Disclamer : Les Animaux Fantastiques et Harry Potter ne sont pas à moi. Ce qui est tant mieux pour les personnages de JKR vu mes tendances à traumatiser mes personnages.
Titre : Noir ramage.
Résumé : Lorsqu'elle avait accepté ce job, elle pensait à un boulot long, mais qui au final serait assez simple. Trouver un traitre et le livrer au MACUSA, quoi de plus facile dans son boulot ? C'était sans compter un passé qui refuse de mourir et un mage noir qui est bien décidé à faire des siennes. Le pire dans l'histoire ? C'est que si elle l'avait su, elle aurait dit oui quand même.
Alors comme ça, vous voulez un coutelas, un beau couteau bien affuté. Vous l'aiguisez du mieux que vous le pouvez. Il peut même trancher la pierre si vous le désirez. Il peut vous sauver la vie. Et vous êtes outré lorsqu'il vous entaille accidentellement. Les coutelas ne trichent pas, vous savez. Et les gens non plus. Du moins, pas quand lorsque vous les formez à être affutés comme des lames. On-ils une vie propre ? Peut-être, mais leur devoir est gravé en lettres de feu dans leur cœur.
- Hector Bluesky à l'attention à la Chambre des Mages des États-Unis au sujet des techniques d'intervention des Exterminateurs.
Chapitre 22 : June Duclercq, ou que faire quand la loi est injuste ?
June posa la lettre sur son bureau en prenant tout son temps. La rentrée des classes était passée depuis une semaine. Et une nouvelle élève se présentait à elle avec une lettre de Mercy qui la présentait et lui expliquait la situation. La Directrice de l'Ecole de Magie pour Enfants Particuliers de la Lune Bleue se retenait de jurer : l'enfant devant elle était assez mal à l'aise sans qu'elle en rajoute. June savait que cela allait arriver. Dès que le corbeau argenté qui servait de patronus à Mercy était apparu devant elle il y a une quinzaine de jours, elle l'avait su.
Le fait que son amie lui ait envoyé son ancien mentor se faire soigner discrètement d'un sort de magie noir lui rongeant le corps disait assez sa défiance vis-à-vis de ce qui se passait dans le Nord. Et surtout la dangerosité de la situation, ce n'est pas pour rien qu'elle avait longuement insisté sur la nécessité d'un secret absolu. June n'était pas le genre de personne à laisser une enfant dans le besoin, mais, elle était plus sensée que Mercy. Et c'était bien pour cela qu'elle ne pouvait pas accueillir cette enfant à bras ouverts et chaleureusement, il fallait aussi penser aux conséquences.
-Je dois quand même avertir quelqu'un de votre présence entre nos murs, finit-elle par dire.
La jeune fille semblait être résignée. Elle devait s'attendre à voir son inscription refusée. Alors, June prit la décision de lui révéler quelque chose. Ou plutôt l'identité de quel membre de sa famille qu'elle allait approcher.
-Il y a moins d'un mois, votre tante Morgane s'est assise sur le même siège que vous. Elle voulait le meilleur pour vous, mais elle avait peur de la réaction de sa mère si cette dernière venait à apprendre votre particularité.
June savait que découvrir que l'on s'est trompé pouvait être un choc et manifestement la surprise d'Amethyst Graves fut immense. Elle était encore une enfant, ce n'était pas une excuse de toutes manières, même les adultes faisaient des erreurs et on en devenait un quand on acceptait l'évidence que l'on pouvait avoir tort.
-Vu que Mercy a pris votre parti et que, comme elle me l'a si aimablement rappelé dans sa lettre, cette école a pour but d'être un refuge pour ceux en ayant besoin, je vous autorise à rester ici, mais, bien entendu, il y a certaines conditions.
Alors qu'elle parlait, June se rappelait d'un autre discours à une autre époque. Si toutes les écoles de Magie étaient des pensionnats, ce n'était pas pour rien. Elle-même aurait pu aller à Ilvermorny. Son père avait les moyens de l'y envoyer, mais, il avait préféré qu'elle aille dans une école en Louisiane. Pas l'Ecole Fédérale de cet État, mais, celle du Bayou. Pourquoi ? Parce que là-bas, personne ne la regarderait de travers si elle venait à perdre le contrôle et incendier quelque chose parce qu'elle avait éternué.
-Nos élèves évoluent en binôme. Ce qui veut dire, mademoiselle Graves, que vous ne prenez pas un engagement uniquement envers moi, mais, également envers une de vos condisciples. Vous devrez l'aider, la soutenir, la respecter et travailler avec elle. En contrepartie, elle aura les mêmes obligations envers vous. Par chance, nous n'annoncerons pas ces regroupements avant Samhain. Ce qui nous laisse encore le temps pour aménager la chose.
L'adolescente n'avait pas lu la lettre que Mercy avait adressé à June. D'abord parce qu'elle était en français louisianais, ensuite parce que si elle l'avait comprise, Amethyst Graves ne serait pas là. Les mots de Mercy étaient clairs. D'après elle, à New-York, ce n'était pas encore le Grand Dérangement (1), mais presque. Sachant que même si les historiens n'étaient pas certains du nombre de victimes, même les plus optimistes disaient qu'au moins la moitié des Acadiens avait été tués durant seulement les treize années de cette période… Comme beaucoup de descendant d'Acadiens, Mercy ne comparait pas la situation actuelle à cet évènement à la légère. À vrai dire, aucun Cajun n'en parlait à la légère et toujours avec une certaine colère sourde. Ce qui n'était pas étonnant vu que personne ne songeait à leur demander pardon pour le massacre dont avaient été victimes leurs ancêtres. Certains osaient même dire que ce n'était pas important. Et aujourd'hui encore des anglo-saxons cherchaient à les écraser comme le prouvait l'interdiction qui faisait que ceux d'entre eux osant parler leur langue maternelle enfreignaient la loi. Ce n'était pas juste. Mais lorsque la loi est injuste, que faire ? La respecter ou l'enfreindre ?
Refuser qu'Amethyst Graves étudie ici parce qu'elle n'avait pas d'autorisation parentale ou l'y autoriser parce qu'il s'agissait d'une enfant effrayée par ces propres pouvoirs ? Mercy lui avait laissé un choix. Un choix qui n'en était pas un. Et au final, c'était pour cela qu'elle acceptait cette adolescente comme étudiante.
-Je ne tolérerais pas le moindre écart de conduite, avertit June. Si d'une façon ou d'une autre vous enfreignez le règlement de cette école, je vous renvoie chez vous.
C'était un avertissement qu'elle n'avait pas donné aux autres enfants. d'un autre côté, les autres enfants n'étaient pas des fugueurs. June sentit un mal de tête arriver plus vite qu'il ne fallait pour dire « zut ». La famille Graves avait assez de pouvoir financier, politique et symbolique pour anéantir cette école. Il allait falloir marcher sur des œufs. Tout ce qu'elle pouvait espérer était que Mercy savait ce qu'elle faisait, qu'elle avait une idée des réactions possibles et qu'elle pariait dans une mesure raisonnable en gardant une carte maîtresse dans sa manche. Les Corbeaux sont des animaux joueurs, et Mercy l'était tout autant que son animal totem.
Contrairement à elle, June ne croyait pas en Dieu. À vrai dire, chez les créoles, la religion n'avait pas la même importance que chez les Cajuns. Tout comme le fait d'avoir pour langue principale le français. Oui, même parmi les leurs Mercy et sa mère faisaient parties d'exceptions en acceptant de parler anglais et en ne faisant pas celles qui ne comprenaient rien dès que ce n'était pas en français, de France, Créole ou acadien, le québécois était également toléré. Pour en revenir à la religion, June ne priait pas. Et pourtant, elle aurait aimé pouvoir croire que quelqu'un pourrait venir en aide à Mercy qui courrait vers le danger quand tous les autres prenaient la fuite. Mais June ne pouvait pas laisser son inquiétude prendre le pas sur son bon sens. Les enfants avaient besoin de règles et de limites et c'était à elle d'en donner à Amethyst Graves.
Sous le regard de la jeune fille, elle se dirigea vers la bibliothèque située à droite de son bureau. Elle en tira plusieurs livres, dont un recueil de poésies acadiennes que Mercy lui avait offert. Dedans, il y avait le poème Évangéline, datant de 1847, il raconte la Déportation des Acadiens à travers l'histoire tragique d'Évangéline Bellefontaine et Gabriel Lajeunesse qui sont forcés par les anglais à se séparer peu après leurs fiançailles pendant le Grand Dérangement. L'héroïne parcourt l'Amérique à la recherche de son amant, pour finalement s'établir à Philadelphie pour consacrer sa vie aux pauvres. Elle retrouve Gabriel parmi les malades, et il meurt dans ses bras. Une histoire qui résume ce que les descendants des Acadiens ont retenu du comportement des anglais envers eux.
-Vous allez devoir apprendre ce que vos camarades ont eu plusieurs mois pour retenir. Comment est votre français ?
-Je connais quelques mots…
-Je ne saurais que vous conseiller d'en apprendre plus. Même si les Cajuns sont pacifistes et ouverts d'esprit, pour des raisons que vous apprendrez dans ses livres, leur amour des anglo-saxons est limité. Au sein de cette école, parler anglais ne vous portera pas préjudice, mais dehors… Disons, que vous rencontrerez des gens qui refuseront de parler une autre langue que le français, ou l'une de ses variantes, par principe.
June lui tendit les livres que mademoiselle Graves prit avec un air sérieux. Il y avait au totale une dizaine de livres, tous sur des sujets qu'elle devait savoir pour éviter un faux pas avec des natifs du bayou. Et tous en français.
-Bien entendu, j'aimerais récupérer mes livres rapidement, et comme ils traitent de sujets historiques, il se peut que votre nouvel professeur d'histoire vous pose des questions sur les thèmes qu'ils abordent.
Non, elle n'était pas une peau de vache. Il fallait que mademoiselle Graves apprenne rapidement la langue de Molière et pour ça, rien en vaut un bon coup de pied au derrière. Ce serait difficile au début, mais si Amethyst réussissait, il en résulterait deux bienfaits : son intégration à un nouvel environnement en serait grandement facilité et de plus, elle serait fière d'elle-même, ce qui n'est pas à négliger. Une jeune fille différente comme elle doit avoir besoin de se sentir valorisée après des années de doutes. De plus, ce n'était pas négligeable, elle pourrait ainsi mesurer sa motivation.
-Les cours de français ne sont pas obligatoires, mais, je ne saurais que vous les recommander chaudement. Ils ont lieu tous les samedis après-midi et durent deux heures.
Et June continua à lui donner d'autres indications comme celle-là. Non, elle ne cherchait pas à décourager cette petite. Juste à lui montrer que si elle pouvait mentir à sa famille, ses actes auraient toujours des conséquences parfois désagréables pour elle. Ici, elle ne serait pas la descendante de l'un des douze premiers aurors américains. Elle ne serait qu'une petite fille. Petite fille qui quitta son bureau le dos droit et d'une façon digne. June reconnut ce comportement. Amethyst Graves avait compris que ces devoirs étaient utiles, mais aussi une punition. La question qui restait en suspens était : est qu'elle s'y plierait ? June l'espérait, car sinon, elle ne saurait pas comment faire pour la faire réfléchir sans la brusquer. June sortit sa baguette et son patronus apparut. Elle passa sa main sur son museau et le loup ferma les yeux.
-Va voir Mercy. Dis-lui que sa protégée est bien arrivée. Dis-lui que la prochaine fois qu'elle me fait un coup pareil, je fais pire qu'une robe rose couverte de fleurs de tissus et un joli ruban autour de son cou.
June regarda le loup d'argent partir. Elle avait fait sa part du contrat, maintenant, à Mercy de faire la sienne et de revenir vivante et à temps pour le mariage. La directrice de la Lune Bleue savait qu'elle ne supportait pas l'idée de s'avancer en blanc si un seul membre de sa famille était absent. Elle s'assit derrière son bureau et commença une lettre à destination de Morgane Graves.
(1)Le Grand Dérangement constitue une période de l'histoire de l'Acadie s'échelonnant, selon les historiens, du le début se situe entre 1749 ou 1750 jusqu'aux années 1780 ou 1820. La déportation des Acadiens (2), souvent considérée comme synonyme, ne couvre qu'une partie de cette période, soit de 1755 à 1763. Certaines personnes continuent toutefois à nier l'existence du Grand Dérangement et plus généralement à en faire l'apologie. Les négationnistes de l'histoire acadienne considèrent les commémorations acadiennes comme une attaque à la culture anglophone.
(2)La déportation des Acadiens est une expression pour désigner l'expropriation massive et la déportation des Acadiens, peuple francophone d'Amérique, lors de la prise de possession par les Britanniques des colonies françaises au Canada, dans la seconde moitié du XVIIIe siècles. Des historiens américains estiment que, sur une population entre 12000 et 18000 Acadiens en 1755, de 7500 à 9000 périrent entre 1755 et 1763, soit des effets de la déportation, soit en tentant d'y échapper. L'épisode dramatique de la déportation des Acadiens ne fait pas l'unanimité au Canada. Si elle est considérée comme une tragédie par les Québécois et les Acadiens, il n'en est pas ainsi au Canada anglais. Là-bas, les faits sont mêmes minimisés comme il est courant pour beaucoup de violences ayant frappé les peuples canadiens-français. Il a fallu attendre décembre 2003 pour que la gouverneure générale Adrienne Clarkson, représentante de la Couronne, reconnaisse le drame humain de la déportation, sans offrir d'excuses formelles. Une demande officielle a été déposée par un député d'ascendance acadienne du Bloc québécois pour qu'il y ait reconnaissance par la couronne britannique de ce crime contre l'humanité. La Proclamation royale de 2003 est une proclamation émise par la reine Élisabeth II reconnaissant les faits historiques de la Déportation des Acadiens et ses conséquences tragiques.
