Disclamer : Les Animaux Fantastiques et Harry Potter ne sont pas à moi. Ce qui est tant mieux pour les personnages de JKR vu mes tendances à traumatiser mes personnages.

Titre : Noir ramage.

Résumé : Lorsqu'elle avait accepté ce job, elle pensait à un boulot long, mais qui au final serait assez simple. Trouver un traitre et le livrer au MACUSA, quoi de plus facile dans son boulot ? C'était sans compter un passé qui refuse de mourir et un mage noir qui est bien décidé à faire des siennes. Le pire dans l'histoire ? C'est que si elle l'avait su, elle aurait dit oui quand même.


L'homme qui se figure que la femme peut être une créature raisonnable est toujours dupe de la bonne opinion qu'il a d'elle. Si la femme pouvait être raisonnable, elle cesserait d'être femme et de nous plaire. Cela est une grande vérité soutenant que la femme n'avait été donné à l'homme que pour le délasser de la raison.

- Auguste Guyard, Quintessences (1847).


Chapitre 24 : Gellert Grindelwald, ou comment servir de mouchoir.

Il était juste venu parler à un homme en qui il pouvait avoir confiance. Lui parler parce qu'il avait un problème. Grindelwald savait comment marchaient les choses dans le monde des « ombres ». Dans cette ville, il y avait forcément quelqu'un en faisant partie qui lui donnerait des informations. Hors, à part ses partisans… Nulle aide, comme si quelqu'un bloquait la machine. En tant qu'Exterminateur, Reed avait les contacts nécessaires pour savoir ce qui se passait, et comme il était l'une des rares personnes à New-York qui, parfois, lui posait des questions, il était donc le seul suffisamment malin pour enquêter sans fanfaronner. Mais, il y avait eu un imprévu.

La porte était verrouillée et personne ne répondait, ce qui n'était pas normal, alors, il força le passage. Il y avait de la lumière dans l'une des pièces, la salle à manger, et Mercy Lecay y était. Son haut blanc était recouvert de sang, et elle tenait dans ses bras le cadavre ensanglanté de Maxime Reed, comme une mère bercerait son enfant. Elle parlait une langue qu'il ne comprenait pas mais sonnait comme du français et des larmes avaient marqué ses joues. Il rangea sa baguette, même s'il y avait une possibilité qu'elle l'ait tué, elle n'était pas en état de prendre une autre vie ce soir. Il s'agenouilla près d'elle et l'obligea à lâcher le corps. Elle se débattit et il dût éviter quelques coups, mais, il eut quand même le droit à une griffure, bien vicieuse, tout juste sous son œil.

Étant donné les circonstances, il n'allait pas lui en tenir rigueur. S'il avait encore un ami, il n'aimerait pas qu'on le tue sous ses yeux. Et même si Albus n'était plus son ami, il restait la seule personne à avoir le droit de le tourmenter, alors le tuer… Le premier qui essayerait de le faire à sa place aurait affaire à lui. Tout son comportement le renforçait dans ses certitudes, elle ne savait se dominer en période de stress intense. La proie de ses nerfs, comme toutes les femmes d'ailleurs. Il avait bien raison de ce méfier de cette engeance. Un outil parfois utile auquel on ne pouvait jamais totalement se fier...

Mais, il y avait une question qui restait en suspens : que faisait-elle ici ? Qu'est-ce qu'elle pouvait donc bien vouloir à Reed ? Savait-elle qu'il l'avait rejoint dans sa glorieuse croisade ? Ils avait été des collègues, des amis presque, et manifestement ses liens étaient toujours d'actualité. Dommage qu'il soit mort, il aurait pu l'aider à lui faire comprendre la grandeur de ce qu'il avait entrepris.

-Que s'est-il passé ?

Comme elle ne répondait pas, il reposa sa question en la secouant. Là, il eut l'impression qu'un éclair de lucidité passa dans son regard, mais, vu qu'elle se colla à lui en pleurant et marmonnant dans cette langue qu'il ne connaissait pas, il devait bien se rendre à l'évidence que non. Décidément, désespérante. Peut-être que Graves aurait compris ce charabia, mais, ce n'était pas son cas. Alors, il tenta un coup de poker.

-En anglais, Mercy. Je n'ai pas parlé ta langue maternelle depuis des années.

Ou plutôt il ne comprenait pas ce charabia qui ressemblait à du français sans en être totalement. Il avait l'impression d'écouter parler une québécoise parlant un français différent de celui de la France par moment. Et il fallait qu'il sache ce qui c'était passé afin de pouvoir comprendre pourquoi Reed était allongé sans vie. Était-ce elle ? Ou un autre ? Grayson ? Oui, Grayson aussi avait des raisons de le tuer, l'une d'entre elle était que Grindelwald faisait plus confiance au chat du voisin qu'en lui et malgré sa fatuité, cet imbécile avait dû s'en rendre compte. Si c'était le cas, il faudrait qu'il s'occupe de lui, il ne pouvait permettre à un de ses sous-fifre de prendre des initiatives… très mauvais exemple pour les autres. Il ne faut jamais laisser le petit personnel rêver quand on veut rester le patron. De plus, ça faisait longtemps qu'il n'avait pas rappelé à son équipe qui était le chef.

Elle éclata en sanglots. Par Morgane ! Elle n'avait rien d'autre de mieux à faire ? Comme répondre à sa question ?

-Pour l'amour de la Magie, Mercy !

Il avait oublié qu'elle semblait être encore amoureuse de Graves et qu'ils s'étaient séparés après, ce qui semblait avoir été une dispute des plus violentes. La brusquer alors qu'elle venait de subir un choc affectif n'était pas l'idée du siècle. Il devait se faire violence pour ne pas la gifler. Pas parce que c'était une femme, mais parce qu'il risquait bien de dévoiler sa véritable identité, ou déclencher une réaction violente. C'était une probabilité à ne pas négliger, elle était, avait été, une Exterminateur. Et ces aurors étaient du genre à tirer puis à poser les questions au cadavre. S'ils en avaient envie. Pour la réalisation de son plan, il ne pouvait se permettre de la tuer ou de s'en faire une ennemie, il devait l'amener à le soutenir pas à le détester. Il la prit par l'épaule et la berça doucement en lui murmurant des mots apaisants. Cela finit par marcher. Malgré des tremblements et une respiration haletante, elle semblait retrouver son calme.

-Mercy… Murmura-t-il une autre fois.

Elle était calme, mais, ne réagissait toujours pas. Qu'elle pique une crise de nerf, une crise d'hystérie, qu'elle ne lui réponde pas, elle commençait à l'exaspérer… Mais la tuer ne lui apporterait rien. Il se rappelait d'un truc que Reed lui avait dit sur elle : « Durant la guerre, on m'a dit quelque chose de vrai sur elle : Mercy ne laisse personne indifférent. On l'aime ou on la déteste. Mais dans tous les cas, on finit toujours par avoir envie de l'étrangler au moins une fois ». Grayson pouvait dire ce qu'il voulait, mais même mort, Maxime Reed avait raison quant à son analyse de Lecay. Grindelwald n'avait pas de temps à perdre. Même s'il n'était pour rien dans cette mort, il fallait qu'il se débarrasse du cadavre. Il ne pouvait pas se permettre d'attirer l'attention sur lui si près du but. Pas même de celle qui pour l'instant s'essuyait le visage sur ses vêtements. Manifestement, elle n'avait pas compris qui il était réellement, mais se pencher sur le cas du meurtre de Reed pouvait la pousser sur la bonne voie : elle découvrirait que son ami avait choisit de servir le plus Grand Bien. C'était encore trop tôt, il fallait qu'il l'écarte doucement mais sûrement de l'envie de mener sa propre enquête.

-Auror Lecay ! Aboya-t-il.

Elle se redressa d'un coup. Elle était encore trop pâle, son regard encore légèrement absent, mais sa formation reprenait le pas sur sa crise de panique. Et tôt ou tard, il allait falloir qu'il neutralise cette catastrophe ambulante. Depuis qu'elle était revenue, certaines choses n'allaient plus comme il le voulait.

-Il s'est effondré… Je n'ai même pas eu le temps de lui… Trop tard.

Enfin, si on pouvait appeler cela être cohérente. En tout cas, elle parlait, c'était déjà ça. Il ouvrit la bouche du mort et y trouva un bézoard (1). Une découverte particulièrement intéressante. Vu le coût et la rareté de la chose, si elle avait voulu couvrir ses traces, elle aurait utilisé autre chose. Il la regarda dans les yeux. Une barrière marécageuse protégeait encore son esprit, mais, un instant, pendant quelques secondes, il avait eu l'impression que les yeux de la jeune femme avaient été noirs et plus animal qu'humain. Mais, il avait dû se tromper, c'étaient des yeux bruns-verts qui le fixaient. Des yeux totalement perdus. On était encore loin de l'état de lucidité où elle lui serait vraiment utile pour comprendre la situation.

Mercy le fixait sans un mot. Cela devait être la lumière parce que ses yeux semblaient avoir encore changé de couleur. Oui, c'était cela, le lumière… Ou il était simplement fatigué. Il n'y avait aucune autre raison pour que ses pupilles brun-vert deviennent noires. Mais, il avait vu suffisamment de choses pour reléguer cette information au fond de son esprit. Avec la magie, les petits détails pouvaient tout changer.

-Sur quoi enquêtait-il ? Demanda-t-elle.

C'était une bonne question, et Bluesky qui était la seule personne qui pouvait répondre à cette question avait disparu. Vraiment quand ça veut pas, ça veut pas… Grindelwald aurait bien aimé avoir la réponse, mais, il semblait que même s'il était dans la peau de Percival Graves, les Exterminateurs ne répondaient pas franchement et totalement à ses questions sans l'accord direct et formel d'Hector Bluesky. Ce besoin des justiciers de faire ce et comme ils le voulaient… c'était irritant au possible. Et cette idiote qui était en train de se moucher dans son manteau. Et malgré ses tentatives discrètes, Lecay n'évoquait jamais le sujet, pourtant elle devait bien avoir entendu des rumeurs venant de ses anciens collègues. À la question « avez-vous des nouvelles de votre mentor ? » tout ce qu'elle avait trouvé à dire avait été : « s'il ne vous parle pas, c'est qu'il n'a rien à vous dire ». Étant donné la capacité de Lecay à être une épine dans son pied accidentellement, il ne voulait pas savoir ce que Bluesky pourrait faire volontairement.

-Avait-il des fréquentations qui auraient pu remonter jusqu'à lui ?

Mercy posait une bonne question. Et là, il avait la réponse et il ne pouvait pas y répondre. Même sous le choc, ses réflexes d'auror prenaient le dessus, s'abandonner à son travail était une façon efficace de reprendre ses esprits. Au moins, elle ne pleurait plus. C'était le moment de voir s'il pouvait tirer quelque chose sur la localisation de Bluesky…

-Est-ce que tout cela a un lien avec les bizarreries concernant ton comportement ?

Et en plus, c'était elle qui se permettait de lui poser des questions. Il aurait tout vu… Pour un peu, il pourrait croire qu'elle le faisait exprès de le faire tourner en rond.

-Oui, répondit-il.

Il aurait pu lui mentir, lui dire que non, mais, manifestement elle avait relevé des choses étranges, des choses que Percival Graves n'aurait pas faites, encore la faute de Jones… décidément celui-là avait bien mérité son sort. Il valait mieux qu'elle croit que c'était parce qu'il avait l'esprit occupé par une sale affaire. Elle le regardait, attendant un développement de sa réponse, chose qu'il ne voulait pas faire.

-Tu as choisi de ne plus être auror, Mercy, lui rappela-t-il. Maintenant, il faut que tu me laisses gérer cette affaire à ma façon.

Elle pencha légèrement la tête sur le côté avant de baisser le regard. Même si cela semblait être le cas, ce n'était pas un geste de soumission. C'était plutôt un geste qui voulait dire « D'accord… Pour l'instant ». Soit, c'était une idiote, mais parfois… comme en cet instant par exemple, il avait l'impression qu'elle se jouait de lui. Se pouvait-il qu'elle soit mêlée à la disparition du vieil abruti ? Il pourrait la faire disparaître, comme il l'avait fait pour d'autres fonctionnaires du MACUSA, mais, dans cette hypothèse, il voulait tout d'abord connaître sa fiche de mission. Et si son intuition se révélait juste, elle pouvait être le début de la piste permettant de le retrouver. Dans ce cas, si elle était restée après la disparition de Bluesky, il y avait forcément une raison impérieuse. Et Gnarlak se montrait réticent à parler d'elle, peut-être la considérait-il comme suffisamment dangereuse pour ne pas se mettre en travers de sa route ? Il avait quand même réussi à obtenir une remarque comme quoi répondre ou pas était choisir entre la peste et le choléra. Dans les registres du Congrès Magique, elle était fichée comme « consultante spéciale ». Il avait dû se résoudre à envoyer un de ces hommes enquêter sur elle dans sa ville natale.

La connaissance était le pouvoir, et il ne savait presque rien sur elle. Et sa principale source d'informations était allongée sur le sol, bien trop morte pour être utile. Et il ne connaissait pas de Médium qui pourrait interroger ce pauvre type. Se faire tuer quand il avait besoin de lui… Non, il allait vraiment falloir qu'il se penche sérieusement sur le cas de Mercy Lecay. Soit cette femme avait de la chance, soit elle se moquait de lui depuis le début.

-Retourne à ton hôtel, Mercy. Je m'occupe de tout cela.

Il utilisait un ton doux, pour ne pas la faire mal réagir, mais, il ne comptait pas s'en occuper comme elle le voudrait. Il ne pourrait pas cacher cette mort éternellement, mais, il pouvait faire on sorte qu'on croit qu'elle avait eu lieu ailleurs. Et il y avait une autre tâche qu'il devait remplir. Il devait faire transférer le vrai Percival Graves hors de la ville dès ce soir. Si quelqu'un se mettait à tuer ses atouts, il devait changer la donne. Et s'il y avait bien une mort qui contrarierait ses plans, c'était celle de l'homme dont il utilisait l'identité. Elle releva la tête, la pencha de l'autre côté avant de nouveau baisser les yeux.

-Ne me laisse pas, Perce, le supplia-t-elle d'une toute petite voix.

Il s'agissait d'une supplique qu'il ne pouvait pas ignorer. D'abord parce que l'état de choc de Lecay ne durerait pas toujours. Ensuite, parce que jamais Percival Graves ne laisserait l'un des siens seul dans de pareilles circonstances. Il était donc coincé entre un cadavre et une pleureuse. Et bien entendu, il ne pouvait pas s'occuper de ses affaires avec Mercy dans les pattes, quant à l'autre… Les morts ne parlent pas, celui-là pouvait donc attendre un peu. Parfait.

En tout cas, Grindelwald avait confirmation de quelque chose aujourd'hui : ce n'était pas elle qui l'avait tué. Mercy Lecay tremblait, regardait ses mains tâchées du sang d'un homme qui avait été son ami. Même si elle avait un jour tué, elle n'avait pas pris la vie de Maxime Reed. Si cela avait été le cas, elle n'aurait pas été aussi bouleversée, quasiment à terre. À moins qu'elle ne soit aussi bonne actrice que lui… Décidément il ne savait que penser d'elle.

-Je dois m'occuper le lui, et trouver qui lui a fait ça, lui dit-il d'un ton d'autorité.

Et le tuer de ses propres mains. Mais, cela, il valait mieux qu'il ne le dise pas à Mercy. Elle le regardait un peu trop intensément. Dire qu'il n'y avait pas une heure, il la prenait pour quantité négligeable malgré sa formation d'auror habituée aux moments qui auraient fait paniquer d'autres. Tôt ou tard, elle comprendrait et à ce moment, elle voudrait une réponse. Il n'avait pas envie de la tuer. Elle pouvait lui être utile, de plus, il devait bien avouer qu'elle commençait à bougrement l'intéresser. Mais, il ne pouvait pas la laisser sans contrôle : elle était trop imprévisible.


(1)Le bézoard est une pierre qui se trouve dans l'estomac des chèvres et qui sert d'antidote à la plupart des potions. Il entre dans la composition de l'antidote aux Poisons Courants. Il s'agit d'un antidote très rare et très cher.