Disclamer : Les Animaux Fantastiques et Harry Potter ne sont pas à moi. Ce qui est tant mieux pour les personnages de JKR vu mes tendances à traumatiser mes personnages.
Titre : Noir ramage.
Résumé : Lorsqu'elle avait accepté ce job, elle pensait à un boulot long, mais qui au final serait assez simple. Trouver un traitre et le livrer au MACUSA, quoi de plus facile dans son boulot ? C'était sans compter un passé qui refuse de mourir et un mage noir qui est bien décidé à faire des siennes. Le pire dans l'histoire ? C'est que si elle l'avait su, elle aurait dit oui quand même.
« Une bonne mère n'est pas seulement orgueilleuse de ses enfants comme de ses plus beaux atours elle est fière des dangers qu'elle brave, des tourments qu'elle souffre pour eux elle se sent plus forte dans la douleur, plus puissante dans l'action, plus ingénieuse dans les moyens ».
-Silvio Pellico, Des devoirs des hommes (1834).
Chapitre 76 : Mercy Lecay, ou des femmes et des mères.
Le gamin revint. Il lui avait ramené son repas sur un petit plateau avec un petit vase qui contenait quelques fleurs… En plein hiver à New-York, si ce n'est pas mignon. Elle l'avait bien dit qu'il finirait par essayer de lui faire plaisir. Mercy lui fit un sourire timide, comme si son geste la touchait vraiment. À vrai dire, elle se sentait tout de même un peu émue… On a beau être une ancienne auror de Forces Spéciales reconvertie dans le mercenariat, menacer sans sourciller de démembrer ou écorcher vif un indic s'il vous mentait, envisager d'enfermer à vie toute une série de traîtres dans des cellules sans lumière puis jeter les clés, on en restait pas moins femme...
Elle picorait. Une jeune femme est délicate, elle se devait de reprendre tous les stéréotypes dont ce jeune romantique était pétri. Vu son accent, il venait du vieux continent, là-bas, on s'attend des femmes qu'elles soient soumises et discrètes… Beurk. Et même trois fois beurk. Il était tout rouge et tenait un sac derrière son dos : dans le sachet, une chemise propre et parfaitement repassée. Cette fois-ci, elle craquait… Elle ne pourrait jamais l'enfermer, elle tournerait la tête quand il s'enfuirait, un homme qui vous donne une chemise de nuit au lieu de chercher à vous l'enlever ne pouvait pas être tout à fait mauvais !
-Votre maître risque de revenir d'un moment à l'autre…
Elle aurait des scrupules à lui attirer des ennuis, graves qui plus est en connaissant Grindelwald. Sans compter que son meilleur atout serait alors grillé. Et la meilleure façon de faire pour savoir jusqu'à quand elle pouvait jouer avec ce petit avant de le recracher, c'était de lui poser la question indirectement.
-Pas de risque que ce soit avant plusieurs heures, il y a eu un imprévu au Congrès Magique, il a même dû y dormir.
Donc, il avait quitté cette maison depuis plus de douze heures ? D'après ce que Mercy avait pu voir, cela ne lui était encore jamais arrivé. Ce n'était pas un petit imprévu qui lui était tombé dessus quoiqu'en pense le gamin. C'était un gros. Bluesky serait-il déjà passé ouvertement à l'action ? C'était possible. Mais dans ces cas-là, Grindelwald aurait été arrêté et cette maison grouillerait d'aurors. Sans un mot, Mercy s'assit sur son lit, le petit vint la rejoindre. Elle dût se retenir de lui lancer qu'elle n'avait pas de place dans sa vie pour un petit chien. Surtout pas un qui la collerait dès son réveil.
Il l'embrassa et Mercy le repoussa sans ménagement. Elle n'avait même pas besoin de jouer l'outrée. Elle l'était réellement. Pour qui la prenait-il ? Une fille facile ? Elle était un bâtarde, mais ce n'était pas une raison. On pouvait être mal née et ne pas être une femme légère, nom de Dieu !
-Une fleur et vous pensez que j'allais tomber dans vos bras ? S'indigna-t-elle. Vous êtes complètement dingue ! Réalisez-vous que vous êtes mon tortionnaire ?
Mercy était intuitive et psychologue. C'était un don qui lui permettait de manipuler les gens. Et elle avait le cœur tendre, un problème que son double corbeau n'avait pas. Manque de chance pour ce gamin, ce n'était pas l'humaine qui avait le contrôle de leur corps. De toute manière, cette dernière n'était pas d'humeur à être gentille.
-Je ne suis pas un tortionnaire.
-Je fais mes besoins dans un seau, je n'ai pas pu me laver depuis des semaines, j'ai été battue et humiliée… Mon fiancé sert de garantie pour ma bonne conduite… Vous êtes peut-être un gentil… Mais vous restez dans le camp des tortionnaires.
La voix de Mercy tremblait et elle se retourna pour donner plus de poids à sa parole, faisant semblant de lui cacher des larmes qu'elle ne versait même pas. Elle connaissait ce genre de personne. C'était le genre qui voulait être du bon côté. Il croyait peut-être que son sang lui donnait une supériorité, mais, il avait bon cœur. Et elle pouvait jouer avec. C'était un coup de salopard, mais elle voulait survivre et voir le premier janvier mille-neuf-cent-vingt-sept. Il lui tourna le dos, ne sachant pas quoi répondre à tout ce qu'elle venait de lui jeter en visage.
Il lui avait laissé un plateau de bois à portée de main, c'était une grave erreur. Elle profita qu'il ne la regardait pas pour l'assommer avec. Il tomba lourdement sur le sol et lorsqu'elle se tourna vers la sortie, elle vit une femme à la chevelure rousse se tenait dans l'embrasure de la porte qui pointait une baguette vers elle. Mercy était certaine de ne l'avoir jamais vu, pourtant, elle lui était familière.
-Et dire que j'ai laissé ma fille à ma mère pour venir te chercher…
La voix était différente, mais Mercy avait reconnu la façon de cette femme de tenir sa baguette magique. Si c'était bien la personne à laquelle elle pensait…
-Regina ?
-Bonjour mon amie. Tu sais, t'avais pas besoin de disparaître pour me voir. Une lettre me disant combien je te manquais aurait suffit.
-Qu'est-ce que tu fais là ?
-Figure-toi que tes amis m'ont appelé au secours. Il n' y a pas à dire, sans toi c'est la Bérézina, alors je suis là.
Regina lui faisait peur. Mercy avait choisi des personnes pouvant se battre et donc à fort caractère… Est-ce qu'ils ne parvenaient à pas trouver un terrain d'entente sans sa présence apaisante ?
-Ça va si mal que ça ?
-Non, ils se débrouillent plutôt bien, en fait ils ont même réussit à embaucher un mort vivant échappé de l'enfer, j'avoue que la première fois que je l'ai vu, j'ai pensé avoir abusé de mon petit verre de goutte quotidien… J'ai pris la place de celle qui tentait de se faire passer pour toi et me voilà.
-Vous l'avez arrêtée ?
-Pas difficile, elle cassait pas trois pattes à un canard comme on dit chez moi. Tu la connais, c'était ma chère Meredith.
-Ta sœur ?
-Elle-même, toujours aussi maligne comme tu peux le voir… Connais-tu beaucoup de Chiens Noirs ayant une famille aussi pourrie que la mienne ?
Non. Les Covens n'avaient pas pour habitude de confier ce rôle à quelqu'un de déséquilibré et avec une telle famille. Les test étaient très rigoureux, évaluant savoir, intelligence, calme, sang-froid, compétences… et bien sûr moralité et antécédents familiaux. C'était presque un miracle d'avoir été reconnue normale et d'avoir été choisie.
-Je ne connais pas beaucoup de Chiens Noirs ayant ton allure non plus, tu sais. Je suis contente de te voir.
-Je n'en doute pas, même si je me rend compte que tu t'en sors très bien toute seule. Prend sa baguette et partons.
-Je ne peux pas utiliser de magie pour l'instant, expliqua Mercy en lui montrant son poignet. Mais les non-maj's ont des techniques efficaces que je peux toujours employer…
-En effet.
Soulevant sa jupe, Regina prit un revolver d'ordonnance et le lui tendit.
-J'ai toujours trouvé que tu avais raison de garder Wild Bill à portée de la main… Pour moi, je suis fidèle à la Manufacture d'armes de Saint-Étienne. Voici le Bel Armand. Tu as six balles dans le barillet.
-C'est plus qu'il n'en faut, la maison doit être pratiquement vide.
-J'en ai saucissonné deux au rez-de-chaussée. Tu en as assommé un troisième ici, il doit rester deux ou trois types en liberté dans la maison. A mon avis c'est plus que jouable. On y va ?
À ce moment-là la sonnette raisonna au rez-de-chaussée. Un bruit, la porte d'entrée s'ouvrit, trois mots d'une conversation, un bruit de chute, la porte se referma. Des pas précautionneux, étouffés, de gens cherchant à masquer leur approche, mais Mercy en était sûre des femmes faisaient partie du groupe : des chaussures à talons hauts, des bottines, montaient l'escalier. Mercy et Regina s'écartèrent l'une de l'autre, chacune protégée par le renfoncement d'une porte, se tournèrent vers le bout du couloir, prêtes à attaquer les nouveaux arrivants. Quelques minutes d'attente encore… leur dernier combat si le groupe était aussi nombreux que les pas le laissait prévoir. Elles suivaient leur progression, au premier étage, quelques personnes s'étaient détachées et suivaient le couloir, ouvrant les portes les une après les autres : ils fouillaient la maison. Expelliarmus ! Un bruit de chute. Mercy n'en croyait pas ses oreilles : des gens attaquaient le repaire de Grindelwald et venaient vers elles. Qui ? Était la question. Partant du principe que les ennemis de mes ennemis sont mes amis, elle espérait que ces intrus seraient de son côté. Mais en cas contraire...
L'attente devenait insupportable, quelques secondes… Les pas s'étaient arrêtés au palier. Le groupe avançait avec précautions, manifestement leur présence était perçue. Regina se mit devant Mercy, prête à se battre… Puis, une silhouette se détacha des ténèbres.
-Maman ?!
Mercy devait rêver. Ce n'était pas possible, sa mère était parfaitement en sécurité à la Nouvelle-Orléans et avec suffisamment de prêtres vaudous au mètre carré pour que personne ne lui fasse de mal. Elle ne pouvait pas être là. Elle ne pouvait pas avoir combattu pour… Pour venir la sauver.
-Mercy, ma chérie ! Je suis si contente.
-Maman, qu'est-ce-que tu fais là ?
Mercy ne savait plus quoi dire, Liberté, Maman était là, devant elle. Sa maman, sa mama, pleurait, murmurait : Tu es entière, intacte, mon bébé tu es là. Elle la tenait dans ses bras, la serrait, la touchait, la retouchait… encore et encore. Mercy pleurait, les larmes coulaient seules, incontrôlées, incontrôlables… Toutes ses angoisses s'évanouissaient, il ne restait rien qu'un grand vide, un grand soulagement. Elle avait retrouvé sa Maman… Elle avait le sentiment primaire que maintenant tout irait bien parce que Maman allait s'occuper de tout.
-Maman, qu'est-ce-que tu fais là ?
-Je suis venue te chercher, ma puce. Je te présente Sophie, une très bonne amie, c'est elle qui t'a retrouvé et elle qui a monté l'équipe qui t'a délivrée.
Une petite femme se tenait derrière Maman, quatre-vingts ans environs, cheveux blancs en chignon bien sage, robe longue proprette, un sourire lumineux dessinait des rides sur son visage légèrement marqué par le temps, une fraîcheur apaisante s'échappait de tout son être.
-Venez ma chère, pour l'instant nous avons neutralisé les méchants qui vous gardaient, nous devrions partir avant que d'autres ne viennent à leur secours… Une équipe arrive qui va s'occuper d'eux.
-Donnez-moi quelques minutes, le temps que je lui glisse un oreiller sous la nuque, dit-elle en se retournant vers Faucett toujours étendu inconscient au sol.
Et si, un jour, quelqu'un l'accusait d'avoir le cœur tendre, elle lui cassait les jambes.
