Chapitre quatre : Aussi peu fréquentable qu'une personne qui met des bonnets en été.

Réponse aux reviews :

LittleHelo : Je vais sûrement me répéter mais tes reviews me font tout le temps plaisir et du bien au moral ^^ Je suis contente que tu apprécies autant la fanfiction et j'espère que cela continuera ^^. je ne pensais pas que tu devinerais aussi rapidement ( x) ) et espère que tu n'es pas déçue par le fait que les deux fanfictions soient liées. Excuse-moi également de t'avoir légèrement spoilée xD. Je te remercie aussi pour la marque de la voiture, cela m'a évité d'aller rechercher dans le tome 3 x). Noah et Lysandre ont également d'autres pouvoirs, peut-être moins originaux, que tu découvriras par la suite. J'espère qu'ils ne te décevront pas ^^. Je pense avoir tout dit … il ne me reste plus qu'à te souhaiter une bonne lecture !

Marley McKinnnon Black : D'abord, je voudrais te remercier d'avoir lu les trois premiers chapitres et d'avoir pris le temps de laisser ton avis. C'était très gentil de ta part et je suis contente que tu aies apprécié ce que tu as lu. L'altercation avec Hermès n'était qu'un simple rêve, oui … (désolée par ailleurs si cela t'a réellement déçue:/) mais sans vouloir trop en dire, cela ne s'arrêtera pas là ^^. Jazzlyn aurait pu en effet remettre Rosalia à sa place, mais ne t'en fais pas, elle aura encore des centaines d'occasions de le faire x). J'espère que tu ne seras pas déçue par la rencontre avec Apollon … (je n'ai pas réussi à caser l'un de ses célèbres haïkus:/) qui est plutôt triste ^^. Je te souhaite une bonne lecture et j'espère que tu ne seras pas trop déçue …

Jeudi 22 Juin,

Quelque part dans le ciel,

14h20.

Plus blanc encore que le T-Shirt qu'il portait, Noah Jones détacha son regard de l'horizon et appuya l'arrière de son crâne sur l'appui-tête, les yeux fermés. Bons Dieux, qu'il détestait l'altitude ! Les oreilles bourdonnantes, le jeune homme fut pris d'un nouvel haut-le-cœur et se crispa encore plus, mâchoires et poings serrés.

« Détends-toi, détends-toi …, pensa-t-il alors qu'il tentait tant bien que mal d'orienter ses pensées vers quelque chose de plus amusant. Ne pense surtout pas à … »

Mais au même moment, la Maserati vira brusquement vers la gauche, mettant à rude épreuve les maigres résistances du jeune homme dont l'estomac se tordit douloureusement.

« Non, non, non, non, non …, gémit tristement Noah, le front couvert de sueur. Je déteste ça, je déteste ça … »

« Ah, je connais ce refrain ! »

Apollon quitta la route des yeux un dixième de seconde pour jeter un coup d'œil à Noah via le rétroviseur intérieur. Le Dieu du Soleil affichait un sourire à la fois amusé et légèrement nostalgique, comme-ci des souvenirs lui revenaient soudainement en mémoire.

« Il y a des écouteurs dans le vide-poche à côté de toi., reprit-il, sans se départir de son sourire mais l'air tout de même un peu plus préoccupé, alors que la voiture effectuait un nouveau virage violent, rendant Noah encore plus blanc. La musique, c'était tout ce qui pouvait soulager ta mère. »

« Vous avez passé beaucoup de temps avec elle ? », demanda Lysandre, installé sur le siège avant côté passager.

Cette question était sortie toute seule, d'elle-même, sans que le jeune homme n'y fasse attention. D'abord gêné par sa demande qu'il jugeait un peu trop indiscrète, Lysandre se ressaisit bien vite et regarda le Dieu du Soleil, un air intéressé sur le visage : le silence qui s'était installé depuis le début du voyage devenait insoutenable et il avait toujours espéré pouvoir en apprendre plus sur la jeunesse de sa mère.

« Pour commencer, si je puis me permettre, mon pote, tutoies-moi. Je suis peut-être un Dieu âgé de quelques milliers d'années, je n'en reste pas moins votre arrière-arrière-grand-père. Je pense donc qu'un peu de familiarité s'impose.»

Apollon, qui avait eu l'air surpris par la question, avait repris son visage souriant. Il adressa un clin d'œil à Lysandre avant de reprendre :

« Ensuite, pour répondre à ta question, je n'ai malheureusement pas eu l'occasion de passer beaucoup de temps avec elle. »

Le sourire du Dieu s'était légèrement fané et un étrange voile semblait être apparu devant ses yeux, comme-ci Apollon était soudainement envahi par la tristesse. Grâce au rétroviseur de droite, Lysandre nota que Noah s'était lui aussi figé, un seul écouteur dans les oreilles, dans l'attente de la suite du récit.

« Un an. En tout et pour tout. Un an. Oh, bien sûr, j'ai pu la revoir plusieurs fois après cette année-là. Mais j'aurais aimé pouvoir la côtoyer plus longtemps et plus régulièrement. C'est une chouette personne. Une des plus chouettes que je n'ai jamais connue. »

« J'imagine qu'elle n'est pas très bavarde sur cette période-là, hein ? » reprit le Dieu du Soleil, avec un sourire triste et après quelques secondes de silence alors que Lysandre et Noah esquissaient un sourire tendre en réaction à ses dernières paroles.

« Non, soupira Lysandre. On sait juste comment Papa et elle se sont rencontrés. Rien de plus. Elle reste très vague sur le sujet. »

Puis, après un instant de silence et un échange visuel avec Noah :

« Vous … tu n'as pas une anecdote à nous raconter ? Cela pourrait permettre à Noah de se changer les idées … »

Apollon sourit franchement, de plaisir cette fois. Des anecdotes datant de 1986 ? … il en avait … Et des tonnes !

OoOOoOoOoOo

Jeudi 22 Juin,

600ème étage de l'Empire State Building,

15h12.

« Heeey, Hermy !, s'exclama Apollon, un grand sourire étirant ses lèvres alors qu'il sortait de la maserati. Comment ça va ? Où sont George et Martha ? »

« Ils ne sont pas là. »

La réponse du Dieu des Messagers s'était faite froide, cinglante. L'air grave, plus pâle que d'habitude, et les poings légèrement serrés, Hermès ne semblait pas vraiment prêter attention à Apollon : son regard était dirigé loin derrière le Dieu du Soleil, à l'endroit même où Noah et Lysandre rassemblaient leurs bagages et discutaient à voix basse, visiblement préoccupés.

« Oh … Hermy … »

Le sourire d'Apollon avait disparu aussi vite qu'il était apparu et le Dieu posa une main sur l'épaule d'Hermès en un geste qui se voulait réconfortant, les yeux étrangement brillants. Il comprenait parfaitement ce que son meilleur ami pouvait ressentir en ce moment-même : les guerres étaient des moments extrêmement difficiles pour les Dieux. Non pas parce qu'ils mettaient leur vie en danger et que leurs différents palais risquaient d'être détruits. Mais parce qu'ils devaient regarder leurs enfants partir au combat sans pouvoir y faire quoi que ce soit. Les regarder mourir ou souffrir avec l'interdiction d'intervenir. Un supplice pour n'importe quel Dieu qui tenait un tant soit peu à ses enfants. Une situation insupportable qui brisait à chaque fois le cœur d'Apollon.

« Ils vont s'en sortir, mec …, murmura mollement Apollon alors que ses pensées déviaient vers quelques uns de ses enfants. Ils vont s'en sortir … »

« Tout du moins, je l'espère … »

« Papa.»

Noah s'était approché silencieusement, surprenant les deux Olympiens qui sursautèrent légèrement. Le jeune homme semblait aller mieux : il avait repris des couleurs et paraissait moins crispé. Il observa son père pendant quelques secondes avant d'amorcer un geste pour s'incliner. Geste qu'Hermès interrompit presque immédiatement :

« Pas de cela, Noah. S'il te plaît. », murmura-t-il, l'air toujours aussi tendu, en posant une main sur l'épaule de son fils.

Noah se contenta de dévisager son père, surpris.

« Comment vas-tu, mon fils ? », reprit Hermès, le regard fixé sur le visage de Noah, alors qu'Apollon s'éloignait doucement, comme pour leur laisser plus d'intimité.

« ça peut aller. »

Mal à l'aise, Noah détourna le regard et se sentit soudainement très intéressé par ses baskets ailées. De nature plutôt calme et réservé, le demi-dieu n'était pas du genre très bavard et détestait parler avec des personnes qu'il ne connaissait pas. Et on pouvait malheureusement dire que son père faisait partie de cette catégorie. Oh bien sûr, Hermès lui avait rendu quelques fois visite, une dizaine de fois, peut-être, mais ses apparitions n'avaient jamais duré plus de quelques minutes et cela n'avait jamais été assez suffisant pour que Noah ne le considère plus comme un étranger.

« Il a été très présent durant les deux premières années suivant ta naissance, tu sais. »

Ce souvenir, la voix de sa mère essayant de défendre Hermès un soir d'hiver où Noah s'était énervé contre « l'ignorance et l'indifférence de son paternel », remplit le jeune homme d'un profond sentiment de honte et renforça son sentiment de gêne. C'était son père et ce dernier faisait de son mieux pour veiller sur eux. C'était ce que sa mère lui avait dit. C'était ce que Chiron lui avait dit. C'était ce que toute sa famille s'acharnait à lui répéter depuis son plus jeune âge. C'était ce qu'il pensait inconsciemment au plus profond de lui-même. Et c'était ce que Luke ne croyait absolument pas.

Luke. À la simple pensée de ce demi-dieu qui avait si mal tourné, Noah ne put empêcher son cœur de se serrer. Luke. Le grand frère qu'il n'avait jamais eu. Le premier à leur adresser la parole, à Lysandre et à lui, lors de leur arrivée à la colonie. Ils n'avaient même pas encore été revendiqués que déjà, il s'était mis en tête de veiller sur eux, de les guider, de les protéger. Luke, ce grand gaillard blond qui les avait tant aidés.

« Noah, est-ce que ça va ? »

« Hein ? … oui, oui, ça va. Tout va bien. »

Avec un sursaut, Noah se dégagea brutalement – et sans vraiment le vouloir – des mains de son frère qui lui tenait fermement les deux bras. Lysandre, un air de profonde inquiétude sur son visage, continuait de le fixer, cherchant à croiser son regard, dans l'intention de capter le moindre indice. Un regard que Noah gardait obstinément bas.

« Tu es sûr que ça va, mon grand ? »

Hermès, tout aussi inquiet que le deuxième de la famille Jones, s'approcha de quelques pas et s'apprêtait à relever le menton de son fils mais se ravisa et Noah lui en fut reconnaissant : le jeune homme était encore perturbé par ses dernières pensées et il avait la certitude que si son père l'avait touché, il aurait craqué, n'aurait pu retenir ses larmes. Et Noah détestait …

« Tu pleures déjà, mec. », s'exclama une petite voix dans sa tête.

« Eh m**** … »

Noah essuya sa joue gauche d'un geste rageur. De leur côté, ses interlocuteurs restaient immobiles, inquiets et attentifs, attendant une quelconque réaction de la part du jeune homme. Même Apollon, qui était désormais appuyé contre le char du Soleil, les écouteurs sur les oreilles, avait relevé la tête et observait la scène, attentif.

« Noah ? », retenta Lysandre.

Cette nouvelle intervention sembla ramener définitivement Noah à la réalité. Sonné, le jeune demi-dieu tressaillit et papillonna des paupières à plusieurs reprises, comme-ci il venait de se réveiller. Puis, son regard se posa tour à tour sur Hermès et Lysandre et le jeune homme sembla enfin se rendre compte de la situation. Gêné, il rougit légèrement avant de balbutier, d'un ton peu convaincant, la gorge serrée :

« Non, non, ça va, ne vous inquiétez pas. Tout va bien. »

« Alors si tout va bien …, commença Hermès tout en continuant à observer Noah d'un air inquiet.

Sa phrase resta en suspens pendant quelques secondes, jusqu'à ce que Noah lui adresse un signe de tête, comme pour lui assurer que tout allait bien. Hermès reprit donc la parole, à contrecœur.

« Venez, je vais vous aider à vous installer … tu viens, Apollon ? »

« Avec plaisir ! »

oOoOoOoOoOo

Jeudi 22 Juin,

600ème étage de l'Empire State Building,

Mont Olympe,

16h00.

Malgré le fait qu'ils soient en guerre, Lysandre aurait aimé découvrir l'Olympe sous son meilleur jour. La voir comme on lui avait dit qu'elle était : époustouflante de beauté, chaleureuse, joyeuse. Le jeune demi-dieu n'avait jamais mis les pieds à l'Olympe – les visites étaient réservées uniquement aux résidents à l'année et Lysandre ne restait à la colonie que durant les vacances d'été. - et il aurait aimé voir ces danses, ces chants et ces rires qui ne tarissaient jamais. Il aurait aimé prendre part à cette atmosphère de fête qui lui aurait sans doute changé les idées en cette période difficile. Mais depuis qu'ils avaient commencé leur visite, il y avait de cela une demi-heure, le jeune homme s'était rendu à cette triste évidence, celle-là même qui lui serrait le cœur et lui faisait éprouver au plus profond de lui-même une certaine déception : l'Olympe était désespérément vide et silencieuse. Tous les habitants, demi-dieux comme divinités, nymphes comme toute autre créature mythologique, tous semblaient avoir déserté les lieux. Finis les chants, finies les danses, il ne régnait plus au Royaume des Dieux qu'une atmosphère lourde et austère.

« Venez, c'est par là. » indiqua Hermès en tournant à gauche et en rompant pour la première fois le silence qui s'était installé depuis quelques temps.

« Une atmosphère qui déteint sur les Dieux … », pensa tristement Lysandre.

Puis il se traita mentalement d'égoïste. Non mais vraiment ! Que s'était-il imaginé ? Que les Dieux les accueilleraient, lui et son frère, les bras grands ouverts, le sourire aux lèvres avec, pourquoi pas, une fête en leur honneur ?

« Non mais vraiment, mon vieux. Tu dérailles complètement. »

« Vos camarades vous attendent derrière ces portes., reprit Hermès.

Le petit groupe venait de s'arrêter et Lysandre, jusqu'alors plongé dans ses pensées, manqua de heurter Apollon. Le Dieu du Soleil lui adressa un sourire vague, l'air distant et beaucoup moins enjoué que lors de leur petit voyage.

« Ils ont grandi ici et n'ont jamais réellement vécu à l'extérieur, aussi certains ont-ils quelques préjugés concernant les demi-dieux venant de l'extérieur mais … »

« Chouette. Manquait plus que cela. »

« ... je pense que vous n'aurez aucun mal à vous intégrer … », continuait Hermès, alors que Noah se tournait vers Lysandre et esquissait une grimace.

Le jeune homme avait déjà bien du mal à sortir de sa coquille en compagnie de personnes qui ne lui voulaient que du bien, alors comment pouvait-il espérer prendre de l'assurance face à des individus qui ne l'appréciaient pas avant même de le connaître ?

Lysandre lui adressa un faible sourire, dans le vain espoir de le rassurer.

« Tu vas gérer, pensa-t-il en même temps. Comme toujours. »

Pour toute réponse, Noah grimaça de nouveau.

OooOoOoOoOo

Jeudi 22 Juin,

600ème étage de l'Empire State Building,

Mont Olympe,

16h10.

« Alors comme ça, vous venez de la colonie des Sang-Mêlés ? », lança une jeune fille au bonnet rose et à l'air hautain alors que les portes du réfectoire se refermaient derrière eux.

Après une énième recommandation et tape sur l'épaule, Hermès et Apollon avaient laissé Lysandre et Noah en compagnie de cinq autres jeunes sang-mêlés qui les fixaient maintenant avec curiosité.

« Déjà, tu pourrais commencer par dire bonjour, non ? », pensa Lysandre, contrarié, alors que son frère se contentait de hocher la tête en guise de réponse.

Quelque chose dans la manière d'être de la jeune demi-déesse ne lui plaisait pas, mais il ne savait précisément quoi. Peut-être sa manière de les regarder de haut ou le fait qu'elle bombait exagérément le torse. Le jeune homme avait toujours éprouvé un certain dégoût envers les personnes se sentant supérieures aux autres.

« Combien de parents divins avez-vous ? Et pourquoi n'avez-vous pas été élevés ici ? Je veux dire, si vous êtes aussi puissants que nous ... », reprit la jeune fille, encouragée par l'attitude positive de Noah.

Et voilà. Ça recommençait. À la poubelle les règles de politesse, on en venait immédiatement aux questions personnelles. C'était quoi la prochaine ? Le nom de leur premier animal de compagnie ?

« Calme-toi, Lysandre. Ce n'est pas si privé que cela … »

« Si jamais tu ressens de la colère ou de l'exaspération à son égard, chuchota soudainement une voix féminine à l'oreille de Lysandre, le faisant sursauter. Sache que ceci est totalement normal. Ça fait plus de quinze ans que je la côtoie et j'ai toujours autant envie de l'étrangler. Ça doit dater du jour de sa naissance. Peut-être que l'option « exaspérer tous ceux autour de toi » était en promo, ce jour-là. Pour l'achat de « je me prends pour une déesse », l'option « exaspération » offerte ! »

« Jazzlyn … », marmonna une autre voix – masculine, cette fois – d'un ton faussement contrarié alors que Lysandre esquissait un sourire et tournait la tête dans leur direction.

Assis à côté de lui, un jeune homme et une jeune fille l'observaient, sourire aux lèvres. Ils devaient avoir dans les quinze/seize ans et paraissaient beaucoup plus sympathiques que leur camarade au bonnet.

« C'est qui, ses parents divins ? » demanda Lysandre à voix basse alors qu'une conversation s'engageait entre Noah et les autres demi-dieux présents autour de la table.

« Athéna et Aphrodite., répondit la dénommée Jazzlyn.Un mauvais mélange, si tu veux mon avis. »

« La beauté et l'intelligence …, souffla le fils d'Hermès. En effet, y'a de quoi faire gonfler les chevilles. »

« Et vous ? », ajouta-t-il après quelques secondes de silence, alors que le jeune homme (Lysandre apprendrait plus tard qu'il s'appelait Alexandre) hochait la tête en réaction à ses dernières paroles.

« Zeus et Apollon pour Jazzlyn. Poséidon et Aphrodite pour moi. »

« Et vous arrivez à ne pas vous taper dessus ? (Cette question était sortie d'elle-même, sans que Lysandre ne puisse la retenir et fit rire Jazzlyn.).Parce que j'ai cru comprendre que ce n'était pas vraiment la joie entre vos deux premiers ascendants. »

« ça va, on ne vous dérange pas ? »

L'éclat de rire de Jazzlyn avait attiré l'attention de leurs camarades et nos trois protagonistes devaient maintenant faire face au regard sévère de la fille au bonnet.

« Si je serais toi, jeune homme, reprit celle-ci à l'adresse de Lysandre alors que Jazzlyn levait les yeux au ciel, exaspérée. Je resterais loin de Jazzlyn James. Ce n'est pas une fille fréquentable. »

« Aussi peu fréquentable qu'une personne qui met des bonnets en été ? »

L'animosité étrange qu'il ressentait vis à vis de la jeune blonde ajoutée au fait qu'il détestait être conseillé sur ses amitiés, voilà pourquoi Lysandre ne s'était pas retenu. Le demi-dieu était incapable de faire preuve d'hypocrisie et réagissait souvent au quart de tour lorsqu'une situation lui déplaisait.

A l'entente de cette réponse, les traits de Rosalia Sanders se figèrent en une expression contrariée. Ses lèvres se pincèrent et son teint devint livide alors qu'autour d'elle, ses camarades esquissaient de légers sourires amusés. Même Noah, qui lança quand même un léger regard de reproche à son frère, ne put s'empêcher de sourire.

« Cette réunion est terminée., lança sèchement Sanders, accentuant ainsi les sourires de ses camarades. J'ai donné toutes les informations nécessaires et je ne les répéterai pas, tant pis pour ceux qui n'ont pas écouté. On se revoit au dîner. »

Et ni une, ni deux, sans même attendre une réponse de la part de ses camarades, la fille d'Aphrodite se leva rapidement et partit, sans oublier de claquer la porte derrière elle.

OoOOoOoOoOo

Jeudi 22 Juin,

Maison des Jones,

Édimbourg, Écosse,

21h45.

Assis sur la chaise de bureau, Hermès ne pouvait détacher les yeux de sa fille. Celle-ci, profondément endormie, n'avait pas conscience de sa présence et le Dieu des Voyageurs ressentait une certaine tristesse à cette pensée : il aurait aimé pouvoir la réveiller, la prendre dans ses bras et lui dire qu'il l'aimait. Partager de bons moments avec elle et être quotidiennement à ses côtés. Mais cela lui était devenu malheureusement impossible. Impossible depuis le jour où Zeus, ayant appris la naissance du fils de Poséidon, avait littéralement explosé de rage et décrété que les demi-dieux ne devaient plus avoir le moindre contact avec leur parent divin. Une décision qu'avait bien du mal à supporter notre Dieu des Voyageurs qui avait toujours aimé être proche de ses enfants …

« Luke, Lysandre, Connor, Noah … et si je les perdais tous ? »

Effrayé par cette pensée et accablé par les événements des dernières semaines, Hermès se leva et s'avança, dans le plus grand des silences, vers le lit de sa fille. Noëlie-Rose. Sûrement l'une des séparations les plus difficiles. La jeune fille, âgée maintenant de onze ans, souffrait d'une maladie respiratoire depuis plusieurs années. Une maladie qui l'empêchait de vivre normalement, de s'amuser comme tous les enfants de son âge et qui l'obligeait à se rendre à l'hôpital plusieurs fois par mois. Son teint pâle et ses cernes étaient dus à un lourd traitement qui lui pompait toute son énergie et Hermès doutait du fait qu'elle puisse un jour mettre les pieds à la colonie.

« Mais tu as déjà ton propre combat à mener, ma puce., murmura Hermès, le regard fixé sur le visage endormi de Noëlie, un sourire à la fois triste et tendre sur les lèvres. Et je suis très fier de toi. »

« Elle s'en sort très bien, tu sais ? »

Ambre. Hermès ne l'avait pas entendue arriver. Surpris, et alors que les battements de son cœur s'accéléraient, Hermès tourna lentement la tête vers la nouvelle venue et l'observa. Maintenant âgée d'une trentaine d'années, et malgré les quelques cheveux blancs qui ornaient désormais sa crinière blonde, Ambre restait une très belle femme. Tout dans son apparence plaisait à Hermès et à sa vue, le Dieu des Voyageurs fut submergé par une vague de souvenirs, des magnifiques comme des plus tragiques. Malgré toutes ses années de séparation, les sentiments du Dieu à l'égard de la jeune femme étaient toujours intacts et Hermès éprouva la soudaine envie d'aller la serrer dans ses bras.

« Non. Souviens-toi. Tu ne dois plus t'approcher d'elle. À chaque fois cela finit mal. »

« Comment vas-tu ? », demanda-t-il sincèrement concerné, alors qu'une nouvelle vague de tristesse le submergeait suite à ses dernières pensées.

« Si on enlève le fait que ma fille est gravement malade et que mes deux fils sont partis en guerre, je vais plutôt pas mal … »

Ambre avait prononcé ces paroles sur un ton légèrement amusé, certainement dans le but de donner le change. Mais Hermès ne s'y laissa pas tromper : la tristesse était très bien perceptible dans la voix et le regard de la jeune femme, il suffisait de bien la connaître.

« Ambre, je … »

« Ne t'excuse pas, Hermès, je t'en prie. Cela ne sert à rien. Mes fils sont des sang-mêlés. Des héros. Je savais que ce moment viendrait tôt ou tard. »

Ambre avait baissé les yeux, soudainement très intéressée par le plancher de la chambre. Avec un léger soupir, le visage encore plus triste qu'auparavant, Hermès hésita un instant puis avança doucement vers elle. Au Tartare les bonnes résolutions, la femme qu'il aimait souffrait, il ne pouvait donc rester ici sans rien faire. Une fois devant elle et après une nouvelle hésitation, il finit par la prendre dans ses bras et, une fois s'être assuré que Ambre n'omettait aucune résistance, la serra davantage contre lui. Ambre posa sa tête contre son torse tandis qu'il enfouissait la sienne dans ses cheveux blonds.

« Ils vont s'en sortir, Ambre., murmura-t-il à son oreille alors qu'il sentait des larmes mouiller sa chemise. Je te le promets. »

« J'ai tellement peur, Hermès. Tellement. Je les ai toujours protégés du mieux que j'ai pu … et … et si cela tournait mal … et si … »

« Nous avons déjà eu cette conversation hier, Ambre, dit Hermès d'un ton doux, ne souhaitant pas revoir Ambre dans le même état que lors de l'Iris-Message de la veille. Noah et Lysandre sont plein de ressources. Ils sont courageux, puissants et talentueux. Chiron et toi avez fait du très bon travail. Ils s'en sortiront, sois en sûre. Je pensais même leur donner ma bénédiction. »

« Si tu ne le souhaites pas… »

« Je les aime tout autant que toi, Ambre. Je les protégerai du mieux que je pourrais. Je te le promets, mon ange . »

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Vendredi 23 Juin,

600ème étage de l'Empire State Building,

Mont Olympe,

9h00.

« Je vous souhaite bonne chance, les garçons. », murmura Hermès, l'air toujours aussi tendu que la veille.

Le dernier conseil de guerre venait de se terminer et le Dieu des Messagers avait attiré Noah et Lysandre à l'écart des autres demi-dieux et Dieux qui se disaient au revoir. La conversation avec Ambre l'avait encore rendu plus triste qu'auparavant et Hermès avait ressenti le besoin de voir ses fils, de leur parler et de les serrer dans ses bras. Il s'était donc accordé quinze minutes pour le faire. Quinze minutes qui s'étaient presque écoulées et durant lesquelles Hermès leur avait accordé sa bénédiction.

« Je ne suis pas trop sûr que la chance est quelque chose à voir là-dedans … », marmonna Noah d'une voix blanche.

Le visage d'Hermès s'assombrit encore plus.

« On va tout le temps être entourés de cette lueur marron ? » demanda Lysandre, dans un vain espoir de changer de sujet.

Le jeune homme était déjà à cran, aussi était-il sûr que si son frère ou son père craquait devant lui, il ne pourrait retenir ses larmes. Or, Lysandre devait se montrer fort. Il l'avait promis à sa mère et avait passé un accord tacite avec son frère : si l'un n'était pas dans son assiette, l'autre devait assurer pour deux.

« … Non., Hermès mit quelques secondes à répondre et jeta un coup d'œil surpris à Lysandre, comme-ci il avait oublié sa présence. Cela n'apparaîtra qu'au moment du combat. Pour vous protéger. »

« Peut-être qu'ils n'arriveront pas à arriver jusqu'ici. », dit Lysandre, à voix basse, pour se rassurer, ses pensées dérivant sur tous les autres demi-dieux impliqués dans cette guerre.

« Peut-être. », répondit Hermès, sur le même ton.

Puis, après quelques secondes de silence, et après avoir regardé alternativement ses deux garçons, le Dieu des Messagers soupira tristement et attira maladroitement les deux demi-dieux contre lui.

« Je vous aime, mes fils. », chuchota-t-il, une larme coulant le long d'une de ses joues.

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Boooon … voilà pour ce chapitre, qui n'est pas très joyeux, je le sais ^^. J'espère qu'il vous aura plu et j'espère que vous n'êtes pas déçu(e)s par le comportement des Dieux … J'aurais aimé les faire un peu plus joyeux, les décrire comme ils le sont habituellement mais j'ai trouvé que même les dieux avaient le droit d'être tristes avant de partir en guerre … et je voulais que le tout paraisse crédible. J'espère que c'est le cas !

J'aimerais posté un peu plus régulièrement et je m'excuse encore une fois d'être aussi longue mais j'aime consacrer du temps à mes chapitres et j'espère que ça se ressent.

Je vous dis à bientôt et vous souhaite à tous/tes de bonnes vacances !

SP17.