Salut à tous ! Je profite de ce premier one-shot pour inaugurer ma participation aux défis estivaux du Forum Francophone de My Hero Academia! Différents OS seront réunis dans ce recueil tout au long de l'été, produits suivants différentes contraintes! N'hésitez pas à passer sur le forum si vous avez envie de participer vous aussi!
La contrainte d'aujourd'hui fut d'écrire un one-shot à la deuxième personne! Attention, il est légèrement NSFW ! (je suppose que ce sera le seul)
Bonne lecture!
L'imperfection du mochi
Et donc, ça, dans le miroir, juste en face, cette forme dépourvue d'angles, c'est censé être toi, Ochako. Tu te dis que tu n'as pas de problèmes avec cet état de fait ? Oh, tant mieux… et en même temps tu te dis que… Eh, oh ! Reviens par ici ! Ah, tu peux bien te tapoter les joues pour te donner du courage. De toute manière, depuis quand ce fichu miroir t'inquiète-t-il au point de t'enfuir ?
Tu réfléchis, en prenant soin de bien détourner ton visage de cette fichue surface, elle aussi réfléchissante. Cela fait un certain temps qu'une petite voix dans ta tête te murmure quelques paroles fort déplaisantes, et ce toujours en prenant un malin plaisir à les associer à ce fameux camarade de classe dont tu tairas le nom dans ton crâne (jusqu'à nouvel ordre du moins). Le genre de parole que tu ne préfères pas te répéter, pour ton bien et celui de ce sourire que tu aimerais pouvoir continuer d'arborer éternellement. Et bien qu'elle t'agace cette petite voix, ce n'est pas comme si elle t'était inconnue.
Cette petite voix, c'est l'enclume que tu te trimballes depuis toujours. Ô toi dont la force réside dans ta capacité à délester le monde de sa lourdeur, il aura fallu que la nature t'affuble d'une apparence qui n'évoque jamais pleinement cette légèreté.
Tu t'autorises un simple coup d'œil, un petit regard furtif en direction de ton psyché, un mouvement oculaire de rien du tout, qui ne t'engage absolument à rien. Seulement, à peine as-tu eu le temps de plaquer tes paupières sur ton champ de vision, que déjà ce constat s'est gravé sur ta rétine : tu ne te serais pas ENCORE arrondie ?
Tu te laisses glisser au sol, devant la glace. Tu fixes le bout de tes orteils – là au moins, tu es sûre de ne pas avoir matière à te lancer dans quelques comparaisons douteuses avec tes contemporaines. Tu hausses un sourcil tandis que tes yeux remontent très lentement le long de tes pieds pour venir figer leur regard sur tes chevilles. Déjà ? Il va déjà falloir que tu te saisisses de ton balais mental pour chasser Yaoyorozu, Tsuyu, Ashido, Jiro et toutes celles dont ton esprit a su prendre note de la finesse des gambettes ? Tu te dis que c'est du rapide, que les affres de la comparaison malheureuse n'ont pas tardé à se manifester, et ce serait mentir que de t'affirmer le contraire.
Aussi choisis-tu de tenter à nouveau ta chance avec le miroir – au point où tu en es, tu te doutes bien que tu ne pourras pas y échapper. Ni toi, Ochako, ni ce miroir plein pied (au demeurant splendide dans sa simplicité) ne pourrez fuir cette pièce sans vous affronter, tu le sais bien. Soit. Tu étudies attentivement la masse ramassée au sol qui constitue ta personne, les jambes ramenées tant bien que mal contre ta poitrine, les cheveux tombant devant ton visage, comme pour essayer de limiter la casse. A ce sujet, tu ne te fais pas trop d'illusions : tu te connais tout de même un peu.
Eh bien oui, Ochako, il ne fallait pas abuser des mochis, en collation, en dessert, en glace, en substitut à ta nervosité, par citerne, par intraveineuse, à toute heure de la nuit, de la journée, bref de ta vie. Cette pensée te permet de laisser échapper cette petite frustration que tu gardais enfermée dans ta poitrine, sous la forme d'un petit rire aigre-doux. Est-ce que tu te fais la morale ainsi pour le plaisir de te faire toi-même lever les yeux au ciel ? Tu ne sais pas trop, ou tout du moins, tu préfères ne pas chercher en toi la réponse à cette question. Tu te relèves, en prenant soin de travailler tes mouvements pour rendre ceux de ton reflet les plus gracieux possibles. Allons bon, tu ne vas pas commencer à psychoter sur ton goût pour l'auto-flagellation. Une chose à la fois.
Tu t'attardes sur ton portrait de plein pied. Tu analyses la courbure de tes hanches, que le pull que tu as enfilé fait négligemment disparaître. Tu observes à la dérobée ton cou, que tu sembles aussi avoir voulu masquer inconsciemment derrière tout ce tissu. Tout en cherchant à te deviner sous tes vêtements, tu vois apparaître autour de toi l'image reminiscente d'une Tsuyu aux cuisses fermes, ou d'une Yaoyorozu et de ses courbes à se damner…
Bon, tu te détournes encore une fois du miroir, le visage empourpré. Et comme tu ne peux t'empêcher de te dire que même Hagakure, toute invisible qu'elle soit, ne remplit pas son uniforme comme toi, tu te tapes de nouveau le visage, dans l'espoir d'en faire sortir toutes ces pensées dont tu te serais presque autant passée que ce fichu reflet.
Tu prends une grande inspiration. Tu te dis que tu dramatises la situation. Tu te sens un peu bête, tu ne sais plus trop quoi regarder : tu as tellement peur de toutes ces occasions de te comparer. Tu as envie de vivre dans un monde autre, où tu n'aurais pas le sentiment d'être placée aussi bas sur l'échelle. Ce n'est pas que tu veuilles être plus, ou être moins. Tu aimerais que ce soit les autres qui soient différentes, que les valeurs étalon soient modifiées, que la face tout entière du monde soit changée. Car ta face à toi, justement, dans l'absolu, tu l'aimes plutôt bien.
Tu grimaces un sourire, au tracé incertain, mais dont tu cherches à te convaincre. Ta concentration se fige sur ces zygomatiques qui te semblent s'épanouir, tandis que le monde en dehors de cette chambre où tu te trouves disparaît doucement. Il y a un peu d'hypnose brute qui sommeille sur tes lèvres, et ce n'est ni la sérénité que tu ressens, ni la sensation douce du tissu glissant lentement le long de ton corps qui te diront le contraire.
A peine t'es-tu intégralement dévêtue que tu t'offres un coup d'œil supplémentaire dans le miroir, comme pour t'assurer de l'étendu des dégâts. Ceux-ci te seront pourtant inconnues. Tout ce que tu vois, en face de toi, ce sont ces formes rondes et pleines, ce ventre rebondi qui se sent fort aise de pouvoir enfin fuir le joug des collants. Il y a quelque chose dans la mollesse et la tendresse de ta chair qui te réjouit, quelque chose dans la potentielle sensation que ta peau semble promettre à tes yeux qui te convainc que, ici et maintenant, tu n'es tout simplement que la version la plus parfaite de ce que tu pouvais être. Et comme cette sensation est des plus délectables, tu choisis de t'élever délicatement dans les airs, comme pour t'assurer que même sous d'autres angles cette sensation agréable se saisira de toi.
Tu te sens apaisée, tu dédramatises. Le monde extérieur n'existe pas. L'univers n'est rien. Les autres ne sont rien. Seules comptent l'Ochako qui tourne sur elle-même et celle qui l'imite dans le miroir.
Tu es splendide. Et bon sang, que tu peux pourtant te trouver horrible parfois. A bien y réfléchir, rien dans ta constitution ne fait de toi une beauté, et cet état de fait te dévore régulièrement, le moral, le cœur, l'âme. Mais pour le moment, la notion même de beauté t'est redevenue étrangère, pour ton plus grand bonheur. Tu tournes simplement sur toi-même, en admirant ta peau semblable aux mochis censés être à l'origine de cet aspect.
Tu aurais sans doute pu vivre une éternité ainsi, à admirer paisiblement ces proportions improbables qui t'ont toujours été si évidentes loin des autres, à glisser du bout de tes doigts le long de ta chair opaline, à sentir ta peau frissonner du fait de la fraîcheur ambiante, si justement cette dernière n'avait pas été amplifiée par un courant d'air surprenant.
Dès lors, tout s'enchaîne très rapidement. Tu vois bien qu'un individu s'est introduit dans ta chambre, essoufflé par la fuite qu'il semblait mener, avant de te dévisager, abasourdi, non sans s'être laissé tombé préalablement derrière la porte, comme dans l'espoir de maintenir cette dernière close pour d'éventuels assaillants.
Tu pourrais hurler, et ce serait ton plus grand droit, à toi qui flottes dans les airs, vêtue en tout et pour tout de tes simples sous-vêtements, qui, même dans le meilleur des scénarios, auraient été bien incapables de masquer suffisamment ta chair.
Mais à la place, tu déglutis, et clignes des yeux, incertaine quant à l'origine de cette perturbation qui s'est invitée dans ta chambre. Es-tu encore sous le coup de la transe qui te poussait à t'observer, ou as-tu simplement compris qu'il ne fallait surtout pas crier ? Tu ne prends pas la peine de t'interroger davantage : tu te drapes au plus vite de ta serviette de bain, adresses un regard incertain à ton passager clandestin du moment, et lui offre une ascension façon ballon de baudruche vers le plafond. Tu pourrais songer au brasier qui s'est saisi de ta main quand la malheureuse lui a touché l'épaule, ou l'effet que ce visage empourpré au regard écarquillé a eu sur toi, mais tu es bien trop occupée à te préparer à une arrivée improbable pour parvenir à analyser les traits de ce faciès.
Tu n'as par contre aucune peine à identifier ceux de Kirishima et Bakugo qui entrent en trombe dans ta chambre, à ceci près que leurs faces cramoisis, et leur chemises mal reboutonnées ne te semblent pas appartenir à leur panoplie habituelle. Les deux grognent et gueulent, à bien y regarder, pas tant comme des loups en chasse que des chiens apeurés.
- «Bordel, Deku, sors de ta cachette !»
Mais cette fois-ci, tu le laisses échapper, ton cri de jeune femme terrifiée, et tu y mets tout ton coffre. Retour frappant à la réalité, pour toi, pour eux, et pour Izuku Midoriya qui flotte au plafond.
- «VOUS N'AVEZ RIEN A FAIRE ICI !ALLEZ-VOUS-EN !»
C'est tout toi, savoir manifester ton inconfort avec fermeté, sans pour autant recourir à un vocabulaire impropre aux bonnes mœurs (qui se sont pris un méchant coup de tatane ce soir, on ne va pas se mentir). Les deux compères ne demandent d'ailleurs pas leur reste, tandis que tu te précipites pour verrouiller la porte derrière eux. Toi qui te méfiais tant du miroir, tu aurais sans doute mieux fait de surveiller tes arrières. La perspective te fait lever les yeux au ciel.
Ce petit mouvement oculaire te rappelle la présence du jeune homme tétanisé qui flotte au-dessus de toi. La surprise qui te saisit à sa vue te fait perdre le contrôle de ton pouvoir, offrant de ce fait une chute tragi-comique à un Izuku dont le faible gémissement de douleur flotte quelque part au niveau du plancher. Par réflexe, tu ressers la serviette dont tu t'es enveloppée.
Tu devrais sans doute dire quelque chose pour détendre l'atmosphère, tu le sais. Parallèlement, il est évident que Deku devrait ouvrir la bouche, s'expliquer quant à sa présence ici, envisager un début d'excuse, de remerciement, voire un mélange des deux. Seulement, pas plus lui que toi n'ouvrez la bouche. Tu l'ignores, mais vous êtes l'un comme l'autre dans ce même état de gelée sur patte, vidés de votre énergie mutuelle, tout juste aptes à vous détailler avec un regard de merlan frit.
Tu constates que Deku a le même effet sur toi que l'avait le miroir précédemment. Ton regard s'attarde sur les tâches de rousseurs de son visage, mises en valeur par le sang qui lui est monté aux joues, sur ses mèches folles où perle la sueur de l'effort et sur ces mains qu'il ne peut s'empêcher d'agiter nerveusement. Bref, tes yeux évitent méthodiquement les siens, ainsi que le reste de son corps, par sagesse, te sachant incapable d'affronter la vision de ces belles pupilles ou de ses épaules musclées (deux exemples choisis totalement au hasard, cela va de soi). Tu t'étais pourtant interdit d'en penser plus, mais lorsque sa bouche s'entre-ouvre dans une première tentative de balbutiement, tu déglutis et frissonne.
Lorsque enfin le silence est brisé par un flot d'excuses bégayées, tu sursauterais presque tant cette vision était jusque là parvenue à happer un morceau de ta cervelle. A ce stade, tu avais déjà oublié que cette présence était censée être une nuisance pour toi : tu rosis en revenant à la réalité, et tu vois bien que dans le silence de Deku réside l'attente d'une validation de ses excuses. Tu souris, un peu gênée, et t'interroges à voix haute au sujet des motivations de Kirishima et de Bakugo à poursuivre le jeune homme qui se trouve face à toi, assis au sol. Il te semble d'ailleurs que ce cher jeune homme vient d'être remplacé par un bouquet de coquelicots tant le rouge est devenu la dominante de son faciès.
- «J'ai vu quelque chose que je n'étais pas censé voir. Vraiment pas.»
Silence éloquent en guise de ponctuation. Tu perçois bien que les pupilles de Deku ne s'autorisent tout au plus qu'à effleurer une frontière invisible, située environ à un demi-mètre de ta personne. Tu te mords la lèvre inférieure, troublée par son embarras visible.
- «Je suis foutu, ils vont me massacrer.»
Tu pinces les lèvres sans t'en rendre compte, en songeant à ce qui peut bien pousser de jeunes adultes à se frapper à mort pour maintenir un secret dans la tombe, plutôt que de chercher à trouver un accord. Tu vois bien pourtant que le trouble est le fard de Deku, désormais. Bien que tu ignores ce à quoi il a bien pu assister, tu comprends que, de son point de vue, la situation n'offre aucune échappatoire, ce qui te surprend particulièrement. Qu'est-ce qui peut bien désarmer à ce point un esprit brillant comme le sien ?
- «Ca va bien finir par s'arranger. Ce n'est pas comme si c'était la seule fois de ta vie où tu assistes à quelque chose que tu n'étais pas censé voir.»
Ironie ironique. Tu te dis que l'humour devrait dérider un peu ou le sourire de Deku, ou sa cervelle, et tu t'autorises même en clin d'œil en te penchant dans sa direction. L'effet obtenu n'est peut-être pas celui escompté, mais il aura eu au moins la qualité de le faire réagir, lui qui désormais se masque les yeux derrière ses doigts, en balbutiant une nouvelle litanie d'excuses.
Tu préfères y couper court, pour le bien de tes oreilles et celui des poumons de Deku qui frôle déjà l'hyperventilation.
- «Mais donc pour le moment… tu ne peux pas sortir d'ici.»
Le voilà qui s'arrête aussitôt de parler, tandis que tu lui adresses un grand sourire rassurant qui, forcément, lui échappe, puisque ses mains cachent toujours ses yeux. Pour toute réponse, il parvient difficilement à articuler un petit «ça va être compliqué». Touchée par sa misère, tu t'accroupis face à lui et te saisis de ses mains pour délicatement les éloigner de son visage.
- «Tu peux encore rester ici un moment, s'il le faut, ne t'inquiète pas.»
Tu ne souhaites pas le voir aussi embarrassé, ni inquiet : tout ce qui compte pour toi, c'est de trouver un moyen de l'aider et de l'apaiser.
Par conséquent, il est possible que le fait que tu n'étais vêtue que d'une serviette fasse partie des détails relativement important que tu aurais pu conserver à l'esprit. Te souvenir que c'est en conservant ses propres mains sur l'étoffe qu'on en assure la tenue optimale aurait également pu être une idée judicieuse. A la place, tu sens bien que ta serviette de bain s'est fait la malle, et que Izuku recommence à se tordre dans tous les sens, paniqué. D'autres interprétations existent sans doute, mais les premières qui te viennent sont qu'il agit ainsi dans l'espoir de fuir ta présence, ta nudité, sa propre gêne, ou ce plan de l'existence, c'est selon.
Le bon sens aurait voulu que tu réagisses avec une agitation au carré de la puissance de celle de Deku, au minimum. Seulement, ce serait sans compter sur la petite enclume mentale qui en rajoute aussitôt une couche en te susurrant à l'esprit certaines choses. Parmi lesquels, qu'il est évident que Izuku Midoriya ne prend aucun plaisir à voir ta personne dans sa plus grande vérité, et que sous cette couche de panique flagrante, c'est avant tout le dégoût qui le pousse à fuir cette vision d'horreur. Comment lui en tenir rigueur, toi qui est si hors norme, si imposante, si repoussante?
Alors, à défaut de te baisser pour ramasser ta serviette, tu te contentes de baisser la tête. Tu cherches dans quelle partie de ton crâne tu as bien pu laisser le mode d'emploi de tes zygomatiques. Tu ne te rends même pas compte que Deku a cessé de s'agiter dans tous les sens, inquiété par ta soudaine posture et ton silence. Il tente désespérément de formuler une nouvelle excuse, sous la forme d'un bafouillement de «Je ne suis pas rentré pour… Enfin… si j'avais su que tu étais… que tu faisais… jamais je ne...» que bien sûr tu n'entends pas. Tu en es bien incapable, toi dont l'esprit est surchargé de petites remarques mesquines, et dont la soliste répète à qui mieux mieux «Tu ne vas pas pleurer, quand même ?». Il faut bien avouer que là, tout de suite, tu déchargerais bien ton trop-plein de stress sous la forme d'une toute petite, minuscule session «purge de glandes lacrymales», pour des raisons purement médicales, cela va sans dire.
Ta myriade de pensées finit par éclater comme une bulle de savon, disparaissant dans la brèche créée par la sensation d'une main rappeuse posée sur ton bras. Tu relèves la tête : tu n'avais pas remarqué que Izuku s'était levé, ni qu'il s'était rapproché de toi. Si son teint demeure toujours relativement rosi, il n'empêche que ses traits sont parés d'un air sérieux dont la quintessence réside dans ses yeux scrutant ton visage.
- «Tout va bien, Uraraka ?»
Eh, c'est le moment de réagir, Ochako ! Tu perds ta langue en même temps que tu sens la grande main de Deku trembler. L'organisation de ta réalité, en cet instant T, ressemble davantage à la mise en scène d'un rêve qu'à autre chose. Tu en oublierais le cosplay d'Eve dans lequel tu te présentes devant l'objet de ton affection la plus profonde. Par contre, voilà que tu te concentres sur des détails, comme le tremblement de cette main troublée et la sensation qu'elle produit. Il te semble bien que ta peau s'embrase sous chaque centimètre carré de zone de contact, et tout détail que ce soit, tu le classes plutôt dans la catégorie des gros détails.
Par la suite, tu te diras que c'est à cause du fait que Deku s'apprêtait à se noyer à nouveau dans un flot d'excuses, et aussi parce que tu as réagi sous le coup de la panique. Mais pour le moment, tu reste concentrée sur ce corps tendu que tu as attiré contre toi avec une facilité désarmante. Ta tête trouve sa place le plus naturellement du monde contre la gorge de Deku, tandis que tu places ses mains sur tes hanches. Si leur dureté offre un contraste terrible avec la douceur de ta peau, tu dois bien admettre qu'elles épousent à la perfection leur courbure, à croire que l'un et l'autre étaient fait pour, tôt ou tard, s'unir ainsi.
Tu ne peux retenir un soupir d'aise lorsque ses doigts criblées de cicatrices se referment légèrement sur tes courbes, en s'agrippant délicatement à ta chair. Es-tu en train de rêver, as-tu juste perdu l'esprit ou as-tu fini par changer de dimension ? La satisfaction de cet instant t'empêche d'approfondir la question.
Les sensations t'assaillent de toute part, et celle des mains chaudes d'Izuku sur ta peau froide n'est qu'un amuse-bouche. Tes oreilles bourdonnent sous l'effet de la dissonance entre le bruit de sa respiration lente et celui de son rythme cardiaque effréné. De la peau de son cou s'échappe un parfum que tu connais bien, mais dont l'intensité t'emplit d'ivresse. La chaleur que ce corps a communiqué au sweat-shirt sur lequel repose ton visage, la vibration que produit chacune de ses expirations, tout te berce et t'enveloppe. Tu souris contre ce torse, bien décidée à ne surtout pas envisager un après propre à gâcher ce moment.
Mais le temps finit par se remettre en marche. Tu te détaches alors doucement de ce corps. Les doigts de Deku reste encore finement reliés à tes hanches, avant d'officialiser la distance qui a pris place entre vous. Tu te sens incapable d'affronter son visage, que tu soupçonnes de renfermer la preuve irréfutable que tu n'aurais peut-être pas dû. Tu te contentes de fixer un point imaginaire sur cette poitrine musclée, en t'entendant dire «Tu peux rester ici ce soir, si tu veux.»
C'était peut-être pousser le bouchon un peu loin, par contre. Tu prends très vite conscience de la multitude de sens interprétables et, fidèle à toi-même, tu te mets à bafouiller des rectifications, en cherchant à laisser entendre que ta proposition tenait avant tout de la protection contre Bakugo et Kirishima. Plus tu tentes, plus tu trouves que tes explications perdent de leur crédibilité et tu en viens à ne même plus parvenir à te convaincre toi-même du bien-fondé de ta proposition.
En guise de réponse, quelques «je...» et autres «hum» s'échappent de la bouche de Izuku, avant de se conclure par un soupir. Une sueur froide te saisit, annonciatrice de la descente aux enfers, penses-tu. Mais de celle-ci, tu ne feras l'expérience que de la chaleur, tandis que tu sens un sweat-shirt chaud se poser sur tes épaules. Le parfum de Deku t'embaume et te donne des ailes : tu lèves le visage en direction du sien, qui fixe avec concentration une zone quelque part en hauteur sur le mur de ta chambre. Un petit sourire tordu se dessine sur ses lèvres tandis qu'il articule lentement :
- «Merci, Uraraka. Je ne sais pas comment je ferais sans toi.»
Il te faut quelque chose pour te distraire de l'essorage que ton ventre est en train de subir.
- «Demain, ça leur passera. En attendant, il va falloir être patient.»
Tu sens bien qu'au mot «patient», ta voix s'est parée de quelques notes graves que tu ne lui connaissais pas.
Tu te demandes si en te cédant son sweat-shirt, Deku n'espérait pas que tu l'enfiles. Il n'en a en certes nullement fait la demande orale, mais toutefois, tu te doutes que le rôle de statue qu'il a décidé d'endosser ne doit pas y être étranger. Tu pouffes intérieurement en le détaillant dans toute sa gloire et son embarras, vêtu d'un simple débardeur sombre, le menton levé, l'air concentré et le rouge aux joues. Tu lui tapotes l'épaule amicalement, dans l'espoir de le détendre un peu, avant de t'éloigner en quête d'un autre vêtement davantage prévu pour accueillir tes rondeurs.
Mais alors que tu t'apprêtes à te pencher pour récupérer ceux que tu as abandonné devant le psyché, tu te rétractes. Tu te rends bien compte que tu peines tout autant à bien définir tes mensurations que celles de Deku, que la sensation de ce tissu chaud sur tes épaules ne te suffit plus, et le sens du défi te pousse à enfiler ce pauvre sweat-shirt qui ne s'attendait pas à voir son élasticité remise en question dans les moindres détails. Le vêtement parvient tant bien que mal à remplir son office. Sur un ton amusé, tu réveilles Deku d'un petit «Satisfait ?».
Au vu de son expression, pas tant que ça. Mais avant même que ton enclume personnelle ne se mette à te formuler de quoi te morfondre, tu parviens à l'assommer en fixant ton regard sur le sourire timide qu'arbore Izuku. Tu décides que ce soir, il n'existe rien en dehors de cette chambre que tu partageras avec lui, et cette idée te tranquillise.
- «C'est surtout que… tu avais l'air de hum… d'avoir un peu froid.»
Ce disant, le jeune homme réfugie son regard dans l'observation de ses propres mains, les mêmes qui réchauffaient auparavant la froideur de ta peau. Le long de ses phalanges serpentent une multitude de cicatrices et tu sais bien que là où il n'y a pas eu d'entailles, c'est un cuir tanné qui recouvre ses paumes. Ces mains à elles seules constituent la carte de visite de Deku, la promesse d'une force terrible et potentiellement destructrice. Elles sont l'antithèse de cet air si gentil qu'offre son visage au tout venant. Il te vient pourtant l'idée qu'aussi robustes et rugueuses soient-elles, ces mains pourraient également être pourvoyeuses de quelques tendresses, et la perspective de les sentir à nouveau sur ta peau agite quelque chose dans tes tripes qui ne te déplaît en aucun cas.
Malheureusement pour ton imagination fertile, ces sources de désir disparaissent de ta vue, rejoignant pour l'une la poche de Deku et pour l'autre sa nuque.
- «Et donc… fais comme si je n'étais pas là. Je ne voudrais pas t'empêcher de faire ce que tu avais prévu ce soir.»
Tu préfères ne pas même pas essayer de deviner tout ce qu'implique comme projet de soirée, dans l'esprit de Deku, une jeune femme vaquant en sous-vêtements dans sa chambre.
- «Eh bien… je pensais bouquiner un peu en attendant l'heure du souper», te contentes-tu de lui répondre le plus nonchalamment possible, en te dirigeant vers ton lit. «Tu veux que je te passe un livre ?»
Et lui d'acquiescer, avant de se précipiter en direction de ton étagère. Tu profites de cette petite diversion pour récupérer tes vêtements au sol, avant de les balancer en vitesse dans ta corbeille de linge, de peur qu'Izuku ne les remarque. Les réenfiler plutôt que de les cacher ? Ça aurait effectivement pu être une idée. Mais de toute évidence, toutes ces émotions ont quelque peu déplacé la flèche de ta pudeur, qui pointe désormais plus sur des détails idiots que sur tes cuisses à l'air. Tu t'assieds tout de même sur ton lit en prenant grand soin de les serrer, de telle sorte d'en laisser paraître le moins possible.
Problème que tu n'avais pas prévu, l'opération détourne ton attention d'Izuku, qui juge plus à propos de s'asseoir sur ta chaise de bureau, plutôt que sur ton lit. Il ne s'agirait en soi pas d'un problème, si la dite chaise n'était pas un outil d'entraînement au perfectionnement de ton alter – ou, pour le dire plus simplement, «cassée». Avec fracas, ton colocataire d'une nuit retourne dans ce qui semble être son élément, à savoir le sol de ta chambre.
Tu te confonds en excuses, puis invites un Deku un peu meurtri à s'installer sur ton matelas, ce qu'il fait certes, mais en prenant bien soin de se placer le plus loin de toi. Tu supposes que si cela avait pu se faire discrètement, Izuku aurait préféré faire la chaise à côté de ton lit, plutôt que de se risquer à partager un bout de couvre-lit avec toi. Quelque peu attristée, tu sers les dents en tournant cette page dont tu ne te souviens déjà plus du contenu.
Les minutes passent en tentant de se faire passer pour des éternités. Tu n'as pas la moindre idée de ce que tu es en train de lire, à un point où cela ne te surprendrait même pas si l'on t'annonçait que tu tenais ton livre à l'envers. Pour ta défense, la tension dans cette pièce se prête assez peu aux clubs de littérature. A plusieurs reprises, il te semble percevoir cette impression pesante d'un regard fixé sur toi, mais à chaque fois que tu tournes tes pupilles en direction d'Izuku, celui-ci disparaît derrière la couverture de son livre, en affichant une mine bien trop concentrée, surtout pour la lecture d'un ouvrage tel que «La Confiserie pour les Nuls».
Tu n'y tiens plus. La grimace que ton voisin de lit arbore à chaque regard que tu lui portes t'ébranle toujours un peu plus. Il est évident qu'à l'image d'une araignée, tu as coincé Izuku dans ta toile, en te présentant comme une bonne samaritaine pour, en réalité, abuser de sa présence (et du plaisir d'observer ses deltoïdes). Son comportement est la seule arme qui lui reste pour te signifier que ta présence est actuellement une chose qu'il subit, cela se passe d'hypothèses complémentaires. Tu en viens à traduire cette fuite derrière son livre par un «Que tu es si repoussante Ochako, heureusement que ce livre est suffisamment épais pour me protéger de ta laideur».
Tu baisses les yeux sur tes cuisses dodues, délaissant totalement ton propre ouvrage qui choit au sol, en émettant un bruit mat faisant sursauter Deku. Que tu te sens bête de ne pas avoir pris le partie de te rhabiller. Deku tente de combler ce silence gênant avec une petite parole sur un ton faussement badin : tu ne lui facilites pas la tâche en te contentant d'émettre une syllabe indistincte, sans te défaire de la vue du haut de tes jambes. Tu as envie de flotter tout de suite, loin, très loin, vers d'autres horizons sans pantalon.
Le poids du regard posé sur ta personne est sans doute la dernière chose qui te retienne de poursuivre dans la voie des réactions absurdes. A la place, tu restes pétrifiée, incapable de savoir comment te sauver de ta réaction un brin puéril – de quel droit peux-tu imposer à Izuku d'apprécier un spectacle pareil ?
Un petit raclement de gorge te ramène à la réalité. Tu portes ton attention sur lui, qui est pour sa part occupé désormais à fixer tes cuisses avec un air soucieux.
- «Tu hum… tu as un problème aux jambes ?»
Réponds oui, Ochako. Par pitié, profite de cette perche improbable que Deku te tend dans toute sa gentillesse, sa bienveillance, sa naïveté et le semi-remorque d'autres aspects merveilleux que tu savoures chez lui. Tu nages en plein délire, tu as la cohérence d'un épisode des Teletubbies, mais là, tout de suite, maintenant, c'est ta chance de renverser la vapeur, de retourner en terre raisonnable. Voilà, tu y es presque, il te suffit de justifier ton absence de pantalon et ton comportement improbable par...
- «Je vois bien que ça te dégoûte.»
Tu le fais exprès, n'est-ce pas ?
- «Tes jambes… me dégoûtent ?»
Le livre d'Izuku s'en va rejoindre le tien. Le pauvre n'a même plus de place pour rougir de gêne tant l'incompréhension occupe l'intégralité de son visage. L'air songeur, Izuku s'approche de toi, n'en croyant sans doute pas ses oreilles. La bonne nouvelle, c'est que de toute évidence,tu es tout autant une énigme pour lui que pour toi-même.
- «Non, pas juste mes jambes… Tout le reste.»
- «Mais de quoi tu parles ?»
- «De ça !», t'exclames-tu en te pinçant un bourrelet au niveau des côtes, à travers le sweat-shirt. La mine pensive de Deku évolue vers une grimace, un sourcil écarquillé, la bouche entre-ouverte. Tu te prends le visage entre les mains, honteuse. «Tu vois bien !»
- «Mais je ne vois bien rien du tout ! Et je n'ai jamais dit que tu me dégoûtais. Pourquoi t'es-tu mise cette idée en tête ?»
Tu écartes les doigts pour épier Deku, qui baigne dans l'incompréhension la plus totale. Lorsqu'il remarque ton regard dardé sur lui, tu le vois repporter aussitôt son attention vers ton visage.
- «Ça fait un moment que ça dure. Ta seule réaction quand tu me regardes, c'est d'avoir l'air de vouloir partir au plus vite. De t'enfuir.»
Toute expression semble avoir quitté le visage pâle de Deku.
- «Eh bien… quand je suis arrivé, c'était surtout Kacchan et Kirishima que je fuyais...»
- «Tu vois très bien de quoi je veux parler.»
- «Hum… mais justement, non ? Je suis d'accord que j'étais très surpris quand je suis rentré dans ta chambre et que tu étais… que tu faisais… mais j'étais paniqué ! Et puis, j'avoue que j'ai peur de dire ou de faire quelque chose de déplacer, mais…»
Tu entends s'échapper un petit sifflement de la tête bouillonnante de Deku, un sifflement sonnant à peu de choses près comme «C'estjustequec'estlapremièrefoisquejesuisdanslachambred'unefille».
Mais peu satisfaite par ce dernier son, et n'y tenant plus, tu répliques :
- «Tu n'avais pas l'air de particulièrement apprécier.»
- «L'air d'apprécier ?»
Le visage de Deku disparaît instantanément derrière tes phalanges serrées, alors qu'une étincelle de compréhension vient d'illuminer ce beau regard vert. C'est décidé cette fois-ci : il est hors de question que tu ressortes de ta cachette. Il est grand temps d'envisager une vie dans l'anonymat, derrière ces petites mains.
- «Hm dis-moi, Uraraka…», glisse Deku d'une voix où transparaissent quelques notes taquines et une pointe d'inquiétude. «Un garçon qui pénètre dans la chambre d'une fille, habillée ou non d'ailleurs, et ce sans son autorisation… ce garçon ne passerait pas déjà suffisamment pour un sale pervers, sans avoir besoin d'en rajouter une couche ?»
Le bruit du tissu frotté t'indique qu'Izuku s'est déplacé. Tu plaques encore plus tes petits poings contre tes yeux, alors que tu sens deux grandes paluches se saisir de tes poignets. Ton cœur atteint l'apogée d'un solo de batterie particulièrement chaotique.
- «Et puis, si, effectivement, j'apprécie…», ajoute-t-il en appuyant sur ce dernier mot. «Je suis censé faire quoi pour que tu le comprennes sans passer volontairement pour le pire gars que tu aies croisé ? Saigner du nez comme dans les mangas ? Me transformer en loup de Tex Avery, peut-être ?»
Il trouverait tout à fait sa place dans un morceau de métal, le rythme qui anime ton pauvre cœur. Tu laisses cette poigne éloigner doucement tes mains de ton visage. Tu sens sur ta peau un souffle chaud, annonciateur d'une proximité effrayante et pourtant que tu désires tant. Enivrée, tu t'entends répondre, d'une petite voix éteinte :
- «J'aurai juste aimé pouvoir te plaire.»
Tu as à peine le temps de reprendre ton souffle que te voilà plaquée contre le torse d'Izuku, dans un geste frisant la brutalité. Le batteur fou qui te fait office de rythme cardiaque, après s'être levé pour attaquer la plus haute cymbale de ton cœur, vient de toute évidence de s'effondrer sur sa collection de caisses claires, grosses caisses et autres tambours, dans une cacophonie particulièrement effarante quand on la compare avec le silence qui suit.
Les paupières incapables de ne s'autoriser ne serait-ce qu'un battement de cils, tu observes attentivement le tissage du débardeur de Deku, les petits mouvements qui animent le tissu au rythme de sa respiration. Tu sens ses mains se cramponner à ton dos, glissant en direction de ta croupe, tandis que son visage s'enfonce dans ta chevelure. La position n'est pas des plus confortables, mais tu n'oses pas esquisser le moindre mouvement. Tu sens bien à la tension qui habite le jeune homme qui t'enlace, qu'au premier geste un peu trop brusque, celui-là risquerait sans doute d'exploser.
- «Moi je te trouve magnifique, Uraraka.»
Au milieu des tambours éventrés, le batteur fou reprend du service. Tu te creuses contre ce débardeur un petit espace où dissimuler ton visage qui vient de s'embraser. Tu ne sais plus que dire, tu ne sais plus que faire. Plusieurs Ochako courent dans tous les sens dans ta tête : certaines hurlent de joie, certaines méditent sur des plans d'évasion ou la possibilité non nulle de faire l'expérience d'une disparition spontanée, d'autres tentent désespérément de trouver une réponse à formuler et enfin d'autres se contentent de courir anarchiquement en tout sens, sans savoir que faire. La plupart court anarchiquement en fait.
- «Et tu n'es pas obligée de te balader en culotte pour que je te trouve magnifique», ajoute Deku, non sans bégayer sur un certain mot.
Ses mains remontent le long de ton dos, et viennent s'installer au creux de ta taille, avant de t'aider à te redresser tant bien que mal. Malheureusement, au vu de ta position, seul un miracle aurait pu t'assurer de te relever, et de toute évidence, tu as eu ta dose en la matière pour la soirée. A la place, tu tombes en avant sur Deku et vous vous affalez sur le lit. Tu te cramponnes doucement au tissu du débardeur, qui est désormais ton phare dans l'océan d'impressions et d'émotions où tu flottes sans parvenir à nager. Tes lèvres affichent une expression béate tandis que tu savoures le contact avec les pectoraux d'Izuku.
Tu finis par quitter à contrecœur le refuge de son torse pour te hisser au niveau de son visage. Parmi les tâches de rousseurs et les joues rosis trône un sourire terriblement craquant.
- «Oh je vois. Tu préférerais que j'aille enfiler quelque chose.»
Comme tu vois bien qu'Izuku Midoriya, fidèle à lui-même, glisse déjà sur la pente de la panique, tu te dépêches d'ajouter «Je plaisante, Deku».
Tu sens sur ton visage s'épanouir un sourire que tu ne contrôles pas et qui se reflète sans doute sur celui du jeune homme qui te fait face.
Pourtant, tu te demandes ce qui se passera, après. Quels changements viennent d'opérer, dont tu ne mesureras les conséquences que plus tard, demain sans doute. A quel point ta relation avec Izuku est-elle en train d'être chamboulée ? Tu te sentirais sans doute un peu effrayée si tu ne sentais pas cette main rugueuse caresser délicatement ton épaule et le pli de ton cou. Mais tu te demandes malgré tout, jusqu'où les limites ont-elles été déplacées ?
- «J'imagine que le moment est bien choisi pour te dire que je te trouve aussi magnifique ?»
Et ceci étant dit, tu t'autorises à laisser glisser ta main le long de son biceps. Mais tu n'as même pas le temps de savourer la sensation de cette peau contre la tienne, que le jeune homme s'exclame :
- «Ah non, Uraraka, il ne faut pas !»
Izuku se décale aussitôt loin de toi, et entreprend de se relever. Tu commences à peine à sentir ton corps se glacer d'horreur des suites de cette mise à distance tant physique qu'orale, que son débardeur te tombe dessus.
- «Là, ça me paraît quand même plus juste si on est à armes égales.»
Tu es plus que surprise par cette attitude plutôt confiante de la part de Deku, et en même temps tu vois bien que son visage rayonne de joie. Ce petit sourire réjoui fait fondre ton cœur, littéralement. Non sans malice, tu lui renvoies au visage son vêtement.
- «Idiot.»
Deku s'assied au bord du lit, et porte sur toi un regard d'une tendresse désarmante. Paralysée d'émotion, tu ne songes même pas à te relever, et te contente de le dévorer du regard. Tu frissonnes de le voir penché ainsi au-dessus de toi. Il lève une main hésitante dans ta direction, et à son expression, il est évident que Deku ne sait ce qu'il peut se permettre de faire ou non. Tu lui accordes ta bénédiction en posant cette main sur ton sternum. Tu l'entends retenir sa respiration (ou tenter de la reprendre, tu ne saurais vraiment juger), en laissant glisser ses doigts sur le tissu, le long de ta baleine de soutien-gorge. A chaque instant d'écart, ta peau s'électrise sous le sweat-shirt. Tout ton corps est empli d'une agréable appréhension qui pourtant t'inquiète du fait de sa nouveauté. Tu attires le bras d'Izuku contre toi, et le reste de sa personne avec, tant qu'à faire. La voix profonde d'une Ochako que tu n'avais pas entendu jusqu'alors murmure doucement :
- «Il vaudrait sans doute mieux sauter le repas de ce soir...»
- «Ce n'est pas comme si j'espérais pouvoir quitter cette chambre avant demain, de toute manière.»
Les lèvres qui se posent sur les tiennes t'empêchent d'enchaîner avec la moindre réplique. C'est surprenant comme à chaque fois, tu es persuadée que tes nerfs ne pourraient pas s'affoler davantage, et comme Deku semble décidé à te prouver le contraire.
Tu l'attires contre toi, mue par un réflexe qui tient quasiment de la survie. Le pauvre jeune homme n'a pas le temps d'ouvrir la bouche que tu lui rends la pareille en te jetant à ton tour sur ses lèvres. Chacune de vos mains caressent tendrement le corps de l'autre, et il est grand temps pour toi de te séparer de ce sweat-shirt que Deku doit regretter de t'avoir donné, surtout quand on voit les efforts qu'il met en place pour glisser ses mains en dessous.
Tu attires la tête d'Izuku contre cette poitrine que tu n'as pas encore affranchie de toutes ses entraves. Ses mains se cramponnent à tes rondeurs libérées, comme s'il ne craignait que quelqu'un ne vienne l'arracher à toi. Tu ne peux retenir un gémissement de délice, qui te surprend autant que ton compagnon. Quelques paroles rassurantes glissent le long de ta langue, du moins jusqu'à ce que cette dernière ne parte à la découverte de la peau de ce cou qui ne cesse de t'attirer.
Puisque les mains d'Izuku se font plus entreprenantes, tu en déduis que tu as su le convaincre.
Et alors que tu ne cesses de goûter le sel de sa peau, ton regard croise le sien. Qu'es-tu exactement à l'intérieur de cette pupille dilatée qui te dévore ? En une soirée, il est certain que tu n'as guère changé, et pourtant l'image que te renvoie ces yeux te paraît aux antipodes d'il y a une heure. La pupille non plus n'est guère différente, tout au plus s'est-elle noircie de désir. Toi qui te sens toujours aussi imposante, que tu te parais petite sous ces mains vigoureux. Et pourtant, quand tes yeux se posent sur la douceur du sourire d'Izuku, que cet homme t'a l'air à la fois frêle et puissant.
Mais dès lors, si ni lui, ni toi ne vous êtes métamorphosés, comment diable se fait-il que l'enclume ne parvienne plus à se manifester ou à couvrir cette voix, qui rugit intérieurement «J'aime ça et j'en ai tout à fait le droit.» ? Tu n'es pas sûre d'être réellement capable de juger de tout cela.
Des ailes te poussent, à toi qui te croyais capable de t'en passer. Tu expérimentes, tu es joueuse, curieuse et très sincèrement amoureuse. Pourtant, tu prends conscience qu'il est capital que tu ne t'élances pas à tire-d'aile, mais que tu adaptes ton rythme à Izuku, au moment où tu entreprends de défaire sa ceinture. Si la teinte sombre de son regard te hurle un désir sans borne, son expression t'indique qu'il va falloir ralentir.
- «On ne peut pas… Je n'ai pas de… Enfin tu vois… Et puis même… tu ne crois pas qu'on devrait plutôt...»
Il existe des sutures entre ces morceaux d'excuses paniquées, à n'en pas douter, mais elles sont noyées dans la peur d'Izuku. Une peur que tu parviens enfin à comprendre comme bienveillante maintenant que la tienne t'a quittée. Tu attires doucement son crâne contre ta poitrine nue, en chantonnant de petites paroles rassurantes contre son front.
- «Ne t'en fais pas… Tout va bien… Je ne te demande rien … Je me disais simplement que ce ne serait que justice, si l'on se battait effectivement à armes égales, n'est-ce pas?»
La sensation d'un individu qui rit entre tes seins est officiellement l'impression la plus étrange et la plus merveilleuse de ton répertoire, désormais.
Deku finit par défaire lui-même chacun des verrous qui te sépare du contact avec ses jambes. Il lui est toutefois impossible de se défaire de son pantalon en demeurant à l'horizontal – à cause du manque d'habitude, du stress ou de l'exiguïté de ton lit. Tu l'observes donc, debout, se dépatouiller tant bien que mal avec son habit, avant de se tenir dresser devant toi, l'air un brin penaud, en tentant tant bien que mal de camoufler son caleçon derrière ses mains. A ton haussement de sourcil, Deku répond pudiquement :
- «Je ne suis pas exactement présentable.»
- «C'est vrai que c'est capital, là, tout de suite», ironises-tu avec un sourire, en croisant volontairement tes bras sous ta poitrine.
C'est un profond soupir qui te répond, le genre fait d'un souffle qui semble davantage signifier une tentative de se donner du courage qu'un appel au désespoir. Les bras ballants, Izuku se donne à observer debout devant toi, dans une posture qui hurle «Je n'ai pas la moindre idée de ce que je suis censée faire de mon corps, là, tout de suite».
Tu écarquilles les yeux. Quelque chose te surprend dans le portrait plein pied et naturel d'Izuku. Tu ne dirais pas qu'il s'agit d'une laideur, ou d'une véritable difformité… Toutefois, même en ayant déjà croisé Deku en maillot de bain, tu n'avais jamais véritablement pris le temps d'observer dans les moindres détails cette graine d'Apollon. Quelque chose dans les proportions de son corps te surprend. Il a beau avoir ce visage si charmant, cette musculature si appétissante… Tiens, d'ailleurs, tu n'avais jamais remarqué à quel point ses jambes étaient musclées justement. Cela ne te surprend guère au vue de son style de combat, mais pourtant, si l'image des bras bodybuildés ne t'aurait qu'assez peu surprise, celle de ces jambes t'étonnent. Il y a également autre chose. Ne sont-elles pas un peu courte, ces jambes, en comparaison de la taille d'Izuku ? Plus tu le détailles, plus il apparaît évident que quelque chose cloche.
Bien sûr, la cerise sur le gâteau de l'étrangeté demeure dans cette enflure à l'entrejambe qu'Izuku cherchait désespérément à te masquer. Aussi naïve te sais-tu, tu connais tout de même suffisamment ta biologie pour déduire ce qu'il en est de cette bosse, ainsi que sa finalité. Il n'empêche qu'une telle chose te surprend sur le corps d'Izuku. L'imaginais-tu asexué ? Il te semble également que si c'est un vide plat qui t'avait accueilli dans cette zone-là, tu aurais été tout autant, si ce n'est plus, surprise. Qu'as-tu donc fantasmé comme idée de Deku pour t'étonner de son physique ?
Tu souris tendrement en te levant. Comment n'avais-tu pas pu remarquer jusqu'à présent ? Tu attires à nouveau Deku contre toi, plaquant tant ton corps que ses lèvres contre leurs pendants. Etais-tu trop occupé à analyser ta propre difformité pour ne pas remarquer celle d'autrui ? Une onde de plaisir te parcourt le bassin tandis que tu sens la dureté de Deku contre toi. L'imperfection est un aspect qui fait partie intégrante de lui, et tu sens bien qu'elle participe à brosser le portrait de cette figure qui te paraît par moment si parfaite. Outre le désir charnel, c'est bien une bouffée d'affection qui t'assaille, tandis que tu glisses tes mains vers cette protubérance si nécessaire et pourtant si surprenante. Tu sens de son côté Deku s'attarder longuement sur ce fessier que tu as toujours jugé bien trop proéminent.
Deku percevrait-il tes imperfections de la même que toi les siennes ?
Vous retournez dans la douceur rassurante de ton lit, qui grince un peu de désapprobation vis-à-vis de ce passager clandestin. Tu n'en as cure, cela fait un moment que vous ne parvenez, ni l'un, ni l'autre, à pleinement retenir votre satisfaction au creux de votre poitrine. Tu préfères partir du principe que le lycée Yuei fait bien insonoriser ses bâtiments. Tu considères aussi que Jiro, depuis le temps qu'elle possède son alter, a la présence d'esprit de ne pas écouter les murs à ces heures de la nuit.
Tu es sans doute la seule des deux à croire en une utopie d'insonorité, à en juger par l'insistance avec laquelle Deku choisit de chuchoter à chaque fois qu'il s'adresse à toi.
- «Je suis désolé.»
- «De ?»
Tu ne crains plus le pire cette fois-ci. Le plaisir qui te traverse sous les mains de cet homme te fait simplement dire que celui-ci pourrait se sentir coupable de trop te combler.
- «Ne pas avoir… de quoi… aller plus loin ?»
Tu souris : coupable de ne pas encore assez te combler, finalement.
- «Est-ce que c'est si grave ?»
Avant que Deku ne te fasse un cours d'éducation sexuelle, lui dont la mine est déjà redevenue soucieuse, tu t'empresses d'ajouter :
- «Je ne sais pas pour toi… Mais, il y a déjà eu pas mal de premières fois pour moi ce soir, alors… Ce n'est peut-être pas nécessaire de toutes les faire en même temps, non ?»
Plus tard, dans la soirée, tu te contrediras un peu, en t'autorisant toujours plus de caresses avec le membre d'Izuku, jusqu'à le sentir jouir entre tes doigts, tandis que les siens envahiront l'intérieur de tes cuisses. Ce ne seront plus de simples papillons que tu sentiras voleter dans ton ventre, mais une pleine volière de sensations battre des ailes dans tout ton corps. Tu te sentiras flotter, mue par l'extase, et il n'est pas impossible qu'effectivement, Izuku et toi flottiez au-dessus du lit par instant. Et quand l'extase vous aura vidés, et que vous n'aurez plus la force de vous susurrez cette affection mutuelle que vous vous portez, tu sais qu'il vous restera encore suffisamment d'énergie pour songer à la délectable imperfection de l'autre, et à cette bulle parfaite qu'aura été ta chambre en cette surprenante soirée.
