Chapitre neuf :
Bonjour, bonjour ! (ou bonsoir, tout dépend de l'heure à laquelle vous lisez ceci !)
J'espère que vous allez bien !
Je reviens vers vous aujourd'hui avec le neuvième chapitre de cette petite fanfic ! Il ne s'y passe pas grands choses (j'en suis d'ailleurs quelque peu déçue) et je devais, à la base, ajouter une scène supplémentaire mais comme il me paraissait assez long, (et que la scène qui devait originellement s'y trouver risquait de l'être aussi), j'ai décidé de m'arrêter à trois scènes. Ne vous en faites pas, la quatrième sera disponible dans le chapitre suivant ! ?
Je m'excuse par avance des quelques fautes qui auraient pu échapper à ma vigilance et vous souhaite une très bonne lecture ! ?
N'hésitez pas à laisser votre avis à la fin de la lecture : tout avis – même négatif – m'aide énormément à progresser !
En vous remerciant de votre soutien,
A bientôt j'espère,
SP17.
Lysandre ne put s'empêcher de lâcher un cri de surprise : d'ordinaire, lorsqu'il s'endormait après avoir avalé trois des cachets que son médecin lui avait prescrit en cas d'insomnie, il ne se retrouvait pas au milieu du jardin familial par une belle journée d'été ensoleillée. Non. D'habitude, lorsqu'il arrivait enfin à s'endormir après avoir momentanément chassé les pensées négatives de son esprit, il se réveillait au bord d'un précipice, au fin fond du royaume d'Hadès. C'était d'ailleurs pour cela qu'il détestait s'endormir ces temps-ci : l'individu qui ne cessait de le harceler pour qu'il rejoigne le côté obscur – Lysandre avait toujours été un grand fan de Star Wars – et qui le poussait ensuite dans ce puits sans fond commençait à lui taper sur les nerfs.
Il commençait à lui taper sur les nerfs parce qu'il se montrait de plus en plus convaincant. Il savait où appuyer pour faire pencher la balance et Lysandre sentait s'effriter peu à peu ses dernières résistances. Et cela l'effrayait. Cela lui était insupportable : jamais, ô grand jamais, il ne basculerait du mauvais côté. Jamais. Il se l'était promis.
« Mais qu'est-ce que je fous ici ? », murmura le fils d'Hermès, anxieux.
Voir la balançoire sur laquelle sa petite sœur avait l'habitude de passer des heures entières, les nombreuses fleurs et le petit potager dont sa mère prenait grand soin ainsi que leur chat, Tigrou, qui se prélassait tranquillement au soleil, les pattes en l'air, le chamboulait. Ces souvenirs, le soleil qui réchauffait sa peau et les oiseaux qui semblaient gazouiller par dizaine depuis le saule pleureur … tout l'aurait d'ordinaire incité à se relaxer et à sourire. Tout lui aurait indiqué qu'il s'agissait d'un doux et beau rêve. Mais quelque chose empêchait Lysandre de penser ainsi. Peut-être était-ce parce qu'il avait pris l'habitude de ne faire que des cauchemars … ou parce que tout semblait un peu trop artificiel : après tout, le sifflement des oiseaux n'était-il pas trop métallique ? Les couleurs environnantes n'étaient-elles pas trop éclatantes ? Et puis, s'il devait s'agir d'un rêve, pourquoi Lysandre était-il tout seul ? Pourquoi n'était-il pas entouré de ses proches ? Pourquoi était-il en tenue de combat ?
« Du calme, mec, pensa Lysandre, son cœur s'emballant soudainement et sa main droite se refermant un peu plus sur son épée accrochée à sa ceinture. Ils sont peut-être à l'intérieur, en train de rire et de fêter quelque … »
« Lysandre »
La voix de sa petite sœur interrompit ses pensées. La voix de sa petite sœur, faible. Aussi faible qu'un murmure. Comme un appel lointain porté par le vent.
« Noëlie ? »
Le fils d'Hermès s'immobilisa un peu plus, haletant légèrement tant sa poitrine était oppressée par l'appréhension. Les mains moites, Lysandre les frotta rapidement l'une contre l'autre avant de sortir l'épée de son fourreau, les sens en alerte.
Ce n'était pas la première fois que le jeune homme entendait l'un de ses proches l'appeler au sein de ses rêves. Et, la plupart du temps, il s'agissait d'un stratagème mis en place par un monstre pour l'attirer.
« Lysandre »,recommença la voix
Cette fois-ci, le murmure semblait se faire un peu plus pressant et se répéta en écho pendant plusieurs secondes, donnant ainsi la chair de poule au jeune homme qui ne put s'empêcher de faire le parallèle avec les films d'horreur : vous savez, ce moment où le tueur psychopathe vous guette et s'amuse à vous faire bien flipper en murmurant votre nom …
« Qui est là ? », s'exclama Lysandre, la voix légèrement tremblante.
Car Noëlie n'était pas du genre à faire flipper ses grands frères façon film d'épouvante : lorsqu'elle les apercevait, la petite fille avait plus tendance à leur sauter dessus avec un cri de guerre bien à elle – le plus souvent un « aaaaaaaaaargh » pas du tout effrayant – qu'à jouer les mystérieuses en soufflant leur prénom dans l'attente qu'ils la trouvent. Lysandre avait donc de plus en plus l'impression qu'il s'agissait d'une illusion destinée à le piéger. Même si l'envie de revoir sa petite sœur et de la serrer dans ses bras – ne serait-ce qu'en rêve – était forte, il doutait que la voix lui appartienne réellement Noëlie n'adoptait jamais ce ton à faire froid dans le dos.
« Lysandre, s'il te plaît, viens me chercher ! J'ai peur ! »
Ce même ton pressant. Ce même écho. Et pourtant, à cet instant, Lysandre eut réellement l'impression d'entendre sa petite sœur. D'ailleurs, un souvenir le submergea celui de Noëlie l'appelant à l'aide lorsque, plus petite, un de leurs cousins l'avait enfermée dans le placard de la cuisine. Même si Lysandre avait ri aux éclats à ce moment-là, le ton de la petite l'avait quand même attendri et attristé au plus haut point. Comme venait de le faire cette voix si familière et pourtant si inconnue …
« Une voix familière et inconnue à la fois ? Non mais tu débloques mon gars ! C'est Noëlie ou pas, alors ? Va falloir se déci … »
Mais Lysandre fut de nouveau ramener à la réalité. Pas par la voix, non. Mais par la porte de la cuisine qui venait de s'ouvrir dans un grincement inquiétant.
Sur le pas de la porte, personne.
Ce constat fit accélérer les battements de son cœur, déjà bien rapides. Désormais essoufflé – alors qu'il n'avait même pas encore bougé depuis le début de ce songe -, Lysandre se demanda s'il ne serait pas préférable de rester ici, dans le jardin, sous le soleil et sa chaleur qui aurait dû être réconfortante : après tout, il avait vu assez de films et vécu assez de choses en tant que demi-dieu pour savoir qu'entrer dans une maison dont l'une des portes venait de s'ouvrir toute seule n'était franchement pas une bonne idée. Et puis, il ne s'agissait que d'un rêve. Sonrêve, de surcroît. Qui pourrait donc l'empêcher de rester planter là, comme un nigaud, le temps d'une nuit de sommeil ? Qui pourrait l'obliger à entrer dans la maison s'il n'en éprouvait aucune envie ?
« Lysandre ! Ly', s'il te plaît ! Viens ! S'il te plaît ! »
Noëlie. Voilà qui pourrait l'obliger à entrer dans cette fichue baraque. Sa petite sœur. Appelant à l'aide. Lysandre avait toujours été un frère protecteur. Et même si un doute s'était définitivement insinué en lui, si son instinct lui disait de ne pas bouger, le jeune homme ne pourrait s'empêcher d'aller jeter un coup d'œil dans la maison. Pour s'assurer que sa petite sœur allait bien.
Même si tout cela n'était qu'un stupide rêve.
Alors ce fut ce qu'il fit : avançant à pas rapides, l'épée brandie devant lui, le fils d'Hermès couvrit rapidement les quelques centimètres qui le séparait de la porte de la cuisine. Retenant son souffle, la poitrine de plus en plus comprimée, il poussa légèrement la porte pour pouvoir se glisser dans l'encadrement.
Ce qu'il trouva sur le sol de la cuisine ne fit qu'augmenter son angoisse une boule se forma dans sa gorge.
Des tâches de sang de différentes tailles, voilà ce qui décorait à présent le carrelage d'un blanc d'ordinaire immaculé. Des tâches de sang qui continuaient leur route en direction du salon.
« Noëlie ? »,lança Lysandre d'une voix faible tandis que des gouttes de sueur froide descendaient le long de son dos
Mais il n'obtint aucune réponse.
Déglutissant difficilement, Lysandre s'essuya brièvement le front avec l'une de ses mains avant de continuer – d'un pas beaucoup plus lent – vers la pièce la plus chaleureuse de l'habitation.
Ce qu'il y découvrit lui fendit le cœur. A tel point qu'il en lâcha son épée et en tomba à genoux.
Au milieu de la pièce, là où devait précisément se trouver la table basse, se dressait à présent un immense miroir. Ou, tout du moins, ce qui en avait l'apparence. Car, au lieu de refléter ce qui se trouvait devant lui – c'est-à-dire un demi-dieu bien mal au point -, ce miroir montrait tout autre chose. Ou plutôt, une toute autre personne. Dans un bien plus mauvais état.
« No … Noëlie … », murmura faiblement Lysandre.
Les jambes tremblantes, le jeune homme dû s'y prendre à plusieurs reprises avant de réussir à se relever et à tituber, bon gré mal gré, jusqu'au miroir, devant lequel il s'agenouilla à nouveau. Dans un moment d'espoir un peu fou, le fils d'Hermès tenta de se saisir du corps de sa petite sœur. Mais celui-ci restait inaccessible. Inaccessible derrière cette glace étrange. Inaccessible et pourtant si proche.
Inaccessible et pourtant si proche, Noëlie Jones gisait au sol, plus pâle que d'ordinaire. Son visage, figé en une expression de douleur, exprimait également une terreur sans nom, notamment par le biais de ses yeux couleur noisette restés grands ouverts. Ses vêtements étaient en lambeaux et des hématomes et des griffures apparaissaient un peu partout sur son corps. Un mince filet de sang s'écoulait depuis sa gorge qu'on avait tranché. Sa poitrine ne bougeait plus. Toute vie semblait avoir quitté son corps.
« Non … Non … », gémit Lysandre, le cœur au bord des lèvres, en tentant une nouvelle fois de passer au travers de l'étrange miroir, en vain : ses mains ne rencontraient que la surface froide de la glace.
Des larmes s'étaient mises à couler le long de ses joues et le jeune home haletait désormais si fortement qu'il pouvait sans aucun doute déclencher une crise d'asthme à tout moment. Mais il s'en fichait, accaparé qu'il était par le drame qui semblait se dérouler sous ses yeux.
Noëlie. Sa petite sœur. Son innocente petite sœur. Morte. Tuée. Assassinée.
« C'est ce qu'il risque d'arriver si tu ne nous rejoins pas d'ici deux jours., annonça une voix qu'il ne connaissait que trop bien, pour l'avoir déjà entendue des dizaines de fois dans ses cauchemars. Elle est entre nos mains. Si tu veux qu'elle ait la vie sauve, tu sais ce qu'il te reste à faire… »
Et avant que Lysandre ait le temps de se retourner pour faire face à celui qui le harcelait depuis des semaines, avant qu'il ait le temps de lui mettre son poing dans la figure et de lui crier quelques insultes, histoire de lui faire comprendre à quel point il le mettait en colère, le sol sembla disparaître. Et le fils d'Hermès se mit à dégringoler dans le vide.
OoOoOoOoO
Mardi 27 Juin,
Colonie des Sang-Mêlés,
Long Island,
Aux alentours de 23h30.
« Mat' ! », s'exclama Lisa Archer d'un ton où se mêlaient inquiétude et léger soulagement.
La fille d'Aphrodite serra brièvement son meilleur ami dans ses bras, les traits marqués par l'angoisse et la fatigue : depuis le coup de téléphone qu'Ambre lui avait passé en début d'après-midi, Lisa n'avait cessé d'être au plus haut de son hyperactivité. Etre enfin arrivée à la colonie lui apportait un léger soulagement, même s'il faudrait encore beaucoup pour lui apporter du repos. Retrouver sa filleule saine et sauve, par exemple.
« On a fait aussi vite que l'on a pu … », reprit Lisa d'une voix blanche.
Elle se détacha de Matthew, laissant ainsi sa place à Jade Brunley, qui serra à son tour le fils d'Iris dans ses bras.
Non loin d'eux, Hugo Walters suivait, une valise dans chaque main. N'ayant aucune envie d'une accolade, il adressa à Matthew un simple signe de tête, le visage impassible. Matthew ne lui répondit pas.
« Où est Ambre ? », demanda-t-il alors qu'il posait les valises sur la terrasse de la Grande Maison et que Matthew remerciait les filles d'être venues.
Comme pour répondre à sa question, des éclats de voix se firent entendre depuis l'intérieur de la maison. Deux voix. Deux voix visiblement très énervées et qui semblaient vouloir prendre le dessus l'une sur l'autre. Deux voix, l'une féminine et l'autre masculine, que le groupe d'amis ne connaissait que trop bien : les voix d'Hermès et d'Ambre. Il semblait que les deux anciens amants étaient en train de se disputer.
« Depuis combien de temps il … », commença Jade
Mais la jeune femme n'eut pas le temps de terminer : un bruit de vaisselle brisée suivie d'un cri étouffé la firent s'interrompre et sursauter, à l'instar de ceux qui l'entouraient. Alors que tous se tournaient vers l'entrée, Hugo fit un pas en avant, l'air déterminé à aller voir ce qu'il se passait. Mais Matthew l'attrapa par le coude, l'empêchant ainsi d'aller plus loin.
« Tu sais très bien qu'il n'oserait jamais faire une chose pareille, s'exclama le fils d'Iris, le regard plongé dans celui d'Hugo, sachant pertinemment ce qui était en train de se passer dans la tête de ce dernier. Il l'aime trop pour ça. Et ça ne correspond absolument pas à sa personnalité, malgré ce que tu pourrais en penser. »
Il régnait, dans la voix de Matthew, une certaine exaspération : durant les nombreuses années où il avait fréquenté Hermès parce que celui-ci sortait avec Ambre, il n'avait jamais surpris le dieu des Voyageurs se montrer violent ou désagréable envers sa sœur. Et puis, il avait également appris à l'apprécier et à lui faire confiance. Ces deux éléments faisaient que Matthew pensait impossible le fait qu'Hermès lève la main sur Ambre. Le demi-dieu était d'ailleurs prêt à parier que c'était la première fois que ces deux-là s'engueulaient. Depuis le début de leur histoire, bien entendu.
Un silence – seulement rompu par les voix d'Hermès et d'Ambre – s'installa, durant lequel Hugo et Matthew s'affrontèrent du regard. Puis, le fils d'Arès dégagea d'un coup sec son bras de l'emprise du fils d'Iris et recula d'un pas, le regard noir.
A l'intérieur, les voix montèrent encore en volume et en agressivité, tant et si bien qu'aucun des quatre adultes présents à l'extérieur n'osa reprendre la parole ou bouger, de peur de faire du bruit et de se retrouver sous le jonc d'une énorme colère.
« Non, Ambre, non ! C'est hors de question ! Il est hors de question que Matthew et toi preniez un tel risque ! Je ne le permettrai pas ! Je ne supporterai pas de perdre deux êtres chers supplémentaires ! »
« De perdre deux êtres chers supplémentaires ? Ça veut dire quoi, ça, Hermès ? Que Noëlie est définitivement perdue pour toi ? Tout ça parce que papa Zeus a refusé que tu ailles la secourir ? »
Papa Zeus. Ce drôle de surnom rappelait tellement de souvenirs à Matthew que ce dernier en aurait ri si l'heure n'avait pas été aussi grave. D'ailleurs, il avait à peine esquissé un léger sourire que Lisa l'avait foudroyé du regard.
« Je n'ai jamais dit ça, Am … »
« Mais tu sais, Hermès, Noëlie est une battante. Ta fille est plus forte que tu ne sembles le croire ! Je n'ai jamais vu une petite fille avec une si grande force mentale ! Et ce n'est pas parce qu'un barbu grincheux qui fait joujou toute la journée avec un éclair – à cet instant, un violent coup de tonnerre retentit, faisant trembler les fenêtres – a décidé que ma fille n'était qu'un minuscule insecte qui ne méritait aucune attention que je vais la laisser mourir là-bas, Hermès. C'est ma fille. C'est … »
Matthew et ses camarades – toujours aussi immobiles – entendirent la voix d'Ambre se briser. Le fils d'Iris sentit son cœur se serrer et ressentit la subite envie d'aller réconforter sa jumelle … ou de pleurer avec elle. Mais, avant qu'il ne puisse faire un pas, Hermès prit de nouveau la parole, d'un ton qui semblait à la fois plus calme et plus douloureux :
« Crois-moi, Ambre. J'adorerai pouvoir pulvériser ceux qui ont enlevé Noëlie. J'adorerai les tuer de mes propres mains et ensuite demander à Hadès de leur donner la pire sanction qu'il n'ait jamais imaginé. Mais je ne peux malheureusement pas. »
Il y eut un instant de silence, comme si le Dieu luttait à son tour contre les larmes.
« Pas … pas seulement parce que Zeus s'y oppose., reprit Hermès, la voix encore plus faible et plus tremblante qu'auparavant. Mais aussi parce que ce serait interférer dans le domaine des Parques. Et aucun … aucun Di … - le Dieu des Voyageurs se racla la gorge – aucun Dieu n'a le droit de faire ça. Si on s'y autorisait, cela aurait de fâcheuses conséquences. Autant pour nous que pour la personne que nous aurions tant bien que mal essayé de sauver. »
« Mais les Dieux ont le droit d'envoyer des héros à leur place, non ? Vous le faites tout le temps, lorsque vous avez besoin de quelque chose. Je ne te demande pas d'y aller toi-même, Hermès, quand bien même je sais que tu n'hésiterais pas une seule seconde. Je te demande seulement de me laisser y aller … »
« Artémis a envoyé quelques-unes de ses chass … »
« Mais plus on est nombreux, plus on a de chance de réussir, non ? Et puis, c'est ma fille, Herm … »
« Je n'ai absolument pas envie qu'il t'arrive quelque chose, Ambre. , persista Hermès, ce qui fit lever les yeux au ciel à Hugo qui marmonna quelque chose d'assez inaudible, ressemblant fortement à « on tourne en rond ».,Je n'ai pas envie de risquer … »
« Je te comprends, Hermès. »
La voix d'Ambre était redevenue douce ; Matthew l'imagina esquisser un sourire à la fois triste et tendre en prononçant ces mots.
« Moi aussi, je déteste lorsque des personnes que j'aime prennent un peu trop de risques … je déteste lorsque j'ai l'impression que je vais les perdre toutes à la fois … Mais … tu sais très bien qu'on ne peut pas laisser Noëlie, là-bas. Ce serait cruel. Indigne de parents qui aiment leur fille. Je sais dans quel dilemme infernal tu te trouves : tu as envie qu'on retrouve notre fille et, en même temps, tu n'as pas envie de perdre toute la famille Jones … Mais l'un ne pourra être possible seulement si tu acceptes le risque de perdre quelques-uns d'entre nous … Ce qui n'arrivera peut-être pas. Mat' et moi avons de l'expérience en matière de monstres et de batailles … Et même si ça doit te fendre le cœur et te tracasser pendant un moment, je sais qu'au fond de toi, tu prendras la bonne décision, Hermès. Celle que tu ne regretteras pas encore des siècles après l'avoir prise. »
« Noah et Lysandre. Noah et Lysandre sont … »
« Je sais. Je m'en doutais. Une raison de plus pour nous laisser y aller, Matthew et moi. Si ça se trouve, on réussira à ramener toute la famille à bon port. Avec l'aide des chasseresses. »
Ambre avait insisté sur la dernière phrase, comme pour essayer de faire pencher définitivement la balance. Un énième silence suivit les paroles de la mère de famille, un silence tellement long que Matthew, Lisa et Jade finirent par s'échanger des regards interrogateurs, se demandant s'ils allaient enfin se risquer à entrer dans la pièce.
Ils n'en eurent cependant pas le temps : un soupir à fendre l'âme et quelques paroles en grec ancien suivies d'un « je t'aime tellement … sois prudente » plus tard, le Dieu des Messagers apparut sur le pas de la porte, les traits marqués par une profonde tristesse et l'air nullement surpris de les voir. Il les salua d'ailleurs un par un, adressant un signe de tête à chacun. Puis, il s'approcha de Matthew, qui, incrédule, recula instinctivement de quelques pas.
« Ne t'en fais pas, j'allais simplement te donner ma bénédiction., murmura le Dieu, un sourire légèrement moqueur aux lèvres. Je n'ai jamais compris pourquoi tu pensais que je t'en voulais autant … »
N'attendant pas spécialement de réponse de la part de son interlocuteur, et le regard soudainement vague, Hermès se saisit précipitamment de la main de Mathew et récita quelques vers en grec ancien. Les mêmes vers qu'il avait prononcé en embrassant Noah et Lysandre sur le front, quelques semaines plus tôt. Les même vers qu'il avait prononcé quelques secondes plus tôt, lorsqu'il avait serré une énième fois Ambre dans ses bras après qu'ils aient échangé un baiser, le premier depuis bien longtemps.
Puis, sans ajouter quoique ce soit ni même adresser un regard au fils d'Iris ou à ses compagnons, il disparut subitement dans un étrange nuage de brume.
OoOoOoOoO
Le même jour,
A peu près au même moment,
Quelque part dans Manhattan.
« Attends, Lysandre ! s'écria Noah, légèrement essoufflé. Il nous faut un plan ! On ne sait même pas où la chercher ! »
Mais Lysandre ne s'arrêta ni ne se retourna, continuant ainsi de marcher à pas rapides à travers les rues de la ville.
Immédiatement après s'être réveillé en sursaut, plein de sueur et le cœur battant la chamade, le jeune homme s'était précipité dans la chambre de son grand frère à grand renfort de cris, tentant tant bien que mal de retenir ses larmes.
Cependant, même s'il s'était hâté de lui raconter son rêve et de lui confier ainsi ses craintes au sujet de Noëlie, Lysandre avait néanmoins homi de lui raconter ses autres cauchemars ceux qui impliquaient l'horrible personnage qui l'avait presque convaincu de rejoindre le banc des serviteurs de Cronos. Il ne lui avait pas dit parce qu'il avait peur qu'il ne le prenne pour un traître. Il ne s'était pas confié à propos de cela parce qu'il avait peur que Noah ne lui accorde plus sa confiance et qu'il ne le regarde plus comme avant. Comme son frère.
« Je … J'ai le sentiment qu'il faut rejoindre le … le Manhattan Cruise Terminal. Il faut prendre un bateau et s'engager dans l'océan atlantique … », déclara difficilement Lysandre après plusieurs minutes alors que son frère ne cessait de l'appeler.
« Mais comment tu peux en être aussi sûr ? »
En quelques foulées, Noah rattrapa son frère et le saisit par le coude, l'empêchant ainsi d'aller plus loin. Son emprise fit grimacer Lysandre qui le fusilla brièvement du regard avant de tourner la tête, une boule dans la gorge.
Il ne pouvait décemment pas avouer à son frère sa situation. Il ne pouvait décemment pas lui avouer qu'il devrait certainement rejoindre le camp adverse pour sauver la vie de Noëlie. Il ne pouvait décemment pas lui avouer qu'une partie de lui souhaitait réellement le faire, en dehors du contexte dans lequel ils se trouvaient à présent. Il ne pouvait lui avouer qu'une partie de lui souhaitait de plus en plus la destruction de l'Olympe. Il ne pouvait pas lui avouer qu'une entité qu'il ne pouvait désigner précisément pour le moment lui soufflait le chemin depuis qu'ils avaient quitté l'Empire State Building et en profitait pour lui retourner un peu plus le cerveau.
Ce serait trop difficile.
Il en avait beaucoup trop honte.
Alors, après avoir poussé un léger soupir et regardé le ciel comme pour demander pardon, le jeune homme fit ce qu'il n'avait absolument pas l'habitude de faire : utiliser ses pouvoirs contre son frère, histoire que ce dernier ne se rende pas compte de l'énorme mensonge qu'il allait lui servir.
Hermès était le dieu de la ruse et, lorsqu'il était d'humeur, le dieu était doué pour tromper ses interlocuteurs.
Lysandre avait (malheureusement) hérité de cette habileté.
« J'en suis sûr, commença-t-il avec une voix beaucoup plus ferme qu'auparavant, parce que, durant mon cauchemar, j'ai relevé des indices qui indiquaient que Noëlie se trouvait dans la cale d'un bateau. Et puis, aux dernières nouvelles, les partisans de Cronos n'avaient pas élu domicile sur un navire ? Le Princesse Andromède, ou un truc comme ça ? »
D'habitude, Lysandre n'était pas un bon menteur. Mais il sut à l'expression de son frère – confuse puis apaisée – et la tension au creux de son estomac qu'il avait réussi à utiliser l'un des dons hérités de son paternel. Il se retint de lâcher un soupir de soulagement.
Très vite, Noah afficha un sourire et hocha la tête, donnant raison à son frère. Le félicitant pour sa mémoire d'éléphant, il lui donna une légère tape sur l'épaule et les deux fils d'Hermès repartirent. L'un plus déterminé, l'autre de plus en plus mal à l'aise.
OoOoOoOoO
