Disclamer : Les Animaux Fantastiques et Harry Potter ne sont pas à moi. Ce qui est tant mieux pour les personnages de JKR vu mes tendances à traumatiser mes personnages.

Titre : Noir ramage.

Résumé : Lorsqu'elle avait accepté ce job, elle pensait à un boulot long, mais qui au final serait assez simple. Trouver un traitre et le livrer au MACUSA, quoi de plus facile dans son boulot ? C'était sans compter un passé qui refuse de mourir et un mage noir qui est bien décidé à faire des siennes. Le pire dans l'histoire ? C'est que si elle l'avait su, elle aurait dit oui quand même.


« Le meurtre ne nécessite nullement qu'un spectre se lève. Nous avons des meurtres à New-York sans l'intervention de goules et de vampires. »

-Ichabod Crane, Sleepy Hollow.


Chapitre 82 : Frederic Grayson, ou le retour de bâton.

Depuis quelque semaines, plus rien n'allait. Il sentait le sol se dérober sous ses pieds. Des compagnons disparaissaient sans explication et il se sentait sous surveillance même s'il n'avait pu mettre un nom sur un éventuel espion. C'était un sentiment diffus d'étau qui se resserrait sur lui, ce qui le rendait d'autant plus angoissant.

Ses essais pour approcher durablement Seraphina Picquery à travers sa secrétaire avaient échoué. Marjory, n'y avait vu qu'une tentative de séduction à son endroit et maintenant, elle papillonnait autour d'un grand blond, un bellâtre, le nouveau garde du corps de sa patronne. Dans un sens il se sentait délivré, fréquenter cette gourde était un supplice même si grâce à elle, il glanait de précieux renseignements. Mais ça ne résolvait pas son problème : comment se sortir du mauvais pas où il s'était fourré sans que Grindelwald ne découvre sa défection et n'envoie Higgins lui faire la peau.

Il devenait urgent de mettre les bouts, ses bagages étaient prêts et ce soir… l'Amérique du Sud l'attendait, le temps de se refaire une virginité.

Aujourd'hui il devait donner le change, encore une fois faire semblant de s'intéresser à la bonne marche du ministère, demain s'en serait fini, il reprendrait sa liberté et redeviendrait son propre chef.

-Matthews, MacDouglas, vous allez m'accompagner dans Harlem, à la recherche de nouveaux indices, il y a eu une explosion cette nuit au numéro douze avenue Saint Nicholas. L'immeuble s'est ouvert en deux comme un fruit trop mûr et toute une partie de la façade s'est effondrée sur la chaussée. Nous emmènerons Oliveira de l'équipe de Dés-Ensorcellement de Magie Noire. Je ne vois que cette explication, comme vous le savez, la plupart du temps, c'est à la suite d'une rivalité ou d'une mésentente qui tourne à la haine que certains ont recours à la Magie Noire. Dans ces cas, la rancoeur et la jalousie sont les moteurs puissants d'une forte volonté de nuire et comme vous le savez, les rituels noirs s'accompagnent presque naturellement d'un flux très destructeur. Certains sorciers ou chamans peuvent se laisser gagner par cette frénésie du chaos qui consiste à ne plus voir que la destruction comme issue. Dans ce cas, il y aura forcément des traces détectables et nous devons les trouver. Une douzaine de non-maj's sont blessés, ils ont été transférés au Mount Sinaï Hospital. Hopkins et Redford déguisés en agents de la police de la ville, vous irez les interroger, ils ont peut-être vu quelque chose qui nous sera utile pour trouver ce qui provoque ces désastres. Nous devons maîtriser « la chose » avant que les non-maj's ne se posent trop de questions et se disent que tous ces accidents ne peuvent pas être reliés simplement à des fuites de gaz. Qui sait ce qu'ils sont capables de découvrir. Je vous rappelle que notre existence est en danger, s'ils lèvent le voile de la présence d'une force « supra-naturelle », ils ne mettront pas longtemps à croire les gens comme Bellebosse qui dénoncent notre présence à leurs côtés.

C'est pour cela qu'il arpentait les rues de Harlem avec son équipe. Dans le quartier, toutes les vitres avaient été soufflées, des millions de bouts de verre jonchaient les sols, des dizaines de balayeurs étaient déjà au travail. Des centaines de New Yorkais se réunissaient en petits groupes pour discuter des derniers évènements, en passant à côté d'eux, on entendait l'inquiétude et l'énervement monter. Vous avez-vu ? Encore le gaz ! Que fait la mairie, c'est inadmissible. Le gaz, moi j'y crois pas, à mon avis ce sont les anarchistes ! Le gouvernement ne nous dit pas tout ! Avenue Saint Nicholas, la poussière et les gravats recouvraient tout, du numéro douze qui avait été un immeuble de quatre étages aux murs noirâtres, il ne restait qu'une partie des murs et le perron. En son milieu, sa façade n'existait plus : un trou béant immense, plus de plancher, les murs aux bouts de papier peint noirci et arraché pendant dans le vide, quelques restes de menuiserie des fenêtres et des tableaux de guingois aux murs, un placard pendait au dessus du vide au troisième étage, ouvert sur un peu de vaisselle, l'évier qu'il soutenait penchait dangereusement prêt à s'effondrer …

-Oliveira allez examiner l'intérieur de l'immeuble à la recherche de persistance de magie résiduelle pendant que nous, nous allons interroger les non-maj's et détourner leur attention.

Ses hommes obéirent immédiatement. Le pouvoir de faire obéir sans que personne ne pose la moindre question allait lui manquer, mais, il fallait mieux qu'il songe à sa propre survie.

Il frappa à une porte et celle-ci s'ouvrit il fit un pas avant de se rendre compte que le logement était vide :. Et quand il disait vide c'était qu'il n'y avait personne, ni rien même pas un drap, juste de la poussière… sans compter le sentiment absolu de solitude qui le saisit, l'oppressa, le désarmant presque. Un désespoir total, suivi d'un froid glaçant, il ne pouvait plus… plus rien, il était fini, il avait perdu, son corps le lui disait, son esprit le lui affirmait. Qu'est-ce… Il réalisa que c'était un piège à l'instant où une force invisible de propulsa à travers une fenêtre. Lorsqu'il se redressa, il vit une silhouette qu'il aurait cru ne jamais recroiser, avancer vers lui. Mercy Lecay. Elle ne semblait pas de bonne humeur. Elle le regardait de haut, seul marque de ressentiment visible : sa mâchoire qu'elle serrait tellement qu'on avait l'impression qu'elle allait se déchausser les dents. Elle avait troqué sa chemise de nuit pour un pantalon et une chemise, mais eux aussi n'étaient pas des plus propres. Malgré sa beauté, cette femme était incapable de prendre soin d'elle. Mais, intelligemment, il choisit de ne pas faire cette remarque à voix haute : elle pointait sur lui un sabre qui semblait bien coupant et au bout un peu trop pointu à son goût… Surtout qu'il n'était qu'à quelques centimètres de son cou. Au nom de la Magie, où étaient les aurors qu'il avait emmené avec lui ?

-Vous n'aurez jamais les couilles d'aller jusqu'au bout, Lecay.

Bon, ce n'était pas la remarque la plus intelligente qu'il ait fait, ni le meilleur moment, il devait bien l'avouer… Mais il n'avait pu s'en empêcher. Une marque d'un esprit indépendant et frondeur, ce n'était pourtant pas dans sa nature, d'habitude il était plutôt du genre à lécher la main qui tenait la laisse. Sans doute, l'ambiance avait-elle révélé un sentiment qui lui était jusque là inconnu : le courage absolu, sans crainte des conséquences ? Dieu merci, de brève durée, très vite, il était redevenu lui-même, prudent.

Elle le regardait comme s'il n'était rien. Même s'il la narguait en la mettant au défi de le tuer, il était mort de peur. Enfin, elle baissa son arme.

-Frederic Grayson, je vous arrête. Pour trahison, enlèvement, complot contre le Congrès Magique des États-Unis d'Amérique et… Laissez-moi le temps de prendre une douche et un café et je trouverai le reste de la liste, termina Lecay.

-Vous n'avez pas gagné.

-Mais, contrairement à vous, je n'ai pas perdu.

Elle ne le regardait pas avec arrogance, juste une grande lassitude, comme s'il était une tâche ennuyante qu'elle rayait d'une grande liste avant de passer à autre chose.

-Et pour votre gouverne, Grayson, je n'ai pas de couilles, mais des ovaires.

Elle avait dit cela comme si elle était fatiguée de toujours répéter la même chose. Pour lui, elle était et resterait toujours une de ces femmes qui se battaient pour être considérée comme un homme et qui s'offusquaient dès qu'on le faisait ! Elle bougea son sabre et le paysage devint légèrement flou avant de révéler un quartier nullement dévasté, des non-maj's allant et venant inconscients de leur présence… Outre le fait qu'elle utilisait un sabre pour canaliser ses pouvoirs, c'était surtout le fait qu'elle ait pu mettre en place tout cela juste pour l'éloigner de la sécurité du Congrès Magique qui le choquait.

-Messieurs, je vous le laisse.

Matthews et MacDouglas surgirent de l'ombre. Ils l'avaient vu se faire mettre à mal par une femme et en plus, ils n'étaient même pas intervenus. Ce n'était pas normal, c'était des aurors comme lui et il était leur supérieur ! Ils devraient prendre son parti, pas celui d'une ancienne Exterminatrice qui enfreignait ouvertement le Code du Secret magique en usant de ses pouvoirs à la vue et au sus de tous. Tout n'était pas perdu, ils allaient le relâcher, c'était certain.

-Matthews, MacDouglas libérez-moi ! Cette femme est folle, vous le voyez bien ! Elle ose enfreindre le Code du Secret magique, nous devons l'arrêter et la présenter au tribunal du MACUSA.

Ils le regardèrent avec... mépris ? Ce n'était pas possible, ça ne pouvait pas être la fin, personne n'était au courant… Grindelwald était en place, toujours le plus fort, prêt à prendre le pouvoir… Menottes aux poignets, encadré des deux aurors toujours muets, ils transplanèrent jusqu'à une prison. Dans le couloir, des dizaines de portes de bois, épaisses, juste trouées d'un judas. Par une porte momentanément entre-ouverte, il aperçut Higgins. Il avait retrouvé tous leurs compagnons disparus. Ils l'enfermèrent seul, dans un cachot sombre, toujours sans mot dit. Là, entre les quatre murs, il comprit : il avait tout perdu… C'était fini, ses rêves de grandeur, de pouvoir, de renaissance de la grandeur des Grayson…

Il ne lui restait plus qu'à attendre… Il devait réfléchir et très vite, construire une défense, Lecay était encore vivante, elle savait beaucoup de choses, et sans doute son rôle dans l'enlèvement et le remplacement de Graves. Mais si celui-ci n'était jamais retrouvé, ou s'il n'avait pas encore tout raconté… il lui restait une petite chance de se justifier ou de se faire pardonner… Vendre Grindelwald ! Oui, c'était une solution : sa peau, sa libération et une nouvelle identité ailleurs contre l'arrestation du plus grand mage noir de tous les temps. Higgins était là, enfermé il ne risquait rien de ce côté, mais il valait mieux ne pas crier sous les toits sa résolution de coopérer… Quand le gardien entrerait, il demanderait à être conduit devant son chef et se mettrait à table. Il raconterait tout ce qu'il savait et au besoin un peu plus… son imagination pouvait être fertile. La seule chose, il ne fallait pas perdre de temps, s'ils libéraient Graves, ils ne tarderaient pas à comprendre la permutation et sa seule chance de s'en sortir s'envolerait...


(1) Le Mount Sinai Hospital est un hôpital situé à New York, qui dessert l'Upper East Side de l'arrondissement de Manhattan et le quartier de Harlem. Fondé en 1852, le Mount Sinai est l'un des plus anciens et des plus grands hôpitaux à vocation pédagogique des États-Unis.