Disclamer : Les Animaux Fantastiques et Harry Potter ne sont pas à moi. Ce qui est tant mieux pour les personnages de JKR vu mes tendances à traumatiser mes personnages.

Titre : Noir ramage.

Résumé : Lorsqu'elle avait accepté ce job, elle pensait à un boulot long, mais qui au final serait assez simple. Trouver un traitre et le livrer au MACUSA, quoi de plus facile dans son boulot ? C'était sans compter un passé qui refuse de mourir et un mage noir qui est bien décidé à faire des siennes. Le pire dans l'histoire ? C'est que si elle l'avait su, elle aurait dit oui quand même.


« Le calme succède à l'orage ».

-Paul de Kock, Monsieur Dupont ou la jeune fille et sa bonne (1824).


Chapitre 92 : Mercy Lecay, ou la grandeur d'un sorcier.

Après les combats, il y avait toujours cet instant particulier, ce moment où on s'attend à devoir se battre, mais où rien ne se passe. Ce moment où même entourée, on reprend son souffle et on se sent seule à cause des blessures que l'on doit soigner : l'heure du bilan. Mais elle n'en était pas tout à fait là. Pour l'instant, elle devait répondre aux questions d'un auror. C'était normal, on devait s'assurer qu'elle n'avait pas été retournée par Grindelwald. Surtout après tout ce que ce rat de Grayson avait dû raconter sur son compte...

-L'idéologie de Grindelwald…

-De Morgause.

Il la regarda sans comprendre et Mercy ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel.

-Morgause… La demi-sœur de Morgane. C'est elle qui fut la première à déclarer que les sorciers devaient gouverner sur les non-maj's. Elle était toutefois moins extrême que Grindelwald, disant que les sans-pouvoirs n'étaient pas inférieurs et pouvaient même être égaux des sorciers, sous conditions bien entendu.

L'auror la regardait comme si elle avait une seconde tête. Était-elle la seule à lire des livres d'histoire qui ne figuraient pas sur les listes scolaires basiques ? Morgause avait écrit un traité sur la question ! Certes, il était en gaélique, mais ce n'était pas sorcier de le faire traduire. Même si c'était dans la version originale qu'on avait les nuances les plus claires. Morgause voulait que les sorciers aient le pouvoir, mais, elle n'avait absolument rien contre le sans-magie qui ne faisait aucune vague. Au bout d'un moment, elle prenait même l'exemple de son propre père non-maj' qui avait été jusqu'à se mettre entre des chevaliers de son roi, Uther Pendragon, et son épouse, Vivianne, pour donner à cette dernière le temps de sceller les pouvoirs de sa plus jeune fille, alias Morgane. Non, Morgause voulait juste un monde où les sorciers n'auraient pas à se cacher et vivraient en harmonie avec les non-maj's.

-Bref, Grindelwald n'a rien inventé. Il a pris une théorie qui datait d'avant le Code International du Secret Magique et il l'a dépoussiérée.

Elle avait dit cela d'un ton neutre, comme si elle ne disait rien de particulier et avec suffisamment de nonchalance pour laisser entendre qu'elle ne trouvait pas que le Bulgare avait fait quelque chose de remarquable avec sa théorie du droit de gouverner.

-De plus, tout Mage Noir qu'elle était, Morgause ne voulait pas du pouvoir pour elle-même. Elle a fait couronner sa petite sœur, Morgane, Reine d'Avalon. Non, le but ultime de Morgause était de venger ses parents assassinés ainsi que tous les sorciers qui avaient été traqués sur ordre d'Uther Pendragon. De plus, si on en croit ce qu'il nous reste de ses actions, elle n'était pas du genre à rentrer chez des non-maj's innocents et tuer toute la famille si elle voulait leur prendre quelque chose.

L'auror, Charles Skydog, était pendu à ses lèvres. Chose curieuse, il avait les yeux de Bluesky même s'il n'en portait pas le nom. Quoique… Était-ce vraiment curieux lorsque l'on savait qu'une partie des Ethnies amérindiennes était de culture matriarcale ? Ce n'était qu'une théorie, lorsqu'elle sortirait de là, elle en parlerait à son mentor. Même si elle avait peu de chance d'avoir une réponse satisfaisante.

-Nous nous éloignons du sujet, lui fit Skydog malgré le fait qu'il était clair qu'une fois sorti d'ici il allait se renseigner sur ce que venait de lui dire Mercy.

-En résumé, Grindelwald n'a pas inventé l'eau chaude malgré le fait qu'il soit un sorcier puissant.

-Ce qui ne fait pas de lui un Grand Sorcier…

-Parfaitement !

Le « parfaitement » de Mercy était plus que sincère et fit rire Skydog. Pas un grand éclat de rire, mais un petit ricanement sincère.

-J'ai plus de respect pour le non-maj' qui répare des voitures que pour un type qui ne sait rien faire d'autre que foutre la merde, rajouta la jeune femme. Et qui considère que tout est dit dans un acte de naissance…

-Donc, on peut dire que vous n'adhérez pas aux théories de Grindelwald…

-On peut le dire, en effet !

-Dans ce cas pourquoi avez-vous emménagé en son domicile ?

-Plutôt le domicile de Percival Graves, il me semble !

-Oui, au domicile du Directeur Graves. Pourquoi vous y êtes-vous installée ? Saviez-vous à l'époque que Grindelwald avait remplacé le Directeur Graves ?

-J'en avais en effet une très bonne idée…

-Pourquoi ?

-Premièrement, il ne m'a pas embrassée. Deuxièmement, il m'a complimentée pour la couleur de mes yeux. Troisièmement, il adorait ma robe rouge. Quatrièmement, il a laissé mourir de soif mon petit rosier sur le rebord de la fenêtre de son salon. Cinquièmement, il ne connaissait pas le nom de sa nièce préférée, qui est entre autre sa seule nièce… Vous voulez la suite des indices, ou cela vous suffit-il ? On peut dire aussi que je savais pertinemment que le vrai Percival Graves était prisonnier sans doute quelque part dans la maison, alors celui qui se promenait librement… J'ai écarté très vite le dédoublement de personnalité, vous savez, il restait donc, le rapt et la substitution…

Ce charmant jeune auror rougissait à l'évocation de détails intimes, impliquant une relation… disons privée, et inconvenante pour ses chastes oreilles. Trop mignon. D'après ce qu'elle savait des états de services nécessaires pour entrer dans la carrière, il devait être capable de réduire en poudre un ennemi, de lui arracher des aveux, d'être impitoyable sur un champ de bataille… et il rougissait comme un collégien parce qu'une dame non-mariée sous-entendait avoir une vie sexuelle… On était en 1926, presque 27 que diable, les femmes avaient abandonné le corset, portaient des jupes au-dessous du genou et avaient les cheveux courts ! Certains hommes, sorciers ou non, seraient à jamais rétrogrades.

Soit le niveau des blagues salaces avaient diminué grandement en deux ans parmi les Exterminateurs, soit c'était un auror lambda ou un bleu. Ce qui était une bonne nouvelle, cela voulait dire qu'en hauts-lieux, on ne pensait pas qu'elle soit réellement dangereuse pour le MACUSA. En plus, on lui avait laissé sa baguette et ses potions, si ce n'était pas un preuve qu'elle allait sortir libre comme l'air si elle coopérait un minimum, qu'était-ce ?

-Si vous saviez que le Directeur Graves s'était fait usurper sa place, pourquoi n'en avez-vous rien dit à personne ?

-Je vous rappelle qu'il y avait assez de doutes sur la loyauté d'au moins un haut-placé du MACUSA pour qu'une Opération Noire soit lancée à New-York, capitale de la communauté magique de notre pays. Et dois-je vous citer le nom de Grayson ?

-En effet mais, vous auriez dû avertir un de vos supérieur de vos soupçons pour qu'il puisse prendre des dispositions…

-La Présidente Picquery, ça vous paraît assez haut placé ?

Tout était dans le petit air innocent, ou, comment clouer le bec de quelqu'un avec un soupçon de moquerie sans qu'il puisse déterminer si son impression était fondée ou non. Généralement, un jeunot de cet acabit ne s'en relèverait pas ! Skydog nota quelque chose, mais vu son langage corporel, c'était plus pour se donner une contenance parce qu'il venait de se faire taper sur les doigts qu'autre chose.

-J'en ai parlé au Chef Bluesky et l'auror Reed… Les deux seuls personnes pouvant utiliser cette information et que je savais parfaitement fidèles au Congrès Magique. Puis eux-mêmes se sont chargés d'informer discrètement la Présidente.

-Comment pouvez-vous en être sûre ? Vous avez dit vous-même que la situation était assez floue.

-Si vous connaissiez le Vieil Homme, vous sauriez qu'il préférerait mourir écartelé en place publique plutôt que de trahir son pays. Quant à Reed… Il a été mon partenaire pendant des années. Et… Lorsqu'on travaille au sein des Forces Spéciales, il faut avoir une confiance aveugle en son partenaire et surtout bien le connaître. Je connais Maxime mieux que sa mère et il me connaît mieux que la mienne. De plus, je venais de le tuer, ça créé des liens, vous savez ?

Et le silence fut. Quelques secondes, juste ce qu'il fallait pour que cette déclaration prenne des accents de vérité inattaquables.

-Des bruits courent comme quoi... vous auriez été… Que vous étiez la maitresse de Grindelwald…

-Même moi, j'ai des limites !

Changement de sujet à 180 degré. Tactique classique pour déstabiliser un suspect. Dommage qu'elle ait décidé d'être aussi honnête qu'elle le pouvait sans rompre le sceau du secret d'État qui encadrait toutes les Opérations Noires. Par exemple, à la demande des Covens, leur participation ne devait pas être connue. Ou le fait que Picquery ait permis à une Nécromancienne doublée d'une Prêtresse Vaudou de faire tout ce qu'elle voulait du moment que cela nuisait à Grindelwald. Autant ne pas mentionner l'usage d'un mort-vivant-décapité-assassin-repenti… Pour en revenir à cette histoire d'aventure… Si elle avait un homme, jamais quelqu'un n'aurait lancé cette rumeur !

-Et en ce qui concerne la mort de Reed…

-C'était une nouvelle très exagérée, vous savez, il va beaucoup mieux. Maintenant, c'était du grand art, il est capable de mourir avec une grande classe et une grande conviction… Même Grindelwald y a cru. Moi-même si je n'avais pas été à l'origine de ce décès… j'aurais pris le deuil en l'instant ! D'un autre côté cette mort lui a sauvé la vie… De plus il a depuis rencontré ma cousine, et il ne le sait pas encore, mais, il va bientôt abandonner le célibat pour devenir un homme responsable, tout à fait rangé avec trois ou quatre mômes…

-Qu'avez-vous utilisé pour le tuer ?

-Je ne vous demande pas la couleur de vos chaussettes, vous ne me demandez rien sur mes potions.

Skydog la regarda un instant avant de décider de laisser tomber le sujet, ou d'y revenir plus tard.

-Vous avez été enfermée dans la cave, et il y a des irrégularités dans les protections…

-Ne jamais sous-estimer ce que peut faire une femme qui s'ennuie avec une épingle à cheveux.

-Ensuite, vous avez été déplacée…

-Je suis d'un naturel contrariant.

-Pourquoi Grindelwald ne vous a-t-il pas tuée ?

-Parce qu'il n'est pas aussi malin que ce qu'il croit. Je suis parvenue à le manipuler de sorte à ce qu'il me fasse amener jusqu'au Directeur Graves. C'était un plan risqué, mais, il a marché. Je ne dirais pas qu'il s'est idéalement passé : il m'a fait des choses que j'aurais préféré ne pas subir, mais…

Mercy se frotta son poignet brulé. Elle avait l'impression de porter encore cette saloperie de bracelet. Tous les guérisseurs avaient fait de leur mieux, sa mère elle-même avait mis à contribution toutes ses connaissances. Mercy était condamnée à porter cette marque, comme le souvenir éternel de ce que Grindelwald lui avait fait… Ou quelque chose de plus sinistre, une promesse que tant qu'il serait en vie, elle ne connaitrait plus jamais la paix totale.

-Ça en valait la peine. Le temps que je lui ai fait perdre… Même quelques secondes, c'était du temps gagné pour Bluesky et Reed, déclara Mercy en souriant faiblement. Parfois dans une enquête de cette ampleur et importance, l'essentiel est de détourner l'attention du criminel du vrai danger.

C'était dur. En parler, même juste évoquer cette épreuve était dur. Plus que lorsqu'il s'agissait de ses souvenirs de Guerre. Mercy était reconnaissante à Skydog de lui laisser le temps de se ressaisir afin de ne pas pleurer. Mais, elle était à la limite. D'un autre côté, si elle avait été son chef, elle lui aurait remonté vivement les bretelles : on ne doit jamais laisser un instant de répit à son suspect.

-Le pire n'était pas la douleur physique. C'était le reste. L'ennui, les petites phrases perfides, les murmures disant que si on cède... entendre les hurlements de gens que je connais et ne pouvoir rien faire pour les secourir… Mais, je n'ai pas cédé. J'ai tenu bon malgré tout.

-Je suis désolé.

-Pourquoi ? Vous ne faites que votre travail et votre travail, c'est de me cuisiner pour vérifier mon rapport. Et vous voulez que je vous dise ? À votre place, je serais même trois fois plus agressive car cette histoire est remplie de zones d'ombre.

-Pour ce qui est de votre évasion ?

-Vous avez une mère ?

-Oui, bien sûr !

-Moi aussi ! Maman a mené une équipe de sauvetage avec des amies, elles sont arrivées au moment où j'avais réussi à me libérer.

-Comment ?

-Je vous ai déjà dit que les hommes avaient tendance à sous-estimer l'importance des épingles à cheveux dans la vie d'une femme…

-Bon, ce sera tout pour l'instant, Mademoiselle Lecay. Veuillez rester à notre disposition pour des renseignements complémentaires si nous en avons besoin. Je vous remercie.

Voilà, c'était fini. Le premier rendez-vous d'une longue série d'entretiens « amicaux » était fini. À son avantage, sans doute tant que son interlocuteur serait du niveau de ce demi-sel… Il avait un petit air familier, dans les yeux mais aussi dans son petit mouvement de tête quand il se penchait en avant… Il avait aussi légèrement sursauté quand elle avait mentionné « le Vieil Homme », un des nombreux surnom de Bluesky, son préféré, pour elle, il faisait référence à la sagesse et la patience attribuées aux vieillards. Elle imaginait que son père aurait eu ces qualités si il avait vécu.

Bluesky l'attendait dans le couloir, adossé à un mur. Il avait dû assister au spectacle dans la pièce d'à côté. Il avait l'air amusé, comme s'il venait d'assister à un spectacle comique. Mercy ne savait pas trop ce qu'il savait sur la lignée des Lecay, mais, il était capable d'en connaître les plus noirs secrets sans que cela affecte son jugement.

-Vieil homme… L'auror Skydog, Charles Skydog, serait-il de votre famille ?

-L'un des fils de mon cousin. Ce dernier a vraiment mal tourné, il est un membre de la Chambre des Mages, mais son fils a décidé de suivre mes traces plutôt que celles de son père. Il est encore jeune et inexpérimenté, mais il a un vrai potentiel, je pense.

-Et c'est pour cela que vous l'avez chargé de m'interroger ?

-Qui mieux qu'une vieille bique pour former un jeune chevreau ?

-C'est pas faux !

Un politicien… Bluesky, l'homme le plus critique envers ceux qui cultivaient l'art de l'esquive et du mensonge, avait un cousin qui était un politicard… Quand les autres sauraient ça…

-Mercy, ne dit rien, je saurai que c'est toi qui a colporté ce ragot...

-Si ma mère me pose la question…

Le vieil homme grogna. Dans la vie, il y a quelques vérités contre lesquelles ont ne luttent pas et la première d'entre elle est très simple : on ne peut pas lutter contre Liberté Lecay, alors autant lui donner les réponses de suite.