Disclamer : Les Animaux Fantastiques et Harry Potter ne sont pas à moi. Ce qui est tant mieux pour les personnages de JKR vu mes tendances à traumatiser mes personnages.
Titre : Noir ramage.
Résumé : Lorsqu'elle avait accepté ce job, elle pensait à un boulot long, mais qui au final serait assez simple. Trouver un traitre et le livrer au MACUSA, quoi de plus facile dans son boulot ? C'était sans compter un passé qui refuse de mourir et un mage noir qui est bien décidé à faire des siennes. Le pire dans l'histoire ? C'est que si elle l'avait su, elle aurait dit oui quand même.
« La mère doit se considérer comme le soleil de son enfant, immuable et toujours rayonnant, où la petite
créature mobile, prompte aux larmes et aux éclats de rire, légère, inconstante, passionnée, orageuse,
vient se recharger de chaleur, d'électricité et de lumière, s'égaliser, se calmer, se fortifier. »
-Henri-Frédéric Amiel, Journal Intime, le 6 janvier 1853.
Chapitre 91 : Amethyst Graves, ou une demande.
Le médicomage referma le rideau derrière elle. Il n'y avait aucune autre forme d'intimité. Mercy se tenait assise sur le bord d'un lit, les jambes se balançant dans le vide… Si elle n'était pas torse-nu, c'était parce qu'elle portait un soutien-gorge. Des cicatrices, plus ou moins vieilles, lui marquaient le corps mais, une marque rouge, ressemblant à une brûlure lui barrait la moitié de l'avant-bras gauche. Amethyst regardait son mentor avec inquiétude.
-Je vous remercie, lui dit le médicomage.
-Merci à vous, M'sieur.
Mercy devait être bien fatiguée si elle mettait des mots en français dans ses phrases. Et sans doute plus qu'elle n'en avait l'air si elle en était à manger la moitié des syllabes, habitude mettant en évidence ses origines modestes qu'elle avait dû perdre pour grimper les échelons de la société New-Yorkaise. La louisianaise leva son regard brun-vert sur elle et Amethyst oublia son inquiétude pour elle : un peu de malice y brillait.
-L'évolution est normale pour les blessures légères ne nécessitant pas beaucoup de soins, expliqua Mercy en remettant sa chemise.
-Votre blessure… À votre bras… Elle vous fait mal ?
-J'ai été bien soignée par des guérisseurs, ce contrôle était juste une formalité parce que…
Mercy eut un geste évasif, comme pour dire que ce n'était pas important. Juste un détail, sans aucune importance. Mais Amethyst venait de passer tous ses week-ends durant ces quelques mois à prendre des cours avec une guérisseuse, la propre mère de Mercy, elle savait que certaines cicatrices n'étaient pas effaçables. En particulier si elles provenaient de blessures faites par un sort ou une créature magique. Et cette blessure était une longue plaque uniforme, profondément marquée… Comme si on avait consciencieusement brulé Mercy à cet endroit. L'adulte pouvait hausser les épaules comme elle le voulait, la blessure était grave.
-Assez parlé de moi.
Amethyst connaissait ce ton. Sec. Intransigeant. Sans appel. Son oncle Percival avait le même lorsqu'il ne voulait pas parler de son travail.
-Parle-moi de toi, lui demanda doucement Mercy.
Mercy lui demandait ça, comme si elle ne tentait pas de changer de sujet d'une façon tout sauf discrète. Amethyst choisit de ne pas relever et de passer à autre chose.
-J'ai réussi, fit joyeusement Amethyst. Mon patronus… J'ai réussi !
Mercy lui fit signe d'y aller, de lui montrer et l'adolescente s'exécuta. Son Patronus étendit ses ailes et se mit à virevolter dans la pièce.
-Un corbillat… Tu dois utiliser un souvenir particulièrement pur…
La voix de Mercy était légèrement enrouée, comme si elle retenait un gros sanglot, pourtant, elle souriait comme si elle venait de recevoir le cadeau parfait. Elle était émue, manifestement très émue. Amethyst avait elle aussi une sorte de grosse boule au fond de la gorge, elle pensait à toutes les fois où Mercy l'avait soutenu et aidé pour apprendre à maîtriser l'art du patronus. Maintenant, sa presque tante la regardait avec intensité, comme si elle réfléchissait à un problème et avait pris une décision qu'elle tiendrait quoiqu'il se passe.
-J'aurais quelque chose à te confier… Quelque chose dont tu ne devras parler à absolument personne, lui dit-elle.
Mercy sortit de sa poche un bijou. Le pendentif était un ovale argenté finement ouvragé dont la pierre centrale brillait d'une façon… chaleureuse. Elle était blanche et deux « gouttes » rouges se croisaient, se mélangeaient, s'unissaient puis se séparaient pour se retrouver… une ronde sans début ni fin, une danse infinie entre deux partenaires d'égale valeur liés par un égal respect et une grande considération. Parmi les arabesques de l'ovale, l'adolescente vit un corbeau et une chouette… C'était un très beau bijou, mais, elle ne comprenait pas pourquoi Mercy le tenait avec un certain respect.
-Il s'agit d'un Pacte de Sang, révéla Mercy. Et comme tu peux t'en douter, je suis l'une de deux concernées.
Il s'agissait d'un serment, une promesse que l'on ne pouvait pas rompre tant que le Pacte existerait. Quelque chose de beaucoup plus fiable qu'un Serment Inviolable, mais aussi beaucoup plus contraignant, tout simplement parce qu'il n'y avait aucun moyen d'aller à son encontre, de revenir en arrière, de renier la parole donnée.
-Ann et moi… Nous avions seize ans, et elle avait encore des accidents dus à un manque de contrôle de ses pouvoirs. Elle m'a fait promettre, que s'il le fallait, si elle perdait le contrôle, je l'arrêterais quoique je doive faire pour tenir parole.
-La…
-Oui, au besoin, la tuer.
Amethyst la regardait. Elle ne comprenait pas pourquoi Mercy lui confiait un tel secret.
-Un Pacte de sang…
Mercy soupira comme s'il y avait quelque chose qu'Amethyst devait savoir sur ce type d'artefact, quelque chose que l'on ne trouvait pas dans les livres.
-Comme tu le sais surement, un Serment Inviolable est une série de promesses, généralement trois, parfois moins, que l'on ne peut pas enfreindre sans y perdre la vie. La réalisation des engagements contractés peut avoir lieu des années plus tard. Il ne s'agit pas de quelque chose d'équitable… Au final, celui qui prend l'engagement aura le choix de tenir parole ou non, quitte à subir les conséquences souvent tragiques de sa défaillance.
Mercy se mordit légèrement la lèvre avant de reprendre après une courte pause.
-Un Pacte de Sang est un serment fait d'égal à égal. Un serment que l'on ne peut pas enfreindre. Un serment auquel aucun des contractants ne peut échapper tant qu'il existe. Ce jour-là… Ann et moi avons mêlé nos sang et nos magies, nous nous sommes engagées l'une envers l'autre. Si l'une d'entre nous essayait de l'enfreindre… Ce serait en vain.
-Quelle est la promesse que votre amie Ann vous a faite ?
Mercy eut un petite sourire triste.
-Elle ne peut utiliser sa Nécromancie contre moi. Si je dois la neutraliser, cela me donne un avantage.
-Elle accepte donc de rester sans défense ?
-Ironiquement, elle est à la merci de Mercy.
Cet aveu semblait lui coûter beaucoup. Sans doute parce que Mercy pensait que sans ses pouvoirs de Nécromancienne, cette Ann n'avait aucun moyen de l'empêcher de la tuer, comme un jeune agneau ne peut se défendre du loup affamé… Mercy prit la main d'Amethyst et posa le bijou dans sa paume avant de lui refermer délicatement les doigts.
-Je veux que tu gardes ce bijou pour moi, que tu le protèges pour moi. Grindelwald aurait pu… Je n'ose imaginer ce qu'il aurait pu en faire s'il l'avait découvert. Je l'avais suffisamment bien caché pour qu'il ne parvienne pas à mettre ses sales mains dessus, mais…
-Mercy…
-Ma mère sera furieuse si elle apprenait que j'ai un jour accepté cet engagement, je ne peux pas le confier à l'une de mes autres amies parce qu'elles n'en savent rien et de toutes façons ne sont pas aptes à le défendre, Percival… Ton oncle est une cible, comme moi. Et il s'agit du garde-fou d'Ann. Tu es la seule personne en qui j'ai assez confiance pour le lui confier, tu as les capacités d'une grande sorcière et le courage qu'il faut pour toujours tenir bon contre vents et marées.
Amethyst n'avait pas eu de mère. Elle n'avait jamais eu personne qui avait eu assez confiance en elle pour lui confier la garde d'une faiblesse. Pour lui demander de l'aider, juste comme ça… Elle avait été toujours la bâtarde dont on s'occupe parce qu'il faut le faire. Sauf pour son oncle Percival et Mercy. Eux, ils s'occupaient d'elle parce qu'ils le voulaient, pas parce qu'ils le devaient.
-Si tu dois choisir entre le protéger et sacrifier ta vie… Sauve-toi, ordonna Mercy. Un jour, je te demanderai de me le rendre, c'est juste que pour l'instant…
Mercy venait de passer plusieurs semaines entre les mains d'un criminel connu pour s'en prendre aux non-maj's et aux aurors. Amethyst savait qu'elle était trop jeune pour qu'on lui dise tout, mais, elle venait d'une lignée d'aurors, elle avait remarqué quelques détails dans son comportement : elle était en permanence sur le qui-vive, changeait régulièrement de lieu de résidence et ne tournait plus le dos aux portes. Ni aux fenêtres, d'ailleurs.
-Pour l'instant, garde-le pour moi, ma chérie.
-Oui, ma tante.
Mercy secoua la tête doucement, comme si elle n'arrivait pas à décider si elle devait rire ou si une autre réaction était adaptée.
-Mercy, Amethyst. Juste Mercy.
-Oui, tante Mercy.
-Tu es bien la nièce de ton oncle, soupira l'adulte.
-Bien entendu, à quoi vous attendiez-vous ?
Pour le coup, Mercy éclata de son rire franc et doux. Un rire qui ressemblait à celui d'un corbeau.
