Disclamer : Les Animaux Fantastiques et Harry Potter ne sont pas à moi. Ce qui est tant mieux pour les personnages de JKR vu mes tendances à traumatiser mes personnages.

Titre : Noir ramage.

Résumé : Lorsqu'elle avait accepté ce job, elle pensait à un boulot long, mais qui au final serait assez simple. Trouver un traitre et le livrer au MACUSA, quoi de plus facile dans son boulot ? C'était sans compter un passé qui refuse de mourir et un mage noir qui est bien décidé à faire des siennes. Le pire dans l'histoire ? C'est que si elle l'avait su, elle aurait dit oui quand même.


« Quand on veut être menaçant, mieux vaut ne pas trop en faire ».

-Hector Bluesky.


Chapitre 71 : Mercy Lecay, ou le petit nouveau de la bande.

Sa main tremblait. Depuis que Grindelwald lui avait annoncé qu'elle quitterait bientôt les Amériques… Sa main tremblait. Elle ne parlait pas de celle qui était blessée ce qui aurait pu se justifier par son état, elle parlait bien de l'autre. Celle avec laquelle elle tenait sa baguette. Nom de Dieu, elle tremblait de peur. Son cerveau avait beau être à demi-corbeau, au silence horrifié de sa partie humaine, elle savait ce que cela voulait dire. Et Mercy avait même une trop bonne idée du pourquoi. Cela donnait en un mot : Nurmengard. Des rumeurs sur cette prison avait franchi l'océan pour parvenir jusqu'ici. Une prison faite sur mesure aux goûts de Grindelwald dans l'unique but de le servir, de rééduquer ses opposants pour les amener à adhérer à ses projets, de changer leur cerveau et leurs sentiments ou dans l'impossibilité, les faire disparaître à tout jamais. Avec le temps, on pouvait briser n'importe qui. Elle avait bien vu à quel point il pouvait être détraqué. Ça ne donnait pas envie d'y aller passer un petit séjour en son complet pouvoir.

Elle était confiante sur un point : elle était capable de s'échapper de toutes les cages, après tout, personne ne se méfie des oiseaux. Ce qui la terrifiait tenait plutôt aux similitudes de comportement qu'elle percevait entre le mage noir et elle : ils étaient tous deux prêt à tout pour réussir à bâtir un monde parfait, une utopie qui pouvait être dangereuse, mener à tous les excès au nom de toutes les bonnes raisons du monde. La dernière guerre ne tenait-elle pas en partie à ça ?

Ce qui l'inquiétait aussi, c'était la certitude de Grindelwald de réussir à lui faire quitter le pays contre son gré, cela impliquait une organisation suffisamment importante pour pouvoir déjouer les mécanismes de surveillance des trafics magiques mis en place depuis le début des troubles. Officiellement Graves en était chargé, c'est sûr qu'occuper ce poste lui avait permis de les contourner facilement… Mais, depuis l'été, le service non-déclaré monté par Bluesky et son équipe d'aurors de confiance sous l'égide officieuse de Picquery était au point et efficace comme le prouvaient le nombre d'arrestations et de saisies faites avant même sa séquestration. Certaines rumeurs parlaient même alors d'un affaiblissement des pègres italiennes et irlandaises de la Côte Est qui ne pouvaient plus mener à bien leurs opérations. Gnarlak avait même vaguement mentionné le bruit, il se gardait bien d'en parler ouvertement, du possible début d'un vent de révolte contre le mage noir qui n'assurait plus la sécurité de ses alliés... Ses autres mouches n'avaient pas pu lui apprendre de faits corroborant ces informations. De plus, en deux mois derrière les barreaux… la situation pouvait avoir grandement évolué et elle était sûre dans le bon sens : les bruits saisis à droite et à gauche parmi ses gardiens maintenant qu'elle n'était plus à l'isolement ne faisaient que la confirmer dans cette certitude. Elle le pensait ou du moins voulait y croire. Grindelwald était le genre de type transparent, pour qui sait y regarder, du genre à aimer se vanter tôt ou tard de ses succès. Pour se glorifier lui-même, attirer et subjuguer ses partisans mais aussi pour avoir le plaisir de ruiner l'esprit et l'espoir de ses ennemis. Or il ne lui en avait jamais touché mot… Mais elle devait s'avouer que la certitude affichée par Grindelwald était troublante. Logiquement, il ne pouvait pas avoir réussi à voler autant de pouvoir. Si ? Peut-être, elle devait avouer qu'il pouvait se montrer charmant quand il le voulait et qu'il était un excellent joueur d'échec. Cela faisait bien longtemps qu'un criminel ne lui avait pas donné autant de fil à retordre. Il avait sans doute d'autres cartes en manche, des complices sur lesquels il pouvait compter pour l'aider. Oui, il était le chef, mais il avait pu monter une organisation structurée et très organisée capable de le soutenir.

Depuis qu'elle était séparée de Perceval, rien n'allait plus. Quand elle avait élaboré ses plans, c'était une option qu'elle n'avait pas négligée, mais elle n'y pouvait rien, les jours partagés dans la même cellule leur avaient permis de renouer les liens de leur amour et ce malgré les manoeuvres puériles de Grindelwald. A deux ils étaient les plus forts. Aujourd'hui l'incertitude la rongeait. Où était-il et comment allait-il ? Perce n'avait d'importance pour le mage noir que tant qu'il occuperait son poste au MACUSA. Après… Se débarrasser de Graves serait sans doute son option première. Il fallait qu'elle se libère le plus vite possible, qu'elle lance les recherches et le délivre avant… l'irréparable.

Mais comment ? Son seul espoir était le remplacement d'Higgins par Faucett. Autant le premier était expérimenté et réellement dangereux, autant celui-ci faisait demi-portion. Grindelwald n'avait sans doute pas mieux sous la main en ce moment… Un signe de décrépitude ? Elle voulait y croire de toutes ses forces, c'était sa meilleure chance de conclure cette affaire. Un petit jeune, beau garçon, Dom Juan sûr de son charme sur la gente féminine. Quoi de mieux pour son égo que de voler au secours d'une faible jeune femme, à bout de forces, elle, emprisonnée injustement, et même très injustement. Bon d'accord elle en faisait beaucoup, mais faut ce qui faut dans la vie… Depuis qu'il avait pris le relai du majordome, il s'apprivoisait, très distant au premier temps, il commençait à répondre à son bonjour. Il lui avait même fourni un livre parce qu'elle tournait en rond et déprimait. D'ailleurs pourquoi se méfier d'une femme juste consignée dans une chambre, elle ne pouvait pas être véritablement très dangereuse. Même si elle réussissait à apitoyer suffisamment le remplaçant d'Higgins, il faudrait que ce dernier la considère comme suffisamment inoffensive pour lui laisser une arme. Elle pensa à son petit révolver qui était resté avec Percival… Elle se sentait complètement nue sans moyen de défense autre que ses poings. Et cela ne venait pas du fait qu'elle était dans une chemise de nuit qui avait connu des jours bien meilleurs. Et de sa magie toujours bloquée par ce foutu bracelet. Elle avait essayé de passer outre, profitant que ce soit sa partie corbeau aux commandes… Et résultat des courses si elle n'avait pas eu cette… chose, elle aurait sans doute fini par s'arracher la peau qui était en dessous. Ses pouvoirs magiques neutralisés, elle allait jouer à fond de sa féminité et sa faiblesse. Chassez la sorcière, il reste toujours la femme disait le dicton...

On frappa à la porte. Preuve que ce n'était ni Grindelwald ni Higgins. Le premier ne marquait jamais de pose avant d'entrer dans la pièce, quant à l'autre… Elle était certaine qu'il serait capable de la suivre jusqu'aux toilettes pour s'assurer qu'elle ne mijote rien. Alors que le petit nouveau… Il était adorable comme un petit chiot qu'on recueille parce qu'il vous regarde avec ses grands yeux et qu'il pleut dehors. L'argument « il m'a suivi, est-ce que je peux le garder » n'avait jamais marché quand elle était petite… D'un autre côté, dans le bayou, c'était plutôt des alligators que des chiots qu'on adoptait.

Calmement, elle se positionna devant la fenêtre. Elle ne voyait rien dehors : les rideaux avaient été tirés, et on avait placé des planches pour l'obstruer. À vrai dire, la seule raison pour laquelle elle arrivait à voir ce qui se passait dans cette pièce était que les planches laissaient passer un peu de lumière. Et lorsque la nuit venait, c'était grâce à sa nature d'animagus qu'elle pouvait voir clairement. Les corbeaux ont une bonne vision.

-Entrez, dit-elle.

C'était bien le petit nouveau de la bande de détraqués. L'adorable qui lui avait ramené un livre parce qu'elle semblait s'ennuyer. Un petit chiot… Dommage qu'elle doive le duper. Elle faiblissait, sans doute l'enfermement, la fatigue... maintenant, elle avait des remords, décidément, il fallait qu'elle se reprenne... Elle aurait besoin d'au moins une semaine de thérapie chez un psychomage. Une semaine… Juste pour que sa première pensée ne soit plus de s'inspirer autant de Machiavel et de s'en vouloir par la suite.

Mais, l'heure n'était pas à réfléchir à ce qu'elle ferait après cette histoire. Elle était à penser à sa survie et à la réussite de son plan. Cette plaisanterie avait assez duré et elle ne pouvait pas gagner plus de temps. Maintenant, il fallait qu'elle y mette un terme. Avec Grindelwald en prison ou mort, la seconde solution serait même la cerise sur le gâteau. Non, Mercy, on arrête de penser comme une méchante, on pense comme un auror, même si tu es un Exterminateur. Montre que les forces spéciales américaines ne pensent pas forcément qu'un bon criminel est un criminel mort. Le far west est bel et bien passé même si l'envie de prendre conseil auprès de Tantine Big Nose Kate la chatouillait. Des fois, l'envie de demander à Ann de la réveiller pour un petit moment entre filles qui n'ont pas froid aux yeux...

Pour laisser le temps à son nouveau geôlier d'analyser la situation, de se sentir en sécurité, elle prenait toujours la peine de lui tourner le dos quand il entrait. Elle voulait qu'il soit certain de sa fragilité, sa vulnérabilité était sa meilleure attaque. Peut-être qu'on l'avait mis en garde contre elle, mais, il n'avait pas vingt-cinq ans, et encore, elle le vieillissait. Suffisamment âgé pour conduire, se marier… Mais pas pour boire.

-Où est le livre ?

-Grindelwald l'a repris.

Le petit la regarda comme s'il ne savait pas s'il devait s'excuser de l'impolitesse de son supérieur ou non. Elle se retourna lentement et lui adressa un petit sourire désolé. Le gamin lui rendit un sourire timide en rougissant. C'était mignon. Encore un jour ou deux et il lui mangerait dans la main. Dans une semaine il la lui demanderai et lui parlerai maison, enfants, jardinet et peut-être petit chien. Depuis le temps, Grindelwald devrait savoir qu'il y a des tâches qu'on ne délègue pas et que l'on ne peut pas remettre à demain.

-Il a dû mal à mettre la main du l'Obscurus qui est en ville. C'est cela qui le rend nerveux.

Il lui cherchait des excuses… Mercy rêvait. Elle était tombé sur le gamin qui était un novice sortant de l'oeuf. Attendez… Il avait dit « Obscurus » ? Un Obscural, ici à New-York ? Si Grindelwald courrait après, c'était qu'il y en avait vraiment un. Cet homme n'était pas du genre à perdre du temps en poursuivant des chimères. Comment un enfant sorcier maltraité à ce point avait-il pu passer entre les mailles du filet ? À moins que… Même si tous les sorciers faisaient de la magie avant leur onze ans, il y a des personnes qui restaient sans pouvoir jusqu'à très tard dans la vie, quand, dans des circonstances tout à fait désespérées, ils révèlent tout à coup leur capacité magique. En fait, il fallait chercher un enfant sans magie né d'une famille de sorciers et abandonné par ladite famille. Et si Grindelwald était à la recherche de cet enfant… Ce n'était pas étonnant qu'il baisse sa garde. Cet enfant pourrait mettre à genou le MACUSA et le monde magique dans son ensemble. Avec cet enfant dans son équipe, Grindelwald n'aurait plus à sacrifier un seul soldat. Avec cet enfant, il pourrait briser le secret magique encore plus simplement que déchirer une feuille de papier.

Il ne fallait pas que le mage noir mette la main dessus. Mercy ne parlait pas de tuer cet enfant. Il y avait d'autres solutions. Elle avait entendu parler d'un ancien rite qui permettait de séparer l'obscurus de l'obscurial… Et il y avait des refuges où il pourrait grandir en sécurité, loin des non-maj's, des endroits où personne ne songerait à venir le chercher. Des endroits où il pourrait vivre, grandir et apprendre à se maîtriser, tout simplement. C'était pour des enfants comme lui qu'elle avait voulu participer à la création de la Lune Bleue.

-Allez-vous bien ? Vous êtes toute pâle…

-Oui, merci.

Elle venait de résoudre cette énigme, chose pour laquelle Grindelwald serait prêt à tuer mère et père. Elle pouvait… Elle pouvait retarder ses projets de départ et aggraver sa situation. S'il apprenait qu'elle avait compris quelque chose, il ne se contenterait pas de l'intimider, de la frapper ou la torturer mentalement. Il ferait pire parce qu'elle connaissait quelque chose qu'il ignorait sur ce qu'il voulait plus que tout. Et cet élément pouvait être la clé de la réussite de sa prise de pouvoir sur le monde magique en son entier.

-Qu'est-ce que…

-Oh… C'est le symbole que c'est choisi notre maître, lui dit le gamin en lui montrant son pendentif.

Un symbole qu'elle connaissait. Elle n'avait eu qu'un seul livre durant son enfance. Le seul livre qu'elle n'avait pas emprunté. Un livre vraiment à elle. Un livre que sa mère lui avait donné comme sa mère l'avait fait avant… C'était sur ce livre qu'elle avait appris à lire. Elle avait passé des heures et des heures penché sur les pages cornées par les années… Un livre, une copie des Contes de Beedle le Barbe… Des heures jusqu'à apprendre chaque mot, chaque dessin par cœur. Son préféré était celui de « La Fontaine de la Bonne Fortune ». Mais, elle connaissait aussi bien les plus connus comme celui du « Sorcier du cœur velu »… Ou celui des « Trois frères ».

Triangle, cercle, trait… La cape, la pierre et la baguette… Les trois reliques de la Mort. Elle ne voulait même pas savoir pourquoi un homme brillant pouvait se choisir comme symbole une chimère. Pas qu'elle ne croyait pas qu'elles ne puissent pas exister, mais le prix à payer pour les utiliser… Car la magie avait toujours un prix, c'était une loi de la nature.