Disclamer : Les Animaux Fantastiques et Harry Potter ne sont pas à moi. Ce qui est tant mieux pour les personnages de JKR vu mes tendances à traumatiser mes personnages.

Titre : Noir ramage.

Résumé : Lorsqu'elle avait accepté ce job, elle pensait à un boulot long, mais qui au final serait assez simple. Trouver un traitre et le livrer au MACUSA, quoi de plus facile dans son boulot ? C'était sans compter un passé qui refuse de mourir et un mage noir qui est bien décidé à faire des siennes. Le pire dans l'histoire ? C'est que si elle l'avait su, elle aurait dit oui quand même.


« La plupart des gens préfèrent fuir ce qui leur fait peur. Vous, vous courez après. Vous devez être un peu folle. »

-Thésée Dragonneau à Mercy Lecay.


Chapitre 45 : Percival Graves, ou savoir profiter de toute occasion.

La porte s'ouvrit, on poussa quelqu'un dans sa cellule. Quelqu'un qu'il connaissait que trop bien. Cette silhouette, ces cheveux… Cette chemise, elle n'en avait pas changé depuis tout ce temps, il adorait la voir se réveiller au matin dans cette tenue si ridiculement rétro. Ces jurons prononcés bien trop souvent pour qu'il ait besoin de les prendre en note. Mercy était là. Elle allait bondir sur la personne qui l'avait poussée dans cette pièce quand on lui claqua la porte au nez. Elle lança une nouvelle série de grossièreté avant de se retourner vers lui. Elle le vit et il vit qu'elle se reprochait de s'être fait prendre. Qu'elle pensait avoir échoué et devoir des excuses au monde. Que pouvait-il lui reprocher ? Lui aussi c'était fait prendre dans l'un des pièges de Grindelwald. Mercy tenait un main contre son cœur. Ce n'était pas un geste pour être élégante ou prêter serment, il avait vu trop d'aurors avoir le même geste pour y penser. Sa main était blessée et elle la gardait contre sa poitrine pour éviter de la bouger. Elle se reprochait sa capture, mais maintenant, une lueur de soulagement apparaissait.

Malgré sa fatigue, Percival lui tendit la main. Elle eut un mouvement d'hésitation avant de s'approcher de lui. À une époque, elle aurait peut-être accepté de se blottir contre lui, de le laisser la protéger… Lorsqu'elle avait six ans peut-être. Même au cœur de l'horreur qu'avait été la guerre, elle n'avait jamais accepté d'être traitée de la manière que son sexe lui imposait qu'elle le soit.

Son père lui avait appris que si un homme devait toujours un mouchoir sur lui, c'était pour pouvoir le prêter à une femme qui pleurait. Celui-ci avait connu des jours meilleurs, mais le tissu était de bonne qualité. Les trois os composant l'auriculaire avait été brisés. Il déchira son mouchoir en bandes et banda les doigts, un à un. Seul le pouce était intact, les quatre autres devraient être immobilisés si on voulait une chance qu'elle guérisse pas trop mal. Ce que l'on avait fait subir à cette main, c'était de l'acharnement. Sa chevalière protectrice avait disparu. Il la lui avait toujours connue, Mercy ne pouvait plus l'enlever depuis longtemps.

-J'ai dû être horrible dans une vie antérieure pour que Dieu soit aussi horrible avec moi, lui dit Mercy en souriant un peu.

Percival ne croyait pas en Dieu. Il avait vu trop d'horreurs pour croire qu'une puissance supérieure, qui était censée aimer les humains et être compatissante, existait. Mais, c'est dans des moments comme celui-là qu'il enviait à Mercy sa capacité de croire. Il la sentait démunie, ayant besoin de compassion. C'était un fait rare et il ne savait pas s'il devait en profiter pour la prendre dans ses bras. Elle pourrait lui en vouloir plus tard, avoir perçu sa faiblesse pouvait être ressentie comme une offense. Il se lança… la serrant tout contre lui.

-Ton Dieu nous envie parce que nous sommes mortels, lâcha-t-il. Parce que chacun de nos instants peut être le dernier et que tout est beaucoup plus beau pour nous car si nous sommes condamnés, nous en sommes conscients et ainsi nous profiterons de toutes les miettes disponibles. Plus jamais nous ne serons seuls ici tant que nous serons tous les deux. Tu ne seras jamais plus ravissante qu'à cet instant.

-Pour ce dernier point, je dois te contredire, Graves, lui répondit Mercy. De plus, je crains que nous ayons tout le temps pour bien mémoriser jusqu'à la plus infime moisissure de ce trou à rat, Grindelwald ne me semble pas décidé à nous en laisser sortir si facilement. Et aussi bien toi que moi sommes couverts de saletés, rajouta-t-elle.

Mercy et le romantisme étaient deux choses qui n'allaient vraiment pas ensemble, sensible seulement les jours pairs et lui romantique les jours impairs, leur compatibilité était aléatoire… Mais, cela ne lui posait pas de problème. Il ne voulait pas de quelqu'un qui s'aplatirait devant lui, il voulait une partenaire, pas une servante. Percival entortilla les morceaux du mouchoir de sorte à que les quatre doigts soient maintenus ensemble. Cela aurait été mieux s'il avait pu rajouter quelque chose comme un bâtonnet par doigt pour les maintenir. Durant l'opération, Mercy eut beaucoup de cran : elle se mordit la lèvre au sang plutôt que de gémir.

-Maintenant que nous sommes deux nous devons mettre au point une stratégie.

Se tournant vers lui elle posa son doigt sur les lèvres, ils pouvaient être écoutés. Elle avait raison comme toujours.

-Je te propose que nous fassions des tours pour occuper le grabat qui me sert de couche.

-Ça me paraît indispensable, quoiqu'en nous serrant un peu…

C'était tout elle, prendre son petit air mutin et aguichant, en ce moment. Mais après tout, là, il n'avait aucune raison de refuser, et tant pis s'il profitait de sa faiblesse, il serait bien temps plus tard de lui présenter des excuses faussement contrites. Cette nuit sera fantastique, mais après tout était-ce bien une nuit ? Idiot, se dit-il, il fait bien nuit quelque part… Il la regardait droit dans les yeux, lui touchant la joue, comme autrefois.

-Je t'aime, Mercy.

-Je t'aime aussi, Perce.

-Je te déteste, Mercy.

-Je te déteste aussi, Perce.

Dans les deux cas ils étaient parfaitement sincères l'un comme l'autre. Ils ne pouvaient pas vivre, l'un avec l'autre, mais sans, serait pire que tout. Il l'embrassa et sentit que tous leurs différents s'évanouissaient, ils étaient réunis et seul cela comptait.

Allongés l'un contre l'autre, ils prenaient le temps de profiter du moment et du plaisir absolu de se retrouver ensemble.

-D'après toi, pourquoi Grindelwald nous a-t-il réunis ?

-Il veut que je lui dise où est Bluesky, entre autres choses.

-Et tu le sais ?

-Perce, je ne sais déjà pas où je suis, alors où est mon mentor…

-Mais, tu savais où il était une heure avant que Grindelwald ne t'enferme.

-Ce serait beaucoup exagéré, mettons qu'à l'époque, j'en avais une vague idée… Aujourd'hui, il doit être guéri et tel que je le connais, il a repris du service. Il peut être partout et surtout aux environs d'un QG de Grindelwald, juste sous son nez !

-Que veut-il savoir d'autre ?

-Sans doute pourquoi j'ai jugé bon de tuer Reed !

-Tu as TUE Reed ?

-Il fallait bien ça pour suffisamment intriguer Grindelwald et qu'il m'invite à partager ton domicile… Mais ne t'inquiète pas, Sara Wood, ma cousine est une très bonne médicomage légiste, elle saura quoi faire.

-Tu as descendu un très bon ami, et, c'est tout ce que ça te fait. Sous prétexte qu'il est confié à une légiste qui saura le préparer pour le mettre en bière...

-Pour parler franc, je ne l'ai pas à vrai dire DESCENDU, je me suis contentée de saupoudrer son donut de Poudre de Dernier Jugement. Effet garanti. Quand Grindelwald l'a découvert raide-mort, ensanglanté, étendu de tout son long sur son parquet, il n'est pas allé chercher plus loin. Il ne s'en est même pas approché…

-Et tu trouves ça étonnant ?

Percival ne revenait pas de son ton détaché. Elle s'accusait sans honte, ni pudeur de la mort d'un de ses camarades de lutte, un ami de longues années de combats la main dans la main. Un détachement un peu incongru en fait.

-S'il s'était suffisamment approché, il se serait peut-être demandé pourquoi il avait une Pierre de Bézoart dans la bouche. Avec un peu de jugeote, il aurait compris que c'était du bluff… Et que Maxime était seulement temporairement retiré du jeu.

-Qu'as-tu mis en place en sus, puisque tu sembles avoir tissé ta toile ?

-Tu te souviens d'Ann Blanchard, ma meilleure amie ?

-Celle qui fait commerce avec les morts ?

-Exactement ! Elle est à New York, sous couverture et suit les petits cailloux que j'ai semé. Normalement, elle est maintenant secondée par Bluesky et Reed s'il a totalement récupéré. Même avec les soins de Sara, il faut le temps de se remettre… Ils ont dû entrer en contact avec Picquery qui ignore encore ta substitution, la trahison de Grayson et de quelques-uns des aurors de premier plan qui l'entourent. Pour tout te dire un de ses gardes du corps n'est plus tout à fait le même depuis son dernier séjour de ski à Stratton, dans le Vermont. D'autant plus que le vrai MacDouglas est toujours enfermé dans le sous-sol d'une des églises de cette ville… Le système est simple, un sorcier s'absente pour une raison ou une autre, un autre prend sa place ! Simple et efficace.

Il n'arrivait pas à le croire, sur un ton calme et détaché, elle lui racontait tout ce qu'elle avait appris en l'espace de deux petits mois… Lui n'avait même pas vu la trahison de Grayson, sous son nez, dans son propre bureau…

-Ne me dis pas que tu avais prévu de me retrouver, ici, dans mon cachot…

-C'était une probabilité. Enfermée depuis environ vingt jours en son total pouvoir, il n'a pas réussi à me faire parler par persuasion. Alors il essaye la technique Numéro Vingt-Quatre du Manuel du Bon Tortionnaire : si tu tortures l'ami, l'enfant, l'amant, bref, celui qu'il aime… ton prisonnier peut-être amené à tout te dire pour éviter que tu recommences.

-Et nous voilà réunis…

-Ne t'en fait pas j'ai mis Amethyst en lieux sûrs… June la garde près d'elle, elle ne risque rien, sauf peut-être de me ressembler un peu. Pour ce qui est de ta mère… je ne m'en suis pas occupée, je pense qu'elle est parfaitement capable de se protéger par elle-même !

Percival ne pouvait pas dire autre chose. Sous ses côtés parfaitement éduquée, très digne et très convenable, il avait toujours pensé que sa mère avait dû hériter un peu de sang des Furies(1), d'une de ses lointaines ancêtres. C'est sans doute pour cela qu'il ne s'était jamais étonné quand parfois Mercy la traitait de mégère. C'était une description plutôt réaliste de ce que pouvait être mère quand elle était contrariée… Une attaque par un sorcier noir pouvait être un élément contrariant et le résultat serait alors explosif...

-Mercy, je sens un truc dur sur ta cuisse…

-Ne t'inquiètes pas c'est Wild Bill(2) mon Colt "New Line " calibre 38 CF produit en 1880, Grindelwald est tellement obnubilé par les sorts, les baguettes, les potions et toutes ces choses magiques, que tu peux passer tout ce qui est non-maj comme tu veux, avec quelques précautions toutefois, il est enveloppé dans un tissu occultant. Je pense que les balles contenues dans son petit barillet pourront avoir leur utilité pour notre évasion. Je l'ai hérité d'une de mes grandes tantes aventurière, Catherine, plus connue sous le nom de Big Nose Kate(3), épouse de Doc Holliday, qui est partie dans l'ouest non-maj' tenter sa chance lors de la ruée de l'or de 1848. Et crois moi, il est très efficace.

Percival se sentait dépassé. Peut-être le fait d'être resté enfermé un été, seul, dans une pièce… Ou que ce soit Mercy sa compagne de geôle. Elle serait capable de rendre dingue son Dieu, et lui n'était qu'un pauvre mortel.

-Ne t'inquiète pas, j'adore quand un plan se déroule sans accroc. Ajouta-t-elle dans un grand sourire, de ce sourire-là qui lui chavirait le coeur.

-As-tu la moindre idée de comment sortir d'ici ?

-Nous sommes dans une boite à chaussures, Perce. Il va falloir faire preuve d'imagination. Ce sale… Il avait son petit sourire vicieux avant de me la monter au fond du placard à balais devant lequel je suis passée vingt fois. J'aurais dû de souvenir que le seul soin que tu portais à tes chaussures, c'était de les cirer, alors les garder protéger dans une boite…

Une boite à chaussures, en magie le contenant n'était rien, il avait vu des maisonnettes de quelques mètres carrés abriter un hôtel de cent pièces spacieuses avec salles de bals et de spectacles… Le pire, c'est qu'elle semblait sérieuse. Grindelwald osait… Graves prit la main blessée de Mercy. Il concentra le peu de magie qu'il avait encore et jeta un sort pour guérir sa main. La magie sans baguette était volatile et il s'était suffisamment affaibli pour savoir que ce n'était pas garanti. Il n'était pas un spécialiste, mais, il pouvait dire que les os n'étaient plus brisés, juste fêlés. C'était un mieux, elle souffrirait moins. Avant, il aurait pu la guérir.

-Nous pourrions utiliser un sort pour en forcer l'entrée, lui dit-il.

-Et comment veux-tu que nous le fassions ?

-En nous servant de notre lien pour combiner nos pouvoirs…

-Je ne peux pas, lui avoua-t-elle.

Elle remonta sa manche et dévoila un simple bracelet de cuir noir. Il savait ce que c'était. Ces « bijoux » empêchaient la personne qui le portait de faire de la magie, les liait à leur geôlier mieux qu'une chaine, et bien entendu, les porteurs de cet effet ne pouvaient pas les retirer eux-mêmes. Grindelwald n'avait pas seulement privé Mercy de ses pouvoirs. Il avait fait quelque chose de bien pire, du moins aux yeux du mage noir, il empêchait Mercy d'utiliser quelque chose qu'il considérait comme exceptionnel, la reléguant au rang de non-maj. Ce n'était pas surprenant qu'elle semble ennuyée par ça. Même si elle pouvait vivre sans magie, il l'avait comme amputée d'une partie d'elle.

-Je ne peux plus Perce… Il…

-Grindelwald veut diriger par la peur. Les peuples ne devraient pas avoir peur de leur gouvernement. Mais les gouvernements devraient avoir peur du peuple. Nous sommes le peuple, nous sommes les maîtres et personne ne nous dira ce que nous devons faire ou dire.

Il lui caressa la joue, essayant une larme au passage. Elle était tellement forte, et il ne parlait pas de sa magie. C'était une femme qui avait réussi à grimper l'échelle sociale à la seule force de ses bras. Elle avait juste besoin de dormir un peu.

-Depuis quand n'as-tu pas dormi, Mercy ?

-Quel mois sommes-nous ?

-Mercy...

-Comme vous êtes mignons… Les coupa une voix qu'ils connaissaient bien.

Mercy et lui se redressèrent en se retournant. Grayson se tenait derrière les barreaux. Un jour, il l'étranglerait à mains nues et avec un grand plaisir.

-On peut abandonner son intégrité pour presque rien, mais, c'est tout ce que nous possédons réellement, tout ce qui nous reste à la fin. Et dans ce petit espace, nous sommes libres, répondit Mercy.

Elle toisa Grayson d'un air d'ennui mêlé d'impatience qu'il ne lui avait jamais vu un peu comme si un vendeur au porte à porte avait frappé à sa porte pour essayer de lui proposer quelque chose de totalement inutile. Comme s'il ne représentait rien pour elle, qu'il ne valait même pas la peine qu'elle se mette en colère. Elle ne prenait même pas la peine de lui répondre, lui laissant le message silencieux qu'il n'était rien. Debout maintenant, elle se rapprochait des grilles. Percival était impressionné par le don de comédienne de Mercy. Il la connaissait assez pour savoir qu'elle rêvait de lui arracher les yeux avant de les lui faire manger. Et ce n'était pas dû à la seule influence de son côté corbeau. Il préférait rester près d'elle, prêt à la calmer en cas de besoin. Ce n'était pas le moment de déclencher une mutinerie, ils n'étaient pas encore prêts...


(1) Les Furies ou les Euménides, c'est-à-dire en grec les Bienveillantes sont les divinités infernales chargées d'exécuter sur les coupables la sentence des juges. Elles doivent leur nom à la fureur qu'elles inspirent.
Les plus connues des Furies, les plus souvent citées par les poètes sont Tisiphone, Mégère et Alecton.

(2) Wild Bill, Référence à Wild Bill Hicock (1837-1876) est connu pour avoir été une fine gâchette de l'ouest. Il vivait de ses colts, occupant des postes de nettoyeurs de ville avant de s'enfuir pour avoir tué quelqu'un « par erreur ». Ami de Buffalo Bill et de Calamity Jane (des légendes affirment qu'elle en était amoureuse) il se fit descendre à Deadwood, ville de la Frontière, dans le Dakota du Sud, un jour qu'il jouait au poker dans un saloon, et pour une fois, tournait le dos à la porte… Son assassin serapendu le 1ermars1877 à l'âge de 24 ans. McCall est la première personne à avoir été exécutée par les autorités du Dakota.

(3)Big Nose Kate (1849-1840) était une prostituée qui a épousé Doc Holliday (4). Archétype de la femme aventurière et libre de l'ouest américain.

(4)Doc Holliday, de son vrai nom Jeohn Henry Holliday (1851-1887) était un dentiste, joueur professionnel et criminel : il ne quittait jamais ses six coups et son long couteau. De fait, il avait un révolver dans un holster situé sous son épaule, l'autre sur sa hanche. Connu pour avoir descendu un certain nombres d'hommes au cours de duels, il accomplit l'exploit de mourir dans son lit de tuberculose. Il devint célèbre pour sa participation à la fusillade d'O.K. Corral en compagnie de Wyatt Earp.