Chapitre Un : It begins.

Bonjour ou bonsoir à tous … et joyeux Noël ! (même si c'est déjà passé ^^). J'espère que vous passez de bonnes vacances.

Après plusieurs mois d'attente, voici enfin le premier chapitre … dont je ne suis pas vraiment satisfaite. Pourquoi ? Je ne sais pas, il manque quelque chose. Mais l'avis des lecteurs étant souvent plus objectif que celui de l'auteur, je vous laisse tout de même le lire et me donner votre avis, qu'il soit bon ou mauvais.

En espérant ne pas trop vous décevoir,

Bonne lecture et bonnes fêtes à tous,

SilverPlume.

P.S : PetiteDéesse, je suis contente que l'idée de la fiction te plaise et j'espère que ce chapitre t'incitera à suivre son évolution ^^ Et ... tu n'es pas obligée de lire toutes mes fictions tu sais ? xD Qui parlait de harcèlement tout à l'heure ? x)

Merci également à AthenaUK qui a mis ma fanfiction dans ses histoires favorites mais aussi à qui suit la fanfiction. J'espère que ce premier chapitre vous plaira !

Olympe,

600ème étage de l'Empire State Building,

Mercredi 21 juin,

18h50.

Il y a des jours comme ça, où il vaudrait mieux rester au lit. Tel était l'adage qui tournait en boucle dans l'esprit de Jazzlyn James depuis plus d'une heure. La jeune fille avait passé une journée abominable et n'avait qu'une seule envie : s'emmitoufler dans sa couverture en écoutant son groupe préféré, The Script. Seulement, il restait encore cette maudite réunion mensuelle et Jazzlyn était prête à parier que cela allait durer des heures, comme d'habitude.

Avec un soupir, elle se dirigea d'un pas lent vers la salle de réunion, tout en tâtant sa poche. C'était O.K, son Ipod était là, bien au chaud et prêt à l'emploi. Elle allait donc pouvoir s'échapper un tant soit peu pendant que ses camarades écouteraient plus ou moins attentivement Rosalia Sanders.

Rosalia … Jazzlyn n'avait pas assez d'adjectifs péjoratifs pour la décrire. C'était une adolescente de son âge et pourtant, elle avait pour habitude de prendre les gens de haut, leur adressant la parole comme-ci il s'agissait d'enfants de trois ans. Et Jazzlyn détestait cela. D'accord, Sanders avait pour mission de transmettre toute information importante à l'ensemble des demi-dieux. O.K, les Dieux Olympiens l'avait désignée comme leur porte parole et comme Aîné. Mais cela justifiait-il son ton mi-impérieux mi-mielleux ainsi que ses grands airs de grand-mère hypocrite ? Non, absolument pas.

« Jazzlyn James … Nous avons failli t'attendre, jeune fille. »

Cette voix masculine teintée d'ironie ramena la jeune fille à la réalité. Sursautant, elle s'immobilisa à l'entrée de la pièce et regarda rapidement autour d'elle. Tous les demi-dieux étaient déjà là, assis dans leurs fauteuils habituels, certains la regardant avec un sourire narquois aux lèvres, d'autres lui lançant des regards noirs. Mais ce n'est pas cela qui la dérangea le plus. Après tout, elle avait l'habitude de ce genre de situations: n'étant pas ce qu'on pouvait appeler une personne très ponctuelle, elle arrivait le plus régulièrement en retard aux réunions, ce qui agaçait la majorité de ses camarades. Non. Ce qui la surprit au plus haut point, fut la présence des douze Dieux Olympiens. Car ils étaient tous là, au milieu de la pièce, l'observant pour la plupart avec un air de profonde désapprobation sur leur visage.

Uh oh …

« Je … heu … je … », fut tout ce que fut capable de répondre Jazzlyn.

Honteuse et mal à l'aise, le rouge lui montant aux joues, la jeune fille baissa rapidement la tête vers le sol, tentant d'ignorer ainsi les nombreux regards dirigés vers elle. Elle détestait être le centre de l'attention, surtout quand c'était elle, la fautive. Elle se sentait déjà assez mal comme cela … pourquoi fallait-il qu'ils en rajoutent avec leur regard noir et leur air de « tu vas souffrir pour cet affront » ?

« En fait, je … heu … je … », réessaya la jeune fille après un instant de silence, le regard toujours attiré vers le magnifique sol d'un blanc immaculé.

Mais encore une fois, elle ne réussit pas à aller plus loin. Cette situation provoqua quelques ricanements chez ses camarades mais l'envie de les fusiller du regard était nettement écrasée par celle d'aller se rendre tout droit, et tout de suite, aux champs des châtiments, demander elle-même sa propre punition. Comment avait-elle pu être aussi stupide ? Comment avait-elle pu oublier la venue des Dieux ? Nous étions le vingt-un Juin aujourd'hui … le jour du solstice d'été. Le jour du bilan. Comment avait-elle pu l'oublier ?

Si les Dieux n'avaient pas été présents, Jazzlyn se serait certainement frappé la tête contre le mur à plusieurs reprises et aurait lâché bon nombre de jurons en grec ancien. Mais bonne tenue oblige, et ne voulant pas aggraver sa situation déjà très fâcheuse, la jeune fille se contenta de s'adresser un aller-retour mental tout en se promettant de s'étouffer avec l'aide de son oreiller le soir venu.

Si les Dieux ne la tuaient pas avant, bien entendu …

« Tu pourrais tout de même t'excuser, non, jeune demi-déesse ? », s'exclama d'un ton sévère une voix féminine que Jazzlyn identifia comme étant celle de la Déesse Athéna.

Rougissant encore plus fortement que la fois précédente et le cœur battant à tout rompre, les yeux toujours fixés vers le sol, la jeune fille se maudit elle-même pour son manque de réaction, et s'apprêtait à s'agenouiller en signe de respect – seule solution trouvée pour sauver son cas désormais désespéré – lorsqu'une autre voix, hautement désagréable à ses oreilles se fit entendre, renforçant le sentiment d'humiliation et la faisant bouillonner de colère :

« Si vous me permettez cette interruption, votre Altesse, commença une jeune blonde à l'air hautain et à la voix de crécelle (NDLA : cette description correspond au pdv de Jazzlyn et n'est donc pas objective) , Jazzlyn James n'est pas du genre à s'excuser. Je pense même que ce mot ne fait pas partie de son vocabulaire. ( cette dernière remarque la fit rire, et Jazzlyn ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel en soupirant. Non mais vraiment. Pathétique.). Parce que cela fait maintenant bientôt trois ans qu'elle arrive régulièrement en retard aux réunions, et jamais elle ne s'est excusée. Ni n'a fait le moindre effort. »

« En même temps, si ce n'était pas aussi ennuyant … »

« Jazzlyn ! », s'écria le père de cette dernière.

Oups, nouvelle boulette. La jeune fille venait de parler à voix haute sans s'en rendre compte. Plus énervée que jamais, plus rouge qu'une tomate, Jazzlyn ferma les yeux en tentant de garder son calme. Ce n'était pas le moment de craquer. Le marbre blanc du mur était certes tentant, mais une fracture du crâne n'arrangerait rien à sa situation, bien au contraire. Serrant les poings jusqu'à se rentrer les ongles dans la paume, s'injuriant mentalement, la jeune fille entreprit de se balancer d'un pied sur l'autre, essayant tant bien que mal de résister à l'irrésistible attraction du mur. Et renforçant par la même occasion son image de « fille complètement timbrée » auprès de ses camarades.

« Vous voyez ?, reprit Rosalia Sanders qui devait jubiler intérieurement. Elle n'a aucun respect pour les autres. Ce n'est qu'une égoïste, une égocentriste qui n'a jam... »

BOUM !

Un bruit sourd accompagné d'un éclair se fit entendre, suivis de deux cris de douleur, l'un nettement plus aigus que l'autre. Toujours dans son coin, Jazzlyn James était maintenant occupée à sauter sur place, pliée en deux, sa main gauche plaquée contre son ventre. Son visage était blême et des larmes étaient visibles au coin de ses yeux. La jeune fille venait de se briser la main en tapant le mur pour s'empêcher de sauter à la gorge de sa camarade, qu'elle détestait au plus haut point. La douleur était insupportable mais la jeune fille ne laissait pourtant échapper aucun cri de douleur, se contentant de fermer les yeux et de mordre sa lèvre inférieure.

Rosalia Sanders, quant à elle, avait bondi de son fauteuil plus vite qu'un diable bondit hors de sa boite. Les cheveux désormais en pétard et à moitié calcinés, la jeune blonde hurlait à présent à pleins poumons, les bras tendus vers le plafond, courant tout autour de la pièce, comme un chiot impatient de voir son maître. Face à ce spectacle, certains demi-dieux ne purent s'empêcher de laisser échapper quelques ricanements, des ricanements vite interrompus par le regard noir que le Roi des Dieux, Zeus, leur lança. Et alors que Dionysos levait les yeux au ciel en maugréant que « les demi-dieux étaient décidément des être bien stupides et incompréhensibles », Zeus lança, d'un ton autoritaire :

« Mademoiselle Sanders ! … MADEMOISELLE SANDERS ! Arrêtez ce cirque ou vous en recevrez un autre ! »

« Un autre ?!, s'écria Aphrodite en se précipitant auprès de sa fille qu'elle serra tendrement dans ses bras en lançant un regard noir à Zeus. Mais tu es fou ?! Celui-là a bien failli la tuer ! »

« Il lui a plutôt remis les idées en place, oui. », souffla Apollon qui tentait d'attraper la main de Jazzlyn, main que la demoiselle ne souhaitait pas bouger. Passe-moi ta main, Jazz'. Elle ne va pas se guérir toute seule. », ajouta-t-il en se concentrant de nouveau sur sa patiente, de plus en plus pâle.

« Ah parce qu'en plus, tu la guéris ! »

Aphrodite était indignée, et semblait sur le point d'exploser, les mains sur les hanches, un étrange éclat dans le regard. Sa taille avait augmentée, une étrange aura s'était formée autour d'elle et ce spectacle semblait plaire à Arès, qui ne quittait pas sa dulcinée des yeux, un étrange sourire aux lèvres.

« Parce que tu crois que je vais laisser souffrir ma fille, peut-être ?, lui répondit Apollon, en se saisissant doucement de la main de Jazzlyn qui gémit et grimaça de douleur. Arrête de prendre tes rêves pour la réalité, Aphrodite. Ça ne te va pas. »

« Mais elle mérite d'être punie ! Elle nous a manqué de respect ! »

« Ce n'était pas volontaire ! Tu voyais bien qu'elle était affreusement gênée par la situation, non ? La seule raison pour laquelle tu souhaites la sanctionner est l'affreuse coiffure que ta fille devra désormais porter ! »

« Cet éclair a bien failli la tuer ! »

« Ce n'était qu'un tout petit éclair, et tu le sais ! »

« Cet éclair a bien failli la défigurer ! Et tu as vu ses cheveux ? Qu'est-ce qu'elle va bien pouvoir en faire maintenant ? Ils sont totalement roussis ! Et incoiffables ! Hideux ! Elle va devoir les cacher sous un bonnet pendant je ne sais combien de temps ! Aucun garçon ne souhaitera la séduire … »

« Et cela ne changera pas de d'habitude, parce qu'aucun garçon ne l'a approchée jusqu'à présent ! En même temps, quand on voit sa tête … »

« Non mais pour qui tu te prends, Apollon ? On en parle de ta fille ? Avec sa tête de … »

« Je t'interdis de dire du mal de ma fille ! »

« Ah oui ? Ce n'est qu'une sale petite … »

« SILEEEEEEEEEEEEEEEEEEEENNNNNCE ! »

La voix du Seigneur des Cieux résonna dans toute la pièce, autoritaire et sans appel. Aussitôt, Apollon et Aphrodite, qui se tenaient désormais à cinq centimètres l'un de l'autre, face à face et prêts à sortir les griffes, se ressaisirent, tout en se lançant un dernier regard noir. Aucun des deux n'en avait terminé, loin de là, mais aucun des deux ne souhaitait faire face à la colère de Zeus. Alors ils obéirent, se promettant mentalement de reprendre dès la fin de la réunion.

« Que chacun regagne sa place, demi-dieux comme Dieux., ordonna Zeus, le visage impassible. Aphrodite, je te prie de te calmer. Ta fille n'est pas décédée, elle est toujours vivante, alors, s'il te plaît, ne crie pas au scandale. Surtout pour des cheveux qui tomberont et repousseront par la suite. Apollon, ajouta-t-il en se tournant vers le concerné, tandis qu'Aphrodite le regardait avec une expression horrifiée sur le visage suite à ses précédentes paroles et que Rosalia éclatait en sanglots. Finis de guérir ta fille, veux-tu ? Nous avons besoin de tous les demi-dieux disponibles en ce moment et Jazzlyn est l'un de nos meilleurs éléments. »

« Tu dis uniquement cela parce qu'elle est l'une de tes descendantes. », maugréa la Déesse de l'Amour, visiblement de mauvaise humeur, en s'asseyant dans un fauteuil, au fond de la salle. Elle fit asseoir sa fille sur ses genoux et entreprit de lui démêler les cheveux, sous l'œil goguenard et moqueur du Dieu des Voyageurs.

Zeus, quant à lui, ne prêta pas attention à l'intervention d'Aphrodite. Avec un soupir, il jeta un coup d'œil derrière lui, pour s'assurer que le Dieu de la Musique remplissait bien sa mission, puis, d'un geste de la main, il fit apparaître son trône et s'installa, face à l'assemblée, dans le but de commencer son discours.

OooOoOoOoOo

Mercredi 21 Juin,

20h02.

Cela devait faire cinq bonnes minutes que Jazzlyn James jouait avec l'une de ses boulettes de viande. D'un geste lent et assez désintéressé, voire mécanique, la jeune fille tournait et retournait sa fourchette dans tous les sens, la boulette accrochée à l'un des piques. Cette dernière ne lui faisait en aucun cas envie. Comme le reste de son assiette, d'ailleurs, qui était pourtant assez appétissant : frites et ketchup, qui aurait résisté à cela ? Mais ce soir, la jeune demi-déesse n'avait pas faim. Son estomac était même en compote. Une boule d'angoisse et de tristesse y était présente, l'empêchant de manger quoi que ce soit.

La jeune fille se sentait à la fois honteuse et épuisée. Les événements de l'après-midi l'avaient profondément marquée, surtout ceux ayant eu lieu durant la réunion. Ceux-ci s'étaient produits au moment même où Jazzlyn avait pensé que sa journée ne pouvait pas être pire, détruisant ainsi le peu de motivation et d'optimisme qui lui restait. Maintenant, la jeune fille broyait du noir et n'éprouvait plus qu'une seule envie, celle de disparaître de ce monde. Oh, bien sûr, les Dieux ne l'avaient pas sanctionnée, trouvant que sa blessure avait été suffisante, mais Jazzlyn ne pouvait s'empêcher de se sentir honteuse, mal dans sa peau. Elle avait promis à son meilleur ami et à son père de ne plus essayer de tuer Rosalia Sanders, de contrôler sa colère et son dégoût, et elle avait échoué. La jeune fille ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle les avait trahi. Profondément.

« Hé, Jazz, l'interpella une voix masculine et familière à ses côtés, la ramenant ainsi à la réalité. Tes frites vont refroidir. »

« Pas faim. », répondit Jazzlyn, le visage toujours fermé.

Elle venait de poser brusquement sa fourchette dans son assiette et regardait maintenant le mur situé en face d'elle. Seule. Elle souhaitait être seule.

Cependant, son meilleur ami semblait en avoir décidé autrement. Avec un soupir, le jeune homme se rapprocha et posa une main sur son épaule. Jazzlyn tenta de se dégager, mais sans succès. Alexandre resserra sa prise.

« Je ne t'en veux pas, tu sais ? », lui dit-il, un léger sourire sur le visage que la jeune fille ne pouvait pas voir.

« Je n'ai pas tenu la promesse que je t'avais faite. »

« Bien sûr que si. Rosalia est toujours vivante. Traumatisée, comme à chaque fois, mais encore en vie. Tu m'as promis de ne plus t'en prendre à elle, certes. Mais je ne m'attendais pas à ce que cela s'arrête du jour au lendemain, pas avec ton caractère de cochon. J'ai bien vu que tu avais fait un effort pour ne pas se jeter sur elle. Tu n'es pas encore assez maso pour te casser volontairement la main. »

« C'était volontaire. »

« Sous le coup de la colère. C'était soit ta main, soit Rosalia. Ça m'étonnerait que tu fasses cela sans aucune raison valable. »

« Qu'est-ce que tu en sais ? »

« Je te connais. »

« Ah oui ? »

Jazzlyn avait prononcé cette dernière réplique d'un ton à la fois tranchant et amusé. Pour la première fois de la soirée, elle tourna la tête vers son meilleur ami, plongeant son regard bleu dans le sien, vert émeraude, un sourire aux lèvres. Alexandre sourit à son tour.

« Et mieux que tu ne le sais, Miss Storm. », dit-il en essayant de lui déposer un bisou sur la joue

Mais Jazzlyn, le sourire toujours aux lèvres, se leva rapidement et se saisissant de son plateau, prit la direction de la sortie.

« A plus, cervelle d'algues ! » , lança-t-elle cependant en se tournant une dernière fois vers son acolyte, un grand sourire aux lèvres, le tout accompagné d'un clin d'œil.

oOoOoOoOoOo

Mercredi 21 Juin,

20h30.

Avec un soupir de soulagement, Jazzlyn ferma la porte de sa chambre. Elle s'y adossa ensuite, fermant les yeux, se contentant d'écouter sa respiration. Enfin ! Enfin, elle pouvait laisser éclater sa tristesse, et aller se morfondre en toute tranquillité sous sa couverture ! Personne ne viendrait se moquer, ni ne la regarderait avec mépris ou désapprobation. Elle pouvait même sortir le pot de pâte à tartiner qu'elle cachait clandestinement dans l'un de ses tiroirs de bureau et en prendre de grosses cuillères sans risquer d'entendre les critiques des filles d'Aphrodite. Cette pensée lui apporta un peu de réconfort et, un léger sourire aux lèvres, Jazzlyn finit par se diriger vers son bureau, puis vers son lit, où elle s'installa confortablement, en tailleur, écouteurs sur les oreilles, le chocolat entre les mains.

oOoOoOoOoOo

Mercredi 21 juin,

21h45.

« Hey, Jazzy ! »

La voix enjouée de son père la réveilla en sursaut et c'est en ouvrant brusquement les yeux tout en lâchant un petit cri de surprise que la jeune fille découvrit le visage souriant d'Apollon juste au-dessous d'elle. Avec un grognement, et aveuglée par la lumière qui régnait dans la pièce, Jazzlyn attrapa son oreiller et le mit sur son visage, posant ses bras au-dessus, comme pour éviter toute tentative d'enlèvement. Tentative néanmoins réussie par le Dieu du Soleil quelques secondes plus tard. Avec un nouveau grognement, Jazzlyn se contenta donc de se mettre sur le ventre, après avoir lancé un regard noir à Apollon. La jeune fille détestait être réveillée en sursaut, surtout durant ses jours de déprime. Et son père le savait très bien.

Mais ce dernier, qui ne put s'empêcher de lâcher un petit rire à la réaction de sa fille – renforçant ainsi sa mauvaise humeur – n'abandonna pas pour autant et demanda, d'une voix à la fois sérieuse et amusée :

« Comment va ta main ? »

« Très bien. »

Jazzlyn avait répondu sèchement et rapidement, augmentant le volume de son Ipod et envoyant ainsi un message clair à son père : « Fiche le camp. »

« Oooh Jazzlyn ! »

Toute trace d'amusement avait désormais disparue du visage d'Apollon. L'air préoccupé, les sourcils froncés, il se pencha et attrapa le bras droit de sa fille, de sorte de la mettre sur le dos. Puis, rapidement, il se saisit des écouteurs et de l'Ipod qu'il posa sur le bureau, juste à côté de lui. Il reporta ensuite son attention sur Jazzlyn qui, le regard fixé sur le plafond, essayait tant bien que mal de contrôler sa respiration.

« Qu'est-ce qui se passe, ma puce ?, demanda lentement le Dieu du Soleil en caressant tendrement la joue de sa fille et en la dévisageant attentivement. C'est à cause de cet après-midi ? »

Jazzlyn ne répondit pas tout de suite, laissant un étrange silence s'installer entre eux. Puis, après quelques minutes, son visage se tordit et la jeune fille éclata en sanglot. Apollon voulut la prendre dans ses bras mais elle s'y opposa, et se redressa, n'oubliant pas de mettre une certaine distance entre son père et elle. Elle avait déjà honte de craquer devant lui, elle ne souhaitait pas non plus de sa pitié.

« Il … il n'y a pas que cela, papa …, articula-t-elle difficilement après quelques secondes de silence et en essuyant rageusement ses larmes. Je … J'ai reçu une lettre de maman ce matin et … »

« Et quoi, ma puce ? »

« Elle se barre ! Elle quitte New York et m'invite à ne plus la contacter ! Elle souhaite refaire sa vie avec un collègue et repartir à zéro. Repartir à zéro en m'oubliant. Elle ne m'a même pas dit pourquoi elle avait pris une telle décision. J'ai fait quoi, hein, pour qu'elle agisse comme cela avec moi ? J'ai toujours agi correctement, je me suis toujours montrée aimable avec les personnes qu'elle fréquentait, je n'ai jamais eu de comportement bizarre ni ai attiré de monstres les rares fois où l'on se voyait. Alors pourquoi elle me fait ça ? Qu'est-ce que j'ai fait ? »

Bien que des larmes dévalaient encore ses joues, la tristesse de Jazzlyn avait laissé place à la colère et, sans qu'elle ne s'en soit rendue compte, la jeune fille était désormais debout, devant son père, le regardant dans l'espoir d'obtenir une réponse. Réponse que le Dieu n'avait malheureusement pas. Avec un soupir, le visage triste, Apollon tendit un bras vers sa fille et la serra contre lui, lui embrassant tendrement les cheveux.

« Je suis désolé, ma puce. Dit-il d'une voix douce et sincère, alors que des larmes commençaient à mouiller son T-Shirt d'un blanc éclatant. Vraiment. Tu ne méritais pas cela. Ta mère a toujours eu un comportement imprévisible, voire contradictoire. Je n'ai jamais pu prédire ses actes. Même lorsqu'on sortait ensemble. Elle m'a d'ailleurs fichu dehors du jour au lendemain … avant de me rappeler le jour de ta naissance. Je ne sais pas si elle m'a réellement aimé un jour, tu sais. C'est peut-être pour cela qu'elle souhaite se débarrasser de toi. Tu me ressembles trop. Même yeux. Même nez. Même talent douteux pour la poésie... »

Cette dernière phrase fit rire Jazzlyn et, fier de son coup, Apollon sourit à son tour en desserrant sa prise. Saisissant les épaules de sa fille et plongeant son regard dans le sien, il lui dit, très sérieusement :

« Ta mère te déçoit, Jazzy, mais sache qu'elle n'a jamais été une valeur sûre. Elle a toujours envisagé ses relations de manière très artificielle, entretenant des liens puis les brisant brusquement, sans tenir réellement compte de ce que pouvaient ressentir les personnes qui l'entouraient. Cette séparation sera sans doute dure pour toi, mais je te demande de ne pas chercher à la recontacter. Car si elle t'abandonne une fois, elle sera capable de recommencer de nombreuses fois tout en revenant vers toi par la suite et en te faisant souffrir par la même occasion. Ta mère aime beaucoup jouer au « Je t'aime/ Je ne t'aime plus », crois-en mon expérience. Et ce jeu peut facilement te briser. Alors promets-moi de ne pas lui pardonner la prochaine fois qu'elle te contactera en disant que tu lui manques. Car elle le fera, c'est une certitude. »

Jazzlyn déglutit difficilement et baissa les yeux. Elle ne savait comment réagir face à cette demande. Car même si elle ne la voyait pas souvent, la jeune fille aimait sa mère et y était assez attachée. Plus petite, elle avait tendance à la suivre partout et à imiter ses moindres gestes. Elle l'avait prise pour modèle durant une très longue période et, malgré les nombreux coups fourrés, elle l'aimait profondément. D'un amour sincère et puissant. La simple pensée de ne plus la voir, de la rayer de sa vie, suffisait donc à lui briser le cœur …

« D'accord. Je ne le ferai pas. Je te le promets. », répondit-elle, d'une voix encore hésitante, en relevant lentement les yeux, après un court instant de réflexion.

Son père, qui semblait peu convaincu par la réponse, la dévisagea quelques instant, les sourcils froncés, comme pour essayer de déchiffrer son expression. Expression que la jeune fille voulait impassible. Puis, n'obtenant pas plus d'indices, et ne voulant pas s'immiscer dans les pensées de sa fille sans son autorisation, Apollon finit par pousser un énième soupir tout en resserrant à nouveau sa fille dans ses bras.

Il la lâcha quelques secondes plus tard, après qu'un coup de tonnerre ait été entendu. Un sourire narquois aux lèvres, il murmura :

« Le boss commence à s'impatienter. On ferait mieux d'y aller. La réunion commence dans cinq petites minutes et pas sûr qu'il accepte notre retard. »

« La réunion ? Tu veux dire celle que vous faites à chaque solstice ?, lui demanda Jazzlyn, étonnée, tandis que son père se dirigeait vers la porte et l'ouvrait. Mais pourquoi devrais-je y aller ? »

Apollon s'immobilisa, la main toujours sur la poignée, puis se tourna lentement vers elle, le visage soudainement impassible et l'air extrêmement sérieux. Lorsqu'il parla, sa voix ne trahit en aucun cas son apparence.

« Tous les puissants d'entre vous doivent y assister. Réunion de crise. J'ai le regret de t'annoncer que nous sommes en guerre, jeune fille. »

A ces mots, Jazzlyn sentit sa mâchoire se décrocher.

Il ne manquait plus que ça ...