Disclamer : Les Animaux Fantastiques et Harry Potter ne sont pas à moi. Ce qui est tant mieux pour les personnages de JKR vu mes tendances à traumatiser mes personnages.
Titre : Noir ramage.
Résumé : Lorsqu'elle avait accepté ce job, elle pensait à un boulot long, mais qui au final serait assez simple. Trouver un traitre et le livrer au MACUSA, quoi de plus facile dans son boulot ? C'était sans compter un passé qui refuse de mourir et un mage noir qui est bien décidé à faire des siennes. Le pire dans l'histoire ? C'est que si elle l'avait su, elle aurait dit oui quand même.
La malhonnête est une voleuse qui nous prive de notre temps, notre énergie et notre fierté. Nous devons nous souvenir d'une chose essentielle : la vérité fera de nous des hommes libres (et nous devons l'enseigner à nos enfants, ainsi peut-être qu'à nos politiciens).
-Martha Stewart.
Chapitre 34 : Ann Blanchard, ou le Double-Fantôme.
Nous les nécromanciens, nous sommes différents du commun des mortels. Les ténèbres nous attirent, et la mort sous toutes ses différentes formes ne nous impressionne pas, parce que nous avons une affinité naturelle avec elle. Alors, cambrioler une morgue ne lui faisait rien, c'était plus un amusement d'enfreindre une loi commune aux autres, de montrer qu'elle n'avait pas peur. Contrairement à Bluesky, qui était hermétique à tout cela, en le voyant, elle avait ressenti une incapacité à vivre, respirer, bouger, évoluer… dans le monde. Cet homme ou plutôt cette chose n'était pas, ne serait jamais vivante. C'était une image ou plutôt un reflet. Quelqu'un avait pris modèle sur Maxime Reed, pour grâce à un sortilège créer une « poupée » à son effigie. Une poupée d'aspect réel, semblant être faite d'os, de chairs, de sang qui n'était en fait composée d'objets, de vapeurs, de volutes, de vent, de rien savamment mis en scène pour devenir un corps d'aspect réel. Bref, les non-maj's diraient un ballon de baudruche gonflé à l'hélium que l'on peut mener à sa guise, le comparant à un dirigeable… Oui, c'est sans doute cette image qu'ils emploieraient… En fait, c'était beaucoup plus subtil : l'enveloppe existait et n'existait pas en même temps. On pouvait le toucher, le porter, sentir sa présence, le voir mais en réalité, il n'existait pas… Une illusion, fausse et réelle. Si on cherchait à percer son mystère, l'immatériel était capable de déclencher un tour de passe-passe ou au besoin une catastrophe pour empêcher toute enquête. Et tel un fantôme, au final, il ne laissait aucune trace de son passage. D'où son nom de double-fantôme, même s'il devait y avoir autre chose, Ann aurait mis sa main à couper du fait que Sara Wood n'avait pas joué franc-jeu avec eux. En tant que légiste, elle ne pouvait pas être passée à côté...
La magicolégiste ne pouvait que savoir que le corps qu'elle leur avait montré n'avait jamais été vivant. Ann le sentait dans chacun de ses os et elle n'avait pas eu l'occasion d'observer le corps de façon poussée. Le problème était qu'elle devait démontrer sa théorie car Bluesky était aveugle à ce qui pour elle était… évident. Aussi loin que remontait ses souvenirs, elle avait toujours vécu dans un monde entre la vie et la mort. Sa baguette était un reflet de cela. Le bois d'If est connu pour doter les baguettes d'un pouvoir de vie ou de mort, plus que n'importe quel autre bois. Le crin de Sombral qui en était le cœur indiquait qu'elle était capable de faire face à la mort. Ne pas être capable d'accepter la mort serait un comble pour une Nécromancienne. Les trente-trois centimètres virgule dix-huit de souple équilibre de sa baguette représentaient en fait la distance entre les deux bords de l'existence.
Mais, elle n'en aurait pas besoin pour révéler la vérité. Avoir une baguette magique était un luxe en Louisiane lorsqu'on n'allait pas au collège fédéral de l'État : le Congrès Magique n'offrait pas de baguette à ceux qui n'étudiaient pas sous son aile. La mère de Mercy s'était endettée sur dix ans pour en offrir une à sa fille, madame Lecay n'en avait pas une elle-même. Les parents d'Ann avaient économisé pendant des années pour permettre à tous leurs enfants d'en avoir une. Aller au collège ne voulait pas dire en avoir une, par conséquence, on y enseignait également à faire de la magie sans baguette. De ce fait, elle maîtrisait aussi la magie à mains nues. Ce n'était pas quelque chose qu'elle avait appris en cours qu'elle allait faire. C'était lié à une histoire que sa mère lui racontait lorsqu'elle était petite. Une histoire de monstre enlevant les enfants pour les remplacer par un double-fantôme.
Tant d'années après, elle se rappelait des paroles pour lever ce type de sort. Entrée dans la morgue par un sort « Allohomora », calme et résolue, elle s'approchait de la poupée. Elle ne savait pas… Elle avait peur d'échouer. Elle n'avait jamais tenté de lever ce genre de sort sans l'étudier avant, mais, elle n'avait pas le temps de faire autrement. Elle étendit ses pouvoirs et trouva le tiroir, au milieu des autres tiroirs, plein à la fois de vide et de non-vide. Lorsqu'elle l'atteignit, elle ouvrit bon tiroir. Un drap recouvrait le corps. Elle le découvrit et dévoila le visage. Ann avait vu assez de cadavres pour savoir qu'il était en trop bon état, même avec les sorts régulièrement utilisés pour le préserver. Et Bluesky avait dû le remarquer aussi.
Quelqu'un s'était donné beaucoup de mal pour créer ce double-fantôme, il était parfait. Elle reconnaissait les petites ridules du front, les pattes d'oies du coin des yeux dues aux multiples éclats de rire de sa vie, les coins des lèvres un peu tombants, les quelques cheveux blancs des tempes… Oui, vraiment, ce mannequin était parfait. Beaucoup de soins… Qui avait eu les pouvoirs, le savoir et l'astuce nécessaires pour le réaliser ? Du grand art, de la très grande magie… De plus si on avait jugé bon de remplacer Maxime Reed, où était-il ? Elle verrait cela secondairement, pour l'instant, elle devait neutraliser son double. Le danger était là… Normalement le but ultime du double-fantôme était de survivre à tous prix, ce qui était paradoxal. Pour cela tout serait bon… des petits trucs de prestidigitateurs, provoquer un fou-rire qui le distrairait, s'il insistait qui pourrait déclencher une crise cardiaque… ce pourrait être l'irruption d'un chien le mordant sauvagement, une canalisation de gaz explosant, le tonnerre frappant, tout et n'importe quoi surviendrait et empêcherait l'action. C'est pour cela qu'elle devrait s'entourer d'un sort de protection vraiment puissant, dans l'absolu, elle le devrait. Sauf, qu'elle ne le pouvait pas… Utiliser ce type de sort pouvait déclencher la réaction du spectre… paradoxal, elle devait se présenter nue et sans défense face à lui… La seule solution, les double-fantômes devaient toujours être maniés avec d'infinies précautions.
-Entends ma charade, déclama la Prêtresse Vaudou. Charade qui rime, charade qui file. Trois fois prononcée, le sort en est jeté. Par la règle de trois et par coutume, tu es lié et t'inclines. Réponds-moi, je te l'intime.
-Dis ta charade, dis ta charade, dis ta charade, scanda la créature comme l'y obligeait sa nature.
Ann se rendit compte à cet instant qu'elle avait retenu sa respiration. Le vide et le froid s'installait dans la pièce. C'est-à-dire que la morgue devenait véritablement très, très froide, même pour une morgue. Et vraiment très, très silencieuse comme si tous les morts entreposés ici retenaient leur souffle dans l'attente des évènements qui allaient forcement suivre.
-Qu'est-ce qui marche comme un enfant, parle comme un enfant et est laissé par le voleur à la place de l'enfant ? Demanda Ann chantant à demi l'incantation. Qu'est-ce qui fait cailler la crème, rend les vaches malades, fait gémir la mère ? Qu'est-ce qui se cache comme du poison et répand la pourriture au sein de la famille et du foyer ?
-Un double fantôme ! Un double fantôme ! Un double fantôme ! Répondit la chose.
À la dernière syllabe du dernier mot ayant franchi ses lèvres, un tas de bâtons tomba sur le sol. Rassemblés, ils formaient une espèce de parodie de forme humaine liée par des rubans et une mèche de cheveux. Elle sentit une odeur de souffre et de vinaigre qui la fit éternuer plusieurs fois. La chouette en elle manifestait son désaccord et son inquiétude. Cette odeur ne gênerait pas les non-animagi, le double-fantôme savait mettait en action sa stratégie, il avait jeté son ultime mauvais sort… Mais, il ne se passait rien de plus. Pourquoi ? Ce n'était pas normal. Personne ne faisait un double-fantôme dans le but d'être découvert. Cette réaction était significative. La sécurité liée au spectre était en action vis à vis d'elle. Elle était protégée par son créateur. À chaque fois, il y avait une sécurité, il y en avait toujours une. Une façon comme une autre de maîtriser l'avenir. Sinon… Ça pouvait être un piège, mais… Pourquoi ne s'était-il rien passé ? Pourquoi le créateur avait-il décidé d'aller contre la nature du double-fantôme en interdisant une ultime défense de sa création ? Parce qu'à moins qu'elle n'ait été autorisée à lever le sort par le spectre lui-même, elle aurait dû être attaquée.
-Qui que tu sois, double-fantôme, ta tâche est terminée, ta liberté t'est rendue par moi-même, tu es libre de repartir vers le néant et de t'y évanouir à jamais, reçois ma bénédiction et mes remerciements pour ce que tu as accompli en ce monde-ci, et retourne en ton monde, je t'en conjure ! Déclara-t-elle.
Son ton était décidé, celui du commandant envers son soldat, celui de celui qui sait envers l'apprenti. Le double-fantôme frémit, semblant prendre acte… puis, insensiblement, ses couleurs s'atténuèrent, s'éclaircirent sensiblement, devinrent blanchâtres pour disparaître enfin. Il n'était plus tout simplement…
Sa dé-construction avait été simple, facile, sans obstacle. Ann n'en tirait qu'une conclusion, sa création avait été le fruit d'un acte de haute-magie rendue nécessaire par le contexte, un travail à remplir et non par une volonté de nuire, de faire régner le chaos. Cela impliquait que la disparition de Maxime Reed était une mise en scène : elle n'avait pas été ce qu'elle devait paraître à tous… Qu'était-elle en fait ? Cela méritait une étude plus approfondie.
Elle allait s'en retourner quand elle ressentit un appel provenant d'un autre tiroir. Elle ferma les yeux, tendit la main, « vingt-cinq », c'était ça le vingt-cinquième tiroir l'appelait… Arrivée devant lui, elle tendit le bras. Il s'ouvrit. Dedans reposait un corps fluet sous un drap blanc. Elle souleva celui-ci, le visage d'une morte apparut : une femme d'un âge certain, au profil maigre qui reposait calmement. Elle sentait son âme aigrie, faite d'une vie de frustrations et d'espoirs déçus, curieuse, s'ennuyant dans son intérieur, épiant les autres dans l'espoir de combler son vide intérieur… Elle regarda le nom inscrit sur l'étiquette attachée à l'orteil : Mabel Marie March. Elle connaissait ce nom, où l'avait-elle déjà entendu ? Un instant elle se replia sur son esprit, revivant ses souvenirs. Ici, le jour où avec Bluesky, elle était venue reconnaître le cadavre de Reed… Ah, oui, l'aide qui amenait un brancard et qu'avait-il dit ? « Mademoiselle Mabel Marie March, l'une des vieilles filles de Sleepy Hollow... On l'a retrouvée morte dans son salon. Les enquêteurs pensent à une mort naturelle. ». Ann était déstabilisée, une âme perturbée, voilà ce qui l'attirait, cette femme avait une chose à dire ou à faire quand la mort l'avait surprise et maintenant son esprit était tourmenté par la non-réalisation de sa tâche. Elle n'était pas équipée pour l'interroger plus attentivement, n'ayant pas pris les éléments lui permettant de faire revivre ce cadavre mais elle reviendrait et creuserait le sujet...
-Mademoiselle Blanchard ? L'appela Bluesky.
Elle se retourna lentement vers l'homme qui avait décidé de se montrer plus collant qu'un chewing-gum. Il se tenait à l'embrasure de la porte et à son regard, elle savait qu'il avait tout vu même s'il n'avait pas forcément tout compris, quoique… L'astuce préférée de Mercy était de se faire passer pour plus bête qu'elle ne l'était et c'était lui qui lui avait appris les ficelles de son métier. Ann était quasiment prête à parier que si elle fouinait dans la chambre de l'auror, elle trouverait un livre sur les pouvoirs liés à la mort, ou un truc de ce genre. Un homme de sa profession, possédant son expérience, ayant survécu aussi longtemps ne pouvait pas être totalement innocent… Et ne pouvait qu'être du genre à se renseigner sur toutes les menaces possibles, anciennes et nouvelles… Rouges, Noires, Grises et même Blanches. Toutes les formes de magie en fait, on pouvait même ironiser sur les sorts ménagers qui n'étaient pas sans une certaine noblesse, que quelqu'un ait l'idée saugrenue de créer une magie Violette, il s'y intéresserait et en connaitrait bientôt toutes les ficelles. Maintenant qu'il était guéri, cet homme avait décidé de retrouver l'action, et à défaut de savoir où était Mercy, c'était elle qu'il suivait.
-Que lui est-il arrivé ? Demanda Bluesky.
-L'un d'une de mes tâches en tant que Prêtresse Vaudou est d'empêcher le mal d'être. J'ai détruit le double fantôme qui avait pris la place de l'auror Reed. La vraie question est : « comment cela se fait-il qu'il n'y ait eu aucun accident avant ma venue » ? Ensuite vient « pourquoi ne s'est-il rien passé alors que j'ai senti l'odeur de la magie entrer en action » ?
-Il aurait dû se passer quelque chose ? Pourquoi en êtes vous sûre ?
-Un double fantôme créé des problèmes pour ne pas être démasqué. Sa même nature fait qu'il n'en ait jamais accusé, c'est sa défense, et normalement tout spectre ne se prive pas de l'utiliser... J'ai dit le contre-sort, je m'y suis prise une seconde trop tard… Et pire, je me suis peut-être trompée d'un seul mot… J'ai senti la magie de défense se mettre en branle mais elle n'a empêché en rien la dé-construction, c'est atypique.
-Et il n'y a rien eu. Ce qui veut dire…
-Que dans le pire des cas, j'ai activé un piège à retardement. Dans ce cas, nous sommes marqués comme des « cibles » par le double-fantôme pour tous ces confrères.
-Que peut-il nous arriver ?
-N'importe quoi.
-Et dans le meilleur ?
-Il ne nous arrivera rien, le double-fantôme a accepté son sort.
Bluesky ferma les yeux un moment avant de les rouvrir.
-J'ai déjà traqué des cinglés qui étaient plus simples à suivre que toutes ces conneries de magie traditionnelle.
-J'y baigne depuis ma naissance. Pour moi, ces « conneries » sont normales.
Mais Ann devait bien reconnaître que niveau capacité d'ennuis, elles battaient des records, même si on s'y connaissait.
-Il faut quitter la morgue, déclara Ann. Nous verrons bien. Je reviendrai convenablement équipée pour pouvoir interroger Mademoiselle Mabel Marie March dont la mort n'est peut-être pas aussi naturelle qu'il y paraît.
Bluesky lui emboita le pas pour quitter la pièce, il eut une réaction d'arrêt comme s'il s'était heurté à un mur. L'auror prit un mouchoir pour compresser son nez malmené en grommelant, Ann vit des runes se graver sur le sol et sentit sa gorge se serrer. Voilà le piège à retardement, ils étaient emprisonnés et à la merci de la vengeance du double-fantôme, quoi qu'elle soit. Avec un peu de chances, elle consisterait juste à leur faire découvrir les cellules dans les bas-fonds de la prison de Sleepy Hollow, mais, elle n'y croyait pas trop.
-Pourquoi ne peut-on pas partir ?
Ann montra les symboles qui venaient d'apparaitre sur le sol avant de répondre.
-Un sort de confinement. C'est de la vieille magie Irlandaise, certains vous diront même encore plus vieille magie Fae. Seuls ceux autorisés peuvent sortir.
Quelqu'un ce mit à applaudir. Dans le silence de la morgue ce bruit avait quelque chose de terrifiant.
-Félicitations.
Ann se retourna pour constater que c'était un homme particulièrement élégant à la chevelure blanche qui venait de parler, à sa droite se tenait Sara Wood. Et à sa gauche… Un soldat en armure du XVII ème siècle noire, sans tête et avec une vilaine épée sanguinolente dans la main.
Bon, elle avait trouvé le Grand Prêtre du Coven de Sleepy Hollow et son Cavalier sans tête, fidèle garde du corps et protecteur du couvent. Depuis plus de 200 ans et sa mise en servitude par un Nécromancien et le Grand Prêtre de l'époque, il était aussi, cas de besoins, leur exécuteur des basses-oeuvres. Mais son aspect et ses antécédents le rendaient encore très impressionnant : on le sentait capable, libre de ses faits et gestes, de trancher encore quelques têtes. Le Grand Prêtre le maintenait en son pouvoir, et des sorts de protections puissants empêchaient qu'on lui vole le contrôle du mort. Quelle chance... Elle allait faire une remarque, ou une blague de mauvais goût, sur le sujet quand elle ressentit quelque chose. Sous le choc, elle tomba à genoux. Ses liens avec son Coven venait soudainement d'être violemment secoués. Mercy n'était pas morte, mais, là où elle était normalement… Plus rien, comme si… Elle était là sans être là.
-Mademoiselle Blanchard, s'inquiéta Bluesky.
-Mercy a de gros problèmes.
Sara Wood poussa un petit cri de souris écrasée. Ann releva la tête vers elle. Elle ignorait qu'on pouvait blanchir autant.
