Disclamer : Les Animaux Fantastiques et Harry Potter ne sont pas à moi. Ce qui est tant mieux pour les personnages de JKR vu mes tendances à traumatiser mes personnages.

Titre : Noir ramage.

Résumé : Lorsqu'elle avait accepté ce job, elle pensait à un boulot long, mais qui au final serait assez simple. Trouver un traitre et le livrer au MACUSA, quoi de plus facile dans son boulot ? C'était sans compter un passé qui refuse de mourir et un mage noir qui est bien décidé à faire des siennes. Le pire dans l'histoire ? C'est que si elle l'avait su, elle aurait dit oui quand même.


« La satisfaction qu'on tire de la vengeance ne dure que peu de moments, mais celle que la clémence produit ne finit jamais. »

-Jean Baptiste Blanchard, Les maximes de l'honnête homme (1772)


Chapitre 55 : Frederic Grayson, ou il est peut-être temps de se réorienter ?

Il envisageait de retourner sa cape. Quelqu'un n'avait-il pas dit que ce n'est pas la girouette qui tourne c'est le vent ? Depuis la mise en garde d'Higgings, il avait réalisé à quel point son avenir au service de Grindelwald était limité, le vent avait tourné, il était temps de retourner sa cape.

Tout d'abord il s'était senti honoré d'avoir été remarqué par quelqu'un d'aussi puissant que Gellert Grindelwald. Depuis tout le temps qu'il était entré au MACUSA, dans le service des Aurors, il rêvait d'être reconnu à sa juste valeur. Pendant des années, il avait enchaîné les missions, combattu sans ne jamais revendiquer la moindre récompense. Bien entendu, il avait refusé de combattre en première ligne pendant la Grande Guerre, les histoires de ces étrangers ne le concernaient pas, il était normal de ne pas vouloir prendre de risques inconsidérés pour des raisons qui n'en valaient pas la peine, quand on pouvait les éviter. Et cette preuve d'intelligence et de réflexion lui était encore reprochée… On pouvait aussi faire son devoir auprès des Généraux. Depuis des années, il ressentait l'ostracisme général, il était mis de côté, relégué au second rôle par ceux qui en étaient revenus. Ces idiots qui se croyaient des héros parce qu'ils avaient accompli ce qu'ils appelaient des faits de guerre dignes d'éloges. Il avait alors végété dans la hiérarchie du MACUSA. Était resté des années le sous-fifre de Graves, faisant la basse besogne à sa place.

Quand Grindelwald l'avait recruté, il lui avait fait miroiter une ascension fulgurante, enfin quelqu'un comprenait ce qu'il était vraiment, sa valeur. Maintenant il se rendait compte que le mage noir avait joué avec lui, profitant de sa faiblesse, son sentiment d'impuissance. Pouvoir supplanter Graves lui avait apporté un grand plaisir, il devait se l'avouer. L'amener à Grindelwald « pieds et points liés » : une grande jouissance. Il avait eu le sentiment de se venger d'années d'humiliations, la Justice serait rendue et il allait en profiter… Imaginer les conditions de réclusion du captif, ses peurs et angoisses, les tortures qu'il subirait, la cerise sur le gâteau...

De toute son âme, il avait servi son nouveau Maître, mis toutes ses forces à son service, pas par croyance envers ses théories sur le Plus Grand Bien, non, ça c'était pour les idiots. Lui, il ne croyait véritablement qu'en une chose : lui-même. Comme tous les esprits qui se croient supérieurs, Grindelwald était convaincu par ce qu'il disait. Lui assurer qu'il partageait ses buts était une formalité qu'il fallait remplir certes, mais simple en fin de compte. Il avait parfaitement rempli son rôle, et avait réussi à faire croire à sa sincérité.

Il avait alors pris du galon, monté dans la hiérarchie de l'organisation, fait ses preuves. Peu à peu il avait tissé sa toile dans le MACUSA, effaçant un employé pour le remplacer par un adepte. Maintenant, tous les services étaient noyautés par un ou deux remplacés. Il avait même réussi le tour de force de retourner quelques non-adeptes pour le amener à travailler pour eux. Un des coups dont il était le plus fier était quand il avait persuadé Demétrios Perkins d'espionner pour eux et gratuitement en plus. Par patriotisme, il vidait les poubelles et collectait ainsi les informations traitées par les employés de bureaux, qu'il lui remettait ensuite. Il adorait apprendre ainsi ce que manigançait Picquery qui avait l'habitude d'être très prudente en réduisant en cendres tous ses papiers d'un sort d'Inflammation, ce qui n'était pas le cas de sa secrétaire, Marjory. De plus, celle-ci était une pipelette qui adorait cancaner à la buvette. D'ailleurs, ils avaient l'habitude de prendre leur café ensemble.

Avec beaucoup de patience, il était devenu le Numéro Deux de la cellule de New York. Grindelwald le lui avait dit et maintenant, il en était certain, lui avait menti. En fait, il avait été floué, il le voyait bien, il lui avait laissé croire qu'il était irremplaçable, qu'il était important et que sans lui, le projet n'arriverait à rien. Avec le temps, il avait senti une distance se créer entre lui et le maître. Grindelwald ne partageait plus ses projets avec lui, ne l'interrogeait plus sur ses opinions ou n'en tenait pas compte. Ça avait commencé au moment de l'arrivée de Reed dans l'organisation qui lui avait piqué sa place. Il en avait eu confirmation le jour où il l'avait emmené au manoir. Le Maître avait préféré tenir plus compte des avis de Reed que des siens. Pourtant il était sûr de ce qu'il avançait : Lecay était très dangereuse et retorse, toujours des coups traîtres en réserve. D'ailleurs l'avenir avait prouvé qu'il avait raison, le Maître l'avait enfin compris et s'était résigné à la neutraliser.

Higgins s'était ensuite dévoilé. En fait, il avait toujours été sous surveillance. Jusque là, il n'avait jamais pris en compte ce cloporte qui rasait les murs, toujours servilement prêt à lui apporter un verre ou autre chose. Le doigt sur la couture du pantalon, au garde-à-vous. La seule chose qui le consolait c'est que sans doute personne ne se méfiait de lui, ne le prenait au sérieux. D'où sa force, il était une araignée qui, la toile tendue, attendait que la mouche s'englue avant de l'avaler.

Il ne lui restait plus qu'une option raisonnable pour sauver sa peau, vendre ce qu'il savait à Picquery et prendre la tête de la lutte contre Grindelwald et ses complices. Ça demandait un certain culot et beaucoup de doigté, Le Maître et Higgins n'étaient pas du genre à se laisser trahir impunément. En dehors de Graves, Lecay, Reed et peut-être, Bluesky, seuls les adeptes connaissaient son appartenance au mouvement. Les trois premiers étaient hors-circuit, deux emprisonnés, morts en devenir et un mort effectif. Bluesky était plus embêtant, il avait disparu et personne ne savait où il pouvait bien se trouver. Ça paraissait vraiment trop aléatoire de faire croire à sa virginité dans cette affaire, il avait réussit à recruter trop de monde, trop d'adeptes qui voudraient venger sa trahison mais aussi trop de contributeurs de bonne foi qui comprendraient qu'il les avait joué. Il devrait essayer de limiter son implication à un tout petit rôle d'adjoint.

Une autre option était de retourner vers le MACUSA en lui apportant Grindelwald sur un plateau. J'ai fait croire à Grindelwald que je le servais mais en fin de comptes, je savais que la disparition de Graves n'était pas normale et j'ai enquêté. J'ai infiltré son organisation pour pouvoir mieux la combattre de l'intérieur. C'était sans doute la meilleure solution. La seule chose à organiser était la disparition définitive des témoins. Il allait laisser Graves et Lecay entre les griffes du Maître, à la façon dont ils hurlaient l'autre fois, ils ne dureraient plus très longtemps. La folie ou la mort… Après la voie serait libre, du moins s'il faisait disparaître quelques autres témoins...

Il lui suffisait d'attendre un peu, au besoin motiver Grindelwald en lui donnant de bonnes raisons d'interroger de nouveau ses prisonniers : lui faire croire qu'ils avaient des secrets primordiaux pour lui. Puis, quand ils seraient morts, il éliminerait Higgins d'un bon sort dans le dos, il ne se sentait pas la dextérité pour l'attaquer de face. C'est ce qui faisait sa force, il savait jauger ses ennemis et savait quand il était trop dangereux de les attaquer de front. Puis vendrait le mage noir et il serait enfin considéré comme ce qu'il était au plus profond de lui : un héros.

Si Graves et Lecay mouraient, il pourrait encore sauver son avenir sur le sol américain.