Depuis qu'il était enfermé en permanence, il avait pris l'habitude de beaucoup somnoler. L'ennui. La solitude. La non-sollicitation de ses sens. Ça passait le temps, ça permettait d'oublier la douleur, les pressions, les pensées morbides, les remords,… Il s'évadait en pensées, envisageant le reste de sa vie, ce que serait sa libération et sa renaissance. Mercy. Forcément avec Mercy. Il devrait la retrouver et se faire pardonner. Pour l'instant, il somnolait, sentant le vide de l'oubli bénéfique, l'envahir et le protéger de Grindelwald et de sa situation actuelle. Il était seul, marchant au beau milieu d'un champ de neige. Malgré le froid qui le faisait expirer de la buée, il ne se sentait pas frigorifié. Pourtant, il était juste en pantalon et chemise et n'avait même pas de chaussures. C'était étrange, pourtant, il n'avait pas peur. Il avait l'impression que…Une douce chaleur commençait à le pénétrer. Non, ce n'était pas possible. Et pourtant, maintenant, il entendait plus clairement une voix familière l'appeler. Et vu son ton, ce n'était pas la première fois qu'elle le faisait.

-Par tous les Esprits du Bayou, Percival !

Il eut un petit sourire en reconnaissant la voix de Mercy. Mais, il avait beau regarder partout, elle n'était nulle part. Le soleil brillait quelque part et il ressentait la chaleur de ses rayons. Paresseusement, il entrouvrit les yeux, il ne reconnaissait pas le paysage mais il se sentait bien, en confiance. Il ouvrit plus largement les yeux, cherchany Mercy des yeux.

-Écoutes-moi, au lieu de rêvasser ! La nuit ne durera pas éternellement ! Je ne peux pas faire plus parce que… J'aurais dû t'en parler lorsque je m'en suis aperçue, mais par chance, cette faille dans tes barrières psychiques ne peut être utilisée que par moi.

Il y avait quelque chose dans la voix de Mercy qui lui disait qu'elle s'attendait à ce qu'il soit en colère contre elle. Au début, il se dit qu'il n'y avait pas de quoi, puis, il réalisa ce qu'elle venait de lui dire.

-J'aurais dû… J'aurais dû faire tellement de choses, Perce…

Maintenant, il avait trouvé la direction d'où venait cette voix et il avançait vers elle. Il écoutait d'une oreille distraite les excuses de Mercy pendant qu'il continuait à la chercher. Il finit par arriver sur le bord d'une mare gelée.

-Je… Perce, je sais que je t'en demande beaucoup, mais, il faut me faire confiance. Il faut que tu viennes jusqu'à moi.

Ce n'était pas son reflet qu'il pouvait observer dans la glace, mais, celui de Mercy avec en arrière plan le Bayou louisianais. Il se rappelait encore le jour où elle lui avait fait visiter celui à côté de la Nouvelle-Orléans. Ce jour-là, elle portait une robe bleue toute simple qui mettait en valeur sa beauté naturelle bien plus que tout ce que les vêtements les plus luxueux du monde auraient pu le faire. Mais, il était tout sauf objectif dès qu'on parlait d'elle. Elle tendit une main vers lui. C'était un geste implorant, mais, il la connaissait très bien. Quoiqu'elle ait fait, pour qu'elle vienne le voir en implorant son pardon, cela devait être grave.

-Qu'as-tu fait, Mercy ? Il ne voyait pas ce qu'il pouvait avoir à lui pardonner.

Elle se mordit la lèvre et baissa les yeux. Si elle venait de tuer quelqu'un, il n'était ni en état ni en position de l'aider.

-Lorsque je suis partie… La magie familiale est vraiment… Sans que nous le sachions, un lien de couple s'est formé entre nous.

En théorie, il savait ce qu'était un lien de couple. Mais, il ignorait que ce genre de chose pouvait se mettre en place à l'insu de quelqu'un. D'un autre côté, Mercy était une sorcière du troisième cercle, et ces sorciers-là avait la fâcheuse tendance à ne pas respecter les mêmes règles que les autres.

-Je l'ai brisé, avoua-t-elle. Je pensais… Je…

Perdue. Mercy semblait perdue. C'était l'une de ses personnes capables de trouver un plan de secours en moins de trois secondes. Une de ses personnes qui arrivaient toujours à sortir son épingle du jeu, et pourtant… Elle semblait ne pas savoir comment agir. Elle ne lui tendait plus la main et semblait prête à prendre la fuite.

-Mercy, la coupa-t-il.

Elle avait sursauté. Ce n'était pas surprenant. Il avait utilisé le ton cassant qu'il utilisait pour rappeler ses aurors à l'ordre. Un ton qui disait clairement qui commandait ici. Et même lorsqu'elle travaillait encore comme auror sous ses ordres, il n'avait jamais eu besoin de l'utiliser avec elle.

-Je suis sur le point de dire le truc le plus égoïste de ma vie. Tu as besoin de l'entendre. Je t'aime, Mercy. Alors, tu peux pleurer, fuir une nouvelle fois, je m'en moque. Si je m'en sors, plus jamais je te laisserais partir. Je veux que tu sois à côté de moi quand je me réveille ! J'ai envie d'arrêter ces conneries de gamineries ! J'ai envie de te faire l'amour pendant des années. J'ai envie d'avoir des enfants qui auront tes yeux couleur bayou ! Il n'y a qu'avec toi que je ressens cela ! Et toi ? Combien de fois t'es-tu trompée ? Combien de fois as-tu passé la nuit avec quelqu'un en te disant : « je n'ai plus envie de dormir avec quelqu'un d'autre » ? Crois-tu que cela arrive tous les jours ? Alors, je n'en ai rien à foutre du destin ! Nous deux, on n'en a pas fini !

Elle le regarda comme s'il venait de la frapper. Sans aucun doute parce qu'il avait parlé avec son cœur et que c'était une chose qu'il ne faisait jamais. Il n'était pas de ces gens qui se livrent et ne le serait sans doute jamais, mais elle, c'était Mercy. Sa Mercy. Elle n'avait pas bougé, ce qui lui donnait l'espoir qu'en effet, ce ne soit pas fini. Et à cet instant, il aurait donné n'importe quoi pour la toucher. Alors, il obéit à cette pulsion qui lui disait que Mercy était à lui et rien qu'à lui et il mit toutes les forces magiques qu'il lui restait pour briser la glace qui les séparait. Il y eu un éclair blanc, puis quand il rouvrit les yeux, elle était en face de lui. Le décor avait changé. Là, où il était, c'était toujours une plaine enneigée. Mais là, où se tenait Mercy, c'était le bayou. Elle lui souriait et pleurait en même temps. Elle tenait entre ses mains une corde dorée. C'était une pauvre chose usée, renouée à la hâte à plusieurs endroits, juste pour éviter qu'elle ne cède sous la pression. Non. Il y avait des traces de dents, de griffes, de coup de couteaux, comme si on avait tenté à plusieurs reprises de la rompre, mais une main habile avait fait des nœuds tout du long pour la rendre plus renforcer.

-Une guirlande de Noël, Perce ?

C'était une douce moquerie. Il se rendit compte que cela faisait deux ans qu'il aurait tout donné juste pour entendre Mercy lui dire une chose de ce genre. Et maintenant, il sentait des choses… Qui venaient de Mercy. Une odeur d'encens, une douleur dans les jambes causée par un manque de mouvements…

-D'après ma grand-mère, l'utilisation d'un lien de couple pour les sorciers du troisième cercle est instinctif. J'ignore si je saurai t'aider à apprendre à te protéger de moi, mais… Enchaina-t-elle sans lui laisser le temps de répliquer.

-Tu connais quelqu'un ?

Il s'agissait autant d'une taquinerie que d'une vérité. Mercy connaissait toujours quelqu'un. Vous voulez relever un mort ? Elle connaissait quelqu'un. Vous voulez tout savoir sur une personne ? Elle connaissait quelqu'un. Vous voulez un professeur pour apprendre une forme de magie très particulière ? Elle connaissait quelqu'un. Vous ne voulez pas faire vos courses ? Elle connaissait quelqu'un. Chaque jour, il remerciait qu'elle ne se lève pas avec une envie de dominer le monde, car elle connaissait toutes les personnes qui auraient pu l'y aider. Oui, c'était une vraie chance que rien qu'à l'idée de la paperasserie que cela entrainerait, Mercy ait des frissons d'horreur.

-Pour chaque personne, les liens métaphysiques la reliant aux autres sont différents, c'est…

-Quel est ton plan ? La coupa-t-il.

Parce que si elle faisait cela, c'était qu'elle avait un plan et si elle avait un plan, il avait une petite chance de s'en sortir. Quoiqu'avec le culot et la chance de Mercy, ce n'était pas qu'une petite chance.

-Comme je te l'ai dit plus tôt, ce lien créé une ouverture entre nous deux, une faille dans nos barrières d'occlumancie, expliqua-t-elle. Faille que nous sommes les seuls capables d'exploiter.

Elle continua dans une explication des avantages et des inconvénients qu'il y avait à avoir ce genre de lien, mais, il sentit quelque chose d'autre… Comme de multiples présences… elles ne l'importunaient pas, elles étaient juste là, présentes, curieuses et en même temps un peu réconfortantes… étrange.

-Mercy…

-C'est les membres de mon Coven. Ils ont senti la création de notre lien, et ils viennent voir… expliqua-t-elle.

-Mercy…

-Rassure-toi ! Ils ne peuvent pas avoir accès à tes pensées, ils ne savent même pas qui tu es, ils… murmura-t-elle un peu anxieuse de sa réaction.

-Mercy…

Elle s'arrêta de parler. Rien qu'à la façon dont il avait dit son nom, elle avait compris qu'il n'était pas d'humeur pour l'un de ses petits jeux. Cette femme est la seule personne capable de lui faire perdre patience. Elle lui donnait des informations morceaux par morceaux et seulement parce qu'elle n'en avait pas le choix.

-Tu as des liens avec eux uniquement à travers moi. La seule personne, autre que moi-même, qui serait capable t'utiliser notre lieu pour t'atteindre, c'est notre Suprême.

-Notre Suprême ?

-Oui, je sais, ce nom était déjà démodé au Moyen-Âge, mais, c'est un moyen simple de différencier la Grande Prêtresse Vaudou de la Nouvelle-Orléans, Mama Marie, et la Grande Prêtresse du Coven de la Nouvelle-Orléans, Mama Louise.

-Et c'est cette dernière que tu appelles « Suprême ».

-Graves, tu as le don de souligner l'évidence.

Il est vrai que le titre Suprême servait aux membres d'un Coven à parler de leur chef sans dire « Le Grand Prêtre » ou « La Grande Prêtresse », mais, avant aujourd'hui, il n'avait entendu ce terme que dans les livres d'histoires. Quant à la remarque de Mercy, il choisit de l'ignorer. C'était l'un de leur plaisir mutuel de chercher la bagarre avec l'autre, mais, ce n'était pas le moment. Ce qui était dommage, car il aimait bien la lueur dans ses yeux quand ils jouaient à celui-qui-fera-le-plus-tourner-l'autre-bourrique-a-gagné.

-Tu as rencontré…

-Ton double maléfique ? Un homme charmant qui hésitait déjà entre me frapper ou battre en retraite avant la fin des entrées.

-Comment as-tu su que ce n'était pas moi ?

-J'ai eu un doute après notre première rencontre, puis, il y a eu cette discussion avec Bluesky qui a confirmé ton changement de caractère et Gnarlak m'a conseillée de fuir sans me retourner… Conseil curieux quand on sait qu'il ne m'aime pas et que je lui rends la pareille. Et puis, cet homme se faisant passer pour toi m'a dit que j'avais les yeux noisettes et qu'il aimait la couleur de ma robe.

Dire à Mercy qu'elle avait les yeux noisettes était l'un des meilleurs moyens pour se prendre son poing dans la figure. Elle détestait qu'on les définisse ainsi, et si on lui disait qu'elle avait les yeux verts, elle répliquait qu'ils étaient caca d'oie. Lui, il était d'accord avec elle. Ses yeux n'étaient pas verts, pas bruns, pas noisette… Ils avaient la couleur du bayou et lorsqu'elle riait, ils en avaient même la chaleur.

-Il s'agit de Grindelwald, Mercy.

Elle le regarda sans sourciller. Ce n'était pas une information à prendre à la légère. Ce mage noir qui s'en prenait théoriquement uniquement aux non-maj's, avait commis des actes terroristes puis avait disparu pendant deux ans. Il avait mis en péril le secret magique de diverses manières. Le fait qu'il soit à New-York n'était pas une bonne nouvelle.

-Cela explique des choses, mais, pas tout, finit-elle par dire. Il va falloir que je m'adapte.

-Il y a un traître dans les rangs du MACUSA.

-Un auror haut placé. La dernière fois que j'ai vu Reed, il se posait la question de qui.

C'était encore pire, du moins de son point de vue. Il avait combattu durant la guerre avec les aurors haut placés travaillant au Congrès Magique. Il avait saigné avec eux et… Il n'y a pas pire trahison que celle d'un frère d'armes. Lorsqu'on faisait confiance à quelqu'un pour aller vers le danger avec nous, sa trahison… Sa trahison était tout simplement intolérable. Et connaissant Mercy, il fallait mieux qu'il se rende dès l'instant où elle lui tomberait dessus.

-Grayson.

-Grayson, comme Frederic Grayson ? Cet homme fade sans intérêt ? Tu es sûr ? Qui pourrait croire qu'il puisse être autre chose que mortellement ennuyeux ?

Le sourire de Mercy sonnait… Pas faux, mais, il connaissait ce sourire-là. Elle souriait parce qu'elle n'arrivait pas à croire qu'un tel homme ait pu passer sous les radars de tout le monde. Pour l'instant, elle n'était pas en colère contre Grayson, elle était juste sous le choc du culot de ce sale traitre.

-J'aurais dû m'en douter. Il est tellement… fade, fit Mercy. Quelle meilleure couverture ?

Mercy semblait presque admirative. Presque, l'ombre d'une énorme colère commençait à se faire voir au fond de ses yeux. Les colères sourdes de Mercy étaient sans doute les plus destructrices au final, parce que c'étaient celles qu'elle nourrissait pendant des jours, voir des semaines, avant de les laisser exploser. Au sens propre. Grayson aurait détesté entendre Mercy dire tout haut ce que tout le monde pensait tout bas. Malgré son égo ou peut-être à cause de lui, cet homme s'était avéré même pas capable d'être un bon auror.

-Bon, il est aussi vaniteux et nombrilisme… J'aurais dû m'occuper de lui après qu'on est eu cette discussion désagréable… Surtout pour lui, d'ailleurs.

Percival ne savait pas à quelle discussion elle faisait référence, et il s'en fichait, toutes les conversation avec Grayson étaient désagréable au final.

-Mercy, la prévint-il.

-Il faut que je te laisse, quelqu'un frappe à ma porte !

Il eut comme un vent et il ouvrit les yeux sur le plafond de sa cellule, pardon, chambre. Voilà qui devait vouloir dire que la conversation était terminée. À cet instant, il réalisa qu'il ne lui avait pas parlé de Maxime et de la menace qu'elle faisait peser sur lui. Il essaya de communiquer avec elle, mais, il dut se rendre à l'évidence que contrairement à elle, il ne savait pas encore utiliser ce lien pour entrer dans l'esprit de l'autre. Cela lui fit penser à une citation : « C'est comme une araignée avec un fil de soie, hein ? Tu en as déjà vu une se jeter dans le vide pour tisser ? Elle prend des risques chaque fois. Elle est obligée de le faire pour créer. Oh ! Je suis sûre que ce n'est pas une sensation agréable, même pour une araignée » (1). Avec Mercy, c'était exactement la même chose. À chaque fois qu'il pensait pouvoir la suivre dans l'un de ses plans, il découvrait qu'en fait, il fallait se jeter dans le vide sans savoir si on allait parvenir à se rattraper ou simplement sauver sa peau.


(1)Également vôtre, Olivia Goldsmith.