Disclamer : Les Animaux Fantastiques et Harry Potter ne sont pas à moi. Ce qui est tant mieux pour les personnages de JKR vu mes tendances à traumatiser mes personnages.
Titre : Noir ramage.
Résumé : Lorsqu'elle avait accepté ce job, elle pensait à un boulot long, mais qui au final serait assez simple. Trouver un traitre et le livrer au MACUSA, quoi de plus facile dans son boulot ? C'était sans compter un passé qui refuse de mourir et un mage noir qui est bien décidé à faire des siennes. Le pire dans l'histoire ? C'est que si elle l'avait su, elle aurait dit oui quand même.
« L'agrément de la chasse a bien des désagréments. »
-Proverbe danois.
Chapitre 56 : Lucius Archibald Palmer ou la traque impitoyable.
Depuis quinze jours et son échec lors de l'attaque de la maison de Marie Mabel March à Sleepy Hollow, il était en sursis. Il était le chef, sur une équipe de trente attaquants, peu étaient revenus indemnes. Hector Bluesky était un combattant coriace et surtout non conventionnel. Ses pièges inattendus et ses sorts Anti-Intrusion, dispersés autour de la maison, avaient blessé plusieurs de ses hommes. Certains étaient suffisamment atteints pour avoir dû être retirés de l'action, le temps de soigner leurs blessures.
Finnigan et Olivetti qui avaient tenu à pénétrer les premiers dans la maison seraient encore indisponibles de longues semaines. Le premier était trop confus, il revivait son enfance, pour être d'une quelconque utilité, n'osant pas sortir sans sa maman. Le second n'était plus qu'une gigantesque méduse : tous ses os avaient disparu, fondu et leurs meilleurs mages n'arrivaient pas à les lui faire récupérer… Quelques centimètres par jour repoussaient pour disparaître de nouveau un peu plus tard. Les médicomages parlaient de l'influence de la lune… Mais il lui semblait qu'ils ne savaient pas vraiment expliquer le phénomène et racontaient n'importe quoi… Mac Grégor, lui avait rapetissé, il mesurait maintenant la taille d'un enfant de huit ans et là aussi personne ne s'avérait capable d'enrayer le phénomène.
Martins et Williams figuraient parmi les morts. Ces deux là n'avaient pas eu beaucoup de chances, pourtant, vu leur forme moyenne, il avait pris soin de leur confier la protection des arrières du groupe. Il ne savait pas comment Bluesky avait pu s'y prendre pour les atteindre, il y penserait dès qu'il le pourrait, mais ça dénotait beaucoup d'adresse de sa part. Décidément, il n'était pas aussi vieux et infirme que certains le pensait, un type de première force, très, très dangereux dont il devrait se méfier.
Quand Grindelwald avait appris le fiasco, sous l'emprise de la colère, il avait réduit en cendres le messager : nul n'éprouve de tendresse pour le porteur de mauvaise nouvelle. Plus qu'une folie, Palmer y avait vu un avertissement. Le regard qu'avait Le Maître pour lui quand il lui avait fait son rapport était en fait plus que cela, une promesse. La réussite ou la mort. Il trouvait ça normal, quand on veut bâtir un nouveau monde, on ne peut le faire qu'avec des hommes sûrs et fiables. On ne peut s'entourer d'incapables. Servir une grande œuvre se méritait, il fallait jour après jour, faire ses preuves, être le plus fort, irréprochable et sans aucune faiblesse, jamais…
Depuis quinze jours, il enquêtait. Fouillant la maison, d'abord à la recherche des cadavres de Bluesky et 3M. Puis, il avait fallu se rendre à l'évidence : ils leur avaient échappé. A partir de là se posait la question : comment ? Ils ne pouvaient pas être sortis de la maison, impossible, il avait pris soin d'établir un sort Anti-Franchissement : tout contrevenant aurait été immédiatement immobilisé par des liens solides. Les Sorts Dissenssium ! sensés révéler les passages secrets avaient tous été inefficaces. Sans compter qu'ils les auraient vus, s'ils s'étaient enfuis par balai volant ou portoloin… Un portoloin ? Impossible, le sort de Collage apposé aux environs empêchait tout décollage. Le circuit de cheminettes était coupé par leurs complices. Il avait ré-interrogé Orovatta et celui-ci lui avait confirmé que Lanzutti et lui avaient fait le nécessaire et qu'ils avaient surveillé le trafic durant l'attaque, aucun mouvement dans la ville de Sleepy Hollow n'avait été détecté. Il y avait forcément une autre solution. Restait le transplanage. Mais ça aussi avait été prévu. Non, il ne voyait pas.
Sous le couvert d'une enquête sur les circonstances de l'explosion, il examinait les décombres, pierre par pierre et nulle part d'indice. Bluesky et 3M avaient disparu par miracle. Ce qui n'était pas possible. Il y avait forcément un truc, il y a toujours un truc...
Comment retrouver leurs traces ? Sa vie en dépendait. Il fallait coûte que coûte qu'il les retrouve. Employé de la Ville de New York, chargé d'enquêter sur la destruction de la maison de cette pauvre Madame March, vous savez, il y a eu quelques explosions de gaz ces derniers temps en ville… Nous essayons d'en déterminer les causes pour empêcher d'autres accidents. Il interrogeait les voisins sur Mabel Marie March. Un évènement inattendu. Un changement d'habitudes… Personne ne savait rien de vraiment probant. Un soir, une voisine avait l'aperçu dans son salon lisant tranquillement un livre et quelques minutes plus tard, croisée dans la rue. Beaucoup de gens la connaissaient, elle était très populaire et fréquentait tout le monde, sorciers et non-maj's…
Lucius Archibald ne comprenait pas ce parti-pris, pour lui ces gens n'étaient pas intéressants, totalement inaptes à vivre en indépendance. Le Maître avait raison quand il les comparait à des cloportes courant ci et là, et la plupart de ces vieilles femelles qu'il rencontrait prouvaient leur inutilité. Des bavardes, qui couraient à petits pas toutes la journée, un sac accroché au bras une fois des légumes et une fois un autre truc, allant les unes chez les autres Une petite tasse de thé, Ma Chère ? Oh oui, bien sûr Chère Amie, on a toujours le temps pour une petite tasse, mais petite alors, vous comprenez je suis pressée, on m'attend… Et les voilà parties, bras dessus-bras dessous, pour deux heures de cancans, penchées l'une vers l'autre au-dessus d'un thé froid ! Inutiles, elle étaient inutiles et idiotes, un cerveau d'oiseaux ! Quand ils auront pris le pouvoir, ils remettront de l'ordre et toutes ces idiotes ré-apprendront ce qui est important dans la vie… Mais en attendant en bon enquêteur, il était bien obligé de les fréquenter et de supporter les affreux caquetages de ces vieilles poules de basse-cour.
Aujourd'hui, il sentait que sa patience serait enfin récompensée, il avait repris son costume non-maj, son petit carnet à souches et en bon employé modèle de la Communauté de New-York, il fouinait pour découvrir les causes de cet effroyable accident, le gaz, oui c'est dangereux, mais c'est si pratique, c'est si moderne, oui ça arrive parfois mais vous savez nous travaillons sans cesse à améliorer le réseau...Pauvre Mademoiselle March vraiment… Et il la rencontra… Une vieille non-maj qui venait vers lui sur le même trottoir. Petite, un peu dodue serrée dans son corset d'avant-guerre, cheveux blancs en chignon sur la nuque, lunettes rondes dorées, qui marchait à petits pas avec sa cane à pommeau de poule. Pas possible elle a une poule comme animal préféré, au secours, elle va caqueter pendant des heures. Allez aborde la, c'est la bonne…
-Bonjour, Madame, dit-il en soulevant son chapeau avec une petite courbette.
-Bonjour, Monsieur.
Un rien de réserve, de réticence : une bonne cliente, si elle connaît 3M, elle va tout te raconter. Et en effet, le nom de March prononcé, c'était parti… depuis une heure, elle arrêtait pas ! Il commençait à craquer, depuis un moment il avait envie de l'étrangler, mais il écoutait, relançant la conversation à chaque reprise de souffle de Madame Katherine Tranking.
-Et donc, vous connaissiez bien cette pauvre Mademoiselle March ?
-Si je la connais, ne m'en parlez pas, nous étions amies depuis toujours. Depuis quarante ans au moins, à vrai dire après mon mariage avec Monsieur Tranking, nous sommes venus vire dans cette charmante ville de Sleepy Hollow. Savez-vous qu'ils ont installé des bancs dans le parc, c'est très pratique quand on veut surveiller ses enfant pendant qu'ils prennent l'air et jouent, moi de mon temps, nous devions les regarder debout, les bancs étaient trop vieux et menaçaient de s'effondrer…
Ça y est, il craquait, il allait l'étrangler, ça faisait plus d'une heure et demie qu'elle parlait sans s'arrêter. Ils étaient assis devant un thé, maintenant froid dans le petit estaminet de la ville, et en plus il devait boire du thé, rien ne lui serait épargné... Les poings serrés, il se retenait, n'écoutant plus vraiment quand tout à coup :
-Figurez-vous que je l'ai vue trois jours avant l'accident. Vous ne me croirez pas mais nous étions toutes les deux, nous faisions la queue et nous avons pu papoter quelques minutes. Cette Chère Mabel Marie était pressée de rentrer chez elle. Savez-vous que depuis quelques jours elle vivait avec un homme ? Je l'ai vu une fois, je passait devant chez Mabel Marie, par hasard bien sûr, Jennifer Reesp m'avait bien avertie du scandale mais je ne pouvais y croire…
L'esprit éveillé, il écoutait, enfin quelqu'un connaissait quelque chose.
-… mais c'était vrai ! A son âge, si c'est pas malheureux ! Un homme vivait chez elle ! Remarquez c'était un bel homme, sans doute un aventurier, un marin ou je ne sais quoi, avec son teint bronzé on imagine que c'est quelqu'un qui voyage beaucoup. Mais qui n'a pas beaucoup de moyens, il avait une vieille Ford T toute cabossée. Comment je le sais ? Mais parce qu'elle était garée devant la maison jours et nuits...
Une Ford T. Il s'en souvenait maintenant, Altair l'avait mentionnée dans son récit, Bluesky avait prétendu être en panne. Dans son souvenir, il n'y avait aucune Ford T devant la maison pendant l'attaque... Où ce vieux renard pouvait-il l'avoir garée ? Serait-ce un début de piste ?
-… Jours et nuits, vous, vous rendez compte. A leur âge c'est indécent !
-Et donc, vous l'avez rencontrée ?
-Oui dans les bureaux de l'US Mail, elle venait poster un colis pour une amie. J'ignorais qu'elle avait des amies à New Rochelle. Vous vous rendez compte, en quarante ans, elle ne m'en avait jamais parlé. Comment pouvez-vous faire confiance à quelqu'un qui vous fait des cachotteries, je vous le demande, je croyais être sa meilleure amie et voilà qu'elle fréquente un homme sans m'en parler et qu'elle a des amies que je ne connais pas. Remarquez on ne peut se fier à personne. Prenez Jennifer Reesp, dont je vous parlait plus tôt, savez-vous qu'elle mange en cachette des gâteaux alors que son médecin lui a demandé d'arrêter…Et que dire de Monsieur Smith, mon voisin, il nous dit qu'il est chef de bureau mais je sais par un ami, quelqu'un de sûr, vous pouvez me faire confiance, qu'il n'est qu'un simple employé de bureau au deuxième échelon… l'autre jour, je disais…
-New Rochelle ? Celle du comté de Westchester, dans l'État de New York ?
-Oui. Celle-là. Je disais donc, l'autre jour, je ne suis pas médisante, vous savez, mais il faut dire...
Là il avait craqué et s'était enfuit le plus vite possible ! Il tenait une seconde piste : New Rochelle.
Son cousin Altair n'avait pu se prêter à ce jeu, il était bien trop connu en ville, mais à New Rochelle… Ils s'étaient partagé le travail. Il suivrait la piste de la Ford T et lui celle de l'amie. Ils travailleraient la main dans la main, conscients de l'enjeu : leur peau.
Depuis des années les deux branches de la famille étaient brouillées. Depuis que le père d'Altair avait racheté pour une bouchée de pain les parts dans l'affaire familiale de Lucius, son frère, le grand-père de Lucius Archibald. À sa retraite leur ancêtre qui était venu d'Angleterre, le fondateur de l'entreprise l'avait partagé en deux parts égales et l'oncle Altair, avait profité des difficultés financières de son frère cadet pour le spolier. Depuis environ quatre-vingt-dix ans les deux branches de la famille se détestaient, ne s'adressant même pas la parole lors des enterrements. Lucius Archibald avait un plan pour récupérer ce qui lui appartenait de droit : épouser la fille d'Altair, Cassiopea, son unique héritière. À près de quarante ans celle-ci était encore célibataire et quand le Maître aurait pris le pouvoir, qu'il serait son bras droit proclamé, le Président du MACUSA à la place de cette incapable de Picquery, Altair ne pourrait lui refuser la main de sa fille. Sa main et sa dot !
En attendant, ils devaient retrouver et tuer Bluesky et 3M, tous les deux. La seule façon d'être pardonnés et de survivre.
