Disclamer : Les Animaux Fantastiques et Harry Potter ne sont pas à moi. Ce qui est tant mieux pour les personnages de JKR vu mes tendances à traumatiser mes personnages.

Titre : Noir ramage.

Résumé : Lorsqu'elle avait accepté ce job, elle pensait à un boulot long, mais qui au final serait assez simple. Trouver un traitre et le livrer au MACUSA, quoi de plus facile dans son boulot ? C'était sans compter un passé qui refuse de mourir et un mage noir qui est bien décidé à faire des siennes. Le pire dans l'histoire ? C'est que si elle l'avait su, elle aurait dit oui quand même.


Nous devons connaître les limites de notre endurance physique et mentale afin de les identifier quand nous les atteignons, pour mieux les dépasser. C'est pourquoi je vous pousse au-delà de toutes souffrances que vous pouvez imaginer. Vous ne baisserez pas les bras, vous ne mourrez pas, vous ne craquerez pas, vous ne perdrez pas courage dans les pires circonstances, comme le font les sorciers ordinaires. Vous tiendrez bon, au-delà des limites que vous pensiez avoir. Et vous serez les derniers debout quand les plus faibles auront choisi la facilité et seront morts.

- Lucas Goodhell s'adressant aux aspirants exterminateurs en leur exposant son programme d'entrainement.


Chapitre 44 : Mercy Lecay, ou Nolite Te Salopardes Exterminorum.

Il y a soixante-onze fleurs sur le côté droit de cette couette. Soixante-quinze sur le côté gauche. Chacune a vingt-quatre pétales. C'est à dire mille-huit-cent-soixante-et-onze pétales en tout. Je le sais, j'ai eu tout le temps de compter. Sa chemise de nuit blanche, maintenant grisâtre, en gros coton, faisait peine à voir. Elle la portait depuis la nuit de sa capture et son odeur sera un inconvénient pour m'enfuir. c'est pour cela qu'on n'habille pas les prisonniers de frais, au bout de quelques jours, on les suit à l'odorat... L'ennui était le premier ennemi, lui avait-on souvent répété durant sa formation. Et Mercy s'ennuyait. À part lui apporter un repas par jour, Grindelwald ne lui avait rien fait depuis qu'il l'avait enfermée ici. À peine quelques tentatives de discussion, mais pas une question… Soit il avait d'autres problèmes, ce qui était possible vu les surprises qu'elle lui avait laissé, soit il attendait le bon moment, celui où elle serait quasiment prête à tout pour ne plus s'ennuyer. La chaine qui reliait sa cheville gauche au mur lui permettait de faire neuf pas. Pas assez pour atteindre l'escalier et encore moins la porte. Elle avait comparé selon toutes les façons de marcher possibles pour compter... Des pas normaux, des pas de géants, des pas de souris… Tout ceux dont elle se rappelait de ses jeux d'enfants. Un jour, quelqu'un a dit que les hommes ont peur que les femmes se moquent d'eux et que les femmes avaient peur que les hommes les tuent. Mercy avait manqué de vigilance. Il y avait un point, un détail, qui l'avait trahi. Et elle avait tout le temps qu'il fallait pour réfléchir à quoi. Aussi pour tenter de s'enfuir. Elle s'était changée en corbeau pour se rendre compte qu'il fallait des mains humaines pour ouvrir le soupirail. Ensuite, elle avait essayé sous forme humaine et elle ne l'atteignait plus. Ces découvertes avaient failli la décourager. Failli, parce que si elle pouvait s'en débarrasser et remettre sa chaine à volonté, elle avait une carte dans sa manche. Elle avait bien entendu cherché où Grindelwald avait mis les runes qui l'empêchaient de jeter des sorts : si elle les trouvait, elle pourrait peut-être les briser, mais, les murs, le sol et même le plafond étaient parfaitement lisses, du moins à son arrivée. Et il n'y avait pas de meuble où il aurait pu les écrire. L'ennui lui avait fait faire des choses…

Tout ce qu'il lui restait à faire. La bonne nouvelle était que ses onze bleus lui faisaient de moins en moins mal. Soixante-onze. Soixante-quinze. Vingt-quatre. Mille-huit-cent-soixante-et-onze. Onze. Je tuerais pour une balle. Elle ne savait même plus comment s'occuper l'esprit à part faire des graffitis sur les murs de sa prison. Actuellement, elle révisait son latin. Elle en avait écrit des bêtises dans sa vie, mais, pas au point de recouvrir un mur. L'idée était que ses inscriptions masquent les symboles qu'elle y avait gravé et qui avait pour but de briser les sorts de Restriction auxquels elle était soumise.

Grindelwald avait « coupé » son lien avec son Coven. Elle le sentait, comme on sent un membre amputé. C'était ennuyeux. Elle n'avait pas prévu que ce soit le cas, qu'elle ne puise pas se servir de ses liens métaphysiques. Comme Percival pouvait être contacté ainsi, dû moins, elle avait pu le contacter ainsi, elle n'avait pas pensé que Grindelwald puisse penser à les bloquer. Et elle ne voyait pas comment. Généralement, on utilisait un cercle magique pour une telle prouesse, et elle n'avait pas la sensation d'un millier d'insectes rampant sous sa peau, caractéristique de la soumission à ce type de sort. Elle détestait se sentir impuissante.

La porte s'ouvrit et elle n'avait pas besoin de se retourner pour savoir qui venait la voir. C'était toujours la même personne. Grindelwald devait avoir peur qu'elle manipule l'un de ses hommes s'il acceptait de leur déléguer la tâche de la nourrir. Il avait raison. Généralement, les mâles aiment se sentir comme des héros aux yeux d'une jolie fille, et Mercy savait très bien se faire passer pour une ravisante idiote. C'était l'un de ses fonds de commerce. En plus d'avoir un carnet d'adresse à faire pâlir d'envie n'importe quel mage noir en mal de carnage.

-Qu'est-ce que vous faites ?

Réprimant l'envie de lui répliquer un « je repeints mon plafond » qui serait très mal passé, elle lui montra du doigt une inscription dont elle avait écrit le dernier mot il y a quelques minutes à peine.

-Nolite Te Salopardes Exterminorum, murmura-t-il comme pour goûter chaque mot.

Exactement. Ne laissez pas les bâtards vous réduire. N'importe quel latiniste vous dirait que la grammaire n'était pas bonne, que c'est une blague de lycéens, et que si on voulait réellement traduire cette phrase, ça ne signifiait rien. Mais, lorsque rien n'a de sens, les mots ont de leur importance. Grindelwald lui attrapa le poignet et serra jusqu'à ce qu'elle l'ouvre. Il lui prit son épingle à cheveux comme quand on confisque son jouet à un enfant pas sage. Traduction : il parle suffisamment bien le latin pour savoir que cette phrase n'est pas à son honneur. Elle le laissa faire, si cela pouvait lui faire plaisir. Elle en avait une autre, qu'elle avait caché dans sa couette. Autre dont elle le servait pour noter chaque fois qu'elle apercevait le soleil faiblir pour laisser place à la nuit. Elle ne s'endormait pas avant ce moment et avoir fait un nouveau trait. C'était une des routines qu'elle avait mise en place pour éviter de devenir folle. Pour résister, il fallait s'accrocher à des rituels qui permettent de garder une illusion de contrôle. Il fallait qu'elle continue à noter chaque jour qui passe. Il y avait maintenant une vingtaine de traits. Cela lui semblait tellement plus.

Elle se tourna vers lui. S'il restait, c'était qu'il voulait lui parler. Encore. Voila à quoi elle en était réduite. Accepter de parler avec un Fanatique. Super. Ce qui aurait été vraiment génial aurait été qu'il lui ramène une balle qu'elle aurait pu lancer et rattraper. Avec un peu de chance, et un mauvais lancé, Grindelwald se la serait pris en pleine face. Seigneur, elle voulait une baballe.

-Vous n'êtes pas obligée de supporter cela. Lui dit-il d'une voix doucereuse.

Le diable a la voix douce lui avait toujours dit sa mère. S'il n'y avait pas une pointe de moquerie dans celle de Grindelwald, Mercy aurait pu se laisser prendre au piège. Cet homme était un démon. Et elle détestait les démons. Ils se fichaient comme de leur première malédiction des arguments n'allant pas dans leur sens… Et de tout le reste. Seule la foi est efficace contre eux. Et elle était en pleine crise de foi. Ce qu'elle avait fait à Maxime pesait sur son moral et son cœur. Et elle était tout sauf pure. Or, la pureté et la vertu, il n'y a que cela de vrai contre les démons. Aujourd'hui, elle percevait sa maison fragile comme du verre, et rien ne lance des pierres aussi bien que les démons, ils savent exactement où frapper pour que tout s'écroule autour de vous.

-Combien de fois au nom du Secret Magique votre famille a été mise à mal ?

Trop de fois. Grindelwald frappait là où ça faisait mal. Là où ses certitudes étaient les plus faibles.

-Grandissez un peu, mademoiselle Lecay. Le monde n'est pas bien fait et les « gentils » ne gagnent jamais. Vous avez trente-trois ans, comportez-vous comme tel, reprit-il.

-Je n'ai pas trente-trois ans, j'ai dix-sept ans puis seize ans d'expérience.

Seize ans de trop vous diront certains. Elle avait été brisée et c'était reconstruite un certains nombre de fois. Mais, ce coup-ci, il y avait peu de chance qu'elle puisse de nouveau s'enfuir à cheval avec un homme aussi brisé qu'elle par la guerre. Un homme qui n'avait jamais fait d'équitation avant ce voyage imprévu. Ce qui voulait dire, pas de semaines hors du temps pour eux deux. Pas de guérison pour elle. Pas cette fois. Et elle n'avait aucune envie de découvrir la profondeur de sa disgrâce.

-Je rencontre des difficultés à Sleepy Hollow, et je pense que vous n'y êtes pas pour rien.

Exact. Du moins, en partie… Elle n'était pas responsable de ce que Bluesky faisait. Mais à la place de le lui avouer sa responsabilité partielle, elle haussa les épaules. Rien ne l'obligeait à confirmer ou à infirmer ces accusations. Et puis, comment aurait-elle fait du fond de ce trou à rat ? En préparant son coup bien en avance et en lançant une Nécromancienne et un Exterminateur sur la piste de Grayson, mais ça, Grindelwald n'était pas obligé de le savoir.

-Un rat dans un labyrinthe est libre d'aller n'importe où, tant qu'il reste dans le labyrinthe, fit-elle.

Cela n'avait aucun rapport, et elle le savait. Grindelwald la regarda. Mercy dut réprimer un sourire. Elle n'était peut-être pas libre de sortir, mais, elle était encore libre de jeter des remarques à qui elle le voulait, même à lui. Ils pouvaient faire comme si, mais, elle n'aurait jamais la docilité d'un rat. Elle était un oiseau, et même en cage, elle voudrait toujours voler.

-Meilleur ne veut pas dire meilleur pour tout le monde, monsieur Grindelwald. Cela signifie toujours le pire pour certains…

Elle se releva tout simplement parce qu'il pouvait la démoraliser autant qu'il le voulait, elle ne pouvait pas se permettre de baisser les bras. Renoncer maintenant serait trop dur.

-Demandez aux familles de vos victimes ce qu'elles pensent de votre monde meilleur. Mais pour cela, il faudra regarder en face des personnes qui vous voient comme un monstre.

La gifle lui brulait la joue Grindelwald avait réagit brutalement. Personne n'aimait voir la réalité, surtout quand on vous la lançait brutalement au visage. Elle ferma le poing et un écran d'énergie naquit, éloignant brutalement le mage noir d'elle. Elle venait de jouer une de ses dernières cartes. Sa chevalière n'était pas une simple chevalière : c'était ce qui symbolisait de son rang de Chien Noir. Un Chien Noir était un membre d'un Coven, ayant l'interdiction de prendre partie, chargé de faire respecter l'ordre au sein des Covens. En échange de ce rôle de gardien de l'ordre, il recevait une certaine protection nécessaire à sa tache. Elle savait qu'elle ne pourrait pas maintenir cette protection éternellement : tôt ou tard, elle devrait dormir. Et elle était certaine d'une chose : Grindelwald n'hésiterait pas cinq secondes avant de lui briser la main pour lui prendre sa chevalière. Elle l'avait surpris et elle allait le payer, elle le lisait dans ses yeux. Bon. Elle pouvait encaisser et c'était toujours mieux que l'ennui. Oui, elle était sans doute un peu folle.

-Je pourrais ne rien ressentir. Je pourrais céder, ce serait si facile. Mais, quelqu'un m'a dit que c'était important d'avoir des émotions même si on en souffrait, que ces émotions font de nous des gens plus humains, que pour le pire et le meilleur, il faut garder espoir. J'aime les miens et mon pays, je ne les trahirais pas. Et je garderais l'espoir de mourir plutôt que de vous dire ce que vous voulez savoir.

-Vous avez choisi le chemin de la douleur.

-Il n'y a jamais de vie sans douleur et mort. Jamais de lumières sans obscurité. Jamais de douleur sans espoir.

Elle devait tenir et jouer la comédie. Faire comme si toutes ces menaces la laissaient indifférente. Pour l'instant, c'était facile, mais demain plus dur et encore plus dur le surlendemain. À défaut de garder espoir, elle devait garder son esprit de contrariété intact, c'était sa seule chance. Une fois que Grindelwald aurait eu d'elle tout ce qu'il voulait, il la tuerait. Elle en savait trop et n'avait pas d'importance capitale dans ses plans. Du moins, c'était ce qu'elle pensait.