Disclamer : Les Animaux Fantastiques et Harry Potter ne sont pas à moi. Ce qui est tant mieux pour les personnages de JKR vu mes tendances à traumatiser mes personnages.
Titre : Noir ramage.
Résumé : Lorsqu'elle avait accepté ce job, elle pensait à un boulot long, mais qui au final serait assez simple. Trouver un traitre et le livrer au MACUSA, quoi de plus facile dans son boulot ? C'était sans compter un passé qui refuse de mourir et un mage noir qui est bien décidé à faire des siennes. Le pire dans l'histoire ? C'est que si elle l'avait su, elle aurait dit oui quand même.
« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux. »
- Benjamin Franklin.
Chapitre 31 : Mercy Lecay, ou nous sommes pas une nation, nous sommes une famille.
Milieu de la nuit. La maison était vide et le moment de fouiner était arrivé. C'était la première fois depuis qu'elle avait emménagé chez Percival Graves, à la demande de son double maléfique, qu'elle était suffisamment seule pour qu'elle en prenne le risque. Elle avait repéré des sorts d'alarme sur la porte du bureau de Percival et sur celle de sa chambre. Bref, c'était les pièces les plus intéressantes. Tout cela expliquait pourquoi elle était en chemise de nuit et robe de chambre, à quatre pattes devant la porte de la chambre du maître de maison. Il n'y avait aucune inscription, donc, ce n'était pas un sort runique. Pas de sorts de magie noire… Pourquoi n'avait-elle pas de Briseurs de sorts quand elle en avait besoin. Elle pouvait toujours essayer d'ouvrir cette porte sous sa forme d'animagus, mais, si cela déclenchait une alarme… Elle essaya un autre sort de dépistage. Elle cherchait la nature du sort de protection.
Des sorts pour renforcer la porte et les murs, d'autres pour empêcher les personnes non-autorisées à passer cette même porte… Et un sort de verrouillage… Elle ne savait plus s'il était suédois ou norvégien, mais en tout cas, elle croyait qu'il venait d'Europe du Nord. Grindelwald était particulièrement opposé à tout ce qui était d'origine non-maj', il ne devait pas avoir protégé cette porte contre une de leurs techniques. Elle sortit son rossignol, ce n'était pas pour rien que les cambrioleurs utilisaient cet instrument : il ne laissait aucune trace si on savait bien l'utiliser. Une fois la porte déverrouillée, elle se transforma et d'un coup de pattes l'ouvrit. La première chose qui la frappa était l'odeur. Ça puait la sueur, le sang, la merde et la pisse. On avait nettoyé la pièce, sans son odorat de corbeau, elle n'aurait sans doute rien senti, mais… Par tous les Saints de l'Enfer et du Paradis. Elle avait été si proche de Percival et elle était arrivée trop tard. D'un autre coup de pattes, elle referma la porte. Ensuite, elle reprit forme humaine et re-verrouilla la porte. Dire que la situation la frustrait était pile poil les bons mots pour décrire ce qu'elle pensait. Elle entendit une porte s'ouvrir dans le couloir, quelqu'un approchait, sans doute lui. Sans réfléchir, elle ouvrit une porte pour y trouver une chambre à coucher au lit défait. Le karma est une fille de bicorne (1). Cela aurait pu être une pièce inoccupée dans laquelle elle aurait pu se cacher, et bah, non. Vu le nombre de personnes dormant officiellement ici, elle avait trouvé l'endroit où Grindelwald se reposait. Parfaitement génial. Inutile de dire que c'était de l'ironie pure. Elle ne pouvait pas se planquer ici et elle n'avait pas le temps de farfouiller partout.
Elle ouvrit l'armoire et attrapa une couverture en essayant d'ignorer les vêtements de Percival qui étaient soigneusement rangés dedans. Elle allait finir par étouffer le mage noir dans son sommeil s'il continuait à la mettre en rogne comme cela. Ensuite, elle sortit sous le pallier en s'arrangeant pour que sa main tenant le rossignol soit bien cachée sous la couverture. Elle prit une grande inspiration. Oui, elle y allait au talent. Autant dire qu'elle ne savait même pas ce qu'elle allait faire dans trois secondes. Elle pouvait jouer la carte de l'idiote, mais pas trop. Grindelwald avait dû se renseigner sur elle et elle n'avait pas la réputation d'être stupide. En prenant son air le plus fatigué, elle sortit sur le palier pour tomber nez-à-nez avec le Bulgare. Parfait. Au moins, elle avait été suffisante surprise pour sursauter. S'il y avait une chose que le meilleur des acteurs n'arriverait jamais à faire parfaitement, c'était les réactions dues à une surprise sincère : un blêmissement, un sursaut à peine visible, les yeux qui s'écarquillent…
-Que fais-tu ici ?
-J'avais froid, dit-elle en guise d'explication, montrant sa couverture de son ton le plus innocent. Tu as changé de chambre ?
-Une fuite d'eau, répondit-il.
Elle allait lui en foutre des fuites d'eau. Mais pas tout de suite, à la place, elle s'obligea à sourire. Elle laisserait son corbeau s'exprimer plus tard. Elle ne savait pas pourquoi, mais son double visait toujours les yeux en premier, pas qu'elle s'en plaigne, c'est juste que son côté humain était plus pour un coup de sabre bien placé.
-Il faut que l'on parle, lui dit-il.
Parler ou parler ? Parce que si c'était parler, pourquoi pas. Si c'était parler du genre interrogatoire, alors non, non et non. Le problème était qu'elle savait qui était cet homme et elle n'avait pas du tout envie de le voir fourrer son nez dans ses affaires. Et elle sentait bien que c'était ce qu'il allait faire. Elle passa devant lui et se dirigea vers la bibliothèque. C'était une pièce neutre et elle n'avait pas envie de voir Grindelwald se déplacer dans le bureau de Percival, cette pièce était le domaine de son ancien amant, même elle ne pouvait pas y entrer sans sa permission. Enfin si, elle le pouvait, mais, comme il pouvait ramener du travail chez lui, il n'aimait pas cela, comme elle n'aimait pas qu'un tiers rentre dans son bureau à elle. Déjà que savoir qui se dissimulait derrière le visage de Graves lui donnait envie d'hurler, alors… Elle s'assit sur le divan en se blottissant dans la couette. Elle tenait toujours son rossignol et elle ne savait vraiment pas quoi en faire. Elle aurait dû le planquer dans l'armoire. Elle profita de qu'il ne la regardait pas pour discrètement soulever un oreiller et le mettre derrière. Elle reviendrait le chercher demain. Grindelwald entra dans la pièce à son tour.
Non. Décidément, elle n'aimait pas le voir dans le peau de Percival, à vivre la vie d'un homme formidable à sa place. Avant la fin de cette histoire, elle lui collerait son poing dans la figure, parole de Lecay. C'était comme voir Cyrano de Bergerac joué par une troupe ayant le culot de couper la tirade du nez pour gagner deux ou trois misérables minutes : révoltant.
-Il faut beaucoup de courage pour reconnaître ses torts.
-Erreur. Il faut beaucoup de courage pour répondre à la question « est-ce que tu trouves que j'ai grossi ? », pour ça, il n'y a pas et n'y aura jamais de bonne réponse, mon cher.
Non, elle ne se payait pas sa tête. Du moins, pas totalement. Officiellement, elle coupait court à un discourt qu'elle sentait ennuyeux avant même qu'il ne commence. Elle ne voulait pas philosopher avec cet imposteur, elle voulait son Percival. Elle voulait le voir exaspéré par une de ses gamineries avant qu'il ne se décide à lui lancer un cousin à la figure. Parce que oui, avec elle, il n'était pas obligé d'être le parfait héritier de Gondulphus Graves (3). Il pouvait être lui, juste Percival. Il est à nous ! Grindelwald n'a aucun droit de nous le prendre plus longtemps ! Hurlait son double-corbeau au fin fond de sa tête. Et elle ne pouvait pas dire qu'il avait tort. Le mage noir la regardait d'un air grave. Elle était prête à parier qu'il allait essayer de la faire passer du côté obscur de la magie.
-N'es-tu pas fatiguée de toujours cacher ce que tu es ? D'avoir peur qu'on ne découvre l'étendue de tes pouvoirs ?
Bingo, j'ai gagné. C'était un coup bas, mais, pas surprenant. Elle se leva, abandonnant la couette sur le divan. Elle n'avait pas besoin de sur-jouer l'indignation. Le peu qu'elle savait sur les intentions de Grindelwald lui donnait envie d'hurler. Mais, surtout, elle n'aimait pas la tournure que prenait cette discussion. S'il voulait la faire basculer, il aurait dû lui proposer des cookies au lieu d'un sermon, cela aurait été nettement plus efficace.
-Et qu'elle serait la solution miracle ? Devrions-nous laissez Grindelwald déclencher une seconde guerre mondiale ? Lui lança-t-elle. Que fais-tu des innocents qui se retrouveront pris entre deux feux ?
Ça y est. Elle était lancée et elle essayait de convaincre un fanatique qu'il avait tort. Même si les seuls combats qui valaient la peine d'être menés étaient ceux perdus d'avance, elle fallait qu'elle arrête de se lancer dans tout ceux qu'elle croisait.
-Ce n'est pas notre problème.
-Grindelwald est notre problème. Cette guerre qu'il veut est notre problème, Graves. Il ne nous comprendra jamais, il ne le peut pas et ne le pourra jamais. Et pour cause : l'Europe n'a pas notre histoire. Ils ne pourront jamais comprendre toutes les souffrances que nous avons eu à endurer pour faire de cette communauté ce qu'elle est aujourd'hui. Lorsque nous avons été persécutés par des Non-Maj's, et que d'autres de nos semblables se soient mis à nous pourchasser pour eux contre de l'argent et le droit de piller et massacrer sans pitié, la communauté européenne magique n'a rien fait. Ils ont considéré l'Amérique comme un territoire de peu de valeurs, comme un monde de sauvages et de barbares. Notre communauté a vécu dans la peur pendant tant d'années… Et il nous a fallu beaucoup de courage et de solidarité pour nous relever. Pour faire de notre groupe un ensemble uni et fortifié. Nous sommes frères et sœurs avant toute chose. Nous sommes une famille et pas qu'une simple communauté. Dans cette famille, nous protégeons nos enfants, nous devons les protéger.
Elle le regardait. Si c'était Percival qui avait été devant elle, elle lui aurait signalé que son propre ancêtre avait donné sa vie pour cet idéal. Qu'il était mort jeune sans voir ses enfants grandir. Mais, aussi douloureux que ce soit, ce n'était pas Percival et elle sentait les larmes commencer à lui bruler les yeux.
-Rappelles-tu ce que nous avons dû vivre… La Grande Guerre, cette boucherie… Il n'y a qu'une leçon que l'on peut en tirer : la guerre n'apporte jamais rien de bon. Si notre secret n'est plus, combien de nos frères et sœurs vont mourir ? Nous avons la magie, mais tout au long de l'histoire, les non-maj's ont prouvé qu'ils pouvaient largement nous donner des leçons quant à la façon de tuer des sorciers.
-Et malgré cela, tu les respectes.
Cela sonnait comme un reproche et Mercy sentit sa petite voix intérieure, celle qui sent le danger, lui dire de partir tout de suite. Face à Grindelwald, il n'y avait qu'une seule bonne réponse possible et ce n'était pas celle qu'elle allait faire.
-Même des ennemis peuvent se respecter, mon cher.
Elle tourna les talons et sortit de la pièce. Lorsqu'il l'attrapa par le bras, elle sentit que la fin de son petit jeu était arrivée. Son cœur battait la charade au fond de sa poitrine et il y avait des signes qui ne trompaient pas. Elle ne savait pas ce qui l'avait trahi, mais, elle savait que le moment de jouer la comédie était fini.
-Est-ce que l'on peut parler sans que tu fasses tourner la discussion en dispute ?
-Puisqu'on a des cordes vocales, oui. Ensemble, non.
Elle savait que c'était inutile, mais, elle tira sur son bras pour essayer de se dégager.
(1)Le bicorne est une créature dont le corps est un mélange entre celui d'une panthère et celui d'une vache et au visage humain, ayant la réputation de dévorer les époux fidèles et bienveillants. Ses cornes entrent dans la composition du Polynectar (2).
(2)Le Polynectar est une potion qui permet à un sorcier de prendre temporairement l'apparence d'un autre être humain. Cette potion est réservée aux métamorphoses humaines. Ses effets peuvent durer de dix minutes à douze heures, en fonction des compétences du sorcier qui l'a préparé et sa préparation nécessite un mois.
(3)Gondulphus Graves est l'un des douze premiers aurors du Congrès Magique des États-Unis d'Amérique. Tout comme ses onze collègues, il s'est porté volontaire à ce poste et son nom est depuis resté gravé dans l'histoire de la sorcellerie des États-Unis. Il est mort avant d'avoir pu atteindre un âge avancé, mais, il a malgré tout réussit à fonder une famille qui joue aujourd'hui encore un rôle prépondérant dans la politique magique du pays.
