Disclamer : Les Animaux Fantastiques et Harry Potter ne sont pas à moi. Ce qui est tant mieux pour les personnages de JKR vu mes tendances à traumatiser mes personnages.
Titre : Noir ramage.
Résumé : Lorsqu'elle avait accepté ce job, elle pensait à un boulot long, mais qui au final serait assez simple. Trouver un traitre et le livrer au MACUSA, quoi de plus facile dans son boulot ? C'était sans compter un passé qui refuse de mourir et un mage noir qui est bien décidé à faire des siennes. Le pire dans l'histoire ? C'est que si elle l'avait su, elle aurait dit oui quand même.
« Morts, morts
Faut bien y passer
Mais ne vous en faites pas, finalement c'est O.K.
Faut pas oublier qu'on a beau se cacher
Quand l'heure a sonné, bonjour les macchabées. »
-Refrain de L'Histoire Des Noces Funèbres (Remains of the Days), de Tim Burton.
Chapitre 62 : Le Cavalier sans tête, ou la mort n'est pas une fin.
147 ans… Cela fera 147 ans dans quelques jours que je suis mort.
J'était un fort mercenaire de Hesse sous les ordres de Wilhelm Von Kniphausen envoyé par une grande dame prussienne pour maintenir les Américains sous le joug de l'Angleterre. Au contraire de mes compatriotes, seul l'argent comptait pour moi, je n'aimais que la fureur et le carnage, j'étais de toutes les batailles. Monté sur mon gigantesque cheval noir nommé Trompe la Mort, je me jetais au coeur de la mêlée, fauchant les têtes au grand galop. Totalement habillé de noir, les dents limées en pointe pour augmenter la férocité de mon apparence, j'étais invincible, la terreur des hommes, le maître de la mort, le pourvoyeur des enfers. Nul ne pouvait me vaincre… Jusqu'à ce jour d'hiver, dans les bois entourant le village de Sleepy Hollow. Trahi par Mary Archer, mes ennemis me coupèrent la tête avec ma propre épée.
Sur ce temps, je n'aurais connu le repos que vingt ans. Les vingt premières années où je reposais dans une tombe ma tête à côté de mon corps, au milieu des bois du Ponant, sous l'arbre des morts. Vingt ans après ma mort, je fus éveillé et ramené des enfers par la traîtresse, en mal de vengeance. Elle m'avait privé de ma tête et privé de mon repos, fait de moi son arme. Ma fureur était telle que monté sur Trompe la Mort, j'exécutais tous ceux qu'elle désignait à ma lame. Pourtant, je me montrais moins impitoyable qu'elle, ne tuant seulement ceux que je ne pouvais épargner. Pas par miséricorde, juste parce que c'était la seule chose que je pouvais faire contre elle.
Grace à Ichabod Crane, je pus mettre fin à mon errance et retourner chez moi avec mon cheval et la sorcière cause de la malédiction injuste qui me frappait. Vingt ans plus tard, jour pour jour, les puissances contre lesquelles il n'est nulle défense m'ordonnèrent, pour connaître le repos, de chasser d'autres têtes toutes les nuits de Samhain, jour funeste, début du cercle des saisons, jour où la frontière entre vie et mort est ouverte. Et ce jusqu'à la fin des temps.
Deux années, j'errais la nuit entière en quête de mon tribut jusqu'à ce que les sorciers m'obligent à renoncer à ma mission. Depuis, je suis condamné à servir le Grand Prêtre du Coven de Sleepy Hollow sans trêve, ni repos… Ma tête est leur gage. La retrouver me permettra de m'acquitter mon œuvre. Jamais mon Grand Gardien ne me laissera repartir vers l'arbre des morts, lieu de ma tombe, porte entre deux mondes, entrée des enfers, ma demeure éternelle. Mon droit.
Mon destin est de servir, jusqu'à ce que je puisse retrouver mon bien.
Mais je sais que je peux y remédier, retourner à mon destin. Les sorciers sont certains de leurs pouvoirs, trop certains. Ils ont caché mon bien et je ne le retrouve. Mais maintenant je sais que je peux leur échapper. Parmi ceux qui sont venus voir Mon Troisième Grand Gardien, il y a une Amoureuse des Morts, elle pourra me libérer. La trouver, la contrôler, la détruire me délivrera… Mais, elle m'évite, me fuit… Comme si elle sentait le besoin que j'ai d'elle, ne voulait pas prendre le risque de comprendre pourquoi je devrais être libéré et retrouver mon repos…
Sa mission actuelle était de veiller à la sécurité du monde sorcier. Son Grand Gardien lui avait confié la charge des prisonniers, il était garde-chiourme d'une vingtaine de sorciers, des terreurs capables de massacrer leur prochain d'un coup de baguette sans une once de remord, paraît-il. Des amateurs, lui au moins savait ce que massacre signifiait : bruits, cris et râles, sang, odeurs de poudre et de mort. Prisonniers dans des cellules individuelles, dans les sous-sols humides du Coven, tous ces fiers-à-bras n'étaient plus que des enfants gémissant de terreur quand il approchait. Il avait une présence très apaisante, véritablement, peut-être son tronc décapité vêtu de noir ?
Des sorciers noirs, lui avait-on dit. Pour lui, il s'en fichait. Tous les sorciers se valaient, tous en groupe étaient ses geôliers. Peu lui importait leurs disputes, luttes et guerres, ils pouvaient s'entretuer, il en resterait toujours trop à son avis… et puis un de plus, un de moins, on verrait pas la différence. Le seul de cette engeance maudite qui un jour avait eu le droit à sa sympathie était Katrina Van Tassel, une innocence que Mary Archer voulait morte après l'avoir privée de son père, seule famille qu'il restait à la jeune fille, tout cela pour accaparer son argent… le goût du lucre encore une de ces choses que ces êtres maudits pouvaient partager avec les hommes. Il pouvait comprendre ce sentiment, de son vivant, ça et la puissance donnée par le pouvoir de vie et de mort sur autrui, la fureur, la destruction, la terreur lue dans les yeux de ses victimes avaient été ses seules joies. S'il s'interrogeait honnêtement et sans réserve, il avait lui-même été un être maléfique et avait mérité son sort, mais maintenant, sa dette lui semblait payée...
Une chose qu'avaient ses prisonniers en commun avec ceux qui les mettaient en son pouvoir : ils perdaient de leur superbe en sa présence. A part son Grand Gardien, seuls deux sorciers ne paraissaient pas sensibles à son charme. Le premier ou plutôt la première était Sara Wood, la médicomage-légiste de Sleepy Hollow, qui par sa douceur lui rappelait la jeune Katrina. Elle n'oubliait jamais de le saluer d'un hochement de tête juste respectueux, et surtout pas obséquieux ou craintif comme les autres, s'entretenait calmement des problèmes inhérents à sa charge et repartait après l'avoir resalué toujours aussi poliment. Le second était un vieux renard, Bluesky. Il n'oublierait jamais leur rencontre. Monsieur Helmut Von Kirtsen, laissez-moi me présenter : Hector Bluesky. Savez-vous que vous étiez le héros préféré de mon enfance ? Mon seul regret, que vous n'ayez pas décapité plus de ces visages pâles, bigots et imbus de leurs privilèges, grands exterminateurs de ceux de mon peuple ! C'était la première fois qu'on la lui faisait, celle-la. Pour un peu, la tête lui en serait tombée… Bref, les sorciers qui méritaient son respect étaient très peu nombreux…
Il y en avait qui éveillaient en lui beaucoup d'intérêt : les Nécromanciens. Une fois déjà il y a de longues années, il avait rencontré une femme qui possédait ce type de pouvoirs. Elle s'appelait Mama Marie, née Marie Glapion, prêtresse vaudou et fille de Marie Laveau, une sorcière admirable qui aurait pu lui être très utile alors : il avait tenté de se libérer en l'utilisant grâce à l'influence qu'ont les morts sur les Nécromanciens ou les amoureux des morts comme lui aimait les nommer. Son plan avait échoué à cause de l'intervention de son Deuxième Grand Gardien. Celui-ci avait maintenant cent-onze ans et parfois venait lui rendre visite pour papoter avec lui comme deux demoiselles dans un pensionnat de jeunes filles, disait-il… Un autre sorcier intéressant.
Ses journées passaient lentement, mais depuis longtemps, il en avait pris l'habitude. Le manque d'activité, de liberté, la monotonie tel était son lot depuis que les sorciers avaient mis la main sur sa mort… Jusqu'à ce mardi 26 novembre 1926. Depuis trente-quatre mille trois cent cinquante-sept jours et trente-quatre mille trois cent cinquante-six nuits, il était prisonnier de ces maudits sorciers et aujourd'hui le Grand Gardien le convoquait dans la grande salle du Coven de Sleepy Hollow.
-Mon cher Cavalier sans Tête, j'ai une mission bien précise à vous proposer. Messieurs Bluesky et Reed ici présents ont besoin de votre concours pour mener à bien une opération de délivrance délicate. Nous savons que les mages noirs ont enlevé plusieurs de nos hommes, soumis à des sorts de Confinement et de Tortures dans les sous-sols de l'église de Statton. Nous pourrions bien sûr attaquer en force pour délivrer nos camarades, mais nous courons le risque de voir nos ennemis se retourner contre eux avant de s'enfuir. Aussi Monsieur Bluesky est d'avis d'y aller en douceur. Il propose de ce servir de votre pouvoir de dissuasion important pour neutraliser les gardiens sans qu'ils ne pensent à combattre. Il me maintient que cela vous ferait un bien fou de sortir de nos murs, d'être délivré un temps de ma présence et de prendre un peu d'exercice en sa compagnie, et, en celle de Monsieur Reed bien sûr. Qu'en pensez-vous ?
Il aimait bien Bluesky, son air aventurier à qui il ne faut plus en compter et son sens de l'humour. Sur Reed son avis était plus mitigé : un peu trouillard tout de même l'auror expert. Même en ce moment, il aurait tout donné pour ne pas être face à lui. D'un hochement du tronc, il accepta : ça lui ferait une sortie sans le Grand Gardien pour regarder en permanence par-dessus son épaule. Et puis, avait-il le choix ? Le ton était aimable mais ce n'était qu'une formule de politesse enrobant un ordre comme la pellicule de sucre enrobe l'acidité du remède.
-Bien entendu, nous ne pourront vous rendre votre épée… votre vue seule sera votre arme.
Bien entendu. Ça faisait longtemps maintenant qu'il avait abandonné l'espoir de connaître encore la joie des chevauchées endiablées sur Trompe la Mort, le vent soufflant sur ses épaules après avoir fait voler ses cheveux… Sans compter le bruit de son épée sortant de son fourreau et son sifflement sourd quand elle décollait d'un coup, un seul, la tête de l'homme tremblant de peur. Le bon vieux temps de sa vie et de sa mort en liberté… Mais ce temps était passé et il regrettait les vingt ans de repos qu'il avait connu avant que Mary Archer ne le réveille il y a si longtemps...
C'est comme cela qu'il se retrouvait, sur le siège arrière de Gertrude, la Ford T de Bluesky pour une ballade de 300 km en pleine nuit. Ce qui valait mieux vu la façon dont conduisait Bluesky : la petite voiture parfaitement silencieuse était capable de se faufiler dans le plus petit espace à une vitesse folle. Bluesky faisait l'essentiel de la conversation. Mon cher Helmut, je suis bien heureux de vous revoir, pas trop incommodé par la vitesse ? Pas de problème dans la garde de nos invités ? Reed assis à l'avant gardait le silence en apparence concentré sur sa tâche.
Quand ils s'arrêtèrent devant la petite église, la ville était totalement endormie et ils descendirent en silence de Gertrude.
- À vous la première place, Helmut, lui dit-il avant de s'effacer.
Le cavalier prit la tête de la colonne qui se dirigea vers la porte du presbytère. Celle-ci s'ouvrit sans bruit au mouvement de son bras, il entra. Dans le silence le plus complet Reed le suivait, Bluesky fermant la marche, referma la porte derrière lui. Comme toujours à sa vue, la stupeur se faisait, le plus convaincu des lutteurs laissait tomber sa baguette, un hurlement rendu muet sortant de sa bouche, les yeux exorbités de terreur.
-Vous avez un effet fantastique, je suis heureux que nous soyons dans la même équipe ! Lui dit Bluesky en lui tapant sur l'épaule.
Il riait et dansait presque de joie en ligotant les mages noirs impuissants d'un simple mouvement de baguette, pendant qu'Helmut poursuivait sa marche dans l'église et ses sous-sols. Arrivés à la dernière porte, ils levèrent les verrous. Le cavalier s'effaça, laissant Reed entrer. Là une quinzaine de corps hirsutes et sales étaient avachis, entassés contre les murs noirs et suintants : les prisonniers. Certains portaient des bandages sales. Manifestement ils avaient vécu des jours très difficiles durant leur incarcération… Devant le spectacle Reed en colère, jurait entre les dents, sa baguette jetant des étincelles, prête à exploser le premier contradicteur qui se présenterait. Bluesky lui même montrait de la rage contenue. Formant un patronus, il l'envoyant avertir l'arrière-garde que la voie était dégagée, leurs amis libres mais nécessitant des soins médicaux. Lui -même, pour la première fois depuis très longtemps se sentait presque ému.
Sortant de l'église, le transfert des blessés et des prisonniers presque terminé, Reed se tourna vers le Cavalier sans Tête en lui serrant la main.
-Monsieur Helmut Von Kirtsen, laissez-moi vous dire que tous comptes faits, je vous adore. La dernière fois que j'ai mené une mission aussi proprement, ma partenaire avait poursuivi le criminel que nous cherchions dans toute la ville avec son sabre et le pauvre bougre était trop terrifié à mon arrivée pour résister à son arrestation. Cette mission en votre compagnie était un privilège dont je me souviendrai jusqu'à ma mort. Si je le pouvais, je vous embrasserais. Maintenant si vous le voulez bien, rentrons avant que les non-maj's ne se réveillent et soient étonnés de nous apercevoir devant leur église…
C'est ainsi qu'au petit matin, la première mission « sans dégât collatéral » du cavalier sans tête s'acheva… Le Coven avait vu sa prison s'agrandir pour accueillir six prisonniers supplémentaires et la création d'un hôpital pour les dix-sept sorciers en mauvais état libérés. Sara Wood était présente, en pleine activité dirigeant une équipe de soigneurs débordés. Pour la première fois de sa vie et de sa mort, le cavalier était sincèrement heureux de voir une femme et de ressentir l'atmosphère d'activité heureuse et détendue qu'elle était capable d'induire autour d'elle.
Sa mort prenait un nouveau sens. À présent plus que sa liberté, il lui semblait que ce qu'il souhaitait le plus au monde était le repos. Il ressentait une réelle nostalgie de sa tombe au pied de l'arbre des morts et de la quiétude au sein de la terre nourricière qu'il y avait goûté pendant vingt ans. Il savait qu'Ann Blanchard pouvait lui apporter le solution. Il devait la convaincre de l'aider à vaincre son destin, qui l'enchaînait pour l'éternité à sa mort vivante au service du Troisième Grand Gardien, tout comme il le serait pour le quatrième, le cinquième, puis tous les autres jusqu'au jugement dernier.
