Chapitre six :
Bonjooooour à tous et à toutes !
Après avoir laissé cette fanfiction à l'abandon pendant dix longs mois. Après m'avoir inquiété du fait que je n'avais pas le temps de m'en occuper. Après avoir essayé de me forcer à continuer sans succès. Après m'en être voulu comme je ne sais quoi parce que je n'arrivais pas à écrire un nouveau chapitre ... Mesdames et messieurs, un miracle se produit aujourd'hui sous vos yeux ! Le sixième chapitre est enfin arrivé ! oui ! vous ne rêvez pas ! il est là ! sous vos yeux ! ET VOUS NE SAVEZ PAS A QUEL POINT CELA ME FAIT UN BIEN FOU ! VOUS NE POUVEZ PAS SAVOIR A QUEL POINT MA VIE A CHANGE DEPUIS QUE J'AI TERMINE CE CHAPITRE IL Y A DE CELA CINQ MINUTES ! TOUT EST DEVENU BEAUCOUP PLUS CLAIR, LE SOLEIL BRILLE A NOUVEAU ET LES OISEAUX CHANTENT LA MACARENA !(Moi, en faire trop ? jamais !)
Non sérieusement, j'ai été très contente de retrouver ces personnages et cet univers-ci :) et j'espère de tout cœur que ce chapitre vous plaira ! :)
Je n'ai pas le temps de répondre aux reviews aujourd'hui ( :( ) mais sachez que je remercie chacun des lecteurs du fond du cœur : c'est vous qui faites vivre cette fanfiction et, même si vous ne laissez pas forcément d'avis à la fin de votre lecture, votre simple passage m'encourage à continuer ^^
N'hésitez cependant pas à me dire ce que vous en pensez - ça ne prend que deux petites minutes et ça me ferait énormément plaisir : je saurais aisi si je peux continuer à écrire ou s'il faut que j'efface définitivement cette histoire ^^
Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture :)
SP17.
P.S : je m'excuse pour les quelques fautes d'orthographe qui pourraient venir vous rendre visite pendant votre lecture : je n'en fais pas énormément mais il y en a toujours une ou deux qui se cachent dans le texte (ces petites malignes !).
Samedi 24 Juin,
Colonie des Sang-Mêlés,
Réfectoire,
Long Island,
13h00.
« Silence, s'il vous plaît ! », s'écria Chiron après avoir jeté un rapide coup d'oeil autour de lui et s'être ainsi assuré que tout le monde avait désormais fini son assiette.
Aussitôt, les conversations s'interrompirent et plusieurs dizaines de paires d'yeux différentes se tournèrent vers lui. Depuis le début du repas, la majorité des sang-mêlés présents ne cessaient de jeter des coups d'oeil à la fois inquiets et curieux en direction de la table centrale, là où trois mystérieux inconnus s'étaient installés. Un homme, une femme et une petite fille. Que faisaient-ils donc là ? Et surtout, qui étaient-ils ? Les suppositions allaient bon train, chaque demi-dieu y allant de sa petite hypothèse : étaient-ils de simples connaissances de Chiron venues rendre visite au centaure ? Cette première hypothèse ne tenait pas debout : les adultes avaient passé la majorité du repas à discuter gravement avec Monsieur D et Chiron, ne touchant pratiquement pas à leur assiette. Quels amis seraient venus pour plomber ainsi l'ambiance ? Et puis, Chiron avait-il le droit d'inviter des amis ? Rien n'était moins sûr. Ce qui frappait les pensionnaires – après la forte ressemblance entre les trois nouveaux venus qui leur faisait dire que tous trois appartenaient à la même famille – c'était l'attitude de Monsieur D envers les trois « invités » : car, oui, aussi surprenant que cela puisse paraître, le Dieu du Vin donnait l'impression de les écouter. Genre, vraiment. De leur porter une attention entière et sincère. Il avait même écouté et répondu à la petite fille de dix ans. Depuis quand Dionysos se mettait-il à agir ainsi ? Jamais, ô grand jamais, les demi-dieux qui avaient eu la magnifique chance de pouvoir lui adresser la parole n'avaient eu le même traitement de faveur. Non, pour que Dionysos arrête de vous interrompre et de râler quand vous lui adressiez la parole, il fallait soit être l'un de ses enfants soit … non, il n'y avait décidément pas d'autres possibilités ! Monsieur D semblait uniquement porter de l'attention à ses enfants. Mais les trois visiteurs avaient physiquement plus de points communs avec les enfants d'Apollon qu'avec Castor et Pollux ! Alors qui étaient-ils, je vous le demande ? Cette question ne cessait de hanter les pensionnaires depuis qu'ils avaient commencé à dévorer leur assiette et, dans leur regard, maintenant tourné vers Chiron, pouvaient se lire l'envie d'une réponse ainsi que le discret souhait que celle-ci n'implique aucun danger supplémentaire : avec la guerre qui se préparait, ils avaient déjà assez donné.
Il y eut quelques secondes de silence, durant lequel le centaure jeta un regard sévère à ceux et à celles qui avaient bien envie de reprendre leur conversation, puis, Chiron se racla légèrement la gorge et poursuivit :
« Votre esprit doit sans doute cogiter – et à la vue des nombreux regards curieux que nous avons intercepté tout au long de ce repas, il s'agit plus que d'une hypothèse – sur l'identité des trois personnes qui sont venues nous rendre visite aujourd'hui. Ce ne sont pas des nouveaux directeurs d'activités ni même des divinités. En fait, excepté pour Noëlie qui va cependant bientôt faire partie des nôtres – il accompagna ces paroles d'un geste en direction de la petite fille qui rougit légèrement -, ils étaient exactement à votre place quelques années plutôt. Ambre et Matthew – il désigna brièvement les deux adultes- sont arrivés à la colonie à l'âge de douze ans. C'était alors une toute autre époque que la nôtre mais, même si elle était beaucoup plus calme, Ambre et Matthew ont tout de même vécu de nombreuses aventures – à ce moment-là, Dionysos eut un léger rire qui intrigua plus encore les demi-dieux : Monsieur D qui rigole, et puis quoi encore ?! - et ont toujours fait preuve de régularité et de sérieux dans leur entraînement. Aujourd'hui, alors que nous nous apprêtons à connaître des temps difficiles, ces deux demi-dieux sont venus nous proposer leur aide dans la gestion de la colonie. Ils assureront ainsi quelques cours et pourront répondre à certaines de vos préoccupations. Durant leur séjour, ... - il s'interrompit alors quelques secondes, jetant un regard à la fois amusé et réprobateur à certains demi-dieux qui s'étaient remis à murmurer suite à sa déclaration. - durant leur séjour, ils participeront aux feux de camp et séjourneront dans la Grande Maison. Et même s'ils sont là pour vous conseiller, je vous demanderai de ne pas trop les importuner. Ce sera tout, vous pouvez retourner à vos activités. »
Chiron avait à peine terminé sa phrase que les pensionnaires se mirent à parler entre eux avec agitation. Ainsi donc, il s'agissait de demi-dieux venus apporter leur aide. Cela ne pouvait pas faire de mal avec le travail supplémentaire qu'il y avait à fournir ces temps-ci ! Mais il restait tout de même des zones d'ombre dans le discours de Chiron : qui étaient leur parent divin ? Ils ressemblaient aux enfants d'Apollon mais ne fallait-il pas se méfier des apparences ? Et puis, quels étaient leurs talents, leurs dons ? En quoi pouvaient-ils aider les pensionnaires à s'améliorer ? Les plus curieux d'entre eux avaient hâte de le découvrir.
Travis et Connor Alatir s'apprêtaient à quitter le réfectoire en compagnie de leurs camarades, dans un brouhaha inimaginable tout en se demandant pourquoi les visages des trois invités leur disaient quelque chose, lorsque Chiron les interpella.
S'immobilisant quelques secondes, les deux frères s'échangèrent un regard à la fois surpris et inquiet, essayant tant bien que mal de se remémorer leur dernière farce : qui avait-elle touché ? La victime ou un quelconque témoin avait-il rapporté le fait au centaure ? Chiron les avait-il pris en flagrant délit tôt ce matin et décidé de ne les punir que dans l'après-midi ? Eux qui avaient tout juste terminé leurs dernières corvées la veille au soir … il fallait vraiment revoir l'organisation et la discrétion ! Et ce, le plus rapidement possible !
Après s'être échangé un dernier coup d'oeil inquiet, Connor et Travis se frayèrent un chemin parmi la foule, une certaine appréhension dans le regard. Car, même si les punitions les amusaient plus qu'elles ne les déprimaient, il était toujours dommage de perdre du temps dans l'organisation d'une nouvelle farce parce qu'on avait une quelconque corvée à effectuer tout au long de la journée ! Et puis, Chiron les avait déjà menacé d'une exclusion temporaire, ce qui effrayait quelque peu les deux jeunes hommes : il ne fallait pas plus d'une journée passée à l'extérieur de la colonie pour que leur odeur respective commence à attirer des monstres. Et les Dieux seuls savaient que les fils d'Hermès n'avaient pas la moindre envie de combattre des monstres en ce moment : ils en auraient bien assez à éliminer lorsque la guerre aura éclaté !
« Ne faites pas ces têtes voyons, les réprimanda Chiron d'un ton à la fois ferme et amusé alors qu'ils approchaient. Je ne vais pas vous infliger une nouvelle corvée. Pas aujourd'hui en tout cas., ajouta-t-il avec une étrange lueur dans le regard et un sourire en coin, renfrognant ainsi légèrement les deux frères qui avaient paru soulagés à l'annonce de la bonne nouvelle. Je sais que vous avez certainement des activités cette après-midi, mais j'aimerais que vous fassiez visiter la colonie à cette jeune demoiselle. »
D'un geste de la main, il désigna Noëlie Jones qui, à demi cachée derrière sa mère, observait les deux jeunes d'un regard à la fois curieux et méfiant.
« Il s'agit de la petite sœur de Lysandre et de Noah et elle nous rejoindra certainement officiellement une fois la guerre terminée. Il s'agit de lui faire découvrir le maximum de choses sans la mettre en danger ou en lui faisant une farce dont vous seuls avaient le secret … vous pensez pouvoir y arriver ? »
Les deux frères Alatir esquissèrent un franc sourire : ainsi donc, il s'agissait de la petite sœur de leurs demi-frères préférés ! Cette information révélée, les choses devenaient beaucoup plus claires ! Les fils d'Hermès comprenaient maintenant d'où leur venait cette impression de déjà-vu : Lysandre et Noah possédaient tous deux sur leur table de chevet une photo où ils étaient représentés avec trois autres membres de leur famille. Leur mère, leur sœur et leur oncle. Les trois personnes présentes aujourd'hui à la colonie.
« Pas de problème, Chiron !, s'exclama Travis, plus que ravi de faire connaissance avec sa nouvelle demi-sœur, celle dont Noah et Lysandre lui avaient tant parlé. On fera ce qu'il faut pour qu'elle ne tombe pas entre les mains du bungalow cinq ! »
« Affirmatif !, approuva Connor, tout aussi heureux que son frère. Vous pouvez compter sur nous, Madame Jones !, ajouta-t-il à l'adresse d'Ambre qui répondit par un sourire.
« Vous pouvez m'appeler Ambre. Tout comme vous pouvez l'appeler Matthew., dit-elle d'une voix douce en désignant son frère qui discutait plus loin avec Monsieur D. Tu y vas, ma grande ? »
Elle se tourna vers sa fille, qui continuait d'observer Connor et Travis avec la même méfiance dans le regard. Se pourrait-il que les frères Jones l'aient mise en garde contre eux ? Connaissant le côté quelque peu protecteur de Noah envers sa famille, c'était une hypothèse à ne pas rejeter.
Il était vrai que les deux frères adoraient piéger les nouveaux arrivants. Mais il s'agissait là d'une de leurs demi-sœurs et, comme les filles étaient rares dans le bungalow onze, elle pouvait bénéficier d'un traitement de faveur. Et puis … Lysandre Jones était relativement doué – voire presque aussi talentueux qu'eux – lorsqu'il était question de piéger quelqu'un. Et, pour le moment, l'envie des frères Alatir de se retrouver affublés de cheveux multicolores ou de toute autre particularité physique extraordinaire était aussi forte que celle de nettoyer les écuries pour les trente prochaines années, c'est-à-dire totalement inexistante.
« On se retrouve tout à l'heure, au dîner., continuait Ambre Jones. Ou dès que tu as fini, peu importe ! », s'exclama-t-elle rapidement tandis qu'une once de panique passait dans les yeux de sa fille, Noëlie.
Celle-ci s'était légèrement avancée vers ses deux demi-frères mais avait le regard rivé sur sa mère. Tout dans son attitude, en passant par le fait qu'elle se mordillait la lèvre inférieure ou celui qu'elle tordait nerveusement ses mains, laissait entendre qu'elle n'avait pas envie de partir en compagnie de deux parfaits inconnus. La fillette détestait se retrouver plongée dans un univers totalement inconnu et n'était pas vraiment douée pour nouer des relations et adresser la parole à des gens qui ne faisaient pas partie de son entourage. Ce que sa mère et Chiron était en train de lui faire vivre était, à ses yeux, un véritable supplice.
Le temps sembla se suspendre quelques instants, durant lesquels mère et fille échangèrent un regard. Puis, après ce qui parut être une éternité pour les adolescents hyperactifs qu'étaient alors les fils d'Hermès, Noëlie serra brièvement sa mère dans ses bras et , nerveuse, suivit lentement les frères Alatir, sous le regard à la fois bienveillant et amusé de sa mère.
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Samedi 24 Juin (soit toujours le même jour)
Colonie des Sang-Mêlés,
19h45.
Même si elle devait bien avouer qu'elle était soulagée que cette première journée touche à sa fin, Noëlie devait reconnaître que cette dernière ne s'était pas trop mal passée : les frères Alatir, avec lesquels elle avait finalement longuement discuté, jusqu'à en oublier l'heure du repas, étaient des jeunes hommes très sympathiques qui lui rappelaient fortement Lysandre et Noah, autant physiquement que psychologiquement. Tous les deux étaient dotés d'un grand sens de l'humour et avaient un côté bavard et protecteur assez développé. Ils avaient également été très compréhensif lorsqu'elle leur avait dit ne pas vouloir s'étendre sur la maladie qui l'obligeait à balader une bouteille d'oxygène avec elle tout au long de la journée et l'avaient défendue lorsque deux fils d'Arès avaient essayé de lui souhaiter la bienvenue à leur manière. En somme, ils étaient prévenants et de bonne compagnie, tout comme ses deux grands frères.
Ses grands frères. Depuis leur dernier message-iris jeudi dernier, les deux garçons ne quittaient pas les pensées de leur sœur. Matin, midi, soir. Noëlie pensait à eux tout au long de la journée, quelque soit le genre d'activité qu'elle était en train d'effectuer. Elle s'inquiétait constamment pour eux et ne cessait d'espérer avec force que tout se passerait – et se passait – bien pour eux. Qu'ils rentreraient sains et saufs comme ils le faisaient tous les étés.
Ils étaient ses deux rocs, les deux piliers qui lui donnaient la force et le soutien nécessaires pour affronter chaque nouvelle journée. Ils avaient toujours vécu ensemble, n'avaient jamais été séparés très longtemps. Ils étaient tous les trois complémentaires. Elle les aimait. Profondément. Et ne s'imaginait pas vivre sans eux. Ce serait trop dur, trop douloureux.
« J'espère sincèrement que tout va bien …, pensa la fillette avec inquiétude. Si seulement je pouvais faire quelque chose pour les aider … si seulement je pouvais servir à quelque chose ! »
Tous ici, du sang-mêlé d'une douzaine d'années au satire à la flûte de pan taillée dans le plus noble des bois, avait un rôle précis à jouer. Tous étaient utiles, aidaient ses camarades à préparer la guerre, à gérer l'ensemble de la colonie des sang-mêlés. Certains donnaient des cours, récoltaient, géraient les stocks, fabriquaient des épées, d'autres partaient en quête, à la recherche de quelque chose dont ils pourraient tirer profit ou d'autres, tout simplement, s'entraînaient avec acharnement afin de pouvoir défendre au mieux les leurs le jour J. Tous avaient leur place. Tous avaient leur destin lié à la colonie des sang-mêlés et pouvait le montrer par des dizaines d'actes différents. Tous, sauf Noëlie dont les poumons étaient progressivement grignotés par une maladie.
« Tiens, ma grande. »
La voix de sa mère ramena Noëlie à la réalité. Avec un léger sursaut, la fille d'Hermès cligna plusieurs fois des paupières avant de jeter un coup d'oeil autour d'elle. Alors qu'elle était pratiquement seule quelques minutes auparavant, les pensionnaires de la colonie commençaient à affluer vers le feu de camp. Plongée dans ses pensées, elle ne s'était pas rendue compte que son parrain et sa mère l'avaient rejointe, des chocolats chauds en mains.
« C'était notre petit rituel à chaque fois qu'un feu de camp était organisé. », s'exclama Matthew tandis qu'Ambre tendait un gobelet à Noëlie qui remercia sa mère et porta la boisson chaude à ses lèvres. On dégustait un chocolat chaud en écoutant les chants et en regardant danser les flammes. Ce n'était pas si mal que cela, tout compte fait. »
« Cet endroit ne vous manque pas ? », demanda Noëlie
Il lui semblait avoir perçu de la nostalgie dans la voix de Matthew.
« Parfois., souffla ce dernier à demi-voix en s'asseyant à côté d'elle, imitant ainsi Ambre. Mais tu sais, les bonnes choses ont toujours une fin. Personne ne peut rester définitivement ici. On a tous une vie à construire, un emploi à trouver, une famille à former. Et puis, ce n'est pas ici mais à Phoenix qu'on a connu les meilleurs moments de notre vie … même si la colonie gardera toujours une place spéciale au sein de notre histoire. »
« A Phoenix … c'était avec Papa ? », murmura la fillette
Bien qu'elle sache pertinemment la réponse – pour l'avoir déjà entendu de la bouche de sa mère des dizaines de fois – Noëlie avait de nouveau posé la réponse. Pas pour encore entendre la même chose, non. Elle avait fait cette réflexion dans l'espoir que sa mère lui communique d'autres informations, se fasse un peu plus bavarde sur cette période de son existence. Car, Ambre lâchait peu d'éléments, au grand dam de ses trois enfants. Ceux-ci avaient pleinement conscience que les souvenirs de la relation avec leur père pouvait blesser leur mère mais, l'envie d'en apprendre un peu plus sur leur parent divin était parfois plus forte que tout …
Malheureusement pour la fillette, – et gros coup de bol pour Ambre – Chiron choisit ce moment pour faire un discours. Se plaçant tout près du feu – à quelques centimètres seulement de la déesse Hestia qui s'affairait auprès des flammes -, il demanda le silence et regarda un à un les pensionnaires, dans l'attente du silence complet. Celui-ci fut garanti en quelques secondes seulement, aucun demi-dieu ne souhaitant se frotter au mécontentement de Chiron.
« Bien., s'exclama-t-il alors. Nous voici à nouveau réunis pour une soirée autour du feu. Ce soir, plus que les autres soirs, je voudrais que vous passiez un bon moment. Que vous prenez le temps de discuter avec vos amis ou avec de nouvelles têtes et que vous y preniez du plaisir. Car, ce que nous nous apprêtons à combattre dans les prochains jours dépasse tout ce que nous avons connu jusqu'à présent. Il faudra que chacun d'entre vous soit fort. Que chacun d'entre vous fasse preuve de solidarité, de courage et de bienveillance. Que chacun … »
Le centaure s'interrompit brusquement, le regard fixé au-dessus de Noëlie. Presque aussitôt, des centaines d'autres regards se tournèrent dans la même direction. À la fois intriguée et intimidée, le coeur accélérant légèrement la cadence, la fillette leva la tête – au moment même où tous les pensionnaires s'agenouillaient en signe respect, rendant la situation encore plus embarrassante – et eut le temps d'apercevoir deux symboles dorés au-dessus de sa tête avant que ceux-ci ne disparaissent dans l'obscurité : une lyre et un caducée. Les symboles respectifs d'Apollon et d'Hermès. Les deux Dieux Olympiens venaient de la revendiquer.
« Bienvenue à toi, Noëlie-Rose Jones, fille d'Hermès et descendante d'Apollon., s'exclama Chiron, d'un ton bienveillant tandis que les pensionnaires se relevaient et commençaient à murmurer entre eux. Que ton séjour parmi nous soit rempli de bonnes choses. »
Noëlie lui adressa un léger sourire de remerciement, toujours quelque peu sonnée, ayant à peine conscience que son parrain lui ébouriffait les cheveux et que sa mère la serrait brièvement contre elle, percevant certainement son léger malaise. Tout s'était passé tellement vite. Cette revendication l'avait prise par surprise. La réaction des autres pensionnaires aussi : étaient-ils toujours obligés de s'agenouiller ainsi à chaque fois qu'un dieu reconnaissait l'un de ses descendants ? Avaient-ils conscience que cela était extrêmement gênant pour le ou la concernée ? Mais, plus que la gêne ou surprise, c'était la joie qui dominait. Une joie simple, pleine et entière. Deux de ses parents divins l'avaient reconnue. Deux de ses parents divins avaient reconnu son existence et, pour le moment, c'était tout ce qui comptait.
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Samedi 24 Juin (soit encore et toujours le même jour)
Colonie des Sang-Mêlés (Noooon, sans blague ?)
22h02.
Une fois la chemise de nuit enfilée, Ambre sortit de la salle de bain qui jouxtait sa chambre et s'étira longuement, les yeux fixés sur sa fille profondément endormie. Bien qu'elle savait pertinemment à quoi s'attendre en revenant à la colonie, la quadragénaire devait s'avouer quelque peu perturbée : cette première journée, durant laquelle elle avait longuement discuté avec Chiron et Dionysos mais également avec de nombreux pensionnaires auxquels elle avait donné quelques conseils et recommandations, avait fait réapparaître de nombreux souvenirs, aussi joyeux que tristes. Elle n'avait passé que très peu de temps à la colonie durant sa jeunesse : elle y avait mis les pieds une semaine seulement après le décès de Benjamin White et n'y était restée que le temps nécessaire à l'acquisition d'un niveau de combat lui permettant de survivre dans le monde des mortels pour le restant de ces jours. Une fois cet objectif atteint, son jumeau et elle avaient pris la poudre d'escampette pour ne jamais revenir. Ils avaient essayé de tirer un trait sur le monde mythologique. Un monde qui les avait pourtant rattrapé deux ans plus tard.
« Et tu as alors vécu l'une des meilleurs périodes de ton existence., lui souffla une petite voix dans sa tête tandis qu'elle s'asseyait au bord du lit. Tu as rencontré ton seul et unique grand amour et tu as eu trois merveilleux enfants. »
Les enfants. Ambre s'inquiétait constamment pour eux. Pour leur santé, leur scolarité, leur avenir, leur bien-être. Elle souhaitait plus que tout au monde qu'ils aient une vie (presque) normale. Qu'ils vivent jusqu'à un âge avancé, qu'ils trouvent leur âme sœur, qu'ils aient des enfants, qu'ils grandissent normalement et en toute sécurité.
Chaque été, lorsqu'elle déposait les deux plus âgés à la colonie des Sang-Mêlés, elle ne pouvait s'empêcher de prier pour qu'ils n'aient pas de quête à réaliser : les quêtes étaient régulièrement très dangereuses et, son expérience en témoignait, les héros pouvaient facilement être piégés par les divinités. Ils pouvaient revenir grièvement blessés, voire ne pas revenir du tout. Et quelle mère rêverait d'un tel destin pour ses enfants ? Mais malheureusement, malgré toutes ses prières, Lysandre et Noah avaient été appelés pour défendre l'Olympe. Une partie d'elle-même était plutôt fière : ses deux garçons avaient été nommés pour défendre le plus haut lieu divin, la pépite du monde mythologique. Peu de Sang-Mêlés auraient été à la hauteur d'une telle mission. Cependant, les risques pour que cela tourne mal restaient élevés et ne cessaient de tourmenter Ambre qui n'avait aucun moyen de les contacter, la protection au sommet de l'Empire State Building n'autorisant aucun message-iris. Et si on lui arrachait l'une des parts les plus importantes de son existence ? Et Noëlie qui venait d'être revendiquée … les Dieux n'allaient tout de même pas la lui prendre, elle aussi ?
« Tu ne les perdras pas, je te le promets. », fit une voix familière dans son esprit. Je te le promets, mon ange. »
