Disclamer : Les Animaux Fantastiques et Harry Potter ne sont pas à moi. Ce qui est tant mieux pour les personnages de JKR vu mes tendances à traumatiser mes personnages.
Titre : Noir ramage.
Résumé : Lorsqu'elle avait accepté ce job, elle pensait à un boulot long, mais qui au final serait assez simple. Trouver un traitre et le livrer au MACUSA, quoi de plus facile dans son boulot ? C'était sans compter un passé qui refuse de mourir et un mage noir qui est bien décidé à faire des siennes. Le pire dans l'histoire ? C'est que si elle l'avait su, elle aurait dit oui quand même.
« L'absence sépare les amis sans en désunir les cœurs. »
-Gabriel Girard, Les synonymes français (1736)
Chapitre 61 : Maxime Reed, ou une tragi-comédie.
Ann Blanchard semblait perturbée. C'était la première fois qu'il la voyait autrement que comme un danger potentiel… Une bombe à retardement. Pourtant, elle avait eu une mission simple : terrifier une personne et lui tirer les vers du nez. Qu'est-ce qui avait pu mal tourner, nom d'un niffleur ?
-Que s'est-il passé ? Lui demanda-t-il.
La créole lui tendit un papier plié en deux. C'était une lettre, sans doute écrite par Mercy s'il en jugeait l'écriture, mais, il y avait un petit bémol...
-Je ne lis pas cette langue, avoua-t-il.
Blanchard ouvrit la bouche et commença à traduire à voix haute. Au ton qu'elle utilisait, il pouvait affirmer qu'elle lisait à peine, elle récitait… Combien de fois avait-elle lu ce message ? Vu l'état du papier, elle l'avait lu, replié, déplié, froissé, défroissé une bonne centaine de fois.
« Ma chère Ann, mon amie, ma sœur…
« Si tu as cette lettre, cela voudra dire que je t'ai encore fait du mal par une de mes actions. Je ne compte pas m'excuser. J'ai fait le choix de te tromper parce que je sais que tu ne m'aurais jamais laissée faire ce qu'il fallait.
« J'ai calculé que les probabilités que Grindelwald se serve de mon identité étaient grandes. Je sais que tu feras ce qu'il faut faire. Mais, j'ai une demande à te faire. Une demande encore plus difficile que toutes celles que j'ai pu te faire avant. Je veux que tu aides à arrêter Grindelwald. Je ne veux pas que tu partes à ma recherche.
« Tu vas refuser. Tu vas me maudire d'oser te faire une telle demande… C'est ce que je ferais à ta place.
« Sache que tu as toute ma confiance. Mais fais-en de même pour moi, je m'en sortirai, je m'en sors toujours, tu le sais bien.
« Mercy.
Rien de plus. Il comprenait le trouble de Blanchard. Si Mercy lui avait laissé un tel message… Il ne savait pas ce que son ancienne partenaire avait en tête lorsqu'elle avait tracé ses mots… Il fallait l'abandonner à son sort, ne pas être préoccupés, être certains de ses qualités et de sa capacité à se sortir de toutes les situations possibles et inimaginables.
-C'est un point commun qu'elle a avec Bluesky… Elle est capable de prendre des décisions difficiles et s'y tenir.
-Elle ne m'a jamais abandonnée. Même lorsque qu'elle a appris ce que j'étais. Même lorsque mon pouvoir semblait incontrôlable. Et elle me demande de la laisser…
-Elle ne nous laissera pas. Même si on la suppliait de le faire, elle ne le ferait pas. Même pour sauver sa vie. Surtout pour sauver sa vie.
Ann Blanchard terrifiait Maxime. Il n'était pas stupide et il faudrait être stupide pour ne pas la craindre… Mais elle aimait sincèrement Mercy. Comme une amie, une sœur… Et cela la rendait tellement humaine. Il posa sa main sur son épaule.
-C'est Mercy… La seule raison pour laquelle Grindelwald n'a pas pris contact pour négocier combien il allait nous payer pour qu'on l'en débarrasse, c'est qu'il ne sait pas comment nous joindre, affirma-t-il sincèrement.
Elle eut un petit rire. Pour certaines personnes, rire était plus facile que pleurer. Il n'était pas ce genre de personnes, lui, il préférait hurler et taper un bon coup sur le premier ennemi venu... ou le premier mur en cas de besoin, histoire de se détendre.
Il y eut le bruit d'une cheminée, et Regina sortit de son foyer. Le Chien Noir avait le visage totalement fermé. C'était un « masque d'auror », un truc, le genre d'expression qu'acquièrent les aurors au bout de quelques années de service. Elle les regarda avant de quitter la pièce sans un mot.
-Elle a retrouvé une vieille connaissance, expliqua Blanchard. Ce n'était pas très beau à voir.
Sachant l'importance de la lignée pour les sorciers, le fait que Regina ne donnait jamais son nom signifiait sans doute que n'importe quelle rencontre avec quelqu'un la connaissant allait mal se passer. Pour peu qu'ils soient de la même famille… Une nouvelle fois, Maxime bénissait le fait qu'il venait d'une famille, certes chaotique, mais heureuse et aussi équilibrée que puisse l'être une famille aussi remplie d'excentriques que la sienne.
-Regina m'a même emprunté la poupée vaudou que j'avais faite…
Le petit sourire d'Ann impliquait un certain amusement. Mais cette révélation ne disait rien de bon à l'auror. Même si la spécialité de Regina était la négociation et l'apaisement des tensions par la douceur, elle restait un Chien Noir. Et d'après son expérience, même les plus pacifistes d'entre eux pouvaient se montrer extrêmes. Et les poupées vaudous étaient une porte ouverte pour faire ce que l'on voulait d'une personne. C'était pour cette raison que même dans les États non hostiles au Vaudou, seuls les Prêtres étaient autorisés à les « activer ». Inutile de dire que leurs utilisations était un sujet tabou : chacun était conscient des dérives et abus possibles mais préférait les taire plutôt que de les reconnaître et parler du moyen de les empêcher ou de le réglementer. Il faut avouer aussi que cet aveuglement volontaire avait aussi pour but de ne pas mécontenter un possesseur et possible créateur de ces instruments de domination. Sage précaution...
-La seule question est : serait-elle capable de s'en servir ?
-La poupée n'était pas en état de marche ?
Il se sentait tout de même un peu inquiet.
-Si, bien entendu. S'il y a une chose que ma famille m'a appris, c'est que le secret d'un bon mensonge est de ne pas mentir. Mais, vouloir faire quelque chose et le pouvoir… C'est différent quoi qu'on puisse ne dire. Même si elle a la tentation de faire du mal à Irene Fly, je doute qu'elle ait la froideur nécessaire pour s'en prendre à elle d'une manière aussi… Personnelle.
Blanchard avait dit ce mot… À cet instant, Maxime se rappela pourquoi il avait peur d'elle. Elle avait le pouvoir de faire du mal… Non, de faire Le Mal. Elle avait ce pouvoir et une partie d'elle désirait s'en servir et aimait cela. Cela se voyait lorsque l'on savait où regarder. En avait-elle conscience ? Peut-être, peut-être pas. Impossible à dire et il n'avait aucune envie de la braquer en lui posant la question. Grindelwald aussi aimait faire le mal et même adorait cela. La différence entre lui et Blanchard était que la seconde luttait contre ses démons.
-Ne me regardez pas ainsi. Je gagne ma vie en traquant des gens pour Mercy lorsque je ne vais pas dans des cimetières décapiter des poulets pour déranger les morts de leur repos éternel. J'admets que parfois, je joue du piano dans un bar, mais ça, c'est plus par amusement que par nécessité.
Oh que oui, elle avait conscience de ses ténèbres. Plus il apprenait sur elle, plus elle lui fichait les jetons. Il se demandait pourquoi elle évitait le Cavalier sans tête, ils faisaient la paire tous les deux. Il voyait déjà le duo : la Reine des Zombies et la Légende de Sleepy Hollow en tournée pour terrifier ceux qui passent à leur portée. Effet garanti ! Satisfait ou remboursé !
Quelqu'un frappa à la porte et rentra sans attendre. Il s'agissait de Sara Wood. Sara. Il n'avait jamais rencontré de personne comme elle… À vrai dire, avant de la connaître, il ne croyait pas vraiment à la théorie de Mercy qui affirmait qu'on pouvait répartir les gens en trois catégories : les dominants, les dominés et ceux qui sont ni l'un ni l'autre. Pour lui, la vie se résumait souvent à manger ou être mangé. Mais Sara… Elle n'était pas quelqu'un qui voulait diriger, mais elle ne se laissait pas diriger non plus.
-Vous avez des nouvelles de Mercy ?
Les nouvelles allaient vite. Sara était déjà au courant qu'il y avait du nouveau. Il était prêt à parier que dans cinq minutes, tout le Coven le serait. La médicomage-légiste semblait plus préoccupée que jamais… Lui aussi le serait sans doute si l'une de ses cousines avait été enlevée par une bande de dingues.
-Une lettre, répondit Maxime. Une lettre qu'elle avait laissé.
C'était peu. Surtout que cette lettre n'éclairait en rien leur lanterne sur le plan que Mercy avait pu prévoir pour sortir du guêpier où elle s'était fourrée. Ce qui en soit n'était pas surprenant. Son ancienne coéquipière n'était pas du genre à laisser trainer ses plans n'importe où. La médicomage-légiste ne répondit rien, mais il lut sa réaction dans ses yeux. Elle comprenait que sa cousine avait prévu qu'elle allait disparaître. C'était quelque chose d'horrible de réaliser que c'était le plan… Ils étaient les marionnettes d'un même théâtre. Et ils n'avaient même pas de texte à réciter. Mercy aurait pu au moins leur laisser un script au lieu de les laisser improviser.
Il aurait voulu rester, mais Bluesky lui avait demandé de le rejoindre pour une opération cette nuit. Il aurait aimé parler à Blanchard pour mieux comprendre ce que Mercy avait pu avoir dans la tête en la choisissant pour la seconder. Parler à Sara pour qu'elle lui fasse une nouvelle fois perdre la tête. Mais, il n'était pas de ceux qui pouvaient rester chez eux. Il était un auror des Forces Spéciales, l'un des premiers rentrés et l'un des derniers sortis. Et il ne pouvait pas rester.
-Je dois y aller. Bluesky veut aller à l'église de Statton, délivrer nos hommes et on doit passer prendre quelqu'un d'autre au passage.
Il n'avait pas la moindre idée de qui. Mais, cela ne devrait pas prendre trop de temps, Bluesky devait avoir hâte de retrouver sa Sophie. Qui aurait pu croire que ce vieux roublard puisse tomber amoureux ? Son dernier mariage avait duré trois semaines avait que l'épousée ne craque et le quitte. Là, il semblait que Sophie l'avait domestiqué...
